Les nouvelles sur la naissance du prince de Nord firent grand bruit. Chaque royaume d'Albion fut affecté par la nouvelle : les alliés de la dynastie des Ambrosius envoyèrent leurs félicitations et des cadeaux pour célébrer la naissance de l'héritier. Dans son palais à Nemeth, le roi Rhodor regardait sa fille dormir, encore un nourrisson, tout en souhaitant le meilleur du monde pour son ami Balinor. Évidemment, certains ne virent pas cette naissance d'un bon œil. Dans le royaume d'Amata, le seigneur de guerre Sarrum, enragé par une nouvelle de bonheur pour un royaume soutenant la magie tant honni chez lui, lança plusieurs chasses pour débusquer druides et sorciers sur ces terres. L'alliance des cinq royaumes, sans réagir aussi violemment, commencèrent à réfléchir aux changements que cet héritier allait apporter dans la balance du jeu de pouvoir. Personne n'aurait pu prévoir ce qui allait suivre. Personne n'aurait pu savoir que, suivant la naissance du prince du Nord, une autre naissance allait avoir lieu, une naissance qui allait changer la face des douze royaumes. Et pourtant, par une autre nuit sans lune, très semblable à la précédente, dans les couloirs d'un château, un homme faisait de nouveau les cent pas, le regard rivé sur la lourde porte en bois. Il n'avait aucun conseiller à ses côté, et son visage affichait une tel tension que nul ne se serait risquer à interrompre ses allées et venues. La couronne qui reposait sur son front tressautait à chaque pas. Lorsque la porte s'ouvrit, le monarque e précipita à l'intérieur, poussant de son chemin l'homme aux cheveux blancs qui lui avait ouvert, sans remarquer la mine grave et les yeux sombres qu'il arborait. Dans le lit de la chambre reposait une femme, plus pâle qu'un linge, le visage recouvert de sueur et les yeux à demi-clos. Les draps autour d'elle étaient teintés de rouge. A côté du lit, une servante tenait dans ses bras un bébé en pleurs, essayant de le calmer en lui murmurant des mots doux. Le roi se précipita a côté du lit, prit les mains de sa femme demanda d'une voix tremblante :
Ygraine, est-ce que tu vas bien ? Est ce quelque chose c'est mal passé ? Tu as l'air souffrante. Je t'en prie, mon amour, dis moi.
Uther, tu … tu es là. Je suis fatigué, Uther. Est-ce que … est-ce que tu pourrai me le donner ? Je veux le tenir dans mes bras. S'il te plaît …
Bien sûr, bien sûr. Apportez le prince à sa mère, apostropha-t-il la servante, qui lui tendit l'enfant en tremblant. Tiens, Ygraine, il est là.
Dès que l'enfant fut dans les bras de sa mère, il cessa de pleurer et braqua ses yeux bleus dans ceux de la reine, lisant sans comprendre tout l'amour qu'elle avait pour lui.
Il est magnifique, n'est ce pas Uther ? Tu seras fier de lui, j'en suis persuadée.
Bien sûr, mon amour. Regarde, il a tes yeux, il sera un beau jeune homme, le ciel m'en soit témoin, dit le roi en riant.
Oui … oui, très fier …
Ygraine ? Ygraine ? Gaius, il y a un problème !
L'homme aux cheveux blancs se précipita dans au bord du lit, attrapa l'enfant qui s'était remis à pleurer, le passa à la servante et prit le pouls de la reine. Secouant la tête, il prit une des bouteilles de ses poches et força son contenu dans la gorge de la femme inconsciente. Tel une statue, Uther Pendragon se tenait pétrifié et regardait le médecin essayer de réanimer Ygraine. Celui ci alterner entre un massage cardiaque vigoureux, avant de prendre le pouls et de recommencer à masser, un lueur de désespoir dans le regard. Au bout d'un temps qui sembla infini au roi, Gaius posa une main sur le front de la reine, une autre sur sa poitrine, et commença à réciter des paroles incompréhensibles. Un halo bleu se forma et enveloppa le corps de la jeune femme, qui arqua soudain son dos avant de retomber sur le lit, sa poitrine exhalant un dernier soupir avant de s'arrêter. Le médecin releva son visage et plongea son regard dans celui de son roi avec une peine immense.
Sire …, sa voix se brisant avec l'émotion. Sire, je suis désolé, mais la reine, elle est … la reine nous a quitté, poursuivit-il en essayant d'adoucir la nouvelle.
Que voulez vous dire, elle nous a quitté ? Ne soyez pas ridicule, Gaius, elle est juste là, et notre fils aussi. Camelot a un héritier à présent. Ygraine s'est simplement endormi, je suis sûr que l'accouchement a été éprouvant pour elle, dit le roi, son esprit refusant de reconnaître la terrible vérité.
Uther, je vous en prie … Ygraine … elle est morte, sire. Je suis navré.
Morte ? Arrêtez de dire n'importe quoi, enfin Gaius. Elle allait bien à l'instant, elle le tenait dans ses bras. Regardant son ami, Uther réalisa peu à peu, et commença à respirer difficilement. Non, non, non, non, non … c'est impossible, elle allait bien je vous dis, elle …, les mots refusant de franchir ses lèvre.
J'ai tout essayé, sire. La naissance a été difficile, et elle a perdu tellement de sang … même avec la magie, je n'ai …
La magie ? L'interrompit l'homme couronné. La magie ! Où est Nimueh ? Amenez là moi ! Rugit-il en sautant sur ses pieds et se dirigeant vers la porte pour appeler ses gardes.
Mon seigneur, je vous en prie. Vous devez vous reposer. Votre fils a besoin de vous, il a besoin de son père maintenant plus que jamais, par pitié sire …, l'implora Gaius en le prenant par l'épaule.
Uther le repoussa violemment en criant : « Hors de mon chemin, pauvre idiot ! » avant de se précipiter dans les couloirs du palais. Le médecin se releva lentement, grimaça en faisant jouer son épaule et se tourna vers le lit, les yeux aux bords des larmes. Il recouvrit le pâle visage de la reine d'un drap blanc, avant de prendre des bras de la servante le nouveau-né qui pleurait toutes les larmes de son petit corps. Il s'adressa à la femme et lui demanda d'aller préparer un peu de lait pour le prince. Alors qu'elle quittait la chambre, l'homme aux cheveux blancs regarda l'enfant finalement d'endormir, et lui dit : « Bienvenue chez toi, Arthur ».
