Alors que les saisons passèrent les prédictions du roi du Nord se réalisèrent. Lorsque les rumeurs concernant les événements de Camelot arrivèrent jusqu'à la citadelle de Mandragora, les nouvelles étaient effroyables : la traque sans pitié de la magie débutée chez Uther prenait maintenant place chez ses voisins. Des lois étaient mises en places, dépouillant les praticiens de leur droits à une jugement en bonne et due forme devant le roi, quand ces malheureux étaient encore vivants pour être envoyés au bûcher, et n'avaient pas été tué lors de leur arrestation. Le massacre ne toucha pas seulement les mages : la paranoïa se répandit telle une peste, montant les gens les uns contre les autres, brisant des amitiés, des familles même des honnêtes hommes étaient accusés de pratiquer la magie par un voisin jaloux des femmes possédant des connaissances avec les herbes étaient montrées du doigt, traitées d'infâmes sorcières ayant vendu leur âme à d'innommable démons en échange de pouvoirs de simples nourrissons, nés avec l'étincelle de la magie en eux, furent jetés dans les flammes pour le seul crime d'être né différent. De grandes traques étaient organisés pour débusquer les fuyards, ainsi que les druides. Peuple pacifique par nature, préférant camper dans les forêts, ils furent massacrés comme des animaux sous les branches des arbres qu'ils chérissent tant. Quiconque pris à aider les fugitifs, les abriter, ou simplement à protester contre de telles exactions était rapidement arrêté et dans la plupart des cas exécuté. Le degré de violence variait grandement d'un royaume à l'autre, mais petit à petit, la peur planta ses griffes sur les terres d'Albion, instillant terreur et suspicion dans le cœur des hommes. Mais pendant ce temps, le royaume du Nord rassemblait ses forces.
Balinor adorait cette sensation, ce vertige à arpenter le domaine des oiseaux alors qu'on est qu'un homme. Il étendit ses bras en crois, laissant le vent ébouriffer ses cheveux, et parti dans une grand éclat de rire. Une brusque secousse lui remit les mains sur le pommeau de sa selle, et il entendit la voix de son compagnon dans son esprit.
Toujours à faire l'enfant quand tu es sur mon dos, c'est exaspérant. Balinor sourit en entendant la touche d'amusement dans la voix d'Ancallon.
Allons, vieux lézard, je sais que tu adores ces moments toi aussi, et tu n'as pas besoin de moi pour en profiter.
Je me demande parfois pourquoi j'accepte encore de te laisser me balader comme ça.
Hum … est ce que le fait que je sois un seigneur des dragons, que tu sois un dragon a un quelconque lien avec cette décision ? Et plus important, nous sommes frères d'âme, quand même.
Ne m'en parle pas. Si tu savais ce que les Anciens me lancent à la figure quand je suis seul : « Tu es une honte pour notre race », « A cause de toi on passe pour de simples montures », « Qu'il soit un seigneur des dragons ne fait pas de lui notre supérieur » et tout à l'avenant.
En effet, ces vieux croûtons te mènent la vie dure.
Ne t'en fais pas, j'ai déjà vu pire. D'ailleurs, quand on parle du loup … on arrive.
Le duo descendit à travers la couche de nuages qu'ils survolaient depuis quelques heures, et le grand dragon rouge amorça sa descente. Il étendit ses ailes au dernier moment, négociant un atterrissage tout en souplesse et en force concentré. Lorsqu'il se fut immobilisé, Balinor descendit de la selle installée sur son dos, et l'homme et le dragon se dirigèrent vers la caverne dans les contreforts des montagnes. L'entrée était énorme, et gardée par quelques vouivres qui reculèrent humblement sur le passage du roi. Suivi par Ancallon, il s'enfonça dans la grotte, s'aiguillant parfaitement dans le dédale de couloirs creusés par le temps, jusqu'à débouché dans une salle, plus large qu'une cathédrale le plafond se perdant dans l'obscurité. S'adressant au vide, Balinor déclara : « Je suis venu cherche audience au conseil des Anciens. ». la phrase se répercuta sur les parois de la caverne avant de s'éteindre. Puis lentement, des formes commencèrent à bouger. Ce fut comme si des pans entiers de pierre avait pris vie, et décidés de dégourdir leur articulation rocheuse. Soudain une langue de flammes jaillit des ténèbres et se répandit sur les murs, illuminant la grotte entièrement, et Balinor s'inclina devant les cinq dragons qui se dressaient face à lui. L'instant paru figé sur place, personne ne faisant le moindre geste, pas même une pierre ne roula sur le sol de peur de briser ce moment. Finalement, le plus grand dragon prit la parole, les flammes se reflétant sur ses écailles bleus azurées :
Relève toi, Balinor, et parlons.
Merci, Wuthsos. Je viens vous voir pour discuter des événements qui agitent le monde. Je suis sûr que vous savez de quoi je parle, votre regard ne s'arrête pas aux murs ou aux distances, dit le roi en regardant la dragonne blanche d'écailles se tenant à la gauche de Wuthsos.
Ta confiance m'honore, seigneur, dit celle-ci, en inclinant la tête. En effet, nous savons de quoi tu parles, même si nous ignorons pour quelles raisons tu es venu chercher notre conseil. Ces affaires d'humains nous concerne autant que la poussière sur tes bottes.
J'ai bien peur que cela ne soit plus vrai, vénérables anciens. Pendragon a lancé sa croisade contre la magie, et il gagne des partisans jour après jour. Ces voisins ont commencé à adopter sa politique, et les bûchers fleurissent partout à travers leur royaume. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'il décide d'appliquer ses vues non seulement chez ses amis, mais aussi chez ses ennemis.
Uther Pendragon n'est qu'un chien enragé, s'acharnant sur son os comme une vulgaire bête, l'interrompit l'un des dragons, sa voix aussi ardente qu'un brasier. Si ce fou décide d'attaque ce royaume, il goûtera lui-même aux flammes.
Alors, je peux compter sur votre assistance en cas de guerre ? Demanda Balinor.
Ne nous emballons, seigneur. Bien que Yolbah ait raison sur certains points, il s'agit d'une affaire complexe, et nous ne pouvons pas nous engager sans en discuter d'abord. Je sais que tu pourrais nous ordonner de combattre d'un seul mot, Balinor, mais la relation entre ta lignée et notre clan remonte à des siècles, et est basé sur la confiance et le respect. Nous te transmettrons notre réponse après en avoir débattu.
Très bien, j'attendrai votre réponse. Il y a quand même quelque chose qui me dérange.
Quoi donc ? Demanda la dragonne blanche.
Hier, un messager est arrivé au palais. Il portait une lettre du seigneur Avitus.
Que veux le dragonnier de Nemeth ?
Il expliquait qu'il voulait mettre un terme à cette folie, mais Rhodor refusera d'attaquer Camelot, et Avitus ne veux pas ajouter plus de morts à l'hécatombe. Il a organisé un pourparler avec Pendragon, pour essayer d'arrêter le massacre. La rencontre doit se tenir à la fin de cette semaine, à Camelot. Apparemment, Uther a demandé à ce que tous les seigneurs des dragons soit présents, afin de pouvoir traiter avec toute la confrérie.
Ça ressemble à un piège. De ce que nous savons tous, Pendragon ne s'arrêtera que par la force, pas avec de simple paroles, statua l'un des dragons resté silencieux depuis le début.
Je sais, Dwiinhahdrim, c'est ce que je pense également. Je ne vois juste pas comment son piège peut marcher. Les dragonniers ne sont pas idiots, ils viendront avec des dragons, et je doute que l'armée de Camelot soit préparée pour affronter des béhémoths volants capable d'incendier la cité.
J'en déduis que tu ne vas pas t'y rendre ? Interrogea la dragonne, un air de soulagement dans la voix.
Bien sûr que non, Strunviig. Je ne vais pas me précipiter dans un piège même si j'ignore s'il va fonctionner. De plus, je ne peux pas laisser Hunith. Emrys commence à peine à marcher du haut de ses un ans et demi, mais je pense que sa magie s'est déjà manifestée. Avec le bébé en chemin, je dois faire en sorte qu'elle ne s'épuise pas.
Ah, le premier de ta portée. Quand consentiras tu à nous le présenter, Balinor ? Dit Yolbah. Nous n'avons jamais vu l'aîné que déjà un second se présente. Il est un seigneur des dragons lui aussi. Il faudra bien que tu lui apprenne cette part de lui même.
Je sais, Yolbah, je sais. Mais pour l'instant, Emrys n'est pas plus grand qu'un de vos nouveau-nés, il n'y a pas besoin de presser les choses. En temps et en heure, je l'amènerai devant vous. Anciens, il est temps à présent que je vous laisse, d'autre affaires m'attendent à Mandragora.
Cela dit, le roi s'inclina respectueusement devant les dragons et prononça la formule rituelle : « Que les étoiles vous gardent. », ce à quoi ils répondirent : « Que la déesse te protègent. ». Tournant les talons, Balinor emprunta le couloir pour sortir et rejoignit Ancallon, qui attendait couché sur le côté, un minuscule dragon d'un orange pétillant essayant de monter sur son ventre. Lorsqu'il vit l'homme s'avancer, le petit être délaissa le grand lézard et se précipita dans ses jambes, manquant de le faire tomber.
Moi aussi, je suis content de te voir, Aroth, dit le roi en riant. Tu vas me faire tomber si tu continue.
Tu sais bien qu'il adore jouer avec toi, lui dit le grand dragon rouge. Je pense qu'il devrait rencontrer Emrys, ces deux là pourrait bien s'entendre comme leurs pères.
Ne parle pas de malheur. Déjà que mon fils est intenable, tu voudrais lui donner un lézard volant cracheur de feu pour jouer avec ? Je ne suis pas sûr que le palais résistera à la combinaison. Relevant les yeux, l'homme vit une dragonne regardé le spectacle, la joie étincelant dans ses yeux. Mes hommages, dame Ulad.
Les écailles vertes luisirent lorsqu'elle inclina sa tête, lui répondant :
Le plaisir est mien, seigneur. Je vois qu'Aroth ne cesse de t'ennuyer.
Au contraire, ma dame, sa présence est rafraîchissante après une séance avec les Anciens.
Alors, qu'ont-ils décidé ?
Ils doivent d'abord en discuter entre eux avant de me donner leur réponse, mais je pense qu'ils viendront. Yolbah pourrai s'enflammer lui-même tellement il est furieux.
Tu sais bien qu'il a toujours été prompt à s'enflammer pour un rien. Même si, dans la situation actuelle, je comprends sa colère.
Balinor, Ancallon m'a parlé de la requête du seigneur Avitus à propos de cette rencontre à Camelot. Tu ne vas pas t'y rendre j'espère ? Demanda la dragonne verte, une lueur d'inquiétude dans le regard.
Il est exclu que j'y participe. Non seulement toute cette histoire sent le traquenard à plein nez, je dois aussi m'occuper de ma famille.
Voilà qui me rassurez seigneur. À ton avis, d'autres suivront ton exemple ?
Je l'ignore, Ulad. Avitus est un dragonnier respecté et charismatique, de nombreuses personnes suivront son exemple. Il travaille avec Rhodor, mais ne lui est pas assujetti, il peut donc se rendre à Camelot même contre l'avis du roi, tout comme les dragonniers qui servent sous ses ordres. J'ignore si Caerleon prendra le risque de perdre son seul seigneur dragon, mais Avitus peut se montrer très convaincant. S'il y en a d'autres, j'ignore où ils se trouvent, ou même si le message leur parviendra.
Puisse la déesse nous protéger.
J'ignore si elle t'entendra, ma dame, mais j'espère que cette prière sera répondu.
Repoussant gentiment le petit dragon, Balinor se tourna vers Ancallon : « Debout, feignant. Il faut rentrer au palais. Le monde n'attends pas. ». Celui ci se releva et en laissant échapper un soupir de dédain feint, et se tourna vers la dragonne verte :
Au revoir, ma flamme. Veille sur notre fils, garde moi dans ton cœur.
Toujours, mon soleil, répondit-elle en touchant son museau.
Au revoir, petit garnement, dit le dragon rouge en se penchant vers le petit être orangé, et prend soin de ta mère pour moi. L'enfant leva fièrement son menton vers le haut, et hocha la tête d'un air déterminé, adouci par la jeunesse de ses traits.
Et bien, voilà un sacré champion. Balinor s'inclina devant Ulad. Au revoir, ma dame, et puissent les étoiles vous gardez tous les deux.
Et puisse la déesse te protéger, seigneur. Prend soin de toi, et de ta famille.
Merci, ma dame.
L'homme et le dragon prirent ensuite congé de la mère et de son enfant, et se dirigèrent vers la sortie de la caverne. Par l'esprit, Ancallon interrogea son cavalier :
Tu es vraiment sûr qu'ils te suivront ?
Je l'espère, vieux frère. Du fond du cœur, je l'espère.
Dès que Balinor eut quitté la salle, les Anciens se mirent à palabrer avec leur esprits.
Vous pensez vraiment qu'ils nous faut nous impliquer ? La guerre n'arrivera peut être jamais jusqu'aux frontières du royaume.
J'aimerais être aussi sûr que toi, Dwiinhahdrim, mais j'ai bien peur que Balinor ait raison. Les tambours retentissent dans les royaumes, et le sang coulera quoi que nous fassions, lui répondit Strunviig. Notre devoir est d'aidé notre seigneur, comme il en a été depuis notre clan s'allia aux Ambrosius.
Évidemment que c'est notre devoir, rugit Yolbah. Si nous laissons Pendragon envahir le Nord sans rien faire, c'est un aveu de faiblesse.
Calme toi, mon frère, le sermonna Wuthsos. Même sans notre aide, Balinor a suffisamment d'alliés pour repousser une attaque. Je ne veux engager le combat que si c'est le dernier recours. Strunviig, es tu capable de voir ce que l'avenir nous réserve ?
Malheureusement non , frère. Il y a trop de chemins, trop de futurs possibles, je ne peux pas en discerner un plus précisément que le suivant.
Dommage.
Les quatre dragons se tournèrent vers le cinquième, qui était resté silencieux et aussi immobile qu'une pierre lors de la visite du roi. Il releva lentement sa tête, rivant son regard profond dans celui des autres, et dit:
Dommage qu'elle ne puisse pas scruter la toile des destinées, j'aurai voulu savoir comment cette rencontre allait s'achever.
Quelle rencontre ? Demanda Yolba, confus.
Celle que les dragonniers veulent utiliser pour négocier la paix avec le roi fou. Celle à laquelle notre seigneur ne participera pas. Celle qui doit se tenir dans les prochains jours, sur le sol souillé du sang des innocents.
Pourquoi cette rencontre t'intéresse tant, Golzmiin ? Même si c'est un piège, Pendragon ne pourra pas lutter contre des seigneurs aidés par leurs dragons.
Peut être … ou peut être ignorons nous certaines choses. Je pense qu'il est préférable d'attendre que cette assemblée ait lieu avant de donner notre réponse au roi.
Je suis d'accord avec lui, dit Dwiinhahdrim. Si les négociations aboutissent, il n'y aura plus besoin de partir en guerre.
J'approuve, reprit la dragonne blanche.
C'est entendu, alors, dit Wuthsos. Nous attendrons la fin des négociations entre les seigneurs et Uther pour prendre une décision. En espérant qu'elles soient couronnées de succès.
Oui, espérons … espérons, finit Golzmiin avant de retomber dans un mutisme pensif.
