Alors que le roi du Nord et son dragon prenaient leur envol, une colonne de cavalier flanquée d'un carrosse trottaient tranquillement, en chemin vers une cité dont les murs se profilaient au loin. A la tête du convoi ,sir Hedwynn se tenait droit sur son cheval, l'esprit vagabondant vers de lointain rivages. Les rayons du soleil se reflétaient sur son armure, qui malgré des éraflures et quelques bosses, luisait avec éclat. Derrière lui avançait une dizaine de cavalier, enchâssés dans de solides armures, une épée dépassant entre les épaules. Ils portaient tous une lance à la lame barbelé, ainsi qu'un grand bouclier, et leur regard acéré alternait entre les bords du chemin, la forêt qui les entourait et le carrosse qu'ils encadraient. L'un des hommes remonta la file et vient se placer à côté du Sénéchal. Bien qu'il dispose de la même armure que les autre, un discret cordon de soie rouge était attaché à son épaule droite, et chaque garde s'était redressé sur son passage. Avec un sourire, il s'adressa à Hedwynn :
Nous approchons de Tamworth, seigneur. Mon éclaireur dit que nous l'aurons rejoint d'ici la fin de l'après midi.
Excellent, capitaine. Il me tarde de pouvoir retirer cette armure et apprécier un bon bain chaud. Un peu d'eau pour vous rafraîchir ? Dit-il en se penchant pour saisir la gourde qui pensait à sa selle.
Au même instant, un sifflement retentit, et un carreau d'arbalète alla se ficher dans un panneau du carrosse, juste derrière Hedwynn. Celui ci releva vivement la tête pour voir surgir des frondaisons du bois des bandits. En un geste parfaitement contrôlé, aiguisé par des heures d'entraînement et de nombreuses batailles, le militaire dégaina son épée de son fourreau entre ses épaules, et chargea les attaquants. Le premier était plus grand que la moyenne, et ses épaules s'ouvraient sur une large poitrine, couverte de tatouages et de cicatrices. L'homme ne portait qu'un pantalon et une chemise sans manches ouvertes, et brandissait une épée au dessus de sa tête en hurlant. D'une pression des talons, Hedwynn fit faire un pas de côté à sa monture, et trancha net le bras du bandit tenant l'arme. L'homme tomba à genoux et son cri de guerre se transforma en un hurlement de douleur, qui s'arrêta brusquement lorsque le seigneur le décapita d'un seul horion de sa lame. Faisant faire demi tour à son cheval, il engagea un second brigand armé d'une lance qui essaya d'attaquer le cheval pour faire chuter le cavalier. Celui ci fit dévier la lame d'un revers et sa monture décocha ses sabots dans la poitrine de l'ennemi. L'impact d'une ruade d'une cheval de guerre énervé suffit à briser le crâne d'un homme : le bandit décolla et alla s'écrouler au milieu du chemin, du sang coulant de sa bouche, où un garde l'acheva. Le sénéchal regarda alentour et il constata que la situation était déjà réglé : le capitaine protégeait le carrosse, épaulé par quatre de ses hommes, tandis que le reste des cavaliers achevait les quelques bandits trop obstinés pour fuir. Ils n'avaient aucune chance, les gardes moissonnant dans leurs rangs comme un paysan fauche les blés. Lorsque le dernier tomba, une lance lui perforant le cœur, Hedwynn amena son cheval jusqu'à la portière du carrosse et demanda :
Majesté, est ce que tout va bien ?
Oui, Hedwynn, tout va bien. Son interlocutrice passa son visage par la fenêtre, dévoilant le visage d'Hunith, une expression calme sur ses traits. Que s'est-il passé ?
Des bandits, votre altesse. Ne vous inquiétez pas, la plupart ont fui et aucun des nôtres n'est blessé. Nous allons continuer la route, le capitaine Gareth affirme que nous approchons de Tamworth.
Enfin , il était temps que nous arrivions. Ce carrosse est probablement le moyen de transport le plus inconfortable que j'ai jamais utilisé, et pourtant Balinor m'a fait chevaucher son dragon. On peut sentir toutes les trous de la route dans cette boite.
Allons, Hunith. Ne t'énerve pas comme ça, tu sais ce qu'a dit lord Nicholas. Et ton époux m'a fait jurer que j'appliquerai ses conseils à la lettre. Donc pas de surmenages, l'interrompit une autre voix féminine, appartenant à Anna.
Ne m'en parle pas. Lorsqu'il a appris que j'attendais un autre enfant, ce bougre voulait m'enfermer dans la chambre du château et ne me laisser sortir sous aucun prétexte jusqu'à la naissance. Les hommes, franchement …
Je vais vous laisser, mes dames, dit le Sénéchal avec une petite toux gênée.
Il se retourna vers le chemin, où les gardes avaient fini d'empiler les corps des bandits sur le bas côté, et certains achevait de nettoyer leur lames. Il descendit de sa monture, et se dirigea vers l'homme à tête découverte.
Sir Gareth, avez vous trouver quelque chose d'intéressant sur nos assaillant ?
Non, lord Sénéchal. Il s'agissait sans doute de bandits de grand chemins. Leur équipement ne consister que de vieilles pièces d'armures, quand ils en avaient, et leur arme était de qualité moyenne, médiocre pour certaine. Ils devaient vraiment être désespérés pour attaque un convoi aussi armé que le notre, ou alors chercher simplement à tuer.
Il faudra signaler la présence de cette bande à Bayard. Bien. Brûlons les corps et remettons nous en route, je n'ai pas envie de nous attarder plus longtemps ici.
Après que tous les cadavres furent empilés, un soldat répandit sur le tas un mélange liquide poisseux, et à l'aide d'une pierre à feu, alluma le combustible qui embrassa les corps en un clin d'œil. Le convoi s'ébranla lentement, laissant le charnier se consumer. Hedwynn s'avança au niveau de Gareth, e entama la conversation :
Vos hommes sont remarquables, capitaine. J'oublie parfois à quel point le membres de la garde royale sont de redoutables combattants.
Merci, mon seigneur. Vous êtes également compétent dans ce champ d'expertise, n'est pas Seigneur Sénéchal qui veut. Ces bandit n'avait strictement aucune chance, contrairement à vous. La soif peut sauver la vie, apparemment …
C'est bien vrai, mon ami. Quelques centimètres un peu plus bas, et notre bon roi pouvait se chercher un nouveau général. La chance me sourit il semblerait. Si elle tient nous arriverons sûrement en ville sans autre accrochage.
C'est à espérer, en effet, même si je ne m'inquiètes pas trop. Il faudra plus que quelques bandits pour venir à bout de Prétoriens. Mais je pense que les fuyards ne sont pas prêts d'y revenir, après cette embuscade.
Combien d'hommes ont-ils perdu ? Demanda Hedwynn, curieux.
Quatorze, et un quinzième qui s'est vidé de son sang sans que nous puissions y faire quoi que ce soit. Ils ne s'attendaient sûrement pas à ça, une opposition c'est sur, mais pas à nous.
Regardant attentivement le sénéchal, Gareth reprit :
Je pense que vous auriez pu être l'un des nôtres, n'est ce pas, mon seigneur ? Si le poste de général des armées ne vous avez pas été confié, vous auriez pu rejoindre la garde prétorienne.
En effet, capitaine. Votre prédécesseur m'avait approché, m'offrant un poste parmi votre ordre. Balinor m'a proposé une autre offre, une qu'on ne refuse pas. Et je ne regrette pas une seconde cette décision. Loin de moi l'idée de vous offensez, Gareth, mais je préfère mes batailles sur des cartes avec des légions entières, plutôt qu'au fil de l'épée au côté du roi.
Inutile de vous excusez, seigneur. Je comprends votre raisonnement. Il est peut être même pour le mieux que les choses soient ainsi, vous pouvez ainsi gagner des guerres pour le royaume et nous nous assurerons qu'il garde son monarque. Je sais que vous mettriez votre vie en jeu pour le roi, et vous avez mon respect pour cela.
Hedwynn inclina légèrement la tête en signe de remerciements. Il respectait grandement l'homme à côté de lui : sir Gareth, capitaine de la garde prétorienne, les protecteurs de la lignée royale des Ambrosius. Chacun de ses membres était un vétéran expérimenté, ayant servi dans l'armée pendant au moins sept années. Leur armure ne produisait qu'un faible crissement alors qu'ils chevauchaient, une merveille de métallurgie. Chaque morceaux de la cuirasse de plates étaient constituer d'un mélange d'acier et de mithril, un métal rare que l'on ne trouvait que dans les montagnes du Nord, enseveli sous des centaines de mètres de pierre. L'alliage produisait une armure aussi légère qu'un plastron de cuir bouilli et pourtant plus résistante que de l'acier. Chaque pièce était une œuvre d'art en elle même, car la fusion de l'acier et du mithril requérait une technique de forge à la fois souple et très robuste, en appliquant la bonne force au bon moment sous peine de ruiner les matériaux. Le travail de cet alliage était la spécialité des forges royales de Mandragora, où les artisans pouvaient faire chanter le fer et créer des chefs d'œuvres de ferronnerie. Comme ses hommes, Gareth portait son armure, décorée du ruban de soie l'identifiant comme le chef de la garde, et arborant fièrement le blason de la maison des Ambrosius : un dragon rouge sang enroulant son corps serpentin autour d'un croissant de lune. Hedwynn avait toujours admiré cet emblème, la puissance émanant du reptile mais également la poésie de l'ensemble. Les traits du dragon étaient serein, et son corps semblait se confondre avec l'astre nocturne, pris dans une danse aussi vieille que le monde. Il laissa ses pensées vagabondaient, ne s'inquiétant pas de la sécurité de la reine. Après tout, chaque prétorien était près à affronter une armée pour défendre un membre de la famille royale, et refuseraient probablement de mourir tant que le danger demeurerait, avec l'obstination qui est la leur. Le convoi avança sans encombre, progressant sur la grande route sans ralentir. Bientôt, les murs de la capitale apparurent à quelques centaines de mètres, et Hedwynn vit une colonne de cavaliers se dirigeaient vers eux, laissant un nuage de poussière dans leur sillage. Il ordonna l'arrêt, et les gardes stoppèrent leur montures, avant d'aller se déployer autour du carrosse. Le capitaine se porta à son niveau, étudiant les hommes arrivant vers eux. Le chevalier à leur tête était équipé de son armure, le haubert de son casque relevé, et son écu fixé au bras gauche. Le reste des cavaliers portaient des armures de cuir légères, et à leur hanche qui d'une épée, qui d'un gourdin. Les deux flanquant le chef tenaient en main de lourdes lances. La troupe s'arrêta au milieu du chemin, à quelques mètres de la délégation nordienne, et le chevalier déclara d'une voix de stentor : « Vous êtes sur les terres du roi Bayard. Qui êtes vous et pour quelles raisons traversez vous le royaume de Mercia ? ». Alors qu'Hedwynn se gonflait d'indignation devant un tel outrage, et s'apprêtait à remettre ce freluquet à sa place, il entendit la porte du carrosse s'ouvrir et vit du coin de l'œil Hunith descendre les marches. Ses joues étaient rouges de colère, et son regard envoyaient des éclairs sur les pauvres soldats merciens. Le chevalier sentit sa belle prestance se dégonflait à mesure que la reine approchait, escorté de Gareth dont le visage dur et impitoyable aurait fait frémir un rocher. Finalement, elle se planta devant la colonne de cavaliers, et dit d'une voix très douce qui contrastait avec ses poings serrés de colère : « Nous sommes sur les terres du roi Bayard car nous avons été invité, pour discuter d'affaires d'état, ce dont je suis sûr vous ne devez probablement rien savoir. Alors, au lieu de venir nous importuner, allez donc prévenir le roi que la délégation nordienne arrive, et que la reine Hunith Ambrosius préférerait qu'un bain chaud l'attende lorsqu'elle franchira les portes du palais ! ». Sa tirade s'acheva sur un rugissement, qui fit reculer le cheval du noble. Celui ci avait à présent la mâchoire décrochée, comprenant enfin avec qui il s'était permis d'user de tant de condescendance. Il faillit s'étaler sur le chemin dans sa précipitation de descendre de sa selle pour s'incliner devant la dame, bredouillant des mots d'excuse :
Votre Altesse, je suis confus. Je n'ai pas reconnu le sceau du roi, pardonnez moi pour cette attitude …
c'est assez, chevalier, le coupa la reine. Allez prévenir sa majesté Bayard de notre arrivée imminente, s'il vous plaît. Nous saurons trouver le chemin jusqu'à Tamworth.
Permettez que mes hommes et moi-même vous escortions jusqu'à la cour du palais, insista-t-il.
Ce ne sera pas nécessaire, mais je vous remercie, acheva-t-elle d'un ton sec avant de revenir sur ses pas pour rejoindre le carrosse.
Tous les hommes de sa gardes la regardaient, les yeux emplis de fierté et d'une touche d'amusement devant la férocité de leur reine. Gareth coula un regard un brin condescendant vers le pauvre chevalier toujours à genoux avant de la suivre et de remonter en selle d'un seul mouvement ci se releva, le visage rouge de honte et de colère et rejoignit sa propre monture avant de faire signe à ses hommes et de repartir vers la ville. Hedwynn alla se mettre au niveau du véhicule et s'adressa à Hunith, une hilarité importune dans sa voix :
Tout va bien, ma dame ? Vous sembliez un peu tendu à l'instant.
Je ne suis pas suffisamment tendu pour ne pas détecter le sarcasme, Hedwynn, répondit-elle d'une voix mordante. Inutile de prétendre que ce n'était qu'une crise de colère, je vous ai vu. Si je ne l'avais pas remis à sa place, vous seriez probablement encore en train de hurler sur ce parvenu. Je nous ais donc épargner du temps, et probablement une extinction de voix pour vous.
Rien ne vous échappe, il semblerait. Il ajouta d'un ton plus sérieux : Si le voyage vous incommode nous pouvons nous arrêter. Vous savez bien que chacun de ces hommes se laisserez tailler en morceaux pour vous, alors une petite halte ne devrait pas poser de problèmes.
Inutile. La ville est juste à côté et je préfère m'arrêter là ou des canapés pourront m'accueillir. Même si j'ai sans doute sur-réagit, n'est ce pas ? Ajouta-t-elle avec une mine contrite.
Hunith, tu es enceinte, et tu es une reine. Aucun homme ne peut te reprocher la moindre choses dans cette situation, intervint Anna, assise à côté de la reine.
Oui, je sais. Il m'est arriver la même chose pour Emrys : une fois, j'ai éclaté en sanglots lorsque j'ai brisé un vase dans ma chambre et lorsque le garde à ma porte a toqué pour savoir si tout allé bien, je lui ais hurler dessus pendant dix bonnes minutes. Le pauvre homme ne savait pas où se mettre, et je le vois parfois faire la grimace lorsque je le croise dans les couloirs.
Ahahahah … Je me souviens de cette histoire. Lorsque Eric m'a raconté ça, j'ai eu mal aux côtes à force de rire, commenta la femme en arborant un large sourire. Ne t'en fais donc pas, ce chevalier était aussi en tort, et Bayard ne se formalisera pas qu'un de ses hommes se fasse molester par une faible femme.
C'est probablement l'adjectif qui convient le moins bien à notre reine, intervint Hedwynn.
Entièrement d'accord, milord, mais la noblesse mercienne ne le sais pas encore.
Je vois. Si vous le voulez bien, je vais vous laissez à vos histoires, je crains que mon expertise concerne davantage la bataille rangée que la guerre des flatteries.
Avec cette dernière réplique, il talonna sa monture et reprit la tête de la colonne. Juste à temps, car ils arrivaient aux portes de la ville.
