Les rues étaient surchargées : les passants jouaient des coudes dans la rue pour atteindre les échoppes des marchands, qui haranguaient la foule, vantant la qualité de leur produit. Des poissonniers faisaient avancer leur charrette tant bien que mal, forçant le passage pour avoir la meilleure place. Toute la populace se poussa néanmoins pour laisser passer le convoi royal, s'écartant rapidement et se pressant vers les bords de la rue pour ne pas être renversé par les cavaliers. Des murmures parcouraient la foule, se demandant quel visiteur pouvait bien arriver en carrosse sous une aussi solide escorte. Certains affirmaient qu'il s'agissait d'un seigneur d'Amata, venu apporter les défis implicites de leur roi. D'autres que c'était un envoyé de Camelot amenant des nouvelles sur de ce que les gens avaient fini par baptiser la « Purge ». Quelques malins ,bien placé, aperçurent le blason gravé sur les armures des chevaliers, et comprirent que Bayard recevait un émissaire du Nord. L'attelage remonta la rue principale, fendant la foule tel un poisson remontant une rivière, et finalement s'arrêta dans la cour du palais. Les gardes avaient été informés de l'identité de leur visiteur, et se mirent au garde à vous. Le souverain de Mercia se tenait sur les marches surplombant la place, un léger sourire au lèvres. Lorsque le sénéchal fut descendu de sa monture, il vint à sa rencontre et lui présenta son bras :

Il y a trop longtemps que nous nous sommes vu, sir Hedwynn.

Trop longtemps en effet, votre altesse, répondit-il avec joie tout en serrant son bras dans celui du roi dans un salut guerrier. Se tournant vers le carrosse, il s'inclina et alla se placer aux côtés de sa reine.

Il est bon de vous revoir, mon seigneur, dit-elle d'une voix douce.

Le plaisir de vous revoir ravi mon cœur, votre grâce. Je vous félicite pour l'expansion de votre famille, j'ai ouï dire que le prince est un jeune garçon vigoureux, il fera un grand roi j'en suis certain.

Merci, sire. Je dirais même trop vigoureux pour son âge, je ne dirais pas non à un peu de calme. Je vous souhaite le bonjour, majesté, reprit Hunith lorsqu'une femme vint se placer aux côtés du roi.

Hedwynn grimaça : « Aïe, le choc va être terrible. » pensa-t-il alors que les 2 épouses se saluaient. Le menton fièrement relevé, la reine Audrey était belle : on ne pouvait pas utiliser d'autres mots pour la qualifier. Sa chevelure de boucles blondes encadrait un visage aux hautes pommettes, des lèvres fines discrètement rehaussé de maquillage, et deux yeux d'une couleur chatoyante, un subtil mélange de gris acier et de vert. Elle portait une robe bleue finement décoré, la richesse de l'habit accentuant encore la beauté de son visage. Malgré ses trait fins, son sourire n'atteignait pas ses yeux, qui regardaient froidement la nordienne. Un sourire pincé étirait les lèvres de celle ci, et la raideur de son salut fit tomber une chape de malaise sur la cour. Le roi s'éclaircit la gorge et prit la parole alors que les deux femmes se défiaient du regard :

Je suppose que le voyage a du être éprouvant, Mandragora n'est pas la porte à côté.

Il est vrai que ce voyage a été quelque peu mouvementé, seigneur. J'aimerai pouvoir me retirer pour me reposer un peu, notre médecin a insisté pour que je ne me surmènes pas. Les hommes ont également hâte de pouvoir se dégourdir les jambes sans leurs armures, j'imagine.

Oh, les fameux prétoriens du Nord ne seraient donc pas aussi inflexible qu'on le raconte ? Intervint Audrey, sa voix aussi glaciale que la neige. Hunith fut interloqué par cette outrage, bien qu'habilement déguisé. Elle se fendit d'un sourire aussi acéré qu'une dague :

Ce sont les plus fidèles hommes au service du royaume, mais ils restent des hommes. Ils apprécient un repas chaud et une bonne chope de bière, tous comme les bons soldats de Mercia. Mais peut être l'ignorez vous, altesse ? Je ne sais combien de temps vous pouvez consacrer à de si futiles occupations, la vie à la cour doit être très prenante. Rouge de colère, la reine mercienne parvint à relâcher son poing crispé et à maîtriser sa voix :

Je pense qu'il faudrait en effet que vous devriez vous reposiez, vous semblez pâle. Un bain vous attend dans votre suite, nous l'avons fait préparer suite au « message » que nous à relayer sir Matthew.

« Elle allait lui ressortir cette histoire, c'était aussi sûr que deux et deux font quatre » pensa Hedwynn en assistant à l'échange. Il s'inclina devant Hunith lorsque celle ci concéda implicitement la victoire en baissant les yeux embarrassés et accepta de suivre un serviteur pour rejoindre ses appartements. L'air satisfaite, la femme de Bayard prit également congé, laissant les deux hommes se regarder avant de rire nerveusement. Finalement, Bayard poussa un long soupir et dit :

Bien, maintenant que cette entrevue gênante est terminée, nous allons pouvoir parler de choses sérieuses. Comme la raison de votre visite, même si elle est simple à deviner, et surtout ce que vous espérer en tirer.

Nous sommes venu pour parler de la guerre, sire. Vous savez de quoi je parle, vos espions doivent vous fournir des rapports réguliers sur la situation de l'Alliance. Quand à ce que nous espérons, la reine tiens à s'entretenir personnellement avec vous, nous pourrons voir ça demain.

La guerre … J'en viens parfois à me dire que nos vies ne sont qu'une guerre perpétuelle, entrecoupé de moments de paix, condamné à ne durer que quelques saisons, pour faire la place à de nouvelles batailles. Enfin, reprit-il en s'ébrouant, vous avez raison, Hedwynn, la guerre peut attendre jusqu'à demain. Ce soir, un banquet sera donné en votre honneur à tous. Mes serviteurs vont vous conduire jusqu'à votre chambre, et aideront vos hommes à s'installer.

Merci sire. Je vous verrais ce soir.

Il salua le roi et suivit le serviteur qui le mena à sa chambre. Ses affaires avaient déjà été transportées et un bain fumant attendait au fond de la pièce. Tandis qu'il retirait son armure, sans l'aide de son guide, au grand étonnement de celui ci. La plupart du temps, les chevaliers arrivaient à peine à se gratter le dos en portant leur armure, mais le nordien retira son plastron avec une rapidité peu commune. Après s'être débarrassé de ses gantelets et de ses chausses, il tendit l'ensemble au serviteur pour qu'il les accrochent sur le mannequin près du lit.

Voulez vous que je nettoie votre armure, seigneur ? Demanda-t-il avec déférence.

Inutile, met là sur le présentoir et retire toi.

« Orgrim me passerait un sacré savon si je laissais un serviteur étranger s'occupait d'une de ses armures. » pensa Hedwynn. Orgrim, le maître des forges royales, ne montrait du respect qu'envers le roi, et occasionnellement la reine lorsqu'elle se rendait dans son domaine. Le reste de la cour n'avait droit qu'à un ton bourru, dépourvu de politesse. Malgré son excentricité, et les divers requêtes de nobliaux bien trop arrogants pour que le roi lui ordonne de se comporter comme le reste des serviteurs, aucune raison n'aurait pu pousser Balinor à le congédier. Malgré la rudesse de ses traits et de son attitude, Orgrim était un véritable artiste une fois installé à sa forge. Il pouvait faire chanter l'acier, modeler le fer comme un peintre donne forme à son tableau. Chacune des pièces qu'il avait créer personnellement, que ce soit un plastron, une lame, ou simplement une marmite, ou un fer à cheval, était un chef d'œuvre. Finalement, toutes pensées pour le forgeron et son travail s'évanouirent lorsque Hedwynn pénétra dans le bain, l'eau chaude relaxant ses muscles. Il se laissa aller pendant quelques minutes avant de se laver le corps, l'esprit pensant aux instructions du roi quand à cette rencontre. « Nous devons être sûr qu'en cas de conflit, Bayard assurera nos arrières. Il ne devrait pas être difficile à convaincre, mais méfie toi de sa femme. La reine Audrey n'a que dédain pour notre royaume, qu'elle considère comme une terre de paysans et d'arriérés. Elle ne peut tout simplement pas concevoir comment j'ai pu épouser une femme de basse extraction. Je ne suis pas certain qu'elle nous méprise au point de s'opposer à notre traité, mais sois sur tes gardes. Et tâche d'empêcher Hunith de lui arracher la tête, ces deux là ne peuvent pas se voir en peinture. ». D'abord peu convaincu, Hedwynn ne doutait plus des mots de son roi après avoir assisté à l'échange entre les deux femmes. Le banquet s'annonçait explosif.