La reine arpentait la chambre, et Anna était étonné de ne pas voir de la fumée sortir de ses oreilles tellement elle était furieuse. Elle était habituée à ses sautes d'humeur dues à la grossesse, mais la présence d'Audrey dans l'équation décuplée la propension d'Hunith aux crises de colère. La souveraine mercienne avait bien fait comprendre qu'elle la considérerait toujours comme une petite paysanne tirée de sa campagne par un roi naïf en ayant réussi à joué de ses charmes.

Pour qui ce prend cette morue ? Me provoquer en public, juste pour que je perde mon calme et me ridiculise devant Bayard et sa cour. Je lui enfoncerai ses réflexions dans la gorge si je pouvais. Prenant une voix horriblement haut perchée : « Les prétoriens ne sont pas si inflexibles qu'on le dit. » Je t'en donnerai de l'inflexible. Ce sont les meilleures guerriers du Nord, et elle en parle comme si ce n'était que de vulgaires barbares.

Tu as besoin de te calmer, Hunith. Rappelle toi ce que Nicholas a dit, le bébé peut sentir le surmenage.

Par pitié Anna, je vais bien. Je ne suis qu'à 3 mois de grossesse, on peut à peine percevoir la différence. Ce dont j'ai besoin, c'est d'effacer le sourire suffisant de cette vipère.

Allons, tu sais pourquoi nous sommes venu. Il y a bien trop en jeu pour tout risquer en se battant avec la femme de Bayard. D'ailleurs, si tu l'as déteste tellement, pourquoi as tu voulu faire partie du voyage ? Je pense que la présence du Sénéchal aurai été suffisant.

Nous venons négocié, et de tels pourparlers ne se feront qu'en présence de la royauté pour les deux parties. Devant le regard septique de son amie, elle avoua : Bon très bien tu as gagné. J'avais envie de bouger. J'adore Emrys mais il peut me rendre folle quelque fois. En plus, avec notre second enfant, je ne pourrai probablement plus voyagé avant longtemps. Donc j'ai décidé de profiter de cette délégation pour sortir un peu.

Pourquoi n'as tu pas accompagné Nicholas à Caerleon ? La reine Annis t'adore, elle te considère comme une petite sœur, presque comme une fille. Ou alors à Nemeth ? Kaellius n'aurait jamais refuser de t'emmener avec lui.

Tu sais très bien que j'ai le mal de mer, et je ne veux pas partir trop longtemps. Nicholas sera probablement parti pour un bon mois, et même si mon fils est un garnement, je n'aurai jamais tenu. Quand à Nemeth, Kaellius va s'y rendre en utilisant le Portail. Il est déconseillé d'être soumis à de puissants flux magiques quand on porte un enfant. Du coup, me voilà à Mercia.

Et bien, il va falloir assumer et supporter Audrey, répondit Anna.

Je sais. Ça ne veut pas dire que j'ai à apprécier.

Tu m'as moi, c'est déjà bien. Imagine si tu avais dû supporter ton séjour entouré seulement d'elle et de sa cour.

Je pense que j'aurais explosé et essayé de lui arracher ses cheveux. Tu as vu ça ? « Regardez moi pendant que je me pavane en balançant mes bouclettes au vent », reprit-elle de cette même voix aiguë. On aurait dit le miaulement d'un chat malade dont la queue s'était pris dans une porte.

Anna rit devant le spectacle, puis décida de changer l'humeur de son amie en se préparant pour le banquet du soir. Après s'être lavé, elle commença par la coiffer, attachant ses cheveux châtains en une queue de cheval en laissant retomber le reste sur ses épaules en cascade. Hunith enfila ensuite sa robe pour la soirée, l'une des plus belles de sa garde robe : la soir verte épousait ses formes tout en étant suffisamment ample pour ne pas accentuer le renflement de son ventre. Ses épaules étaient couvertes par un châle couleur ocre, brodé du dragon de son royaume. Les finitions de la robe démontrait un travail d'orfèvre, et Anna se dit qu'elle allait faire grande impression en arrivant dans la grande salle. Elle même s'habilla d'une robe d'un vert sombre, permettant de s'accorder avec l'autre sans pour autant lui faire de l'ombre. Aux doigts d'Hunith brillaient son anneau de mariage, un simple bandeau d'or engravé avec le nom de Balinor dans la langue draconique, ainsi que la bague royale, une pièce de maître représentant des ancolies, une fleur bleu des montagnes. Au cœur de chacune des plantes était enchâssé un petit saphir. « Une preuve qu'Orgrim peut travailler en finesse malgré ses gros doigts », pensa Anna. Elle sortit d'un coffret une rivière de diamants qu'elle mis au cou de la reine. Celle ci se regarda dans le miroir avec une moue satisfaite et dit : « Voyons si nous sommes toujours indigne de sa majesté maintenant. Allons y, je pense que les autres personnes se sont déjà mis en route. ». Les deux femmes sortirent de la chambre et trouvèrent Gareth attendant près de la porte. Il se redressa immédiatement et s'inclina :

Vous êtes magnifique, votre altesse . Et vous aussi, ma dame. Ces chers merciens risquent d'en avoir mal aux yeux à force de vous regarder.

Merci, sir Gareth. Êtes vous venu nous escorter jusqu'à la salle du banquet ?

En effet. Mes hommes sont déjà arrivés, et le roi Bayard a accepté que cinq d'entre eux servent de gardes. Les autres ont pour ordre de se fondre dans la masse.

J'ignore si vous hommes pourront relever ce défi, dit la reine en se fendant d'un sourire. Un prétorien reste un prétorien qu'il soit en armure, en tunique de soirée ou complètement nu.

Le capitaine rit à la boutade, puis s'écarta pour laisser le passage aux deux dames, avant de leur emboîter le pas. Traversant les couloirs, Hunith fut satisfaite de voir que toutes les personnes qu'ils croisaient s'arrêtaient et s'inclinaient, la stupeur mêlé d'admiration peinte sur leurs traits. Le couloir déboucha finalement sur le grand hall du palais, permettant de se rendre dans la salle de bal où se tenait le banquet. Tous les seigneurs et leurs dames levèrent les yeux et marquèrent un temps d'arrêt devant la délégation nordienne. « J'espère que cette prétentieuse va enrager. » pensa la reine avec un grand sourire, remerciant les nobles de leurs compliments. Elle pénétra ensuite dans la salle, où le héraut annonça d'une voix puissante : « La reine Hunith Ambrosius du royaume du Nord ! ». Des applaudissements saluèrent son entrée, tandis que le héraut continuait : « Dame Anna Corwell du Nord. », marqua une courte pause, puis « Sir Gareth Luach, capitaine de la Garde Royale, première épée du Nord. ». Hunith sourit à la mention des titres du garde : il détestait toute cet étalage de prestige. Pour lui, seul comptait sa fonction, et le reste n'était que des titres vides sensés flatter son ego. Elle dirigea ses pas vers la place qui lui été réservée, à la droite du roi. Elle vit du coin de l'œil les prétoriens se déplaçaient de manière à pouvoir la rejoindre en un éclair si quelque chose devait arriver. Les autres, bien qu'habillé élégamment, ressortaient immanquablement de l'ensemble : leur port droit, leur démarche rigide et leurs yeux scrutateurs les différenciaient du reste de la cour. Ils semblaient également mal à l'aise dans leurs autours composés de tissus et non de métal. « C'était couru d'avance, pensa-t-elle, ils ne sont vraiment habillés confortablement qu'en portant leur armure. ». Après avoir salué Bayard et Audrey, Hunith s'installa à la table et commença à se servir de petites portions. « Je meurs de faim, mais hors de question de lui donner une raison pour attaquer ». Un autre effet de la grossesse : en plus de ses sautes d'humeur, son appétit était décuplé. Alors qu'elle mangeait, un serviteur vint lui proposer du vin :

Non merci. Je ne bois pas de vin, ordre du médecin.

C'est vrai alors, votre altesse. Des rumeurs étaient parvenues jusqu'à nos oreilles, et elles sont fondés. Un deuxième prince pour le Nord. Dit le roi.

Ou une princesse. Nous ne saurons pas avant la naissance.

Était-t-il bien prudent de joindre cette délégation depuis votre palais jusqu'ici en étant enceinte ? S'invita Audrey dans la conversation, une pointe de condescendance dans la voix.

Oh ne vous inquiétez donc pas, ma chère, rétorqua Hunith avec une froideur polaire. Le voyage fut agréable, malgré quelques incidents, et les femmes du Nord sont résistantes. Notre médecin a donné son autorisation pour ce voyage, sachant que je n'en suis qu'aux premiers mois.

Bien sûr, tout le monde sait que les conditions de vie là bas, comment dit-on déjà … ah oui, « forgent le caractère ».

Les doigts d'Hunith étaient blanc à force de serrer son poing. Elle parvint à répondre d'une voix égale : « Oui, en effet. Les hivers peuvent être rudes, et l'endroit n'est pas pour les timorés, les faibles … ou les précieuses. ». Sous l'insulte implicite, Audrey se détourna avec une moue de dédain à peine déguisée, et entreprit de discuter avec un seigneur se trouvant à sa gauche. Satisfaite, la nordienne s'adressa au roi :

Comment vont les choses ici, sire ?

La situation est tranquille, même si la tension est perceptible. Le spectre de la guerre plane au dessus de nous, et la purge de Camelot déborde sur nos terres.

Que voulez vous dire ?

Des chasseurs de sorcières ont été vu dans certains villages près de la frontière. Des fous furieux avides de sang, bien incapable de faire la différence entre une mage et un simple paysan instruit. Ces chiens sont dangereux, j'ai eu vent de rumeurs des chasses aux sorcières qui sont organisées dans les cinq royaumes. Une dénonciation suffit généralement à condamner la victime, pour certaines sans preuves ni même un procès. Ces pseudos-chasseurs se sont déclarés la tête pensante en termes de traques de magiciens, et ils se servent de ce statut et des quelques cas chanceux pour mener les paysans à la baguette. Le peuple est comme pris dans une hystérie, voyant des sorciers partout, et se retournant contre de vieux amis par peur ou paranoïa.

Par les étoiles, c'est horrible, s'exclama-t-elle. Comment ces gens peuvent-ils faire ça ? Et Uther, comment ose -t-il ? Un roi devrait protéger son peuple, et non pas perpétrer des massacres.

Je sais, ma dame. Je sais bien. Ce qui me fait peur est que bientôt, cette folie nous atteindra. Mais vous le savez déjà, j'en suis sûr. C'est même la raison pour laquelle vous avez fait la longue route jusqu'à Tamworth, alors qu'un enfant grandi dans votre ventre.

En effet, sire. Nous savons tout les deux ce qui arrive, et je viens en tant que représentante de mon royaume et de mon peuple pour vous demander ceci : lorsque la tempête frappera, courberez vous l'échine, ou vous joindrez vous à nous pour résister ?

Vous n'attendez même pas demain pour mettre les pieds dans le plat. C'est toujours ce que j'ai aimé avec les gens du Nord : vous n'avez pas le temps pour les courbettes et cette ridicule étiquette qui s'est installée dans les différents palais d'Albion. Droit au but. Je devrais peut être m'inspirer de Balinor sur cet aspect.

Abstenez vous, mon roi, intervint Audrey, je préfère que mon mari ne deviennent pas un rustre.

La reine n'avait pas haussé la voix, la remarque se perdit dans le brouhaha du banquet, à l'exception de Bayard, Hedwynn, Gareth et Hunith. Celle ci amorça un geste pour se lever, le poing serré de colère, lorsque la main puissante du Sénéchal se posa sur son épaule, la forçant à s'asseoir sur son siège, tout en adressant un sourire à la mercienne.

Je crois que la reine est fatigué par le long voyage, la grossesse doit lui prendre des forces. Il serait peut être mieux qu'elle puisse apprécier ce repas tranquillement avant d'aller se coucher. Après tout je connais peu de femmes capables de supporter toute cette pression aussi bien qu'elle. Qu'en pensez vous, votre majesté ? Demanda-t-il à Audrey.

Je suis sûre qu'une nuit de sommeil lui fera le plus grand bien , mais …

Non vous m'avez mal compris. Je voulez dire, connaissez de telles femmes, à la volonté d'acier et la loyauté féroce ? Pour ma part je n'en vois pas d'autres à notre table.

Comment osez vous …

Assez ! S'exclama Bayard. Mon épouse, je pense que vous vous êtes suffisamment exprimé sur la question. Pourquoi ne finiriez vous pas votre repas avant d'aller danser ? Je suis sûr que quelque uns de mes chevaliers seraient ravis si vous leur accordiez cet honneur.

Le regard ombrageux du roi lui fit comprendre qu'elle avait marché sur certaines limites, et qu'il y en avaient d'autres qu'il ne valait mieux pas franchir. D'un geste sec de la tête, elle acquiesça puis se leva sans finir son assiette pour se diriger vers la piste. Un chevalier lui présenta son bras et elle disparut dans la valse des robes et des couleurs. Le roi se tourna ensuite vers les envoyés nordiens :

Je m'excuse pour le comportement de ma femme, ces insinuations sont intolérables et je ferais en sorte qu'elle ne vous ennuie plus pour le reste de votre séjour.

Merci, sire.

Bien entendu, j'attends également de vous que vous ne cherchiez pas querelle avec elle.

Cela va de soi, répondit Hedwynn.

Bien, je pense que nous avons suffisamment parlé pour ce soir. Nous reprendrons cette conversation demain, ajouta-t-il d'un ton calme mais autoritaire.

Dans ce cas, nous allons savourer ces merveilleux plats.

La moue boudeuse, Hunith se renfonça dans son siège et observa les danseurs évolués sur la piste. L'enchaînement des pas et la succession des couleurs avait quelque chose d'hypnotique, elle n'entendit presque pas la servante qui lui parlait : « Un peu de jus, votre grâce ? Les meilleures pommes du royaume ont été utilisées pour faire ce nectar. ». Elle tendit son verre, se disant distraitement :« Pourquoi pas, Nicholas a interdit l'alcool, pas les jus de fruits. ». Alors qu'elle allait porté la coupe à ses lèvres un grand remue ménage éclata à l'entré de la salle, et un homme se précipita au milieu de la piste. Sa tunique déchiré était ouverte sur deux sévères blessures à son flanc. Il pointa le doigt vers elle et hurla : « Non ,ne buvez pas ! ». Elle lâcha le verre qui alla s'écraser sur les dalles du sol. C'est alors qu'elle entendit un chuintement derrière elle, et se retourna pour voir la servant au jus de pomme armer son bras pour la transpercer du poignard qu'elle avait dissimuler dans sa manche. Comme au ralenti, Hunith vit la lame amorcer sa course fatale, visant son cœur, lorsque qu'une main intercepta le bras la meurtrière. Gareth se dressait entre sa reine et l'attaquante, et lui décocha un crochet en pleine mâchoire. Le bruit d'os brisés indiqua qu'il venait de lui réduire la bouche en lambeau, mais l'assassin ne tomba pas. D'un geste brusque elle se libéra le bras, et repartit à l'attaque après avoir craché quelques dents. Ses coups circulaires firent reculer Gareth, désarmé, jusqu'à ce qu'il puisse bloquer les bras de la femme, pour lui décocher un coup de genou dans le ventre, avant d'enchaîner par une clé de bras implacable. Autre bruit d'os brisés, et le poignard tomba sur le sol, inutile, alors que la tueuse essayait de reculer précipitamment, mais sans effet. Le capitaine acheva son adversaire d'un double atemi sauvage aux côtes, qu'il cassa net. Elle s'écroula sur le sol, respirant difficilement, avant de finalement perdre connaissance. Un bruit sec le fit se retourner ainsi qu'Hunith, pour voir un homme au bout de la salle, en habit de servant, une arbalète braqué sur elle. Il se fit plaquer par deux prétoriens en civil, et violemment mis hors d'état de nuire. Le regard de la reine s'était désintéressé du second assassin pour se poser sur le corps de l'homme qui reposait sur le sol devant la table royale, ce même homme qui avait lancé l'avertissement plus tôt. Un carreau dépassait de sa poitrine, et du sang coulait de sa bouche. Elle se précipita sur lui, tandis que les prétoriens en armure vinrent formé un mur protecteur entre elle et le reste de la salle. Sa respiration était laborieuse, et elle lui prit la main.

Est ce que ça va ? Aussitôt que ses mots franchirent ses lèvres, elle se rendit compte de leur stupidité. Ne vous en faites pas, ça va aller, un médecin va venir, je suis sûr qu'il peut vous soigner.

Venu … Tuer …, essaya de dire l'homme en toussant, projetant des petites gouttes de sang sur la robe d'Hunith. Tuer la reine … le nord … viennent de l'Alliance … envoyé par … par Alined …

Économisez vos forces, ça va aller, dit-elle d'une voix alarmé. Le sang de l'homme sortait de ses blessures à une vitesse alarmante, et ses chances s'amenuisaient au fur et à mesure des secondes.

Mon fils …, il lui agrippa la manche, implorant, mon fils … tout seul … le laissez pas … seul … pitié …

Vous reverrez votre fils, il ne sera pas seul, je vous l'amènerez, on en prendra soin, ne vous inquiétez pas.

L'homme murmura un faible « Merci », le fantôme d'un sourire sur ses lèvres ensanglantées, puis la lueur dans ses yeux se figea et sa main retomba sur le sol, inerte. Sa poitrine laissa sortir un dernier soupir afin de se figer pour toujours. Hunith se sentit tirer par les épaules et relever, et se rendit compte que Gareth la soutenait, tandis qu'Hedwynn s'agenouillait pour fermé les yeux du mort. La bulle dans la quelle elle se trouvait explosa soudain, et elle se rendit compte du désordre qui régnait dans la salle. Les courtisans parlaient entre eux, leur regards alternants entre la reine nordienne, l'homme au sol et les deux tueurs sous bonne garde des prétoriens. Des soldats merciens se tenaient entre la foule et la délégation, encadrant leurs souverains. Bien que leurs armes fussent au clair, aucun de semblaient enclin à faire un geste vers les gardes royaux, et à raison. : leurs amures luisaient sous l'effet des torches, donnant l'impression qu'elles avaient été forgé par du feu vivant. Leur épée et leur grands boucliers brandis n'incitaient pas à la désinvolture, pas plus que leur visage fermé, l'expression concentré d'un soldat avant la bataille peinte sur le visage. Finalement, Bayard ordonna à ses hommes de rengainer leurs armes et de reculer et se présenta devant le mur d'acier :

Majesté, est ce que vous allez bien ?

Oui, sire, répondit Hunith en passant devant ses gardes. Je ne comprends pas. Que c'est il passé ?

Vous avez été la cible d'une tentative d'assassinat, voilà ce qui s'est passé.

Je comprends bien, je demandais comment cette tentative a pu prendre place en premier lieu ? Comment cette tueuse a pu approcher autant de la table royale, et pourquoi vos gardes n'ont pas stoppé le second avant qu'il n'essaie de me tuer et achève ce pauvre homme.

Enfin, vous ne pensez pas que nous ayons quelque chose à voir avec tout ça ? Réfléchissez une seconde, j'aurais sans doute pu trouvé une manière beaucoup plus simple de vous faire mourir … il se rendit compte que ses paroles aggravaient son cas, au lieu de l'aider, mais il n'eut pas à chercher une excuse car son interlocutrice éclata de rire.

Ce n'est pas la meilleure ligne de défense que j'ai entendu, dit elle en s'essuyant les yeux. Ne vous inquiétez, roi Bayard, je sais que ces assassins ne sont pas des vôtres, mais je devais m'assurer que vous ignoriez tout de cet attentat. Et votre excuse bancale m'a convaincu. Cet homme a eu le temps de me dire que les tueurs ont été envoyés par le roi Alined, et je pense que l'ordre d'exécution est une décision de l'Alliance, pas simplement lieu. Il est trop lâche pour agir aussi audacieusement sans supports.

Ce sale rat … il ose envoyé des meurtriers chez moi, pour tuer mes invités. Je pense que ce qui vient de se passer est un message clair de l'Alliance pour nous. Amenez ces prisonniers, fit-il d'un geste vers les deux tueurs sur le sol. Ils seront interrogés pour savoir exactement ce que ce serpent et ses amis préparent. Je pense que nous avons eu notre compte d'émotions pour la soirée, messires, gentes dames, il est temps pour nous tous d'aller de rejoindre nos chambres. Se tournant vers ses soldats : Amenez le corps de ce pauvre homme. Il sera enterré avec les honneurs.

Si vous permettez, sire, dit Hunith, il m'a dit qu'il avait un fils, un enfant tout au plus il semblerait. J'aimerais rencontrer ce jeune homme, ce soir.

Vous ne préférez pas …

Ce soir, seigneur.

Très bien, ma dame. J'enverrai des gens le chercher et le ferai monter dans vos appartements. Voulez vous que mes gardes vous raccompagne ?

Je doute que sir Gareth et ses hommes apprécient, mais merci pour cette offre. Je vous dis donc bonne nuit. Nous nous reverrons demain matin. Il nous faut finir cette discussion de tout à l'heure.

En effet. Bonne nuit, majesté.

Avec un dernier regard pour le corps de son sauveur évacué de la salle et une silencieuse prière pour le repos de son âme, elle s'engagea vers la sortie avec Anna qui l'avait rejointe ainsi qu'Hedwynn. Les prétoriens vinrent se placer autour d'elle, tel un mur de métal. Bien qu'ils aient rengainé leurs armes, la tension était toujours perceptible. Ce qui expliqua pourquoi toutes les personnes qu'ils croisèrent, nobles ou serviteurs, s'écarta rapidement devant les sombres armures et les visages fermés. Ils arrivèrent devant la porte et la reine indiqua à sa dame de compagnie, le Sénéchal et le capitaine de la suivre à l'intérieur, pendant que les gardes se plaçaient en faction dans le couloir menant à ses appartements. Une fois la porte close, elle put enfin parler :

Par les satanés étoiles, comment cela a pu se passer ? Des tueurs à un banquet, à Mercia ? C'est surréaliste !

Pas tant que ça, répondit Hedwynn. Voyant la reine se tourner vers lui, il enchaîna : Tous les royaumes ont des espions, les chefs de l'Alliance savaient que vous alliez venir, tout comme ils doivent savoir que Nicholas est en route pour Fyrien, pour rencontrer Caerleon et Annis, et que Kaellius a quitté Mandragora. Je suis persuadé que les espions à Nemeth leur apprendrons sa présence là bas. Tout comme nous savons qu'ils amassent leurs forces, ils savent que nous nous préparons pour la guerre. Imaginez le désastre si la reine du Nord venait à être assassinée pendant une visita à Mercia. Les relations entre nos royaumes auraient été gravement endommagées, et Bayard aurait pu être accusé d'avoir organiser le complot. Sans compter que nous vous aurions perdu, ma dame. Ils auraient fait d'une pierre deux coups.

De telles pratiques sont révoltantes !

La guerre n'est pas une joute, majesté, intervint Gareth. Il n'y a aucune règles, aucunes limites, aucun arrêt. Les jeunes chevaliers et les écuyers, ils en parlent comme d'un jeu, un moyen de s'illustrer, de se faire un nom. La gloire et l'honneur, c'est tout ce qu'ils ont dans la tête. La guerre, c'est des hommes mourants dans la boue, c'est le sang, c'est la violence. On peut croiser les pires aspects de l'Homme sur un champ de bataille, depuis le lâche jusqu'au monstre. Il n'y a rien de glorieux ou d'honorable à ça. Et lorsqu'ils sont pris par la soif de sang, par la fureur de la bataille, de simples soldats, des hommes ordinaires qu'on croise tous les jours, peuvent se transformer en bêtes sauvages.

La longue tirade du capitaine jeta un froid sur la petite réunion, jusqu'à ce qu'Hunith reprenne la parole :

Hedwynn, je tiens à vous demander une faveur. Vous êtes libre de refuser évidemment, je ne veux pas vous contraindre.

Tout ce que vous voulez, ma reine.

J'ai demandé à voir le fils de l'homme qui m'a sauvé ce soir pour une raison. Lorsque je tenais son père à l'agonie dans mes bras, il m'a demandé à se qu'on s'occupe de lui, qu'il ne soit pas laissez tout seul. Je pense qu'il a perdu sa mère. Et en chemin, je me suis souvenu que vous n'êtes pas marié.

Oui, même si j'ignore en quoi les deux affaires sont liées.

Vous ne voyez vraiment pas ? Demanda Anna avec un sourire.

Non, non je ne vois pas. Et pourquoi souriez vous ?

Assez, Anna. Hedwynn, vous n'avez pas d'épouse, c'est votre choix, mais je crois que vous aimeriez avoir des enfants. La façon que vous avez d'entraîner des écuyers, de veiller sur eux, comme un père avec ses fils. C'est pourquoi je voudrais savoir si vous aimeriez adopté cet enfant.

Par … pardon, ma dame ? Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris.

Voulez vous devenir son père adoptif, oui ou non ? S'impatienta la reine.

Vous me prenez au dépourvu. Pourquoi moi ? Pourquoi ne pas demander à Bayard de le prendre au château ? En tant que pupille, ou bien …

Premièrement, parce que je veux rendre hommage au sacrifice de son père déjà. Cet homme n'a pas hésité à se jeter sur la trajectoire de la flèche pour me sauver, il a montré la plus grande loyauté qu'il est possible de montrer, et ce n'était même pas pour sa reine. Ensuite, je veux vous voir épanoui, mon ami. Je veux votre bonheur, et si je ne peux vous offrir une femme pour vous aimez, je peux vous offrir cette opportunité d'élever un fils. De plus, en grandissant, mes enfants auront besoin d'aide pour régner, et nous ne serons peut être plus là. Je veux savoir qu'ils auront avec eux ce que Balinor a eu avec vous.

Vous me faites trop d'honneur. Après avoir réfléchi, Hedwynn ne voyez aucune raison de refuser, et remercier sa reine pour son offre. Il avait toujours voulu être père, pour pouvoir se prouver qu'il ne serait pas aussi terrible que son propre paternel. J'accepte cet enfant, et je jure de l'élever comme mon propre fils, et de le former pour qu'il me succède lorsque le temps viendra.

Merci, lui répondit Hunith avec un soupir de soulagement.

En entendant un discret coup sur la porte, elle pensa : « Quand on parle du loup … ». Gareth alla ouvrir, pour laisser passer une servante tenant par la main un tout jeune garçon. Il ne devait pas avoir plus de trois ans, et sa démarche hésitante et ses yeux ouverts de curiosité et d'un peu d'appréhension déchirèrent le cœur de la reine. « Si jeune, et déjà orphelin. La guerre est le fléau des hommes. » maudit-elle, avant d'inviter l'enfant à venir s'asseoir.

Bonsoir, j'espère qu'on ne t'as pas réveillé. Se tournant vers ses compagnons:Voici Gareth, Anna et Hedwynn. Moi, je m'appelle Hunith et toi ?

Cherchant ses mots un instant, le garçon finit par répondre d'une voix peu assurée : « Je m'app … m'appelle Galahad. ».