Bien au nord de là, un homme marchait tranquillement sur une route. La neige recouvrant le sol craquait doucement à chacun de ses pas, et il avançait d'un bon pas. Sa robe rouge était couverte par un grand manteau de fourrure, et le froid mordant ne sentait presque pas. L'homme se détourna soudain de la route pour s'enfoncer dans la forêt, écartant les branches sans les casser. Il arriva finalement en haut d'un promontoire, et la vue qui s'offrait à lui était à coupé le souffle. Dans les grandes plaines enneigés en contrebat, une citadelle se dressait. Inexpugnable, ses haut murs noirs dressés tel un défi envers un quelconque attaquant, le bastion semblait pourvoir résister à n'importe quelle attaque. Autour se dressait des camps, où une armée s'activait, tels des fourmis. « Uther est fou ou incroyablement arrogant si il pense qu'il fera tomber cette cité facilement. » pensa Kaellius. Reghed l'invaincu, la cité frontalière méridionale, n'avait jamais été prise, malgré les nombreux sièges qu'elle avait enduré. Le gros des forces militaires du Nord été stationné ici, prêt à contrer toute menace venant des autres royaumes d'Albion. La citadelle était impressionnante. Ses murs avait été bâti avec la sueur et le sang des nordiens, et renforcé par des couches de magies aussi ancienne que la ville. Aujourd'hui pourtant, il ne venait pas visiter la cité, mais un site plus loin. Perdu dans ses pensées, il n'entendit pas les pas derrière lui jusqu'à ce qu'une grosse voix retentissent dans son dos : « Retourne toi lentement et pose ta canne par terre si tu veux pas te faire trouer la panse. ». Obéissant, il fit demi tour et constata que devant lui se dressait une troupe d'une quinzaine de bandits, dont certains le tenait en joue avec des arbalètes. L'homme à la grosse voix, qui était probablement le chef, répéta d'une voix énervé :

Ton bâton, abruti, ou on te crèves de suite.

Permet moi d'en douter.

Oh vraiment ? Vous entendez ça les gars. Sa seigneurie ici présente pense peut être qu'elle peut tous nous prendre en même temps et s'en tirez hein ? J'adore les petits nobliaux qui pensent être supérieur au reste du monde, ils couinent encore plus lorsqu'on les égorgent. Maintenant, sire, dit il avec du fiel dans la voix, tu vas gentiment jeter ta brindille, ou je trouve en deux et te donne tes tripes à bouffer.

Une suggestion intéressante, mais avant d'obtempérer, je me permets de te poser une question : vous n'êtes pas des environs, n'est ce pas ?

On a affaire à un voyant, les gars, dit le chef dans un rire gras. Qu'est ce qui t'a mis la puce à l'oreille ? Nos habits ne sont plus de la dernière mode ? Ou notre parfum est il trop exotique pour les narines de sa seigneurie ?

Oh non, répondit le mage avec un sourire carnassier. C'est simplement parce que vous avez été assez stupide pour me provoquer.

Bon j'en ai marre. Luis, Muck.

Les deux hommes appuyèrent sur la gâchette, et les traits fusèrent à pleine vitesse vers son torse. Il ouvrit la bouche et prononça simplement : « Gestillan ». Ses yeux prirent la couleur de l'or et les deux carreaux s'arrêtèrent à quelques centimètres de sa poitrine. Les bandits émirent des glapissement terrifiés lorsqu'il comprirent qu'ils avaient en face d'eux un sorcier. Le chef dégaina pourtant son épée et hurla sur ses hommes d'attaquer, avant de foncer sur le mage. D'un geste la main, Kaellius renvoya les flèches à l'expéditeur, et elle perforèrent le crâne des arbalétriers. Portant son regard sur le gaillard qui lui fonçait dessus, il contra la lame avec son bâton, fit un pas sur le côté pour éviter la masse de son opposant et dit : « Scūfan ». L'onde de choc heurta le bandit dans le dos, et il décolla du sol et tomba dans le vide. Son cri dura quelques secondes avant d'être coupé net. Se retournant, Kaellius avisa qu'il ne restait plus que quatre bandits face à lui, les autres avaient tournés les talons. Ils se précipitèrent tous sur lui dans l'espoir qu'une attaque groupé le déstabilise, mais il se contenta de murmurer : « Swidan ». un nuage noir l'entoura, et lorsque les bandits assénèrent leur coup à travers la fumée, ils ne rencontrèrent aucune résistance. L'homme avait tout simplement disparut. Ils sursautèrent lorsqu'une fois s'éleva dans leur dos : « Un conseil, n'essayez jamais de détrousser un mage dans le nord. L'expérience pourrait être mortelle. ». Ils se retournèrent pour constater que leur cible était à l'endroit où ils se trouvaient juste avant. Kaellius étendit son bâton et sans prononcer un mot, invoqua une rafale de vent d'une violence inouïe, qui frappa les bandits et les projeta à la suite de leur chef. Et tout comme pour lui, leur hurlements stoppèrent d'un coup. Poussant un soupir, il se remit en route. Les morts qu'il venait d'infliger ne pesait absolument pas sur sa conscience. Il savait que les bandits de grands chemins ne méritait qu'une seule miséricorde, celle d'une mort rapide. Violeurs, meurtriers, ils étaient présents dans chaque royaumes d'Albion, attaquant le voyageur solitaire ou la ferme isolé. Chassant ces pensées de son esprit, il marcha d'un pas décidé et arriva finalement à un carrefour. Au lieu de prendre la grande route qui continuait tout droit, et qui, il le savait, mener à Rheged, il emprunta une vieille route sur la gauche qui s'enfonçait dans une forêt profonde. Il parvint finalement à une immense clairière, ou reposait ici et là de vieilles ruines. Au centre se trouvait une grande dalle ronde, au dessus de laquelle se dressait une arche faites de pierre sombre, et gravée d'anciens symboles de pouvoirs. « Enfin, le portail. ». Bien que simple dans sa conception, l'arche dégageait une aura de pouvoir presque palpable, et des esprits plus faibles auraient pris leur jambes à leur cou. Lui en revanche s'avança résolument au centre du piédestal, joignit les mains sur son bâton et ferma les yeux. Il laissa son pouvoir couler de son corps, se répandre sur la dalle et remontait le long de l'arche. L'aura de puissance qui émanait de l'édifice pulser à ce contact, et Kaellius ralentit sa respiration jusqu'à ce que son cœur pulse à la même cadence. Finalement, lorsqu'il sentit le pouvoir revenir vers lui, il ouvrit les yeux, qui était teinté d'or pur. Les signes de la pierre rougeoyait, comme s'ils sortaient de la forge, et la lumière éclairait toute la clairière. Il ouvrit la bouche : « Geryman Geat Āblīcan Pæð ». lorsque le dernier mot eut quitter ses lèvres, l'air se mit à trembler. La lueur de la pierre devint incandescente, et avec un grand bruit de déchirure, une surface onduleuse se forma sous l'arche. Des reflets argentés et des arcs électriques courait sur les vagues, et on ne pouvait voir au travers. Pas le moins du monde inquiet, Kaellius s'engagea à travers, et fut avaler. Il y eut un éclair aveuglant, et le portail disparu. L'arche redevint inerte, et la lumière se dissipa. Aucune âme n'avait assisté à la scène, et personne n'aurait pu deviner qu'un homme en robe, tenant un bâton, était venu ici.

A plusieurs centaines de kilomètres, dans une prairie ponctuée ça et là de monticules de pierres érodés par le temps, un groupe d'enfants s'amusait. Ils se lançaient de la terre dessus, ou bien escaladaient les rochers pour sauter entre eux, défiant leurs amis d'en faire autant. Ils riaient avec l'insouciance de l'enfance. La journée étant bien avancé, aucun ne remarqua que la grande arche à côté de leur terrain de jeu commençait à luire. Finalement, l'un des garçons vit les symboles brillaient d'un éclat de feu, et appela les autres pour qu'ils viennent assister au phénomène absolument passionnant pour des enfants. Certains avaient l'air un peu inquiets, mais ils se mirent autour de la construction, la curiosité étouffant leur crainte. Soudain, avec un éclair, de l'eau sembla couler de l'arche en une cascade continue. Pourtant, aucun des enfants n'avait jamais vu une eau pareil : elle était argenté, et semblait plus gluante que liquide. La matière se stabilisa et la mâchoire de chaque enfants se décrocha lorsqu'ils virent émergé du rideau aquatique une main, suivie par un bras, un buste et finalement un homme sortit de sous l'arche. Certains enfants avaient déjà pris la poudre d'escampette, craignant avoir déclenché un quelconque maléfice et effrayé de voir les démons dont les menacer leurs mères venir les enlever. Les plus courageux étaient tous estomaqués devant l'apparition. Celle ci d'ailleurs se tourna vers eux et avec un sourire chaleureux leur demanda : « Bonjour les enfants. Dites moi, pouvez vous m'indiquer la direction de Gredef, s'il vous plaît ? ». La plupart n'arrivait toujours pas à s'arracher de leur surprise, mais un s'avança, le torse bombé.

Vous êtes un d'ces démons qui prennent les enfants pas obéissants ?

Ah non, j'ai bien peur que non, répondit l'homme, un rire dans la voix. Je suis tout ce qu'il y a de plus humain. Et les enfants ne devraient pas toujours obéir à leur parents. Parfois les adultes aussi peuvent faire des erreurs.

Alors, si vous mentez pas, je peux vous emmener à la ville. Prenant son courage à deux mains, l'enfant continua : Mais ça vous coûtera une pièce.

Je vois qu'on a le sens des affaires. Je veux bien t'engager pour une pièce, mais à ce prix, tu me conduit jusqu'au palais royal. Marché conclu ? Demanda-t-il en lui tendant la main.

Tope là ! Répondit le garçon en la lui serrant. Je suis Greg.

Enchanté, Greg. Je suis Kaellius.

La paire, accompagné par le reste des enfants, commença à marcher et rejoignit bien vite la route. Les enfants, maintenant rassuré de ne pas être en présence d'une bête démoniaque, posaient mille questions, auxquels le mage essayait de répondre tant bien que mal.

Tu es un magicien ?

Tu viens d'où ?

Pourquoi tu portes un manteau aussi chaud ?

Tu sais faire apparaître un dragon ?

Non, non, un griffon !

Il est magique ton bâton ?

Pourquoi tu dois aller au palais ?

C'était quoi le truc gluant d'où t'es sorti ?

L'avalanche d'interrogations était éreintante, et Kaellius fut soulager de voir apparaître les murs de la cité. Une fois dans la cité pourtant, la petite troupe ne le lâcha pas d'une semelle et continua à le suivre à travers les rues. La plupart des gens ouvrait des yeux stupéfaits devant le spectacle de cet homme, en robe et manteau de fourrure malgré la température, escorté par une myriades d'enfants chahuteurs, et laissaient passer l'étrange cortège. Finalement, Greg le mena jusqu'à la porte d'enceinte pour accéder au palais, et les gardes bloquèrent immédiatement la joyeuse troupe, incertain de se qui se passer. Il s'avança jusqu'au lieutenant en faction, qui regardait les enfants d'un air circonspect.

Je suis venu m'entretenir avec sa majesté le roi Rhodor.

Et votre seigneurie aurait-elle l'obligeance de déclarer son identité ? Le roi n'a pas de temps à perdre avec les va-nu-pieds et les mendiants. L'homme en robe se pencha pour lui murmurer à l'oreille d'une voix ferme et implacable

Je suis Kaellius Merrien, Archimage du Nord, conseiller du Roi-Dragon et chef de l'Ordre des mages de guerre. Maintenant, vas tu me laisser passer ou dois-je t'écarter moi même ?

Aussi pâle qu'un linceul, le garde s'agenouilla, et la peur faisait trembler sa voix : « Pardonnez moi, messire. Je ne savais pas que vous vous présenteriez aujourd'hui, ni en pareille compagnie. ». Le nordien lui fit signe de se relever, puis se tourna vers les enfants qui l'observer d'un œil curieux.

Chers amis, il est temps de nous séparer. Merci pour m'avoir montrer le chemin, et que les étoiles vous gardent. Quand à toi, Greg, un honnête service appelle à une honnête récompense. Voici ton salaire, dit-il en lui tendant une pièce d'argent.

Merci, messire. Si j'avais su qu'vous étiez noble, je vous aurais pas traité de démon, ça non.

Ne t'en fais donc pas pour ça, répondit Kaellius, hilare. Va maintenant, et profite de la vie.

D'accord, messire. Merci encore, messire. Au revoir, messire.

La bande tourna les talons et se dispersa dans les rues. Le mage se tourna ensuite vers le garde et lui dit : « Allons voir le roi. ».