Balinor était assis confortablement dans un fauteuil au coin de la cheminée de sa chambre. Emrys, du haut de ses un an et demi, jugé sur ses genoux, l'écoutait lire un ancien conte à propos d'enfants dans une maison de sucrerie et d'une méchante sorcière. Il adorait quand son père s'occupait de lui, que ce soit en lui lisant une histoire, ou bien en le prenant avec lui sur son cheval avant de le faire partir au galop. Une servante entra dans la pièce et vint discrètement placer une autre bûche dans l'âtre. Balinor se détourna quelque secondes pour la regarder faire, et alors qu'il allait reprendre son récit, la sensation le frappa. C'était comme si de l'acier en fusion avait été déversé dans son crâne. Il crut que ses yeux allait jaillir de leur orbites tellement la douleur était intense. Le hurlement dans son esprit fit écho à celui qu'il poussa, effrayant son fils qui se mit à pleurer. La servante, affolée, se précipita pour le prendre dans ses bras et appela des gardes. Balinor tomba du fauteuil et se roula par terre, les mains serré contre son crane, hurlant jusqu'à s'en casser les poumons. Deux prétoriens déboulèrent dans la chambre, l'arme au clair, avant de voir leur souverain par terre, criant comme un diable, les yeux révulsés et convulsant frénétiquement. Immédiatement, ils le hissèrent sur le fauteuil et un l'agrippa pour qu'il reste en place tandis que le second allait chercher de l'aide. Le prétorien, malgré sa prise assuré, avait du mal à maintenir le roi sur le fauteuil, gêné par les mouvements de l'homme qui semblait en proie à une crise de folie. Finalement, les cris et les ruades de Balinor diminuèrent pour s'arrêter et le garde le relâcha, pantelant. C'est là qu'il se rendit compte des larmes qui coulaient le long des joues du roi, dont le visage affichait une douleur inimaginable. Le second prétorien revint dans la salle, accompagné du seigneur Callum, qui se mouvait rapidement malgré son embonpoint. Celui ci se précipita à son chevet, et demanda d'une voix paniqué :

Balinor, par les étoiles, qu'y a-t-il ? On entendait tes cris dans tout le château. Qu'est ce qui s'est passé ? On t'a attaqué ? Allons réponds !

Ils … ils sont morts, croassa-t-il, la voix brisée. Ils sont tous morts … comment … comment est ce possible ?

Quoi ? Qui est mort, Balinor ? Qui ?

Les dragons. Les dragonniers et les dragons. Ils sont morts. Je l'ai senti. Leur hurlements ont résonnés dans mon esprit. Il les a tués, ce fou.

Les dragons ? De quoi est ce que tu … Callum sentit le souffle lui manquait lorsqu'il comprit de quoi le roi parlait. Il se releva immédiatement, et sortit de la chambre presque en courant, laissant son souverain terrassé sur son fauteuil Emrys s'approcha de son père, et lui saisit timidement la main en demandant d'une petite voix :

Papa ? Papa, ça va ?

Oui, mon fils, dit Balinor en se redressant et en serrant son fils dans ses bras. Tout va bien, ne t'en fais pas, papa a juste eu un peu mal à la tête, mais ça va mieux maintenant. Désolé si je t'ai fais peur.

C'est rien. J'ai eu peur … pour toi, répondit l'enfant en cherchant ses mots.

Tout va bien, fils, tout va bien, continua de répéter Balinor, sachant qu'il lui mentait.


Callum entra dans sa chambre en arrachant presque la porte de ses gonds et se précipita à son bureau. Il prit une des feuilles de papier qui reposait là, attrapa une plume et un encrier et écrivit en marmonnant : « Qu'est ce qui se passe là bas ? Comment la rencontre a tourné ? Urgent ! ». Il attendit quelques secondes, laissant l'encre être absorbé par le papier pour réapparaître sur la feuille de son chuchoteur. Après une minute interminable, des mots apparurent sur le papier, d'une écriture saccadé et tremblante : « C'était un piège. Les dragons sont tous morts. Les dragonniers aussi. Pendragon a empalé leur tête sur les remparts de la ville. ». Assommé par la confirmation de se qu'il craignait, Callum demanda : « Comment ? ». En effet, on pouvait se demander comment Uther avait pu massacré un groupe entier de seigneurs dragons avec leurs camarades à écailles. Même dans son château, le combat aurait détruit la moitié de la ville, si ce n'est la totalité, et les chances pour qu'il eut été victorieux avoisinaient le zéro. Alors par quel miracle il avait réalisé ce tour de force ? La réponse de son espion s'inscrivit sur le papier : « Aucune idée. Personne n'était autorisé à assister à la rencontre. Aucun paysans, aucun serviteur, seulement les soldats. Les dragonniers sont arrivés, on a pu les voir se poser dans la cour du château, puis il y a eu des cris, quelques rugissements et un son de corne. ». « Un son de corne » lu, surprit, Callum. « Qu'est ce que ça veut dire ? ». Il continua le rapport : « Les cris ont cessé et on a plus rien entendu à part quelques hurlements et des rugissements des dragons. Finalement, il a fait ouvrir les portes et le peuple a pu voir les cadavres des seigneurs dragons éparpillés sur le pavé. Il n'y avait pas de marques sur les murs, et aucun soldat de Camelot ne gisait avec les corps des dragonniers. ». Complètement sonné, il n'arrivait pas aligner deux idées d'affilé. Il parvint à écrire : « Autre chose ? ». La réponse fut immédiate : « Non. ». Callum ordonna à l'espion de rester chez lui et d'attendre ses instructions, puis se leva pour revenir à la chambre du roi. Il avançait en traînant les pieds, et ses yeux reflétaient la confusion la plus totale. Il arriva devant la porte menant à la chambre de Balinor, prit une grande inspiration et entra.


Dans les cavernes des montagnes, la fureur présente dans l'air était à même de faire fondre la roche. Chaque dragon subissait le contrecoup du cri psychique qui les avaient heurté de plein fouet. Le conseil des Anciens débattait férocement sur la marche à suivre.

Ce ver a fait couler notre sang, qu'il brûle, et son royaume avec, rugit Yolba, des flammes s'échappant de sa gueule.

Oui, je suis avec toi, frère, renchérit Dwiinhahdrim. Ce misérable pense peut être qu'il peut tuer les nôtres et qu'il n' y aura pas de conséquences ? Allons lui montrer son erreur monumentale.

Calmez vous, allons, vous n'êtes plus des enfants, les sermonna Wuthsos. On ne peut pas simplement se rendre à Camelot et tout détruire.

Il dit vrai, le seconda Strunviig, la dragonne blanche. Il ne faut surtout pas y aller.

Merci pour ton support. On ne peut pas déclencher les hostilités, nous nous sommes engagés à défendre le royaume, en aucun cas attaquer.

Tu m'as mal compris, Wuthsos, l'interrompit-elle, je dis qu'il ne faut pas y aller parce que nous risquerions de subir le même sort que les autres. Tant que nous ne savons pas comment Pendragon a pu tuer ces dragons, nous ne pouvons pas attaquer.

Mais …

Elle a raison, intervint Golzmiin. De toute façon, inutile d'aller le chercher, ce rat viendra à nous bien assez tôt. Il a montrer qu'il n'a aucun intérêt à faire la paix, et il viendra pour nous en temps et en heure. Alors, nous pourrons lui faire payer le sang versé. Maintenant, il faut d'abord nous concentrer sur le moyen qu'il a pour nous tuer, et trouver une parade. La voix du dragon, semblable à de la roche, profonde, immuable, calma les autres.

Ils commencèrent alors à réfléchir à la question, et furent tellement pris dans le débat qu'aucun ne sentit l'arrivée de Balinor. Il les regarda, ses grands lézards cracheurs de feu, ivres de rage et pourtant se contrôlant, cherchant un moyen de détruire leur ennemi. Il se demanda encore comment Uther avait réussi à tuer ces béhémoths, tout en écailles cuirassés, puis fit remarquer sa présence d'un raclement de gorge. Bien que le son fut quasiment imperceptible, les dragons s'arrêtèrent et baissèrent leur regards sur l'humain qui se tenait devant eux. Il s'inclina, et les bêtes firent de même, puis Balinor exposa ses informations :

J'ai reçu un rapport de mon espion à Camelot. Apparemment les seuls détails notables qu'il ait relevés pendant et après l'attaque sont que premièrement, il n'y a eu aucun dégâts pour Camelot.

Comment ça aucun dégât ? S'exclama Dwiinhahdrim.

Apparemment, aucun soldats d'Uther n'a péri, et les murs de Camelot ne portaient pas la plus petite marque de flammes.

C'est impossible ! Ces dragons se seraient laissés massacrer sans rien faire ? Ça n'a ni queue ni tête.

Je nage dans l'incompréhension autant que vous. Le second élément est qu'il a entendu un son de corne, comme un cor de chasse, dès que les dragonniers ont atterri dans la cour.

Une corne ? Le pressa Strunviig. Tu es sûr ?

Oui, pourquoi ? Ça vous aide à comprendre ?

Est ce que se serait …, commençât-elle.

Impossible, la coupa Wuthsos. Elle est perdu depuis des siècles, et Pendragon l'aurait dans son coffre ? Je n'y crois pas.

Pourtant, ça explique comment il a pu les tuer sans subir le courroux de leurs flammes, argumenta Golzmiin.

Mais enfin, ça ne peut … ça ne peut pas être …

Vous m'avez perdu là, dit Balinor. Au nom des étoiles, de quoi est ce que vous parlez ?

De la corne du damné, répondit Strunviig d'une voix glaciale.

La quoi ?

La corne du damné, expliqua Golzmiin, est un très ancien artefact. Elle appartenu à un seigneur dragon, dont le nom a été depuis longtemps oublié. Il était consumé par le pouvoir qu'il possédait, et asservissait les dragons à sa volonté. D'après ce que nous savons de cette époque, un jour, il ordonna à son dragon personnel, celui qu'il utilisait toujours, de brûler un village. Il n'y avait aucune raison pour ce massacre, le dragonnier voulait simplement se divertir avec leur cris de terreurs. Le dragon refusa et serait parvenu à ignorer la voix de seigneur qui le commandait. Enragé par cet insolence, le dragonnier ordonna à sa ménagerie d'esclaves de mettre le dragon désobéissant en pièces, ce qu'il firent. Après la mise à mort, il arracha une dent au cadavre, sa plus grande canine, et jura qu'aucun dragon ne lui désobéirai plus jamais. Il façonna la dent à l'aide de sa magie, lui donna la forme d'un cor, et infusa sa puissance de seigneur dragon à l'intérieur. L'artefact, une fois terminé , pouvait permettre d'immobiliser et de rendre impuissant n'importe quel dragons qui se trouvait à porté, et par extension, n'importe quel dragonniers.

C'est … c'est effroyable. Et vous pensez qu'Uther possède cet arme ?

Tout porte à le croire, renchérit Strunviig.

Cette ordure s'est contenté de souffler dans son jouet puis de les mettre à mort un part un sans risque, cracha Yolbah avec dégoût.

Oui, il semblerait, même si la corne était supposé avoir disparu avec la mort du dragonnier de la légende, et que personne ne savait où elle se trouvait.

Plus important que où elle se cachait, dit Dwiinhahdrim, comment allons nous pouvoir nous défendre contre cette arme ? Si il peut nous immobiliser sur le champ de bataille, nous serons massacrer aussi facilement que des nouveau-nés.

Cette artefact, il a été créer par la magie, c'est bien ça ? Peut être qu'il peut être détruit par la magie.

Tu n'écoutes pas ? Nous ne pouvons pas nous en approcher suffisamment, et toi non plus.

Je t'ai entendu, Dwiinhahdrim, et toi, tu as l'air d'oublier qu'il n'y a pas que des dragons qui manient la magie dans ce royaume.

Tu veux laisser ton sorcier s'en occuper ? Tu es sûr ? La puissance nécessaire pour détruire la corne est énorme, et c'est impossible qu'un seul humain en soit capable.

Oh, mais il ne sera pas seul, n'est ce pas Balinor ? Intervint Golzmiin.

Oui. Il a tout un ordre d'une cinquantaine de mages, pas aussi puissant que lui mais pas loin. Je pense que ça fera assez de pouvoir si ils sont tout sollicités sur la même tache.

En effet, ça peut marcher, approuva Strunviig.

Et après ? Demanda Yolba, ses crocs brillant à la lueur des flammes dans sa bouche.

Après, nous allons montrer à Uther Pendragon pourquoi il ne faut jamais réveiller le dragon qui dort, dit Balinor avec un sourire féroce.