Déglutissant, ce liquide ruisselant jusqu'au font de sa gorge, lui procurant un frisson de plaisir. Une sauce exquise ravivant son estomac, accompagnée de cette viande tendre, fondant une fois en bouche. Il se régalait, pourtant il n'y laissait rien paraitre. Déchirant son pain, les miettes se noyant dans ces restes de cette sauce brune. Il épongea cette assiette d'un geste souple, tenant entre ses doigts son petit morceau qu'il s'empressa ensuite d'engouffrer dans sa bouche. S'essuyant les lèvres de sa serviette, de petits tapotements délicats contre ses chairs, il tourna un regard discret en direction de la fenêtre qui donnait sur la cour, ses étendues qui lui servaient d'entrée. Cette pluie se percutant contre ses vitres, rendant une vision des plus flous de son magnifique extérieur qui pour la plus part de ses jours, il contemplait entre ses murs. Il pouvait tout de même parfaitement deviner cet arbre imposant, tenu fièrement malgré son grand âge. À ses côtés, cette tâche blanche, semblant se tenir contre l'écorce de ce tronc bien quatre à cinq fois plus épais que lui. Un cri retenti, son nom, étirant ses lèvres à cette entente, le brun décida de se lever.

« Apportez lui la soupe en fin d'après midi. » Avait il indiqué à la jeune japonaise et son majordome, le sourire déjà disparu de son visage.

Les deux s'exécutèrent lorsque l'heure fut venue, elle allant chercher rapidement l'assiette posée sur ce plateau ou seul du pain accompagnerait son repas. Portant le tout, habillée d'une veste qui la recouvrait de la tête aux pieds, elle attendait silencieusement le châtain qui la rejoignit, lui aussi bien couvert. Ouvrant l'unes de ces portes imposantes, il sorti le premier, tenant un large parapluie au dessus de leurs deux têtes, avançant ensuite avec précaution sur ce chemin devenu boueux.

Il était là, recroquevillé sur l'épaisse racine qui faisait facilement la largeur de son corps, appuyé contre l'arbre qu'il espérait chaud. Ses mains aux veines apparentes tenant ses bras, tremblant, claquant des dents; cette peau si blanche et ses lèvres encore rougit par le sang mélangé à cette eau qui ne cessait de lui tomber dessus, traçant également ces lignes rouges sortant d'entre ses mèches, parcourant sa nuque et se perdant sur le tissu du col transparent. Ses cheveux formant ces mèches épaisses couvrant ses yeux perdus; sa respiration rapide et saccadée, faisant soulever de manière irrégulière son abdomen, les côtes étaient visibles sous ce haut qui lui collait à la peau tant il était imbibé de par cette cascade glaciale. Le bruit de pas tapant la terre inondée réveilla son regard, le tournant du coin de ses yeux pour le poser sur ses deux paires de chaussures qui lui faisaient face. Cette pluie qui le frappait n'était plus, un soulagement, un froid, une sensation désagréable et à la fois réconfortante. Il leva davantage son regard lorsqu'il senti une odeur plus forte que celle de la terre et l'herbe mouillées. Son ventre grogna, cela faisait bien plus de deux heures que la pluie et le froid s'attaquaient à sa peau. Il aperçue en premier ce plateau, écarquillant ses yeux fatigués et tirés. Puis il les glissa sur ses petites mains fines, si délicates, mais déjà tremblantes de froid. Il continua de remonter son regard jusqu'au visage de celle couverte par cette capuche. Des traits si doux, un visage si fin et pourtant si enfantin et cruellement séduisant. Il voyait dans son regard de la pitié et pourtant une envie de secouer l'homme qu'il était. Elle était si belle qu'il pensait rêver. Son petit nez et ses lèvres rosies si mignonnes. La douleur que lui procurait la faim le réveilla lorsque ce dernier se plaignit de nouveau. Il remarqua enfin l'autre individu, Jackson. Il voyait son air désolé accroché au visage, mais n'en dit rien. Après tout, même si le châtain avait pu l'aider, il n'y était pas non plus pour quelque chose.

« C'est pour toi. De la soupe de légume avec du pain. Fit d'une voix légère et pourtant hésitante la jeune japonaise, tendant le plateau vers celui qui se trouvait toujours à terre.

- Dépêche toi, ça va refroidir. » Suivit Jackson dans un chuchotement, regardant autour d'eux, l'air méfiant.

La japonaise tendit d'avantage le plateau devant les yeux du bleuté qui loucha sur cette soupe, il l'attrapa précipitamment après s'être redresser avec mal, surprenant la jeune fille. L'assiette tenu de ses deux mains, certainement maintenant rouges de par le choque entre le froid de l'extérieur et la chaleur de cette porcelaine qu'il maintenait de ses paumes, contre ses lèvres douloureuses. Il buvait à petites gorgées, mais rapides, prenant soin de ne laisser aucune goute s'échapper, savourant chaque fluide passant sur sa langue, traversant sa gorge qui brulait sous ces cascades de légumes broyés. Une fois son repas finit, il ferma les yeux dans un soupire de soulagement. Reposant l'assiette sur le plateau que la femme tenait toujours tremblante. Elle ne l'avait pas quitté des yeux, seul Jackson surveillait les alentours, méfiant, rendant nerveuse la jeune fille qu'il accompagnait.

« Tu as un morceau de pain aussi. » Déclara t-elle, tenant avec mal ce plateau d'une main pour lui tendre ce qui était dû au bleuté. Lui la regardait, de ses yeux perçant qui la déstabilisait quelque peu, elle, cette femme au grand caractère. Il était là, attaché comme un vulgaire objet, non plus considéré comme un chien ou esclave, mais comme un être misérable comme dépourvu de tout droit de vivre sainement. Et pourtant il avait toujours ce regard à la fois doux et directe ainsi que profond, si profond qu'elle si perdit quelques secondes. Un soupir échappant des lèvres du majordome la sortie de ses pensées. « Ce n'est pas grand chose, mais c'est au moins ça. » Reprit elle, agitant le morceau devant les yeux de l'homme. Le bleuté attrapa le pain, la remerciant d'une voix basse, le mangeant ensuite devant les deux individus qui le couvraient encore de leur grand parapluie. Une fois ce dernier aillant fini son repas, Jackson déclara qu'ils devaient disposer, mais lui assura qu'il rentrerait bientôt à la maison, avant que la nuit noire ne viennent, essayant de le rassurer sur sa situation autant qu'il le pouvait. Le bleu n'en disait rien, semblant repartir dans ses pensées, inquiétant d'avantage le majordome. Mais les deux devaient vraiment partir; la jeune japonaise tendit alors une énième fois sa main vers le bleuté, tenant dans celle ci le manche du parapluie. « Couvre toi. »Lui avait elle dit, avant que Jackson ne la tire pour disposer et retourner en direction de la maison. Le bleuté eu le temps d'attraper ce parapluie tenu par des tremblements avant que les deux ne s'éloignent bien trop loin pour sa laisse qui lui était encore attaché. Il était là, debout, le parapluie piégé dans sa paume, regardant ces deux personnes s'éloignés en courant sous ce déluge. Il était de nouveau seul, dans ce froid, il reprit place sur cette racine, se protégeant de la pluie comme il le pouvait à l'aide de son nouveau bouclier.

Une fois passée la porte, les deux soufflèrent de leurs voix vibrantes autant que leurs dents claquantes. L'eau ruisselait de leurs longs vêtements, s'échouant d'une marre au sol. Le remarquant, les deux arrêtèrent tout mouvement, tournèrent les yeux l'un vers l'autre puis un sourire apparu sur les deux visages. Un rire léger échappa des fines lèvres de Tsugumi ainsi qu'une sorte de soupire de soulagement chez Jackson. Ils s'appliquèrent ensuite à retirer leurs vestes trempées, les faisant rejoindre le chauffage brûlant.

« Je suis content qu'il soit en vie… » Avoua Jackson, retenant l'attention de la japonaise qui était pourtant prête à partir. « J'aimerai l'aider. » Un air désolé accroché au visage. Elle s'avança vers lui, d'un pas hésitant, puis plus sûr, elle posa sa main sur l'épaule du châtain. Il la regarda, elle qui lui souriait pour le réconforter. Il attendait, elle qui semblait vouloir le rassurer d'avantage par des mots.

« Je t'avais dis de ne pas lui adresser la parole, Jackson. » Fit une voix bien plus grave que ce que le majordome attendait, voix qui fit sursauté les deux individus encore dans le hall d'entrée. JinYoung était là, les bras croisés, les regardant au pas de la porte rendant à son salon favoris.

« Je te l'avais dis. » Reprit il. « Enfin je me doutais bien que tu ne le ferais pas. C'est plus fort que toi, tu es trop bon Jackson. »

L'autre ne répondit pas, regardant son patron droit dans les yeux. Il n'avait pas peur de lui, employé, JinYoung ne pouvait abusé de lui comme il le faisait avec le bleuté. Ici depuis bien trop longtemps, il était conscient de son statue ainsi que de l'importance qu'il avait au yeux de monsieur Park. Le brun soupira longuement, décroisant ses bras et s'avançant vers eux. Chaque pas semblaient lourds, et pourtant silencieux, lent, et pourtant à grande enjambés. Arrivé devant elle, le regard descendant au sien, froid, il la jugea.

« Je t'avais dis de lui laisser un parapluie ? » Demanda t-il, d'un ton effroyablement neutre.

Pas de réponse, il s'en douta d'une certaine manière.

« JinYoung, essaya Jackson avant d'être coupé.

- Non, je parle à Tsugumi, pas à toi. Le fit il taire, accompagnant sa remarque d'un index posé sur ses propres lèvres pulpeuses. Et donc, Tsugumi ? »

Le regard de la jeune japonaise était encré dans celui du brun, qui la fixait avec attente. Elle savait que le moindre faux pas lui couterait sa place, et certainement la porte dans l'immédiat. Elle savait qu'il était prêt à l'humilier, car même s'il ne pouvait la touchée, il était capable de bien plus de chose qui semblait encore légale aux yeux du monde dans lequel ils vivaient. Sans le lâcher des yeux, ceux ci ne faiblissant pas face à ce qu'elle qualifier en elle de monstre, serrant les poings, torturant ses lèvres de ses dents, elle lâcha :

« Il tremblait de froid, il est frêle, la peau sur les os. Les temps sont durs, l'hiver est mortel, la pluie le ronge et le froid le mord. La soupe et le pain sont bien insuffisants, s'il reste la bas d'avantage il va s'évanouir.

- Oui, c'est un peu le but. Fit il, surprit de la rapidité des paroles de la petite. Mais tu savais que tu subirais les conséquence, non ? » Un hochement de tête, balançant ses cheveux noirs en guise de réponse.

Un court silence, coupé ensuite par les nouveaux pas de JinYoung, se dirigeant vers le chauffage portant encore ces vestes trempées. Il attrapa celle que Jackson avait précédemment portée et la mit sur ses épaules, sous le regard intrigué de ses deux employés. Il s'avança en direction de la porte d'entrée, la poussa une nouvelle fois, se disant au passage qu'il ne l'avait jamais autant traversé en une seule journée. Il marcha, ne prenant la peine de la fermer derrière lui, pouvant laisser les deux le suivre du regard en se mettant à l'ouverture de cette dernière.

La nuit tombait déjà, rapidement, l'hiver ne laissant le jour envahir les heures. Il marchait dans ce chemin qui giclait sous ses pieds. Un grognement de mécontentement, le froid l'agaçait déjà, lui torturant les joues prenant une teinte rouge. Il enfouissait ses mains autant qu'il le pouvait dans les poches de son vêtement, s'avançant à grands pas vers cet arbre qu'il admirait. Il était arrivé, les cheveux lui collant une nouvelle fois au visage, les pieds déjà gelés. Là devant cette barrière de tissus, il fouilla dans la poche de son pantalon, en sortant un trousseau de clé. Il souleva le cadenas qui rouillait sur les chaines entourant l'arbre, insérant le bout dans la serrure de ce dernier et le déverrouillant. Le parapluie s'abaissa légèrement, laissant dépasser une tête bleu au regard épuisé qui se posa sur le brun qui lui, retira la boucle de la laisse de l'anneau de métal. Le plus vieux se redressa, tournant son attention désormais sur son esclave.

« Lève toi. » Lui ordonna t-il. Le regard fatigué du plus jeune était toujours dirigé vers lui, seulement, ses mouvements suivant son ordre, il les trouva bien trop lents. JinYoung donna un coup de pied las dans le parapluie qu'il tenait toujours soigneusement entre ses paumes, faisant pousser une plainte aigus chez le bleuté, accompagnée d'une grimace.

« T'es stupide. » souffla le plus jeune qui se relevait toujours avec lenteur tant ses membres lui étaient douloureux. Un coup donné sur la laisse brûla son cou épais.

« Bouge toi au lieu de te plaindre. Si tu crois que j'ai que ça à faire. Fit l'autre vrai semblablement agacé de la situation.

- Si ça te fait chier de venir me chercher, t'avais cas pas le faire.

- Comme si j'en avais le choix. Tais toi maintenant. » Il tourna les talons, tirant de nouveau sur cette corde qui les reliait, faisant tituber le plus grand de taille derrière lui. Il était lent, trop lent, le chemin n'était pas long, mais le temps était mauvais. Déjà que JinYoung n'aimait pas sortir lorsqu'il faisait beau, mais alors s'il devait attraper froid. Ses sourcils se froncèrent, il tira encore et encore sur cette corde, faisant manquer de tomber à maintes reprises de bleuté qui étrangement ne se plaignait pas de son traitement totalement dévalorisant. Arrivé enfin à la porte, les deux employés reculèrent de l'entrée, les laissant la traverser. Tous deux avaient un regard des plus inquiet tourné vers JinYoung et le bleuté. Le brun retira son manteau, le tendant ensuite à Jackson pour qu'il le remette à sécher avec soin, tout ça sans lâcher la laisse de son précieux esclave.

« Je te laisse retourner à ta chambre pour cette nuit. » Avait il déclaré en se tournant enfin vers le jeune bleuté. Il écarquilla les yeux lorsque ce dernier s'écroula au sol, faisant paniquer la jeune japonaise qui appela Jackson pour l'aider à le refaire venir à lui, mais laissant sans voix JinYoung. Il le secouait, lui donnant quelques claques au passage, mais sans succès. Tsugumi était parti pour revenir, accompagnée d'une serviette qu'elle s'empressa de passer dans les cheveux du jeune homme, posant ensuite le dos de sa main sur le front de celui ci et murmurant « Il est brûlant… », alertant quelque peu le brun qui ne faisait qu'observer l'action se déroulant sous ses yeux. Jackson prit soigneusement, mais rapidement l'évanouie dans ses bras et s'aventura dans les escaliers.

« Où est-ce que tu l'emmènes comme ça ? Avait enfin réussit à articuler JinYoung, stoppant alors son majordome dans sa course dans laquelle Tsugumi le suivait.

- Dans ma chambre, il lui faut un lit. Répondit le châtain, sur un ton évident.

- Non. » Avait rapidement suivit le brun.