Bonjour à vous tous !

Voici le premier chapitre de Saving Remus, j'espère qu'il vous plaira. Je vais essayer de me tenir à un rythme d'un chapitre par semaine - ou toutes les deux semaines si jamais j'ai des dossiers à rendre (vive l'année de Master woop woop), mais j'aimerai avancer rapidement cette fanfiction. Elle ne devrait pas être longue de toute façon (je lis déjà votre déception HAHA).

Je remercie Julie pour sa correction ! Merci ma doudou. Je remercie aussi ma femme et Aryy pour leur soutiens et leurs avis qui sont toujours les bienvenues !

Reviews : merci pour les reviews que j'ai reçu pour le prologue, j'espère que le premier chapitre sera à la hauteur; Et oui Jily déjà formé (faut dire que même si je suis une fan inconditionnelle de Wolfstar, je n'ai jamais rien lu sur Jily #sortloin) j'espère que ca ne gâchera pas le plaisir quand même.

Copyright : les personnages sont issus de la saga de JK. Rowling, je ne fais que les emprunter pour jouer un petit peu avec.

Bonne lecture à vous !


Lorsque nous sommes revenus de cette première soirée, je savais que cela deviendrait rapidement une habitude. Étrangement, alors même qu'ils ne savaient pas grand chose de moi (pour ne pas dire rien du tout) ils m'avaient déjà adopté, m'incluant dans leur vie comme si j'en avais toujours fait parti. Pour ma part je restais silencieux la majorité du temps, acceptant les verres qu'ils me servaient sans savoir vraiment comme avoir l'air cool et branché – je me contentais en général de répondre « je prendrais comme toi » lorsqu'on me demandait ce qui me ferait plaisir, et de contenir les grimaces de dégoût lorsque l'alcool acre et amer me tordait le ventre. Je ne pense pas que l'un d'entre eux s'en soit rendu compte. Le Hogwarts était assurément l'endroit le plus chaleureux que je n'avais jamais vu, et j'y retournais assez souvent par la suite. Tous les soirs, comme Lily l'avait prédit, l'immeuble devenait assez calme parce que Marlène et Peter étaient souvent dehors. Pour sa part, si elle n'était pas enfermée dans son appartement avec James, Lily prenait le temps de venir me voir pour me parler un peu de la vie londonienne et des cours que nous suivions ensemble. Par la suite, elle glissa quelques mots sur ses amis, et je l'écoutais avec politesse. J'apprenais les noms de chacun : James Potter, Peter Pettigrow, Marlène McKinnon et Sirius Black. Ils formaient un clan assez uni. De ce que j'en avais compris, James et Sirius se connaissaient depuis la première année de lycée. Ils avaient suivi les mêmes cours dans un établissement privé du Nord de la ville, et étaient rapidement devenus inséparables. Peter s'y trouvait aussi, mais il avait fallu attendre deux ans avant que le duo ne le repère. Quant à Marlène, elle était l'ex-petite amie de James, avant de devenir celle de Sirius, et se trouvait être la meilleure amie de Lily – elle était un électron libre qui ne semblait pas capable de s'arrêter sur quiconque. Et Lily Evans les avait tous rencontrés lorsqu'elle était arrivée à l'université de Londres.

Les brides d'informations que j'obtenais à mesure des sorties et des conversations formaient un tableau encore flou pour moi. J'essayais d'en comprendre tous les tenants et les aboutissants, afin de comprendre ces êtres qui m'apparaissaient magnifiques et passionnés. Si je restais silencieux c'était pour mieux les observer, et apprendre d'eux. Apprendre ce qu'ils étaient, la manière dont ils pensaient, leur façon de percevoir le monde, la vie, l'avenir. Mais plus j'en apprenais, et plus j'avais le sentiment de manquer quelque chose d'important. Alors que j'avais été habitué à toujours me voir à travers le regard des autres, à ne jamais oublier de les considérer dans la moindre des décisions que je pouvais prendre, eux agissaient sans réfléchir. Rapidement ils eurent à mon égard des gestes et des paroles si impulsives que j'en étais perturbé et je n'ai pas eut le bon sens de les repousser. Lorsque Marlène me prit dans ses bras à notre première rencontre, je ne la repoussais pas alors que ces gestes m'étaient peu familiers. Lorsque James entra chez moi pour venir prendre un couteau la première fois, je me contentais de lui assurer que je n'en avais pas besoin et qu'il pouvait le garder... Lorsque Lily me prit le bras pour m'accompagner en cours, et entama la conversation comme si nous étions amis depuis longtemps, je lui répondais naturellement. Et lorsque Sirius prit l'habitude d'être incroyablement tactile en ma présence, jouant un jeu auquel je n'avais pas pris part depuis des années, je ne le repoussais pas. Je pense même, avec le recul, que je m'y attendais, que je l'espérais, et que pour rien au monde je n'aurais souhaité que ce soit autrement. Pourtant je pense n'avoir rien laissé paraître sur ce que j'étais, et lui ne parlait jamais de « relation » ou de « sentiments » alors que James était bien plus loquace (parfois trop) sur le sujet. Peut être qu'il ne s'agissait pas de cela tout compte fait. Que les sentiments n'avaient rien à voir là-dedans. C'était sans doute le cas, mais alors la raison à tout ceci m'échappait complètement – et quelque part ce n'était pas important. Il m'intriguait, il y avait quelque chose chez lui de troublant, de déroutant. Et je pense pouvoir dire qu'il posait sur moi un regard tout aussi intéressé. On se tournait autour sans cesse, comme étrangers qui se connaissaient par cœur. Je crois que c'est ainsi que notre histoire commença.

Il régnait dans l'amphithéâtre une euphorie étonnante qui faisait sourire Remus comme un parfait idiot. Le cours de l'écrivain John Fowles était attendu de tous – son séminaire sur les « désirs inavoués de l'homme dans la littérature moderne » était sans doute l'un des plus exaltants pour les étudiants de l'université de Londres. Voilà un mois que Remus avait commencé à y étudier, et il commençait à adopter une routine apaisante. L'angoisse et la sensation de vertige devant l'immensité de la capitale le quittaient à mesure qu'il trouvait ses marques et la présence de ses voisins de paliers n'y était pas étrangère. Il s'était considérablement rapproché de Lily avec qui il partageait la majorité de ses cours. Il pouvait profiter de la gentillesse de Peter et de sa maladresse : rapidement il se rendit compte qu'il n'y avait pas une journée sans qu'il ne vienne réclamer quelque chose chez lui (sucre, batteur, assiette et même un verre une fois sans que Remus n'en comprenne vraiment la raison). Marlène, Sirius et James avaient un rôle plus ambigu dans sa nouvelle vie, et il ne savait pas s'il pouvait vraiment les considérer comme des connaissances ou des amis. Peut-être aucun des deux – ils n'étaient pas le genre de personne à accepter la normalité et les « cases » imposées par la société (Marlène lui en avait parlé en ces termes). Remus devrait apprendre à s'y faire, parce que malgré tout il admettait être fasciné par cette jeunesse londonienne, totalement éprise de liberté et de rock'n'roll.

Lily s'installa à côté de lui, un sourire fixé sur les lèvres. Il lui avait gardé la place au milieu de l'amphithéâtre, sachant qu'elle n'aimait pas être dans le fond avec les perturbateurs, mais qu'elle ne supportait pas non plus être au premier rang où elle avait toujours l'impression que les professeurs la fixaient dans l'attente de ses réactions. Sa paranoïa était un trait de caractère attendrissant – Remus était persuadé que les professeurs ne la regardaient pas vraiment et qu'elle supportait assez mal la pression qu'elle se mettait toute seule. Mais il le comprenait, il avait tendance à fonctionner de la même façon. Alors ils se retrouvaient au milieu de la foule, se saluant naturellement et entamant une conversation sur leurs cours communs et leur dernière soirée au Hogwarts. Lily y sortait assez souvent, embarquant Remus quand ce dernier était trop fatigué, stressé ou mélancolique pour se battre. Il appréciait ces soirées, mais il se sentait souvent comme le spectateur, témoin de l'existence de cette jeunesse qui lui était inconnue. Et il en gardait une saveur amère qu'il ne comprenait pas vraiment.

Le début du séminaire le sortit de ses considérations, et il commença à prendre quelques notes – Le désir est inhérent à tout mouvement de l'univers. Il est à l'origine même de notre monde. Après tout, nous pouvons considérer le mouvement des planètes comme un ballet, un couple dansant un tango séduisant et passionné. Face à face, les deux corps s'attirent et se repoussent dans un mouvement circulaire et séducteur. Il y a du désir dans toute chose, dans chaque mouvement, dans chacun de nous, dans chaque élément constituant notre univers. Le désir est partout. Remus entendait le grattement des stylos sur les feuilles autour de lui, un silence presque religieux ayant à présent envahi la pièce. Seule la voix fluide de l'écrivain s'élevait à la manière d'un écho lointain, parlant à chacun d'eux, touchant chaque vie présente dans l'amphithéâtre surpeuplé. Remus faisait parti de ce tout, être désirant et pensant – et son but était de faire la part des choses entre ce qu'il pouvait faire, ce qu'il désirait, et ce qu'il voulait.

« C'est amusant. »Grave et moqueuse, la voix légèrement rocailleuse de Sirius s'éleva à côté de lui. Il se surprit à ne pas avoir remarqué le bellâtre plus tôt – sans doute était-il trop obnubilé par le discours du littéraire pour y faire attention. Peut-être.

« Qu'est-ce qui est amusant ? » demanda-t-il malgré tout, surprit par ce sourire moqueur que Sirius affichait. Il se tenait nonchalamment sur son siège, et à la différence de tous les étudiants présents, il semblait à peine intéressé par les paroles de leur pair et jouait avec un briquet. Il ne semblait avoir aucune feuille ou même un sac avec ses affaires de cours, ni quoi que ce soit qui puisse faire penser qu'il était un étudiant comme les autres. Il arborait un t-shirt à l'effigie des Stones – dont il était un grand fan – et un jean noir troué parfaitement hardcore qui allait de paire avec ses Docs Martens, et ses cheveux noirs tombant en boucles sur ses épaules. Il portait des lunettes de soleil – preuve que la veille il n'avait pas dû dormir énormément et se remettait encore des effets néfastes de l'alcool sur son organisme. Malgré tout, Remus devinait qu'il pourrait le retrouver dans un bar de Londres le soir-même.

« Vois-tu, Remus, je suis persuadé que le désir n'est pas uniquement fait pour nous tenter et pour qu'une part de notre raison nous en interdise l'accès. Beaucoup trop de personne se refuse à être eux-mêmes ou à être heureux parce qu'ils ont simplement peur de ce qu'ils désirent. »

Perplexe, Remus se disait que ce discours était celui d'un enfant capricieux à qui personne n'avait jamais appris à dire « non » ou même à le penser. Quelqu'un qui serait assez fou pour faire ce qu'il voulait quand il le désirait sans se soucier des autres ou de ce qu'il adviendrait. Il se rendit compte que – pour ce qu'il avait pu en voir jusqu'à présent – Sirius était typiquement ce genre de personne. Le genre que lui n'était pas.

« Tu pense que le désir définit ce que nous sommes, Sirius ? C'est peut-être rédhibitoire non… ? Je veux dire, peut être que l'on est nous-même aussi lorsque l'on arrive à combattre nos instincts. N'est-ce pas cela qui fait de nous des êtres humains : notre conscience, notre raison, notre — »

« N'as-tu jamais pensé que nous n'existions que parce que nous agissons selon nos désirs ? Que les plus inavoués étaient justement ceux qui nous représentaient le plus ? Que je suis parce que je désire, que je désire donc je suis, que si je n'étais pas un être désirant alors peut être que je n'aurais plus aucune raison d'agir. N'est-ce pas le désir qui t'a fait tout quitter pour Londres, Remus ? Et à présent ? »

La direction soudainement personnelle de la conversation perturba l'étudiant qui resta silencieux. Il ne réagit pas vraiment quand il sentit le reste de l'assistance se lever pour prendre une pause – ou quelque chose dans ce goût-là – plongé dans les orbes argenté de Sirius Black. Ils s'étaient rapprochés, parlant rapidement dans un murmure où leurs souffles se mêlaient.

Le désir… Remus avait été un être désirant comme tous les jeunes adolescents, et il s'était brûlé. Il avait été consumé par ce désir jusqu'à apprendre ce qu'il advenait de ceux qui se laissaient à leurs plus sombres desseins. Mais maintenant ? Sirius avait raison, c'était un désir passager qui l'avait poussé à arriver à Londres (il leur avait expliqué son attachement à Into The Wild lors d'une soirée quelques jours auparavant) et à présent qu'il y était il lui semblait avoir oublié pourquoi il avait prit cette décision.

« Je — à présent ? » Une lueur joueuse et inquisitrice illumina le regard de Sirius qui se pencha encore pour caresser la joue de Remus de son souffle.

« À présent que désires-tu ? » Il se trouva démuni, incapable de trouver une réponse adéquate – ou plutôt il en avait une qui n'avait peut être pas grand sens pour Sirius.

« Je désire vivre. »

Le silence s'installa entre les deux étudiants qui se jugèrent d'un regard perplexe. Sirius semblait être prit de court par cette réponse, ou ne pas y croire. Il sondait le regard de Remus comme s'il pouvait sonder son âme, et pencha sa tête de côté comme l'aurait fait un chien curieux. La comparaison était parfaitement trouvé, Sirius était parfaitement mignon quand il faisait cela, mettant de côté cette prestance qui le rendait impressionnant le reste du temps, de sorte que personne n'osait l'approcher ne serait-ce que pour lui demander l'heure. Parfois, même Remus n'osait pas lui adresser un mot bien que Sirius n'ait jamais été dédaigneux ou méchant avec lui. Il se sentait mal à l'aise, cependant, sous ce regard brûlant, et eut envie de disparaître. Il finit par baisser le regard et le fixer sur l'estrade où le conférencier répondait à quelques questions d'étudiants venus le rencontrer directement. Lily n'était plus là, et Remus ne savait pas vraiment ce qu'il se passait. Tout ce qu'il sentit, fut le doigt de Sirius qui vint caresser sa joue, et sa bouche près de son oreille :

« Alors qu'est-ce que tu attends ? » - cette fois ce fut à Remus de resté sans voix, et quand il se tourna il se rendit compte que Sirius était parti, laissant derrière lui l'écho de sa voix aux creux de son oreille.

« Tout va bien ? » - la voix cristalline de son amie le sortit de ses pensées, alors que Lily plaçait devant lui un de ces gobelets en plastique marron où un liquide fumant le fit saliver : un thé à la menthe.

« Merci. Oui ne t'en fais pas je…

– Sirius peut parfois se donner des airs de Gatsby le Magnifique. Ne le laisse pas te bouleverser Remus, sinon il n'arrêtera jamais. » Gatbsy – la comparaison était assez bonne, décida-t-il. En effet, Sirius avait cette même aristocratie assumée, sans que Remus n'en comprenne l'origine. Il avait ce mystère l'entourant comme un bouclier face au monde, alors qu'il embrassait le monde à la manière d'un affamé, le dévorant presque d'une voracité sans faille. Il était un être passionné, ne se refusant rien – mais à la manière de Gatsby, il semblait que son réel désir restait cacher de la vue de tous. Que voulait vraiment Sirius Black ? Qu'est-ce que lui désirait plus que tout ? Vivre – il était évident qu'il vivait comme personne, l'instant présent étant la seule chose qui importait dans son existence. Alors quoi ?

Finalement le cours reprit, et Remus laissa derrière lui ses pensés, se concentrant sur les quelques définitions et pistes de réflexions laissées par le maitre-conférencier.

Lily et lui avaient trois heures de cours de Littérature du dix-huitième siècle où ils s'installèrent l'un près de l'autre une fois encore. À la fin de la journée, ils rejoignirent le parc de l'université – un espace vert presque totalement sauvage où les étudiants se réunissaient pour refaire le monde, jouer de la musique ou fumer à outrance. Le soir venu c'était peut-être le lieu de toutes les débauches – mais ce n'était que des rumeurs que Remus n'avait pas eut à cœur de vérifier. Là ils retrouvèrent Sirius et James – ce dernier attira Lily contre lui sans arrêter la conversation avec son vis-à-vis et lui offrit un baiser rapide. Remus les trouvait étrangement assortis : James s'était avéré être un garçon je m'en foutiste et imprudent, avec un quelque chose d'insolent qui souvent n'était qu'une candeur incomprise pour un jeune homme de vingt-quatre ans ; quant à Lily elle semblait être incroyablement mature pour son âge, acceptant les responsabilités avec toute l'angoisse dont elle était pourvue, refusant de laisser les autres sous-entendre qu'elle n'en était pas capable. Le mélange pouvait parfois être explosif, mais Remus avait décrété qu'ils formaient un couple harmonieux.

« Alors, Gatsby, tu as joué les donneurs de leçon avec notre cher Remus ? » Sirius arrêta soudainement d'écouter James pour se tourner vers Lily, avant de tourner son regard sur Remus, arquant un sourcil interrogateur.

« Je n'ai fait que partager mon point de vue. Rien de plus. Gatbsy ? Tu n'as donc pas encore perdu l'idée que j'étais un Gatbsy des temps modernes, Lily ? » Demanda-t-il avec un rire dans la voix qu'il contenait malgré tout. Apparemment ce rapprochement lui semblait ridicule, et Remus ne sut déterminer s'il en était vexé ou non. De son point de vue c'était plutôt bien trouvé, et il ne pouvait plus vraiment s'en défaire. Après tout, Gatsby était un personnage fascinant et lumineux –

« J'ai toujours plutôt pensé à toi comme à un Dorian Gray. Brûlant la vie par les deux bouts, vendant son âme pour une beauté éternelle alors que tu pourris de l'intérieur. » Cette fois la moquerie perçait clairement dans la voix de James qui lançait à son meilleur ami un regard complice.

« Tu es simplement jaloux. Après tout si je suis Gatbsy cela fait de toi Nick Carraway non ?

– Je suis surpris que tu pousses aussi loin la comparaison. Mais contrairement à ce pauvre Nick, je n'ai jamais trouvé que ta manière de vivre était fascinante au point d'en faire un roman.

– Inutile de cacher ta vénération pour ma personne, Jamesie, personne n'est dupe.

– Je te prie de croire que je ne cache rien de la sorte, Votre Majesté. » Les piques, et les répliques devinrent rapidement incohérentes, alors que Remus les observait avec ce silence pensif.

Il était souvent silencieux en leur présence, totalement fasciné par leur manière d'agir les uns envers les autres. Il y avait cette exubérance et cette évidence dans leurs échanges, comme s'ils se connaissaient tous depuis toujours, et qu'ils se comprenaient sans même avoir à dire un seul mot ; ils étaient les jeunes fous d'un roman. Sourire aux lèvres, Remus s'imaginait déjà noircir les lignes d'un cahier pour tenter de faire percevoir cette passion qui les animaient à un lecteur. S'il était capable de faire toucher du doigt une infime part de ce qu'il pouvait ressentir à leur contact, alors il se considérerait comme doué.

« Remus ? » Lily toucha son bras, le faisant sortir de sa rêverie, et il se rendit compte que tous les trois le regardaient. James semblait amusé, Lily inquiète, et Sirius avait cet air détaché et insolent, une cigarette se consumant entre ses lèvres.

« J'étais dans la lune, navré. Que disiez-vous ? » - Sirius se redressa un peu, et passa la cigarette à Lily.

« Nous disions, cher Remus, qu'il était temps pour toi de véritablement embrasser la vie Londonienne. Tu sembles toujours perdu dans tes pensés, ou bien trop silencieux. » - James l'observait à présent avec une gravité qui inquiétait presque Remus. Quand il avait cet air il faisait souvent quelque chose de stupide par la suite.

« Alors, nous avons décidé que ce soir tu viendrais nous rejoindre au Hogwarts – aucune excuse ne sera acceptée. » Assura Lily, avec ce sourire réconfortant qui rassura Remus.

Il avait l'impression de vivre un véritable ascenseur émotionnel quand il était en leur présence, et cette sensation lui donnait le vertige. Comme s'il découvrait ces sensations pour la première fois, les effleurant timidement parce qu'elles faisaient naître chez lui des idées et des pensés qu'il n'avait encore jamais eut. A leur contact, il lui semblait commencer à vivre véritablement, que tout ce qu'il avait connu jusqu'à présent n'était qu'un écho lointain de la vie qui se jouait maintenant.

C'est ainsi qu'il se retrouva à vingt et une heures, attablé dans un coin du Hogwarts. C'était un bar du centre ville, près de Picadilly Circus, où on pouvait boire des bières sucrées étonnantes, accompagnés de bonbons acidulés. Il y avait toujours une foule dense d'étudiants venus fêter la fin de leur journée ou de leur semaine, désireux d'oublier jusqu'à leurs noms si c'était possible. Il était venu accompagné de Lily – seule – et depuis ils étaient au milieu de la foule qui semblait plus nombreuse encore ce soir sans que Remus ne puisse l'expliquer. Lily avait insisté pour qu'ils soient plutôt proches d'une scène misérablement mise en place près du mur du fond – là où se trouvaient des posters d'anciens groupes venus sans doute dans leur jeunesse jouer dans le bar d'étudiants. Pourtant cette fois il y avait une batterie, des enceintes, une basse, et une guitare électrique, ainsi que deux micros branchés dans un fatras de fils. Regardant autour de lui, Remus ne voyait aucun des autres membres du « groupe » quand lequel il avait réussi à s'incruster. Lily n'était pas plus inquiète que cela, fixant le vide de la scène avec un sourire attendri. Elle en était à son troisième cocktail bleu fluorescent, et s'amusait avec les ombrelles en papier que le serveur lui mettait à chaque fois.

Soudainement le bourdonnement intempestif de la foule ne devint qu'un murmure, alors qu'une silhouette s'avançaient sur la scène – bientôt suivie de trois autres qui prirent place –

« Bonsoir Londres » - la voix de Marlène était grave, jouant sur des intonations séductrices qui fit frissonner Remus et lui tira un sourire extatique. Elle se tenait dans la lumière pourpre, ses cheveux blonds tombant autour de son visage barré d'un maquillage à la David Bowie. Elle portait une robe noire à dentelle incroyablement vulgaire qui ne laissait que peu de place à l'imagination, et des bottes compensés en cuir qui la mettait à la hauteur des trois garçons qui l'entouraient.

« Marauders va vous mettre le feu ce soir » - les sifflements appréciateurs répondirent à sa promesse alors que la guitare électrique entama les premières notes, bien suivi de la batterie, et d'un fond de basse totalement exaltant.

Peut être était-ce les effets de l'alcool, l'influence de la foule, et le mélange entre la voix grave de Marlène et les notes suraiguës jouées par Sirius, mais Remus eut l'impression d'être transporté. Ils ne jouaient pas bien et Marlène ne chantait pas toujours juste, tant et si bien qu'il but quatre bières, et un cocktail de Lily (pour l'empêcher d'être totalement éméchée n'est-ce pas) pendant le concert qui dura une heure tout au plus, afin de supporter la migraine que la musique risquait de lui causer. Il se surprit à un moment à danser un rock parfaitement ridicule au milieu de la piste de danse en compagnie de Lily, de hurler les paroles des chansons connues que le groupe reprenaient sans faire cas de ce que l'on pourrait en penser, et il poussa même le vice jusqu'à fumer une cigarette en compagnie de Lily – puis une seconde, puis une troisième. Emporté dans l'ambiance embrumée, et suffocante du bar, où chacun était transporté par le jeu du groupe de rock, et l'euphorie qui avait court dans le Londres des années 80. La folie de cette jeunesse exaltée s'exprimait librement, et Remus eut l'impression d'y prendre part.

Son cœur battait fortement dans sa poitrine, et dans ses tempes, sur sa nuque des grosses gouttes de sueur perlaient pour s'abattre sur son dos, et il avait les cheveux plaqués sur son front. Il n'avait plus de voix à force de crier les paroles des Stones, des Pink Floyd, et de Queen. Il avait une soif insatiable, et Lily dans ses bras qui riait aux éclats lui semblait la plus merveilleuse des créatures qui soit. Il finit par la serrer contre lui, alors que Marlène remerciait la foule, et lui glissa un « merci » des plus émus qui fit monter les larmes aux yeux de la jeune femme qui embrassa sa joue sans faire cas de la sueur qui y était accumulée. Elle était totalement ivre. Mais sans doute moins que lui.

« Vous avez un groupe de rock. »

Un rire aboyé par Sirius lui répondit, alors que ce dernier lui passa un bras autour des épaules pour le rapprocher de lui. La nuit devait être fraîche, mais l'alcool et les cigarettes qu'il avait fumé donnaient incroyablement chaud à Remus. Et la proximité de son vis-à-vis n'aidait pas à calmer la brûlure de son corps.

« Good job, Sherlock. Quel fin observateur tu fais. » Il foudroya le fourbe Black du regard avant de se recentrer sur James et Lily qui essayaient de suivre la route, se tenant maladroitement l'un contre l'autre.

« Ouais. Depuis quoi ? Trois ans maintenant. C'est genre Marlène qui en a eu l'idée – Madame voulait se la jouer Joan Jett ou un truc du genre. Et comme tu l'as vu c'est dur de lui refuser quoi que ce soit.

– Joan Jett aurait de quoi se pâmer d'admiration sur nous. »

Remus n'en était pas sûr, mais il n'eut pas l'envie d'argumenter sur le sujet. La chanteuse de Runnaway's devait – assurément – être devenu un exemple pour toutes les jeunes filles en manque de sensation forte qui voudraient hurler « I Love Rock'n'Roll » dans un pantalon de cuir, avec un coupe à la garçonne et un chewing-gum toujours coincé entre les dents.

« Ils jouent tous les mois au Hogwarts c'est genre la soirée à ne pas manquer ! T'as vu, c'était génial ! Du délire. Mon James – tu es tellement merveilleux ! » Lily n'avait décidément plus rien de mature à ce moment-là, alors qu'elle tournait le visage de James vers le sien pour l'embrasser de manière outrageuse, sans se soucier d'être contre un lampadaire au milieu de la rue.

Sirius emporta Remus dans son sillage, laissant le couple à l'arrière. Ils étaient suivis de prêt par Marlène et Peter qui étaient dans un état tout aussi lamentable.

« Je t'ai vu tu sais. »

Sa voix ne déraillait pas, ne marquait pas une seule fausse note, semblait être celle d'un homme parfaitement sobre, alors qu'il était glissé sa main de l'épaule à la taille de Remus pour le maintenir dans cette proximité agréable.

« Tu m'as vu ?

– Malgré les projecteurs qu'on avait dans la gueule et la fumée des clopes. Je t'ai vu. Tu dansais avec Lily, un sourire d'extase sur les lèvres, et tu semblais te foutre complètement du reste du monde. »

Remus aurait pu rougir – du plaisir de savoir que Sirius l'avait observé, ou peut être simplement de honte pour avoir agit de la sorte – mais dans son état il se contenta de rire comme si c'était une bonne blague.

Il laissa la remarque en arrière, alors qu'ils montaient les étages les menant jusqu'aux appartements leur appartenant. Une fois là, James et Lily disparurent assez rapidement, ainsi que Peter pour ne laisser sur le pallier qu'un Remus hésitant, une Marlène excitée, et un Sirius étrangement silencieuse.

« Sirius… » La voix traînante de la jeune femme accentuait les voyelles du nom du musicien qui lui fit un geste vague de la main qui voulait sans doute dire « Vas, je te rejoindrais » - boudeuse elle ouvrit la porte de son appartement pour s'y engouffrer et le laissa ouvert derrière elle.

« Et bien, je — Félicitations pour cette soirée, vous avez vraiment… bien joué. »

C'était faux, le groupe était assez horrible à tout bien réfléchir, mais c'était assez à la mode d'être « hard » « grunge » « rock'n'roll » sans pour autant être doué ou travailler vraiment. Malgré tout, ce n'était pas le genre de chose que l'on disait quand on était poli en société. Sirius restant silencieux, Remus décida de rejoindre sa porte, tentant d'y faire entrer la clé pour ouvrir la serrure. Mais sa vue était troublée, et ses doigts tremblaient – c'est une main sûre et chaleureuse qui se posa sur la sienne pour l'aider à atteindre son but. Et le torse de Sirius contre son dos l'enveloppait totalement. Il retient son souffle, arrêtant tout mouvement.

« Je t'ai vu ce soir. Tu n'étais pas seulement cet étudiant un peu gauche et timide qui débarque de la campagne pour rejoindre la grande ville pour se convaincre qu'il en est juste capable. Tu étais toi – soumis à ton envie sans te soucier du reste du monde qui te regardait avec stupeur et envie. Tu as laissé ton désir prendre le dessus, et je sais que tu as vraiment eut ce sentiment violent qui a épris tes membres pour te rendre presque fou. Ose me dire le contraire Remus. Ose me dire que tu ne l'as pas senti. »

Il déglutit difficilement. Sirius avait posé sa tête sur son épaule, et caché son visage dans son cou – une posture intime dont il ne cherchait pas à se défaire.

« Quel sentiment ?

– Me prends pas pour un con, ne joue pas l'innocent.

– J'ai… Je ne sais pas. » Sirius posa un baiser dans son cou, et lâcha un rire jovial.

« Pour une fois tu as laissé le moment présent prendre le dessus, et tu n'as pas simplement vécu l'instant, tu as existé. » Murmura-t-il à son oreille comme un secret évident et à la fois précieux. Mais tout cela n'avait aucun sens n'est-ce pas ?

« Je te l'ai dit – il est temps de vivre, Remus. Ceci n'est qu'un commencement ; bientôt ce sera toi le Magnifique. » Promit le bellâtre en se reculant, rejoignant l'appartement de Marlène en laissant dans son sillage un Remus perdu.

A cause de ce discours incohérent ? A cause de ce baiser qui avait laissé une trace humide dans son cou ? A cause de ce souffle à son oreille ? A cause de cette vérité crue : il s'était senti exister. Il n'avait plus seulement été spectateur de ce monde lumineux, il en avait fait parti, et son corps exaltait encore cette sensation démentielle. Ceci n'est qu'un commencement – la promesse résonnait à ses oreilles alors qu'il entrait chez lui. Il se déshabilla, trouva la force pour se doucher, et se retrouver dans le lit convertible pour trouver le sommeil. Mais avant de sombrer dans les bras de Morphée il se dit que finalement Sirius avait tord : James n'était pas Nick Carraway, le narrateur épris de liberté et de plaisir de Gatbsy le Magnifique ; le jeune Potter était bien trop indépendant, suivant sa propre philosophie pour cela. Mais lui, Remus, était totalement vierge de ce monde qui lui apparaissait comme un Eden terrifiant et fascinant. Et assurément, il était prêt à endosser le rôle, et à laisser Sirius l'initier aux désirs de cette existence magnifique.


Fin du premier chapitre - on secoue les pompoms ! J'espère qu'il vous a plu ! On se retrouve lundi ou mardi prochain :D