Bonjour/Bonsoir à vous tous !
Je suis heureuse de voir que le premier chapitre vous a plu - ça fait grave plaisir ! J'ai mis un peu de temps à publier celui-ci parce que je n'ai pas eut le temps d'écrire le chapitre 3 (enfin jusqu'à maintenant) et je préfère garder un ou deux chapitres d'avance pour être sûr de ne pas trop vous faire patienter - ou d'abandonner cette histoire. SO. VOILA.
Je remercier tous les Reviewers (c'est comme cela que l'on dit ?) pour leurs messages ! Et merci pour votre soutien. Merci aussi à Julie - toujours - ma petite bêta, et à ma femme qui sont toujours là pour me rassurer (faut dire que je me pose trop de questions parfois). Merci à la communauté de Maraudeurs ERA (le p'tit forum RPG où il fait bon vivre) qui m'offre une véritable bouffée d'inspiration.
J'espère que ce chapitre vous plaira également !
Les personnages et l'univers d'Harry Potter ne sont toujours pas à moi - nope - mais à JK. Rowling.
Le lendemain, je me suis réveillé avec un mal de tête horrible, et un sentiment engourdissant mon esprit comme si les souvenirs de la veille étaient incomplets. Je restais la journée entière sur mon canapé convertible à fixer le paysage londonien : une pluie drue s'abattait sur les toits de la ville, et le ciel orageux donnait l'impression que la nuit avait pris possession du jour. Je m'étonnais à penser que ce gris m'était devenu familier, et que je l'appréciais vraiment. Il n'existait pas de ciel semblable ailleurs en Angleterre – bien que je n'ai techniquement connu que Gloucester, Londres, et Oxford lors d'un voyage organisé à l'âge de douze ans. Il était incroyablement lourd et inquiétant, enveloppant dans une pénombre suffocante qui faisait renaître les angoisses et les peurs primaires. Je me surprenais à repenser à ma chambre d'enfant, où la nuit tombée je craignais la présence des monstres sous le lit ou dans le placard en face de moi. J'avais finalement pris le parti de fermer les rideaux, et d'allumer les lampes ainsi que le plafonnier pour me donner l'illusion du jour. Je prenais un livre au hasard, mais n'arrivait pas à en lire un traître mot. J'étais impatient sans savoir pourquoi, excité sans en connaître les raisons, et j'avais cette boule dans la gorge qui témoignait du flot d'émotions que je contenais tant bien que mal. J'essayais de me remémorer la soirée de la veille. Je me souvenais du groupe des Marauders, de leurs chansons horribles, de l'alcool que je buvais en compagnie de Lily. Par la suite, peut être une danse, des chansons qui résonnaient à mes tympans et explosaient dans ma gorge – raison pour laquelle j'avais si mal aujourd'hui ? – et une sensation de chaleur enveloppante. Les orbes gris dansaient devant mes paupières à la manière du ciel orageux. Sirius. Et sa voix grave qui me faisait frémir alors qu'il était penché à mon oreille. Et que m'avait-il promit ? Que m'avait-il dit ? J'étais bien incapable de m'en souvenir, et j'en étais frustré : ça me semblait important.
J'escomptais oublier ce malaise en allant voir Lily quelque temps. Je la trouvais dans un t-shirt appartenant à James, le regard totalement embrumé par la gueule de bois. Elle m'accueillit avec un grand sourire quand elle remarqua le plat de pâtes et de wings au poulet que je tenais. Je passais le reste de mon temps avec James et elle et j'en apprenais plus sur leur histoire. James était un grand romantique – dans le fond – comme je l'avais pressenti depuis un moment. Lorsqu'il avait vu Lily la première fois il en était tombé amoureux, tout du moins c'est ce qu'il avait compris des années plus tard. Elle était une obsession, et il faisait absolument tout et n'importe quoi pour avoir son attention. Sirius et Marlène avaient finit par parier sur le temps que mettrait Lily à céder – James rajouta fièrement que personne n'avait parié qu'elle ne lui céderait jamais. Si James ne récoltait que des gifles et des regards haineux, Marlène et Lily se rapprochèrent rapidement, devenant presque inséparables. Et c'est peut être parce que Lily découvrit James à travers le regard de ses proches que le sien changea considérablement. Elle m'avoua finalement comment elle était tombée amoureuse de lui : un soir elle s'étiat rendu au Hogwarts pour voir leur concert. Et là, sur scène, James était tout simplement magnifique. Concentré sur sa basse, le regard brillant, ses doigts agiles allant pincer les cordes, il en oubliait d'être arrogant – il était simplement lui-même, illuminé par les projecteurs artificiels. Et elle sut à cet instant qu'elle avait le véritable James devant elle, n'ayant de désir que de le retrouver, le revoir, et le laisser l'aimer. Ils mirent presque trois ans à se trouver et à présent ils jouissaient de cette idylle avec toute son imperfection. Ils passaient plus de temps à se disputer pour des broutilles qu'à vraiment être simplement dans les bras l'un de l'autre, mais c'était sans doute à cause de leurs caractères enflammés. Je ne pouvais pas les imaginer autrement.
Mais quand ils se sont tournés vers moi, avec ce sourire extatique qu'arborent les gens en couple, pour me demander si j'étais déjà tombé amoureux je n'ai pas su quoi dire. L'amour me semblait être à la fois une évidence, et un parfait inconnu. Ou plutôt, quant bien même j'avais déjà aimé, plus le temps passait plus je le laissais effacer les souvenirs pour ne laisser qu'une rancune furieuse. Alors je me suis contenté de faire semblant de bailler, et de les laisser avec un sourire désolé.
La pluie avait finalement cessé, bien qu'il tombait encore une bruine légère sur la ville. Remus se trouvait assis près de la fenêtre, au milieu de l'amphi, écoutant distraitement son cours sur la littérature Russe des années 20. Il avait beau être un passionné de lecture, il n'entendait rien à ce genre de sujet, et le professeur ne rendait pas la chose vraiment intéressante. Il se contentait de lire ses feuilles, assis sur son bureau, indifférent aux réactions ennuyées de ses étudiants. Lily s'était endormie sur sa table, un léger filet de bave s'échappait de sa bouche, et elle ronflait à certains moment – Remus lui donnait alors un coup de coude pour la faire bouger ou la réveiller. Il pouvait entendre Sirius qui soupirait régulièrement derrière eux, et se demanda ce qu'il pouvait bien faire en cours. Mais le reste du temps, il regardait par la fenêtre, luttant contre la fatigue accumulée du week-end. L'ennui n'aidant pas à garder les yeux ouverts, il devait l'avouer.
« Partons »
Il se tourna pour voir Sirius penché au-dessus de sa table. Était-ce à lui qu'il parlait ? Vraiment ?
« Partons d'ici Remus, on se fait chier, et il y a bien mieux à faire ».
L'étudiant restait perplexe. L'idée n'était pas mauvaise sur le fond, mais il n'avait jamais séché un cours, et encore moins quitté le cours d'un professeur alors que ce dernier était encore en train de parler. Sa conscience morale lui murmurait que ce n'était pas une chose à faire, et il tourna le dos à Sirius comme pour le lui signifier.
Mais Sirius était borné, têtu, capricieux et ne supportait pas qu'on lui refuse quoi que ce soit.
« Alors quoi ? Qu'est-ce qu'on a perdre en sortant d'ici Lupin ? »
Demanda-t-il toujours avachi sur sa table sans se soucier que ses plaintes puissent gêner qui que ce soit. Remus se sentit le devoir de calmer les ardeurs du Black, quand bien même il n'était pas sûr de son argumentation : « Ça ne se fait pas Sirius ».
Oui, profondément convaincant.
« Pourquoi ? Tu as peur que le professeur t'en veuille ? Si tant est qu'il se rende compte de notre départ, je doute qu'il se souvienne de ton nom. Et au pire – tu n'en mourras pas ».
Remus se sentait agacé par cette argumentation, et l'idée que Sirius ne soit venu que dans l'idée de lui faire quitter son cours lui traversa l'idée. Il préféra garder le silence, et le regard fixé sur le vieil homme qui délirait complètement sur les crises sociales dans les romans Russes – cela aurait pu être intéressant. Mais se mit à ricaner dans son dos : « Est-ce que tu aurais peur Lupin ? Ne me dis pas que tu n'as jamais séché un cours… »
Si. Justement si.
Sirius dût s'en rendre compte parce que Remus ne l'entendait plus soupirer, rire, ou ricaner. Alors, il se tourna, pour croiser un regard si stupéfait qu'il aurait pu exploser de rire.
« Je n'ai pas été diplômé avec mention, ni accepté à l'université de Londres parce que je suis un foutu rebelle, Sirius ! »
C'était logique, non ? Mais le Black ne l'entendait pas de cette oreille, et cette conversation avait fini par réveiller Lily qui les fixait avec une lueur meurtrière dans le regard.
« Sors le chien, Remus j'aimerais finir ma nuit ».
Les deux garçons se tournèrent vers la rouquine, qui retourna embrasser la table sans plus attendre. Ils reprirent leur conversation comme si de rien n'était, oubliant l'ordre de Lily – et sa comparaison de Sirius en tant qu'un chien.
« Remus, il faut que tu sèches au moins une fois un cours dans ta vie. Ce n'est pas saint d'être aussi… » - il le désigna comme s'il était incapable de trouver un terme capable d'englober l'ensemble de sa personne, et Remus en fut vexé.
« Aussi quoi ? Bon élève ? Studieux ? Sérieux ? Assurément c'est une chose qui t'échappe totalement. »
La mine perplexe et boudeuse de Sirius lui tordit le ventre. Il ne désirait pas spécialement mettre en avant son attitude plus que déraisonnable concernant ses études – Sirius apparaissait un jour à un cours, pour en disparaître durant trois mois, et y revenir plus tard sans que cela ne l'embête plus que cela.
« Aussi chiant. Remus tu n'écoutes même pas le cours. Sortons d'ici. »
Il ne releva pas l'insulte, et sentait de toute façon sa résolution s'envoler. De plus, l'idée que Sirius le trouve « chiant » lui était particulièrement désagréable. Alors au final pourquoi pas ?
Énervé, agacé, et désireux de se prouver à lui-même (plus qu'a Sirius n'est-ce pas) qu'il pouvait être aussi fougueux et étonnant que lui, il prit ses affaires, se leva en faisant tomber sa chaise dans un fracas qui réveilla la moitié de la salle, et sortit en ignorant le professeur qui demandait « s'il se sentait mal ce pauvre garçon ? » - le rire de Sirius y répondit, avant qu'il ne suive le jeune Lupin à l'extérieur.
Remus marchait dans le couloir, droit vers la sortie du bâtiment. Ses mains tremblaient, son cœur battait fortement, et il se répétait en boucle « qu'est-ce que j'ai fait ? qu'est-ce que j'ai fait ? » - avant que Sirius ne lui prenne le bras, hilare.
« Pas si vite Rem ! Il va pas te courir après le vieux.
- Tu — Tu — Tu es incorrigible.
- J'adore ta manière d'user des mots comme « incorrigible », « déraisonnable », « imprudent » ou « insupportable » comme si c'était les pires insultes qui soient. »
Remus se mit à rougir sans savoir si c'était de gêne, de colère ou parce qu'il était vexé que Sirius se moque ainsi de lui.
Rapidement ils atteignirent la sortie du bâtiment et se mirent à marcher sous la bruine sans que Remus ne sache vraiment où ils devaient aller. Il resta malgré tout silencieux, jusqu'à ce que ses vêtements soient trempés, et qu'il se sente trembler de froid.
« Bon. On fait quoi maintenant ? »
Sirius le regarda comme s'il était parfaitement idiot – continue comme ça Black et je ne t'adresserai bientôt plus un seul mot – avant de sortir une cigarette de sa poche et de la tendre à Remus. Il la refusa.
« Fais pas ta prude, Lupin. Je t'ai vu fumer au Hogwarts. »
Il prit la cigarette et la glissa entre ses lèvres, avant de prendre le briquet de Sirius pour l'allumer. L'effet calmant de la nicotine l'envahit rapidement, et il soupira.
« Ce que tu veux. »
Il avait arrêté de pleuvoir, et le vent avait commencé à se lever, les forçant à se coller l'un à l'autre à la recherche d'un peu de chaleur humaine. Remus laissait la déclaration l'envahir – ce qu'il voulait. Ils avaient une journée de libre à présent. Une journée pour faire « ce qu'il voulait » et il lui semblait que ce n'était jamais arrivé. Il était secoué par cette constatation – ou plutôt la dernière fois qu'il avait fait ce qu'il voulait il en avait payé le prix. Il était assez étrange de constater combien cela l'avait marqué.
« Je ne sais pas. »
La réponse était bien trop habituelle dans ses conversations avec Sirius, et ce dernier devait sans doute se dire la même chose, parce qu'il leva les yeux au ciel, et soupira fortement.
« Arrête d'être aussi spirituel, Remus. Je te demande pas un foutu papier sur la notion de désir. Je te demande ce que tu veux faire là maintenant ».
Là maintenant ?
« J'ai faim »
Le rire de Sirius lui répondit, mais cette fois il était chaleureux, et le Black passa son bras autour de ses épaules.
« Et bien on avance. Allons manger – ils vendent des Fish & Chips totalement affolants deux rues plus loin. »
Acquiesçant, Remus le laissa le guider dans les rues de Londres, fumant côte à côté, sans que jamais Sirius n'ôte son bras. Il ne semblait pas faire cas des regards étonnés ou dégoûtés de certains passants qui croisaient leur chemin. Il ne semblait pas même faire cas du monde autour de lui, comme souvent Sirius ne suivait que son propre désir sans que rien ne puisse le contraindre. Remus en venait presque à se demander comme il pouvait avoir appris à agir de la sorte. Lui qui se demandait constamment s'il avait « le droit » d'agir, était totalement stupéfait d'être face à quelqu'un qui ne pouvait pas même comprendre qu'on se pose la question. Et qui aurait bien le droit d'en décider, demanderait Sirius. Et il avait peut être raison dans le fond.
Ils arrivèrent devant le vendeur du Fish & Chips, et Sirius en commanda deux pour eux.
« Tu me l'offres ? » Demanda Remus avec un sourire innocent.
Ce à quoi Sirius répondit par un sourire typiquement inquiétant. De ces sourires qui voulaient dire je vais faire un truc que tu vas pas aimer mais je ne te laisse pas le choix -
« Quand je te le dis, tu cours. » Murmura le Black à son oreille, et avant même que Remus n'ait pu réagir, Sirius récupéra les deux paquets, et lui hurla de courir, partant en avant en saisissant sa main pour le faire réagir. Remus entendit des exclamations derrière eux, mais ne s'y arrêta pas.
Son cœur battait dans ses tempes, et il avait les mains soudainement moites. Il tenait fermement contre lui le paquet encore chaud, et il perdit le souffle rapidement. Le rire de Sirius l'entourait, alors qu'il ne lâchait pas sa main, et qu'ils traversèrent deux rues de la sorte, s'arrêtant une fois qu'ils eurent atteint les Docks, en bord de la Tamise. Ils reprirent leur souffle, Sirius tapant dans le dos de Remus comme l'aurait fait d'un camarade de jeu il le repoussa sèchement.
« Mais t'es complètement con ma parole ! T'es un gamin des rues ou quoi ? Personne ne t'a appris à vivre en société ?
- Oh Remus ne soit pas si rabat-joie ! »
Sirius Black était fou – la conclusion était soudainement évidente. Il n'avait aucune notion de Bien ou de Mal, de considération, de compassion, ou même de vie en communauté. Et – putain – Remus ne s'était jamais senti aussi vivant que lorsqu'il courait dans les rues de Londres avec la main de Sirius dans la sienne. Et c'est sans doute parce qu'il s'en rendait compte et qu'il était en colère.
« Sirius, écoute moi bien : voler c'est un crime. Des gens sont arrêtés par les flics pour ça. »
Mais le Black n'en avait rien à foutre, se contentant de hausser les épaules.
« Et puis quoi ? Mon âme sera damnée ?
- Tu as jamais entendu parler du Karma ? On peut pas simplement faire le mal et ne jamais en être puni.
- Tu considère que la vie me fera payer mon crime ? Fort bien. »
Il sembla réfléchir quelques instants, avant de faire signe à Remus de le suivre jusqu'à atteindre l'arrière d'un restaurant où on trouvait des grosses poubelles. Et un homme, sans doute un sans abris au vue de ses vêtements en lambeaux, qui y cherchait de quoi manger.
« Tiens donc, mon ami. Un repas chaud. » Déclara Sirius en lui tendant le sac contenant son repas volé. Le regard du sans-abri se fit brillant, et il les regarda partir avec toute la reconnaissance dont il semblait être paré.
« Voler aux riches pour donner aux pauvres ?
- Et pourquoi pas ?
- Et que fais-tu de mon karma, Sirius ? Après tout, tu m'as rendu aussi coupable que toi. »
Il lui semblait que l'atmosphère s'était allégée entre eux, sans qu'il puisse le contrôler. Il trouvait que le geste de Sirius prouvait d'une forme d'humanité quelque part peut être qu'il n'était pas qu'un foutu rebelle complètement abruti et inconscient. Peut être qu'il y avait quelque chose à sauver chez Sirius Black. Sauf qu'il enfonça sa main dans le paquet de Remus et lui prit une frite.
« Nourris-moi, après tout je n'ai plus rien à manger, et tu ferais preuve de générosité. Ça devrait te racheter non ? » Ainsi Sirius avait décidé de suivre sa propre logique, et ses propres règles. Sa justice personnelle n'avait pas beaucoup de sens, mais Remus le laissa faire. Pourquoi ? La raison lui échappait.
Peut-être que Sirius le fascinait au point qu'il veuille voir jusqu'où il pouvait aller pour vivre selon ses désirs.
Peut-être que les méandres de l'esprit perturbé de Sirius lui semblaient totalement hermétiques et que cela excitait sa curiosité.
Peut-être que finalement tout cela l'amusait, lui faisait ressentir des choses totalement nouvelles, et qu'il ne voulait pas que ça s'arrête. Jamais.
Alors il laissa Sirius manger la moitié de son plat, lui offrir une autre cigarette, et ils marchèrent sur les Docks en discutant tranquillement. Après être passés sur le sujet de la saveur évidente du Fish & Chips, ils en vinrent à parler de Lily, de James, et des Marauders.
« James et moi c'était comme une foutue évidence. J'sais pas l'expliquer, mais j'arrive pas à imaginer ma vie sans qu'il n'en fasse parti. Pas qu'on est besoin de se voir tout le temps, tu sais. Genre, je sais qu'il a sa vie avec Lily, et pour ma part ça me ferait chier de l'avoir toujours avec moi à me dire ce que je devrais faire ou pas pour être heureux – il était pas aussi casse couille avant de sortir avec Evans mais je serai toujours là pour lui. Il le sera toujours pour moi. »
Ils étaient assis sur le bord de la Tamise.
« Vous êtes meilleurs amis. »
Sirius secoua la tête, doucement, expirant la fumée de sa cigarette.
« Non c'est plus que cela. On est comme des frères. C'est un peu ça. Il cherche pas à changer fondamentalement ce que je suis, il accepte toutes mes lubies, et je ferai tout pour lui sans qu'il ait besoin de supplier. Les Marauders c'était son idée. L'université de Londres c'était la mienne. Lily c'était son désir. »
Il avait un sourire attendri sur les lèvres, comme si parler de tout cela faisait ressortir des souvenirs agréables.
« Et tu l'as aidé ? Pour Lily je veux dire ? »
Leurs regards se croisèrent et aucun d'eux ne fit rien pour se détourner.
« J'pouvais pas la supporter, je t'avoue. Elle était si … comme il faut, et moralisatrice, et toujours sur notre dos. C'était horripilant. Mais James était fou d'elle, et elle le voyait comme un parfait crétin. Alors ouais, j'ai essayé de m'approcher d'Evans et de lui faire voir James comme je le voyais. Un type bien. Vraiment. »
Remus opina, avant de se mettre à regard le London Bridge qui se trouvait à l'horizon.
« Tu disais que James ne veut pas te changer mais qu'il te dit ce que tu devrais faire pour être heureux – c'est pas un peu paradoxal. »
Il entendit un soupir s'échapper des lèvres de Sirius.
« Il s'inquiète. Depuis qu'il est avec Lily il ne jure que par ça : l'amour. Et il espère juste pouvoir me voir… tomber amoureux ou une connerie du genre. C'est assez stupide.
- Pourquoi ?
- L'amour est une illusion. C'est totalement… abstrait. Le désir est tangible, on peut le contrôler, le ressentir, ou y céder. C'est simple. Mais l'amour… Bordel ce truc peut pousser un homme à faire les pires connerie, ou à changer du tout au tout, sans qu'il puisse expliquer clairement ce que c'est. »
Sans doute. Sirius donna sa cigarette à Remus qui s'en saisit pour la fumer tranquillement, réfléchissant à tout cela.
« Tu n'es pas amoureux alors.
- Qu'est-ce qui t'aurait fait croire ça ?
- Marlène.
- Je n'aime pas Marlène.
- Vous êtes proches.
- On baise parfois, quand elle est bourrée. Mais je ne pourrais pas aimer Marlène.
- Pourquoi pas ? »
Sirius haussa les épaules, incapable de trouver une réponse satisfaisante, ou incapable d'y poser les mots sur ce sentiment qui tenait de l'évidence pour lui. Marlène était une amie, une amie proche, une confidente, et une des rares filles qui pouvait se targuer d'avoir pu coucher plus d'une fois avec lui. Mais il ne pourrait pas la supporter aussi souvent que James supportait Lily.
En fait, il était bien trop habitué à n'aimer que lui, à ne supporter que sa seule présence pour souffrir de celle de quelqu'un d'autre.
« Tu vois, c'est ce que je disais. Quand il s'agit d'amour trouver les bons mots est bien trop difficile. »
Remus lâcha un ricanement avant de baisser le regard. Ouais – l'amour faisait faire les pires conneries, n'est-ce pas ? Sirius avait sans doute raison.
« Remus ? »
Il se redressa pour croiser le regard lumineux de Sirius. Le soleil tombait à l'horizon, baignant le visage du Black d'une lueur orange qui faisait briller sa peau et le rendait presque irréel. Son regard n'était plus vraiment gris, mais tournait vers le bordeaux, et il y avait des reflets argentés dans ses mèches sombres. Il était incroyablement beau – vraiment beau.
« Oui ?
- Qu'est-ce que tu désires maintenant ?
- Tu n'en a pas marre de poser cette foutue question ? »
Il grogna, parce qu'une fois encore il ne pouvait pas y répondre. Sans doute parce qu'il voulait profiter de cette chaleur apaisante quand il était auprès de Sirius. Qu'il voulait profiter de ce tiraillement dans sa poitrine lorsqu'ils étaient trop proches. Et qu'il voulait profiter de cette proximité qui devenait de plus en plus intime entre eux, sans aller trop vite. Il ne savait rien, même s'il comptait saisir l'opportunité de l'après, de cette promesse indicible qui s'était glissée entre eux. C'était aussi évident que l'amitié fraternelle entre James et Sirius. Quelque part, Remus était persuadé que ce genre de « choses » advenait rapidement, qu'il ne pouvait pas y avoir d'erreur. Lorsque l'on plaisait à quelqu'un c'était instinctif, les gestes et les paroles se teintaient de cette ferveur sans que l'on ne puisse rien y faire. Les concernés ne pouvaient pas en être étonnés, parce qu'ils l'avaient saisis rapidement.
Mais Remus ne pouvait pas se le permettre, tout comme il ne pouvait pas repousser durement Sirius. Parce qu'exister dans son regard, avoir cette place privilégiée à ces côtés c'était tout ce qui rendait Remus vivant en ce moment. Il avait remarqué que Sirius ne recherchait cette intimité qu'avec lui. Avec les autres il s'accommodait de l'ensemble du groupe sans être plus avec l'un que l'autre. Mais avec Remus il cherchait les lieux intimes et les conversations presque sérieuses. Et ils ne se connaissaient que depuis un mois. Enfin, ils apprenaient à se connaître plutôt – il y avait encore des blancs, des silences, des non-dits qui faisaient planer l'impression d'un mystère les entourait tous les deux. Remus ne voulait pas tant les violer et les découvrir que cela. Ce mystère seyait bien à Sirius.
« Tu as peur de tes désirs Lupin ? » Demanda-t-il finalement en faisant sortir Remus de ses pensés.
« Personne ne t'a jamais appris qu'à force de toujours succomber à ses désirs, on risquait de s'y brûler ? C'est pourtant le thème récurent de la majorité des romans qu'on étudie. »
Haussement d'épaule
« Et aucun de ces personnages ne serait célèbre s'ils avaient refusé d'y succomber. Tu es bien trop pessimiste Remus.
- Et toi bien trop inconscient.
- N'est-ce pas ce qui fait mon charme ?
- Si on veut. »
Il pouvait l'admettre, Sirius serait bien moins attirant s'il n'était pas parfaitement indocile. Ils se jugeaient du regard à présent. Instant de complicité qui s'étendait dans le silence apaisant qui les entourait. Ils restèrent là un moment jusqu'à ce que Remus soumette l'idée de rentrer. Sirius ne pu se contenter de simplement partir de son côté, pour rejoindre l'appartement qu'il partageait avec James à quelque pas de l'université. Il se mit à marcher près de Remus, de fait, pour le raccompagner.
« Tu ne parles pas beaucoup de toi, Remus. J'ai passé l'après midi à faire l'éloge de James et de notre amitié comme une putain de fille, et tu n'as pas dit un seul traître mot sur ta vie.
- Parce que ma vie n'a rien d'intéressant.
- Elle l'est pour moi. »
Remus arqua un sourcil en direction de son vis-à-vis, la lèvre tremblante du fou-rire qu'on contenait. Sirius s'en rendit compte parce qu'il se mit à rire fortement en premier.
« Ça fait tapette de dire ça non ? » Le terme lancé comme une insulte fit frémir Remus. Il blêmit, et espérait que la pénombre cacherait son trouble. Du reste, il n'eut pas le temps de réagir à cela qu'un bruit de foule l'arrêta.
Il était presque neuf heures, mais devant eux, sur une place, un attroupement de personnes habillés de noirs, et de blanc, tenant des pancartes que Remus n'arrivait pas à voir de loin. Sirius s'arrêta pour les fixer, les mains dans les poches et le regard fixe. Remus n'aurait su dire s'il était en colère, agacé ou simplement curieux.
« Qu'est-ce que c'est ? »
Le Londonien se tourna vers lui comme s'il se souvenait soudainement de sa présence et fit un bref mouvement d'épaules.
« Ça arrive depuis quelques temps. Je crois que ce sont des activistes un peu bornés, qui entendent contraindre les gens dans leurs choix.
- Ce qui signifie ? »
Sirius semblait hésiter, soupira lourdement, et fit signe à Remus de le suivre, contournant la foule du mieux qu'il pouvait.
« Je sais pas si tu as entendu parler de ce truc : le cancer gay ou le Sida. Ils en parlent aux infos depuis quelques temps. Apparemment ce serait … une maladie pandémique complètement incontrôlable et mortelle. »
Sirius parlait en fixant le vide devant lui, totalement perdu dans ses pensés, et ne remarquant pas que Remus s'était tendu à l'extrême.
« Ouais je — j'en ai entendu parlé oui. »
Sa voix était atone, et Remus faisait de son mieux pour reprendre contenance. Il commençait à comprendre ce que pouvait être ce genre de personne, et il regarda derrière eux.
« C'est aussi une maladie qui ne touche que les homosexuels. Ils sont…
- Pour qu'on les extermine, ou qu'on annihile cette dégénérescence mentale. Quelque chose dans ce goût-là ouais. » La voix de Sirius n'avait plus rien de chaude ou d'apaisante, elle était dure et froide, cachant bien mal ce qu'il pensait de ce genre d'individus. Remus se détourna à nouveau, et le reste du trajet se fit dans le calme.
« Tu ne m'as jamais dit pourquoi tu avais quitté Gloucester » lança soudainement Sirius alors qu'ils se trouvaient sur le palier de la chambre de son ami. Surpris Remus se tourna alors vers lui et le dévisagea comme s'il était devenu idiot.
« Si. J'ai été accepté à l'université de Londres, et je ne pouvais pas laisser passer —
- Une telle opportunité. Oui. Mais ça n'explique pas que tu ais soudainement prit la décision d'envoyer ta candidature. Tu aurais pu le faire en sortant du lycée non ? Alors pourquoi maintenant ? »
La question aurait été posée un jour ou l'autre, Remus le savait. Mais cette journée avait été riche en émotions et il se sentait bien trop fatigué pour replonger dans des pensées désagréables.
« Je… Je te l'ai dit, parfois à force de succomber à ses désirs, on finit par se brûler. Plus rien ne me retenait à Gloucester, il était temps que je parte. »
La réponse ne semblait pas satisfaire Sirius, piquant tout juste sa curiosité maladive, mais Remus ne lui laissa pas le temps de répliquer.
Se hissant vers lui, il passa ses bras autour de son cou, et y déposa un baiser humide comme Sirius l'avait fait quelques jours auparavant.
« Merci pour cette journée. »
Sirius lui rendit son étreinte, le gardant contre lui plus longtemps que Remus l'aurait autorisé avant de le libérer.
« Rem ? Tu comptes aller en cours demain ? » Demanda-t-il avec sa jovialité retrouvée. Et Remus se mit à rire, ne répondit pas à la question avant de disparaître dans son appartement.
Sirius resta devant la porte un moment, son sourire toujours sur les lèvres, et le regard fixé sur le montant en bois. Remus Lupin était la personne la plus étrange qu'il avait rencontrée, parce que contrairement à beaucoup il semblait être totalement incapable de vivre sa vie. Il était toujours à hésiter, et à intellectualiser chaque décision qu'il devait prendre. Il laissait d'abord les autres exister, se contentant de vivre à leurs côtés s'ils l'y autorisaient. Une manière d'agir qui rendait Sirius totalement fou – lui n'avait que faire de l'avis des autres, s'imposant dans l'existence pour y goûter jusqu'à l'ivresse. Si au début il avait pensé que Remus était simplement timide et effacé, il avait cependant compris qu'il n'en était rien. Il était brisé. Il avait cessé de vivre pour une raison qui échappait au Black, et qu'il entendait découvrir bien assez tôt. Parce qu'il y avait bien une chose pour laquelle il était prêt à se battre, c'était la vie. N'en avait-on pas qu'une seule ? Il fallait donc en jouir tant qu'ils le pouvaient. Et il espérait pouvoir insuffler de cette énergie vitale à Remus.
Quand il se laissait le droit de vivre Remus Lupin était l'homme le plus incroyable qu'il connaissait. Ses cheveux châtains devenaient dorés. Son visage s'illuminait d'un sourire radieux. Son rire chaleureux faisait frissonner chaque parcelle de son corps. Et son regard irradiait d'un feu incandescent. Remus Lupin était beau, la vie vibrant en lui pour en faire un être quasi-divin. Sirius l'avait perçu aujourd'hui. Et il entendait lui rendre ses ailes – quitte à s'approcher bien trop prêt du soleil et à abandonner les siennes.
