Disclaimer : Les personnages de Final Fantasy 7 appartiennent à leurs concepteurs, je ne fais que les emprunter le temps d'une fiction.
Avertissement : cette histoire m'a été inspirée par celle de Lunagarden intitulée « Passions interdites » et a été rédigée avec l'autorisation de l'auteur ayant écrit l'œuvre d'origine que je remercie pour sa gentillesse et sa compréhension.
Avertissement 2 : cette histoire contient des scènes de sexe entre hommes, donc si vous n'aimez pas passez votre chemin.
Petit mot : Un chapitre que je dédicace à Miss Homme Enceinte, suite à notre discussion après le chapitre 4. J'espère qu'il comblera ses attentes.
Bonne lecture à tous
Trois papillons autour d'une flamme
5) Renisus
Sephiroth rouvrit les yeux sur un décor familier, bien trop familier, il était de retour au néant, ou à ce qu'il qualifiait de néant. Ce n'était pas tout à fait vrai mais pour l'heure il se moquait de comment qualifier l'endroit où il venait de revenir à lui.
L'indignation balaya immédiatement la surprise qu'il avait ressenti de s'y retrouver.
Ce n'était pas juste ! La voix lui avait dit qu'il avait réussi l'épreuve, qu'il pouvait revivre ! Pourquoi lui faire miroiter une chance de trouver le bonheur et le renvoyer ensuite de la sorte ? C'était injuste et cruel...
- Et ce que vous nous avez fait, mère et toi, ce n'était ni injuste ni cruel ? Questionna une voix moqueuse dans son dos.
Sephiroth se retourna d'un bloc, furieux de s'être laissé surprendre et posa les yeux sur la souple silhouette du plus jeune des incarnés.
Comment s'appelait il déjà ? Séphiroth ne parvenait pas à s'en souvenir... bien qu'il ait utilisé son corps pour revenir à la vie quelques temps auparavant. Il ne se souvenait pas d'avantage du nom des deux autres soit dit en passant. Le trio n'avait été qu'un moyen de revivre, de parvenir à leurs fins, ou plus exactement de faire triompher la volonté de Jénova.
Un échec de plus...
- Kadaj ! Mon nom est Kadaj ! Et ils se nomment Loz et Yazoo ! Lança le jeune incarné en serrant les poings.
Il ne faisait aucun doute qu'à une autre époque Sphiroth aurait cruellement répondu que peu lui importait leurs noms, qu'ils n'avaient aucune importance, qu'ils n'étaient que des instruments, des outils sans importance, sitôt utilisés, et cassés, sitôt abandonnés, mais ce temps là était révolu.
Sephiroth regarda autour de lui, cherchant une trace des deux autres dont le plus jeune venait de faire mention, mais il n'en trouva aucune.
Kadaj laissa échapper un sanglot, ses poings se défirent de leur position crispée. Il semblait soudain très jeune et malheureux, comme un enfant perdu, loin de sa famille.
- Ils ne sont pas morts... murmura t'il d'un ton douloureux. Ils sont toujours sur Gaïa... mais ils ont été séparés... Yazoo erre dans les bas fonds et Loz...
Une larme roula sur sa joue. Ses frères lui manquaient tellement... surtout Loz qui avait veillé sur lui depuis sa naissance, il se sentait si seul, si perdu sans eux... il pouvait les entrevoir par moment, en se concentrant au maximum, mais il ne parvenait pas à entrer en contact mental avec eux comme il le faisait lorsqu'il était encore en vie. Le lien était coupé. C'était sans doute normal, puisqu'il était mort et eux non, mais cela ne rendait pas la chose moins douloureuse.
Sephiroth se rapprocha et Kadaj bondit en arrière, méfiant et tendu comme un jeune chat sauvage, crachant presque de rage et d'indignation.
- Ne me touche pas ! Je n'ai pas besoin de toi ! J'ai besoin d'eux !
Comme si ces mots avaient brisé un barrage en lui il se mit à pleurer, Sephiroth contemplait, impuissant et le cœur serré, le flot de larmes qui coulait sur les joues pâles de son jeune frère. Oui... son frère, c'était bien ce qu'était Kadaj, il le comprenait à présent. Un petit frère dont il ne savait rien et dont il ne s'était pas soucié jusqu'à cet instant. Jusqu'à ce qu'il soit trop tard ?
Un petit frère qui pleurait sur la séparation cruelle dont il était victime.
- Ils n'avaient que quinze, dix sept ans et dix neuf ans lorsque tu t'es servi d'eux. Affirma la voix qu'il avait déjà entendu plusieurs fois.
Il se raidit, indigné d'entendre ces mots qu'il percevait comme une forme de reproche.
Cette même voix qui lui avait honteusement menti. Pourquoi devrait il la croire à présent ? Pourquoi lui donnait elle des informations sur le trio, informations qui renforçaient sa honte et ses remords. Était-ce une manière de plus de le punir pour ses crimes ?
- Je ne t'ai jamais menti. Affirma doucement la voix. Tu n'es pas mort, ni revenu au néant comme tu l'imagines. Tu es simplement inconscient et nous avions besoin de te parler. Kadaj, tu avais un message à lui transmettre, ne laisse pas ta colère prendre le dessus sur ce que tu désires vraiment.
Kadaj prit une profonde inspiration et essuya les larmes qui roulaient sur ses joues, se maudissant d'être aussi faible, et de l'être en présence de Sephiroth.
Il ne le détestait pas, pas encore, mais il n'en était pas loin. Pour lui l'homme qui lui faisait face était la cause de tout, de leur combat perdu d'avance et de leur séparation.
Kadaj n'avait jamais eu que Loz et Yazoo sur qui compter dans sa vie et à cause de Sephiroth il les avait perdu, c'était quelque chose qu'il avait du mal à pardonner.
Plus encore que le fait d'être mort pour lui avoir servi de vaisseau.
Il était furieux de savoir que Sephiroth, qui avait commis tant de crimes, était autorisé à retourner sur Gaïa alors que lui, qui n'avait tué personne... enfin, pas à sa connaissance... il avait bien amoché quelques personnes au passage, mais ce n'était pas aussi grave que ce qu'avait fait Sephiroth après tout... on pouvait bien lui pardonner ça, non ? Enfin bref, il était coincé là et Sephiroth avait le droit de recommencer à vivre. Il y avait de quoi grincer des dents et Kadaj ne s'en était pas privé. Il avait d'ailleurs bien l'intention de recommencer une fois que son aîné serait reparti vivre sa vie.
Mais pour l'heure Kadaj ne pensait pas du tout à tout cela, enfin, pas trop, non, sa préoccupation majeure concernait ses frères.
Les visions qu'il avait eu d'eux le terrifiaient.
Loz était retombé entre les mains de scientifiques qui semblaient le torturer et Yazoo...
Kadaj sentit de nouvelles larmes lui monter aux yeux à la pensée de ce que faisait Yazoo. Même s'ils n'avaient jamais été très proches ils n'en étaient pas moins frères et il se faisait du soucis pour son aîné.
Alors, s'il devait supplier Sephiroth d'aider ses frères, il le ferait. Tout ce qui lui importait était que quelqu'un fasse quelque chose pour eux.
- Mes frères ont besoin d'aide. Dit il avec effort. Vous êtes le seul à pouvoir les secourir. Je crois que vous leur devez bien ça... Si vous ne voulez pas trop vous fatiguer pour eux, sauvez au moins Loz, il est détenu pas très loin du laboratoire où vous êtes, aidez le à fuir, il saura trouver Yazoo et fera ce qu'il faut. Vous n'aurez rien d'autre à faire.
Le silence retomba. Sephiroth fixait Kadaj, la gorge serrée. Comment son jeune frère le voyait il exactement pour lui parler comme il venait de le faire ? Comme un monstre qui n'avait aucune considération pour eux ? Pire peut être...
- Je te jure que j'aiderai tes... nos frères. Répondit il.
Il vit le regard vert de Kadaj s'écarquiller, son jeune frère le regardait à présent comme s'il n'arrivait pas à croire ce qu'il venait d'entendre.
- Vraiment ? Demanda finalement Kadaj.
Sephiroth hocha la tête.
Kadaj sembla hésiter puis se détendit légèrement. Il ne remercia pas, mais son regard se fit moins hostile. Sephiroth préféra s'en contenter.
Il était tout de même triste de songer qu'il allait retourner sur Gaïa alors que Kadaj, qui n'avait visiblement que 15 ans au moment de sa mort, n'aurait pas cette chance.
C'était vraiment injuste... 15 ans, c'était bien trop jeune pour mourir.
- Le moment approche. Affirma soudain Kadaj. Je compte sur vous... n'oubliez pas votre promesse en vous réveillant.
- Je n'oublierai pas. Assura Sephiroth juste avant qu'une sorte de vertige l'emporte dans un tourbillon infernal qui le laissa au bord de la nausée.
Lorsqu'il rouvrit les yeux, de retour dans son corps, il se découvrit dans le décor blanc, stérile et froid d'un laboratoire, vision des plus désagréables qui le poussa à réagir avec violence.
Ne faisant aucun cas de sa nudité et de la présence de personnes en blouses blanches autour de lui, il se leva, s'empara de la première chose qui pouvait servir d'arme, à savoir une seringue, et attrapa la personne la plus proche, un bras noué autour du cou de son otage, la seringue pointée vers sa carotide, il fixa les autres gens avec toute la froideur dont il était capable.
- Ouvrez moi cette porte et tant que vous y êtes, conduisez moi à l'endroit où vous détenez Loz.
Il vit les scientifiques, pour lui il ne faisait aucun doute qu'il était en face de gens appartenant à cette catégorie, hésiter et échanger des regards inquiets et surpris. Il entendit même l'un d'eux murmurer à l'oreille de son plus proche collègue.
- Comment a t'il pu savoir pour son semblable ? Il était inconscient à son arrivée...
La réponse de l'autre le fit sourire, même si son sourire était amer.
- Ils perçoivent peut être leurs présences respectives. Une sorte d'instinct animal je présume.
Un instinct animal ? Mais pour qui le prenaient ils au juste ? Pourquoi les gens comme eux ne voulaient ils voir en lui qu'un objet d'étude ? Un spécimen...
Il avait beau savoir qu'il avait plus que mérité d'être vu comme un monstre, les mots qu'il venait d'entendre lui faisaient mal.
Il aurait voulu pouvoir leur hurler qu'il n'était pas seulement le fruit d'une expérience génétique, qu'il avait eu des parents humains, même s'il n'avait jamais eu la chance de connaître celle qui l'avait porté en elle, sa mère biologique, Lucrecia, s'il en croyait Vincent.
Il aurait voulu le faire, mais il ne le ferait pas, eux ne comprendraient pas de toute manière, ce serait une perte de temps et puis... il n'était pas encore totalement convaincu lui même de ne pas être vraiment ce qu'ils voyaient en lui. Malgré tout le temps écoulé, il avait encore en mémoire les rapports qu'il avait eu sous les yeux, tous ces détails sur le projet dont il était issus...
Il se mit à trembler. Et s'ils avaient raison et que Vincent avait tort ?
Il fit un pas en arrière, entraînant avec lui celui qu'il tenait toujours en otage, la porte n'était plus qu'à quelques pas. Il pouvait encore réussir à quitter cette pièce, il pouvait encore réussir à sauver Vincent et Loz.
Loz... lequel des deux autres était-ce ? Il ne parvenait même pas à s'en souvenir... et il avait osé dire à Kadaj qu'il était leur frère ? Mais quel genre de frère était il ?
Il n'atteignit pas la porte, elle se rouvrit brusquement dans son dos, l'obligeant à faire volte face. Celui qu'il retenait trébucha et serait tombé s'il ne l'avait pas tenu si solidement. Sephiroth l'entendit s'étrangler sous sa poigne, déséquilibré il ne parvenait visiblement pas à se redresser sans aide. Il risquait d'étouffer si lui même ne faisait rien.
Il décida finalement de le laisser tomber à terre et joignit le geste à la pensée. Il ne garda que la seringue, dérisoire protection, mais c'était mieux que rien.
La route était barrée par un groupe de soldats qui braquaient tous leurs armes sur sa poitrine nue.
Ignorant le scientifique qui reprenait péniblement son souffle à ses pieds il étudia le visage des soldats face à lui. Il avait tout d'abord cru avoir à faire à ceux qui avaient attaqué le manoir, mais ceux là étaient des inconnus, leurs uniformes étaient également différents même s'ils étaient de la même couleur. Les nouveaux venus portaient des couvre-chef rouges, ce qui n'était pas le cas des assaillants du manoir.
Sephiroth ne s'autorisa pas à se détendre pour autant, inconnus ou pas, différents ou pas, ils n'en avaient pas moins des armes braquées sur lui et vu leurs expressions ils n'hésiteraient pas à s'en servir s'ils l'estimaient nécessaire. Il garda donc une parfaite immobilité, attendant de voir ce qui allait suivre. S'il avait encore une chance de s'échapper et de tenir sa promesse à Kadaj, de sauver Vincent également.
Il avait conscience que tout cela était très mal engagé et qu'il avait très peu de chances d'y parvenir.
C'était une constatation douloureuse, il avait espéré pouvoir se construire une nouvelle vie... il avait retrouvé Cloud et gagné un nouvel amant... Vincent était si plein de promesses, si désireux d'offrir et de recevoir... Sephiroth aurait voulu savoir jusqu'à où ils pouvaient aller tous les trois, aurait voulu voir ce qu'ils auraient pu construire.
Tout ce qu'il souhaitait n'était donc que chimères impossibles à réaliser ?
Soudain les soldats s'écartèrent pour laisser passer un homme portant un long manteau bleu qui laissa courir son regard sur les scientifiques. Son regard sombre était empli de contrariété.
- Je peux savoir ce qu'il se passe ici ? Questionna t'il d'une voix ferme.
- Monsieur... balbutia l'un des scientifiques. Nous nous apprêtions juste à étudier ce nouveau spécimen...
Il cessa net de parler en voyant le regard dur que posait l'homme sur lui.
- Je vous ai donné l'ordre d'étudier ce que les Tsviets avaient laissé derrière eux, pas de vous en prendre à n'importe qui n'importe comment, encore moins de vous faire votre petite armée privée dans mon dos. Ne cherchez pas à nier, un de vos hommes est venu me prévenir de vos agissements. Je sais tout ce qu'i savoir et à compter de cet instant vous êtes relevés de vos fonctions. Mes hommes ont neutralisé votre petite troupe et vont à présent vous conduire en détention. Vous serez jugés en bonne et due forme, vous avez ma parole.
Il fit un signe de la main et les hommes qui travaillaient pour lui entraînèrent les scientifiques malgré leurs protestations.
Celui que Sephiroth avait involontairement à moitié étranglé fut relevé et emmené lui aussi.
A la grande surprise de l'ancien première classe l'homme au manteau bleu, qui lui était vaguement familier, mais là encore il ne se souvenait pas de son nom, même s'il avait le sentiment que leurs routes s'étaient déjà croisées, ne demanda pas à ce que des soldats restent pour le protéger. Bien au contraire, il insista pour qu'ils se retirent tous.
Sephiroth restait sur ses gardes, cet homme ne semblait pas être une menace, mais il avait déjà vu des personnes qu'on aurait pu croire inoffensives devenir des combattants enragés et décimer des troupes en un rien de temps.
L'homme l'étudiait, les sourcils froncés. Il était clair que la présence de Sephiroth lui posait problème et qu'il ne savait pas comment le résoudre.
Finalement, contre toute attente il tendit la main à l'homme aux cheveux argentés.
- Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi, je suis Reeve Tuesti. Dit il d'un ton calme et assuré.
Ce nom disait effectivement quelque chose à Sephiroth, il le replaçait très bien dans le paysage.
Il ne comprenait pas pourquoi un homme qui s'occupait de construire des choses pour autant qu'il s'en souvienne, pouvait mener des soldats et faisait la loi face à des scientifiques, il y avait visiblement des choses dont Cloud avait omis de lui parler.
Ce n'était pas cependant ce qui le préoccupait le plus pour l'heure. Il avait mieux à faire que se poser des questions sur l'évolution de Reeve Tuesti. Il avait deux hommes à retrouver et à secourir.
Alors qu'il s'apprêtait à se mettre en route un soldat fit irruption dans la pièce, visiblement agité.
Reeve et Sephiroth se tournèrent vers lui, conscients tous deux qu'il était probablement porteur de mauvaises nouvelles.
- Un des individus détenus par les scientifiques s'est révolté sitôt délivré de sa cellule, il a pris la fuite, sa vitesse était incroyable, nous n'avons rien pu faire. Déclara le soldat.
Reeve soupira, il n'aimait pas trop l'idée qu'une des victimes des scientifiques en question ait réussi à prendre la fuite. cela signifiait probablement des problèmes à venir.
- A t'il fait des blessés ? Avons nous des pertes ? Questionna t'il.
Le soldat fit signe que non, au grand soulagement de Reeve. Il avait perdu bien assez d'hommes au cours de précédentes interventions.
- Dans ce cas, essayez de voir où il va, mais ne cherchez pas à le retenir, et je veux une description précise de cet individu. Dit il avec calme.
Le soldat désigna Sephiroth.
- Il lui ressemble, en plus jeune et avec des cheveux plus courts.
Sephiroth réalisa alors que le fugitif était probablement Loz et fut partagé entre soulagement de le savoir libre et assez en forme pour s'échapper seul, et la déception de n'avoir pas eu le temps de le voir.
Alors qu'il y pensait il ressentit brusquement un vertige le prendre et vacilla. Son instant de faiblesse échappa à Reeve et au soldat qui étaient tournés l'un vers l'autre, trop pris par leur conversation sur ce qu'il convenait de faire à propos du fugitif, ils ne le regardaient pas.
Il recula jusqu'à la table où il s'était éveillé et s'y appuya, espérant se reprendre avant qu'on ne se rende compte de sa faiblesse.
Il était encore appuyé à elle lorsqu'un second soldat fit son apparition et murmura quelques mots à l'oreille de Reeve.
Sephiroth manqua ce qu'il lui disait mais comprit que c'était une information qui troublait fortement Reeve, du moins s'il en jugeait par la brusque tension de ce dernier.
- Je vais voir ce qu'il en est, faites en sorte de trouver des habits pour celui qui est ici et protégez le jusqu'à mon retour. Dit il aux soldats.
Il quitta le laboratoire sans se retourner et sans regarder Sephiroth.
Il était de plus en plus troublé.
Lorsque, quelques heures plus tôt, on l'avait informé que quelqu'un demandait à le voir il était loin de se douter de ce que refuser de rencontrer une personne qu'il n'avait pas prévu de voir allait entraîner comme conséquences pour lui et ses hommes.
Loin de se décourager celui qui tenait tant à le voir était remonté sur la moto qu'il conduisait et il avait foncé tout droit sur le bâtiment, réussissant à passer le cordon de sécurité malgré les tirs qui l'atteignaient.
Il était arrivé jusqu'à lui et s'était effondré sur le sol, à l'agonie, le sang coulant à flot des nombreuses blessures que lui avaient causés les tirs reçus.
Le mourant, un jeune homme à la peau brune et aux yeux dorés avait utilisé ses dernières forces pour l'informer de ce qu'il se passait dans un des laboratoires qu'il pensait sous contrôle.
Reeve avait regretté de le voir si près de périr sous ses yeux pour avoir voulu le prévenir, mais il ne pouvait plus rien pour lui. Il avait donné l'ordre à ses hommes de prendre aussitôt la route du laboratoire et l'avait prise lui aussi dans son véhicule personnel.
Il avait laissé le mourant aux soins de Shalua, si quelqu'un pouvait sauver la vie du jeune homme c'était bien elle. Il n'avait cependant que peu d'espoir, survivre à autant de tirs tiendrait du miracle.
Il n'avait pas perdu de temps pour intervenir sur les lieux dont lui avait parlé le mystérieux jeune homme, qui lui semblait vaguement familier sans qu'il parvienne à se souvenir où il avait bien pu le voir.
La situation une fois sous contrôle, la milice que s'étaient confectionné les scientifiques mise hors d'état de nuire, il avait été informer ces derniers de leur arrestation.
Il l'avait fait avec beaucoup de satisfaction, il détestait par dessus tout qu'on se moque de lui.
Mais à présent, les mots que venait de lui glisser l'un de ses hommes à l'oreille le mettaient dans une rage froide qui le faisait presque trembler.
Il tenait à s'assurer de ses propres yeux qu'il n'y avait pas erreur sur la personne. Il ne tenait pas à se déchaîner contre des innocents, mais si l'information était exacte, alors les scientifiques et leur petite armée privée auraient du soucis à se faire.
Il marqua une courte pause avant de passer la porte de la cellule dont on venait de lui parler. Ses hommes n'avaient pas osé déplacer le prisonnier qui s'y trouvait détenu avant qu'il ne puisse le voir, qu'il ait pu constater de visu ce qui lui avait été infligé.
Reeve savait que cela était quelque peu cruel vis à vis de celui qui était prisonnier dans cet endroit, mais il avait besoin de vérifier ce qu'il en était. C'était son rôle de voir en personne les preuves des agissements dont s'étaient rendus coupables ceux qu'il venait de faire arrêter, et ce bien qu'il n'en soit ni fier, ni heureux.
Il n'avait vraiment pas envie de voir ce qu'il s'apprêtait à constater, surtout si cela correspondait à ce qu'on lui avait affirmé, qu'il n'y avait pas d'erreur sur la personne.
Il en était presque à prier pour que ses hommes se soient trompés, pour que, une fois la porte passée, il se retrouve face à un total inconnu. Une victime certes, mais pas quelqu'un qu'il connaissait et appréciait.
Il entra enfin et embrassa d'un seul regard le contenu de la cellule. L'homme effondré sur le sol, presque inconscient, les chaînes et les fers qui enserraient les poignets du prisonnier, la nudité de ce dernier.
Reeve entra et fut tenté de repousser la porte avec violence, pour passer ses nerfs et faire en sorte que personne d'autre ne puisse assister à un spectacle aussi navrant.
Il était choqué et meurtri de constater qu'il n'y avait aucune erreur, c'était bien celui qu'on lui avait dit qui se trouvait détenu là.
Il s'avança et s'agenouilla auprès de l'homme.
Sortant des outils de sa poche, il n'allait nulle part sans emporter quelques affaires utiles, il entreprit de délivrer l'homme silencieux de ses chaînes.
Il s'efforçait de ne regarder que les poignets meurtris, de ne pas poser les yeux sur le corps dénudé. Il avait honte de penser qu'il avait payé les hommes qui avaient osé faire cela.
Vincent évitait lui aussi de le fixer, il était humilié que Reeve soit témoin de son état lamentable et de sa faiblesse.
Il avait bien tenté de se délivrer par lui même mais le froid qui régnait dans la pièce l'avait engourdi avant même que son corps ne réussisse à surmonter l'effet des drogues. Cela ajouté à la faiblesse qu'il devait à la perte de sang l'avait plongé dans un état proche de l'hébétude. Réfléchir était difficile et bouger plus encore.
La main de Reeve glissa soudain et ses doigts se posèrent brièvement sur la peau nue de Vincent, il ne put réprimer un frisson, la peau qu'il venait de toucher était glacée.
- Amenez des couvertures au plus vite ! Cria t'il en tournant la tête vers la porte. Faites aussi en sorte qu'un bain chaud soit préparé, il a besoin d'être réchauffé !
Lorsque la porte se rouvrit Reeve ne prit pas la peine de tourner la tête, persuadé qu'il s'agissait d'un de ses hommes apportant ce qu'il avait demandé, mais lorsque l'arrivant s'agenouilla à ses côtés, il réalisa que bien que l'arrivant soit vêtu comme ses hommes il n'en était pas.
Une longue chevelure argentée croulait sur les épaules et le dos du nouveau venu et un regard vert aux pupilles de chat fixait le gisant.
Reeve fut à deux doigts de protester que Sephiroth n'avait rien à faire dans la cellule mais ce que faisait l'homme aux cheveux argentés le poussa à se taire au final.
Loin de se montrer insultant ou ironique l'ancien première classe drapa avec précaution une épaisse couverture autour du corps glacé de Vincent et l'attira contre lui avec douceur.
Reeve les considéra en masquant soigneusement sa surprise. Il ne savait trop que penser de ce qu'il avait sous les yeux, mais pour l'heure il n'avait pas le temps de s'en soucier. Il avait un immortel mal en point à délivrer.
Il se remit à l'ouvrage en faisant de son mieux pour faire abstraction de la façon dont le redoutable Vincent Valentine se blottissait entre les bras d'un homme qui était encore son ennemi dans un passé pas si lointain.
Finalement les fers cédèrent enfin et Sephiroth se releva souplement, soulevant sans peine le corps du brun.
Reeve se redressa, il sortit et interrogea ses hommes du regard.
- Tout est prêt monsieur. Affirma l'un d'eux.
Ils étaient visiblement aussi troublés que lui par ce qu'ils voyaient, mais ils ne poseraient pas plus de question.
- Il a besoin de soins. Affirma la voix de Sephiroth.
Une pointe d'inquiétude était audible dans le ton qu'il venait d'employer. Il avait à peine commencé à se redresser qu'il avait vu Vincent pâlir et perdre connaissance. Ce n'était pas bon signe et il le savait.
Reeve se tourna vers eux et fit la même constatation alarmante.
- Allez chercher un médecin en qui on puisse avoir confiance ! Ordonna t'il.
Un de ses hommes partit en courant et revint avec un homme en blouse blanche qui s'empressa auprès de Vincent sous le regard méfiant de Sephiroth qui gardait l'immortel inconscient entre ses bras.
Le médecin ne prêta pas attention au regard vert empli de défiance qui surveillait le moindre de ses gestes, il examina attentivement celui qu'on lui donnait pour patient, sans sembler le moins du monde troublé par le fait que ce dernier se trouve entre les bras d'un autre.
Depuis qu'il travaillait pour la WRO il avait vu défiler pas mal de patients et avait été confronté à de nombreuses situations toutes plus curieuses les unes que les autres.
- Il a perdu beaucoup de sang. Soupira t'il. Je vais préparer de quoi remédier à cela. Mais le plus urgent est de le réchauffer au plus vite.
- Conduisez les à la salle de bains. Dit Reeve à celui qui avait fait préparer le bain.
Sephiroth et le médecin suivirent le soldat de WRO en direction de la pièce en question.
Sephiroth faisait de son mieux pour ne pas défaillir lui aussi, il ne se sentait pas au mieux de sa forme et redoutait de laisser tomber celui qu'il portait.
Il fut soulagé d'atteindre enfin la salle de bains et se courba pour déposer son fardeau dans l'eau délicieusement chaude.
Il s'installa ensuite à terre près de la baignoire, en faisant en sorte de pouvoir intervenir en cas de besoin mais de ne pas gêner le médecin qui surveillait toujours l'état de Vincent, guettant visiblement le moindre signe de réveil.
Sephiroth posa sa joue sur le rebord. Il était trop fatigué et inquiet pour son amant pour se soucier de montrer une image froide et policée aux personnes présentes.
Il n'avait de toute façon plus aucune réputation à défendre, il avait déjà tout fait pour la mettre à mal, qu'on le juge faible n'avait plus aucune importance pour lui. Il se ferait un plaisir de prouver à quiconque aurait l'idiotie de vouloir s'en prendre à lui ou à Vincent qu'il n'avait rien perdu de son esprit combatif et qu'il était toujours à même de se défendre et de défendre celui dont il s'était épris voilà peu de temps.
Vincent revint à lui quelques minutes plus tard et rouvrit les yeux. L'eau chaude lui faisait du bien, mais il se sentait toujours aussi faible et il savait qu'il ne resterait sans doute pas conscient très longtemps, la chaleur qui l'envahissait avait tendance à l'endormir.
Il regarda autour de lui afin de s'assurer qu'il était en sécurité et que Sephiroth l'était aussi.
Découvrir Sephiroth tout proche de lui, la joue posée sur le rebord de la baignoire et le regard tourné vers lui, lui fit battre le cœur un peu plus vite.
Pour la première fois depuis longtemps il se trouvait en présence d'une personne qui semblait vraiment se soucier de lui et cela le troublait fortement, l'emplissait d'une étrange émotion.
Sephiroth lui adressa un sourire qui manquait d'assurance, très loin de ceux qu'il lui avait offert au cours de leur défi. Vincent l'interrogea du regard, se demandant pourquoi l'homme aux cheveux d'argent semblait soudain avoir perdu de sa superbe.
Un peu d'inquiétude lui vint.
Sephiroth regrettait il ?
Il sentit son cœur se mettre à battre douloureusement dans sa poitrine.
- Je suis désolé Vincent... murmura Sephiroth.
Il s'interrompit en voyant le regard carmin s'écarquiller puis disparaître sous les paupières brusquement baissées.
Vincent se laissa glisser au fond de la baignoire, bouleversé.
Ça recommençait... une fois de plus il était rejeté... ou alors il ne tarderait pas à l'être.
Sephiroth avait eu le temps de réfléchir et il regrettait d'avoir pris une décision trop hâtive.
Le médecin laissa échapper une exclamation inquiète et plongea vivement les bras dans l'eau pour remonter son patient à la surface, craignant qu'il n'ait glissé et ne soit trop faible pour remonter.
Il n'avait pas entendu le murmure de Sephiroth, étant plongé dans la préparation de la perfusion que lui avait apporté un des soldats qui lui servait d'infirmier.
Vincent fut tenté de résister et tout faire pour rester au fond de l'eau jusqu'à ce que l'inconscience le prenne à nouveau, puis il se fit le reproche d'étaler sa faiblesse et laissa le médecin le remonter et l'appuyer à nouveau sur le rebord.
- Monsieur Valentine, vous m'entendez ? Questionna le médecin d'un ton pressant. Si vous m'entendez rouvrez les yeux ou faites un mouvement.
Vincent soupira et entrouvrit les yeux quelques secondes avant de les refermer.
- Pourriez vous nous laisser un instant ? Demanda Sephiroth qui avait très vite compris ce qu'il se passait et ne voulait pas laisser Vincent se perdre dans de fausses conclusions, mais pas plus lui parler devant témoins.
Le médecin jeta un bref regard à son visage décidé et hocha la tête.
- Laissez moi juste le temps de poser la perfusion...
- Pas de perfusion. Dit Vincent d'un ton sans appel.
Le médecin soupira, c'était ce qu'il redoutait d'entendre.
- Vous pourrez la poser après. Affirma Sephiroth. Nous n'en avons pas pour longtemps.
Le médecin hocha la tête puis sortit en compagnie du soldat. Ils refermèrent la porte derrière eux.
Sephiroth se défit en un tour de main de la tenue qu'on lui avait donné et se glissa dans la baignoire, plaçant ses jambes de part et d'autre de celles de Vincent il attendit que les yeux de ce dernier se rouvrent puis il riva son regard à celui de son amant. La baignoire était juste assez grande pour qu'ils puissent s'y trouver tous deux sans que Sephiroth pèse par trop sur le corps de Vincent. Ce qui n'était pas le cas pour l'heure, les mains de l'homme aux cheveux argentés s'agrippaient fermement sur les bords de la baignoire, le soutenant en une position certes instable, mais qui préservait Vincent.
L'immortel surpris par cette action se raidit et fixa les yeux verts qui ne lâchaient pas les siens.
Il ne comprenait plus, pourquoi Sephiroth agissait il de la sorte s'il voulait le quitter ? S'il avait réalisé qu'il faisait fausse route en croyant l'aimer ?
- Dis moi ce qu'il se passe Vincent. Demanda Sephiroth avec une douce fermeté.
Vincent cilla, il n'était certain de rien, que pouvait il répondre ? S'il se trompait il risquait de peiner Sephiroth, mais s'il avait raison, que lui répondrait l'ancien première classe ? Se montrerait il franc ou chercherait il à lui mentir ?
- Je veux savoir si tu vas me rejeter. Dit finalement Vincent.
Quitte à tout perdre, il préférait opter pour la franchise, il devait au moins cela à celui qui lui avait donné tant de joie et de plaisir.
La réponse fut comme un coup de poignard pour Sephiroth, il en ressentit une vive douleur, qu'il surmonta cependant très vite.
Vincent avait de bonnes raisons de douter, il avait visiblement été cruellement déçu par le passé, ce qu'il avait enduré aurait fait douter n'importe qui.
Sephiroth ne se sentait pas le droit de lui en vouloir, il comprenait les craintes de l'immortel. Cloud avait aussi une part de responsabilité dans l'affaire, la façon dont il s'était comporté vis à vis de Vincent n'avait pas été des plus correctes.
Non... en vérité, ils avaient tous les deux une part de responsabilité. Lui même n'avait pas eu le comportement le plus honorable qui soit.
Il était arrivé avec l'idée de reprendre Cloud et d'humilier Vincent, l'immortel avait pardonné mais il en était resté marqué.
Sephiroth avait conscience qu'il faudrait un certain temps et des efforts, autant de sa part que de celle de Cloud, pour gagner la confiance de Vincent.
Bien sur, l'immortel ne leur en ferait pas part en permanence, mais il garderait sans doute longtemps la crainte d'être rejeté.
- Vincent, ce que je regrette c'est de ne pas avoir été assez fort pour te protéger face aux soldats. Je voulais te demander pardon. Je ne savais pas comment te le dire en leur présence.
Un long frisson agita le corps de Vincent lorsqu'il réalisa qu'il s'était mépris sur le sens des mots prononcés par Sephiroth.
Sephiroth s'appuya un peu sur les jambes de Vincent et lâcha les bords de la baignoire pour avoir les mains libres, il les posa avec douceur sur les joues de l'immortel et l'embrassa avec tendresse.
Il se redressa ensuite dans l'intention de quitter la baignoire, de se sécher rapidement et de se rhabiller avant de faire rentrer le médecin et son assistant.
- J'aimerai beaucoup poursuivre, mais tu n'es pas en état et nous n'aurons de toute manière pas le temps d'aller plus loin. Ce n'est ni le lieu ni le moment. Dit il en saisissant une serviette et en commençant à essuyer l'eau sur son corps.
- C'est moi qui te dois des excuses. Soupira Vincent. Je n'avais pas le droit de douter...
Sephiroth lui fit face aussitôt.
- Je crois que tu avais parfaitement le droit au contraire. Cloud et moi t'avons donné assez de raisons de douter.
Vincent le regarda avec surprise, il ne s'attendait pas du tout à une réponse de ce genre.
- Comment cela ?
Sephiroth reposa la serviette et entreprit de repasser les habits.
- Nous n'avons pas été très délicats, ni corrects, envers toi. Nous en reparlerons, mais je veux que tu garde en mémoire que je suis sincère et que je ne te laisserai pas si vite et facilement que tu le crois.
Une fois rhabillé il plongea une nouvelle fois son regard dans celui de Vincent.
- Vas tu accepter la perfusion Vincent ? Je me doute que tu n'en as pas vraiment besoin, mais elle t'aidera à guérir plus vite.
- Je l'accepterai. Répondit Vincent. J'ai hâte de partir d'ici.
- Moi aussi. Soupira Sephiroth.
La chaleur qui régnait dans la salle de bains, son bref passage dans la baignoire remplie d'eau bien chaude, tout cela lui faisait un peu tourner la tête.
Il ouvrit la porte et prit comme une gifle le courant d'air froid qui en profita pour s'engouffrer dans la salle de bains.
Le médecin et le soldat infirmier entrèrent juste à temps pour l'empêcher de s'effondrer au sol.
Vincent s'efforça de se redresser en réalisant ce qu'il se passait.
- Sephiroth !
- Ce n'est rien, juste un vertige... le rassura Sephiroth.
Le médecin l'examina rapidement, préférant ne pas prendre de risque et nota très vite que la tension de l'homme aux cheveux d'argent était basse.
- Vous êtes fatigué. Nous allons vous conduire dans une chambre. Dit il fermement.
- Non. Je ne quitte pas Vincent. Répliqua Sephiroth.
- Ne vous agitez pas inutilement l'esprit, il n'est pas question de vous séparer. Je pense que monsieur Valentine est assez réchauffé à présent, nous allons vous installer tous les deux dans la même chambre. Il y a bien assez de lits dans cet endroit pour que nous puissions en trouver deux qui soient proches l'un de l'autre. Affirma le médecin sans s'offusquer du ton un peu sec.
Sur sa demande d'autres soldats vinrent aider Vincent à quitter la baignoire et une fois l'immortel séché et habillé d'une tenue similaire à celle remise à Sephiroth. Ils conduisirent les deux hommes dans une chambre toute proche.
Sephiroth s'installa sur un des deux lits qui s'y trouvaient et regarda l'autre où des soldats couchaient Vincent.
Le médecin posa la perfusion puis la chambre se vida rapidement de ses occupants, laissant les deux hommes alités enfin seuls et en paix.
Vincent poussa un soupir de soulagement et regarda la perfusion avec une certaine envie de l'ôter.
- Ne le fais pas. Lui dit Sephiroth qui avait bien compris à quel point il s'était forcé à ne pas réagir lorsque le médecin l'avait mise en place.
Vincent soupira à nouveau et tourna son regard carmin dans la direction de l'autre lit.
- Tu devrais te reposer.
- Nous le devons tous les deux. Sourit Sephiroth.
Vincent ne pouvait pas nier, c'était la stricte vérité. Il observa l'ancien première classe sans oser avouer ce qu'il désirait vraiment.
Il avait terriblement envie de sentir à nouveau le corps de l'autre contre le sien.
Ce n'était en rien un désir charnel, seulement le besoin d'avoir une présence rassurante à ses côtés, de pouvoir poser la main sur une peau tiède et lisse, de sentir un souffle sur la sienne et d'entendre battre le cœur de Sephiroth non loin de son oreille.
Sephiroth qui ressentait le même désir se leva avec lenteur pour ne pas risquer de faire un malaise qui pourrait le plonger dans l'inconscience et affolerait Vincent.
- Puis-je ? Questionna t'il en approchant du lit où reposait son amant.
Vincent le fixa, son regard carmin luisant d'une émotion qu'il ne cherchait pas à masquer cette fois. Il appréciait que Sephiroth ait compris ce qu'il désirait et accepte d'y répondre sans rien dire.
Il inclina la tête en silence, ne voulant pas troubler cet instant par des mots. Il se tourna ensuite pour se mettre sur le côté afin de laisser plus de place à son amant.
Sephiroth se glissa dans le lit, tout juste assez large pour les accueillir tous les deux et noua ses bras autour du ventre de Vincent.
Il déposa un léger baiser sur un bout de peau accessible à ses lèvres puis s'installa au mieux et ferma les yeux.
Vincent en fit autant, il sentait le souffle régulier de Sephiroth sur sa nuque, les mains fortes posées sur son ventre, les bras qui entouraient solidement son corps, sans pour autant l'enserrer de façon étouffante, tout cela lui apportait un étrange mais fort agréable sentiment de confort.
Il se sentait en sécurité, protégé, mais pas comme quelqu'un de faible sur qui il faut veiller. Non, la façon dont le tenait Sephiroth ne lui donnait pas l'impression d'être défaillant mais aimé.
Aimé... c'était si agréable... être aimé enfin, avoir quelqu'un à ses côtés que son caractère et ses particularités ne faisaient pas fuir. Quelqu'un qui ne lui reprochait pas ses moments de faiblesse, qui savait le comprendre et l'accepter tel qu'il était.
Il posa avec précaution ses mains sur les mains de Sephiroth et sentit les lèvres de ce dernier effleurer à nouveau sa peau en un baiser plein de douceur.
- Dors Vincent. Murmura Sephiroth d'une voix assourdie par le sommeil qui commençait à l'emporter.
Vincent sourit et laissa son corps se détendre enfin, sans pour autant cesser de réfléchir à leur situation, à ce qu'ils étaient... ou n'étaient pas.
Quelque part, ils étaient plus semblables qu'il ne l'aurait cru, tous les deux. Ils affichaient tous deux des airs de solidité et de dureté, ils semblaient lointains, comme inaccessibles... parce que la vie et les hommes ne leur avait pas laissé le choix d'être autrement. Mais à l'intérieur ils étaient très différents de l'image qu'ils montraient au monde. Ils étaient capables d'aimer, ils étaient capables de tendresse et de générosité.
Lorsque Reeve entra à pas de loup dans la chambre quelques minutes plus tard, afin de s'assurer que tout allait bien, les deux hommes dormaient à poings fermés.
Reeve fut surpris de trouver l'un des deux lits vides et de voir que Sephiroth et Vincent dormaient étroitement enlacés sur l'autre.
Il ne s'était pas du tout attendu à découvrir pareille vision.
Il resta un moment à les regarder dormir, considérant avec intérêt la façon dont leurs mains se touchaient, dont les bras de Sephiroth se refermaient sur le torse de Vincent. Il nota leurs expressions apaisées.
C'était là des indices qui en disaient long sur la relation existant entre les deux hommes et Reeve se retira finalement aussi silencieusement qu'il était entré.
Il était désormais fixé sur un point capital et si cela le troublait, il n'en était pas le moins choqué ou réprobateur.
Il était même plus tôt heureux de constater que Vincent avait enfin trouvé quelqu'un qui sache lui apporter un peu de paix et de protection. Quelqu'un qui ait réussi à mettre un terme à la solitude de l'ancien turk.
Reeve n'aimait pas trop se mêler des affaires des autres, pas quand il pouvait faire autrement, mais depuis que Vincent lui avait apporté une aide des plus efficaces, et avait sauvé Gaïa de la destruction en utilisant les pouvoirs de Chaos pour stopper Oméga, il se sentait redevable envers l'immortel et était désireux de lui venir en aide à son tour.
Il était clair que c'était l'occasion rêvée.
Certes, ce n'était pas seulement Vincent qu'il allait devoir aider sur ce coup là, il allait devoir également soutenir Sephiroth, ce qui n'était pas la chose la plus évidente, ni la plus agréable pour lui, mais il était prêt à tenter le coup.
La présence de l'ancien cauchemar n'était pas pour le tranquilliser, pas après les dégâts que ce dernier avait causé par le passé, mais... au vu du comportement qui avait été le sien depuis qu'ils avaient été mis en présence, Reeve était disposé à lui accorder le bénéfice du doute.
Ce n'était pas un conquérant dépourvu de pitié ou quelqu'un d'à moitié fou que Reeve avait eu en face de lui, mais une personne qui se souciait visiblement du sort de Vincent et savait comment rassurer ce dernier, ce qui faisait une sacré différence.
Bien sur, cela n'effaçait pas les crimes commis par l'homme aux cheveux argentés, mais après tout, c'était du passé, et Gaïa avait survécu à pire qu'un incendie et quelques morts. Les membres du DeepGround avaient tué bien plus de monde que l'ancien première classe. Oméga aurait tué tout le monde et détruit la planète, alors les crimes de Sephiroth semblaient presque dérisoires en comparaison.
Reeve se sentait d'humeur à se faire l'avocat du diable, enfin, d'essayer dans la mesure du possible, tant que cela ne le mettrait pas dans les ennuis jusqu'au cou... encore que le simple fait d'essayer risquait justement de le mettre dans les ennuis jusqu'au cou.
Il se mordilla la lèvre supérieure, pesant le pour et le contre.
On avait besoin de lui pour gérer la WRO, mais il était bien placé pour savoir que malgré ses capacités on pouvait très bien décider de le virer et de le remplacer s'il devenait gênant... aider Vincent valait il le coup de prendre le risque de perdre son poste ? Un poste qu'il aimait et dont il était assez fier à vrai dire.
Il y avait de quoi hésiter, sauf si l'on se mettait à penser à ce que Vincent avait fait face à la menace de DeepGround, ce que cela lui avait coûté.
L'immortel avait bel et bien failli y rester, on lui avait arraché la matéria qui lui permettait de garder le contrôle et on lui avait mis sous les yeux les preuves des trahisons dont il avait été victime des années plus tôt, autant de choses qu'il aurait sans doute préféré ne jamais voir se produire. Pourtant il ne s'en était jamais plaint. Il avait bien disparu un certain temps, mais il avait fini par accepter de revenir et de reprendre sa place à leurs côtés.
Cela avait convaincu Reeve de sa valeur, dont il était conscient bien avant ces événements à vrai dire. Alors, si Vincent avait décidé de s'attacher à Sephiroth, peu importait ses raisons et si cela dérangeait, Reeve était tout disposé à accepter la chose et à soutenir les deux hommes.
Pour reconstruire Gaïa les bonnes volontés étaient toujours les bienvenues, alors si Vincent et Sephiroth acceptaient de se joindre à cette cause, Reeve était tout à fait disposé à les accueillir au sein de la WRO.
Cela ne musellerait pas toutes les mauvaises langues, il n'était pas naïf, il savait fort bien qu'il y aurait toujours des détracteurs pour s'élever contre ce projet, mais cela redorerait un peu le blason terni de l'ancien première classe. Il donnerait au moins l'impression de vouloir réparer ses fautes, même si cela n'était qu'une illusion.
Reeve était très bien placé pour savoir qu'il valait parfois mieux un mensonge glorieux qu'une piètre vérité.
Mais pour l'heure ils en étaient encore très loin. Les principaux concernés ignoraient tout des plans qu'il avait en tête pour eux et il n'avait pas l'intention de leur en faire part tant qu'ils ne seraient pas complètement remis.
Malgré la tension des premiers instants, le sentiment proche de la panique qu'avait éveillé en lui le retour de celui qui avait été une des pires menaces pour Gaïa et ses habitants, Reeve se sentait curieusement exalté.
Il avait longtemps caressé l'idée de s'adjoindre légalement les services de Vincent Valentine, cet homme était presque une légende à ses yeux. Tellement de capacités, c'était du gâchis de le laisser se gaspiller à traîner on ne savait où la plupart du temps pour n'apparaître qu'en cas de besoin absolu.
Il avait essayé de faire miroiter des avantages, mais l'ancien turk avait refusé salaire, logement et nourriture fournis, comme si tout cela n'avait aucun intérêt pour lui.
Reeve en avait été dépité et surpris. De nombreuses personnes étaient prêtes à tout pour avoir ce genre de choses, mais pas Vincent visiblement.
Oh, il ne lui avait pas rit au nez, ce n'était pas son genre, il s'était contenté de dire non.
Simplement et définitivement, non.
Non... c'était un mot que Reeve n'avait pas entendu souvent, du moins pas dans la bouche d'une personne qu'il entendait recruter et même maintenant, bien après le jour du refus de Vincent, il ressentait encore la pointe d'amertume qui avait été sienne alors lorsqu'il y repensait.
Il n'allait donc pas laisser passer une occasion aussi magnifique de retenter de récupérer Vincent pour la WRO.
Il n'avait aucun remords à l'idée que ce qu'il avait en tête n'était pas loin d'être une forme de chantage, les deux hommes endormis à quelques mètres de lui avaient besoin de protection, enfin surtout Sephiroth, il était disposé à leur apporter son aide, tout le monde y trouverait son compte au final.
Il se laissa aller à sourire.
Ce n'était pas une si mauvaise journée finalement.
D'ici quelques jours, si tout se passait bien, il aurait deux nouvelles recrues pour son organisation. Des recrues prestigieuses, dangereuses certes, mais d'une valeur indéniable, qui seraient de véritables atouts.
Reeve s'éloigna de la chambre en sifflotant avec entrain.
Les grandes causes méritaient que l'on fasse des efforts et des sacrifices, que l'on consente à certaines choses que d'autres trouvaient déplaisantes. Il était de ceux qui n'hésitaient pas à faire ces efforts et ces sacrifices, il savait déjà que Vincent était de ceux là lui aussi.
Restait à découvrir si c'était également le cas de Sephiroth.
Reeve était plus qu'optimiste, le comportement de l'homme aux cheveux argentés avait été parlant, il tenait à Vincent et il était prêt à faire des efforts pour rester avec lui. Il marcherait probablement dans la combine.
Il n'aurait de toute façon pas vraiment d'autre choix. S'il refusait de travailler pour la WRO Reeve ne donnait pas cher de sa peau.
A suivre
