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Chapitre Trois – L'indispensable et inéluctable bataille
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Harry ouvrit les yeux, et un simple coup d'œil au plafond le fit soupirer. Il n'était pas un expert en plafonds, mais il connaissait celui-ci mieux que personne… Il se trouvait à l'infirmerie.
Quelle est l'imbécile qui m'a lancé cette cruche, ou peu importe quelle merde que ce fût ?
Harry se sourit à lui même. Il espérait que ce fût un sourire machiavélique, mais, sans un miroir à portée de main, il ne pouvait pas s'en assurer. Ca pouvait sembler légèrement dingue, selon les potions que Mrs. Pomfrey avait déjà versées dans sa gorge, mais il avait un plan. Et c'était un plan qui marcherait du tonner pour tout ceux impliqués, à condition qu'ils attrapent la personne qui venait de le blesser avant qu'elle ne le décime complètement.
Il gémit tragiquement et se redressa sur un coude, se frottant l'arrière de la tête. Comme il l'avait présagé, il avait une grosse bosse à l'endroit qui avait heurté le mur et son front était un point sensible là où l'objet l'avait frappé.
« Mr. Potter ! » Mrs Pomfrey était soudainement apparue à côté de lui. Elle se mordait nerveusement la lèvre et le regardait comme si elle présumait qu'il essayerait de jouer au Quidditch dès les prochaines secondes. « Recouchez-vous immédiatement ! »
Harry se contenta juste de gémir à nouveau, comme s'il souffrait beaucoup trop pour prêter attention à ses instructions, et jeta un coup d'œil rapide autour de lui. McGonagall et Slughorn se tenaient quelques lits plus loin et s'étaient retournés vers Harry comme s'ils avaient été subitement réveillés de leur intense conversation. Parfait.
« Mr. Potter, » dit McGonagall calmement, bien que son ton trahissait le soulagement. Elle marcha à grands pas vers lui. « Vous allez bien ? »
« Pas vraiment, » murmura Harry faiblement.
« Il a eu une commotion, qui est maintenant guérie, » l'interrompit Mrs. Pomfrey. « Mais j'aimerais encore le garder en observation pour la nuit. Les potions prendront plus de temps pour agir sur les blessures superficielles et le fait d'exercer une pression sur elles ne pourrait qu'exacerber la douleur. » Le premier point n'avait pas vraiment de sens, et Harry suspectait qu'elle ne faisait que chercher des excuses pour le garder sous protection plus longtemps.
Même elle ne leur faisait pas suffisamment confiance pour me garder à l'abri des autres étudiants qui me voulaient du mal, pensa Harry, regardant McGonagall et son air ahuri avec satisfaction. Ça doit faire mal.
« Mr. Potter, je suis vraiment désolée que vous ayez été blessé, » dit McGonagall de façon solennelle, comme si elle était en train de s'excuser envers un professeur ou du moins quelqu'un du même rang qu'elle. Elle ne l'avait définitivement pas traité de la même manière la veille, pensa Harry. Il ne savait pas ce qui avait causé ce soudain revirement de situation, mais il allait l'utiliser, parce que le serment, plus cet acte de violence contre lui, c'était déjà beaucoup trop. « Nous avons attrapé la personne qui vous a fait ça, et les Aurors sont déjà en train d'enquêter. »
« Vraiment ? » demanda Harry. « Ce fut rapide. Qui était-ce, et pourquoi avez-vous pris soin d'appeler les Aurors au lieu de simplement donner une sanction disciplinaire comme d'habitude ? »
McGonagall cligna des yeux comme si elle n'avait pas compris la raison de toutes ces questions, et finit par répondre : « Mr. Matthieson, le préfet qui s'en était pris à Mr Malfoy dans la Grande Salle, hier. Il semblerait qu'il n'ait pas apprécié de se faire humilier, et il vous a lancé une grande assiette en guise de vengeance. Les Aurors sont impliqués en raison de son âge. Mais ils ont découvert qu'il n'avait pas utilisé de magie noire, dont Mr. Matthieson restera à l'école, bien qu'il soit évidemment puni d'un moins de retenues. »
Mrs. Pomfrey gloussa et Harry secoua doucement la tête, ce qui eut pour conséquence de réveiller la douleur de sa bosse à l'arrière du crâne. Mais à cet instant Harry se fichait complètement de l'un comme de l'autre. « Et donc la punition que j'avais l'habitude de recevoir pour insolence envers Snape… il reçoit la même pour avoir essayé de me tuer. »
« Il n'a pas essayé de vous tuer, Mr. Potter ! » s'exclama McGonagall en se redressant. « Ne soyez pas ridicule ! C'était un acte stupide et puéril, mais il n'y a pas de raisons de penser qu'il ait agi par pure méchanceté. »
« Ah ouais ? » Harry se redressa pour s'asseoir et croisa les bras sur sa poitrine. Mrs. Pomfrey posa une main sur son épaule, mais lorsque Harry tourna la tête pour la regarder sa main s'envola rapidement comme s'il s'agissait d'un papillon qui venait de se brûler les ailes. Il faut que j'essaye de mémoriser cette configuration des yeux et des sourcils si je peux, se dit Harry à lui même, parce qu'apparemment cet air renfrogné marchait à merveille. « Sauf que s'il avait pu, il m'aurait probablement emmené plus loin et m'aurait causé encore plus de dégâts… Si bien que je n'aurais plus été là pour protéger les Slytherins. »
McGonagall poussa un soupir. « Je vous ai déjà dit, Mr. Potter, qu'aucun d'entre nous ne réalise encore l'étendu des persécutions infligées aux Slytherins. Mais quoi qu'il en soit, ils seront dorénavant sous protection. »
Harry éclata de rire brusquement. « Je suis sûr qu'ils seront vraiment soulagés d'entendre ça, surtout lorsque quelqu'un se révèle capable d'attaquer le Garçon qui a Survécu en plein milieu du petit déjeuner et réussit à s'en tirer comme ça. Je suis sûr qu'ils se fieront à chacune de vos promesses. »
McGonagall essaya d'échanger un coup d'œil avec Slughorn, comme si elle supposait qu'il détenait la réponse. Cependant, Slughorn ne répondit pas, et ne lui accorda pas un regard non plus. Au lieu de cela, il fixait Harry, dans un silence qui fit croire à Harry qu'il comprenait.
« Mr. Matthieson ne va pas réussir à s'en tirer comme ça, » dit McGonagall. « Je vous ai dit, il aura un mois de retenues et… »
« Mais ça ne sera pas suffisant avec lui ! » l'interrompit Harry. « Pas pour quelqu'un suffisamment stupide pour s'en prendre à moi dans un lieu public. Il fera quelque chose d'autre, et vous ne serez pas capable de le punir juste parce qu'il n'aura pas utiliser de magie noire, et puis il recommencera, encore et encore, parce que pour lui le plaisir de l'acte l'emporte sur la punition. Vous le traiterez comme un enfant et en même temps il sera en train de faire de Hogwarts un environnement hostile pour les autres enfants. » Harry était fier d'avoir retenu l'expression environnement hostile d'une des leçons qu'Hermione leur avait faites à propos du harcèlement.
Evidemment, à l'époque, Hermione les avait sermonnés lui et Ron pour s'en être pris à Malfoy. Harry essaya d'enterrer ce souvenir. Tout avait changé, et il en savait plus dorénavant. Broyer du noir sur ses erreurs du passé ne l'aiderait pas à protéger les Slytherins.
« Je ne vois pas ce que vous attendez de nous. » McGonagall se frotta le front, comme si c'était elle qui avait une cicatrice la connectant au défunt Voldemort. « Nous lui avons donné la plus grande punition possible. »
« Renvoyez-le, » dit Harry. « Snape avait l'habitude de nous dire que c'était la punition donnée pour toute attaque envers un autre étudiant. Hermione m'a dit que c'était dans l'Histoire de Hogwarts. Et il l'a déjà fait non pas une mais deux fois, et sans doute même plus, puisque personne n'a daigné remarquer que les Slytherins étaient en train d'en pâtir. »
« Cette punition n'a pas été appliquée depuis longtemps, » dit McGonagall. « Et si ça avait été le cas, vous auriez été renvoyé dans le passé, Mr. Potter. »
« Je sais, » dit Harry. « J'ai été une vraie petite merde la plupart de mon temps à Hogwarts. » L'expression de McGonagall se crispa lorsqu'elle entendit le gros mot, comme prête à s'exclamer « Langage ! », mais Harry s'empressa de continuer, ne lui laissant pas la chance de le sermonner. « Mais je n'ai jamais eu l'impression que vous toléreriez que des gens ne tourmentent ou tabassent les membres d'une autre maison non plus. Alors changez les choses, maintenant ! Renvoyez Matthieson. Dîtes que c'est parce qu'il m'a attaqué, et non pas parce qu'il a attaqué Malfoy. Il n'y a pas encore suffisamment de personnes se souciant des Slytherins pour l'instant. » Et je vais les faire changer d'avis, mais ça risque de prendre du temps… « Ca marcherait, et je pense que beaucoup de gens seront contents de le voir partir. »
McGonagall échangea cette fois un regard avec Mrs. Pomfrey. Elle semblait être à la recherche d'une preuve qu'Harry était trop épuisé ou souffrant pour oser faire une telle demande, mais Mrs. Pomfrey se pinça les lèvres et hocha légèrement de la tête pour signaler son approbation.
« Quel est le problème ? » demanda Harry en se redressant davantage, ignorant le fait que sa tête avait soudainement commencé à lui faire mal à nouveau, comme si quelqu'un venait de le gifler. « Pourquoi êtes-vous si réticente à le renvoyer ? Matthieson n'a rien de spécial, professeur. Si c'était Malfoy qui l'avait fait, je pense que vous l'auriez renvoyé immédiatement. Alors pourquoi hésitez-vous maintenant ? »
McGonagall poussa un soupir qui devait probablement venir du bout de ses orteils. « J'avais espéré que les choses reviendraient à la normale après la guerre, » murmura-t-elle. « J'avais espéré que les quelques attaques à l'encontre des Slytherins n'étaient que le résultat naturel de la colère et de la dépression et que ça se calmerait à mesure que les émotions des étudiants s'adouciraient. Je ne voulais pas perturber l'habituel cours des choses. »
« En essayant d'être juste, vous avez été injuste, » dit Harry. « Renvoyez-le. »
Il savait que personne d'autre n'aurait pu demander cela à McGonagall de la façon dont il le faisait. Mais il avait sauvé ce foutu monde l'année passée, et c'était elle qui avait commencé à le traiter comme s'il avait le droit de d'exiger des choses dès que besoin. Etre le Garçon qui a Survécu se devait d'être un minimum pratique pour une fois, au lieu de toujours n'être qu'un fardeau non désiré.
« Il a plutôt raison concernant l'application des règles de l'école, Madame la Directrice, » dit Slughorn d'une voix flatteuse. La punition n'est pas toujours la même, mais la Directrice a tous les droits d'expulser un élève, particulièrement s'il a commis une attaque publique telle que celle-ci. »
McGonagall avait au moins toujours été de celles à prendre de rapides décisions. Elle hocha de la tête. « Très bien, Mr. Matthieson sera renvoyé. »
« Merci, » dit Harry en s'allongeant et fermant les yeux. « Je me sens tout de suite plus en sécurité. » Et ça rendra les choses un petit peu plus faciles si les gens voient que s'en prendre à Malfoy peut leur risquer une exclusion.
« Vraiment. » Le ton de McGonagall était sec, ce n'était pas une question, comme indiquant qu'elle n'y croyait pas trop, et elle quitta l'infirmerie sans même attendre une réponse. Mrs. Pomfrey commença à s'agiter au-dessus d'Harry et ce dernier ouvrit un œil pour la regarder.
« Qu'est ce qui se passe si la marque me force hors du lit maintenant ? » demanda-t-il.
Elle soupira. « Je ne sais pas. » Elle laissa passer ses doigts dans la chevelure d'Harry pendant un moment, comme pensive, et Harry se sentit mal de l'utiliser ainsi. Mais, d'un autre côté, malgré tout le temps qu'elle avait passé à soigner les Slytherins, elle n'avait jamais essayé d'arrêter les harcèlements ou de découvrir ce qu'il se passait. « J'imagine que tu n'auras pas d'autre choix que d'y aller. Mais essaye de rester prudent. »
Harry fit oui de la tête, et la suivit du regard alors qu'elle s'affairait en direction du petit placard où elle gardait la plupart de ses potions. Puis, il réalisa alors que Slughorn était toujours là, le fixant.
Harry lui lança un regard furieux. « Alors c'est quoi votre excuse ? Ils se faisaient torturer et blesser, des propres membres de votre maison, et vous n'avez jamais dénoncé ces harcèlements ? Etiez-vous aveugle ou vous vous teniez juste dans le coin, vous contentant d'observer parce que les attaques ne venaient que d'élèves détenant beaucoup de relations ? » Harry n'avait jamais beaucoup entendu parler de Matthieson, et il ne pensait pas que les élèves qu'il avait arrêté fussent particulièrement puissants, mais il ne connaissait toujours pas grand chose à propos de la structure politique du monde des sorciers.
Slughorn fit un signe de tête. « J'aurais dû être un meilleur Directeur de Maison. » Il ne lui offrit aucune excuse et, après un court instant, Harry réalisa qu'il n'avait pas l'intention de lui en donner. « Je suis content que quelqu'un comme toi prenne leur défense. Ils le méritent. »
« Est-ce que vous m'aiderez ? » demanda Harry.
« Que puis-je faire ? » demanda Slughorn en clignant des yeux et il jeta un coup d'œil autour de lui comme s'il s'attendait à ce que la réponse ne se matérialise sur les murs.
Harry leva les yeux au ciel. « Dîtes à vos élèves de ne pas errer dans les couloirs pendant la nuit. Dîtes leur de se déplacer en groupe. Je pense que les tyrans se sentent bien plus courageux lorsqu'ils trouvent un Slytherin tout seul. Dîtes leur que j'aimerais leur enseigner comment se défendre, et que j'organise une réunion demain soir à huit heure, au septième étage, pour quiconque voulant apprendre. »
Slughorn cligna rapidement des yeux pendant plusieurs secondes. « Je peux très certainement faire ça. Je le ferai, » finit-t-il par dire. Il regarda pensivement Harry et ajouta : « Tu n'étais pas obligé de prêter ce serment. »
« Je l'ai fait sans le savoir, » dit Harry. « Non pas parce que je me soudainement découvert un faible pour les Slytherins. Dîtes leur ça également, si jamais quelqu'un demande. » Ca n'encouragerait sans doute pas les gens qui avaient peur de lui à venir, mais au moins ça ne les ferait pas croire qu'il avait fait ça pour se rapprocher d'eux et ensuite les détruire de l'intérieur, ou n'importe quelle autre terrifiante raison que leurs esprits tordus pourraient inventer.
Slughorn sourit. « Ca n'a pas d'importance pour certaines personne, » dit il de façon énigmatique, et il s'esquiva avant qu'Harry n'ait pu lui demander ce qu'il voulait dire par là.
Foutus Slytherins et leurs foutues énigmes. Harry donna un coup dans son oreiller pour lui donner une bonne forme et s'allongea enfin, fermant les yeux. Il avait réussit à dormir un peu plus tôt, mais l'état d'inconscience n'était pas exactement un substitut du sommeil. Il n'avait plus qu'à espérer que la marque n'irait pas le réveiller dans les prochaines heures.
-o-
« Potter. »
Harry ouvrit les yeux et tourna doucement la tête, saisissant sa baguette en-dessous des couvertures. Il connaissait cette voix, et il n'y avait aucune raison pour que cette personne ne l'approche dans l'infirmerie, plongée dans l'obscurité de la nuit, à moins que ce ne soit pour l'attaquer.
Malfoy se tenait devant son lit, les cheveux brillant encore plus sous le clair de lune et les bras croisés, évidemment. Il regardait Harry avec mépris. Harry bâilla et se retourna sous la couette pour se rendormir.
Malfoy pinça l'un de ses pieds. « Réveille-toi. Il faut que je te parle. »
« Et juste pour cette raison il faudrait que je reste éveillé ? » Harry ouvrit un œil. « Pourquoi ? Si c'est juste pour avoir une autre séance d'insultes, étant donné que j'ai été éveillé pendant presque toute la nuit dernière à sauver le cul des Slytherins, je passe mon tour cette fois. J'ai besoin de repos. »
Malfoy donnait l'impression d'être en train de se mordre la langue. Puis il prit une profonde inspiration et dit : « Je veux juste te parler de ce que Slughorn est venu nous dire aujourd'hui, et de ce que tu as dit à McGonagall. Elle a expulsé Matthieson devant tout le monde, à l'heure du déjeuner. Elle a dit que c'était parce qu'il t'avait attaqué, mais beaucoup de personnes ont aussi pris ça comme une faveur à notre égard. »
« Oh, elle l'a déjà fait alors ? » Harry sourit, et il n'en avait rien à faire que ce soit un sourire aussi méchant que tranchant. Il s'agissait de Malfoy, après tout. Il aurait probablement chancelé s'il s'était agi d'un sourire poli. « Bien, j'espérais qu'elle n'attendrait pas. »
Malfoy pencha doucement la tête de côté, comme s'il n'avait pas bien compris.
« Tu l'a poussé à l'expulser ? » demanda Malfoy d'une voix étouffée. « Comment tu as fait ça ? » Puis, avant même qu'Harry n'ait pu donner un semblant de réponse, il ferma les yeux et leva une main devant lui. « Attends, ne me dis rien. Parce que tu es un Gryffindor, et qu'elle était la Directrice de Gryffindor, et que tu es l'homme prodige et que de toute façon elle s'exécute à satisfaire le moindre de tes foutus caprices. »
L'amertume de sa voix arracha complètement Harry du demi-sommeil dans lequel il était encore. Il avait espéré une conversation un minimum civilisé avec Malfoy, mais évidemment ce n'était pas possible. Si Malfoy essayait, il commencerait à éternuer, puisqu'il était sans aucun doute allergique à la politesse.
« Elle ne voulait pas le faire renvoyer en premier lieu, » dit Harry d'un ton sec. « Elle voulait juste lui donner un mois de retenues, parce qu'elle voulait tellement que tout revienne à la normale, comme si c'était possible après cette foutue guerre. Je l'ai fait changer d'avis, yeah, parce qu'elle se sentait coupable de ce qui m'était arrivé. Mais elle ne l'a pas fait pour me faire une faveur. Elle n'a jamais été comme ça. Elle a toujours été encore plus sévère avec les Gryffindors parce qu'elle ne voulait pas qu'on la ridiculise… »
« Et, autre chose, Malfoy… » Harry se pencha en avant. Malfoy avait la bouche grande ouverte, et c'était peut-être enfin l'occasion pour Harry de dire ce qu'il avait à dire sans que cet imbécile ne l'interrompe sans arrêt. « Je déteste toute cette attention qui m'est accordée. Alors je sais, je sais, que toi tu adorerais ça ! Et que donc tu t'imagines que moi aussi, parce qu'il faut toujours que tu juges tout le monde par tes étroits critères qui eux ne pourraient même pas supporter la moitié des choses que j'ai apprises l'année dernière. Mais je ne veux pas attirer l'attention sur moi. Je ne voulais pas prêter ce serment. Je ne voulais pas me battre contre Voldemort. Je ne voulais pas être le Garçon qui a Survécu. Si j'avais eu le choix, j'aurais préféré grandir avec mes parents encore vivants, merci bien, et vivre une vie des plus normales, et n'avoir que Snape pour me détester si vraiment il le faut. Même toi tu ne me détesterais pas, puisque tu n'aurais même pas essayé de faire copain copain avec l'élu, et tu n'aurais pas été offensé en réalisant que je ne te laisserais pas me manipuler. Et puis, qu'est-ce que ça te fait la raison pour laquelle Matthieson a été expulsé, du moment que tu peux en profiter ? Alors emmène avec toi toutes ces insinuations sur mon adoration pour la gloire et va te faire foutre. »
Il s'arrêta, à bout de souffle. Malfoy le regardait, les yeux écarquillés comme des soucoupes. Harry avait l'impression que, pour une fois, il avait réussi à le surprendre.
Malfoy finit enfin par grommeler, « J'ai dit que tu ne pourrais jamais comprendre. Mais peut-être que tu comprendrais, si je t'expliquais. »
Harry leva les yeux au ciel et se laissa tomber en arrière sur son oreiller. « J'en ai rien à foutre de tes explications, » dit il avec lassitude. « J'en ai rien à foutre de toi. Juste, va-t'en. »
Malfoy tourna la tête, comme pour dissimuler une expression blessée. Mais sa voix était ferme lorsqu'il s'adressa à nouveau à Harry : « Slughorn nous a parlé de ta proposition de donner des cours de défense. Est-ce que c'était sincère ? »
« Oui. » Harry se frotta les yeux. Il était fatigué jusqu'à l'absurde. Et il ne plaisantait pas lorsqu'il disait vouloir que Malfoy dégage. « Je le apprendrai ce que j'avais appris à l'Armée de Dumbledore, comme ça vous pourrez au moins vous défendre par vous même. Garde juste en tête qu'utiliser ce que je vous apprendrai sur d'autres élèves qui ne vous ont rien fait, pourra vous faire expulser au même titre que Matthieson. »
« Et tu le fais juste parce que ça te rendrait la tâche de nous défendre plus facile ? » demanda Malfoy comme s'il se tenait au bord du gouffre et que le souffle d'un moindre mot serait suffisant pour le faire basculer.
« Evidemment, » dit Harry. « Pour quelle autre raison le ferais-je ? »
« Je sais pour quelle raison, j'aurais espéré que tu le ferais. » La voix de Malfoy était encore plus hésitante maintenant. « Dois-je… te le dire ? »
Harry le fixa pendant un moment. « Combien d'invitations te faut-il pour que tu me prennes au sérieux et que tu foutes le camp d'ici ? »
« Ta gueule, Potter, je suis pris d'un moment Gryffindor, » siffla Malfoy, et ce fut suffisant pour faire asseoir Harry, bouche bée, si bien que Malfoy puisse continuer. J'avais espéré que tu le faisais parce que tu éprouvais un peu de compassion à notre égard. J'avais espéré que tu le faisais parce que tu te regrettais de nous avoir laisser en dehors de votre petit groupe en premier lieu. J'avais espéré que tu le faisais parce que tu savais que nous ne sommes pas tous les mêmes, et que tu ne pouvais pas condamner ceux de première année pour ce que j'ai pu faire. » Il s'arrêta brusquement et revint à sa position bras croisés et regard impassible, ce qui semblait être son arme secrète pour faire exploser Harry de frustration.
Harry se frotta le front. Il se souvenait à quel point il n'avait pas voulu être envoyé à Slytherin lors de la répartition, et c'était bien avant la guerre. Qu'en était-il des enfants qui avaient été répartis cette année, après la guerre, et qui devaient pleurnicher à l'idée qu'ils puissent être mauvais ?
« La première et la troisième raisons sont vraies, » dit-il finalement. « Pas la seconde. Dois-je te rappeler que l'année où j'ai commencé l'Armée de Dumbledore était celle où toi et de nombreux autres Slytherins ont rejoint la Brigade Inquisitoriale, pensant que ce serait amusant de voir Umbridge me torturer ? »
« Jamais… amusant, » dit Malfoy. « J'étais bien trop préoccupé à ce sujet pour que ça puisse vraiment m'amuser. »
Harry haussa les sourcils. « Laisse moi deviner. Tu regrettais de ne pas être celui avec la baguette en main. »
« Parfois, oui, » dit Malfoy. « Et qu'est-ce que cela t'apprend, Potter ? »
« Ecoute, Malfoy, » s'exclama Harry, sèchement. « J'en ai aussi rien à foutre des fantasmes pervers et des orgasmes que les cris de quelqu'un se faisant torturer peuvent te procurer. »
Malfoy pencha sa tête sur le côté et le fixa dans un silence de mort. Harry lui rendit son regard, et ils décidèrent réciproquement de prétendre que cette déclaration n'avait jamais eu lieu.
« Je voulais juste que tu me prêtes attention, » dit Malfoy. « Peut-être qu'à l'époque ce n'était pas possible pour toi de me faire entrer dans l'Armée de Dumbledore, mais tu aurais pu m'offrir quelques hochements de tête ou coups d'œil. »
« T'étais un con, » dit Harry. « Et tu ne te faisais persécuter par personne à l'époque. Alors qu'est-ce qui aurait pu me faire prêter attention à toi ? »
« La même décence qui t'a poussé à prêter serment cette année. » Malfoy s'arrêta à nouveau, comme si chaque phrase qu'il prononçait représentait un effort. « Ou cette décence n'a été développé qu'après la guerre ? »
Harry haussa les épaules. Ce n'était pas le moment de parler de la relation haineuse qu'ils avaient eu dans le passé. Ca ne ferait que naître des pensées venimeuses. « Est-ce que tu encourageras les autres à se joindre au groupe, alors ? Parce que je pense que la plupart d'entre eux seront trop têtu ou terrifié pour le faire. »
Malfoy acquiesça. « Et je serai le premier sur place. »
« Attends, attends une minute, » dit Harry, se demandant à la fois pourquoi Malfoy pensait qu'il serait inclus et comment il avait pu promettre d'organiser un groupe de défense pour les Slytherins et ne pas songer au fait que Malfoy serait forcément impliqué. C'était probablement plus la faute à lui et sa stupidité que celle de Malfoy, pensa sombrement Harry. « Qui… Je veux dire, qu'est-ce que tu pourrais possiblement avoir à apprendre de moi ? »
Le sourire qui envahit le visage de Malfoy était complètement inattendu, notamment parce qu'Harry ignorait qu'il puisse être capable de sourire ainsi.
« Bravoure, » répondit Malfoy. « Compassion. Et oui, des trucs comme lancer un Patronus ou utiliser un bouclier de protection correctement. Mes sorts échouent encore les trois quarts du temps. »
Harry le fixa, attendant que le ridicule de cette idée ne rentre dans son crâne. Mais Malfoy ne sembla pas se rétracter, il continua à afficher un air aimable et vigilant, et Harry décida qu'il valait mieux prendre avantage de sa bonne humeur éphémère et espérer qu'elle perdurerait jusqu'à demain soir au moins.
« Soit à l'heure, » dit il. « Et si quelqu'un perturbe la séance ou m'attaque délibérément, on arrêtera tout. Je n'ai pas l'intention de tolérer des personnes essayant d'avoir leur revanche sur moi alors que j'essaye de sauver leur cul. »
« La plupart d'entre eux se rangent au point de vue de Slughorn maintenant, » dit calmement Malfoy. « Comme quoi ta présence est utile et peut nous aider à recouvrir une bonne réputation, ou du moins l'habilité à survivre au quotidien de cette école. »
« Euh, » commença Harry, ne sachant pas trop comment Malfoy pouvait aussi rapidement passer d'une attitude si ouverte et raisonnable à une attitude complètement détachée. D'un autre côté, rien de ce que Malfoy avait pu dire ce soir n'avait de sens de toute façon, donc ce n'était pas si surprenant en fin de compte. « D'accord. Si jamais quelqu'un d'autre se pointe à la porte, je les renverrai, mais je viendrai probablement avec quelques autres Gryffindors qui étaient dans l'Armée de Dumbledore pour qu'ils puissent aider avec les démonstrations. »
« Pourquoi ? » En l'espace d'une seconde Malfoy était à nouveau lui-même, irrité et ayant l'air de vouloir lui arracher la tête pour avoir simplement suggéré cela. Harry était soulagé. Sa vie avait déjà suffisamment dépassé le quota de bizarrerie, merci bien.
« Parce que je ne peux pas tout faire tout seul, » répondit Harry avec patience. « Et parce que je ne sais pas encore combien d'entre vous se pointerons. Vous apprendrez plus vite si on est plusieurs à vous apprendre, je ne peux pas m'occuper de tout le monde personnellement. »
Malfoy hocha la tête et tourna les talons, puis il s'arrêta dans l'embrasure de la porte de l'infirmerie et ajouta par-dessus son épaule : « Ne nous ramène pas l'un de ceux qui nous ont tourmenté au cours des dernières semaines. »
« Tu crois que je suis stupide ? » demanda Harry avec indignation, et réalisa un peu trop tard que c'était en fait exactement ce que Malfoy pensait.
Toutefois, il sembla finalement que ce fût trop parfait pour que Malfoy en profite. Il jeta simplement un coup d'œil au-dessus de son épaule et attendit suffisamment longtemps pour s'assurer qu'Harry avait absorbé l'étendu de ce qu'il aurait pu dire mais dont il s'était abstenu, puis partit.
Harry retomba en arrière et fronça les sourcils. Donc Matthieson avait bien été renvoyé et les Slytherins viendraient probablement à son groupe de défense, mais il fallait encore qu'il essaye de convaincre Ron, Hermione, Ginny et Neville de l'accompagner et de bien se comporter. Puis il n'aurait plus qu'à servir de médiateur dans une salle pleine de Slytherins paranoïaques et de Gryffindors suspicieux.
Il commençait à s'assoupir. Pourquoi Malfoy avait-il révélé tous ces détails personnels ? Pourquoi lui avait-il souri ainsi ? Et pourquoi voulait-il participer au groupe de défense ? Toutes ces questions n'étaient pas suffisamment pressantes pour le garder éveiller.
Mais cela piquait tout de même sa curiosité…
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