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Chapitre Quatre – Complète autodéfense
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Harry marchait à grands pas au milieu du couloir, et il remarquait la manière dont les élèves, particulièrement les Ravenclaws et le Hufflepuffs, l'évitaient. C'était le lendemain de son agression, il était en chemin pour aller en cours et il semblait que la plupart de l'école avait enfin pris au sérieux sa promesse de protéger les Slytherins.
Il détestait devoir l'admettre, mais une petite part de son âme était plus que satisfaite de les voir baisser les yeux, s'étrangler à moitié lorsqu'il surgissait au détour d'un corridor puis se hâter de décamper.
Ce qui rendit la chose encore plus surprenante lorsque quelqu'un se mit soudainement en travers de son chemin et refusa de bouger.
Harry fit une pause pour examiner l'intruse. Une grande jeune fille aux couleurs de Ravenclaw. Il regarda automatiquement au pli de sa robe pour voir si elle portait un badge de préfet, mais ne vit rien de tel. Harry poussa un soupir de soulagement. Il était bon de savoir que le jugement de McGonagall n'était pas terrible au point de choisir toutes les personnes les plus stupides pour devenir préfets. Elles se devaient d'être équitablement réparties dans les autres créneaux de l'école également.
« Bouge, » dit Harry, dévoilant un peu les crocs alors qu'il croisait ses yeux bleus. Un bleu clair et profond, non pas que cela fasse une quelconque différence. Harry serait tout aussi prêt à lui éclater la figure s'il le fallait, peu importe la couleur de ses yeux.
La fille croisa les bras et lui jeta un regard méprisant. « Non, » dit-elle. « Pas lorsque tu t'immisces dans nos droits. »
« Et quel sont ces droits ? » Harry leva les yeux au plafond. Peut-être ces droits étaient-ils écrits là-haut ? Ce serait commode s'ils y étaient, vu ô combien il avait levé les yeux au ciel au cours de ces derniers jours. « Le droit de torturer les Slytherins ? »
« Le droit de rendre justice à ceux ayant réussi à s'en tirer, tout ça parce que le Ministère a fait l'erreur de penser que leurs jeunes âges était une excuse suffisante. » La fille se pencha en avant comme si elle s'imaginait que ça l'intimiderait et le forcerait à consentir. Harry l'observait, comptant silencieusement entre ses dents et, bien entendu, il n'avait même pas atteint quatre qu'elle avait déjà recroisé les bras. Il faut vraiment que je découvre quelle personne du Club de Croisement de Bras fait répandre la fausse idée que cette attitude m'effraie, et faire en sorte qu'il s'arrête. « Le droit de venger ceux qui ont souffert sous l'ordre des Mangemorts. »
« Ah, » dit Harry. « Tu admets donc avoir été une des brutes à harceler les Slytherins. Merci. Ca me facilite grandement la tâche. Caligo ! »
La fille avait toujours la bouche ouverte lorsque le sort la frappa. Elle commença rapidement à tournoyer sur place, de plus en plus vite, comme si elle était une ballerine qu'on avait forcé à tourner sur les orteils. Harry vit ses mains battre l'air alors qu'elle essayait de trouver sa baguette pour arrêter le sort, mais c'était en vain. Son esprit était déjà trop occupé à se concentrer sur les mouvements de son corps.
La sensation de vertige grandissait, prenant doucement le contrôle de sa tête et de ses sens. Cette fois, l'intention d'Harry n'était pas de blesser qui que ce soit. Il avait essayé d'utiliser la souffrance durant la nuit où il n'avait pas réussi à dormir, mais ça n'avait pas vraiment eu l'air de décourager ce genre de personne.
Il voulait maintenant voir si l'humiliation pouvait changer les choses.
Le charme ne se rompit que lorsqu'Harry décida qu'il en était temps, ce qui se révéla être bien longtemps avant que la fascination de tous ceux qui regardaient ne s'éteignît. Ils avaient attiré des foules, ce qu'Harry avait anticipé et secrètement espéré. La punition ne valait rien si personne n'était là pour regarder et retenir la leçon de ce qui pourrait leur arriver à tous s'ils continuaient à agir aussi stupidement.
La jeune fille tituba et continua à tournoyer pendant quelques instants, ses mains agrippant l'air autour d'elle, comme si elle s'attendait à ce qu'un mur n'apparaisse devant elle pour l'aider. Puis, elle fit un brusque écart de côté et tomba. Harry sourit avec malice. Après avoir été lui-même victime de ce sort lorsque Ron et lui s'étaient entraînés pendant l'été, il savait à quel point l'étourdissement était bien pire que n'importe quel ordinaire jeu de toupie.
« Un peu difficile de rester debout, n'est-ce pas ? » demanda-t-il.
Elle lui jeta un regard furieux et essaya de répondre, mais ses yeux avaient déjà du mal à se focaliser sur Harry. Elle essaya de se relever à nouveau, mais cette fois elle s'effondra en arrière et vomit au sol. De petits gloussements coupables surgirent de toutes les directions.
« Et voici un autre droit que tu as : celui de souffrir peu importe ce que je devrai te faire pour remplir mon serment, » dit Harry d'une voix solennelle en passant à côté d'elle. Il pouvait entendre Hermione et Ron se démener dans la foule pour essayer de le rattraper. Ils étaient restés en retrait pour pouvoir se bécoter, ce dont Harry ne se souciait généralement pas, et encore moins aujourd'hui puisque cela signifiait que Hermione n'avait pas pu essayer d'interférer avec ce qu'il venait de faire.
Elle essaya, évidemment, de le sermonner, mais c'était trop tard. « Harry, » dit-elle, le souffle coupé, mais réussissant tout de même à le regarder avec un air de reproche. Harry savait qu'il verrait ses lèvres gonflées par sa dernière séance de pelotage s'il se retournait. Il ne se retourna pas. « Le sortilège d'étourdissement aurait vraiment pu lui faire mal. »
« Elle était en train de réclamer le droit de faire du mal aux Slytherins, » dit Harry. Ils avaient atteint la porte de la classe de Potions et il n'y avait encore aucun signe de Slughorn, il n'eut alors pas d'autre choix que de se retourner vers Hermione. Il lui lança un regard perçant, se forçant à ignorer ses lèvres. « Peux-tu vraiment soutenir cela ? Peux-tu vraiment excuser toutes les merdes dont souffrent les Slytherins juste parce que tu ne les aimes pas ? » s'exclama-t-il.
Harry remarqua alors qu'ils avaient de nouveau droit à une audience, ce qui lui valu un regard noir de la part d'Hermione. Mais Harry s'en fichait. Il avait commencé à accepter le fait que la majeure partie de sa vie serait vécue en public. Du moment qu'il avait toujours le droit à un peu d'intimité lorsqu'il en avait absolument besoin, il pouvait supporter le reste.
Il le détestait peut-être, mais il pouvait s'y faire, de la même façon qu'il pouvait tolérer les gens qui croisaient leurs bras devant lui. En fait, il songeait même à tenter cette technique lui-même puisque certaines personnes comme Hermione semblaient penser que c'était efficace.
« Non, » dit Hermione. « Je ne pense pas que ce soit bien. Mais si tu essayes de les en empêcher, ils pourraient aller encore plus loin dans leur tentative de vengeance. »
« L'autre nuit ils s'en sont pris à une Slytherin qui n'avait que 11 ans lorsque les Mangemorts étaient là, » rétorqua Harry. « Terry et Michael essayaient de la faire tomber des escaliers. Qu'est-ce qu'elle aurait bien pu avoir fait qui nécessiterait une telle violence ? »
Hermione porta une main à sa bouche, arborant l'expression de quelqu'un sur le point de vomir pendant un court instant. Ron grimaça, puis posa une main sur l'épaule d'Hermione en fronçant les sourcils. Il n'avais pas l'air de savoir dans quel camp se ranger, alors Harry adressa ses mots suivants à l'un comme à l'autre.
« Pourquoi est-ce que ce serait autorisé de torturer ceux qui t'ont torturé, si tu penses que la torture c'est mal ? » Il tourna la tête et les étudiants qui s'étaient rapprochés pour écouter en silence se reculèrent aussitôt, comme si ses yeux pouvaient lancer des éclairs. Harry se fit la note mentale de rechercher plus tard si un tel sortilège pourrait exister. « Vous reconnaissez qu'ils ont du faire tout ça pour survivre, mais vous pensez toujours que c'est mal. Alors, désolé de vous l'apprendre, mais ce que vous faîtes n'est pas mieux, parce que vous n'avez personne se tenant au-dessus de vous, et vous ordonnant de le faire. »
« Les Slytherins nous ont opprimé pendant des années ! » s'exclama quelqu'un qui pensait manifestement être bien caché à l'arrière du petit attroupement. « Et tu n'as jamais rien fait à ce sujet. »
« C'était un environnement libre, » dit Harry. « Harcèlement pour tous ! » Quelques personnes éclatèrent de rire, puis semblèrent se demander si elles auraient du ou pas. « Mais la guerre a tout changé. Et si tu penses que ce n'est pas le cas, alors tu es stupide et tu seras certainement le prochain à passer à la toupie. » Il se retourna vers ses meilleurs amis. « Qu'est-ce que vous en pensez ? Me rejoindriez-vous ce soir pour prendre position ? »
Il leur avait déjà tout dit à propos du groupe d'autodéfense pour les Slytherins, mais ils n'avaient pas encore accepté de jouer les professeurs. Maintenant, Ron et Hermione s'échangeaient des regards agonisants, et Hermione tirait sur ses cheveux comme s'ils pouvaient lui apporter une quelconque réponse.
« Alors ? » demanda Harry d'une voix aussi insistante que ne l'était son regard. Oui, il pourrait très bien s'en sortir sans eux, mais il tenait à avoir le soutien de ses meilleurs amis, comme il l'avait toujours eu dans le passé. Harry détestait ce serment, mais s'opposer au harcèlement était la juste chose à faire.
« Je suis partant, » dit soudainement Ron. Harry avait pensé qu'Hermione serait la première à céder, puis qu'elle aurait persuadé Ron à les rejoindre.
« Je… Oui, moi aussi, » dit finalement Hermione, en hochant de la tête.
Harry sourit. Hermione ne revenait jamais sur ses décisions.
« Cool, » dit Harry nonchalamment, mais sautant de joie intérieurement. Il se retourna juste à temps pour voir que quelqu'un fonçait vers lui, la baguette levée et une expression déterminée sur le visage. Hermione hoqueta et Ron s'écria, mais la baguette d'Harry était déjà relevée et il avait lancé un sort avant même d'y penser.
Le sort frappa l'attaquant, quelqu'un de grand et portant une cravate de Gryffindor fut tout ce qu'Harry eût le temps d'apercevoir, avant qu'il n'aille rebondir de façon concluante contre le mur. Il rebondit à différents angles, contre la porte de la classe de Potions, puis contre le plafond du couloir avant d'atterrir aux pieds de Slughorn, n'étant à ce point rien de plus qu'un tas de gémissements.
Slughorn jeta un regard fixe à l'étudiant recroquevillé, puis leva les yeux vers Harry. Ce dernier haussa les épaules.
« Autodéfense, monsieur, » dit-il. « Complètement. »
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Harry hésita un instant et prit une grande respiration avant de tourner le coin vers la Salle sur Demande. Il devait admettre qu'il était plutôt nerveux à l'idée de savoir si les Slytherins aller se pointer ou non, même si Malfoy avait promis qu'ils viendraient, et qu'il avait ses meilleurs amis derrière lui. Tout serait tellement plus facile si les Slytherins pouvait juste coopérer un peu plus à leur sécurité, au lieu de tout lui laisser.
Ron lui donna un coup de coude dans les côtes. « Bien, vas-y, » murmura-t-il.
Harry lui sourit brièvement, se redressa et avança dans le couloir. Derrière lui suivaient Ron, Hermione, Ginny et Neville. Neville s'était révélé plus difficile à convaincre que les autres, sans doute parce qu'il avait du vivre les horreurs de l'année dernière à l'école bien plus longtemps que le reste d'entre eux. Il serrait sa baguette en continu et un air sombre et renfrogné semblait ne jamais pouvoir quitter son visage, comme si il pensait que les fantômes des Mangemorts pouvaient sortir des murs à tous moments. Mais il avait fini par accepter de venir, et Harry lui faisait pleinement confiance pour n'employer que les sorts dont ils avaient décidé ensemble. Neville avait beaucoup changé depuis la sixième année, bien plus que quiconque.
Il y a avait un rassemblement d'environ vingt-cinq ou trente Slytherins dans le couloir, avec les plus âgés encerclant les plus jeunes et montant la garde. Malfoy fut le premier à s'avancer vers lui, il le salua froidement d'un hochement de tête tout en lui montrant qu'il tenait fermement sa baguette dans la main.
« Potter, » dit-il. « Montre-nous l'entrée à la salle. »
« Cette salle est connue sous le nom de la Salle sur Demande, » dit Harry d'une voix forte, en partie pour que tous les Slytherins, et non pas juste Malfoy, n'entendent l'information, mais surtout pour lui montrer qu'il ne ferait pas ce que Malfoy ordonnerait à la seconde même. « Cette pièce ne se révèle qu'après avoir fait trois va-et-vient devant la porte, en pensant à l'endroit que tu souhaites trouver. »
Les plus jeunes commencèrent à chuchoter entre eux avec excitation, ce qui fit sourire Harry. Ca faisait du bien de les voir intéressés par ce qui allait se passer, plutôt qu'effrayés. Parmi eux, il remarqua Kane, la jeune fille qu'il avait secouru l'autre nuit, et lui fit un grand sourire. Elle cessa soudainement de respirer au point de s'en étrangler, mais ne détourna pas les yeux.
« Nous avons besoin d'une salle pour nous entraîner, » dit Harry. « Et un endroit où seuls ceux ici présent seront les bienvenus. » Il se détourna de la foule et concentra son regard sur le mur, ne sachant pas exactement comment formuler ses pensées.
« Attend, Potter, » l'interrompu Malfoy, avec un sourire sarcastique si majestueux qu'il avait du passer des heures à le travailler. « On a besoin de plus que ça. Certains étudiants n'avaient pas envie de venir, mais selon comment ça se passe aujourd'hui ils pourraient vouloir venir la prochaine fois. Il faudrait aussi qu'ils soient capables d'accéder à la pièce, et ils ne pourront pas si tu verrouilles l'accès. »
Harry serra les dents. « Je ne vais pas verrouiller la porte, merci, Malfoy, » grommela-t-il.
« De rien, » répondit Malfoy, et Harry pouvait deviner l'expression de son visage et son sourire sarcastique sans même lui jeter un regard.
Harry commença à faire des aller-retour devant le mur à nouveau, ne se faisant pas suffisamment confiance pour répondre de façon civilisée. Un endroit où tous les Slytherins et les Gryffindors ici présent seront en sécurité, pensa-t-il, s'adressant à la Salle sur Demande. Un endroit que seuls nous pouvons trouver. Un endroit pour s'entraîner.
Il se demandait si sa requête serait trop compliquée pour la salle, mais une basse porte en bois avec une poignée d'argent et un verrou se forma après trois passages devant le mur. Harry soupira de soulagement et tendit la main pour attraper la poignée. Une petite étincelle se forma sous doigts, l'inquiétant l'espace d'une seconde, mais il sembla que c'était le moyen qu'avait la chambre de le reconnaître comme l'un de ceux autorisés à entrer. L'étincelle disparue aussi vite qu'elle était apparue, il y eu un déclic puis la porte s'ouvrit.
Harry fit un pas à l'intérieur et cligna rapidement des yeux. La salle était impressionnante, bien plus qu'il ne l'avait envisagé lorsqu'il avait fait sa demande. Peut-être qu'elle avait besoin de l'être, pour s'assurer que les Slytherins ne seraient pas constamment en train de se plaindre d'avoir à s'entraîner dans un endroit bien inférieur à leurs goûts et besoins.
Le sol comportait une alternance de lattes de bois sombres et brillantes et des endroits recouverts de coussins où ils pourraient se laisser tomber après un sort, ou récupérer. Les murs étaient courbés, recouverts d'un riche tissu vert impérial, ce qui empêchait Harry de voir en quoi ils étaient véritablement fait. Ils allaient tout de fois se révéler utile pour rebondir contre sans se faire mal. Le plafond avait de grandes fenêtres lumineuses, qui éclairaient juste suffisamment la pièce pour ne pas qu'elle paraisse oppressante. Ils y avaient des alcôves, de petits murs individuels et des ouvertures dans le sol au fond de la pièce, des rochers, des pieds de chaise et des bacs de sable, ce qui ressemblait à un parcours d'obstacles artificiel. Harry hocha de la tête comme pour approuver. Ils avaient aussi besoin d'apprendre comment agir et combattre en fonction du terrain.
Les Slytherins se turent à mesure qu'ils entraient l'un derrière l'autre, et puis commencèrent à bavarder à nouveau, bien plus fort qu'auparavant. Malfoy jeta un regard en biais à Harry et lui adressa un faible sourire.
« Je n'aurais jamais pensé que tu avais autant d'imagination, » murmura-t-il. « Pas après toutes ces autres preuves que j'ai reçu de ton incapacité d'esprit à comprendre quoi que ce soit de méconnu. »
Harry le fusilla du regard et indiqua au Gryffindors de se replier derrière lui, et les Slytherins vinrent naturellement se placer derrière Malfoy. Ils se faisaient face l'un l'autre, une vaste étendue de sol les séparant comme s'ils craignaient toujours une attaque de l'autre maison.
Harry secoua la tête. Ce n'était pas comme ça que c'était supposé se passer. Il avait prévu de garder une séparation entre les professeurs et les étudiants, mais ça ne fonctionnerait pas si ça restait une séparation entre les maisons, puisque ça ne ferait que renforcer ce dont ils essayaient de se débarrasser. « Très bien, » dit-il. « Combien êtes-vous, exactement ? »
« Trente, » répondit Malfoy. Il ne s'était même pas retourné, ce qui signifiait qu'il les avait compté au préalable. Quelque chose dans le ton de sa voix, froid mais toutefois pas conflictuel, donnait à Harry l'envie de dégainer sa baguette et de le frapper sur la tête avec.
« On est cinq, » dit Harry. « Ca fait donc six étudiants pour chacun d'entre nous. »
« Incroyable, » dit Malfoy, en se posant la main sur la poitrine comme si son cœur s'était mis à palpiter soudainement. « Tu sais calculer. »
« Oh, attend, » dit Harry.« J'ai oublié. Vous êtes trente et un, si on compte l'énorme égo de Malfoy. Mais bon, je pense que je pourrai gérer sept étudiants. Viens ici, Malfoy. »
Quelques rires étouffés s'échappèrent du groupe de Slytherins, et Malfoy se mit à rougir. Il se dirigea lentement vers Harry, suivi par plusieurs de ses amis. Harry fut surpris de voir Parkinson parmi eux. Il avait présumé qu'elle préférerait travailler avec n'importe qui plutôt que le Gryffindor qui lui avait sauvé la vie.
Harry haussa les épaules, et d'un coup d'œil constata que les autres Slytherins se dirigeaient tous automatiquement vers un Gryffindor. Puis il se tourna vers Malfoy à nouveau, derrière lui se tenaient Parkinson, Zabini, deux jeunes filles de sixième année à l'air nerveuses qu'Harry ne connaissait pas mais il était presque certain qu'elles étaient jumelles, et enfin un jeune homme si maigre que probablement affamé, qui regardait Harry avec avidité.
« Bien, » commenta Harry. Il essayait de se convaincre qu'être ainsi observé par les Slytherins n'était pas bien différent que d'avoir été observé par les étudiants des autres maisons. Et il s'en était sorti comme un chef lorsqu'il avait enseigné dans l'Armée de Dumbledore. « Je voudrais savoir ce que vous voudriez apprendre en premier, plutôt le Charme du Bouclier ou le Charme du Patronus ? Le Charme du Bouclier vous protège de tout danger immédiat, mais le Patronus vous permet d'appeler à l'aide. »
« Je n'avais jamais entendu parler de celui là, » dit Parkinson, comme si elle mettait en doute l'existence d'un tel sort.
« Et je n'ai jamais entendu parler de professeurs négligeant suffisamment leurs devoirs au point d'ignorer le fait que vous vous fassiez agresser, mais c'est ainsi, » riposta Harry. « On ne cesse jamais d'apprendre de nouvelles chose. »
Pour quelque raison, ça eut l'effet de calmer Parkinson et elle le regardait maintenant pensivement. Puis un faible sourire étira ses lèvres, et elle hocha de la tête. Ce n'était pas non plus la réaction à laquelle Harry s'attendait, mais comme elle ne répondait pas à sa précédente question il haussa les épaules et jeta un coup d'œil aux autres. «
Le Charme du Patronus, » répondit tranquillement Malfoy. « Le nombre fait la force, et plusieurs d'entre nous maîtrisent déjà le Charme du Bouclier. »
« Très bien, » dit Harry. « C'est un sort difficile, donc ne vous inquiétez pas si vous n'y arrivez pas du premier coup. Vous devez penser à votre souvenir le plus heureux et vous concentrer là-dessus lorsque vous lancez le sort. » Il sortit sa baguette et la pointa en avant, pensant au moment où il avait vaincu Voldemort, lorsqu'il avait réalisé qu'il était encore en vie, et avait une chance. « Expecto Patronum ! »
L'air se troubla devant lui, puis un cerf argenté chargea hors de sa baguette et bondit avec frénésie en travers de la pièce, sautant au-dessus des petits murs et se heurtant aux alcôves avec ses ramures. Harry ne put s'empêcher de sourire en l'observant. Si rien qu'un des Slytherins était capable d'exécuter la moitié de ce résultat aujourd'hui, il en serait surpris, mais ce n'était pas le sujet. Il adorait juste voir son Patronus.
Il se retourna pour faire face aux Slytherins et se rendit compte que ses étudiants le fixaient bouche bée et les yeux écarquillés, comme s'ils en avaient entendu parler mais ne s'étaient jamais attendu à voir une démonstration.
A l'exception de Malfoy, dont Harry réalisa était le seul à l'avoir vu auparavant : lorsqu'il s'était déguisé en détraqueur et que son Patronus l'avait pourchassé à travers tout le terrain de Quidditch.
Ses yeux étaient plissés, sa bouche tordue en un sourire sarcastiques et ses doigts serrés autour de sa baguette. Harry cligna des yeux et se détourna, mal à l'aise. Evidemment, Malfoy était furieux qu'Harry soir capable de faire quelque chose qu'il ne pouvait pas encore faire, mais il y avait quelque chose de plus dans son regard qui n'était ni colère ni jalousie. Mais Harry s'empêcha d'y réfléchir plus longuement. Il ne laisserait aucune pensée de Malfoy venir perturber son esprit, merci bien.
« Bref, » dit-il alors que le cerf s'arrêta juste devant lui, il piaffa et se courba devant lui avant de disparaître. « C'est comme ça qu'on lance le sort. Il est principalement utilisé pour stopper les détraqueurs, évidemment, et vous devez y faire appel si jamais vous en rencontrez un. Mais ils peuvent également transporter des messages. Il suffit de se concentrer sur la personne à qui on souhaite envoyer le message puis penser au message lui-même, et alors le Patronus courra à cette personne et parlera en votre voix. »
« Est-ce qu'il peut revenir pour transporter une réponse ? » demanda Zabini, en levant un sourcil comme s'il réfléchissait sur un problème d'échecs. Ne sois pas stupide, se dit Harry. Ron a cette expression lorsqu'il est bloqué par un problème aux échecs, mais Harry ne savait même pas si Zabini jouait aux échecs.
« Non, » répondit-il finalement, interrompant ses délirantes réflexions. « Tu es le seul à pouvoir invoquer ou contrôler ton Patronus, donc il disparaîtra le moment où il aura délivré l'information. Mais le destinataire peut envoyer son propre Patronus pour apporter une réponse, s'il sait comment en produire un. »
Malfoy se redressa et jeta un coup d'œil aux Slytherins les plus proches, puis ceux derrière lui et les cinquième et quatrième année rassemblés devant Ron. Ils lui rendirent tous instinctivement le regard. Harry cligna des yeux. Il avait vu Malfoy exercer ce niveau de contrôle dans le wagon des Slytherins du Hogwarts Express, au début de leur sixième année, mais il n'avait pas pensé que ça durerait après la guerre.
« Ecoutez, » dit Malfoy. « Je veux que tout le monde apprenne à lancer le Charme du Patronus, aussi vite que possible. »
Sa voix n'avait été ni forte, ni sévère. Et pourtant chacun des Slytherins savait à quel point Malfoy avait été sérieux et ils feraient tous de leur mieux pour obéir.
Harry se demanda un moment comment ça serait si il avait un tel contrôle sur la Maison Gryffindor.
Puis il rit intérieurement. Oui, ça rendrait certaines choses bien plus faciles, par exemple ça aurait voulu dire qu'aucun Gryffindors ne serait joint à la torture des Slytherins cette année. Mais d'un autre côté il aurait beaucoup plus de responsabilité qu'il ne le voulait, et il aurait la vie des gens entre ses mains. Chose qu'il ne voulait pas.
Malfoy le fixait avec curiosité. Harry croisa son regard et dit : « Juste que tu saches, la plupart des étudiants de troisième année et en dessous ne seront pas capables de jeter un tel sort. J'y suis parvenu pendant ma troisième année, mais seulement après beaucoup d'entraînement. »
« Pourquoi ? » murmura Malfoy, en tournant brusquement la tête vers lui.
« Ca ne te regarde pas, » répondit Harry, bien qu'il essayât de ne pas paraître trop dur. « Dans tous les cas, ça rendrait les choses plus faciles si les élèves qui n'arrivent pas à lancer le sort pouvaient se balader avec quelqu'un qui le peut. Et si vous autres pouvaient arrêter de vous promener dehors en plein milieu de la nuit. »
Malfoy se contenta d'hausser les sourcils, ce qui n'était certes pas la réaction à laquelle Harry se serait attendu de sa part. « Si on fait ça, c'est parce que certains de tes précieux Gryffindors et quelques Hufflepuffs barricadent la bibliothèque pendant la journée, » répondit-il calmement. « S'y faufiler la nuit est le seul moyen de faire notre travail. »
« Quoi ? » gronda Harry. Il s'était exclamé bien plus haut qu'il ne l'aurait voulu et toutes les personnes autour s'arrêtèrent pour lui jeter un coup d'œil. Harry prit une profonde inspiration, et répéta sur un ton plus bas : « Quoi ? »
Cette fois-ci, Malfoy ricana. « Douter la source ne rendra pas les faits moins vrais, Potter. »
« Je ne… putain, » s'exclama Harry, et il ignora la façon dont Parkinson avait ouvert grand la bouche. Quoi, elle ne le pensait pas capable de jurer ? Eh bien, elle aura ici l'occasion de s'éduquer sur tous les domaines. « Je n'étais pas du tout au courant. Et les Ravenclaws ne s'y joignent pas parce qu'ils sont trop occupés à étudier, c'est ça ? »
Malfoy applaudit comme un phoque. « Excellent, Potter ! Maintenant on n'a plus qu'à te faire réaliser 98 pour cent des trucs qui nous arrivent, au lieu des 99. »
« Ta gueule, » marmonna Harry, mais il était trop occupé à réfléchir à ce qu'il devrait faire après pour y mettre beaucoup d'ardeur. Quand il remarqua que ses élèves se tenaient tous autour de lui à l'observer il agita simplement la main avec irritation. « Eh bien quoi ? Commencez à vous entraîner. L'incantation est Expecto Patronum, et vous faîtes un geste en avant comme ça, comme si vous vouliez jeter quelque chose. Et souvenez-vous de penser à votre souvenir le plus heureux. »
Ils se dispersèrent, Zabini et Parkinson se faisant face, les jumeaux et le garçon maigre travaillant ensemble. Harry commença à faire les cent pas en fronçant les sourcils.
Peut-être qu'il y avait un peu de vrai dans les plaintes de Malfoy sur le fait qu'il ne remarquait jamais rien, puisque ça lui prit deux minutes pour réaliser que Malfoy marchait à côté de lui, observant son visage.
« Ecoute, » dit Harry. « J'essaye de penser à un moyen de briser leur barricade à la bibliothèque, et de telle sorte à ce qu'ils ne le fassent jamais plus. Tu ne peux pas m'aider. Va t'entraîner au Patronus. »
Malfoy lui offrit un petit sourire suffisant. « J'arrive déjà à le faire. Pas aussi bien que toi, mais j'ai eu pas mal de temps pour m'entraîner l'année dernière, avec les détraqueurs… autour de ma maison. »
Le sourire de Malfoy s'évanouit brusquement, et ses yeux s'égarèrent. Harry avait envie de l'accuser de menteur et d'idiot pour n'avoir jamais pensé à l'enseigner à ses camarades de Slytherin lui-même, mais l'expression de Malfoy l'en empêcha. Il hésita un instant, puis posa la main sur le bras de Malfoy.
« Très bien, » dit il. « Alors viens m'aider demain soir. On ira briser leur blocus au moment où ils s'y attendent le moins. »
Malfoy secoua la tête. « Si tu veux avoir le plus de témoins possibles, tu ne devrais pas attendre le soir. Tout le monde sera en train de se diriger vers la Grande Salle à cette heure-ci. »
Harry secoua également la tête. « Non, cette fois, je ne veux aucun témoin. La rumeur sera notre amie et toutes les histoires qui se propageront seront toutes pires les unes plus que les autres. » Il sourit à Malfoy, et ne fit pas attention au fait que Malfoy le regardait maintenant comme s'il était un maniaque fou. « Et encore mieux, ça requerra ton savoir-faire en Potions, celui dont tu adores te vanter. Tu veux toujours aider ? »
« Oui, » répondit aussitôt Malfoy, et si vivement que Harry lui offrit un sourire amical avant même de pouvoir y penser. « Mais je doute d'avoir sous la main les potions dont tu auras besoin. On ne pourrait pas attendre jusqu'à Jeudi soir ? Ca me donnerait le temps de faire la mixture. »
« Si on fait ça, alors il faudra qu'on arrange notre emploi du temps pour protéger les plus jeunes en attendant, » dit Harry. « De même que ceux qui ne peuvent pas produire de Patronus. »
« Je te fais confiance, » dit Malfoy.
Ces mots n'avaient aucune raison de lui réchauffer l'intérieur, pensa Harry. Stupides mots.
Pour se sortir ces stupides mots de l'esprit, il exposa son plan à Malfoy.
Parmi toutes les étranges choses qu'il avait vu dans la Salle sur Demande au cours de la soirée, pensa Harry un peu plus tard, la plus étrange de toutes avait été de voir Malfoy rigoler à ses mots, non pas par mépris mais par approbation, pendant que tout autour d'eux les volutes argentées des Charmes de Patronus se formaient entre les Slytherins et les Gryffindors. Ils se regardaient avec méfiance, mais ils travaillaient ensemble.
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