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Chapitre Cinq – Pourquoi vous ne devriez pas barricader la bibliothèque de Hogwarts
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« Oh, et Portman aussi a aidé, » dit Hermione, dont l'expression s'illumina légèrement pour s'être souvenue d'un autre nom, avant de replonger dans sa morosité. « Harry, est-ce qu'il faut vraiment que tu fasses ça ? Je sais qu'ils ont tort, et qu'ils devraient être punis, mais par des professeurs, pas par d'autres élèves. »
Harry l'ignora et écrivit le nom de Portman. Maintenant qu'il y pensait, il se souvenait de lui, Gerald Portman, un garçon très discret en cinquième année à Gryffindor, qui avait toujours semblé être un évadé de Ravenclaw. Ce qui ne donnait pas trop de sens au fait qu'il puisse bloquer l'accès à la bibliothèque et empêcher les élèves d'étudier.
Mais en même temps, rien à propos des agressions ou des événements d'après guerre n'avaient de sens, se dit Harry. Il étouffa un bâillement. « C'est tous les noms dont tu peux te souvenir ? » Il jeta un coup d'œil à Ron, qui était assis sur le canapé à côté de Hermione et le fixait comme si il s'attendait à ce qu'il se fasse pousser un nouveau nez ou prête un nouveau serment d'un seconde à l'autre.
« Oui, » répondit Ron. « T'es sûr de vouloir faire ça, mec ? »
« Je vois, » dit Harry, en hochant la tête. « Au lieu de finir les phrases de l'autre comme un couple normal, vous reformuler juste les questions de l'autre. »
Hermione sourit malgré elle. « On ne demanderait pas si ce n'était pas important, Harry. »
« Même si je ne le voulais pas, le serment m'obligerait à le faire, » fit remarquer Harry, et cette inévitabilité fit taire Hermione. Harry pouvait l'imaginer être en train de tomber d'une falaise et en même temps avoir une discussion philosophique avec la gravité jusqu'à finalement accepter l'opinion de celle ci en s'écrasant au sol à la fin. Inévitabilité. « Je ne vais ni les tuer ni vraiment les humilier. Je veux juste propager la peur et la terreur à travers l'école jusqu'à ce que tout le monde fiche enfin la paix aux Slytherins. »
« J'aimerais bien qu'il y ait un moyen de satisfaire les sentiments de tout le monde sans avoir à blesser des gens, » dit Hermione avec mélancolie, jouant avec le coin de la couverture rouge et or étendue sur ses genoux. « Je sais que ce n'est pas bien, ce qu'ils ont fait, mais leur frustration et leur ressentiment à l'égard des Slytherins ne va pas simplement disparaître. Si tu les empêches d'y aller par un chemin, ils en prendront simplement un autre. »
« Je m'en fous qu'ils tressent des paniers ou se mettent aux sports moldus pour dépenser leur frustration, du moment qu'ils ne font pas rebondir la balle aux têtes des Slytherins, » rétorqua Harry en se levant. « Je vais me coucher. »
Ron acquiesça, puis se retourna vers Hermione pour l'embrasser. Harry leva les yeux au ciel et monta les escaliers. Il y avait d'autres élèves dans la salle commune de Gryffindor, tout le monde dans l'univers immédiat était au courant que Ron et Hermione fussent en couple, et pourtant ils agissaient toujours comme si ils ne pouvaient pas s'embrasser lorsque Harry était là.
Alors qu'il se déshabillait pour aller au lit, Harry se demanda si il les enviait, et en conclut finalement que ce n'était pas vraiment le cas. De l'extérieur, ses meilleurs amis avaient l'air de former un couple idéal, confortable et chaleureux, et ils se chamaillaient effectivement beaucoup moins qu'avant. Mais Harry ne pensait pas pouvoir supporter quelqu'un aussi proche de lui en continu, ou quelqu'un qui passait des sermons en continu comme Hermione le faisait, ou quelqu'un qui posait une multitude de questions comme Ron.
J'aurais besoin de quelqu'un avec qui me disputer, pensa-t-il en fermant les yeux. Sauf que ce n'était pas exactement le genre de truc dont on pourrait abuser au risque de perdre l'autre personne. Donc je ne vois pas comment résoudre ce problème.
Il se masturba avant d'aller au lit, pensant que ça l'aiderait à se relaxer et à gérer les appels hors du lit que certains élèves durs d'oreille allaient lui faire subir. Comme toujours, les fantasmes de son esprit étaient sans visage, et avec un petit rire amusé Harry jeta un sort de nettoyage.
Si je dois partir à la recherche de quelqu'un avec qui sortir, ça aiderait pas mal d'avoir au moins une préférence physique.
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« Tu es d'une humeur bien joyeuse ce matin, » commenta Malfoy, sans même relever la tête du chaudron flottant au-dessus du feu.
Harry ferma la porte derrière lui sans répondre, et jeta un coup d'œil autour de lui. Malfoy avait insisté pour qu'ils se retrouvent dans les anciens quartiers privés de Snape, bien qu'ils ne ressemblaient plus vraiment à ce dont Harry se souvenait. Les murs avaient été dépouillés de tout à l'exception des étagères, et une table et quelques chaises, que Malfoy avaient ramené, constituaient les seuls mobiliers. La cheminée était remplie de vieilles cendres. Harry sentit un frisson lui remonter la colonne vertébrale alors qu'il marchait vers Malfoy. « Tu ne peux pas savoir, » fit-il remarquer. « Tu ne m'as même pas encore regardé. »
« Délicate potion, » commenta Malfoy, plongeant une louche dans un bocal sur la table qui semblait contenir du sang, et verser le contenu dans la potion. Harry cligna des yeux, se demandant si c'était la seule explication qu'il obtiendrait, puis Malfoy leva les yeux vers lui et acquiesça. « Du reste, j'avais raison. Lorsque tu as ce stupide sourire sur ton visage, ta voix sonne encore plus stupide que d'habitude. »
« J'imagine que tu dois être un expert en voix et pour reconnaître les personnes stupides, » rétorqua Harry, puis il s'avança à côté de lui pour jeter un œil au contenu du chaudron. Ca n'avait pas l'air très intéressant pour le moment, c'était un mélange violet avec des feuilles vertes flottant au-dessus qui donnait l'impression qu'il s'agissait d'un médicament. « Quels sont les effets de cette potion, Monsieur l'expert ? »
« Rien pour le moment, si ce n'est peut-être de te faire enfler comme un poisson lune. » Malfoy fit un pas en arrière et pencha la tête de côté. Harry suivit sa ligne de vue, mais tout ce qu'il pouvait voir était le côté du chaudron. Peut-être que l'incroyable expert Malfoy était aussi capable de voir à travers l'acier, pensa Harry en souriant. Ca devait être vraiment excitant pour lui. « Mais lorsque je l'aurai fini demain, alors on aura une potion qui puisse influencer les entités immatérielles, exactement comme tu l'avais demandé. »
Harry sourit avec suffisance, malgré lui, et Malfoy leva les yeux juste à temps pour surprendre son sourire narquois et le blond lui sourit en retour. Harry se détendit. D'un côté, il appréciait bien plus le Malfoy avec lequel il pouvait comploter plutôt que celui avec lequel il devait constamment surveiller ses arrières. A relativiser le apprécier évidemment. Mais d'un autre côté, le Malfoy qui souriait sans cesse depuis hier était particulièrement étrange.
« Et les autres potions ? » demanda-t-il.
Malfoy lui fit un signe de la main, indiquant quelque chose derrière lui. Harry se retourna et vit les fioles alignées sur la table, une verte, une bleue et deux rouges.
« La première augmente les émotions, » dit Malfoy. « La bleue rend les émotions contagieuses. Les rouges nous diront, respectivement, quels sont leurs pires cauchemars et les feront accepter toutes invraisemblances, pour ainsi les convaincre plus facilement que leurs pires cauchemars deviennent réalité. »
« Attend. » Harry avait croisé les bras sur sa poitrine et fronçait les sourcils. « On doit boire une de ces potions ? Je pensais que ça ne serait que pour nos victimes. »
Malfoy lui jeta un regard perçant du coin de l'œil. « Qu'est-ce qu'il y a, Potter ? » demanda-t-il doucement. « Tu ne me fais pas confiance ? »
Harry fronça encore plus les sourcils, si possible, et l'examina. Un sourire de la part de Malfoy l'aurait probablement aidé à réagir de la bonne façon. Mais au lieu de cela, il semblait être à la fois sérieux et plaisantant, ce qui signifiait qu'il attendait une réponse pour les deux situations. C'était injuste.
Malgré tout, Harry savait qu'à prendre les choses trop sérieusement Malfoy se moquerait de lui, donc il leva les yeux au ciel et dit : « C'est une chose que de te faire confiance pour embrouiller les idées d'autres élèves, et une toute autre que de te faire confiance pour ne pas me donner la diarrhée après avoir avalé une de tes potions. »
Malfoy cligna des yeux, et pendant un moment son visage se détendit dans une expression de complète confusion. Harry examina le chaudron avec le plus grand sérieux, pour cacher son sourire. Et voilà. Bienvenue dans mon perpétuel état d'esprit depuis que j'ai prêté ce stupide serment.
« Je vois, » dit Malfoy. « Bien, si tu veux, je peux être le seul à prendre cette potion, et je te dirai quels sont les pires cauchemars des autres. » Il fit une pause, puis ajouta : « De combien d'élèves allons nous devoir nous occuper ? »
« J'ai une quinzaine de noms, » répondit Harry, en tapotant la poche dans laquelle se trouvait la liste. « Et on prendra tous les deux la potion, en même temps. Juste pour être sûr que tu ne triches pas. »
Malfoy soupira bruyamment, et Harry s'efforça de se retourner vers lui.
« Je ne te comprends pas, » dit Malfoy. « Tricher ? »
« Si je ne prenais pas quelques précautions, tu te moquerais de moi et laisserais sombrement entendre que je le devrais, » dit Harry. « Et si je ne prenais pas la potion du tout, alors Merlin sait ce qui arriverait. Il semblerait que j'apprenne à penser comme un Slytherin… Ca fait gagner du temps à long terme. »
« Qu'est-ce toi tu peux en savoir de comment les Slytherins pensent ? » Malfoy avait soudainement saisi un bout d'oignon sur la table et le laissa tomber dans la potion. Les bulles qui avaient commencé à monter vers les bords du chaudron se mirent à refluer à nouveau, et Malfoy soupira, secouant la tête et essuyant une goutte de sueur de son front.
Harry songeait à dire quelque chose sur le fait qu'il avait failli être envoyé à Slytherin, mais en même temps il ne voulait pas avoir à attendre encore plus longtemps pour que la potion soit prête, juste parce que Malfoy lui aurait jeté le chaudron à la tête. « J'en sais un petit quelque chose, » se lança-t-il finalement. « Le Choixpeau voulait m'envoyer à Slytherin. »
La main de Malfoy fit un geste brusque de côté, projetant tout un tas de pétales de fleurs rouges sur le sol et sur la table. Harry ricana et agita sa baguette pour faire voltiger les pétales et les guider au-dessus du chaudron. Son seul regret était de ne pas avoir fait sa confession pendant que Malfoy était occupé à boire quelque chose. « Est-ce qu'on est censé les mettre toutes d'un coup, ou progressivement, ou les disperser à la surface, ou quoi ? » demanda-t-il.
« Les disperser à la surface, » répondit Malfoy. Il fixait Harry, son visage était blanc et ses lèvres étaient tellement serrées que Harry s'attendait à ce qu'elles se déchirent d'une minute à l'autre. « Il n'a pas pu envisager de t'envoyer toi à Slytherin. »
« Eh bien, si, » dit Harry, et il fit tourner sa baguette pour faire tomber les pétales et les disperser tel que malfoy l'avait dicté. « Ce n'était pas mon idée, tu sais. Le choixpeau a dit que Slytherin m'aiderait sur le chemin de la grandeur, et je l'ai supplié de me placer n'importe où d'autre qu'à Slytherin. Je n'ai pas spécifiquement demandé pour Gryffindor, parce qu'à ce moment là je ne savais encore rien sur les maisons. Mais Gryffindor était son second choix, donc c'est là qu'il m'a envoyé. » Il haussa les épaules et se retourna pour observer Malfoy.
Malfoy était adossé contre la table, ses mains toutes deux cramponnées aux bords. « Pourquoi ne voulais-tu pas aller à Slytherin ? » demanda-t-il.
Harry déglutit, soudainement mal à l'aise. Il avait mentionné le fait pour taquiner Malfoy et pour mettre en avant le fait qu'il n'était pas impossible pour lui d'être aussi « brillant » qu'un Slytherin. Mais il avait oublié l'autre chose qu'il aurait aussi à admettre.
D'un autre côté, pourquoi est-ce que ça le rendrait si mal à l'aise ? Evidemment que le passé avait un impact sur le présent, sinon il aurait aidé les Slytherins beaucoup plus volontiers qu'il ne l'avait fait jusqu'à présent.
« Toi, » dit-il. « La façon dont tu t'étais moqué de Ron et t'étais vanté d'avoir toute ta famille à Slytherin. Mais c'était surtout en partie parce que tu m'avais rappelé mon cousin, » expliqua-t-il.
La bouche de Malfoy se détendit, mais seulement pour passer d'une moue tendue à un sourire sarcastique et dégouté. « Je vois, » dit-il, et il détourna la tête comme s'il voulait qu'Harry admire son profil. C'était peine perdue, pensa Harry, et il se pencha au-dessus du chaudron pour s'assurer que les derniers pétales étaient dans la potion. « Déjà à l'époque, tu prenais tes décisions à cause de moi. »
Harry releva brusquement la tête et fit volte-face. Bien sûr que cet imbécile allait l'interpréter comme ça, mais Harry n'aillait certainement pas le laisser penser ça. « C'est pas ça ! Je viens de te le dire, tu me rappelais mon cousin. On pourrait tout aussi bien dire que j'ai pris ma décision à cause de lui. » Puis Harry réalisa à quel point ça sonnait ridicule et se tut, fronçant farouchement les sourcils.
Malfoy lui renvoya son regard. La blancheur de son visage s'était estompée, et il semblait aimer ce qu'il voyait dans l'expression d'Harry, parce que ses yeux se mirent à briller. « Tu dis ça… Mais depuis quand tu laisses qui que ce soit d'autre que Dumbledore avoir autant d'influence sur toi, Potter ? » demanda Malfoy, avec un sourire au coin.
Le ton de sa voix mettait à l'épreuve le sang froid d'Harry, comme il l'avait toujours fait, et il répondit sans même réfléchir : « Essaye un peu, toi, d'avoir à faire à quelqu'un qui te tyrannise et te tabasse tous les jours sans aucune raison, et on verra comment tu t'en remets ! Je ne t'ai pas vu sauter sur tes pieds pour repousser Matthieson à ce que je sache ? »
Puis il entendit le son de ses propres mots, et s'il avait pu il se serait giflé lui-même, bien plus fort que Snape ou Hermione ne l'aurait jamais fait.
Merde.
Il attendit avec appréhension que les moqueries ne commencent. Malfoy allait poser des questions. Il dirait qu'Harry ne valait rien pour se laisser tabasser par un moldu. Il prierait pour avoir plus de détails sur Dudley comme ça il pourrait propager l'histoire dans ses moindres détails.
Mais une minute passa et Malfoy ne dit rien. Harry leva finalement les yeux, une main sur sa baguette, prêt à lancer un sortilège d'amnésie si il le fallait.
Malfoy était à nouveau en train de faire le tri entre ses ingrédients, bougeant les fioles en fronçant légèrement les sourcils. Il ramassa une feuille morte, l'étudia, puis la reposa.
« Je vois, » dit-il, sans lever la tête. « Ca explique bien des choses. »
« Oh, non, » dit Harry, et il pointa sa baguette sur le Slytherin. Malfoy fixa la baguette comme s'il s'agissait d'une équation d'arithmancie particulièrement difficile. « Ecoute, Malfoy, tu ne vas pas utiliser cette révélation pour… pour me manipuler, ou un truc du genre. »
« Quelle révoltante suggestion, Potter, » s'exclama Malfoy, l'air véritablement dégouté. « Bien sûr que non. Mais je cherchais une explication au fait que tu prennes les agressions des Slytherins si personnellement, et maintenant j'en ai une. C'est tout. » Il haussa une épaule avec désinvolture et sembla enfin trouver la bonne feuille morte, puisqu'il la laissa tomber dans la préparation avec un prompt hochement de tête.
Harry l'étudia un peu plus longuement. Malfoy n'agissait jamais comme s'il était conscient d'être observé, à la place il se contentait de manipuler ses mystérieux ingrédients, des plumes, plus de feuilles et plus de pétales et un liquide rouge dont Harry espérait n'était pas du sang.
« Je ne comprends pas, » dit finalement Harry.
« Qu'est-ce que tu as besoin de comprendre ? » Malfoy sécha ses mains avec la serviette et lança un sort qui forma un chatoyant dôme bleu au-dessus du chaudron. « Voilà. Maintenant ça doit encore mijoter pour un jour, et puis je pourrai la boucher. On pourra l'utiliser n'importe quand après ça. » Il jeta un petit coup d'œil à Harry. « Ca tient toujours pour jeudi ? »
« Pourquoi est-ce que tu ne tires pas profit de ce que je viens de te dire, » répondit Harry. « Me faire du chantage. Me menacer de le dire à tout le monde. L'utiliser pour que je te donne des Gallions ou au moins mon balai. Quelque chose. »
« Tu n'es pas le seul à avoir changé au cours de l'année dernière, » dit Malfoy, adoptant une expression blessée et fixant Harry, les lèvres tremblantes.
« Comme si j'allais croire ça, » dit Harry. « Ton comportement n'a certainement pas changé vis-à-vis de moi, en tout cas. Dis-moi ce que tu vas en faire alors ? »
« Je ne vais rien en faire, » répondit Malfoy, d'un sourire désinvolte dont Harry se méfia instinctivement, de la même façon qu'il ne ferait pas confiance à un scorpion qui lui promettrait de ne pas le pincer. « Si j'utilise cette information, ça en diminue sa valeur. » Il se détourna et marcha vers la porte, les mains dans les poches de sa robe.
« Malfoy, » grommela Harry, en le suivant.
Malfoy se retourna si soudainement qu'Harry n'eût même pas le temps de reculer, et ils se retrouvèrent à seulement quelques centimètres l'un de l'autre. Malfoy le regardait dans les yeux comme s'il essayait de l'hypnotiser. Harry croisa les bras, puis réalisa ce qu'il était en train de faire et les laissa rapidement tomber de côté. Si ce geste ne l'intimidait pas, il ne pensait pas qu'il pût intimider Malfoy non plus.
« Tes secrets ont plus de valeur si je les garde pour moi-même, » murmura malfoy. « J'aime savoir des choses sur toi que personne d'autre ne sait. » Il se tut un instant, comme s'il réfléchissait. « Bon, tes amis doivent sûrement savoir à propos de ton cousin, mais je ne pense pas que qui que ce soit d'autre sache que Slytherin était le premier choix de choixpeau, n'est-ce pas ? »
« Dumbledore le savait, » avança Harry, regrettant de ne pouvoir effacer l'expression de suffisance du visage de Malfoy avec son poing.
« Ca ne me dérange pas de partager mes secrets avec des morts. » Le regard de Malfoy balaya rapidement la pièce, puis retourna sur Harry. « Ou un être vivant, à condition que le vivant soit toi. » Il tendit la main et attrapa le poignet d'Harry.
Harry se tenait là et le laissa faire, ce dont il se surprit lui-même. Puis il sembla reprendre ses esprits. Il repoussa Malfoy pour libérer sa main et l'essuya sur son pantalon en en faisant tout un spectacle. Il espérait que ça ferait grimacer Malfoy autant que ses mots et gestes avaient semblé le perturber l'autre jour.
Malfoy lui offrit simplement un sourire et puis partit. Plus il s'éloignait, plus la chaine ou la corde qui semblait se trouver entre eux s'étirait. Harry jeta avec prudence le sort Finite Incantatem sur chaque partie de son corps pour s'assurer que la sensation n'était pas réelle, er passa le reste de la journée à bouder en cours.
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« Tout le monde n'est pas encore arrivé, » souffla Malfoy à l'oreille d'Harry, et sa voix le fit frémir. Harry pencha la tête de côté avec irritation et baissa les yeux sur la liste qu'il avait en main, puis sur la souple sacoche balancée sur l'épaule de Malfoy qui contenait les fioles.
« Je sais, » dit Harry. « Mais la plupart d'entre eux sont là, et c'est tout ce dont on a besoin. Après tout, le but est de créer une rumeur qui terrifiera les autres et les laissera incertains de ce qui est véritablement arrivé… » Il jeta un nouveau coup d'œil au coin du couloir. Oui, plusieurs gryffindor de sa liste et un Hufflepuff étaient assis près de l'entrée de la bibliothèque, dans les alcôves de chaque côté et aux premières tables. Harry avait déjà vu les regards menaçants qu'ils lançaient aux Slytherins qui passaient dans le couloir et c'était suffisant pour le faire bouillir de l'intérieur.
« Il faudra qu'on fasse attention à ce que le chaos ne se propage pas jusque dans la bibliothèque, si possible, » murmura Malfoy. « Je ne pense pas que Madame Pince nous pardonnerait si ça arrivait. »
« Madame Pince peut aller se faire foutre, » marmonna Harry, en extirpant les potions rouges dont Malfoy avait dit lui donneraient l'habilité de voir les pires cauchemars de leurs cibles. « Elle n'a jamais rien fait pour empêcher les autres de cous traiter comme de la merde. »
« On n'est pas des livres, » dit Malfoy. « Evidemment qu'elle n'en a rien à faire de nous. Et, c'est la mauvaise potion. » Il attrapa la fiole rouge des mains d'Harry et lui tendit une autre à la place.
Harry l'étudia en plissant les yeux. Malfoy lui sourit avec innocence et fit un geste vers la bibliothèque, comme pour lui rappeler qu'ils n'avaient probablement pas beaucoup de temps avant que leurs cibles ne bougent.
Harry déboucha la fiole. La potion à l'intérieur semblait le dévisager tel un œil injecté de sang. Il fit la grimace et bu la moitié du contenu.
Sa perception de se qui l'entourait oscilla et, prit de vertige, il chancela. Il avait l'impression de se tenir en équilibre sur un balai tournoyant dans les airs. Il tendit une main en l'air et Malfoy l'attrapa et le retint de tomber. Harry essaya de ne pas trop se sentir mal à l'idée de tenir la main de Malfoy pendant qu'il remettait ses idées au clair. En même temps, Malfoy attrapa la fiole et avala le reste de la potion.
Harry leva les yeux et se concentra sur les images qu'il pouvait maintenant voir flotter comme des couronnes, ou des auras, écarlates et rougeoyantes au-dessus des têtes des gens devant lui.
Le garçon le plus proche, Portman, avait nundu rugissant entourant son cou comme s'il s'agissait d'une écharpe. Une autre avait un détraqueur flottant au-dessus d'elle, un qui avait un basilic enroulé autour du bras et un bon nombre d'entre eux avait Voldemort. Harry sourit. Il se doutait que ce devait être un sourire méchant, mais il n'en avait rien à faire. Comme il l'avait espéré, tous leurs cauchemars étaient des objets consistants. Ainsi, il n'aurait pas à devoir essayer d'invoquer des impressions de faim, de pauvreté ou de solitude dans la mort. Il n'était pas sûr que ses maléfices, même après beaucoup de pratique, puissent être capable d'un tel résultat.
Bien sûr, si les autres potions de Malfoy fonctionnaient comme prévu, ça n'aurait pas d'importance.
« Très bien, » dit-il du bout des lèvres. « Comment est-ce qu'on va faire pour les faire ingérer la potion ? »
Malfoy attrapa l'autre potion rouge, celle dont il avait empêché Harry de boire, et la potion verte. Puis il fit un clin d'œil à Harry, déboucha les fioles et les posa sur le sol. Il commença à scander une incantation aussi longue que complexe pendant qu'il faisait tournoyer sa baguette au-dessus des potions.
Les liquides se changèrent doucement en brume et s'échappèrent des fioles comme si ce fût de la vapeur. Harry recula nerveusement, mais les vapeurs ne s'approchèrent pas de lui pour le toucher. A la place, les fumées s'étirèrent vers le plafond, devenant de plus en plus fines, jusqu'à ce qu'on ne voit d'elles rien de plus qu'une pale lueur disparaissant au coin du couloir en direction de la bibliothèque. Harry jeta un discret coup d'œil au coin.
Si il se concentrait, il pouvait voir les émanations se glisser dans les narines de leurs cibles, Portman, la fille effrayée par les détraqueurs et tous les autres. Une légère expression troublée apparut sur leurs visages, mais autrement les potions ne semblaient pas avoir un effet visible. Harry avait demandé à Malfoy que ce soit le cas ; il n'y avait pas de raison de faire paniquer tous les élèves avant qu'ils ne voient leurs pires cauchemars déferler devant eux.
« C'est génial, bien joué, » dit-il à Malfoy, ne voulant pas mâcher ses mots. Le blond rougit, chose à laquelle Harry ne s'était pas attendu. « La potion bleue ? Quand est-ce qu'on l'utilise ? »
« Après celle-ci. » Malfoy saisit la potion qui avait eu une couleur violette et verte l'autre jour. « Il ne faudrait pas rendre leurs émotions contagieuses avant même qu'ils n'aient commencé à les ressentir. »
« Je sais, » marmonna Harry, alors que Malfoy lui offrait un sourire narquois, puis il désigna la potion violette. « Alors on utilise celle là après les avoir appelés ? »
« Tes tentatives d'agir comme si tu t'y connaissais en potions sont adorables, Potter, » murmura Malfoy. Il ferma les yeux, son front se plissa. « Expecto Patronum ! »
Harry appela le sien au même moment, et le cerf argenté frappa le sol de ses sabots et tourna sur lui même, à la recherche d'une menace. Il ne semblait pouvoir en trouver aucune, alors il s'arrêta et tourna la tête vers Harry, comme pour demander pourquoi Harry l'avait appelé.
Toutefois, Harry ne pouvait y répondre, il était trop occupé à regarder le Patronus de Malfoy. Un énorme oiseau argenté s'était posé sur le sol devant lui, les ailes étendues comme s'il voulait protéger Malfoy de la vue de quiconque qui pourrait passer le coin. Son bec était crochu et ses yeux particulièrement vifs.
« Qu'est-ce que c'est que ce piaf ? » chuchota Harry.
« Un condor, » répondit Malfoy. « L'oiseau avec la plus large envergure dans le monde, à l'exception de quelques albatros peut-être, et il peut monter en flèche pendant des heures, voler à contre vent et ne jamais fatiguer. » Il jeta un coup d'œil au cerf d'Harry avec dédain. « Une apparence bien plus élégante que ta bestiole en rut, tu dois admettre. »
« Qui aurait cru que tu aurais un charognard en guise de Patronus, » dit Harry avec sarcasme, et ignorant l'air renfrogné qui était apparu sur le visage de Malfoy. « Utilise la potion. »
Malfoy déboucha la fiole et laissa couler la potion violet-verte sur les deux Patronus. Le condor sembla s'y résigner rapidement alors qu'il étirait ses ailes. Le cerf, en revanche, tressaillit, sautilla, donna des coups de ramure dans tous les sens et renâcla sans lâcher Harry du regard. Mais la potion agit comme elle était supposée agir, et les rendit tous deux plus solides, capables de recevoir les sortilèges dont Malfoy et Harry les avaient recouverts.
« Je m'occuperai des détraqueurs, » dit Malfoy. « Je sais particulièrement à quoi ils ressemblent. Tu commences avec Voldemort. »
Harry ouvrit la bouche pour objecter et dire qu'ils pourraient tout aussi bien inverser leurs choix, puis se souvint de ce que Malfoy avait dit au sujet des détraqueurs traînant autour du Manoir. Il hocha la tête et jeta un sort au cerf qui le rendit flou, puis il se redressa et pensa de toutes ses forces à ce visage qu'il connaissait trop bien.
Il détestait avoir à faire ça, d'une certaine façon, autant qu'il détestait voir l'élégant (oui il l'admettait) condor devenir un détraqueur. Mais c'était pour une bonne cause, et lorsque le détraqueur et Voldemort passèrent le coin du couloir, plus d'une personne se mit à hurler.
Malfoy était en train de mettre en action la potion bleue, et Harry vit les vapeurs s'insinuer dans les oreilles, les yeux et les narines de toutes les personnes aux alentours de la bibliothèque, pas seulement ceux qui la barricadaient. Ca lui était égal. Le but était de créer une situation intense et déroutante pour que personne ne comprenne réellement ce qu'il se passe, et qu'une tonne de différentes histoires en émerge et se propage follement dans toute l'école. Et Harry ne pensait pas que quiconque pût être capable de deviner ce qui se serait véritablement passé, étant donné la complexe combinaison de Patronus et d'illusions qu'ils avaient choisi.
Les cris se propagèrent dans la bibliothèque au fur et à mesure que le détraqueur et Voldemort avançaient, suivis de près par un nundu que Malfoy avait fait apparaître dans l'air. Il n'était pas aussi convaincant que les Patronus, qui avaient une base solide et se déplaçaient dans toutes les directions, alors que le nundu ne faisait rien de plus que marcher en rond et rugir. Le même problème s'appliqua au basilic que créa Harry. Mais avec la panique, se propageant de personne en personne, ça n'avait pas vraiment d'importance.
Portman fonça dans un mur alors qu'il essayait de s'échapper. La fille qui avait peur des détraqueurs lança un livre au condor déguisé de Malfoy, ce qui le fit siffler de rage en retour. Il rejeta en arrière sa capuche, révélant ainsi sa longue bouche. Elle se dépêcha de s'enfuir à son tour, poussant des hurlements dignes de rivaliser avec les banshees. Puis, deux garçons tentèrent d'escalader une étagère et Madame Pince les chassa, à deux doigts de leur botter les fesses, leur criant de se taire parce que c'est une bibliothèque !
Deux garçons portant des cravates Gryffindor se cognèrent à la tête. Une Hufflepuff, la seule au milieu de la foule, gémissait et répétait sans cesse : « Je serai sage, je le promets ! Je serai sage ! » pensant naïvement que ça aiderait. Voldemort coinça un autre élève de Gryffindor contre une table, il agita la baguette dans sa direction et les yeux du garçon roulèrent à l'intérieur de sa tête alors qu'il s'évanouissait.
Malfoy se tenait le ventre et ne pouvait s'arrêter de rire. Harry regardait avec satisfaction le plan se dérouler exactement comme il l'avait prévu. Avec tout ça, le taux d'agression des Slytherins allait diminuer.
Du moins, Harry espérait qu'il diminuerait. Si ça ne marchait pas, il n'aurait plus qu'à essayer quelque chose d'autre. Il frotta la cicatrice sur son torse d'un air distrait, puis se força à arrêter.
Malfoy avait dit que les potions ne dureraient que dix minutes, et c'était à peu près le temps durant lequel il pouvait garder son Patronus actif. Lorsque le temps se fut écoulé, ils s'éloignèrent et les Patronus disparurent d'eux-mêmes. Malfoy marchait en chancelant, se tenant toujours le ventre, haletant et la respiration sifflante. Harry lui jeta un coup d'œil et secoua la tête. Il ne trouvait pas que cette expression d'intense joie allait très bien à Malfoy, mais d'un autre côté il savait à quel point ça pouvait faire du bien de se venger des personnes qui nous auraient fait du mal. C'était plus difficile avec les Dursley maintenant, surtout qu'il ne les avait plus vu depuis le début de la guerre, mais quand il était plus jeune il n'avait eu de cesse de rêver de leur attirer des ennuis.
« C'était excellent, » dit il, lorsqu'ils se furent suffisamment éloignés de la bibliothèque pour faire une pause. « Tu es fichtrement génial, Malfoy. »
Le rire de Malfoy se coupa aussitôt, comme s'il avait été frappé. Il s'assit et fixa Harry. Son visage était rose vif, mais Harry pensait que c'était simplement dû à son fou rire. Puis il se força à arrêter de penser au rougissement de Malfoy parce que c'était stupide, et se détourna.
« Merci, » dit Malfoy, doucement.
Ce mot, ajouté aux mots que Malfoy avait prononcé l'autre nuit sur le fait qu'il lui faisait confiance, le réchauffait de l'intérieur. Harry se renfrogna et dit à son intérieur, et à lui même, et à Malfoy, et au monde en général, d'arrêter d'être stupide.
Toutefois, il ne s'attendait pas vraiment à ce que l'un d'entre eux ne l'écoutât.
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