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Chapitre Sept
– Le général dans son lit d'hôpital

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Harry devait admettre qu'il ne se souvenait presque pas de son trajet jusqu'à l'infirmerie ou de ce que qui c'était passé une fois qu'il y était arrivé. Il entendit une voix pousser une exclamation d'effroi et sentit une baguette parcourir son corps, mais ce n'était pas comme si c'était nouveau. Puis quelqu'un le sermonna. Harry pouvait reconnaître qu'il s'agissait d'un sermon par le ton et la vitesse à laquelle les mots sortaient, même s'il était incapable de comprendre quoi que ce soit. Il se contenta d'hocher la tête. C'était ce que tu étais censé faire lorsque tu te faisais gronder : hocher la tête et prendre un air embarrassé, comme si tu promettais de faire mieux la prochaine fois, et alors ils seraient satisfaits et te laisseraient tranquille.

Harry se demandait si il était le seul à avoir réalisé que les réprimandes ne servaient à rien.

Il reprit conscience au moment où Madame Pomfrey tendait vers lui une fiole contenant un liquide rouge. Harry l'examina. Il ne se méfiait pas d'elle comme il se méfiait de Snape, mais cette fois il y avait d'autres facteurs à prendre en compte.

« Qu'est-ce que ça me fera si je bois ça ? » demanda-t-il.

Malfoy, qui se tenait à côté du lit, regarda Harry comme s'il se devait de sauter de joie à la vue de la potion. Harry l'ignora et se concentra sur Madame Pomfrey. Il ne prendrait que en compte sa réaction. Après tout, Madame Pomfrey l'avait guéri des douzaines de fois, et Malfoy était juste celui qui avait remarqué sa blessure, amené ici, rassuré, et agi comme si l'éventualité qu'Harry ne guérît pas l'inquiétait vraiment…

Stupide comparaisons.

« Ca te fera dormir, » répondit Madame Pomfrey, posant une main sur la hanche avec une expression familière d'exaspération. Harry avait le sentiment que, si elle avait pu, elle aurait posé les deux mains sur les hanches, mais ça aurait signifié écraser la fiole et renverser la potion. Il essaya de lui dire par télépathie de faire ça, mais apparemment son cerveau n'était pas ouvert aux messages aujourd'hui. « Ton corps a besoin de passer par une période d'inactivité forcée pour guérir les dégâts internes. »

« Malfoy a dit qu'il n'y avait pas de dégâts internes, » fit remarquer Harry. « Qu'il s'agissait de la pire variation du sort, celle avec les reins, pas celle qui cause juste une hémorragie interne. » Il essayait de montrer que sa mémoire était toujours intacte, mais ce qu'il disait n'avait aucun sens.

« Potter, » dit Malfoy, dont la voix laissait penser qu'il venait d'entrer dans une pièce remplie d'idiots et qu'il avait été accosté par le leader. « Tes reins sont internes. »

Harry n'allait certainement pas le regarder. Son attention était dirigée vers Madame Pomfrey, et non pas Malfoy et ses expressions débiles. « Et donc, pourquoi est-ce que j'ai besoin de cette potion ? »

« Les dégâts sont déjà bien avancés, » dit Madame Pomfrey d'un air sévère, et elle se pencha en avant jusqu'à ce que son nez ne touche presque celui d'Harry. « Mr. Potter, est-ce que vous réalisez à quel point vous venez juste de frôler la mort ? Ca s'est joué de peu, considérant la souffrance que vous avez du traverser. Vous auriez fini par vous écrouler peu de temps après si Mr. Malfoy ne vous avez pas amené ici. »

Le rapide coup d'œil émerveillé qu'elle lança à Malfoy fut la seule chose au milieu de cette hostile situation qui le fit enfin se sentir comme à la maison. Madame Pomfrey pensait qu'il avait été en danger. Malfoy pensait qu'il avait été en danger. Malfoy était en train d'essayer de l'humilier devant un adulte, enfin pas vraiment. Malfoy l'avait regardé comme si…

Si j'arrête de penser à ça, ça sera comme si ça n'était jamais arrivé, se dit Harry avec détermination. Ce n'était pas comme si Malfoy avait le courage d'aller plus loin. Harry devait simplement l'ignorer et le problème s'arrêterait ici.

« Ok, mais si je suis endormi, qu'est-ce qui se passe si le serment m'appelle ? » demanda-t-il à Madame Pomfrey. « Pouvez-vous me donner quelque chose qui me gardera en alerte et capable de me déplacer ? »

Madame Pomfrey marmonna quelque chose entre ses dents à propos de « foutus serments ». Harry espérait qu'elle réalisait à quel point il était d'accord avec elle à propos de l'inutilité des serments en général et de celui-ci en particulier.

« Impossible, » dit Madame Pomfrey finalement. « Je suis désolée, Mr. Potter, » ajouta-t-elle lorsque Harry ouvrit la bouche pour protester. « Mais les dégâts… Vous ne comprenez pas à quel point les dégâts sont importants. Vous allez devoir vous reposer et espérer qu'aucun Slytherin ne se fasse agresser au cours des prochaines heures. Il n'y a pas d'autres options. »

Harry serra les dents et se tourna vers Malfoy. « Alors j'aurais besoin que tu ailles voir McGonagall pour lui dire qui a attaqué Reynolds, » dit il. « C'est elle qui a dit qu'elle allait faire quelque chose à ceux qui empêchent les autres d'apprendre. Je pense que la manière dont elle a formulé cette phrase était pour elle un bon moyen de ne pas avoir à s'impliquer dans les attaques qui n'ont pas lieu dans la bibliothèque ou dans les salles de classe… Mais c'est le bon moment de la tester. »

« Mr. Potter ! » s'exclama Madame Pomfrey, scandalisée.

Harry l'ignora, bien qu'il pût sentir un retour de la douleur qu'elle avait réussi à bloquer avec des sorts. Il devait se concentrer sur Malfoy, parce qu'il était le seul à connaître la situation et à pouvoir agir dans l'intérêt d'Harry là tout de suite.

Malfoy acquiesça doucement, les yeux fixés sur lui et le visage reprenant quelques couleurs. « Je me demandais pourquoi sa déclaration publique n'avait pas semblé te rassurer plus que ça, » murmura-t-il. « Mais je pense qu'elle le pensait, et ce que Reynolds a fait est tellement gros qu'elle le prendra forcément en compte. »

« Je n'ai pas envie de parler de la grosseur de ce que Reynolds a fait plus longtemps, » grogna Harry avec impatience. Il pouvait voir la main de Madame Pomfrey se contracter et il avait l'impression que si il n'avalait pas la potion de lui-même, elle finirait par la lui fourrer dans la gorge comme un lance-pierre. « Vas-y. »

Pour quelques raisons, Malfoy s'attarda le long du lit. Puis il se pencha pour murmurer, « Oh, mais on devrait parler de la grosseur de certaines choses, très bientôt. »

Il y avait beaucoup de choses qu'Harry aurait pu répondre, au sujet des béguins et des stupides personnes qui en avaient, mais il ne le fit pas. D'une part, parce que ça signifiait plus de retard et d'autre part parce qu'il savait exactement de quoi Malfoy parlait et qu'il était préférable de ne pas l'encourager sur cette voie.

« Vas-y, » dit-il. Puis il ajouta un petit quelque chose pour l'inciter à partir, du moins s'il le comprenait correctement : « Je compte sur toi. »

Les yeux de Malfoy s'écarquillèrent et ses joues devinrent rose sombre comme le sable. Et bordel de merde, pourquoi fallait-il qu'il pense à ses joues en de tels termes ? Il ne serait même pas capable de différencier un rose sable d'un rose de lever de soleil. Puis Malfoy décampa.

« Enfin, » souffla Madame Pomfrey, et elle lui tendit la potion si rapidement qu'elle cogna presque Harry au visage, lui brisant ses lunettes, envoyant des morceaux de verre dans ses yeux, qui le rendraient aveugle et si impuissant que les derniers Mangemorts viendraient le chercher pour en finir avec lui. Et , elle serait désolée, pensa Harry. Il accepta tout de même la potion et la but avec dignité.

Alors qu'il était étendu là, à rouspéter contre la douceur de l'oreiller. Il était parfaitement doux, ce qui voulait dire qu'il aurait du mal à se redresser pour s'asseoir si quelqu'un entrait soudainement dans l'infirmerie. Trop doux pour vouloir relever la tête. Il sentit le regard de Madame Pomfrey peser sur lui. Harry leva les yeux au ciel. « Quoi ? » demanda-t-il.

« Je n'avais pas réalisé que vous vous méfiez autant de la Directrice, McGonagall, » murmura Madame Pomfrey. « Ca explique tellement toutes vos actions au cours de l'année. »

Harry avait tout merveilleux et cinglant discours d'adulte préparé, expliquant à quel point il ne se serait jamais méfié d'elle si elle n'avait pas commencé à ignorer la persécution des Slytherins. Et Harry était fatigué de devoir faire son job.

Mais il finit par répondre dans ses rêves, ce qui valait probablement mieux pour tout le monde, de toute façon.

-o-

« Comment on peut savoir que vous n'êtes pas sous l'effet du Polynectar ? »

Les mots sortirent Harry d'un étrange rêve où Malfoy était emprisonné dans une immense toile d'araignée et il devait le sauver. Bien évidemment, Malfoy rendait la tâche encore plus difficile en le regardant de la même façon qu'il ne l'avait fait quand ils avaient marché vers l'infirmerie. Il cligna des yeux et tenta de se redresser, à la suite de quoi l'oreiller prit son ignoble revanche et le fit retomber en arrière à nouveau.

Au moins, ça eut l'avantage d'attirer l'attention des tous les gens rassemblés autour du lit comme s'il s'agissait d'une pierre tombale. Dès le premier aperçu de la situation, il comprit exactement ce qu'il se passait.

« Je vais le tuer, bordel ! » s'exclama-t-il.

« Qu'est-ce que tu veux dire, Potter ? » demanda Zabini, qui était adossé contre le mur le plus proche du lit. Il souriait comme l'idiot qu'il était pour avoir accepté de participer à tout ça en premier lieu.

Harry se contenta de secouer la tête. Malfoy était juste aller placer une garde de Slytherins tout autour de lui, principalement des sixièmes et des septièmes années, bien qu'Harry aperçut quelques élèves plus jeunes. Derrière les Slytherins se tenaient Ron, Hermione et Neville, tous ayant l'air de se demander où se trouvait Madame Pomfrey avant de sortir leurs baguettes.

« Il n'était pas sérieux à propos de monter la garde autour de moi, » dit Harry à Zabini. « Tu aurais dû savoir. »

Le visage de Zabini se tordit en une expression bizarre qu'Harry ne pouvait que comparer à celle que Tante Pétunia utilisait lorsqu'elle parlait à une de ses voisines pieuses. « Je ne vois pas de quoi tu parles, » répondit-il. « Je sas que le leader non-officiel de notre Maison est venu cet après-midi pour nous donner l'ordre de t'assurer une protection en continu. »

« Si il est votre leader non-officiel, alors ce sont des ordres non-officiels, » dit Harry fermement, et il repoussa la couverture.

Zabini attrapa le coin de sa couette d'une main. Son sourire avait disparu. « Pas vraiment, » dit-il doucement. « On va te protéger quoi qu'il en soit, Potter. »

Harry plissa les yeux. « C'est une intéressante inversion des rôles, étant donné que vous n'arriviez déjà pas à vous protéger vous-mêmes. »« La situation est différente, et tu le sais. » Le regard de zabini ne fléchit pas. « Ne joue pas l'idiot. Peut-être que tu arrives à les duper, eux, » il pencha la tête pour indiquer les amis d'Harry, « mais pas nous. » Son visage se détendit pour lui sourire. « Sans parler de l'importance que tu représentes pour nos glorieux leader non-officiel. »

Harry le dévisagea, bouche bée. Il avait espéré que les émotions qu'il avait lues dans le regard de Malfoy allaient mourir d'une belle mort, mais ça ne serait pas aussi simple si d'autres personnes étaient également au courant.

Je vais devoir soudoyer Zabini pour qu'il mentionne plus rien de cela, pensa-t-il, puis il se tourna vers ses amis. « Hermione, qu'est ce qu'on a fait de si important au cours de notre première année ensemble, qui nous a fait devenir amis ? » lui demanda-t-il.

Hermione sembla perplexe juste l'espace d'une seconde, puis sourit. « On a tué un troll des montagnes, » dit-elle, « tous les trois. »

Harry hocha la tête. « Ils sont bien ceux qu'ils prétendent être. Laisse-les passer. »

« Oui, O glorieux élu, » prononça solennellement Zabini, avant de se tourner vers les Slytherins pour leur faire signe de s'écarter. Ils s'éloignèrent de côté telle une vraie garde, d'une façon qui rappela à Harry la formation d'Aurors qui l'avait escorté depuis les Dursleys jusqu'aux quartiers de l'Ordre du Phénix, l'été avant sa cinquième année. Harry leva les yeux au ciel et parvint enfin à lever les jambes, bien que Zabini se précipitât aussitôt près de lui comme si il avait besoin de plus d'aide que le support du lit.

Hermione fit un pas en avant et l'étreignit. Harry lui donna des petites tapes dans le dos. « Je vais bien, » dit-il. « J'ai été frappé par un mauvais maléfice, mais Madame Pomfrey m'a guéri. » Il décida peu nécessaire de mentionner quand il s'était pris le mauvais sort, parce que ça n'aurait pas eu d'autres effets que de se faire sermonner par Hermione, et Harry n'était vraiment pas d'humeur à se faire gronder quand ça ne servait à rien.

« Oh, Merlin merci, » soupira Hermione, et elle se tint là, serrant Harry même alors qu'il avait commencé à gesticuler inconfortablement. Ron posa une main sur son épaule pour l'inciter à retrouver ses esprits et relâcher sa prise. Puis elle posa les mains sur ses hanches. Et Harry redouta le pire, qu'avait-elle trouvé à lui reprocher ? Comment avait-elle pu apprendre qu'il s'était pris le maléfice il y a déjà plusieurs jours ? Mais elle avait une autre cible.

« Tu ne crois pas que ça a suffisamment duré ? » demanda-t-elle d'un air sévère. « Toutes ces bagarres, toutes ces diabolisations de ceux qui ne sont pas Slytherins, toute cette lutte et ce combat pour les Slytherins seul dans ton coin ? »

Harry ne réfléchit pas, il attrapa juste son t-shirt et l'arracha brusquement pour qu'elle puisse voir la cicatrice du serment. Hermione rougit, mais ne détourna pas les yeux, tandis que Ron et Neville hochèrent la tête. « Qu'est-ce que tu veux que je fasse d'autre avec ça ? » demanda Harry. « Je ne sais même pas combien de temps ce serment va durer. Je ne peux pas juste m'arrêter de protéger les Slytherins parce que tu penses que ce serait une bonne idée. »

« Ce n'est pas ce que je voulais dire, » dit Hermione. « C'est juste que, cette alarme rend tout le monde coupable, Harry, et pas juste ceux qui sont en faute. »

« Et comment je suis censé savoir qui est en faute avant même d'arriver sur place ? » cingla Harry en remettant son t-shirt en place.

« Je veux dire… » Hermione fronça les sourcils comme si elle était en train de résoudre un problème d'Arithmancie complexe. « Je veux dire que tu agis de façon hostile avec tous les élèves de Gryffindor, de Ravenclaw et de Hufflepuff, » dit-elle finalement. « Tout le monde ne veut pas forcément s'en prendre aux Slytherins. Certains d'entre nous essayent d'aider. Pourquoi es-tu si hostile ? »

Harry secoua la tête. « Toi et Ron et Neville et Ginny m'ont aidé, oui, et je suis désolé si je me suis comporté comme un imbécile avec vous. » Hermione semblait sidérée. Elle ne s'attendait évidemment pas à ce que je m'excuse, pensa Harry avec irritation. Eh bien, je l'ai fait. « Mais les autres élèves n'ont rien fait pour montrer qu'ils étaient contre ces agressions. Ils ne veulent pas se faire inclure dans le tas, mais en même temps ils se fichent bien que quelques uns de leurs amis soient des brutes. Ca veut dire qu'ils ne s'y intéressent que lorsque ça les affecte, ce qui veut dire que le système d'alarmes est une bonne tactique. Si je les force à réaliser ce qu'il se passe, ils finiront par agir contre ces imbéciles. »

« Mais tu n'as pas demandé à ce qu'on t'aide, » dit Hermione.

« Parce qu'on a besoin de recevoir une invitation spéciale pour aller empêcher une agression d'avoir lieu ? Beaucoup de gens savaient ce qu'il se passait, mais est-ce que quelqu'un s'est levé pour dire que c'était injuste ou pour essayer de l'arrêter ? » Il se tourna vers Zabini.

« Non. » C'était Parkinson qui avait répondu. Harry n'avait même pas remarqué sa présence. Elle avait les bras croisés et une expression joyeuse sur le visage, en dépit du sujet qu'ils étaient en train de discuter. « Je me suis faite bombardée de fruits pourris juste devant une fille de Ravenclaw, Veronica Wittington, avec qui j'avais l'habitude d'étudier. Elle s'est contentée de baisser les yeux et de s'éloigner. Oh, et elle est venue me voir plus tard pou me supplier de la pardonner, mais apparemment elle était trop inquiète de risquer sa propre peau. »

Zabini hocha la tête. « Pareil. Il y avait un préfet de Hufflepuff qui, je le savais, était contre les agressions de Matthieson, et j'ai cru au début qu'il allait gérer ça en privé plutôt que d'humilier Matthieson et faire honte à leur maison. Mais Matthieson est devenu de pire en pire, et l'autre préfet se contentait de s'asseoir là et de regarder ses mains. Je suis sûr qu'il doit se sentir tellement désolé, mais être désolé ne fait pas changer les choses. »

« Ils ont pu être des victimes eux-mêmes » dit Hermione. « Ce n'est pas facile de se dresser contre sa propre maison. » Elle lança un regard de travers à Harry. Harry était sûr qu'elle se souvenait de ces fois où la plupart des Gryffindors s'étaient rangés du côté de Ron et Harry lorsqu'il s'agissait de s'entraîner au Quidditch plutôt que d'étudier.

« Ouais, » dit Harry. « Mais ils ne peuvent pas profiter de tous les avantages. Soit tu croies que c'est mal d'agresser les gens et tu agis en conséquence, soit tu restes silencieux et qui ne dit mot consent. Donc, non, ils ne seront pas exemptés, et leurs pleurnicheries sur le fait que je sois tellement méchant avec eux n'est vraiment pas au top de ma liste des priorités.

Hermione soupira. « Ca ne ressemble vraiment pas au Harry Potter que je connais, » dit-elle.

« Le Harry Potter que tu connais a vécu une guerre, » dit Harry brièvement. « Et il est fatigué, et inquiet, et il se retrouve toujours à devoir sauver un tas de personne à lui tout seul. Alors pour ce qui est des autres, ils n'ont qu'à se sauver d'eux-mêmes. » C'était une chose qui le rendait presque reconnaissant envers le serment : on ne pouvait pas attendre de lui à ce qu'il sauve le cul des gens qui agissaient en contradiction avec ce qu'il était censé défendre.

Hermione le regarda tristement. « Je comprends ta position, mais j'espérais qu'on pourrait atteindre une sorte d'accord à ce sujet. Je sais que beaucoup de gens sont vraiment affectés par ce qu'il se passe et n'aiment pas ce que tu fais. »

Harry fronça les sourcils. « Est-ce que tu fais une déduction, ou ces gens sont vraiment venus se plaindre chez toi, ou tu parles d'expériences personnelles, ou quoi ? »

« Quelques uns sont venus me parler, oui, » dit Hermione. « Et ils m'ont demandé de te parler. »

Harry hocha doucement de la tête, sentant l'amertume remonter en lui à la vitesse d'un torrent. « Je vois. Ils n'ont même pas le courage d'aller me parler directement. »

« Tu n'es pas juste, Harry, » dit Hermione. « Tout le monde a souffert l'année dernière. Et tout le monde essaye de s'en remettre. C'est ce que McGonagall a dit. L'école se doit d'être un bon environnement de travail pour tout le monde, et pas juste les gens que tu aimes bien. »

« Alors pourquoi est-ce que je devrais être celui qui doit faire des efforts ? » s'exclama Harry, sèchement. « Le maléfice aurait pu me tuer. Et ça, ça m'inquiète. Et je n'aime pas les Slytherins, » ajouta-t-il, avec retard. « Le serment, ça te dit quelque chose ? »

Il pensait que ça lui vaudrait de mauvaises réactions de derrière, mais le seul à y répondre fut Zabini qui se mît à rire sous cape. Harry secoua la tête. « Qu'est-ce que tu as à répondre à ça ? » demanda-t-il à Hermione, laissant toute sa rage s'échapper. « J'aimerais vraiment entendre ce que tu as encore à dire. »

« Non, rien, » répondit Hermione. « Je comprends juste comment ils doivent se sentir. »

« Dis-leur de venir se défendre d'eux-mêmes, » dit Harry. « Ou de se lever pour les Slytherins, ou suggère leur de trouver une autre solution qui marcherait mieux que mes alarmes. Je refuse de perdre mon temps avec eux. » Il se détourna, remonta dans son lit, tira les couvertures sur lui et remercia silencieusement Malfoy de l'avoir emmené à l'infirmerie. Ca lui donnait la parfaite excuse de se tenir à distance des demandes d'Hermione de s'occuper des problèmes du monde entier.

Et il comprenait pourquoi elle pensait ainsi, et il était désolé de l'avoir blessé, comme il avait dit. Mais la simple pensée d'essayer d'être gentil avec ces gens lui semblait impossible.

Pas tout seul.

« On se voit plus tard, mec, » dit Ron d'une voix morose, et Neville lui fit un signe de tête lorsque Harry jeta un coup d'œil par-dessus son épaule pour les regarder quitter l'infirmerie.

Harry soupira et ferma les yeux pour essayer de se rendormir, mais Zabini le tapa sur l'épaule. Il roula de côté et haussa les sourcils. « Quoi ? » grogna-t-il. Bien qu'il considérât que ce fut un grognement poli.

« Je ne dirai pas à notre leader non-officiel que tu as montré ton torse à Granger, » lui dit Zabini. « Au cas où ça te préoccupait. »

Harry le fixa, abasourdi. Il se demanda si il était tombé dans un autre monde où tout le monde connaissait une tonne de secret que lui-même ignorait, puis rejeta cette pensée aussi vite. Il s'était senti comme ça pour la majeure partie de sa vie, grâce à Dumbledore et Snape. « Quoi ? »

Zabini hocha la tête, et il n'y avait aucun signe de sourire moqueur, bien qu'Harry ne sût pas exactement si ça voulait dire qu'il fût sérieux. « Il serait jaloux. Donc je ne lui dirai pas. Je pense que tu fais du mieux que tu peux. »

Il fit un pas en arrière et laissa Harry s'enrouler encore plus profondément dans la confusion. Puis Harry décida que ce n'était pas le moment de penser à ça ou de s'inquiéter, il ferma les yeux avec détermination.

Les gens peuvent juste masquer leurs dilemmes moraux de temps à autres.

-o-

« Bonjour, Potter. »

Harry cligna des yeux et s'assit avant de réaliser qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il se passait et qu'il avait apparemment encore dormi. Il se renfrogna et toucha son torse. Bon, la cicatrice était toujours là et il n'avait manifestement pas brûlé vif, il tendit donc la main pour attraper ses lunettes et jeta un coup d'œil autour de lui.

Malfoy était assis sur le tabouret à côté du lit, le regardant avec intérêt. Près de lui se tenait un plateau sur lequel se trouvait un bol de porridge et une assiette remplie de fruits découpés. Harry regarda le porridge, puis les fruits, avec insistance.

« Quelque chose ne va pas ? » demanda Malfoy d'un ton vif, et les yeux brillants.

« Oui, » dit Harry sèchement. « Tu as choisi des aliments dans lesquels il est plutôt dur d'ajouter du poison. Ne serais-tu pas en train de perdre la main ? »

Les lèvres de Malfoy se contractèrent, comme si Harry avait dit quelque chose de drôle, puis il tendit la main et attrapa celle d'Harry. Harry s'immobilisa telle une statue, trop surpris pour faire quoi que ce soit. Puis Malfoy attrapa le bol de porridge et la cuillère qui trainait sur le plateau alors que Harry retirait brusquement sa main.

« C'est quoi ce bordel ? »

« J'étais sur le point de manger un peu de ton porridge, » dit Malfoy, le fixant de ses yeux pétillants, « pour que tu puisses constater que ce n'est pas empoisonné. »

Harry soupira. « Ok, j'ai compris. Donne-moi ça, et dis-moi ce qui s'est passé. » Il regarda autour de lui, remarquant que tous les lits de l'infirmerie étaient vides à l'exception d'un à l'autre bout de la pièce dans lequel se trouvait un élève tellement recouvert de bandages qu'il ressemblait à une momie. « Qu'est-ce qui lui est arrivé ? »

« Quelle réponse tu veux en premier ? » lui demanda Malfoy. « Certains d'entre nous n'ont pas la bouche suffisamment grande pour débiter deux réponses à la fois, tu sais. »

Harry plongea la cuillère dans son porridge. Il n'aimait pas la façon amicale qu'avait Malfoy de plaisanter, mais il devait admettre que c'était mieux que de se faire insulter… Ou d'entendre des allusions à…

Ne pense pas à ça. Ces sentiments n'existent pas, se chanta-t-il pour lui-même, inlassablement et jusqu'à ce qu'il eût fini son porridge.

Il posa le bol de côté et réalisa alors que Malfoy n'avait répondu à aucune de ses questions. Il leva la tête vers lui en fronça les sourcils. « Alors ? »

« Je voulais attendre que tu aies fini de manger, comme ça je pouvais entendre ton avis, » dit Malfoy avec innocence. « Et, évidemment, je voulais m'assurer que tu mangerais suffisamment pour maintenir ta santé. »

« Tu t'es nommé contrôleur de ma santé ou quoi ? Tu as plutôt intérêt à arrêter ce cinéma rapidement, » grogna Harry avec irritation. « D'abord, dis moi ce que ce garçon fait là ? Est-ce que c'est Reynolds ? »

« Non, il va bien, » répondit Malfoy. « Comme je te l'avais dit. C'est un des attaqueurs. Everhardt, à ce que j'ai entendu. Apparemment il a eu une altercation avec un autre Gryffindor. » Il attendit que le sourire qu'Harry essayait de retenir ne s'épanouisse sur son visage. « Il semblerait qu'on ait enfin quelques alliés. »

Harry soupira de soulagement. « Qui est-ce que c'était ? La personne qu'il l'a attaqué, je veux dire. »

« Personne ne semble savoir, » répondit Malfoy en haussant les épaules. « Et c'est mieux ainsi. Ca veut dire que personne ne peut savoir si quelqu'un parmi leurs amis pourrait être en désaccord avec eux à propos des agressions, et qui pourrait surgir derrière eux pour les attaquer en pleine nuit. Ca leur donnera une idée de la peur qu'on a du vivre pendant trop longtemps, » expliqua-t-il en souriant rêveusement.

Harry frissonna, et espéra qu'il ne lui était jamais arrivé de faire quoi que ce soit qui ait pu causer ce sourire rêveur, à plus d'un titre. « Qu'est-ce que McGonagall a dit quand tu lui a raconté ce que Everhardt et Gerrold avaient fait ? Est-ce qu'elle les a puni ? »

« Retenues, » dit Malfoy. « Evidemment, Everhardt fut également puni par notre mystérieux ami peu de temps après. Je crois que Gerrold est déjà en train de purger sa peine. Il est presque huit heures. » Il regarda Harry comme s'il attendait quelque chose de lui. « Qu'est-ce tu penses qu'on devrait faire maintenant ? »

« Pourquoi est-ce je suis soudainement le leader ? » se plaignit Harry. « Zabini a dit que tu étais le leader de Slytherin. »

« Oh, ne t'inquiète pas, Potter, je reprendrai ma position au moment où tu t'y attendras le moins, » dit Malfoy d'une voix si douce et avec des yeux si brillants qu'Harry avait du mal à prétendre que cette situation fût normal. « Mais en attendant, tu es notre liaison avec le reste de l'école. Alors, quelle est la prochaine chose sur la liste ? »

« Plus de cours de défense, » répondit Harry. « Et placer plus d'alarmes dans l'école, on peut aussi les rendre plus spécifiques. Des alarmes qui annoncent le nom des coupables ça serait bien. »

Malfoy hocha la tête. « Mais à part ça ? J'ai l'impression qu'on devrait faire quelque chose pour intensifier notre réponse, la rendre plus dramatique, mais je ne suis pas sûr que la peur soit le meilleur moyen de le faire. »

Harry fit la grimace. Il avait bien une idée pour rendre la situation plus dramatique là tout de suite, mais ce n'était pas exactement sa priorité. Heureusement, il y avait d'autres options disponibles.

« Je peux inciter Slughorn à faire tout ce que je veux si je lui promets d'aller à une de ses soirées ou de lui donner un autographe pour qu'il puisse le revendre, ou quelque chose, » dit-il en levant les yeux au ciel pour bien signifier à Malfoy que ce n'était pas exactement habituel pour lui de faire ça. Puis il se demanda pourquoi est-ce qu'il en avait quelque chose à faire de ce que Malfoy pensait. « Si j'arrive à le persuader de me laisser passer une nuit dans la salle commune des Slytherins, est-ce que tu penses pouvoir convaincre le reste de ta maison de me laisser venir ? »

Malfoy le fixa avec ébahissement. Après quelques minutes, Harry secoua la main devant ses yeux, soudainement inquiet par son manque de réaction. Il était content de ne pas avoir mentionné son autre option qui impliquait d'embrasser Malfoy là tout de suite. Pour plaisanter, évidemment. Malfoy voulait du dramatique après tout. Mais ça lui aurait probablement causé un arrêt cardiaque. Non pas qu'il le voulait, ou même qu'il pensait au fait de l'embrasser, parce que jamais de la vie il ne le voudrait. Ses sentiments n'existaient pas.

C'était intéressant de voir à quel point on pouvait ignorer certaines choses lorsqu'on essayait vraiment.

Malfoy récupéra enfin et murmura : « Tu ferais ça ? Vraiment ? »

« C'est moins que ce que j'ai fait jusqu'à présent, » dit Harry, amusé de voir que Malfoy avait toujours l'air de quelqu'un qui venait de se faire frapper. « Donc, oui. »

« Rester avec nous, en toute amitié, en nous faisant confiance, alors qu'on pourrait t'attaquer, » dit Malfoy. « C'est plus gros. Tu le sais très bien. »

« C'est vrai que pour vous ce n'est pas habituel, évidemment, » dit Harry. « Puisque vous n'avez presque pas d'amis. »

Malfoy se renfrogna. Retour en territoire connu. Harry leva les sourcils et demanda : « Alors, tu penses pouvoir les convaincre ? »

« Oui, » répondit Malfoy, et il commença à marcher vers la porte de l'infirmerie, semblant toujours un peu sous le choc. Il s'arrêta là, sur le seuil, et Harry fixa son dos, espérant qu'il n'allait pas se retourner et soulever d'autres considérations.

« C'est bien plus gros que tu le crois, » dit Malfoy, sans regarder au-dessus de son épaule. « Ca nous dépasse tellement que ça sera impossible à arrêter. »

Il se retourna, offrant un petit sourire à Harry. Harry secoua la tête et tendit la main pour attraper une banane sur le plateau. Il jeta un coup d'œil à la momie quelques lits plus loin.

« D'une certaine façon, j'ai le sentiment que tu pourrais bien être le plus chanceux de l'histoire, » murmura-t-il. « Qui sait ce qui arrivera aux autres. »

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