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Chapitre Huit – Une nuit qui n'est ni sauvage ni merveilleuse

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« Et combien d'autographes ça fera ? »

La voix de Slughorn n'était plus qu'un rauque murmure, et il fixait le mur avec des gros yeux comme s'il s'imaginait des rouleaux d'autographes, ou peut-être juste tous les Gallions qu'il parviendrait à en tirer, pensa Harry. Il fallait qu'il sourît. Ca faisait du bien à Harry de voir quelqu'un agir exactement tel qu'il s'y attendait.

« Autant que j'arriverai à en signer avant que mon poignet ne fatigue, » répondit Harry. Il aurait voulu lui donner un nombre un peu plus concret, mais Merlin savait à quel point il devait garder sa main droite en forme et flexible pour défendre les Slytherins. « Et pas avant que je n'ai passé la nuit dans la salle commune de Slytherin. »

Slughorn était si perdu dans ses pensées de gloire et de Gallions qu'Harry était convaincu qu'il aurait pu s'en aller en emportant avec lui le fauteuil le plus doux et confortable derrière son bureau, sans qu'il ne remarque quoi que ce soit. Ou peut-être pas. Slughorn l'aurait peut-être remarqué au moment où il se serait assis en arrière sur le sol.

« Mon cher, cher garçon, » murmura-t-il, la voix chargée d'émotions. « Tu as déjà tant fait pour notre Maison. Vas-y, n'hésite pas ! »

Tu veux dire j'ai déjà tant fait pour ta chambre forte à Gringotts, pensa Harry, mais il ne pouvait pas lui en vouloir de suivre ses plans. Il hocha la tête et sortit du bureau, avec pour idée de se diriger de suite vers la salle commune des Slytherins et toquer.

Du moins, c'était le plan. Harry commençait à se dire qu'il aurait tout aussi bien pu prévoir de voler jusqu'à la lune et lancer des pierres de là-haut sur ceux qui agressaient les Slytherins. Ca aurait autant de probabilité de se réaliser que toutes les autres idées qui lui étaient venues à l'esprit récemment.

Sa « garde » l'attendait à l'extérieur et cette fois Harry remarqua qu'il y avait plus d'élèves de cinquième année parmi eux que d'élèves plus âgés. Il soupira. Ca signifiait peut-être que Malfoy se relâchait un peu à propos de sa « sécurité », mais Harry pensait plutôt que les gens demandaient à ce qu'ils le fussent à tour de rôle et que Malfoy ne voulait pas refuser.

Si ils lui obéissaient tous autant. Merlin, ce que Malfoy aimait être obéi…

Harry frissonna à l'idée des épouvantables fantaisies qui lui vinssent soudainement à l'esprit : Malfoy lui donnant des ordres comme s'il n'était rien de plus qu'un bon petit pantin. Puis il se souvint que ses sentiments à l'égard de Malfoy n'existaient pas, ce qui signifiait qu'il n'y avait aucune raison d'y penser, que ses précédentes fantasies n'existaient pas non plus et que Malfoy et lui ne se retrouveraient jamais dans une telle situation. Quelle situation ? Puisque ça n'existait pas.

« Potter. » Evidemment, Zabini faisait partie de la garde, et évidemment il faisait aussi partie du club d'intimidation des bras croisés. « Notre leader dont nous ne prononçons pas le nom nous a chargé de faire sorte que tu atteignes ta destination. »

« Tu n'as pas besoin de parler comme ça, Zabini, » dit Harry avec lassitude, en commençant à marcher, rapidement suivi par cette ridicule procession. « Je ne pense vraiment pas que des journalistes de la Gazette du Sorcier soient cachés dans les murs pour s'assurer que tu emploies toute l'étendue de ton vocabulaire. »

Zabini leva l'index comme pour l'avertir. « Tu ne fais pas de commentaires sur mon vocabulaire, ou alors je dirai tout à Notre Leader Dont On Ne Prononce Pas Le Nom à propos de ton torse nu. »

« Quel torse nu ? » demanda, de façon prévisible, un cinquième année derrière eux. Ou du moins, Harry supposait que c'était un cinquième année en raisons des ricanements discrets et supérieurs qui s'élevèrent des autres. Pour l'amour de Merlin, pensa Harry avec irritation, les Slytherins adorent traiter les autres de haut en toutes circonstances, même pour des blagues qui n'ont pas vraiment d'intérêts.

« Ca ne te regarde pas, Talbot, » répondit Zabini sans se retourner. « Les enfants comme toi apprendront tout des folies de leurs aînés quand ils auront l'âge. »

« Je suis suffisamment âgé maintenant, » protesta brusquement la même voix. « J'ai arrêté d'être un enfant dès l'instant où les Carrows ont essayé de me forcer à briser les chevilles de cette fille de Hufflepuff, et tu le sais très bien. »

Il y eut un court silence, et puis Zabini hocha la tête. Harry ne pensait pas vraiment que les gestes puissent être une excuse suffisante, mais ça sembla détendre la tension entre les Slytherins. Plusieurs d'entre eux s'étendirent autour d'Harry, et peu importe à quel point il essayait subtilement de se dépêcher pour les empêcher de le dépasser, ils réussissaient quand même à l'entourer. Il secoua la tête et décida d'abandonner tout espoir.

« J'espère que vous réalisez que je ne peux pas tous vous protéger si quelqu'un s'en prend soudainement à moi si je suis au milieu, » grommela-t-il.

L'une de celles qui marchaient devant lui se retourna, et Harry découvrit qu'il avait une fois de plus négligé Parkinson. Peut-être qu'elle possède une Cape d'Invisibilité, songea-t-il suspicieusement. Ou peut-être qu'elle attend toujours les moments où je suis le plus confus pour se montrer. Ca serait une conspiration digne de Slytherin, si c'en était une.

« Le but de la manœuvre n'est pas que ce soit toi qui nous protège, » commenta Parkinson. Elle continua à marcher à reculons, sans même chanceler lorsqu'ils arrivèrent sur le sol rocailleux des cachots où un des autres trébucha. Son sourire supérieur s'étira encore plus, en fait. Harry voulait lui dire que son aptitude à marcher à l'envers ne serait pas tellement impressionnante dans un duel, mais elle l'interrompit. « C'est que ce soit nous qui te protégeons. »

« Le serment ne va pas aimer ça, » dit Harry.

« J'ai déjà appris une chose, » murmura Zabini, se rapprochant de Harry. « Lorsque tu dis que le serment ne va pas aimer quelque chose ou ne te le laissera pas le faire, ce que tu veux dire c'est que tu n'aimes pas, ou que tu ne le feras pas. »

« On est des grandes filles et des grands garçons, Potter, » dit Parkinson avec froideur. « On peut supporter la vérité. Tu veux qu'on s'en aille. On ne veut pas. Malfoy ne veut pas. Devine qui gagne le concours des je-veux-je-veux-pas au final. »

« Vous ne comprenez pas, » commença à expliquer Harry, aussi calmement que possible alors que Zabini faisaient de grands gestes furieux à Parkinson pour avoir mentionné le nom d Malfoy. « Malfoy ne vous commande pas. Vous n'avez pas besoin de faire tout ce qu'il dit. Et moi non plus. »

Zabini et Parkinson se retournèrent cette fois tous les deux pour lui faire face. Harry fronça les sourcils et fixa le mur. Quelqu'un allait sûrement trouver tentante l'idée d'attaquer ce cortège ? Comme ça il pourrait enfin faire quelque chose qui ne le mettait pas mal à l'aise.

« Idiot, » dit Parkinson.

« Chut. » Zabini posa une main sur son bras pour l'arrêter. « Il ne sait pas qu'on est aussi passé par là il y a longtemps et découvert que c'était inutile de protester. On ne peut pas attendre de lui qu'il ait la même expérience que nous. » Malgré ses propos, il lança un regard un regard désapprobateur à Harry.

« Vous être tous complètement fous, » dit Harry, désespérément. Il ne savait même pas d quoi ils étaient maintenant en train de parler, mais il était au moins sûr de cela : « Ecoutez, Malfoy n'est pas une espèce de démoniaque enchanteur… » Il s'arrêta et reconsidéra ses paroles. « Ok, c'en est un, mais ça ne veut pas dire que c'est le nouveau Seigneur des Ténèbres non plus ! »

« Je peux fichtrement attendre de lui qu'il en sache un peu plus, » continua Parkinson comme si elle n'avait pas entendu Harry. « Puisqu'il en a eu l'expérience lui-même, en dehors de notre salle commune. Dis-moi, Potter, à ton avis qu'est-ce qui se passe lorsque quelqu'un contredit Draco ? Tu devrais le savoir. Tu l'as fait bien plus d'une fois auparavant. »

« Il lui jette un sort ? » Mais l'esprit d'Harry était rempli de Draco tous très différents, qui le regardaient avec des yeux doux et inquiets, et qui l'amenaient à l'infirmerie. Parkinson secoua doucement la tête.

« Non, » répondit-elle. « Bien sûr que non. Il râle. Pendant des heures. Tu aurais dû entendre ses plaintes incessantes lorsque tu as été envoyé à Gryffindor et que tu avais refusé d'être son ami le premier soir de la première année. C'était difficile de dire laquelle de ces deux expériences l'a le plus irrité. Au moins, il pensait que c'était dû à une conspiration de l'univers contre lui. »

« Et puis quand il a découvert que tu étais Fourchelang, » ajouta Zabini, « c'était pareil. Pourquoi est-ce c'est lui qui a ça et pas moi ? Au final je lui avais dit que c'était peut-être parce que tu étais celui supposé battre le Seigneur des Ténèbres, ce qui l'avait fait se taire et réfléchir. » Il jeta un coup d'œil à Parkinson.

« Pour une demi-minute, » commenta Parkinson. « C'est tout. Après il avait recommencé à se plaindre sur le fait que tu aurais dû être son meilleur ami. »

« Et puis il y a eu cette fois, l'année dernière, » grommela Zabini sombrement, « lorsque j'avais entendu cette longue plainte derrière les rideaux de son lits, et la prononciation de ton nom. Je voulais savoir comment est-ce qu'il pouvait encore te blâmer pour quelque chose alors que tu n'étais même pas à Hogwarts, alors j'ai ouvert les rideaux. Et… »

« Blaise, » l'interrompit Parkinson d'une voix on ne peut plus sérieuse. « On ne parle pas de l'Incident des Rideaux. On n'en parle jamais. »

Zabini fixa le sol. « Tu as raison, Pansy. Désolé. Je ne sais pas ce qui m'a pris. »

« C'est compréhensible, » dit Parkinson, en lui tapotant l'épaule. « Puisqu'il y a quelqu'un ici qui pourrait tout changer, si il le choisissait. » Une fois de plus, ils tournèrent tous les deux leur tête, comme des robots, pour regarder Harry avec insistance.

« Vous êtes flippants, » dit Harry, parce qu'il n'avait aucune idée de ce que quiconque pourrait dire d'autre. « Fous et flippants. »

Parkinson grogna et se retourna pour marcher en regardant devant elle à nouveau. Zabini garda un œil perçant sur Harry tout le long du trajet jusqu'à la salle commune, comme s'il s'imaginait qu'il pourrait sauter hors du groupe et s'enfuir dans un autre couloir, maintenant qu'il connaissait la vérité de ce sur quoi ils se dirigeaient.

Harry prit une profonde inspiration et se persuada fermement qu'il serait capable de survivre à leur démence, parce qu'il savait exactement qui était à blâmer.

Ce n'est pas leur faute, pauvres petits. Ils sont sous la domination de Malfoy, et ça dérangerait l'esprit de n'importe qui.

La même chose pourrait bien m'arriver si je ne suis pas suffisamment fort et convaincant lorsque j'aurai à le rejeter… Et il n'est pas nécessaire de penser à quelque chose qui ne pouvait possiblement pas arriver. Je vais devoir être fort. Je vais devoir lui parler, mais pas qu'à lui, et éviter son regard aussi souvent que possible, et discuter de stratégies de défense et surtout pas de trucs personnels.

C'était un bon plan d'action, et Harry était presque confiant au moment où ils atteignirent la porte de la salle comme des Slytherins. Parkinson se pencha en avant pour murmurer le mot de passe sans qu'il ne l'entende. Il n'avait pas à passer toutes ses journées en compagnie de Malfoy. Il n'avait aucune raison de lui obéir. Il n'allait pas courber la tête et le laisser tout contrôler.

-o-

« Tu te sens à l'aise, Potter ? »

Harry se tortilla, pour sûr qu'il était mal à l'aise. Malfoy n'était pas en train de le toucher. Il était juste assis au bord du canapé le plus proche, légèrement penché en avant pour pouvoir voir le visage d'Harry. Il ne semblait pas cligner des yeux très souvent. Mais il tourna la tête pour parler à d'autres gens, notamment Zabini, Parkinson et Goyle, et il rigola à plusieurs blagues que Harry ne comprit pas, et il aida quelques élèves plus jeunes à faire leurs devoirs, tout cela d'une façon qu'Harry trouva des plus normales. Alors Harry n'aurait pas dû se sentir aussi piégé et confiné.

Mais pourtant, à chaque fois que les yeux de Malfoy revenaient sur lui, il se souvenait de ce que l'autre garçon lui avait dit lorsqu'il avait quitté l'infirmerie.

C'est bien trop gros pour pouvoir l'arrêter.

Eh bien, oui, Harry devait admettre qu'il avait espéré que les Slytherins et les Gryffindors finiraient par s'entendre et que ça durerait toujours même une fois qu'il se serait débarrassé du serment et que tous leurs efforts ne s'évanouiraient pas soudainement. Mais il ne voyait pas pourquoi Malfoy était aussi confiant à ce propos alors qu'il n'avait pour l'instant qu'un microscopique petit espoir qu'une totale entente se produise.

Alors il avait probablement voulu dire quelque chose d'autre.

Et c'est à cet instant qu'Harry commença à penser à quelque chose qu'il n'aurait jamais du penser en premier lieu.

« Tu n'as pas répondu à ma question, » continua Malfoy, baissant la voix pour revenir à son familier ton menaçant. Harry soupira presque de soulagement. « Est-ce que tu te sens à l'aise ? »

Harry jeta un coup d'œil autour de lui à nouveau, à la recherche d'inspiration pour un sujet de discussion. C'était bien plus calme que la salle commune de Gryffindor, l'atmosphère était plus froide à cause des couleurs, et tout était exactement tel qu'il l'avait déjà vu lorsqu'il était venu au cours de sa deuxième année. Mais il y avait tout de même quelques personnes en train de jouer, d'écrire des essais ou en train de se battre pour le meilleur coin près du feu. Ca ne ressemblait pas vraiment au bastion d'ennemis qu'il avait imaginé durant ses plus jeunes années.

Bon, j'étais un peu stupide à l'époque, admit-il. Et il reporta son regard sur le visage de Malfoy. « Pas autant que je devrais l'être, » reconnut-il finalement à voix haute. « Je ne m'attends pas à ce que quelqu'un m'attaque, mais ce n'est pas comme à la maison. »

Malfoy lança un rapide coup d'œil aux alentours, comme pour s'assurer que personne n'était en train de les écouter. Chose dont Harry aurait pu le rassurer. Après l'avoir fixé à plusieurs reprises, la plupart des Slytherins semblaient avoir décidé que la meilleure façon de gérer la présence d'Harry Potter dans leur salle commune était de l'ignorer. Ils avaient accordé plus d'attention à Malfoy qu'à lui.

Harry devait admettre qu'il y avait bien quelque chose dans la façon instinctive dont Parkinson et Zabini s'en remettaient à Malfoy et…

Non. Il n'y a rien. C'est juste une personne forte qui prend le contrôle de sa maison, et qui s'avère être l'un des élèves les plus âgés maintenant.

« Ca aurait pu, » murmura enfin Malfoy, apparemment convaincu que personne ne s'était transfiguré en coussin pour les écouter. « Tu m'as dit que tu as failli être réparti à Slytherin et tu aurais fait partie des nôtres. »

Harry s'adossa dans son fauteuil et se gratta derrière l'oreille. « Eh bien, ouais. Mais je ne l'ai pas été. »

« Uniquement parce que tu l'as choisi. » Les yeux de Malfoy étaient brillants et il rougissait. Et Harry réalisa qu'ils étaient apparemment sur le point de discuter de son émouvante révélation là tout de suite. Après ce que Parkinson et Zabini avaient dit des plaintes de Malfoy à chaque fois qu'il n'obtenait pas quelque chose, Harry était maintenant effrayé à l'idée d'interrompre cette conversation. « Est-ce que tu as déjà pensé à ça ? Le fait que tu aies réussi à influencer le Choixpeau te rend encore plus intelligent et malin et ça fait de toi un meilleur candidat pour Slytherin ? »

Harry y avait déjà pensé quelques fois, au milieu de la nuit, mais surtout au cours de ses seconde et troisième années. Il haussa les épaules avec désinvolture. « Eh bien, oui, mais je n'ai pas grandi à Slytherin. Tu ne peux pas m'appeler Slytherin maintenant. »

Malfoy lui offrit un petit sourire et se leva. « Allez, Potter, autant te montrer de suite la chambre où tu vas passer la nuit. »

Harry remarqua alors que tout ceux qui avaient été en train de les regarder à cet instant détournèrent rapidement les yeux, et ça lui parut aussitôt suspect. Mais il se convainquit qu'il s'agissait probablement juste d'une blague entre Slytherins par rapport au lit. Il ne pensait vraiment plus qu'ils pussent se faire attaquer.

Et puis, une petite blague serait infiniment préférable à quoi que put signifier la lueur qui brillait dans les yeux de Malfoy.

Malfoy le conduit jusqu'en haut des escaliers, une série de marches qui montaient en colimaçon et qui attira le regard d'Harry à cause des petits animaux qui y étaient gravés. C'était surtout des serpents, mais il y avait aussi quelques licornes et phénix. Il se demanda si l'un des élèves qui avaient été répartis à Slytherin s'était soudainement rendu compte qu'il n'était pas à sa place ici et avait commencé une excentrique carrière de sculpteur. Peut-être un Gryffindor en secret. Pourquoi pas ? S'il s'était débrouillé pour se faire répartir à Gryffindor alors que le Choixpeau en pensait autrement, le contraire était tout à fait possible.

Puis Harry s'arrêta soudainement, horrifié, parce que ça voulait dire qu'il était d'accord avec Malfoy et qu'il se voyait comme étant secrètement un Slytherin.

Quelqu'un a dû me jeter un sort, se dit-il. Et il se lança mentalement un charme de protection contre les gaz invisibles qui pourraient affecter le cerveau.

Malfoy ouvrit la porte et s'écarta. Harry commença à parler, mais Malfoy secoua la tête. « Je ne veux pas t'influencer, » murmura-t-il, « fais un pas à l'intérieur et dis-moi ce que tu vois. »

Harry lui lança un regard suspicieux, puis détourna rapidement les yeux. Malfoy rougissait encore plus, ses yeux étaient presque exorbités. Et désinvolte, d'une certaine façon. Désinvolte à propos de choses dont Harry n'était pas prêt à discuter.

Souviens-toi, peu importe la blague que c'est, c'est toujours mieux que de rester près de Malfoy, se rappela Harry à nouveau. Et il fit un pas dans la pièce.

Quatre lits se tenaient là, tous très éloignés les uns des autres, dans une pièce ronde décorée d'argent et de vert foncé. C'était tous des lits à baldaquin, comme ceux de Gryffindor dont Harry avait l'habitude, mais les rideaux semblaient plus doux et plus épais et le bois était plus sombre. Le lit le plus proche avait les rideaux ouverts et des oreillers jonchés dessus, alors que les bords du lit étaient légèrement courbés comme pour faire un nid ou un berceau. Une fenêtre, qui était forcément enchantée, donnait vue sur le Lac d'Hogwarts, brillant de par tous les rayons du soleil qui s'y reflétaient. Harry secoua la tête. Il avait l'impression d'être entré dans un genre de chambre de conte de fée, une forêt parce c'était très sombre mais également une clairière parce que c'était à la fois brillant.

« Je n'ai jamais dit que mes impressions auraient du sens, » grommela-t-il après avoir dit ce qui lui était passé par la tête à Malfoy. Mais Malfoy se contenta de le fixer.

« Mais ça montre que tu aurais pu te sentir à la maison, ici, » insista Malfoy, l'attrapant par les épaules et le menant jusqu'au centre de la pièce. Harry entendit la porte se fermer et se crispa, mais Malfoy ne lui donna pas l'intention d'avoir pour projet de lui faire une blague. Pas encore. « Que tu n'as pas besoin de rouge et d'or ou de banals lits qui ne se plient pas au caprices de leurs propriétaires. »

« Vous pouvez changer la forme de vos lit juste en le souhaitant ? » Harry regarda avec insistance le lit en forme de nid, et puis les autres, qui avaient tous leurs rideaux fermés, pour essayer de deviner à quoi ils pouvaient bien ressembler. Puis il remarqua quelque chose d'autre.

« Malfoy, pourquoi est-ce qu'il n'y a que quatre lit ? » demanda-t-il. « Toi, Goyle, Nott et Zabini, si je comprends bien, mais où est-ce que moi je suis censé dormir ? A moins que ce soit ça la plaisanterie ? » Il regretta presque aussitôt les mots qu'il avait prononcé. Il n'était pas censé savoir qu'il y avait une plaisanterie de prévu.

Malfoy fit un pas vers lui. Harry se tendit, se demandant sur lequel de ces lits Malfoy allait le pousser et l'enfermer comme si c'était un piège. Ou peut-être qu'une fosse s'ouvrirait soudainement sur le sol en-dessous de ses pieds et qu'il finirait empalé dans le fond par des lances illusoires. Il n'aimerait pas trop ça, mais ça serait toujours mieux que de se tenir là à attendre que la stupide plaisanterie ne se produise.

« Je suis fatigué que tu continues à faire comme si tu ne savais pas, » souffla Malfoy, juste dans son oreille. « Tu connaitrais la réponse à toutes ces questions si tu t'autorisais à y penser un peu. Demander encore et encore, et prétendre que tu ne comprends pas, c'est juste une perte de temps. »

Correction, pensa Harry, alors que son cœur s'était mis à battre la chamade et que ses poumons semblaient avoir rétréci de volume. J'aimerais vraiment que la fosse s'ouvre sous mes pieds là tout de suite.

« Excuse-moi si je ne connais pas toutes les traditions des Slytherins, » dit-il sèchement. « Et excuse-moi si je ne sais vraiment pas quoi faire maintenant que je suis ici. C'est déjà assez dramatique que je passe la nuit dans la maison Slytherin, ne rend pas les choses plus compliquées. »

Malfoy le força à se retourner pour lui faire face. Harry commença à bredouiller d'indignation, mais ses bredouillements furent rapidement interrompus parce que Malfoy pressa ses lèvres contre celles d'Harry.

Ah, pensa Harry, son esprit commençant à tourbillonner dans toutes les directions, si bien que ce fût un miracle qu'il ne tombât pas d'étourdissement. Voilà la plaisanterie. Ca ne peut être que ça.

Sauf que Malfoy ne donnait aucun signe que ce fût une blague. Il gémit et attira Harry contre lui, et une main lui parcourut le dos descendant jusqu'à…

Harry s'écarta brusquement. « C'est mon cul, Malfoy, » glapit-il. Il aurait préféré sonner plus viril, mais il venait littéralement de couiner comme une petite souris.

« C'est le mien maintenant, » objecta Malfoy, avec tant de satisfaction qu'Harry commença à protester et lui dire qu'il pouvait aller se faire foutre. Mais Malfoy l'attira à nouveau contre lui et Harry chancela en arrière pour se dégager, s'en suivit plus de pression et plus de chancèlement, jusqu'à ce qu'ils finissent par tomber à travers les rideaux de l'un des lits.

« On aurait pu venir ici dès le début, si tu m'avais juste dit que c'était ce que tu voulais, » murmura Malfoy avec un air de reproche, puis il pressa sa bouche contre celle d'Harry à nouveau. Harry tendit une main tremblante et repoussa inefficacement le visage de Malfoy.

C'était inefficace parce que Malfoy était si fort, évidemment, bien plus fort qu'il ne l'avait jamais montré au Quidditch, et qu'il poussait Harry au fond du lit pour essayer de le tuer par suffocation. Et non pas parce que la peau de Malfoy était chaude et légèrement douce, absolument pas telle qu'Harry l'avait imaginée.

Et puis Malfoy poussa un petit cri triomphant et fourra sa langue dans la bouche d'Harry, entre ses lèvres qui étaient intolérablement assoiffées. Harry blâmer Malfoy pour oser sentir aussi bon.

Harry n'avait jamais embrassé qui que ce soit avec la langue. Il pensait que Ginny avait sans doute essayé, mais qu'ils avaient dû être interrompu à chaque fois qu'ils étaient ensemble avant la guerre. Et après elle n'avait développé aucun intérêt pour personne. Peut-être que Cho avait essayé, lorsqu'elle n'était pas trop occupée à pleurer son petit-ami mort. Donc, non, il n'avait pas vraiment d'expérience comparé à la langue de Malfoy qui caressait la sienne, et c'était injuste. Si il avait eu de l'expérience, alors il n'aurait pas été aussi bouleversé. Evidemment.

Mais il n'en avait pas, donc il l'était.

Il essaya de sortir quelques sages tirades. Mais la langue de Malfoy les arrêta toutes. Il et entoura la tête de Malfoy de ses mains, agrippant ses cheveux. Les cheveux de Malfoy étaient injustement doux. Harry releva ses genoux dans le but de lui donner un coup dans l'entrejambe. Mais ce n'était pas sa faute si la gravité et Malfoy avaient d'autres idées en tête, et c'est ainsi que Malfoy tomba juste entre ses jambes à la place.

Mais ce n'est pas pour autant qu'il abandonna et se rendit. Il n'en avait rien à faire de ce que Malfoy pouvait penser de leur baiser. Il savait qu'il ne se laissait faire que par pure bonté, et c'était tout ce qui comptait.

Enfin, même Malfoy le surhumain, descendant probablement à moitié des sirènes, finit par avoir besoin d'air. Il se tira en arrière et Harry se redressa aussitôt, haletant. Puis, il poussa Malfoy au torse. Mais ses mains étaient faibles, dû au manque d'air, très certainement, et Malfoy attrapa sa main et la retourna. Il embrassa le dos de sa main comme s'il était une fille.

« Ne fais pas ça, » dit Harry, mais sa voix était faible et hésitante. Stupide manque d'air. Il fronça les sourcils et essaya à nouveau. « Ne fais pas ça. »

« Bien sûr que non, » répondit Malfoy, et il sourit d'un horrible air suffisant dont Harry était sûr de se souvenir à jamais, et qui s'imprimerait probablement à l'arrière de ses paupières… à moins qu'il ne le tue d'abord. « Tu préfères les baisers plus enflammés, n'est-ce pas, mon petit Slythindor ? » Il se pencha en avant à nouveau.

« Non ! » répondit Harry rapidement. Mais une fois de plus Malfoy refusa sereinement de l'écouter et étouffa les mots d'Harry avec sa bouche et sa langue. Il pensait probablement qu'il pouvait gagner tous ses arguments de cette manière, pensa Harry, dans les vapes. Eh bien, ça ne marcherait pas.

C'était complètement injuste à quel point ses cheveux étaient doux.

Malfoy se détacha, s'allongea à côté de lui, et commença à jouer avec les cheveux d'Harry comme si ils étaient tous aussi doux. Il avait l'air ridiculement content de lui. « On est sur mon lit, » dit-il. « Tu as la réponse à ta question. »

« Hein ? » Harry roula la tête de côté, pour regarder Malfoy. Ses lèvres lui semblaient gonflées et sensible, ainsi que son entrejambe. Il aurait bien baissé les yeux pour vérifier que ce n'était pas visible, mais ça aurait révélé l'existence de son erection à Malfoy. Alors il préférait plutôt regarder Malfoy dans les yeux. « Quelle question ? »

« Ta question sur le fait qu'il n'y a que quatre lits. » Malfoy se tourna et commença à tirer les draps. « Tu dors ici ce soir. »

« Attends, attends, » s'enquit Harry. Il avait la tête qui tourne et ses jambes étaient faibles, mais il arrivait tout de même à réaliser que quelque chose n'allait pas. « Quoi ? »

« Tu dors ici ce soir, » répéta aimablement Malfoy, en soulevant un sourcil dans sa direction. Ses lèvres étaient aussi gonflées, pensa Harry, alors qu'il le dévisageait. Il savait que Ron et Hermione devaient sacrément s'embrasser pour atteindre un tel résultat. Il n'avait pas vraiment imaginé que Malfoy l'avait embrassé, parce qu'il était bien évidemment l'innocente victime de cette situation, avec tant de force. « Quelle partie de tu dors ici ce soir n'as-tu pas compris ? »

« Non, » dit Harry, et il dut fermer les yeux, parce que sa tête lui tournait beaucoup trop et que l'effort que ça demandait de ne pas baisser les yeux sur son pénis devenait impossible.

« Je suis fatigué d'avoir à attendre que tu te réveilles, alors maintenant arrête de protester, » déclara Malfoy en regroupant les couvertures autour d'Harry. « Je sais de quoi tu pourrais être capable si tu le voulais. Tu aurais pu me projeter à l'autre bout de la pièce à l'aide d'un simple sort. Maintenant allonge-toi et dors. Et puis, » Et là il se pencha pour murmurer à l'oreille d'Harry, « pense à l'effet dramatique que ça produira lorsqu'on annoncera qu'on sort ensemble. »

Une énorme sensation de soulagement parcourut Harry et sembla enfin dégonfler un peu son érection. Alors Malfoy n'avait uniquement fait cela pour que leur alliance parût plus forte et humiliât tous ceux qui avaient accusé les Slytherins d'être inhumains. Evidemment qu'ils ne pouvaient pas être inhumains si l'Elu couchait avec l'un d'entre eux. N'est ce pas ?

Il savait que la raison pour laquelle il était si fatigué était à cause des potions que Madame Pomfrey lui avait données à l'infirmerie, et c'est pour ça qu'il se retourna et posa sa tête contre l'épaule de Malfoy. C'est pour ça qu'il entoura Malfoy d'un bras. C'est pour ça qu'il décida de dormir dans ce fichu lit, au lieu de protester comme il aurait dû.

Et puis, il pourrait toujours casser des trucs et hurler des insultes sur la filiation de Malfoy dans la matinée.

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