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Chapitre Neuf – Pour le bien de la stratégie

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Harry avait soigneusement prévu les choses. Il se déplaça si silencieusement que Malfoy n'eût aucune idée de ce qu'il se passait, jusqu'à ce qu'il ne se réveillât à cause du froid. Harry l'avait fait léviter au-dessus du lit ce qui l'avait découvert de toutes ses couvertures. Ou alors c'était peut-être l'absence du corps d'Harry contre lui, mais Harry n'allait certainement pas penser à ça.

Malfoy cligna des yeux, s'éveillant doucement, puis commença à ses débattre lorsqu'il réalisa qu'il était en train de planer deux mètres au-dessus du sol.

« Ecoute-moi, » dit Harry, et il remarqua à quel point la tête de Malfoy s'était aussitôt tournée en direction de sa voix. Au moins, ça montrait qu'il était attentif. Tant mieux. Harry était en train de penser à toutes les choses qui se déroulaient selon son plan ce matin. « Est-ce que tu écoutes ? »

Malfoy hocha la tête, puis sembla sur le point de vomir. Peut-être que le sang était en train de lui battre les tempes. Mais Harry n'avait aucune sympathie. Si Malfoy n'avait pas voulu se retrouver dans une telle situation, il aurait dû y réfléchir à deux fois la veille.

« Tu m'as embrassé, » dit Harry. « Et tu m'as attiré dans ton lit pour que tout le monde puisse répéter qu'on a dormi ensemble. » Sa voix était faible et hésitante, mais il prit une profonde inspiration et continua sur le ton grave qu'il avait prévu d'utiliser au départ. « Tu ne penses que ça va un peu trop loin ? »

« Mais on a dormi ensemble. » Malfoy semblait beaucoup plus calme qu'Harry ne l'aurait imaginé, pour quelqu'un qui s'était réveillé suspendu dans les airs.

Il y avait quelque chose d'autre dans son ton, mais Harry se dit qu'il était encore préférable de balancer Malfoy contre le mur à répétition que d'y penser. Tu vois ? pensa-t-il. Je m'améliore, j'arrive de mieux en mieux à arrêter de penser.

« Pas de cette façon, » dit Harry. « Alors tu ne vas pas retourner dans la salle commune de Slytherin pour raconter ça à tout le monde. » Maintenant qu'il y pensait, il se demandait ce qui l'avait pris de suivre Malfoy dans une chambre sans prendre de précautions. Zabini ça aurait pu aller, ou Nott ou Goyle, qui n'avaient montré aucun intérêt pour le torse d'Harry. Mais non, Harry avait suivi Malfoy. Pourquoi ?

La potion que Madame Pomfrey m'a donnée, se rappela-t-il, et puis il secoua la tête et reporta son attention sur Malfoy. Il ne pouvait pas perdre son temps à méditer sur ses erreurs. Il devait plutôt se concentrer sur les conséquences. « Tu ne vas pas aller leur dire ça, n'est-ce pas ? »

« Dire à tout le monde que je n'avais pas Harry Potter dans mon lit ? » demanda Malfoy. « Leur dire que je ne l'ai pas embrassé ? Mais ça serait mentir. »

Harry grinça des dents, et s'imagina lancer un sort à Malfoy qui broierait toutes ses dents jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien dans ses gencives et qui l'empêcherait à jamais de refaire ce sourire innocent qu'il utilisait sur Harry. Mais malheureusement ça voudrait dire agresser un Slytherin, et il n'était pas sûr que son serment ne l'autorisât.

« Ecoute, » dit Harry. « Tu leur dira exactement ce qu'il s'est passé, la façon dont tu as pris avantage de moi à cause de ces potions de Madame Pomfrey qui m'ont rendu somnolent et… »

Malfoy éclata de rire, ce qui interrompu Harry. Puis il se convaincu que ce n'était pas parce qu'il voulait l'entendre rire, c'était parce que son rire était si aigu et désespéré que c'était un signe évident que Malfoy était en train de perdre la tête. Eh bien, tant mieux. Au moins, il n'arriverait pas à inventer d'autres pièges sournois pour coincer Harry.

« Madame Pomfrey n'aurait jamais autorisé qu'un patient ne quitte l'infirmerie si elle n'était pas sûre qu'il ne souffrît plus de quoi que ce soit, potions ou blessures, » dit Malfoy. « Si elle t'a laissé partir, c'est que soit les effets de la potion se furent dissipés, soit que tu aies été suffisamment bon acteur pour la convaincre que ce fût le cas. Et dans ce dernier cas, tu m'as aussi dupé alors, et tu n'as aucune excuse pour m'être tombé dans bras comme ça. » Il avait baissé la voix et l'atmosphère semblait s'être réchauffée.

Comme dans une dispute, se dit Harry précipitamment. Pas comme dans un feu. Il y a plein de choses qui puissent réchauffer l'atmosphère. Tu n'as pas besoin de tboutes les comparer aux flammes.

« Tu es un expert en Potions, » dit Harry à voix haute. Il ne pouvait pas sentir qui que ce soit d'autre dans la pièce. Il pensait que ça signifiait que les autres garçons étaient déjà partis, mais juste au cas où, il voulait clairement montrer à quel point Malfoy était un menteur. « Tu aurais dû être capable de voir la différence. »

« Aussi flatté que je suis par l'étiquette que tu me donnes, Potter, » dit Malfoy, en se balançant doucement dans le filet invisible que Harry avait fait apparaître autour de lui, « Je ne suis pas un expert en Potions. Slughorn en sait toujours plus que moi. Donc soit tu m'as menti et tu t'es menti à toi même si bien que je n'avais aucune raison de penser que les potions affectaient toujours ton comportement, soit tu es venu à moi de plein gré. Tu ne veux juste pas l'admettre, parce que ça voudrait dire que tu m'aurais embrassé et serait resté avec moi parce que tu le voulais. Pourquoi es-tu tellement contre l'idée que tu puisses me vouloir ? »

« Arrête-ça ! » cria Harry, et puis il se tut, laissant l'écho de son cri diminuer. Il était en train de laisser Malfoy l'atteindre. Il ne devait pas se laisser faire. Il devait juste expliquer la situation, calmement et de façon concise, en gardant un œil bien attentif sur toutes les ignobles ruses que Malfoy pouvait encore lui faire.

« Tout d'abord, » dit Harry. « Tu ne me veux pas. Tu es désorienté. »

Malfoy haussa un sourcil. Comment faisait-il pour prendre une pose si sarcastique alors qu'il était suspendu la tête en bas ? Harry n'en savait rien, mais il avait probablement appris ça dans un cours spécial de Snape. Comment Embrouiller et Irriter Votre Ennemi Avec Juste un Sourcil. « Le suis-je ? »

« Oui, » acquiesça Harry. « On a passé beaucoup de temps ensemble récemment à cause du serment, et on s'est débarrassé du blocus de la bibliothèque ensemble. Donc, à cause de ça, tu dois penser que je suis plus gentil que je ne le suis véritablement. Mais laisse-moi te rappeler que je n'ai pas choisi d'aller vous défendre. Dès l'instant où je peux me débarrasser de la marque, on en reviendra à être ennemis jurés. »

« Le serment ne change rien à ton courage, ou au fait que tu aies fait le serment en premier lieu pour me défendre de Matthieson, » dit Malfoy, et il y avait cette stupide douceur dans sa voix. Harry se promit de ne pas en être effrayé. C'était aussi doux que l'eau.

Puis il pensa à quel point l'eau pouvait user la pierre avec le temps, et se dépêcha de répliquer. « Alors tu m'aimes bien juste parce que je suis un héros super fort. Eh bien, tu as tout faux sur moi. Je ne le suis pas tant que ça. »

« Ah non ? » Malfoy semblait plus intéressé cette fois, et Harry se félicita pour avoir été aussi intelligent. Oui, si c'était pour ça que Malfoy était intéressé, alors Harry allait changer tout cet intérêt en dégout en deux secondes.

« En effet, » répondit Harry. « J'ai utilisé des sorts horribles pour remplir le serment. J'en ai laissé suspendu la tête en bas. J'ai fait tourner cette fille jusqu'à la faire vomir. Attaché des gens au mur avec des filets alors qu'ils auraient pu avoir le vertige. Je ne suis absolument le héros que tu crois que je suis. Que diable, je n'ai même pas réussi à battre Voldemort correctement. J'ai juste utilisé la Baguette de Sureau contre lui, ce qui était une totale et complète coïncidence. Tu pourrais dire que tu as juste autant de crédit dans la défaite de Voldemort que j'en ai eu, » ajouta Harry généreusement.

Malfoy tourna la tête vers lui, et l'estomac d'Harry en prit un coup. Il était en train de lui sourire.

« Je sais déjà tout ça, » dit Malfoy. « Et je m'en fous. Aucune de ces personnes que tu as blessées ou tuées ne m'intéressent. »

« Mais tu dois bien te soucier de toi même, » dit Harry frénétiquement. Il pouvait sentir qu'ils étaient en train de se diriger vers quelque chose, et il ne voulait pas qu'ils y arrivassent. Parce que s'écraser contre cette chose voudrait dire qu'il ne pourrait plus lutter. C'était tapi au fond de lui comme une immense toile d'araignée. « Et là tout de suite, tu es suspendu au-dessus de ton lit, juste comme je l'ai fait aux autres. Tu vois ? Cruel ! »

« Je pense que tu es légitimement affecté par ce qui s'est passé hier, » dit Malfoy. Il semblait légèrement à bout de souffle, mais il demeurait calme. « Et je reconnais que j'aurais dû y penser, et réalisé qu'un déni de cette profondeur n'allait pas se résoudre avec quelques baisers. Je suis désolé. »

Harry agita les bras. « Malfoy, tu n'es pas supposé faire ça ! »

« Pourquoi pas ? » Malfoy tournait encore plus vite sur place, maintenant que la magie d'Harry répondait à ses émotions, mais il souriait toujours. Harry le fixa. Qu'est-ce qu'il faut que je fasse pour faire disparaître ce fichu sourire ? Peut-être que Snape a aussi donné des cours pour maintenir le sourire même en cas d'extrêmes situations. Puis Harry se dit mentalement d'arrêter d'être ridicule. Snape ne savait pas comment sourire. « Les choses ont changé. Je te l'ai dit. C'est bien trop gros pour l'arrêter. »

« Oui, mais tu parlais des agressions des Slytherins, » répondit Harry rapidement. « Et ça va s'arrêter, et il y a déjà des élèves d'autres maisons qui sont prêts à nous aider, comme le Gryffindor qui a attaqué Everhardt. »

« Je faisais référence à plus que ça, » dit Malfoy. « Comme le fait que tu finiras par m'appeler Draco un jour. Je suis déjà à l'aise avec le fait de t'appeler Harry, et… »

« Ne fais pas ça ! » Harry pouvait presque sentir les têtes se relever dans la salle commune de Slytherin et espérait que personne n'irait voir ce qu'il se passait.

Dans le silence qui suivit, Malfoy plissa les yeux facétieusement. Harry se retrouva à le regarder fixement avec une sorte d'horrible fascination, bien qu'il ne sût pas encore ce qui allait arriver ensuite.

« Harry, » murmura Malfoy, sur un ton qui était tout sauf moqueur, mais plutôt bas et sensuel. « Harry, Harry, Harry. »

Il n'y avait qu'un seul moyen de gérer ça, et la façon dont Harry se sentait, comme si il avait de la confiture à la place de ses os. Il agita sa baguette, et Malfoy tomba sur le lit. Voilà, pensa Harry, voyons voir ce qu'il a à dire avec sa bouche pleine de coussins.

Malfoy secoua la tête et leva les yeux vers Harry. Son sourire était toujours aussi tranchant. Il ouvrit la bouche comme si il allait encore murmurer le nom d'Harry, mais Harry l'interrompu. Il devait faire taire Malfoy et le faire l'écouter, et peut-être lui rappeler ce qui était vraiment important.

« On peut toujours l'utiliser à notre avantage, » dit-il. « Imagine à quel point tout le monde va devenir fou quand ils entendront qu'un Slytherin et un Gryffindor ont dormi ensemble. »

Malfoy haussa les sourcils, mais il sembla accepter le fait que tout cela fût vrai, plutôt que de considérer ces paroles comme un moyen de changer exprès de sujet. « C'est vrai, » dit-il. « Mais pour faire ça, tu vas devoir admettre que tu le voulais, et non pas que je t'ai leurré ou que tu étais sous l'influence d'une potion. Et aussi que tu m'as embrassé parce que tu le voulais. »

« Je le dirai publiquement, » répondit Harry, et il lui lança un regard furieux. Le même regard qu'il donnait aux journalistes de La Gazette du Sorcier lorsqu'ils publiaient des histoires fausses à sont sujet. Ca faisait du bien de retrouver un terrain d'entente entre eux, au lieu de ressentir le constant besoin de se battre avec Malfoy. « Mais on sait tous deux ce qu'il s'est passé. »

« Oui… Tu as succombé à mes charmes. »

« Non, » répliqua Harry. « T'as profité de moi. »

Malfoy soupira. « Tu es parfaitement capable de blesser n'importe qui qui t'agresserait comme ça. J'ai pris un risque. J'aurais immédiatement arrêté si tu t'étais mis à crier de dégoût. Mais tu es juste resté sur place comme si tu étais hypnotisé, ce que j'ai pris pour de l'indécision de ta part. Alors j'ai retenté ma chance et je t'ai embrassé à nouveau, et tu y as répondu. A moins que tu ne me dises que j'ai attaché tes mains à mes cheveux avec un sort super secret qui projette des toiles d'araignée ? » ajouta-t-il avec sarcasme.

« Tu en connais sûrement un, » grommela Harry, mais il était dérouté pour l'instant parce que ce que Malfoy avait dit sonnait vrai.

Puis il se rappela que ça ne pouvait pas être vrai, parce que le fait que Malfoy voulût de lui était basé sur une fausse perception de lui. Et Harry avait cédé sur une fausse impression de Malfoy. Et toute la situation était fausse et ce n'était rien de plus qu'une ruse pour tromper l'ennemi. Malfoy avait même dit que ce serait une sacrée surprise pour les autres Maisons.

« On va inventer une histoire et la maintenir devant tout le monde si besoin, » dit Harry. « Mais rien de cela ne sera vrai, et ça n'ira pas plus loin. »

Malfoy le dévisagea. « Tu es un idiot, » dit-il. « Pourquoi est-ce j'ai encore envie de toi ? »

Harry braqua sa baguette en avant avec triomphe. « Oui ! C'est la bonne direction à prendre ! Réfléchis-y bien et tu réaliseras que ça n'a aucun sens et que la seule raison pour laquelle tu me veux c'est parce que le Harry Potter qui existe dans ta tête a remplacé le vrai moi ! »

Malfoy se cacha les yeux avec ses mains. Puis lorsqu'il il baissa les mains pour parler à nouveau, il semblait enfin avoir retrouvé sa santé mentale. Ou, plus probablement, il avait dû réalisé que son plan démoniaque n'avait pas marché et ne marcherait jamais. « Très bien. Donc on dira à tout le monde en bas qu'on est ensemble par souci de stratégie, c'est ça ? »

« Exactement, » s'exclama Harry en lui souriant. « Tu sais, Malfoy, tu n'es pas si mauvais quand tu écoutes vraiment au lieu de te cacher derrière de grands murs et rester dans le déni. »

« A qui le dis-tu, » marmonna Malfoy en soupirant, puis il se pencha en avant pour serrer la main d'Harry. Si ses doigts s'attardèrent sur la paume d'Harry plus longtemps qu'il n'aurait dû, le caressant légèrement, Harry en comprit la raison. Malfoy voulait une fausse version de lui, et ça lui prendrait du temps de se réveiller.

En fait, Harry pensait qu'il était beaucoup plus facile de sourire à Malfoy maintenant qu'il savait que Malfoy connaissait la vérité. Beaucoup plus facile de sourire. Il avait l'impression qu'il pourrait passer la journée à lui sourire.

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« Harry ! Tu as dormi avec Malfoy ? »

Harry soupira. Il s'était demandé comment lui et Malfoy allait annoncer cela, et il l'avait discrètement dit à ses amis à l'heure du petit-déjeuner, pensant qu'ils pourraient avoir quelques idées. Mais maintenant que Ron avait crié l'information, ils n'avaient plus besoin de trouver un moyen de répandre la rumeur.

Toutes les têtes de la Grande Salle se tournèrent vers lui. Harry s'adossa en arrière et leva un verre de jus de citrouille comme s'il portait un toast à tous ceux qui le dévisageaient. Il jeta un coup d'œil à Malfoy, assis à la table des Slytherins, puis se retourna vers Ron. Il avait la bouche grande ouverte pleine de nourriture à moitié mâchée qui fit frissonner Harry de révulsion. Hermione le dévisageait par-dessus son livre.

« Oui, on a dormi ensemble, » répondit Harry. Dormir ensemble était une expression très utile. Ca disait exactement ce qui s'était passé, sans vraiment dire la vérité. « On a décidé que… Eh bien, vous avez bien vu la façon dont il me regarde. » Malfoy lui avait assuré que c'était tellement évident que tout le monde les croirait. Et puis, du moment qu'il s'en fichait d'avoir l'air stupide en public maintenant que la vérité à propos de son obsession pour Harry était dévoilée, Harry avait décidé qu'il pouvait dire ce qu'il voulait.

« Mais c'est… » commença Ron, et il laissa la phrase en suspens.

Hermione fixait Harry avec des yeux si perçant qu'Harry pouvait presque la sentir s'insinuer dans son esprit. « Est-ce que c'est vrai ? Tu te sens assez à l'aise pour aller dormir avec un Slytherin ? Et qui plus est un garçon ? »

Harry écarquilla les yeux et hocha la tête avec sérieux. « Oui. » Il y avait tellement de choses à dire mais même les mots les plus simples ne pourraient pas les exprimer correctement. Mais il ne voyait pas en quoi Ron et Hermione avaient besoin de savoir que Malfoy avait fait une erreur et qu'il était doucement en train de retrouver des idées claires. Ils pourraient savoir plus tard.

« Oh, Harry, » murmura Harmione. « Pardonne-moi. Je pensais que c'était juste à propos du serment, mais c'est bien plus que ça, n'est-ce pas ? »

Harry hésita pendant un court instant. Lui et Malfoy n'avait pas discuté du comportement à adopter si quelqu'un réagissait de façon un peu trop enthousiaste à tout cela, et il finit par simplement hocher la tête.

Hermine jeta ses bras autour d'Harry pour l'étreindre avec tant de force que le toast qu'il tînt fut propulsé dans l'assiette de Ron. « Harry ! Je suis tellement contente pour toi ! Tu es vraiment engagé dans une relation, et ce n'est pas juste le serment ! J'ai toujours su que tu étais une bien meilleure personne que ce que tu as laissé paraître toute l'année ! »

« Euh, » marmonna Harry, ne sachant pas vraiment quoi dire d'autre. On aurait dit qu'elle était en train de rejoindre Malfoy dans son délire, mais il n'était pas trop sûr.

« Il faut que j'aille leur parler, » babilla Hermione. Elle se leva de table, ramassa son livre et commença à partir, avant de réaliser qu'elle avait oublié un second livre sur le banc. « Certains d'entre eux pensaient que tu faisais tout ça juste pour faire parler de toi à nouveau et refaire la couverture des journaux. Ils vont devoir reconnaître que c'est complètement différent maintenant. »

« Qui ? » demanda Harry avec confusion, visualisant Hermione en train d'ordonner à Rita Skeeter d'écrire une histoire sérieuse et vraie.

« Les gens qui sont venus me voir pour dire à quel point tu te fichais de tout le monde récemment, » répondit Hermione. « Beaucoup d'entre eux pensaient que tu voulais juste aider les Slytherins pour attirer l'attention. Mais tu ne serais pas aller dormir avec un Slytherin pour attirer l'attention ! Je te connais, Harry. Tu es quelqu'un de bien. C'est une question d'amour, et c'est bien plus important que quoi que ce soit d'autre. » Elle lui sourit tendrement, tous ses livres finalement rassemblés dans ses bras, et s'enfuit.

Harry la regarda s'éloigner, complètement perplexe, puis secoua la tête. Peut-être que c'était une bonne chose, se dit-il. Les attaques des Slytherins avaient diminué au cours des derniers jours. Peut-être qu'ils allaient finalement réussir à mettre un terme à tout cela.

Il réalisa que Ron était toujours assis à côté de lui, le dévisageant. Harry cligna des yeux. « Est-ce que ça, mec ? »

Ron ferma enfin la bouche. Puis il se pencha vers Harry et chuchota avec sérieux : « Si tu sors avec un gars, alors ça veut dire que tu dois avoir de… eh bien, de l'expérience avec les gars, hein ? »

« Malfoy est le premier avec le quel je suis sorti, » répondit Harry, légèrement méfiant. Une fois de plus, il ne savait pas où aller mener cette conversation.

Ron vérifia par-dessus ses deux épaules, jeta un coup d'œil au plafond et sous le banc, puis se pencha vers Harry et chuchota : « Je n'ai pas un petit pénis, n'est-ce pas ? »

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« Je voulais juste te faire savoir que je voulais vraiment t'aider, mais j'avais peur. »

Harry conserva un grand sourire et hocha la tête. Il tapota même le dos de Robinson lorsqu'il sembla en avoir grand besoin. « Je comprends. » Et il comprenait, d'une certaine façon. Hector Robinson était un Ravenclaw de cinquième année qui se sentait désolé pour les Slytherins mais était trop effrayé de ce que sa maison pourrait lui faire si il osait protester comme Harry.

Le problème était que Harry ne pouvait pas se sentir plus désolé pour lui qu'il ne l'était pour les Slytherins, comme Parkinson, qui avait souffert plus d'une fois. Il n'était pas aussi gentil que tout le monde voulait le croire, et sa sympathie avait des limites. Il l'avait accordé à ses meilleurs amis, quelques autres Gryffindors et ceux qui avaient souffert à cause d'Umbridge, et maintenant les Slytherins. Il ne voulait pas faire de mal à qui que ce soit, il était prêt à se sacrifier pour les sauver, mais il n'allait certainement pas perdre son temps à aller s'inquiéter de ce que les gens pensaient.

Robinson se redressa et hocha la tête. « Je voulais juste que tu saches. Donc maintenant je viendrai aux cours de défense que tu donnes aux Slytherins et je les aiderai, » dit-il. « Je serai la bienvenue, n'est-ce pas ? »

« Du moment que tu veux aider, oui, » dit Harry. « Et aussi longtemps que tu gardes à l'esprit que si tu oses attaquer qui que ce soit avec plus de force que nécessaire, tu seras aussitôt jeté hors de la classe. »

Robinson hocha sérieusement de la tête. Il avait des lunettes qui lui donnaient un air encore plus sincère. « Je sais. J'espère que j'arriverai à en convaincre quelques autres de venir. » Il lui offrit un sourire brillant puis s'éclipsa.

Harry s'enfonça dans son fauteuil et soupira. Il se trouvait à la bibliothèque et c'était aujourd'hui la sixième conversation qu'il avait eue avec l'un de ceux à qui Hermine avait apparemment parlé. Au moins, il semblait qu'ils allaient maintenant commencer à agir. La plupart d'entre eux avaient promis de venir au prochain rassemblement de défense demain soir, et d'autres avaient promis de parler à leurs camarades pour arrêter ces stupides attaques.

Si les attaques continuaient.

Harry était plutôt optimiste pour l'instant. Il n'y en avait eu aucune aujourd'hui, et les élèves l'avaient regardé avec une expression plus compassionnée que d'habitude. De plus en plus de Slytherins étaient capable d'exécuter le Charme du Patronus, bien qu'aucun d'entre eux, à l'exception de Malfoy et Harry, ne fût capable d'en réaliser un qui fût corporel. D'autres devenaient des experts au Charme du Bouclier. McGonagall avait puni deux Gryffindor qui avaient été surpris, par un préfet, en train de mijoter une attaque dans la salle commune des Slytherins.

Les choses s'arrangeaient.

Harry frotta la marque sur son torse. Il allait devoir demander à Hermione de commencer quelques recherches pour savoir si il allait la garder pour toujours, et si ça allait le rendre responsable de tous les Slytherins qui pourraient aller à Hogwarts durant les prochaines années et tous ceux qui partiraient.

« Harry ? »

Il leva les yeux. Romilda Vane se tenait devant lui, les mains sur les hanches et fronçant les sourcils. Etrangement, tout ce que Harry pouvait penser à cet instant était la manière si différente qu'elle avait de prononcer son nom, comparé à Malfoy.

« Oui, quoi ? » demanda Harry, lorsqu'il réalisa que son regard noir n'allait pas simplement la faire partir.

Vane lissa sa jupe pendant un moment, puis demanda soudainement : « Est-ce que c'est vrai que tu sors avec Malfoy ? »

« J'ai dormi avec Malfoy, oui, » répondit Harry. Il refusait de dire quoi que ce soit d'autre que l'exacte vérité. Ce n'était pas sa faute si tout le monde allait mal interpréter ses mots.

« Ce… C'est pas juste ! » s'exclama Vane, et ses yeux se remplirent de larmes. « Alors que tu savais que je te voulais ! Alors que j'ai tout essayé pour t'avoir pendant notre sixième année ! »

Harry se couvrit le visage de sa main. Exactement ce dont il n'avait besoin, quelqu'un jaloux d'une histoire d'amour qui n'existait même pas. Il pensait que la version imaginaire de lui que Vane avait en tête, le dévoué et tendre amant qui ne lui jetait pas un seul regard, avait encore moins de sens que la vision de héros que Malfoy avait de lui.

« Va-t'en, Romilda, » dit-il avec lassitude.

« J'aimerais juste savoir, » continua-t-elle en faisant un pas en avant, tendant une main comme si elle voulait toucher son visage. Harry l'esquiva et sa main atterrit sur la table de la bibliothèque. Elle renifla à nouveau. « Embrasse-moi. Juste pour voir si il est aussi doué que moi. Si j'embrasse mieux, alors tu me dois un rendez-vous. »

Je suis sûr que ça doit avoir du sens quelque part dans son monde tordu. Harry se leva. « Je ne te veux pas, » dit-il. « Je pensais que j'avais été clair. »

Vane sourit. « Mais tu n'as jamais dit que tu le voulais lui ! » Elle fit un nouveau pas en avant.

Harry ouvrit la bouche pour rétorquer, mais ne savait même pas quoi dire. Lorsque, soudainement, il sentit une main forte dans sa nuque.

« Il n'a pas besoin de dire ce qui est absolument évident, » gronda la voix de Malfoy. Et il tourna la tête d'Harry pour l'embrasser.

Harry eut presque le reflexe de se dégager, mais il se souvint au dernier moment qu'ils devaient faire en sorte d'être convaincants devant Vane. Elle était une commère invétérée qui allait répandre l'histoire dans toute l'école. Alors il se rapprocha de Malfoy et ouvrit la bouche pour accueillir Malfoy.

Malfoy gémit et ouvrit la bouche en retour, et sa langue caressa celle d'Harry. C'était étonnement agréable. Harry décida qu'il pouvait rester ici et l'embrasser un peu plus longtemps. C'était trop bon pour s'arrêter. La bouche Vane devait probablement sentir le fromage moisi.

Il poussa Malfoy contre la table, prenant le contrôle du baiser, et insinua une jambe entre les jambes de Malfoy. Malfoy gémit à nouveau. Harry espérait que Vane entendait tout, à supposer qu'elle se tînt toujours là, et n'eût pas fui quelque part d'autre pour pleurer à chaudes larmes.

Puis il frotta son pénis contre celui de Malfoy.

Harry se paralysa, une toute autre sorte de tension avait pris le contrôle de son corps. Ce n'était plus un jeu. C'était… Ce n'était pas drôle. Malfoy était en train de bander, et Harry n'était pas loin de l'être lui aussi, et soudainement ça n'avait plus rien d'amusant.

Il fit un bond en arrière et fixa le sol. Heureusement, un coup d'œil par-dessus son épaule lui révéla que Vane était partie. Il prit une profonde inspiration et se tourna vers Malfoy.

Malfoy prit son temps pour descendre de la table. Quand il s'assit sur la chaise à côté, il avait plus qu'un simple sourire narquois sur les lèvres. Il se toucha la bouche, puis baissa les yeux sur l'érection d'Harry et haussa les sourcils.

« C'est juste à cause du frottement, » dit rapidement Harry. « Et tes lèvres, et tes cheveux sont doux et… Je te l'avais dit, ce n'est pas juste ! »

« Tu penses que mes lèvres sont douces, » dit Malfoy, et même sa voix était douce. « C'est tout ce que j'avais besoin de savoir, pour compenser la déception de ce matin. »

Il se leva, jeta un Charme du Temps, et ajouta : « Sept minutes avant que notre cours de Défense ne commence. Je pense que tu devrais venir. »

Et il s'éloigna.

Harry se laissa à nouveau tomber sur son fauteuil et s'adossa en arrière, les yeux fixant le plafond. Il devrait penser à ce qui venait juste de se passer. Il devrait penser à quel point ce fût horrible que Malfoy fût amoureux de cette version de lui qui n'existait pas. Il devrait penser à un moyen de décourager le pauvre garçon et l'orienter vers quelqu'un d'autre qui saurait lui donner ce qu'il veut.

Mais tout ce qu'il réussissait à penser fut à quel point il était bon d'embrasser Malfoy. Et il ne pouvait cesser de passer sa langue sur ses lèvres pour retrouver le goût, jusqu'à ce qu'il dût courir jusqu'à la Salle sur Demande pour ne pas être en retard.

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