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Chapitre Onze – Une situation bien confuse
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A chaque fois qu'Harry pensait avoir compris quelque chose sur la façon dont le monde fonctionnait, tout se bouleversé autour de lui.
Il avait pensé que les choses se différentes après la guerre, plus paisible, avec personne ayant pour idée d'attaquer quelqu'un d'autre pour les prochaines années. Il avait eu tort.
Il avait pensé que, si ça la violence avait du revenir, elle serait venue des Mangemorts ou à la limite des Slytherins, qui auraient été énervés d'avoir perdu la guerre ou qu'Harry fût encore en vie. Il s'était même attendu à se faire attaquer. Pourquoi pas ? C'était lui qui avait tué Voldemort et brisé tous leurs espoirs. S'attaquer à des Gryffindors au hasard n'aurait pas été très censé. Alors pourquoi s'en étaient-ils pris à des Slytherins au hasard ?
Il s'était bien trompé.
Il n'avait pas vraiment pensé au fait de sortir avec quelqu'un depuis, il avait essayé d'apprécier le fait d'être toujours en vie depuis l'été dernier avant quoi que ce soit d'autre. Il avait vaguement pensé à Ginny. Mais elle s'était révélée désintéressée de lui au final. Dès fois il avait eu quelques fantasmes à propos d'elle, mais c'était tout. Ce n'était pas comme si il voulait profondément s'investir dans une relation là tout de suite, comme Hermione et Ron qui semblaient quelques fois sur le point de se marier.
Il s'était bien trompé.
Mais il ne savait toujours pas pourquoi il s'était autant trompé.
Il était avachi sur un fauteuil dans la salle commune de Gryffindor cette nuit, fixant le feu en fronçant les sourcils et ignorant les filles autour de lui qui l'harcelaient de questions dans le but de commérer. Qui aurait pu prévoir que Malfoy serait intéressé par moi en même temps ?
Hermione claqua des doigts devant ses yeux. Harry fit un bond et se redressa, essayant de comprendre pourquoi Hermione lui lancer ce regard coquin. Elle leva les yeux au ciel et se laissa tomber à côté de lui avant de poser la question qui lui avait tourné la tête depuis des heures.
« Qu'est-ce qui s'est passé à l'infirmerie, Harry ? »
Harry secoua la tête. « On n'a même pas réussi à atteindre l'infirmerie. Il s'est avéré que Zabini et Parkinson étaient fâchés contre moi pour avoir stupéfier Malfoy, ils lui ont fait reprendre conscience et m'ont crié dessus. Puis Malfoy a dit qu'il était aussi fâché contre moi, et il s'en est allé avec eux. Ils ont du atteindre leur salle commune en toute sécurité, » ajouta-t-il en voyant l'air contrarié d'Hermione.
Cette dernière soupira avec impatience. « Tu es revenu avec l'air de quelqu'un à qui on a confisqué son jouet. » Harry commença immédiatement à protester, et Hermione s'approcha de lui pour le regarder dans les yeux. « Qu'est-ce qui s'est passé ? Vous vous êtes disputés ? » Et puis elle s'arrêta soudainement, et hocha la tête avec compréhension. « Evidemment. Tu as juste le même air que Ron lorsque je lui dis de s'en aller et d'arrêter de me déranger pour que je puisse lire. »
« Je n'ai pas cet air là ! » s'exclama Ron.
Au même moment, Harry rougit et demeura silencieux. C'était bénéfique de laisser croire à Hermione que ce n'était qu'une querelle d'amoureux, se dit-il. Ca expliquerait tout et ça lui donnerait la parfaite excuse pour en parler… Mais il ne voulait pas en parler. Comment diable pouvait-il dire à ses amis que Malfoy le désirer pour de vrai, et que lui aussi. Le désir était facile à comprendre, tout ce qui était doux et chaud lui donnait envie de se jeter un Charme de Glace jusqu'à ce que ses parties génitales se calment.
Hermione continua de le taquiner pour essayer de lui soutirer des informations jusqu'à ce qu'Harry décida d'aller au lit. Au moins elle ne se vexa pas lorsqu'il refusa de répondre à la plupart d'entres elles. A la surprise d'Harry, toutefois, Ron essaya à nouveau lorsqu'ils se retrouvèrent tous deux dans la chambre.
« Alors, est-ce que tu t'es fâché avec Malfoy, mec ? » murmura-t-il. Harry commença à ouvrir la bouche, mais Ron secoua la tête. « Non, pas juste ce que tu viens de nous dire. Il y a quelque chose d'autre n'est-ce pas ? Quelque chose… d'intime ? »
Harry leva les yeux au ciel, se demandant ce que Ron insinuait et pour quelle foutue raison cela l'intéressait-il. « On peut dire ça, » se déroba-t-il. Peut-être que ses amis ne seraient pas si choqués si il leur révélait son attirance pour Malfoy. Mais il devrait peut-être les préparer d'abord.
« Ah, » acquiesça Ron. Il se pencha hors de son lit à tel point qu'il failli tomber, et chuchota : « Si il a un plus gros pénis, tu te dois de le laisser aller au-dessus dès le début, mec. Comme ça, tu t'y habitueras plus vite. »
Harry ouvrit grand la bouche. Ron devenait vraiment imprévisible. Il aurait tout autant pu se jeter à côté d'Harry et suggérer qu'ils comparent la taille de leurs pénis. « Parce qu'évidemment tu as beaucoup d'expérience sur le sujet, où est-ce que tu as appris ça ? » demanda-t-il.
Ron vira aussitôt au rouge si bien qu'il sembla luire dans la nuit. « Je, hum… rien, » bégaya-t-il. « Ce n'est rien de particulier. Je veux dire, je l'ai peut-être entendu de la part de gars comme Oliver. Ou, tu sais, les jumeaux avaient l'habitude d'en parler. Rien… Je veux dire, nulle part. » Puis il se détourna et enterra sa tête sous son oreiller.
Harry le fixa du regard pendant un moment, puis se retourna en grognant et remonta les couvertures sur lui.
Pas étonnant que le monde n'avait aucun sens et que rien ne se passait comme il avait pensé que ça serait après la guerre. Personne autour de lui ne se comportait de façon censée non plus. Hermione sera sûrement la prochaine à déclarer que les livres sont surfaits et qu'elle aimerait plutôt apprendre son sujet grâce aux notes d'Harry et Ron.
Mais il y avait bien quelque chose que je pourrais demander à Hermione de faire, pensa Harry alors qu'il fermait les yeux. Rechercher pour combien de temps ce maudit serment va-t-il encore endurer…
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Malfoy semblait tenir une audience au petit-déjeuner du matin qui suivit, il était entouré par ce qui semblait être la moitié de la table des Ravenclaw ainsi que tous les Slytherins. Après les avoir fixer pendant quelques minutes, Harry en déduisit qu'ils avaient dû entendre parler des cours de Défense de la part de Robinson et des autres Ravenclaw qui y étaient allés.
Pour une fois, quelque chose avait du sens. Harry aurait dû se sentir reconnaissant de la façon dont les choses se déroulaient.
Il aurait dû se sentir comme ça.
Mais ses émotions avaient décidé de se rebeller, et il mangeait son petit-déjeuner avec un goût d'amertume au fond de la gorge. Il se dépêcha de finir aussi vite que possible pour pouvoir sortir et prendre quelques bouffées d'air frais.
Là, dehors, il se sentait déjà mieux. Et son esprit lui montrait l'image qui avait brûlé dans son esprit, l'image qui l'avait fait fuir le petit-déjeuner en premier lieu.
Robinson se penchant en avant et posant sa main sur le bras de Malfoy. Robinson le regardant avec de grands yeux remplis d'adoration. Malfoy se penchant vers lui et acquiesçant alors qu'il écoutait attentivement ce que Robinson disait et qu'Harry ne pouvait entendre.
On aurait pu penser que Malfoy ait oublié le fait que Robinson n'ait jamais rien fait pour les aider, pensa Harry avec ressentiment, en se frottant les tempes. Et qu'il s'est à peine montré pour la première fois hier soir.
Donc voilà. Il sentait la jalousie lui monter juste parce que quelqu'un d'autre avait touché Malfoy. C'était très utile pour clarifier ses sentiments et mettre en évidence le fait qu'il ne les avait pas imaginé, et que ce n'était pas qu'une question de désir… Mais sinon ça n'aidait en rien du tout.
Comment allait-il faire pour avoir Malfoy ?
Harry fronça les sourcils. Il n'était pas un génie, si ce n'est pour combiner des sorts de défense. Alors parvenir à trouver un plan intelligent pour courtiser Malfoy était mission impossible.
Il pourrait marcher vers Malfoy et l'embrassait au milieu de la Grande Salle, mais est-ce que Malfoy apprécierait ça ? Il pourrait lui jeter son regard de glace et dire que c'était vulgaire de l'embrasser devant autant de gens.
Il pourrait tendre une embuscade à Malfoy dans les couloirs et faire la même chose, mais Malfoy serait probablement ennuyé de ne pas avoir assez d'audience.
Il pourrait lui écrire une lettre d'amour torride et romantique, mais Malfoy pourrait très facilement se moquer de lui. Et, de toute façon, cette partie du plan impliquerait qu'Harry soit torride et romantique en premier lieu, et également un bon écrivain, ce qu'il n'était pas.
Harry gémit. Malfoy m'aura appris à penser l'impossible, mais ça n'est pas d'une grande aide alors que je suis à la recherche d'une idée solide.
Il s'apprêtait à se diriger vers la classe de Potions, lorsqu'il entendit une voix familière derrière lui. C'était une voix pleine d'espoir, ce qui aurait normalement semblé positif, sauf qu'il savait à qui appartenait cette voix.
« Alors, je me disais… comme tu es le deuxième plus beau mec de l'école après Harry, tu voudrais probablement sortir avec moi ? »
Harry se retourna doucement et essaya de regarder par-dessus son épaule de façon discrète.
Romilda Vane se tenait devant Malfoy, qui était lui-même adossé contre le mur juste à l'extérieur de la Grande Salle. Il la regardait avec une expression sidérée qui fit sourire Harry. Il se sentait si reconnaissant d'avoir l'occasion d'assister à un tel spectacle. Ca faisait du bien de savoir qu'il n'était pas le seul à souffrir de ce genre d'harcèlement.
« Juste parce que Potter ne voulais pas sortir avec toi, » dit finalement Malfoy d'une voix lente comme s'il voulait s'assurer qu'elle enregistrât chacun de ses mots. « Tu penses que ça me donne l'obligation de te donner une chance ? »
« Pas une obligation ! » s'exclama Vane, d'une voix horrifiée. « Jamais ! Je n'irais jamais jusque là ! Je pensais juste que tu pourrais l'envisager. » Elle baissa la tête, puis la releva tout doucement en battant des sourcils d'une façon qu'elle imaginait probablement être mignonne.
« Non, » dit Malfoy, et il parvint à mettre tant de rejet dans juste ce mot que même quelqu'un comme Vane n'aurait pas possiblement pu mal l'interpréter, pensa Harry.
Il avait tort. Harry était content que quelqu'un dans ce monde eût l'habilité de le faire se sentir moins stupide. Vane se pencha en avant et roucoula : « Mais tu ne m'as même pas encore embrassé. Tu ne m'as pas touché. Tu n'en sais rien… Je pourrais être celle que tu as désirée toute ta vie, et quel genre de vie vas-tu mener si tu ne commences pas à sortir avec moi ? »
Malfoy retroussa les lèvres. Il tendit une main en avant comme si il voulait attraper l'épaule de Vane, mais il la repoussa et passa à côté d'elle. Harry jeta un coup d'œil aux alentours pour chercher Zabini, Parkinson ou Goyle, qui suivaient généralement Malfoy comme son ombre, mais il n'y avait aucune trace d'eux.
Vane saisit la main de Malfoy lorsqu'il la dépassa et embrassa le dos de sa main. Elle portait une expression de fervente adoration.
Et Harry péta les plombs.
Littéralement. Son esprit sembla se retirer à l'arrière de son crâne et devint si insignifiant que tout son corps pris le contrôle et le propulsa à l'autre bout de couloir en l'espace de quelques enjambées. Il attrapa Vane et l'arracha à Malfoy avec tant de force qu'elle n'eût même pas le temps de crier.
Puis il se retourna et la força à lui faire face, pour qu'elle n'ait pas d'autre choix que de voir chaque expression de son visage, toutes les lignes de son air irrité et chacune de ses dents les plus énervées qu'il montrait dans son sourire méprisant. Il se retint de placer sa baguette contre sa gorge, parce qu'il ne pensait pas en avoir besoin. Elle s'était paralysée, la bouche à moitié ouverte, rien qu'en ayant constaté la colère qui se dégageait de lui.
« Draco Malfoy sort avec moi, » dit Harry. Tous ses mots étaient clairs et prononcés avec force, si bien que tous les élèves qui sortaient de la Grande Salle s'étaient retournés. « Il ne sort qu'avec moi, et il n'acceptera pas tes invitations à s'embrasser ou à se toucher, juste au cas où. Il n'acceptera aucun chocolat qui pourrait contenir des philtres d'amour. T'as pigé, Vane ? »
Vane déglutit et bredouilla quelques mots inaudibles. Harry se doutait qu'essayer de faire parler quelqu'un qui le désirait après qu'ils aient été si proche l'un de l'autre pouvait se révéler difficile. Mais le message était davantage destiné à tous les autres de toute façon.
Mais celui-ci était juste pour Malfoy, pensa Harry, alors qu'il lâchait Vane et se tournait pour faire face à Malfoy. Cet idiot affichait un visage impassible, comme si tout cela n'avait été que de la comédie comme ce qu'ils avaient prétendu jusqu'à présent, et qu'Harry allait s'inventer une nouvelle excuse pour ne pas l'embrasser.
« Je ne suis pas aussi bon acteur, » lui dit Harry, comme pour répondre à sa pensée, et il l'attira à lui pour l'embrasser.
Ce n'était pas aussi violent que l'avaient été les précédents. Harry attrapa simplement ses épaules, pas son visage, et il ne le repoussa pas contre un mur, et il ne frotta pas son genou contre l'entrejambe de Malfoy comme il aurait aimé le faire. Mais il utilisa sa langue, et il ne retint pas ses gémissements, et il ferma bien les yeux lorsque la sensation devint trop insoutenable.
La bouche de Malfoy était plus délicieuse que jamais. Ses cheveux n'avaient jamais été aussi doux. Et Harry devait admettre que Malfoy n'avaient probablement pas conçu tout cela juste dans le but de piéger Harry ; c'était tout simplement la manière dont il était fait.
Harry l'embrassa aussi longtemps qu'il le pouvait sans avoir besoin de reprendre sa respiration, caressant les joues de Malfoy avec sa langue et essayant de ne pas penser au fait qu'ils avaient un public. Le public n'avait pas d'importance. C'était là tout le but. Il avait rejoint Malfoy lorsqu'il avait vu Vane essayer de le toucher, et non pas parce qu'ils y avaient des gens dans le couloir. Il espérait que ça suffirait.
Il fit un pas en arrière et ouvrit les yeux.
Malfoy cligna des yeux et se toucha les lèvres comme si il pouvait toujours sentir celles d'Harry contre les siennes. Il inspira profondément, hocha la tête, et dit : « Ca suffira pour un début. Reviens quand tu penses que tu peux faire mieux. »
Puis il le dépassa et marcha en direction de la salle de Potions d'une démarche droite et ferme, comme si le baiser ne l'avait pas du tout affecté. Et Harry ne pouvait maintenant pas se souvenir si il avait senti l'érection de Malfoy ou non ; toute son attention avait été concentrée sur la bouche de cette imbécile.
Harry laissa échapper un petit cri d'intense satisfaction. Il n'en avait rien à faire de paraître fou aux yeux des élèves autour de lui. Ils le pensaient probablement déjà, rien que parce qu'il sortait avec Malfoy, ou parce qu'il sortait avec un Slytherin, ou pour l'avoir embrassé au milieu du couloir là où tout le monde pouvait les voir, où pour avoir supporter Romilda Vane aussi longtemps.
Il y avait toutes sortes de choses qu'ils pouvaient penser là maintenant, mais Harry les trouvait de plus en plus sans importance.
Lorsque Harry se retourna, il trouva Vane, debout toujours à la même place. Harry la dévisagea avec lassitude, déjà fatigué d'avoir à faire au tas de merde qu'elle allait encore pouvoir trouver à dire. « Quoi ? » demanda-t-il d'un ton sec.
« J'avais tort, » répondit Vane, d'une voix faible. « Vous embrassez tous les deux bien mieux que moi, et vous êtes tellement fait l'un pour l'autre. Je suis désolée. Je dois… y aller… quelque chose à faire. »
Elle se hâta de s'éloigner, boitant bizarrement. Harry la fixa, se demandant si il l'avait blessé sans avoir réalisé.
Puis il vit l'étrange façon qu'avait sa jupe de bouger, comme si elle était trempée, et une toute autre explication lui vint à l'esprit, suffisamment pour le faire frissonner au point de se tenir contre le mur alors qu'il se dirigeait vers son cours.
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Ca ne marchait pas.
Harry avait essayé de rester devant la salle commune des Slytherins pour attendre que Malfoy vienne ou n'en sorte, ou pour attraper quelqu'un qui pourrait lui faire parvenir un message. Ca ne marcha pas. Malfoy ne faisait que marcher encore plus vite à chaque fois qu'il apercevait Harry, il prétendait ne pas le voir et se cachait derrière ses amis. Les personnes à qui il demandait de transmettre ses messages prétendaient ne pas l'entendre non plus, et Harry ne pouvait même pas leur jeter un sort à cause de sa fichue marque.
Il avait essayé d'envoyer une lettre à Malfoy pour s'excuser et l'inviter à sortir. Malfoy l'avait déchiré en mille morceaux tout en le regardant fixement, et il avait articulé les mots « Pas suffisant, » puis s'était détourné avec un calme des plus majestueux.
Il avait essayé de parler à Malfoy pendant les cours, dans les couloirs, dans la Grande Salle, près du terrain de Quidditch après l'entraînement. Malfoy s'obstinait à lui tourner le dos à chaque fois, à se concentrer sur ses chaudrons, ou ses livres, ou son balai.
Il avait essayé de simplement attraper Malfoy et de l'embrasser à perdre haleine à nouveau, mais Malfoy s'était échappé de son étreinte.
Donc, pensa Harry au bout du sixième jour, alors qu'il avait été distrait pendant la plupart du cours de Défense pour avoir fixer l'imbécile blond à l'autre bout de la salle, j'en déduis qu'il veuille que je souffre juste autant qu'il ait souffert lorsque je l'ignorais. Très bien.
Mais si il s'imagine que je vais attendre autour de lui pendant six ans, ou peu importe combien d'années il a souffert de mon manque d'attention, il rêve.
Harry détourna la tête et commença à prêter attention aux personnes dont il était supposé s'occuper, un groupe de cinquième année de Slytherins qui avaient un problème inhabituel à produire le Charme du Patronus. Il fit un signe de tête à la fille au milieu, Susan Sage, qui regardait sa baguette en fronçant les sourcils comme si c'était la source du problème. « Il faut que tu penses à un souvenir qui soit suffisamment heureux, » lui dit-il. « Un souvenir qui ne te rend rien de plus que contente n'est pas suffisant. »
« Mais c'est ce que je fais ! » s'exclama-t-elle en le regardant avec colère.
« Tu m'as dit que tu pensais à la fois où ta sœur s'était faire punir à ta place, » répondit Harry. « Ce n'est pas suffisamment fort, et pour preuve puisque ça ne marche pas. Alors essaye quelque chose d'autre. »
« C'est le seul souvenir heureux que j'ai, » grommela Sage, et elle semblait sur le point de croiser les bras et s'éloigner en tapant des pieds. Si il avait croisé les bras, Harry aurait été content de la laisser partir, mais elle ne l'avait pas encore fait et Harry continuerait à la l'aider jusqu'à ce qu'elle le fasse.
« Je sais que ce n'est pas vrai, » dit l'un des autres cinquième années. Harry pensait se souvenir que son nom était Geoffrey Freewell. « C'était pas la première fois que tu es montée sur un balai ? Tu m'as dit que c'était ça ton plus beau souvenir. »
« La ferme, Geoffrey, c'était privé, » grogna Sage, mais elle semblait contente que quelqu'un s'en soit souvenu. Harry secoua la tête. Les Slytherins passaient leur temps à insister qu'ils n'avaient pas besoin d'aide et étaient plus heureux lorsque personne ne leur prêter attention, mais ils se sentaient blessés par l'indifférence presque autant que par les insultes. Harry ne voyait pas comment quiconque autour d'eux était censé savoir qu'ils avaient besoin d'encouragements alors qu'ils disaient ne pas en avoir besoin.
Il jeta un autre coup d'œil à Malfoy, puis se rappela au dernier moment ce sur quoi il était censé se concentrer et reporta son attention sur Sage. « Réessaye, maintenant, » dit-il.
Elle fronça les sourcils, se tortilla un peu puis agita la baguette tout en s'écriant : « Expecto Patronum ! »
Pendant une seconde, Harry pensa que ça n'avait pas marché parce qu'elle n'avait pas bien exécuté le mouvement de baguette. Puis une forme argentée se manifesta près de sa baguette et dériva jusqu'à se retrouver devant le visage de Sage.
« Une anguille ? » demanda-t-elle, en fixant son Patronus. « Pourquoi fallait-il que ce soit une anguille ? »
Harry rit. « On ne choisit pas son Patronus. Mais essaye de le faire nager jusqu'à l'autre bout de la pièce puis revenir vers toi, et plus tard on essayera de le faire transporter des messages. » C'était le meilleur moyen qu'il avait trouvé de commencer. De nombreux Slytherins se sentaient horriblement frustrés non pas parce qu'ils ne pouvaient pas créer de Patronus, mais parce que leur Patronus ne faisait pas tout ce qu'ils leur demandaient dès le premier coup.
Sage acquiesça et leva la baguette devant elle. L'anguille s'élança vers l'autre bout de la salle, nageant en cercles, et revint vers elle. Elle agita ensuite un peu la tête puis finit par disparaître.
Harry applaudit avec tous les autres du groupe, puis il se détourna pour aller aider d'autres élèves qui n'avaient encore produit aucun Patronus. Alors qu'il était en train d'essayer de convaincre Freewell qu'il avait également besoin d'utiliser un souvenir plus heureux, il se rendit compte qu'un lourd regard pesait sur lui. Il finit ce qu'il était en train de dire, puis tourna la tête avec désinvolture.
Malfoy était en train de le regarder ouvertement pour la première fois depuis cette nuit où il l'avait repoussé. Harry lui fit un signe de tête, pas sûr de savoir si c'était un signe encourageant ou non. Ca pouvait l'être, mais il avait aussi pensé que le fait que Malfoy l'ait permis de l'embrasser la semaine dernière était un bon signe, et ça n'avait pas été le cas.
Malfoy sursauta et regarda autour de lui comme si il n'avait pas réalisé qu'il était en train de le fixer, et que quelqu'un pût le voir. Harry leva les yeux au ciel et continua son enseignement.
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« Il faut que tu fasses quelque chose, Potter. »
Harry soupira. Une fois de plus, il avait été coincé par Zabini et Parkinson dès l'instant où il avait quitté le club de Défense. Malfoy était parti en avant, ce dont Harry avait été content. Peut-être que demain il aurait de nouvelles idées quant à trouver un moyen d'attirer son attention, mais pour l'instant il voulait une soirée tranquille où il n'avait pas besoin de penser à lui ou à l'impossibilité de le faire venir à lui.
« Il le faut, » dit Parkinson en hochant vivement de la tête. « Il est de nouveau en train de gémir en permanence, et tu n'as aucune idée à quel point c'est désagréable de l'écouter. »
Zabini tapa une main contre sa poitrine et s'appuya contre le mur de façon dramatique, la tête penchée en arrière et roulant des yeux. « Pourquoi est-ce que je n'ai pas encore mon Haaarry ? » gémit-il. « Pourquoi est-ce qu'il ne vient paaaas ? Pourquoi est-ce qu'il ne me touche paaaas ? » Il rebaissa la tête et jeta un regard suppliant à Harry. « C'est intolérable. »
« Tu peux lui dire que je me touche de nombreuses fois, et de plein de façons différentes, mais sans lui, » marmonna Harry.
Parkinson éclata de rire, et ce fut la première fois qu'il l'entendit rire sincèrement sans que ça ne fût pour se moquer de lui. « On pourrait lui dire ça, oui, si on veut l'entendre se plaindre encore plus, » dit-elle.
« Je ne sais pas quoi faire d'autre, » dit Harry. « Si il m'ignore à chaque fois que j'essaye d'agir, comment est-ce que je suis censé faire ? Le coincer dans un piège et refuser de le laisser partir jusqu'à ce qu'il accepte de sortir avec moi ? »
« Tu peux faire un peu plus de ce que tu faisais ce soir, » dit Zabini. « Nous aider. Il aime bien voir que tu te soucies de nous. »
« Mais ce n'est apparemment pas suffisant pour le faire venir à moi, » dit Harry. « Et ça ne le fera pas arrêter de se plaindre. T'as d'autres suggestions ? »
Zabini sembla impuissant un bref instant, et échangea un regard avec Parkinson. Son rire s'était apaisé et elle secouait légèrement la tête. Elle ouvrit la bouche comme si elle s'apprêtait à donner une idée.
Mais Harry ne sut jamais ce qu'elle s'était apprêtée à dire, ce qui allait beaucoup l'irriter quand il y penserait plus tard.
Il perçut un mouvement du coin de l'œil, et au même instant la marque sur son torse commença à le brûler comme un feu d'artifice. Alors il fit ce qui lui sembla le plus naturel à cet instant et fit un pas devant Parkinson et Zabini pour les protéger de leur agresseur.
Il n'eut pas le temps de voir un visage qu'un sort le frappa de plein fouet. Il le ressentit avec autant de force que si un hippogriffe l'avait frappé, et il entendit des côtes se casser d'un coup sec. Il agita sa baguette et fit apparaître un Charme du Bouclier autour de Zabini et Parkinson alors qu'il s'affaissait sur ses genoux.
Puis, l'agresseur lança un sort à nouveau, et Harry sut, alors que le feu consumait le côté de son cou et de son visage, que ça n'allait pas être joli.
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