Rencontre avec le serpent
Ça fait un mois que je suis l'épouse non consentante du monstrueux prince du désert de Suna. Et je suis toujours en vie !
Ma vie ressemble à un sablier, les grains de sable sont mes jours qui coulent très lentement, attendant avec patience le moment où il aura complètement coulé, signant ma mort subite et pas du tout préméditée !
Chaque jour c'est la même chose : le monstre me réveille pour que je me prépare, nous descendons prendre notre petit-déjeuner -main dans la main, beurk- puis il part « travailler » pendant que je lis dans mon lit.
Je continue de faire des cauchemars, très étranges d'ailleurs. A chaque fois que je me réveille en sueur et apeurée, il est à côté de mon lit et me tend un verre d'eau. On pourrait croire que c'est une gentille attention, mais ne vous faites pas berner, je suis prête à parier qu'il met un poison à lente diffusion dans mon eau, le bougre !
Mes cauchemars sont vraiment bizarres. J'ai la sensation que ce que j'y vois est réel et que je le vis clairement ! Au début c'était un peu flou, mais maintenant c'est vraiment très clair.
Je me retrouve dans une pièce sombre et humide d'où s'échappe une odeur de sang, que j'ai mis plusieurs jours à identifier. Un homme horriblement terrifiant me parle mais je ne comprends pas vraiment ce qu'il dit, je reconnais certains mots comme « mort », « souffrance » ou encore « plaisir ».
Ensuite l'homme se recule de moi et me regarde pendant que des personnes viennent vers moi. Ces personnes me fouettent avec d'énorme lanière en cuir, j'en ressens toute la douleur et je vous assure que jamais de ma vie je ne veux vivre ça en vrai ! Si j'y suis obligée, je supplierai mon bourreau d'époux de me trancher la gorge sans préavis.
Une fois que ma peau s'est fissurée sous les coups de fouet, laissant couler des filets de sang, les personnes essayent de me noyer jusqu'à ce que je perde connaissance et c'est là que je me réveille.
Je déteste ces foutus cauchemars, la douleur ne disparait pas tout de suite après que je me sois réveillée, elle diminue lentement, laissant mon corps trembler pendant de longues minutes. Je dois avouer que mon verre d'eau nocturne me fait du bien, mais ne le dites surtout pas à monsieur le maître des lieux !
Ce matin, quand le monstre vient me réveiller, je suis déjà levée et habillée -d'une splendide robe bleue qui me va super bien d'ailleurs !- et je l'attends devant ma porte, ce qui le surprend, émotion visible un demi-quart de micro secondes ! Il me tend sa main que je prends -oui je ne dis plus rien, j'y suis habituée- et me fixe froidement. Je tiens son regard, en évitant de trembler, et finis par lui dire :
_ Quoi ?
Evidemment, je l'agresse un minimum quand je lui parle. Il continue de me fixer et j'arrive à percevoir son microscopique ridicule petit sourire en coin. Résultat : je fronce mes sourcils et répète mon « quoi » arrogant.
_ Tu es très belle.
Ah ! ... ... ... Je ne sais plus quoi penser là ! ... ... ... Reprends-toi Hana, il essaye juste de t'amadouer.
Je ne vais pas le remercier non plus, il en serait trop content. Donc je fronce de nouveau les sourcils et il ouvre la porte. Comme chaque matin, nous nous retrouvons à la table de la salle à manger où le même serviteur nous sert -je ne joue plus trop la maligne, je prends du chocolat chaud, j'ai faim moi ! Je regarde le monstre qui semble toujours aussi froid et impassible -franchement j'aimerais qu'il me dise comment il fait- boire un simple café sans rien manger.
On ne parle jamais pendant les repas, je soupçonne que les serviteurs présents y soient pour quelque chose, mais pourquoi … ? Mon bourreau ne me parle que quand nous sommes seuls. Bon, il ne me fait pas la causette, heureusement, mais son intonation de voix est différente. Alors que quand une personne est dans les parages, il ne me parle que par obligation et toujours froidement ou de façon super autoritaire.
Je finis mon chocolat et, Ô miracle, je l'entends me parler.
_ Cet après-midi nous nous promènerons dans les jardins.
Ça te dérangerais de me demander mon avis ? Non évidemment, monsieur exige et madame obéit... Je ne lui réponds pas ce qui semble fortement troubler le serviteur qui s'approche doucement de moi pour me dire :
_ Maîtresse Hanabi, monsieur votre époux vous parle.
Je lui jette un regard noir et le vois déglutir difficilement, puis je fixe « monsieur votre époux » sévèrement en répondant :
_ Je ne viendrai pas, je suis fatiguée.
Et c'est qui le boss maintenant -grand sourire intérieur- ? Je retire mon sourire intérieur quand mon bourreau fronce les sourcils, déjà que son visage impassible est effrayant, alors là je pourrais vraiment mourir sur place, arrêt du cœur immédiat !
_ Tu n'auras qu'à te reposer ce matin.
_ Non, je dois lire.
La boulette ! Il me regarde vraiment mal, il me fait peur. Je vois le sable de mon sablier de vie s'écouler à grande vitesse là.
_ Nous nous promènerons dans les jardins et la discussion est close.
Je dois être suicidaire parce que j'ai bien entendu la colère dans sa voix et je continue de lui tenir tête :
_ Certainement pas !
Il se lève brusquement, avance rapidement vers moi, me prend le bras en serrant assez fort et me fait presque courir jusqu'à sa chambre où il me jette sur son lit avant de fermer à clé derrière lui. Là je flippe littéralement !
A noter : si je ne meurs pas j'apprends à fermer ma bouche.
Son regard est le même que quand il a égorgé ce pauvre petit lapin. Ma gorge me fait mal tout d'un coup. Il se met au-dessus de moi sur son lit et saisit ma gorge de sa main en me fixant sévèrement. Je sens sa main faire pression et mon corps s'emplit de tremblements.
_ Tu veux que j'exige mon dû en tant qu'époux ?
Je secoue difficilement ma tête de gauche à droite. J'ai vraiment peur là.
_ Non ? C'est pourtant mon droit, tu m'appartiens, tu es ma femme.
Des larmes s'échappent de mes yeux et roulent sur le haut de mes joues avant de s'enfoncer dans mes oreilles et mes cheveux. Il lâche mon cou et se redresse avant de s'asseoir au pied de son lit.
Je ne réalise pas tout de suite ce qui vient de se passer, je suis tétanisée.
Une fois que ma respiration redevient normale et que mes tremblements se sont calmés, je m'assois et le fixe, toujours apeurée. Il ne me regarde pas, heureusement, et tient son front avec sa main.
_ Excuse-moi.
Je continue de le regarder sans être capable de prononcer le moindre mot. Il se tourne vers moi et sans même réfléchir, je recule en le fixant encore plus apeurée.
_ Le château doit croire que tu es ma femme pendant encore quelques temps. Dès que se sera possible je te laisserais partir.
Je ne comprends pas et reste figée et muette. Il se lève, me fait face et prend mes mains pour m'aider à me lever. Il ne me lâche pas les mains et caresse le haut de chacune d'elle avec ses pouces en disant :
_ Hanabi, je suis vraiment désolé.
Mes yeux s'embrument, je fixe le bas de ma robe et réussi à prononcer faiblement ma question :
_ Pourquoi tu fais ça ?
_ Parce que je suis le monstre de Suna.
Je finis par lever les yeux vers lui. Son regard est différent de d'habitude. La dernière fois que j'ai vu ce regard c'est quand j'ai grimacé parce qu'il avait précisé que je devais logiquement partager son lit ! Cette fois je vois bien que c'est de la tristesse dans ses yeux.
Il lâche mes mains et va regarder par la fenêtre avant de dire :
_ Lorsqu'il y a quelqu'un avec nous tu dois m'obéir sans discuter. Si ce que je t'ordonne ne te plait pas, tu m'en feras part quand nous serons seuls, tu as compris ?
_ Oui.
_ Aujourd'hui je ne pourrai pas aller dans ton sens, nous devrons aller dans les jardins nous promener, tu comprends ?
_ Oui.
Il se tourne vers moi et me fixe un moment avant de dire :
_ Change de robe.
_ Pourquoi ?
_ Tu m'as tenu tête, le château s'attend à ce que je t'ai arraché ta robe, violé et frappé.
Je sursaute et ma respiration redevient saccadée. L'aurait-il vraiment fait ? Je fixe le bas de ma robe et ne le sens pas s'approcher de moi jusqu'à ce que sa main caresse ma joue et me fasse sortir de ma torpeur.
_ Je t'ai dit que je ne te toucherais pas. N'ai pas peur de moi.
Il est marrant lui, comment ne pas avoir peur avec ce qui vient de se passer ! Je fais mine de rien et dis :
_ Je n'ai pas peur de toi.
Il retire sa main de ma joue et attend quelques secondes avant de dire :
_ Change de robe, je viendrai te chercher tout à l'heure.
Il sort de sa chambre. Je vais dans la mienne, retire ma robe puis m'écroule au sol en laissant couler toutes les larmes que j'ai retenu face à lui.
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Après m'être calmée et avoir changé de robe, je me suis installée sur mon lit et j'ai continué de lire ce drôle de livre que le monstre m'a donné. Il m'intrigue ce bouquin, il est écrit à la main et semble être une sorte de journal intime.
J'ai lu une bonne partie déjà, une centaines de pages je pense. J'ai donc remarqué deux personnes écrire leur résumé de vie, deux No Sabaku mâle. Ils y racontent la violence de leur quotidien jusqu'à leur 21ème anniversaire. Cette famille semble complètement folle depuis bien plus longtemps qu'on le croit.
Au récit de ces deux personnes, je dirai qu'ils sont sadiques et qu'ils aiment la torture qui leur procure un certain plaisir. A croire que mes cauchemars viennent d'eux ! Après que j'ai lu le résumé d'enfance d'un nouveau No Sabaku, mon bourreau vient me chercher. Nous prenons notre repas dans la salle à manger sans prononcé le moindre mot, puis nous quittons le château pour mon plus grand bonheur.
Le monstre, toujours en tenant ma main, m'emmène dans ce qu'il appelle les « jardins ». Ceux-ci ressemblent plus à une immense étendue de sable où des centaines de cocotier sont alignés pour former une sorte de labyrinthe naturel et sûrement interminable. Nous marchons calmement, suivit par deux serviteurs qui marchent deux mètres derrière nous.
Après une petite heure, nous faisons face à un vrai jardin, petit certes, mais herbeux et vert. Il n'est pas bien grand mais suffit à me faire sourire. Le monstre s'arrête, et m'arrête par la même occasion, et regarde nos suivants en disant :
_ Mon épouse souhaite profiter intimement du jardin, nous rentrerons dans une heure.
Comment ça « intimement » ? Je dois rester calme et ne rien dire. J'attends quelques secondes puis entend que maintenant c'est à moi qu'il parle d'une voix plutôt basse :
_ Nous serons seul pendant un temps, mais tu dois rester avec moi.
J'acquiesce d'un signe de tête puis nous nous asseyons dans l'herbe. Je ne le regarde pas pendant un moment puis finis par lever les yeux vers lui et demander :
_ C'est quoi le livre que je dois lire ?
_ Le journal de bord de ma famille.
Ça je l'avais à peu près compris, donc il ne m'aide pas ! Il regarde vers l'horizon en gardant son bras posé sur un genou relevé. Je reste malgré tout silencieuse en le fixant jusqu'à ce qu'il me regarde, me faisant admirer ma robe mauve en arrachant quelques brins d'herbes.
_ Que veux-tu savoir ?
_ C'est quoi ce « travail » que tu fais ?
_ Je suis un assassin.
Je déglutis amèrement et continue de fixer ma robe.
_ Pourquoi ?
_ Parce que c'est la seule chose que je sais faire.
Oui logique, question idiote égale réponse idiote. J'aurais donc oublié qu'il n'est qu'un monstre sanguinaire ? Je m'apprête à lui poser une nouvelle question quand je l'entends me dire :
_ Dans mes bras.
Je le fixe sans vraiment être sûre d'avoir bien compris et il répète :
_ Viens dans mes bras tout de suite.
Pourquoi ? Dois-je lui obéir sans discuter ? Nous sommes seuls ! Voyant son regard insistant, je m'approche de lui et, sans plus de cérémonie, il me tire par le bras et me place dans les siens en m'enveloppant. Ma tête est sur son torse et je ferme les yeux pour ne pas penser que je suis collé à lui.
J'essaye de me souvenir de Konoha, la forêt, le lac... J'entends alors les battements de son cœur qui semblent être trop rapide pour quelqu'un de normal. Il met les pans de ma robe correctement puis pose sa main sur mes cheveux qu'il caresse doucement. Mais qu'est-ce qu'il lui prend ?
Je dois avouer que ce n'est pas si désagréable que je le pensais, je dirai même que je me sens en sécurité dans ses bras, ce qui est le contraire de logique !
Ses battements de cœur sont toujours rapides mais commencent légèrement à se calmer. Une voix résonne derrière moi, mais je ne peux pas voir qui c'est étant donné que mon bourreau me plaque contre lui.
_ Maître Gaara, je suis désolé de vous déranger en bonne compagnie mais je dois m'entretenir avec votre épouse.
_ Vous ferez cela un autre jour.
Je ne reconnais pas la voix qui parle, c'est un homme c'est sûr, mais qui ? Et pourquoi ne veut-il pas qu'il me parle ?
_ Je me dois d'insister maître Gaara, cela fait plus d'un mois, nous devons l'examiner pour constater le bon déroulement des choses, vous en conviendrez.
_ J'en conviendrai un autre jour. Pour l'heure, contentez-vous de ce que vous voyez.
Je sens son cœur accélérer et le mien semble prendre le même rythme. Pourquoi cet homme veut m'examiner ?
L'homme insiste et j'entends la colère dans la voix de mon bourreau qui finit par me décoller de lui, se lever et me relever en même temps. Il attrape ma main avec violence -je pourrai presque sentir mes os se broyer sous sa poigne- et il me tire vers le château.
Je vois enfin l'homme qui veut m'examiner. Il est assez grand, effrayant, ses cheveux sont longs et noirs, sa peau est d'une blancheur maladive et ses yeux ressemblent à ceux d'un serpent. Il me sourit de façon machiavélique et nous suit.
Je préfère largement rester dans les bras de mon bourreau que de passer cinq minutes seule avec cet homme étrange.
Nous arrivons dans le château et le serpent, toujours à nos trousses, dit :
_ Avez-vous quelque chose à cacher maître Gaara ?
Je me cogne contre l'épaule du monstre qui s'est brusquement arrêté. Il reste droit, dos à l'homme, pendant quelques secondes puis me jette un bref regard avant de dire :
_ Veuillez attendre mon épouse dans la salle.
Il me tire de nouveau jusqu'à sa chambre qu'il ferme à clé derrière nous puis me fixe sévèrement.
_ Tu dois leur faire croire que tu m'aimes sincèrement et que nos nuits sont courtes.
_ Pardon ?
_ Orochimaru vient constater que tu seras assez fertile pour me donner un héritier. S'il soupçonne ne serait-ce qu'un peu que tu joues un rôle et moi aussi il...
Voilà, j'ai peur maintenant avec son regard noir et dénué de toutes émotions. Et en plus il ne finis pas sa phrase, de quoi me faire paniquer !
_ Il quoi ?
_ Nos séances de devoir conjugal seront chaperonnées, par conséquent je ne pourrai plus tenir ma promesse.
_ Quelle promesse ?
_ Celle de ne pas te toucher.
Maintenant j'ai vraiment peur, mais vraiment... Je ne sais pas du tout si je serais capable de faire ce qu'il me dit… C'est quoi ce pays de fou ? Est-ce que mon père était au courant de tout ça ?
_ Il va me faire quoi ?
_ Il va te poser plusieurs questions puis te prendre du sang.
Je le fixe. J'ai peur.
_ Tout ira bien.
Je continue de le fixer puis je lui demande :
_ Tu restes avec moi ?
Il a l'air surprit apr ma question et je vois un nouveau microscopique ridicule petit sourire en coin apparaître avant qu'il me dise :
_ Je ne serai pas loin.
Il ouvre la porte de sa chambre et me conduit à cette salle où m'attend cet Orochimaru. J'entre et il ferme la porte derrière moi. Pas loin, pas loin, mais pas dans la même pièce apparemment.
Je respire profondément et le serpent me dit de m'allonger sur le petit lit métallique. J'obéis en le fixant. S'en suis un interrogatoire dont chaque question est liée à ma relation intime avec le monstre. Je réponds à chaque question de façon instinctive en jouant la comédie, comme me l'a demandé mon époux. Le serpent ne semble pourtant pas convaincu.
Il me prélève du sang et me tourne le dos avant de dire :
_ Vous aimez maître Gaara ?
_ Oui.
_ Pourquoi ?
Alors ça, c'est une excellente question ! Je ne sais pas puisque je ne l'aime pas, mais alors pas du tout. Bien que là tout de suite, je l'aime nettement plus que ce serpent de malheur.
_ Parce qu'il est mon époux.
Il se retourne et me fixe en affichant un vilain sourire.
_ Cette réponse est insuffisante... Je vais devoir vérifier comment se porte votre utérus.
Quoi ? Mais ça ne va pas non... J'ai vraiment très peur là, et j'aimerais que mon bourreau arrive et empêche l'idée du serpent d'aller au-delà de sa pensée.
Orochimaru s'approche de moi et commence à soulever ma robe quand la porte s'ouvre sur le monstre.
_ La séance est terminée.
_ Elle n'est pas convaincante maître, j'ai bien peur qu'elle ne vous trahisse.
Je regarde mon bourreau avec une certaine appréhension dans le regard, l'implorant de me sortir de cette pièce. Il me fixe un moment puis jette un bref regard vers le serpent avant de venir vers moi. Il me fixe et mon cœur bat très vite, j'ai vraiment peur. Il attrape ma nuque d'une main et m'embrasse.
Je ne sais pas si je n'aurais pas préférée être examinée ! Son baiser n'a rien de dégoutant comme je le croyais, il est même assez agréable, mais…
Il cesse de m'embrasser et se tourne vers le serpent en disant froidement :
_ Moi elle m'a convaincu alors cela suffit pour aujourd'hui.
Le serpent acquiesce avant de s'incliner devant nous. Mon époux m'aide à me relever puis nous retournons dans sa chambre, où, une fois enfermé à clé, il me dit :
_ Je suis désolé, je ne le referai plus, c'était pour qu'il te laisse tranquille.
Je le regarde. Je commence à croire que cet homme n'est peut-être pas ce monstre que tout le monde redoute, moi la première. Je lui souris puis dis :
_ Merci.
