Le prince du désert de Suna

Je sens le fouet s'abattre sur mon dos avec force et violence, j'entends le rire morbide de l'homme qui me regarde me faire torturer. Je sens l'eau remplirent mes narines, mes oreilles. Je ne peux plus respirer. J'ai tellement mal. Je sens une main se poser sur mon front et je perds conscience pour me réveiller assise dans mon lit, trempée de sueur, tremblante, douloureuse et apeurée.

Je reste un instant à regarder les portes de mon armoire puis je tourne ma tête vers la fenêtre et je vois un verre d'eau dans la main de Gaara. Il me fixe et je crois bien qu'il est inquiet. Je prends le verre, boit presque la totalité de l'eau puis lui rend.

Je l'entends marcher jusqu'à la porte quand je lui demande d'attendre. Il reste dos à moi.

_ Pourquoi ?

Il se tourne et me fixe avec sévérité.

_ Pourquoi tu es gentil avec moi ?

_ Je...

Il ne finit pas sa phrase, se retourne et part. Je me laisse tomber dans les oreillers et j'attends que le soleil se lève.

Avant que mon mari ne vienne me chercher, je me lave et enfile une robe de couleur argenté. J'attends devant la porte et, comme d'habitude, il vient et me tend sa main. Nous allons prendre notre petit-déjeuner dans la salle à manger sans un mot. Je le regarde manger.

Je commence à avoir un certain respect pour lui. Il n'est pas si monstrueux que ça, il est même très doux quand nous sommes sans surveillance. J'ai décidé de faire un effort depuis qu'il m'a sauvée du serpent le mois dernier. Je ne dirai pas que je l'apprécie, mais je ne le déteste plus et il ne me répugne plus.

Il finit son café puis se lève et s'approche de moi. Je m'attends à ce qu'il me demande ma main, mais il n'en fais rien et me dit :

_ Je travaillerai tard aujourd'hui. Tu dîneras sans moi.

Je relève la tête vers lui et lui souris un peu en répondant :

_ Je t'attendrai dans la chambre.

Il me fait son habituel microscopique ridicule petit sourire en coin puis s'en va après avoir déposé un baiser sur ma main. Je jette un coup d'œil au serviteur qui détourne immédiatement son regard, puis je me lève et pars dans la chambre du prince du désert. Je vais chercher mon livre sans titre puis m'installe sur le lit de mon mari pour lire.

J'ai bien avancé depuis la dernière fois, j'ai lu le résumé de quatre No Sabaku supplémentaire et entame celui d'un autre. Je rencontre toujours le même déroulement : l'enfant commence à écrire vers l'âge de six ans, il parle de peur au début, puis de torture. Tous racontent ensuite une « formation » qu'ils semblent apprécier. Chacun voue un culte à leur paternel.

En fin de résumé, surtout vers leurs dix-huit ans, ils parlent de plaisir violent. La suite, jusqu'à leur vingt et un ans, raconte leur mariage et leur façon de traiter leur femme, ce qui est l'inverse de ma situation.

Je suis fatiguée de lire ce bouquin qui semble ce répéter à chaque nouveau résumé. Je tourne les pages par accourt puis me stoppe en voyant afficher « No Sabaku Gaara » inscrit sur le haut de la page. Je reprends ma lecture avec attention :

« Je viens de recevoir ce livre avec l'ordre d'écrire. Mais je ne sais pas quoi écrire. J'ai lu quelques pages et j'ai peur. Est-ce que moi aussi je vais devoir faire du mal aux autres ? Père ne répond jamais à mes questions et mon frère me dit qu'il faut que je me taise.

Aujourd'hui, père m'a emmené dans la salle numéro quatre et m'a ordonné de regarder. J'ai fermé les yeux plusieurs fois, j'ai donc été puni de quinze coups de fouet. J'ai mal. Kankurô dit que je m'y habituerai après quelques années.

Mon frère est fort. Je devais le regarder se faire fouetter pour avoir refusé de tuer un serpent. Je les ai compté les coups de fouets, il y en a eu vingt-six en tout. Est-ce que moi aussi je vais devoir faire comme Kankurô ? »

Je me sens étrange tout d'un coup. Je ne savais pas que Gaara avait un frère, aîné sûrement. Je marque ma page, cache le livre sous un oreiller et demande à un serviteur de m'apporter un chocolat chaud.

Une fois ceci fait, je referme soigneusement la porte à clé et reprend ma lecture.

« Aujourd'hui, père m'a dit que j'allais commencer ma formation. Je ne sais pas ce que ça veut dire et j'ai peur. J'ai demandé à mon frère mais il a refusé de me répondre.

Mon frère pleure la nuit. Il fait des cauchemars. Il hurle et gémit. Quand il se réveille, il pleure et après il va boire de l'eau.

Je ne veux pas être comme mon frère. Père dit que sa formation ne se passe pas comme prévu et que si Kankurô ne fait pas d'effort il devra redoubler de sévérité avec moi.

Des fois Kankurô ne dort pas dans notre chambre, il passe la nuit dans la salle numéro quatre. Pendant ces nuits-là, je l'entends hurler de douleur, alors je me cache sous mon oreiller. »

Les pages s'accumulent et je n'arrive pas à décrocher de ma lecture. Peut-être que mon époux voulait que je lise ça, pour comprendre, je ne sais pas.

J'arrive à une date qui me fait conclure que Gaara avait neuf ans au moment du récit.

« J'ai envie de pleurer, mais père considère que c'est de la faiblesse.

Quand le cercueil est entré dans la pièce j'ai serré mes poings très forts. Mon frère ne sera plus jamais avec moi, il ne me rassurera plus jamais, il ne me défendra plus jamais.

Père lui avait donné une dernière chance. Avant de se rendre dans la salle quatre, Kankurô m'a fait promettre d'être ce que père attend de moi mais de rester toujours le même à l'intérieur.

Père hurlait contre lui. J'ai dû rentrer dans la salle sur son ordre et je devais regarder. Mon frère avait refusé de tuer le lapin que mon père lui avait apporté, il pleurait. Je voulais demander à père de le laisser tranquille mais je n'ai pas réussi.

Père a giflé plusieurs fois Kankurô en l'insultant. Il est venu vers moi et m'a dit de bien regarder ce que méritent les faibles. Il a enfoncé plusieurs fois son poignard dans le ventre de mon frère. Il y avait du sang partout et... »

Mes yeux s'embrument et j'arrête de lire. Comment mon mari a pu vivre ça ? C'est horrible... Leur père était un tortionnaire sans cœur. Le véritable monstre de Suna c'est lui, pas celui que j'ai épousé. Je refuse d'en lire plus et je vais poser le livre sur mon lit.

Je descends prendre mon dîner, seule et en silence, sous la surveillance du serviteur. Cette salle quatre m'intrigue, je ne sais pas où elle se trouve et je ne veux pas le savoir d'ailleurs.

Je remonte dans la chambre après avoir terminé mon repas et j'attends que Gaara revienne. Il faut qu'il m'explique. Je me dis que le décès de son père a dû être une libération pour lui ! Et moi qui l'ai jugé pour ce manque total de douleur ce jour-là...

Le soleil est couché depuis plus d'une heure et Gaara n'est toujours pas revenu. Ça m'inquiète. Avec ce que j'ai lu aujourd'hui, je ne peux qu'avoir de la pitié pour cet enfant torturé.

Je descends dans le hall et fais les cent pas devant la grande porte qui donne sur les jardins. Je suis en chemise de nuit, seule dans la pénombre du hall, sans aucun serviteur autour. Le château semble dormir.

Après plusieurs heures, les grandes portes s'ouvrent. Je découvre avec horreur que mon époux est couvert de sang et très faible. Il tient la poignée de la porte, me regarde puis s'écroule.

Je vais immédiatement vers lui, je prends son visage dans mes mains et lui offre mes jambes pliées comme coussin de fortune. Je reste un moment ainsi, le regardant avec peur. Il respire lentement. Je déchire un morceau de ma chemise de nuit et essuie le sang de son visage doucement.

Au bout de plusieurs minutes, il ouvre doucement les yeux et essaye de se lever. Je l'en empêche puis lui murmure :

_ Chut... Restes calme, tu es blessé. Je vais te soigner.

Il me fixe puis ses paupières se ferment lentement. Sans ouvrir les yeux, il me dit d'une voix faible et tremblante :

_ Chambre... De l'eau...

Il a raison, nous devrions aller dans sa chambre. Je l'aide à se lever et je le tiens de toutes mes forces par le bras pour monter les escaliers. Nous traversons les couloirs dans le noir puis arrivons dans la chambre.

Je le fait s'asseoir sur son lit puis je referme à clé la porte. J'apporte une bassine d'eau avec un tissu propre. Il s'est allongé et semble inconscient. Je mouille le tissu et le passe sur son visage, retirant le sang petit à petit. J'en fais de même pour ses mains. Je vois alors qu'il est blessé : son bras gauche saigne.

Je défais sa tunique pourpre et la lui retire, le faisant gémir de douleur. Je retire ensuite son haut blanc et je vois son torse nu couvert de cicatrices et de contusions bleutés. Je passe mes doigts sur chacune d'elles. Son corps se contracte quand je touche les contusions fraîches du jour. Je retire ma main et mouille de nouveau le tissu pour nettoyer son bras ensanglanté.

La plaie n'est pas très grave mais je lui fais tout de même un pansement avant de le couvrir de ses couvertures. Je ne veux pas le laisser seul, je m'assois près de lui et caresse ses cheveux rouge sang. Je finis par m'endormir.

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Je me réveille et constate que je n'ai pas fait de cauchemar cette nuit, ce qui me donne le sourire. Je me lève doucement pour ne pas réveiller Gaara qui semble toujours inconscient. J'enfile une robe de chambre et descend chercher un petit-déjeuner. Le serviteur qui est chaque jour dans la salle à manger me salue juste au moment où je lui dis :

_ Mon époux et moi voudrions déjeuner dans notre chambre et...

_ Ceci n'est pas réglemen...

_ Oserais-tu contredire ta maîtresse ?

_ Excusez-moi maîtresse Hanabi, je vous apporte votre petit-déjeuner immédiatement.

Je repars, satisfaite, dans la chambre de mon époux qui est toujours inconscient. Je me mets à côté de lui dans le grand lit au même moment où il ouvre ses yeux.

_ Que fais-tu ?

_ Oh, tu es réveillé.

Je lui fais un grand sourire, et sincère en plus, puis pose ma main sur son front pour voir s'il est chaud. Il me fixe avec étonnement avant de se redresser légèrement en grimaçant une fois que j'ai retiré ma main.

_ Que fais-tu dans mon lit ?

Je m'apprête à lui répondre mais on frappe à la porte. Sans réfléchir, et sans même savoir pourquoi, je me blottis contre le torse de mon mari et pose ma main sur sa poitrine avant de dire :

_ Entrez.

Le serviteur s'incline devant nous puis dépose notre plateau sur la commode à côté de Gaara. Il ressort et, va savoir pourquoi, je reste dans les bras de mon mari qui me fixe.

_ Il est partit.

Je le regarde en souriant puis dis :

_ Je sais oui, j'ai...

Je viens de me rendre compte de l'emplacement que je garde. Je me retire de lui en m'excusant et je sens mes joues chauffer. Il continue de me fixer pendant que j'essaie de fuir son regard.

_ Tu pouvais rester si tu te le souhaitais.

Voilà, maintenant je me sens très bête et encore plus rouge. Je sors du lit et lui donne son café avant de le regarder et demander :

_ Je peux me mettre à côté de toi pour manger ?

Qu'est-ce que je suis idiote des fois, impressionnant ! Il ne dit rien mais tapote sur la place que j'occupais quelques minutes avant de le servir. Je souris en essayant de le cacher puis m'installe avec mon chocolat chaud. Entre deux gorgées, je lui demande :

_ Pourquoi es-tu rentré dans cet état ?

_ Le travail.

Non ? T'es sûr ? Parce que j'ai des doutes là ! Il me prend pour une idiote ? Ça va, sans commentaire.

_ C'est la première fois que tu rentres blessé.

_ C'était plus compliqué que d'habitude.

Je ne dis plus rien, mais je n'en pense pas moins. J'aimerais vraiment savoir qui était sa victime.

Il boit son café d'un trait puis se tourne pour poser sa tasse. Je l'entends gémir faiblement. Je me précipite pour lui prendre la tasse des mains et la poser. Il semble énervé de cette attention, c'est con, je n'ai fait que l'aider.

_ Tu es blessé, tu dois te reposer.

_ Je n'obéis pas aux ordres.

Il essaye de se relever maintenant, en grimaçant. Je fronce les sourcils puis le fait se rasseoir de force. Il me regarde avec colère mais je ne me laisserai pas faire.

_ Tu dois te reposer j'ai dit.

_ Et moi j'ai dit que je n'obéis pas aux ordres.

_ Tu vas m'obéir.

_ Et pour quelle raison.

_ Parce que je suis ta femme et...

Je suis un peu choquée de ma réponse et apparemment, lui aussi. La colère a disparu de son visage, mais elle revient aussi vite.

_ Ma femme... Comment pourrais-tu être la femme d'un homme qui te dégoûte et que tu déteste...

Il s'est levé et marche lentement vers la grande fenêtre. Je m'avance un peu vers lui et dit faiblement :

_ Je ne te déteste pas et... Pourquoi dis-tu que tu me dégoûte ?

_ Parce que je le vois. Ce n'est rien, j'ai l'habitude, et je ne t'ai pas demandé de penser autrement.

Je continue de m'avancer. Ça me blesse de savoir que je le blesse.

_ C'était vrai oui. Mais ça ne l'ai plus.

_ Oh, alors tu as du lire mes récits... Je ne veux pas de ta pitié.

_ Ce n'est pas ça...

Je suis juste derrière lui et sans savoir pourquoi, j'entoure sa taille de mes bras et pose ma tête contre son dos. Sa peau est chaude et douce. Je sens sa respiration qui accélère et en moins de dix secondes il se défait de moi et me fait face en me regardant avec colère.

_ Je ne veux pas de ta pitié, tu entends.

Son regard me blesse mais je reste humble et dit :

_ Pourquoi es-tu gentil avec moi ?

Il ne me répond pas et continue de me fixer méchamment, alors je continue mes questions :

_ Pourquoi tu ne fais pas comme tes ancêtres à te servir de moi ? Pourquoi tu m'as défendu quand j'étais avec ce serpent d'Orochimaru ? Crois-tu vraiment qu'à chaque fois tu réussiras à l'empêcher de me faire ses foutus examens ?

_ Il ne te fera plus d'examens.

_ Pourquoi ? Tu comptes faire valoir ton droit d'époux pour que je te donne un héritier ?

Il ne me répond pas. Je sens la colère monter en moi. J'ai été gentille avec lui, je l'ai attendu, je l'ai soigné et lui me snobe !

_ Je t'ai déjà dit que je ne te toucherai pas.

_ La pauvre petite Hanabi va finir sa vie dans le château d'un homme qui ne lui parle que quand il veut et qui en plus ne la touchera jamais ! Pourquoi ? Aucun désir n'habite cet homme, je devrais le savoir.

J'ai marché dans tous les sens en parlant et ma dernière phrase m'a amenée à le fixer sévèrement. Je ne sais même pas pourquoi j'ai dit ça, il pourrait y interpréter que je suis déçue qu'il ne veuille pas de moi... Ou c'est moi qui suis déçue qu'il ne veuille pas de moi ? Je ne sais plus, ça me fatigue tout ça.

Je tourne les yeux et commence à aller dans ma chambre quand sa voix, nettement plus calme, me dit :

_ Je ne fais pas comme mes ancêtres parce que ce ne sont que des hommes abjects et sans morale. Je t'ai défendu d'Orochimaru parce que je ne veux pas qu'on te fasse du mal. Il ne te refera jamais plus aucun examen parce qu'il est mort cette nuit. Je ne ferai pas valoir mon droit d'époux sur toi pour la même raison qui m'a fait te défendre. Et saches que je suis un être vivant comme toi, des sentiments, du... désir, j'en ai. J'ai juste appris à les contrôler.

Je me retourne vers lui et le regarde un moment. Alors si je l'ai retrouvé autant blessé c'est parce qu'il a assassiné le serpent ! Et il avoue avoir des sentiments et même du... désir... Serait-ce pour moi qu'il en a ? Pourquoi ai-je autant envie qu'il en ait pour moi ?

_ Merci d'avoir répondu à mes questions. Mais tu en as oublié une : pourquoi es-tu gentil avec moi ?

Il reste silencieux un moment, me fixant. Puis finis par me répondre :

_ Tu devrais continuer de lire.

Il me tourne le dos et part se laver dans la salle de bain. Je ne suis pas satisfaite de sa dernière réponse mais je devrais m'en contenter. Je vais dans ma chambre et je vois le livre sur mon lit. Je l'ignore, va me laver et enfile une robe bleue ciel.

Je ne comprends pas ce qu'il se passe… Il y a plus de deux mois de ça, je haïssais Gaara, il me dégoutait et me faisait peur. Alors que maintenant j'ai envie de le connaître, j'ai envie de passer du temps avec lui. J'ai aimé être dans ses bras quand le serpent est venu me chercher. J'ai aimé quand il m'a embrassée. J'ai aimé me blottir contre lui tout à l'heure. J'ai aimé le prendre dans mes bras, même si c'était vraiment très court...

Pourquoi ?