Hey ! Après pas mal de temps d'absence, voici la suite (et fin) de cette fic !

J'en profite pour faire un peu de pub. J'ai eu l'idée (avec l'aide de Mindell) d'ouvrir un forum qui nous permettrait de parler de Ladybug et de la fanficiton de manière plus libre (je sais qu'il existe des forums sur ce site, mais disons que ce n'est pas l'idéal. De plus, cela nous permet également de regrouper des personnes d'autres site :D). On peut y parler de la série, des théories, des fics que l'on aime et que l'on écrit, se lancer des défis et faire des concours ; et plein d'autres choses ! C'est surtout un endroit pour échanger et apprendre à mieux se connaitre :)

Bref, si cela vous intéresse, je vous invite à vous rendre ic : / / french - miraculers . forumactif . com (n'oubliez pas d'enlever tous les espaces) et à vous inscrite :) en espérant vous y retrouver !

En attendant, bonne lecture !

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Dire à Marinette qu'il sait pour l'accident, c'est comme plonger dans un bon bain après un shooting particulièrement difficile. Adrien réussit à se débarrasser de la gêne qu'il ressent et qui l'empêche de se considérer comme son allié.

Elle ne réagit pas mal — ces yeux prennent une couleur effarée, et sa lèvre tremble légèrement, mais quand il a fini, il la retrouve souriante. Elle ne développe pas plus que ça. Lui dit qu'elle est contente qu'il lui en parle, et qu'elle aurait dû faire le premier pas. Qu'il est bien plus courageux qu'elle.

— Tu sais, peut-être qu'on devrait tout se dire, maintenant. On a pris un bon départ, non ?

Quand il rentre chez lui, et qu'il va dormir, il ne fait que penser à ça. Il garde les yeux ouverts et fixe le plafond sans le voir, il revoit le soulagement mêlé à l'hésitation sur ses traits.

— On devrait parler plus de ce qu'on pense vraiment, hein ?

Ce n'est pas le genre de conversation que vous avez avec tout le monde. Pour Adrien, c'est une grande première.

— C'est une bonne idée.

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Un matin, Adrien se regarde dans le miroir et se rend compte qu'il est amoureux de Marinette. Ce n'est pas qu'il ne le savait pas — c'est toujours compliqué de mettre des mots sur des sentiments, mais celui-ci est particulier —, c'est juste que se le dire d'une façon si crue, ça lui fait tout drôle.

Il se coiffe d'une façon plus appliquée que d'habitude. C'est la fin de l'année scolaire, et il traîne avec Marinette dans l'après-midi, il n'a pas envie de ressembler à rien. Il téléphone même à Nino pour lui demander conseil avec les filles — ce qui est idiot, parce que s'il y a bien quelqu'un d'aussi inexpérimenté que lui, c'est bien Nino.

Lorsqu'il la retrouve, elle est perdue dans ses pensées. Elle porte une robe noire assez osée, mais pas provocante, des sandales dont les lacets remontent le long de ses jambes, le rendant presque jaloux. Son chignon haut est déjà presque défait, mais elle ne semble pas s'en soucier. Elle a un stylo dans la main, et n'arrête pas de faire rentrer et ressortir sa mine en appuyant sur le bout.

— Tout va bien ? demande Adrien lorsqu'il s'assoit à la table de Chez Tikki, à côté d'elle.

— Mmh ? Ah, Adrien ! s'exclame-t-elle joyeusement.

Elle se penche vers lui et lui fait la bise avec empressement.

— Tu as l'air nerveuse, fait-il remarquer.

Elle joint ses mains, et expire lentement.

— J'ai commencé quelque chose, avoue-t-elle.

— Oh ?

— Je ne sais pas si je devrais t'en parler avant que ça soit fini, mais… Si je garde ça pour moi, j'ai peur de me décourager et de ne pas aller jusqu'au bout. Alors je me suis dit que je pourrais te demander un coup de main pour m'aider à rester motivée. Ça te paraît juste ?

Il sourit et cale son visage dans ses paumes ouvertes.

— Je suis là pour ça, affirme-t-il.

— Bon, je me lance, alors…

— Vas-y.

— Je reprends la collection que j'avais présentée au concours lycéen, il y a quelques années. Je me suis améliorée entre-temps, alors pour l'instant, je suis encore à la version papier, mais… Je vais essayer d'aller jusqu'au bout, cette fois.

Adrien reste silencieux, cherchant les mots justes. Marinette enchaîne, comme lancée sur une piste de ski particulièrement escarpée.

— J'aurais dû faire ça depuis longtemps… J'avais vraiment mis tout mon coeur dans ces vêtements, et je trouve ça idiot de laisser cette histoire comme ça. Je n'arrête pas d'y penser. J'en fais des cauchemars, aussi. J'ai l'impression que si je ne finis pas au moins ça, je n'oserai jamais créer d'autres choses…

— C'est une super idée, Mari ! s'exclame Adrien lorsqu'il sent qu'elle hésite. Si tu as besoin d'aide pour quoi que ce soit, je serais là !

— Je… Ne compte pas me représenter à un concours, ou quelque chose du genre… C'est vraiment personnel.

— Je comprends.

— Et ça me fait vraiment plaisir de pouvoir compter sur toi.

Il glisse sa main jusqu'au poignet de Marinette. Il est fin et orné de bracelets de perles. Adrien effleure la peau crème de son index, dans un geste qui se veut rassurant. Il se demande si son expression trahit son embrassement, mais ne pense pas non plus aller trop loin.

— Demande-moi n'importe quoi, dit-il.

Ça la fait rire.

— Ne me demande pas ça, ou tu vas te retrouver à faire des choses que tu vas regretter.

— Je m'en fiche, si ça peut te faire plaisir…

Elle lui donne un petit coup de pied sous la table. Adrien voit bien qu'elle est embarrassée, mais c'est une adorable expression sur elle. Si elle le prend comme ça, c'est peut-être qu'elle ressent quelque chose pour lui, elle aussi ? Il ne peut pas dire qu'il est doué pour lire les autres, mais il sent qu'entre eux deux, il y a quelque chose de particulier. Leur lien, c'est un peu comme une croix au feutre indélébile sur un vêtement en soie, ça ne partira pas comme ça. C'est ce qu'il se dit, plissant les yeux pour se protéger du Soleil éclatant.

Marinette est d'une humeur particulière. Elle bouge avec une telle énergie qu'elle semble en laisser des bouts derrière elle, comme une traînée de paillettes qui prend la forme de ses pas et de ses gestes. Adrien ne peut pas faire grand-chose, à part rester à l'observer de loin. Elle veut acheter du tissu, il lui donne les bons plans. Elle s'amuse à l'enrouler dans des matières rugueuses ou lisses, qu'il a peur de déchirer au passage. Les bruits des ciseaux qui coupent les longs voiles ressemblent à des échos à son coeur, tout affolé dans sa poitrine.

L'été reprend son cours avec une énergie nouvelle. C'est comme si on les avait attaché à une espèce de centrale électrique qui les alimentait en permanence. Un flot de paroles sans filtre s'écoulent de la bouche d'Adrien, sans qu'il ne prenne la peine de s'en soucier, et les sourires de Marinette sont trop nombreux pour qu'on puisse en tenir le compte. Il se sent tellement investi dans sa collection qu'il en oublie ses problèmes à lui.

C'est un peu idiot, sûrement. Tout finit toujours par lui retomber dessus.

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Les rues de Paris ne sont jamais endormies, pas à cette période de l'année. Les bars sont déployés sous le ciel sombre, leurs néons dansants répondant avec force aux fêtards affamés.

Adrien est accoudé au comptoir, un billet à la main. Marinette est accrochée à son bras, et regarde avec un air semi-paniqué les six shots posés juste sous leur nez. Alya est en train de les filmer, à une distance respectable.

— Je ne sais pas si c'est une bonne idée, Adrien, rit Marinette. Tu as vu ce qu'ils ont mis là-dedans ?

Il jette un coup d'oeil au barman, qui pose une main sur sa bouche, comme pour s'empêcher de rire.

— Je crois que c'était du tabasco, soupire Adrien.

— Avec de la menthe et de la vodka, renchérie Nino. Deux mots : bonne chance.

— Vous allez pas vous en remettre, ajoute Alya.

Marinette laisse échapper un rire joyeux, et saisit son premier shot.

— Bon, c'est payé de toute façon. Et on a dit qu'on testerait tous les shots du bar, alors c'est pas comme si on avait le choix, hein ?

— Pas vraiment, mais j'ai toujours du mal à saisir pourquoi est-ce que ni Alya, ni Nino ne se lancent, dit-il en leur jetant un sale regard.

— Parce qu'on est saint d'esprits ? tente Alya.

— Parce qu'on n'est pas assez bourré pour ça, fait Nino.

Adrien hausse les épaules et attrape son propre verre. Le barman continue à les fixer avec un air concentré, comme spectateur d'un spectacle particulièrement époustouflant.

Ils trinquent, et prennent chacun une grande inspiration. Les verres sont bus coup sec, les trois à suivre. Le gout est agressif, mais ne semble pas si incroyable au jeune homme, alors quand il repose son verre, il prend un air confiant.

— C'est pas si horrible que-

Il s'interrompt brusquement, sentant sa gorge brûler furieusement. À côté de lui, Marinette est en train de s'étouffer sur le comptoir, à moitié morte de rire.

— Bon sang, cette vidéo vaut de l'or, commente Alya. Vous verriez vos têtes !

— Pas vrai ? lance le barman. Quand des gens commandent ces shots-là, on sait que ça va être drôle.

Adrien se met à tousser, agitant ses mains devant sa bouche, comme si ça allait changer quelque chose. Il a les larmes aux yeux, mais en même temps, il n'arrive pas à s'arrêter de rire. Quel bouffon, pense-t-il.

— C'est- ignoble, réussit-il à articuler avec peine.

— C'est hilarant, répond Alya. Mari, tu vas bien ?

— Je crois…

Ses joues sont rouge pivoine, mais elle n'a pas l'air de trop mal le prendre. Elle entraîne Adrien jusqu'aux toilettes, et sort un gobelet de son sac pour qu'ils puissent s'hydrater. Ceux qui passent à côté d'eux les regardent avec des sourires débordant de moquerie, auxquels Adrien répond avec un pouce levé. Il commence à avoir la tête qui tourne. L'eau ne l'aide pas à chasser ce sale goût qu'il a collé à la langue.

— Pourquoi, se lamente-t-il, est-ce qu'on a cru que ce serait une bonne idée, déjà ?

— Parce qu'on est cons ? fait Marinette.

— Ça doit être un truc comme ça…

— La vache… Il faudrait du pain, ou quelque chose pour faire passer le goût…

Alya surgit derrière eux, et passe ses bras autour de leurs épaules.

— Eh bah, vous le prenez pas trop mal, les gars ?

— Oh, tais-toi, fait Marinette.

— Vous êtes vraiment trop drôles !

Quand ils ressortent, Adrien sent sa poitrine se soulever de façon plus bruyante que d'habitude. Les effets de l'alcool, sûrement. Les bruits extérieurs se mélangent à ses pensées, forment une espèce de mélodie enjouée qui vient couronner sa tête. Il a l'alcool joyeux. Marinette a passé un bras autour de son cou pour se soutenir, mais lui non plus ne marche pas droit. Ils slaloment entre les passants, comme des animaux perdus, accrochés l'un à l'autre. Il a envie de l'embrasser, mais ce n'est pas le bon moment pour ça, pense-t-il.

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Adrien, il faut vraiment que tu te dépêches, répète Nathalie. Tu sais à quel point ton père a horreur du retard, et c'est un jour particulier.

Il est assis sur son lit, la tête baissée. Il sent des fourmillements lui picoter le bout des doigts, d'une façon étrangement douloureuse. Sa tête lui fait mal, aussi. Au rez-de-chaussée, il sent qu'il y a du mouvement. Des gens courent partout en faisant beaucoup trop de bruit. Des sonneries de téléphone retentissent de partout.

Adrien reste immobile, complètement perdu. Il est dans un tel état de torpeur qu'il n'arrive pas à articuler une réponse pour Nathalie.

Bon, soupire-t-elle, je peux appeler ta maquilleuse pour qu'elle s'occupe de toi ici, mais juste après, il faut que tu te décides à bouger de là, c'est d'accord ?

Il hoche la tête. Nathalie appelle quelqu'un et d'autres personnes entrent dans sa chambre. Il a envie de leur gueuler de partir — c'est son espace privé, pas un plateau TV, bon sang !

Adrien, il faut que tu te calmes, le prévient Nathalie. Les répétitions se sont déroulées sans encombre, tout le monde t'a adoré, tu te souviens, non ? Tu vas faire un tabac.

Est-ce que, commence-t-il péniblement, est-ce qu'on peut aller ailleurs ? Je n'aime pas quand tout le monde vient ici.

Bien sûr.

Sa maison ne ressemble pas à la sienne. Pour tout avouer, il ne s'est jamais senti vraiment à l'aise ici, mais c'est encore pire que d'habitude. Et les gens partent au fur et à mesure, ils vont directement sur le lieu du défilé, là où est déjà son père. On aurait pu penser qu'il viendrait au moins voir Adrien pour l'encourager un peu avant sa prestation, mais non, il ne peut même pas faire l'aller-retour pour l'accompagner, il faut qu'il reste là-bas tout le temps. Dans la salle à manger, il voit une femme qu'il reconnaît à peine, ce doit être la maquilleuse en question. Il s'assoit et se laisse pomponner, ça au moins, il est encore en état de le faire.

Nathalie n'arrête pas de parler. Elle dit qui sera là, sur quelles chaînes le défilé sera diffusé. Elle le félicite d'avance, répète que rien ne pourrait mal se passer. Adrien en vient presque à la croire — il faut dire qu'elle y met une telle assurance, c'est dur de la contredire. L'idée d'être vu par tous ces gens ne semble pas si gratifiante que ça, allez savoir pourquoi. Il n'a que quelques pas à faire, il est habitué à ça, alors pourquoi en faire tout un plat comme ça ?

Bon courage, Adrien ! crie quelqu'un.

Un merci de la tête, et il est entraîné dans la limousine familiale. Le Gorille lui lance un regard inquiet, auquel il répond avec un faible sourire. C'est la première fois qu'il participe à un événement d'une telle envergure, mais il n'arrive pas à se sentir excité ou fier. Il a l'impression d'être un patin qu'on lance au public pour lui faire plaisir. Et puis, c'est le travail de son père qui compte, alors pourquoi le choisir, lui ? Ça n'a aucun sens, pas à ses yeux. Il doit y avoir des tas de gens qui rêvent de prendre sa place, et il se retrouve comme un con, alors qu'il n'en a rien à foutre, de se pavaner sous les caméras.

La limousine continue son chemin, à l'intérieur, le silence règne. Adrien n'ose pas ouvrir la bouche pour respirer, de peur d'avoir les lèvres qui tremblent de façon plus visible encore. Un bruit sourd résonne dans sa tête depuis qu'ils sont parti. Il a bien envie de pleurer un peu — peut-être qu'il se sentira mieux après —, mais ce serait ruiner le maquillage qu'il porte. Et puis, s'il pleure, ça se verra tout de suite, au moment où il descendra de la voiture. Il y pense tout d'un coup, et ça lui fout un gros coup de barre — la façon dont on va se jeter sur lui à la minute où il ouvrira la portière. D'habitude, il ne s'occupe que des shootings, lui, il est juste sur les photos, ça s'arrête là. Et d'accord, on l'aborde de temps en temps ; on va lui demander de signer un autographe, ou de prendre un selfie.

Là, c'est complètement différent. Un défilé officiel, des centaines de personnes sur place pour le juger, une diffusion mondiale. Une bouffée de chaleur remonte jusqu'à sa poitrine, il glisse une main derrière son dos et se rend compte qu'il est en sueur.

N-Nathalie ? demande-t-il.

Mmh ?

On peut s'arrêter, s'il te plaît ?

Je te demande pardon ?

Est-ce qu'on peut s'arrêter, deux minutes ? Je me sens pas très bien.

Elle prend un air sévère, mais ses lèvres sont pincées et lui donnent un air hésitant.

Adrien, nous sommes vraiment pressés, tu sais bien-

S'il te plaît, fait-il, j'ai juste besoin de prendre l'air deux secondes, ça doit être possible, non ?

Elle hoche la tête avec un soupir.

Tu es tout pâle, fait-elle remarquer. D'accord. On va s'arrêter, mais nous n'avons pas beaucoup de temps.

Merci.

Ils prennent une petite allée et s'y arrêtent sans prendre la peine de se garer. Adrien ouvre la portière et sort les jambes de la voiture, prenant une grande inspiration. Le bruit de la circulation parvient à peine à ses oreilles — c'est comme s'il avait un coussin sur sa tête, mettant tout le reste en sourdine. Il a mal au coeur et au crâne.

Une goutte tombe sur sa chaussure, et il relève les yeux vers le ciel. Une voûte grise recouvre la ville, étouffant toute trace de bonne humeur. Adrien regarde la pluie qui commence à se déverser sur le bout de ses jambes. L'eau fait de petites traces sombres qu'il regarde sans les voir.

Nathalie lui demande s'il va mieux, mais il secoue la tête. Il a envie de sortir de la voiture pour s'aérer les idées, il a envie de sortir et de se rafraichir. Lorsque Nathalie le voit glisser sa tête en dehors de la limousine, elle le réprimande.

Adrien, ne sors pas, tu vas ruiner ton maquillage !

Mais c'est trop tard, les gouttes martèlent son visage, sans pitié. Et pour être honnête, il n'en a rien à foutre. Il entend un gosse éclater de rire, dans la rue d'en face, et lorsqu'il se retourne pour le regarder, il le voit courir entre les passants pour aller se mettre à l'abri, ça lui fait tout bizarre. Son coeur est compressé, écrasé dans sa poitrine, l'angoisse est douloureuse. Adrien regarde le gosse et il en a les larmes aux yeux. Il a envie de se mettre à l'abri, lui aussi. Pas à l'abri de la pluie ; la pluie, c'est pas important, c'est pas ça qui lui fait du mal.

Il ne se retourne pas pour s'excuser auprès de Nathalie, il ne fait aucun signe au Gorille. Il prend ses jambes à son cou. Il se met à courir du plus vite qu'il peut — il ne veut surtout pas qu'on le rattrape —, les rues sont trempées, maintenant, elles sont glissantes et chacun de ses pas laisse des reflets cristallins, des images à la disposition de tous les passants. Il entend Nathalie crier son nom, à plusieurs reprises, mais ne se retourne jamais. C'est comme si quelque chose à l'intérieur de lui venait d'exploser. Il veut se retrouver loin de tout ce qui provoque ce sentiment maladif chez lui. C'est peut-être un lâche, mais c'est sa limite.

Il trébuche une, deux fois. Sa chemise est trempée, ses cheveux ont une forme improbable. Il ne s'arrête que quand il arrive chez lui, et qu'il est seul, enfermé dans sa chambre. Il garde les clefs dans sa main et les serre si fort qu'il a peur de se couper avec. Ses mains tremblent.

Adrien ? Adrien !

Il se sent tellement étrange qu'il a l'impression d'être dans un rêve. Pris de frissons, il s'agrippe au mur et ferme les yeux, attendant que l'orage passe. C'est bon, pense-t-il, personne ne peut entrer, personne ne peut venir.

Alors il attend. Le temps du défilé. Quand son portable se met à vibrer pour la neuvième fois, il le jette par la fenêtre.

Quand la nuit est bien avancée, et qu'il entend son père rentrer, avec sa démarche sèche et la façon dont il claque furieusement la porte, Adrien va dans sa salle de bain, et vomit.

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Il se réveille en sursaut, le visage brûlant.

Ses volets laissent passer quelques rayons colorés provoqués par les phares des voitures, qui viennent zébrer le plafond de sa chambre. Sa gorge est sèche, et ses poings serrés ; il sent qu'il est en sueur. Il reste immobile pendant un moment, n'osant même pas respirer. Il a l'impression que des ombres sont postées juste au-dessus de lui, formant un dôme opaque, en train d'attendre qu'il fasse le moindre mouvement pour le réduire à l'état de poussière.

Il finit par prendre son courage à deux mains, et se lève en faisant le moins de bruits possible. Dans sa cuisine, il se prépare une tisane aux fruits rouges. Ses mains tremblent, et il se brûle avec lorsqu'il sort la tasse du micro-onde.

Il n'a personne à appeler à cette heure-ci, surtout pour évoquer un souvenir qu'il traîne avec lui depuis tout ce temps. Les gens ne comprennent pas. Ils n'arrêtent pas de le blâmer, de lui dire qu'il a agi comme un gamin. Ça le rend malade.

Alors il est là, seul dans sa cuisine, à cinq heures et demie, en train de se demander pourquoi il se sent si seul. Ses pieds nus touchent le carrelage, il frissonne. Il pense à Marinette, mais ce n'est pas juste, elle ne peut pas toujours être là pour lui, c'est normal, il ne peut pas s'accrocher aussi désespérément à elle. Peut-être qu'elle aussi a ce genre de moment, peut-être qu'elle se réveille le matin et se demande pourquoi est-ce qu'elle devrait sortir du lit, peut-être qu'elle ne se sent pas assez aimée.

Ça dure quelques heures. La tisane ne réussit pas à le calmer, mais il finit par se sentir fatigué à nouveau, et retourne se coucher.

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Marinette semble heureuse. Adrien trouve qu'elle ressemble à un bouquet de fleurs, avec ses vêtements colorés et son parfum sucré. Ils passent énormément de temps ensemble, mais Marinette a d'autres amis. Elle reçoit tout le temps des tas de coups de fil de personnes qui semblent très proches d'elle. Adrien finit par se demander en quoi il est spécial, et si elle n'est pas juste naturellement si aimante avec tout le monde. S'il n'est qu'un passant de plus devant chez elle.

La jalousie ne lui va pas bien, il le sait. Il passe son temps à la bombarder de messages et à lui demander si elle est libre, s'il peut passer la prendre pour boire un café. Alya lui dit qu'il en fait trop, que même elle ne voit pas autant Marinette que lui, alors qu'elles sont colocataires. Ça le rassure un peu.

C'est déconcertant, d'être si dépendant de quelqu'un. Ça ne lui était jamais arrivé avant — il y a eu sa mère, mais c'était différent —, il ne sait pas comment s'y prendre. Marinette est comme un raz-de-marée venu renverser le paysage auquel Adrien s'était tant habitué. Mais il aime cette nouvelle ville qu'elle y a construite — il aime le fait qu'elle s'y sente bien, elle aussi, et qu'elle ne s'arrête jamais d'édifier tout autour d'elle.

Elle avance dans sa collection avec l'aise d'une vraie pro, et Adrien ne peut qu'être heureux pour elle. Les mannequins dressés dans sa chambre se retrouvent de plus en plus couverts. Et avec ça, Septembre revient, et c'est la fin de leurs longues journées à ne penser à rien sauf à eux, c'est la fin d'un été sans responsabilité.

Adrien est à côté d'elle quand elle termine la dernière pièce. C'est un gant en satin noir, qui ne couvre pas l'intégralité de sa paume. Elle le lance sur lui quand elle le finit, et il se met à applaudir. Il trouve la collection tellement belle, c'est vraiment dommage de ne pas en faire quelque chose de plus.

— Tu sais, propose-t-il, j'ai quelques contacts, et… Si tu veux, je peux trouver des mannequins pour prendre quelques photos. Pas pour les envoyer à un magazine ou quoi, mais juste pour qu'on aille jusqu'au bout.

Marinette sourit, et ça ne peut qu'être une bonne chose.

— Merci Adrien, dit-elle. Ça me plairait beaucoup de faire ça !

Alors ils s'y mettent dès qu'ils peuvent. Adrien préfère laisser Chloé contacter qui elle veut, car malgré ce qu'il a dit à Marinette, il n'a jamais vraiment créé d'amitié avec qui que ce soit dans ce milieu. Et puis, Chloé est la reine, lorsqu'il s'agit de bien présenter les choses. En l'occurrence, une séance photo qui ne sera ni rémunérée, ni diffusée, ce qui n'apporterait aucun bénéfice à qui que ce soit.

Ils se trimbalent avec les mannequins en plastique de Marinette jusque chez Adrien, parce que son appartement est assez vide pour que l'on puisse y trouver un mur blanc qui fera office de fond pour les photos. Une date est rapidement fixée, qu'il entoure en rouge sur le calendrier affiché dans sa cuisine, qui ne lui sert d'habitude pas à grand-chose.

C'est supposé arriver un mercredi après-midi.

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Bien sûr, Adrien aurait dû s'y attendre. D'une façon ou d'une autre, il faut toujours que les choses tournent mal quand il est concerné, et ça ne date pas d'hier. Ça lui rappelle un peu ce film, Little Big Man, où il arrive un tas de choses au personnage principal, sans qu'il ne puisse rien contrôler. Que ce soit en bien ou en mal, il n'arrive juste pas à avancer par lui-même — et quand il pense y arriver, paf, la vie lui retire ce qui est important, comme pour se moquer de lui.

C'est un mardi matin, et il est tout excité à l'idée de faire ce shooting le lendemain (c'est bien la première fois que ça lui arrive), il balance ses épaules de gauche à droite en chantant une mélodie hasardeuse dans sa tête, et ce gros sourire ne veut pas se décoller de ses lèvres. Il sort son portable pour envoyer un SMS à Marinette, quelque chose d'idiot, sûrement, et se rend compte que Chloé a essayé de l'appeler trois fois.

Elle a laissé un message, ce qui n'est déjà pas un bon signe ; Chloé fait partie de ses gens qui détestent avoir affaire au répondeur. Adrien sent son coeur retomber dans sa poitrine, comme une pierre lourde qui se détache d'une falaise. Il appuie sur le bouton « play » et écoute ce qu'elle a de si important à dire. Trois minutes plus tard, il est sur google, devant cet article incroyablement stupide et qui semble avoir été écrit par un gosse de douze ans, et il n'est plus amusé du tout.

Il y a une photo de lui et Marinette, les mannequins en plastique dans les bras, se lançant un regard complice et retenant leurs sourires gênés. Dans d'autres circonstances, Adrien aurait adoré cette photo. Il y a quelque chose de très beau et de presque mystique dans les reflets des yeux lagons de Mariette, et même la lumière qui rebondit sur sa peau, sur ses épaules dénudées en plein été, semble reconnaissante. Rien qu'à l'idée que cette photo circule avec des intentions grotesques et aussi pathétiques que celle-ci, Adrien a le tournis. Il se sent en colère, contre la personne qui a pensé qu'utiliser des mots et des phrases telles que « Une ancienne compétitrice qui profite de la faiblesse du jeune Agreste pour reprendre son avance » était une bonne idée. Sans raison, il se sent aussi en colère contre Chloé. Il ne lui répond même pas.

Pendant tout le reste de la journée, il hésite à contacter Marinette. Il ne sait jamais réagir dans ce genre de cas. Il fait comme d'habitude ; il prend sur lui et attend que les choses passent d'elles-mêmes, peut-être qu'en laissant passer suffisamment de temps, la poussière recouvrira tous ces putain de mots et tout le monde les aura oublié. Parce que le public est un idiot, il se nourrit des rumeurs les plus infondées et en est heureux, parce que les gens n'ont rien de mieux à faire que de se dire, tiens, mêlons-nous de choses qui nous dépassent complètement.

Il passe la chanson Scatterbrain (As Dead As Leaves) de Radiohead, et se laisse tomber sur son tapis, la tête vide. Il s'endort.

Yesterday's headlines blown by the wind,

Yesterday's people end up scatterbrain.

Any fool can easy pick a hole. (I only wish I could fall in),

A moving target un a firin' range.

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Il met trois jours à contacter Marinette. Il aurait pu le faire plus tôt, mais il a peur, et en même temps, il est trop déprimé pour le faire. Il la connaît suffisamment pour savoir qu'elle va lui dire qu'elle ne fera pas de photos. Il trouve que c'est du gâchis, mais il ne peut pas en faire plus.

— Tu sais, dit Marinette, j'avais peur que tu refuses de me voir.

Le café dans lequel ils sont est grand, poussiéreux, et d'après ce qu'on dit, n'a pas changé de décor depuis les années 60. Marinette a des yeux cernés, et la façon dont elle touille son café est morose.

— Pourquoi est-ce que je refuserais de te voir ? demande-t-il. Je pensais que tu serais en colère contre moi.

Elle rit, mais sans joie. Ça le met mal à l'aise. Marinette n'est pas faite pour mentir, ou prétendre.

— Je pensais que tu m'en voudrais parce que tu es à nouveau au coeur des médias, dit-elle. Mais t'as raison, je te connais suffisamment pour savoir que tu n'es pas ce genre de personne. C'était idiot de ma part.

Il hoche la tête avec précaution.

— Je suis habitué, dit-il, et puis ce n'est pas de ta faute.

Il a envie de penser à des paroles de réconfort, de glisser des mots encourageants, dire que se retrouver comme une poupée de chiffon entre les doigts du monde entier, ce n'est rien. Mais il sait que c'est faux, Marinette le sait aussi ; c'est dégradant, et pas quelque chose de très agréable. Il ne peut pas faire grand-chose, à part continuer à boire son café en espérant que l'article sera vite retiré du site en question. Chloé est sur le coup, et c'est une pro.

— C'est dommage pour ta collection, sort-il quand même.

Marinette hausse les épaules.

— C'est pas grave. L'important, c'est d'avoir réussi à la terminer, déjà. Le reste, c'est du détail.

— Je trouve ça injuste quand même.

— Tant pis.

Et il change de sujet, parce qu'elle a encore l'air d'être un peu sensible à ce propos, et qu'il ne veut pas pousser les choses trop loin. Il sait bien qu'il y a des moments où on a juste envie de parler d'autre chose, comme par exemple, se demander quel est le meilleur des films X-Men. C'est plus facile.

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Adrien sait qu'il y a pire. Il y a toujours pire. Si vous racontez votre histoire à quelqu'un, si vous réunissez tous les détails qui font qu'aujourd'hui, vous n'êtes pas exactement heureux, on vous dira toujours : au moins, telle ou telle chose n'est pas arrivée.

Sauf que c'est quelque chose qui n'a rien de réconfortant. Quand Adrien prend le courage de dire à quelqu'un qu'il n'est pas heureux et qu'on lui répond que ça pourrait être pire, ça lui donne l'impression que ce qu'il vit n'est pas important, ou que quelque chose de pire va arriver. Dans les deux cas, est-ce que ça le réconforte ? Absolument pas. Et pourtant, tout le monde déteste ça — vous parlez de vous et qui sont les autres pour vous dire de relativiser ? —, et tout le monde continue à le faire. C'est un réflexe qu'a l'humain lambda, un réflexe sûrement stupide et un peu désespéré. Il ne trouve pas de paroles réconfortantes, alors il dit ce genre de connerie à la place d'un simple « tu peux y arriver, ça va aller, c'est dur mais il faut que tu t'accroches ». Accepter que les autres souffrent. Accepter que le monde puisse être un endroit difficile pour quelqu'un qui, a priori, n'a rien vécu de traumatisant.

Adrien a eu des hauts et des bas. Il n'est pas tant à plaindre que ça. Il a assez d'argent pour vivre des années sans travailler, une réputation qui le suit à la trace, et des personnes qui tiennent à lui, d'autres qui le détestent sans même le connaître. Il ne dit pas à Marinette qu'il y a pire. Elle ne le lui dit pas non plus. C'est pour ce genre de détails qu'il l'aime autant.

La nouvelle va et s'en va, suivant le cours du fleuve de l'oubli. Les gens ne prêtent plus attention. Adrien et Marinette continuent à se voir régulièrement, et un jour, il remarque qu'on ne se met plus à chuchoter sur leur passage. Ce jour-là, il pleut — des filets humides dégoulinent de la Tour Eiffel, juste au-dessus d'eux —, Paris est un miroir géant. Adrien prend Marinette par la taille et ils se mettent à danser dans la rue. Sa jupe se soulève au vent, fait des tourbillons. Adrien se dit que ça doit être ce qu'on appelle le bonheur.

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Après ça, il ne s'arrête pas de pleuvoir. Ça fait presque penser à un film de science-fiction ; et il se mit à pleuvoir pendant des jours et des jours, jusqu'à ce que tout le continent soit inondé. Sauf que la ville va très bien, et la seule chose à être inondée, c'est probablement la baignoire d'Adrien.

Il ne s'arrête pas de pleuvoir, mais ça n'est même plus déprimant. Adrien passe une main par la fenêtre, et regarde les gouttes s'écraser sur sa peau, leur mort paisible mais destinée. Quelle blague.

La télévision est allumée. Il entend, à travers le vacarme aérien et les Klaxons insistants, la présentatrice piailler à propos de la pollution provoquée par les ventes de galette-saucisses en Bretagne. Comme s'il n'y avait rien de plus intéressant à dire. Adrien ne comprendra jamais les chaînes d'actualité. On essaye de vous faire croire que ces trucs-là existent pour vous tenir au courant de ce qui est intéressant. Mais apparemment, intéressant veut dire parler de la rupture de Brad Pitt et Angelina Jolie pendant des heures. Les chaînes cherchent à faire de l'audience en flattant l'intérêt médiocre de certains. Leur but n'est pas de faire plaisir au public, mais de le tenir au courant de ce qui se passe dans le reste du monde. Ce qui est viral. En théorie, du moins.

De toute façon, Adrien s'est résigné. Après le fameux défilé qu'il a zappé, il a eu le droit à trois émissions entièrement consacrées à lui — sans sa présence —, et des dizaines d'articles qu'il préfèrerait oublier. Il a arrêté de croire que ça allait changer un jour.

Il ne change pas de chaîne, on ne sait jamais, peut-être qu'on va faire une annonce importante. Sur sa table basse, il y a trois bouteilles de bière vides ; il en prend une nouvelle. Le vendredi soir est une plage non réservée, synonyme de tranquillité et de vide sidéral. Il ne voit ni Chloé, ni Nino, ni Marinette — voilà une liste relativement courte, et par conséquent triste, de ses amis. Mais ce n'est pas grave, parce qu'il y a une rediffusion de « Retour vers le Futur » à vingt-et-une heure. Il sort son portable et fait part de cette bonne nouvelle à Marinette, qui lui répond qu'elle va regarder le film et qu'ils pourront en parler en live. Une proposition assez banale qui réussit à faire sourire Adrien pendant au moins trois minutes.

Pendant la diffusion du film, il passe son temps à dire les répliques à voix hautes avant qu'elles ne soient prononcées, et comme il est seul, il ne se fait même pas engueuler pour ça. Voici les avantages, faibles mais bien existants, à la solitude. Marinette lui dit qu'elle connaît le film par coeur. Ça le rend encore plus heureux. Elle dit qu'elle a envie de le voir. Il manque de lâcher sa bière sur le canapé, et son coeur sort de sa poitrine. Il répond que lui aussi, avec un smiley qui sourit, pour ne pas faire trop sérieux. Marinette, elle, n'avait pas mis de smiley. Ce genre de détails ne devrait pas l'affecter autant.

Dehors, les rues sont encore ruisselantes. Notre-Dame est fièrement éclairée, et se dresse telle une fusée prête à décoller. Le temps s'est un peu calmé, des particules humides flottantes dans l'atmosphère font leur apparition, rien de grave. De toute façon, il ne sait plus où est son parapluie. Il l'attend, face à la Seine, se demandant combien de personnes se sont déjà noyées dedans.

Il entend son prénom ; c'est elle. Elle porte deux chignons hauts sur les côtés, une jupe noire et un imperméable flashy. Adrien esquisse un sourire, prêt à lui sortir une réplique du film qu'ils viennent de voir pour entamer la conversation, mais il remarque les cernes sous ses yeux, et son air morose.

— Ça ne va pas ?

Elle hausse les épaules, et shoot dans un caillou.

— J'sais pas, fait-elle. Ça allait, il y a trente minutes. Je sais pas ce que j'ai.

— Ça m'arrive à moi aussi, répond Adrien.

Une réponse qui ne restera probablement pas dans les annales, mais c'est tout ce qu'il a trouvé.

— Je déteste quand je suis comme ça, continue Marinette. Pas toi ? Avoir l'impression que tout est contre toi et que dès que quelque chose de bien se passe, il disparaît juste après ? En plus, il n'y a même pas de raison particulière, la plupart du temps ! Ça vient comme ça, c'est comme un vide dans ma poitrine, et ça gonfle, ça gonfle, jusqu'à ce que-

Elle reprend sa respiration, le visage rouge de frustration. Adrien sait ce que c'est. Trouver les bons mots, c'est souvent aussi difficile qu'inutile — il n'a pas besoin de vulgaires lettres assemblées pour comprendre un sentiment qui reste caché au fond de sa poitrine depuis des années. Sa main vient trouver l'épaule de Marinette, qui tremble légèrement. Il ne sait pas si c'est à cause du froid ou d'autre chose.

— Ça va aller, tu vas voir, lance Adrien. On n'a pas besoin de toujours avoir peur, tu sais ?

— Moi, j'aimerais bien que ce ne soit pas aussi effrayant. À regarder les autres, ça a l'air tellement facile.

— Je ne pense pas que ça le soit pour personne, dit Adrien en haussant les épaules. Mais c'est quelque chose sur lequel on peut travailler. On peut s'améliorer.

Rafale de vent, elle plisse les yeux. Sa peau doit être froide.

— Qu'est-ce qui cloche, chez nous ? demande-t-elle.

Adrien ne se souvient pas l'avoir vu aussi vulnérable. La façon dont elle mord sa lèvre, dont elle fronce le nez avec tristesse, dont elle place ses mains sur ses oreilles, comme pour se couper du reste du monde, il n'aime pas qu'elle soit dans un tel état.

— Je crois bien qu'on est un peu abîmés, dit-il. Mais c'est pas grave, ça peut s'arranger.

— Tu n'as pas l'air d'y croire toi-même !

La lueur colérique qui passe dans les yeux de Marinette le surprend. Elle se rapproche subitement, et plante son regard dans le sien avec détermination.

— Ne me sort pas ce genre de connerie, Adrien. Tu crois que tu peux me dire ce que tu dis aux autres, et me faire croire que tu le penses ? Tu crois que je suis idiote ? On se parle de beaucoup de choses, mais est-ce que tu m'appelles dès que tu as besoin de moi, hein ? Comment est-ce que je peux savoir que tu n'as pas fait une crise d'angoisse la nuit dernière, hein ? Je te connais, mieux que les autres, mais c'est pas suffisant, tu ne comprends pas ? Tu parles de s'arranger, comment veut-on que ça s'arrange, si c'est comme ça ?

Adrien a envie de se sentir blessé par ses mots. Il se sent proche de Marinette ; ne le sent-elle pas comme ça aussi ? Ils ont peut-être du mal à vivre, mais au moins, ils sont spéciaux l'un pour l'autre.

— Je n'ai pas eu de crise d'angoisse la nuit dernière, dit-il d'une voix rauque.

Marinette crispe ses épaules, et serre des poings.

— Eh bien moi, fait-elle d'une voix tremblotante, j'en ai eu une ! Angoisse, ou anxiété, je ne sais même plus. J'ai commencé à pleurer et je n'arrivais plus à m'arrêter, je savais même pas pourquoi. Ça devenait dur de respirer, et quand j'ai essayé de bouger, j'étais complètement paralysée. J'étais terrorisée !

— Je suis désolé, Marinette, répond-il, je suis désolé.

Il tend ses bras pour l'enlacer, mais elle est plus rapide. Elle s'accroche à lui, la tête enfouie dans son torse. Adrien commence à parler, des mots qui viennent naturellement. Sa tête lui fait mal à cause du froid et surtout du vent, mais il ne bouge pas.

— C'est dur, confesse-il. Parfois, je me demande si je pourrai être, tu sais, normal. Mais en attendant, je veux juste être avec toi. Je ne vais pas mentir plus longtemps, Marinette, je suis désolé si j'ai merdé. Mais dernièrement, parce que tu étais là, je me sentais plus heureux.

Il sent sa tête bouger contre lui, comme pour approuver ses paroles.

— Moi aussi, dit-elle.

— Alors, fait Adrien, on arrête de mentir ?

— Oui.

Une idée lui vient. Il place ses mains sur les épaules de Marinette, et prend une grande inspiration. Il sent son coeur se soulever dans sa poitrine, avec un mélange d'angoisse et d'excitation.

— JE VOULAIS ÊTRE QUELQU'UN D'EXCEPTIONNEL ! hurle-t-il, le visage dirigé vers le ciel gris.

Dans la rue, les passants, s'arrêtent, ou le regarde, troublés. De toute façon, il est habitué aux regards des autres. Et puis quoi, si un article sort à propos de ça demain, qu'est-ce que ça pourrait bien lui faire ?

Marinette se met à trembler plus, et lorsqu'elle s'éloigne enfin, dévoilant son visage, il voit qu'elle rit. Elle se précipite vers le pont, et en quelque enjambées, s'arrête à son centre. Des mèches s'échappent de sa coiffure, flottent au vent comme un drapeau planté pour marquer un territoire. Elle place ses mains sur la fine barrière qui les sépare de l'eau, et se penche en avant, la tête au-dessus du vide.

— JE VOULAIS ÊTRE LA PREMIÈRE ! crie-t-elle. JE VOULAIS GAGNER CE STUPIDE CONCOURS !

— JE VOULAIS QU'ON ATTENDE AUTRE CHOSE DE MOI ! renchérit Adrien, en prenant la même position. JE VOULAIS DÉCIDER MOI-MÊME DE MON FUTUR !

— JE VEUX CHANGER !

— MOI AUSSI !

Marinette lui jette un regard complice. Des larmes perlent aux coins de ses yeux, mais elle n'a plus l'air aussi paniquée. Elle respire lentement, une, deux fois, et se retourne à nouveau vers la Seine.

— JE CROIS QUE JE SUIS AMOUREUSE D'ADRIEN ! crie-t-elle encore.

— JE- attends, quoi ? s'exclame Adrien.

Il reste figé sur place, face au sourire timide mais amusé de Marinette. Il se sent rougir de la tête aux pieds. Ça ne peut pas être- il a dû mal comprendre, c'est-

— Plus de mensonges ! fait Marinette. Il fallait que je te le dise, je crois.

— Tu- tu-

— Oui ?

Adrien s'éclaircit la gorge.

— Je veux dire- vraiment ?

Sa remarque la fait rire. Elle hoche la tête, puis prend une expression un peu plus contrariée.

— Bon, tu comptes me répondre, ou pas ? Je n'ai peut-être pas l'air de l'être, mais je suis un peu terrorisée, là…

Et Adrien a envie de lui répondre d'une façon exceptionnelle ; il aimerait être une espèce de poète, il ne sait pas, il veut avoir les bons mots. Son coeur enfle, déborde de sa poitrine, et le regard de Marinette est sur lui, plus lumineux et plus intense que jamais. Il ne peut pas juste rester silencieux et la dévorer du regard, hein ? Alors il se lance, prend une grande inspiration, et passe ses mains sur les joues humides de Marinette, les doigts encore tremblants. Il avance son visage, jusqu'à ce que leurs nez se touchent, dans un baiser d'esquimaux vraiment innocent, mais qui rend Adrien euphorique.

— Moi aussi, dit-il doucement.

Il parle d'une voix basse, comme si c'était un secret, comme si Marinette ne venait pas de crier ses propres mots au monde entier. Adrien ne peut pas encore crier ça à tout le monde. Il n'est plus fâché, il n'est plus angoissé : il pense à autre chose, et cette chose est tellement légère et délicate qu'il ne peut pas ressentir autre chose que de la tendresse. Marinette l'aime ? Marinette l'aime. Ça n'a pas l'air réel, mais d'accord.

Elle rit.

— Je suis contente d'être venue, dit-elle.

— Moi aussi.

— C'est la deuxième fois que tu me dis ça en quelques secondes, fait-elle, et je dois t'avouer que je préférai la première.

— Moi aussi…

— Ohh, mais tu as perdu tes mots ?

Adrien hoche la tête. Bien sûr qu'il a perdu ces mots, quelle question ! Marinette vient de se confesser à lui !

— C'est pas grave, dit-elle, c'est difficile de trouver les bons mots, parfois.

— Mmh…

— Mais j'aime bien quand tu parles, continue Marinette. Alors si tu pouvais éviter de perdre complètement l'usage de la parole…

Il laisse échapper un rire, avant de passer son bras autour des épaules de Marinette, contre la peau électrisante de son cou.

— Je crois que je vais juste devoir m'adapter. Hey, je n'ai pas été aussi heureux depuis… Je ne sais pas ? Est-ce que j'ai déjà été aussi heureux ? demande-t-il dans le vide.

Marinette vient attraper le bout de sa main, et dépose un léger baiser sur son dos.

— Je suis heureuse, moi aussi.

Une goutte lui tombe sur le nez, et elle la chasse d'un geste de main, avec l'air contrarié d'une collégienne qui aurait peur de ruiner son premier maquillage. Adrien regarde silencieusement les nuages couvrir le ciel, s'écartant par moments pour laisser passer quelques rayons qui l'éblouissent.

— On rentre ? demande-t-il lorsque la pluie se fait plus dense. On prend le bus ?

Marinette semble considérer cette option pendant un moment, puis secoue la tête.

— Je préfère qu'on y aille à pied.

I've got to admit it's getting better,

A little better all the time

I have to admit it's getting better,

It's getting better since you've been mine.

(Getting better — The Beatles)

fin.

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Je pouvais pas m'empêcher de penser au meme xD

Marinette : jtm

Adrien : okay… sounds fake but okay….

Sinon, les shots au tabasco… Histoire vraie… N'essayez pas…. Et ok, mdr, je me suis un peu lâchée sur les médias mais c'est un sujet qui m'irrite en vrai xD sorry. Bon, j'espère vraiment que vous avez aimé ! C'est quelque chose d'assez personnel, surtout dans la façon dont je parle de l'anxiété/dépression, mais bon, je pense qu'on est pas mal à se retrouver dans ce genre de situation haha… Mais, voilà, désolée d'avoir pris beaucoup de retard. C'est une fic qui compte pas mal pour moi, alors je voulais que ce soit bien, et je pense que je suis plutôt satisfaite du résultat.

N'hésitez pas à me laisser une review pour me dire ce que vous en avez pensé !

Bisous :)