salut tout le monde ! Comment que ça va ? Vous avez vu, je poste tôt, comme ça vous pouvez lire ce chapitre, regarder tranquillement la finale de Roland Garros et venir me dire après que vous êtes trop happy de savoir que Djokovic a enfin gagné ! J'suis gentil, hein.

Je réponds à Georgette-Anne : Merci. L'intrigue est déjà établie dans ma tête, j'fais pas de lemon parce que ... bah, j'sais pas en faire. Mais c'est vrai que beaucoup de lecteur ne cherchent que du lemon sans histoire autour et je trouve ça bien dommage. Dommage que se soit pas ton vrai prénom, il est rock'n'roll.

Pour vous rappeler que la suite sort le 17 juin, vous pouvez mettre une alerte sur votre téléphone, genre "chouette ! la suite de cette fic que j'adore" ou alors "nouveau chapitre, c'était mieux avant." C'est vous qui décidez !

J'ai pas encore dit que One Piece n'était pas à moi. Bah voilà.


Ace attendait Luffy dans l'entrée depuis au moins dix minutes. C'est l'histoire de ma vie – pensa-t-il en soupirant. Il jeta un coup d'œil à l'horloge pendue au mur, elle affichait sept heures et demie. Luffy arriva enfin dans le couloir :

- Si déjà, j't'emmène, ne me mets pas en retard ! grommela-t-il.

- Encore heureux que tu m'emmènes, j'vois pas pourquoi j'devrais prendre le bus alors que t'as le permis ! répliqua Luffy.

- Parce que c'est un détour et on commence jamais à la même heure.

- C'est parce que tu sèches les cours ! s'écria-t-il.

- Tais-toi et avance !

Luffy s'exécuta en lui tirant la langue. L'hiver était toujours bien implanté sur la ville, la neige ne fondait pas et heureusement elle ne tombait pas du ciel non plus. Ace gratta rapidement le parebrise pendant que Luffy mettait le chauffage à fond dans l'habitacle. La voiture d'Ace était vieille, pas assez pour faire « voiture classe de collection » et trop, pour être à la mode, c'était une vieille Fiat blanche avec une portière rouge changée suite à un accident. Ace fit une marche arrière rapide et prit la direction du collège de Luffy, il jeta un coup d'œil à son frère qui regardait le paysage défilé avec grand intérêt même s'il le connaissait par cœur.

Dix minutes plus tard, Ace se gara devant le collège de son frère, celui-ci sortit en trombe de la voiture, Usopp, Nami et Sanji l'attendait devant le portail, Luffy était le mec populaire, toujours souriant et sympathique. Ace repartit aussitôt, son lycée était à un quart d'heure et il était 7h50, il serait sûrement en retard, il n'accéléra pas pour autant.

Il arrêta sa voiture au plus près du portail et vint à la rencontre de Thatch, son meilleur ami qui l'attendait, cigarette au bec. Il avait toujours un sourire sur les lèvres, lui aussi.

- C'est ce bon vieil Ace ! S'exclama-t-il. J'ai failli appeler les hôpitaux de la ville, croyant que ta vieille carcasse avait déserté le monde des vivants.

Il lui serra la main mais Thatch le plaqua contre son torse, comme s'il ne s'était pas vu depuis des lustres. Ils discutèrent pendant que Thatch finissait sa cigarette, laissant Ace tirer quelques taffes, puis se dirigèrent vers les bâtiments. Ils n'étaient pas dans la même classe – trop de problème, néanmoins ils avaient cours de sport ensemble. Et puis le truc de Thatch c'était les robots, les engins, tous ce qui se bidouille. Ils se séparèrent dans le hall en disant « rendez-vous devant le self ». Ace traina les pieds jusqu'à sa salle de cours, ce matin il avait algèbre.

- Hé, Picasso !

Il se retourna, ça lui était destiné.

Même si la personne qui croyait se moquer de lui venait de lui faire un terrible compliment. De toute façon, Marshall D. Teach était le type le plus imbuvable du lycée, les problèmes de discipline d'Ace venaient principalement de lui. Il ne prit pas la peine de lui lancer une pique en retour :

- On t'croyais mort ! Deux semaines sans foutre les pieds au bahut, joli record !

- La ferme.

- T'étais trop occupé a allé chez l'esthéticienne ou peindre des mecs à poils ?

Marshall D. Teach aurait très bien pu être le chef suprême du Ku Klux Klan ou le bras droit d'Hitler – il portait en horreur tous les gens d'origine différente et il haïssait au plus haut point les homosexuels, il était d'un racisme assumé et sûrement un peu aryen. Ace s'était toujours dit que le plus ironique dans tout ça, c'était que Teach n'était pas blond aux yeux bleus, ses parents étaient des immigrés écossais et il avait un cousin homosexuel du côté de sa mère.

En gros il mettait un point d'honneur à détester tout ce qui se rapproche de près ou de loin à sa propre personne.

Et il méprisait aussi l'art et la littérature, tous ce qui aurait pu le faire sortir de ses idées sur le monde.

Ace posa son sac par terre et Teach sourit.

- Tu veux te battre ?

Teach était un géant au corps d'acier mais Ace n'avait pas peur de lui, il était fin et rapide. Il pourrait lui mettre la pâtée, il en était sûr. Teach donna son sac à l'espèce de zombie qu'il lui servait d'ami et fit un pas vers lui. Ace le nargua quelques secondes avant de lui envoyer son poing droit dans la figure qu'il ne put pas éviter. Il s'écroula au sol en se tenant le nez, Ace voyait son sang couler entre ses doigts. Il reprit son sac et se détourna de Teach avec une incroyable nonchalance. Teach ne tenta pas de le poursuivre, quand il se releva Ace était déjà assis derrière sa table de classe.

L'algèbre, Ace n'aimait trop ça. Certaines opérations et suite de calcul lui paraissaient évidentes et d'autre complètement obscures, même si c'était la deuxième fois qu'il suivait ce cours. Son prof – Kuro était plutôt cool malgré ses airs de psychopathe. Une heure passa et Ace eut l'impression qu'il venait de rester assis pendant quatre heures à écouter un laïus sur les primitives et les intégrales. La cloche sonna, annonçant la pause déjeuné. Thatch attendait Ace, assis sur un banc, la mine grave.

- T'as foutu un pain à Teach ? demanda-t-il. Il s'en est plaint en rentrant en cours.

Thatch et Teach avaient pris un bon nombre d'option en commun. Thatch ne le supportait pas vraiment et comprenait l'animosité d'Ace mais, étant profondément bon, il se contentait de l'ignorer.

- Ouais, rien de grave, en tout cas ça m'a bien défoulé.

- Fais gaffe quand même, il peut être dangereux. Il attend son heure, c'est tout.

Ace se contenta de lui sourire. Thatch avait lui aussi redoublé mais une classe au collège et était passé par la case apprenti avant le lycée, il avait rencontré Ace à leur première rentrée dans le secondaire en même temps que Marco. Thatch n'aimait pas être pris en étau entre ses deux amis qui ne pouvaient plus se voir, il avait déjà dit à Marco de lâcher l'affaire et à Ace de se détendre.

Tout ce qu'il avait envie, c'était de retrouver leur trio.

Ils avançaient dans la file de la cantine dans un rythme proche du néant. Thatch semblait préoccupé jusqu'à qu'il ouvre la bouche :

- Marco n'arrête pas d'me parler de toi.

- Et il t'a dit qu'il m'a presque violé devant le Baratie, heureusement que Tra – qu'un travailleur m'a vu, corrigea-t-il.

- Non, il ne me l'a pas dit. Il t'a dans la peau, tu sais.

- Fallait qu'il y pense avant de se comporter comme un enfoiré !

- C'était juste une erreur, dit-il en prenant une assiette de steak frite.

- Tu le défends ?! J'étais pire qu'une loque pendant des mois, j'te rappelle ! s'exclama Ace en prenant la même chose avec un supplément steak.

- J'lui ai dit qu'il a merdé sur ce coup-là. Il le sait aussi, il veut simplement que vous vous remettiez ensemble, mais il ne sait pas comment s'y prendre.

- Bah, moi j'veux plus être avec lui. J'ai pris une grande décision : ne parler qu'aux gens qui me veulent du bien. Et il n'en fait plus parti.

Ils payèrent leur repas à la caissière et s'assirent à leur table habituelle, au fond de la cantine, près des grandes baies vitrées.

- J'aimerai juste qu'on soit pote comme avant, ça m'fait chié de m'partager entre vous deux, râla-t-il.

- Je sais, ça ne doit pas être facile pour toi, murmura Ace, sincèrement désolé pour son ami.

- Heureusement qu'il était plus intelligent que nous et qu'il est à la fac maintenant. Vous croiser tous les jours, ç'aurait été explosif !

- Je ne sais pas, peut-être qu'on aurait plus parlé. Les choses auraient été plus simples.

Thatch lui offrit un sourire en coin.

- Désolé d'avoir mis le sujet sur le tapis, murmura Thatch.

- C'est rien, t'es le seul à qui j'peux en parler.

- Et Luffy ?

- Pour lui, ce n'est qu'un gros con qui a fait chialer son grand frère pendant des nuits entières.

- Mais c'est plus compliqué que ça, hein ?

- C'est plus compliqué.

Ils mangèrent leur assiette sans un mot de plus, Ace se replongea dans ses souvenirs tandis que Thatch l'observait en silence. Il observait souvent les gens sans rien dire, pour les sonder, les comprendre et là il comprenait qu'on ne pouvait pas oublier une histoire d'amour de presque un an en quelques mois. Ils sortirent de la cantine et s'installèrent dans le hall en attendant le début des cours de l'après-midi. Il avait vu Teach lui lancer un regard de mort à l'autre bout de la pièce mais ne releva pas.

- Quoi de neuf dans ta vie ? demanda subitement Thatch.

Devait-il lui parler du groupe de rock, de leur rencontre et de leur future collaboration, parce que c'était la chose la plus dingue qu'il lui était arrivé depuis de nombreux mois. Ace se rendit compte qu'il ne parlait plus depuis longtemps.

- Rien de spécial, Luffy est toujours ingérable, le boulot au Baratie se passe bien, ils sont sympa. Et toi ?

Le visage de Thatch s'illumina et Ace comprit qu'il lui avait posé la question uniquement pour qu'il la lui pose en retour.

- J'ai rencontré quelqu'un.

Thatch n'était pas repoussant, au contraire il était plutôt beau gosse, grand et fin, une musculature discrète mais bien là. Même son improbable coiffure ne ruinait pas son charisme. Ace rigola, nullement étonné qu'il fasse craquer la gente féminine.

- Elle s'appelle Jewelry.

- Quoi !

Ace se rendit compte qu'il avait hurlé quand tout le hall les regardait.

- Tu la connais ? demanda Thatch plus doucement.

- Vous êtes ensemble depuis longtemps ?

- Ensemble, c'est un grand mot. On s'est rencontré en boîte, on s'est plu, on a flirté, c'est tout pour le moment. Mais, elle me plait vraiment.

Jewelry Bonney était une belle femme, Ace ne pouvait que lui concéder, même lui fut sensible à ses charmes. Ses yeux tout particulièrement, deux perles violacées qui pétillaient, une merveille. Et puis elle devait faire un bon bonnet C.

- J'suis content pour toi mec, sourit Ace.

Il n'avait pas envie de lui parler du groupe, elle et lui se connaissaient à peine, Thatch n'en savait peut-être rien. La cloche sonna, annonçant le début de l'après-midi. Ace avait choisi les même cours que l'année dernière, il n'y avait que quelques matières où il n'avait pas eu la moyenne, littérature notamment. Il était tombé sur un livre qu'il détestait et en avait brossé un portrait plutôt péjoratif. Pas de bol, la correctrice l'adorait, résultat : il s'était fait saquer – D - même pour lui c'était faible. Et c'est ce cours même qu'il avait cette après-midi. La prof – la vielle Tsuru, l'avait encore en horreur depuis ce jour. Quand elle le voyait rentré dans la classe ses traits se tendaient immédiatement, ce qui faisait jubiler Ace. Elle parlait de La Route du Tabac de Caldwell comme si c'était la Bible alors que c'était juste un livre sur les "pauvres" petit blancs dans le Sud des USA.

Après ça la journée se termina enfin, et Ace grimpa dans la voiture sans attendre, pressé de retrouver son appartement. Il passa rapidement au supermarché pour faire quelques courses, histoire de ne pas avoir Luffy sur le dos. Au moment de passer en caisse, il revit les deux billets de cent dollars que lui avait donnés Trafalgar Law au restaurant. La caissière lui rappela le montant de ses achats visiblement énervé qu'il ne paye pas. Il lui tendit sa carte bancaire et elle le remercia en grinçant.

Il ne voulait pas utiliser cette argent, il allait même lui rendre dès qu'il le verra, parce qu'il ne pouvait pas accepter.

Il quitta le magasin et rentra à l'appartement. Luffy finissait plus tard que lui le Lundi, alors il avait le reste de la journée pour travailler un peu ses dessins et notamment ceux pour The Supernovas. Il mit le deuxième album du groupe dans le lecteur et soupira en sentant ses oreilles saigner dès les premières notes de musique – encore des chants de gorge. La musique agissait en bruit de fond et Ace dessina ce qu'il lui venait naturellement, sans trop réfléchir. Il remarqua que cet album était bien moins agressif que le premier qu'il avait partiellement écouté avec Luffy, les sons étaient moins brute, plus mélodieux.

Il jeta un coup d'œil à sa feuille et soupira, il venait de dessiner le fameux Bepo avec les oreilles en sang et le regard rageur – ce qui reflétait parfaitement son humeur du moment.

La porte claqua soudainement, faisant sursauter Ace. Luffy était de retour et il arriva avec un grand sourire dans la pièce, sûrement parce qu'il écoutait son groupe préféré.

- Bonne journée, p'tit frère ?

Il détourna rapidement dans les yeux et feignit la normalité, ce qui arracha un soupir à Ace. Luffy était le pire menteur que l'humanité ait connu.

- C'est quoi cette fois-ci, murmura-t-il.

- « Je ne dessine pas une guenon en prétendant que c'est Madame Hancock »

- C'est vraiment ça, la phrase de ta punition ?

Il hocha la tête.

- Combien de fois ? Continua Ace.

- Cent.

- Tu sais ce qu'il te reste à faire, tonna Ace.

Il n'avait pas vraiment envie de lui faire la leçon puisqu'avec lui ça ne servait strictement à rien. Monkey D. Luffy était un singe, c'était une part de lui-même, c'est comme demander au soleil d'arrêter de briller. Impossible.

Le CD se termina et Luffy revint dans le salon avec leur premier album. Ace ne dit rien sur le fait qu'il devrait être en train de faire sa punition plutôt que le mariole sur une chanson de rock. Il avait besoin de se détendre.

Ace était assis sur le canapé et fixait le plafond, essayant de vider son esprit pour ne penser qu'à la musique qui envahissait la pièce. Il ferma les yeux pour ne plus voir son petit frère se déchaîner en faisant du playback avec la balayette.

Ace n'y connaissait rien en musique, il n'en écoutait pas, à part un peu dans la voiture, mais une chose était sûr, il n'aimait pas ce qu'il entendait.

C'était … agressif, violent, plein de haine. Les mots heurtaient sa tête avec dureté, le son de la guitare était à la limite du supportable. Peut-être que c'est ce qu'ils voulaient faire ressentir, la chanson s'appelait Fury. Ace rouvrit les yeux quand la chanson se termina et il vit Luffy debout sur la table en train de saluer son public invisible. Il se redressa un peu quand les premières notes de la musique se firent entendre.

Le son était moins métallique, moins brillant, Ace en conclut que c'était que la guitare acoustique, il se surprit même à aimer la mélodie alors que le reste des chansons l'avait fait saigner des oreilles. Une voix douce et simple se posa sur la guitare, elle n'avait rien à voir avec des déchaînements de hurlements et de grognement rauque des autres pistes.

C'était sans fioriture, mélodique, quelque chose de pur. Ace adorait cette voix, douce comme une caresse mais chaude et intense comme une bourrasque d'un vent d'été. C'était la même que celle du refrain de Rape the death et d'après ce que Jewelry avait dit, cette voix appartenait à Trafalgar Law. La musique avait calmé Luffy qui s'était assis près de son frère en regardant le dépliant de l'album.

Il se rendit compte qu'il avait accepté de travailler – même s'il n'avait encore rien signer – avec des gens qu'il connaissait à peine. Il ne s'avait rien d'eux, de leur passé, de leur aspiration dans la vie, ni de leur honnêteté. Cela lui fit subitement peur :

- Lu' qu'est-ce que tu sais des membres du groupe ? demanda-t-il.

- Trafalgar Law et Kidd étaient ensemble au lycée … euh Jewelry a gagné un concours de la plus grande mangeuse de steak durant sa jeunesse. Mais pourquoi tu ne leur demande pas directement ?

- J'voulais juste les connaître un peu plus avant de commencer à dessiner.

- T'as déjà une idée ?

- Pas vraiment, tout ce que ça m'inspire n'est pas très vendeur.

- Tu sais ç'a l'air bourrin et violent comme ça, mais si tu t'écoutes bien, Kidd fait un super boulot à la batterie, c'est dingue le rythme et la puissance qu'il met dans les chansons. La guitare de Zoro est plus brute et celle de Law plus mélodieuse, presque hispanique, ça s'accorde parfaitement. Jewelry n'est pas la meilleure bassiste du monde mais elle apporte beaucoup de finesse et elle a une belle voix pour les cœurs.

Ace regarda son frère avec des grands yeux, c'est la première fois qu'il l'entendait donner un avis pertinent et plus qu'éclairé sur quelque chose.

- Pourquoi je ne suis jamais rendu compte que ce groupe comptait pour autant pour toi ?

- T'es trop occupé à essayer de jouer le papa modèle.

- Désolé p'tit frère, murmura Ace.

- C'est rien, j'sais que tu veux qu'on ne soit pas dans le besoin et tout et tout. Mais ce serais cool que de temps en temps on fasse des blagues, des conneries tous les deux ensemble.

- T'inquiète, sourit-il en lui ébouriffant les cheveux.

- Alors qu'est-ce que t'en pense, de The Supernovas ?

- C'est particulier, un peu violent pour moi je crois. J'avais l'impression d'me faire gueuler dessus par Dadan, rigola-t-il.

- Ils devraient faire un featuring avec elle, ce serait énorme !

- Et Sabo aurait pu jouer un peu de piano, s'exclama Ace.

Il vit le sourire de Luffy disparaître subitement, Ace se rapprocha de lui et entoura ses épaules de ses bras.

- Désolé, Lu', j'ai pas fait gaffe, murmura-t-il.

- Non, c'est pas grave, il aurait sûrement adoré. Ça m'fait du bien d'entendre parler de lui, c'est comme s'il était encore avec nous.

Luffy n'était pas un ado chiant en pleine crise, ils avaient tellement changé d'environnement qu'ils n'avaient jamais eu le temps de trouver quelque chose contre se rebeller. Il était profondément optimiste et ne se plaignait jamais, même si la disparation de Sabo l'avait marqué.

Ils avaient rencontré Sabo dans leur deuxième famille d'accueil. Ace et Luffy avaient fait tellement de grabuge dans la précédente famille que l'assistante sociale avait dû gracieusement les payer. Mais quand ils virent l'engin qui leur servirait de mère d'adoption, Ace ne put s'empêcher de penser que l'assistante sociale se vengeait d'eux. Dadan n'était pas belle, ni gentille, elle ressemblait plus à un bûcheron qu'à une femme, elle était impliqué dans un genre de trafique et il y avait toujours des hommes étrange à la maison.

Néanmoins, c'est là-bas qu'Ace et Luffy avaient rencontré Sabo, Ace était ravie d'avoir enfin trouvé un adversaire à sa mesure, puisque Luffy était trop petit pour prétendre le battre. Ils étaient comme des frères tous les trois, jusqu'au jour où l'assistante sociale ne débarque pour prendre Sabo – on avait retrouvé ses vrais parents, laissant le goût amer de la trahison derrière lui. Sabo les quittait pour une vie meilleure alors qu'eux restaient au même point. Luffy ne comprenait pas pourquoi Sabo partait, mais Ace vit dans les yeux de son frère qu'il ne voulait pas partir, pour rien au monde. Ils n'eurent plus jamais de nouvelle de lui, au début Luffy pleurait et s'énervait contre lui, il criait que s'ils étaient des frères, il aurait tout fait pour les retrouver, parce que lui aurait fait la même chose.

Ace avait passé des nuits entières à lui expliquer que Sabo ne voulait pas partir, qu'on l'avait forcé. Le temps passa et Luffy s'apaisa. Ils changèrent pour la dernière fois de famille au moment où on se rendit compte que Dadan était tous sauf une bonne mère de famille. Maintenant ils vivaient ensemble et malgré toutes ces années, le nom de Sabo faisait toujours de la peine à Luffy.

La journée se termina normalement, ils dînèrent, Ace somnola devant la télé alors que Luffy était comme un suricate en alerte. Puis ils allèrent se coucher sans turbulence.

.

Le réveil sonna, comme on annonce une mauvaise nouvelle. Ace le fit taire d'un geste vif et quitta la chambre sans réveiller Luffy qui n'avait pas classe ce mardi matin à cause d'un professeur absent. Il déjeuna tranquillement, tout était calme dans l'appartement, pas de bruit, de rire, juste la lumière matinale qui transperçait les rideaux de la cuisine. Il faisait enfin beau.

Beaucoup de gens détestaient le mardi, Ace adorait, il avait les deux seuls matières qui l'avait empêché de quitter le système scolaire – art plastique et dessin informatique.

Il quitta l'appartement en prenant bien soin de fermer la porte à clé et conduisit jusqu'à son lycée. Il se gara et s'en alla directement dans sa salle de cours où son prof était déjà là.

Avant il avait Edward Newgate comme prof, il l'admirait tant, c'était lui qui lui avait tout appris sur les couleurs, les lumières et les techniques, mais pour une raison obscure il dut partir du lycée au plus grand damne d'Ace. Son prof s'appelait Baggy et il n'était pas mal, pertinent dans ses critiques, son seul défaut était – justement – de ne pas être Edward Newgate. Heureusement Ace avait réussi à se procurer son email grâce une savante machination et avec l'aide de Thatch. Ils conversaient depuis par internet.

Les autres arrivèrent, la plupart était des genres d'hippies anticonformiste qui refusaient la société et exprimaient leur mal-être à travers leurs dessins toujours un peu glauques. Et puis y'avait Kumadori, le seul qu'Ace estimait réellement dans ce cours. Il avait les cheveux incroyablement longs et la peau blanche comme la lune mais les estampes qu'il dessinait étaient tout bonnement renversantes. Il maniait mieux que quiconque l'encre de chine, réussissant à lui faire prendre des teintes si claires qu'on se demande si ce n'était pas le grain du papier. Apparemment il venait directement du Japon, son père venait d'être muté aux Etats-Unis.

Ace se sentait vraiment bien dans cette classe, le prof donnait un sujet d'étude et chacun le déclinait pendant deux heures puis venait exposer aux autres sa vision du thème au travers de leur travail. Le lycée était incroyablement bien équipé et Ace était aux anges alors qu'il voyait une multitude de palette d'aquarelle – il n'avait que des crayons aquarellables, une palette coûtant trop cher. Il adorait l'aquarelle plus que toute autre technique, avec les portraits au fusain, les pigments étaient toujours incroyables et l'eau rendait le tout magique.

On ne pouvait pas faire deux aquarelles identiques parce que l'eau était sauvage. Le pinceau de l'artiste n'était qu'un leurre, il permettait seulement que créer l'irréelle dans le monde réel.

- Bien, les enfants, le thème du jour est : mise en abyme, déclara Baggy.

Vaste sujet.

- Giotto di Badone fut un des premiers à utiliser cette technique au XIIIe siècle en peignant le cardinal Giacomo Stefaneschi regardant une représentation de la même scène sur un triptyque. La mise en abyme est très utilisée dans la publicité. Ce projet est en commun avec votre cours de dessin informatique. Vous réfléchissez aujourd'hui de ce que vous allez faire, vous faîtes une esquisse, je valide et vous le concrétiser en cours de dessin informatique la semaine prochaine, le cours de cette après-midi étant annulé.

Personne ne cacha sa joie, à part Ace qui aimait vraiment ses cours, lui qui n'avait pas l'habitude d'utiliser un ordinateur, trouvait l'outil formidable. D'ailleurs Thatch se moquait souvent de sa nullité devant l'engin et soupirait théâtralement qu'un enfant né dans les années quatre-vingt dix se devait de connaître tous sur les ordinateurs. Ace lui rétorquait alors que le dessin est apparu dans la Préhistoire et que la plupart des hommes d'aujourd'hui ne savaient pas mieux dessiner que l'homme de Neandertal.

Chacun proposa son travail après les deux heures de cours et comme d'habitude Kumadori avait pondu une estampe à tomber par terre. Ace présenta quelque chose d'un peu bancal, deux heures n'étant pas suffisante pour traiter le sujet correctement.

Le cours se termina et il échangea quelques mots avec Thatch qu'il croisa devant les toilettes puis sortit du lycée en direction du parking. Il déverrouilla sa voiture à distance en fit le tour, il jeta un coup d'œil à la voiture noire garée à côté de la sienne et se dit qu'elle était bien trop belle pour un lycéen.

Il s'apprêta à ouvrir sa portière quand il entendit la fenêtre sa baisser derrière lui. Il se retourna et ses yeux s'écarquillèrent en voyant Trafalgar Law, assis nonchalamment derrière le volant.

- J'ai appelé chez toi et ton frère m'a dit que t'étais en cours ici.

- Bonjour, Trafalgar, répondit Ace légèrement sarcastique.

- Est-ce qu'il prend quelque chose ton frère, parce que j'ai pas tout compris à ce qu'il m'a dit.

- Heureusement qu'il fait ses nuits, rigola Ace.

- Bon, tu montes !

- Quoi maintenant ? demanda Ace, pris de cours.

- T'as quelque chose de mieux à faire ?

Ace réfléchit un instant, il avait envie de travailler sur son projet d'art plastique et peut-être regarder la télé. Il était sûrement là pour parler de la pochette et Ace n'avait encore rien pondu.

- Eh bien, j'dois faire un pro –

- C'est bien ce que je pensais, grimpe ! dit-il en se penchant pour lui ouvrir la portière.

Ace ferma sa voiture et monta dans celle de Trafalgar ne voulant pas le froisser. Il attacha sa ceinture, Law n'ayant pas attendu qu'elle soit bouclée pour démarrer en trombe.

- On va où exactement ?

- Où tu veux.

- Sérieusement …

- On a une répète pour l'album, j'pensais que ça pourrait t'intéresser, dit-il finalement.

- Luffy va me tuer, grommela Ace.

- T'inquiète, je l'ai fait taire en lui promettant qu'il pouvait venir, Zoro est parti le chercher. Ils doivent déjà y être.

- Merci.

Le silence régna quelques secondes dans l'habitacle.

- Je pense que tu veux savoir où j'en suis pour la pochette ? demanda Ace.

- Ça fait même pas une semaine, ne te met pas la pression. Les pistes ne sont même pas enregistrées.

- D'accord.

- T'as écouté le disque ?

Ace se crispa immédiatement, comment lui dire qu'il trouvait la musique du groupe vraiment pas terrible, voire carrément horrible. Sans s'en rendre compte, il se tortilla sur son siège ce qu'il n'échappa pas à Law :

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ? fit-il en arquant un sourcil.

- Eh bien, votre album, c'est nouveau pour moi, ce genre de truc.

- Je te parle de celui de Pink Floyd !

- Oh ! Non pas encore.

Law ne dit rien, se concentrant sur sa conduite. Ace ne savait pas s'il l'avait vexé par l'une de ses réponses et se jura de se jeter sur ce disque dès qu'il rentrait. Ils arrivèrent au studio, où il n'y avait aucun paparazzi, juste Luffy qui faisait des grands gestes avec un sourire stupide et Zoro qui le regardait amusé.

- Ace, t'a vu où on est ? S'exclama-t-il des étoiles dans les yeux.

- Ouais, j'ai vu, Luffy, j'ai vu.

- Salut Traffy ! cria-t-il juste après.

Ace se figea et observa la réaction de Trafalgar, il lui lança un petit sourire en coin et continua à avancer vers Luffy, puis il saisit le col du plus jeune et planta son regard dans le sien.

- Ne m'appelle plus jamais comme ça, compris l'mioche ?

Luffy se contenta de rigoler, bien trop heureux de voir son idole en vrai. Trafalgar lâcha le col de Luffy et salua Zoro puis ils rentrèrent tous dans le studio. Luffy courrait déjà partout malgré les remontrances de son grand frère. Pendant ce temps Trafalgar et Zoro discutaient de leur séance de répétition et d'un certain Strachman Apoo qui devait être l'ingénieur du son. Ils arrivèrent dans l'aquarium et Kidd haussa un sourcil en voyant Ace et Luffy :

- C'est journée porte ouverte ou quoi ? Grinça-t-il.

- J'suis au paradis, s'extasia Luffy en voyant l'intégralité du groupe devant lui.

Ace ressemblait plutôt à un homard dans de l'eau bouillante et il enviait vraiment Luffy et sa capacité à se faire des amis dans n'importe quelles circonstances. Law regardait Ace qui essayait de paraître cool et décontracté avec amusement. Jewelry Bonney arriva dans la salle d'enregistrement, visiblement énervée :

- On avait rendez-vous à quinze heure pile, railla Kidd.

- La ferme, dit-elle d'une voix dure. Je n'accepte aucune remarque de ce genre venant de ta part, enfoiré !

Kidd et Law échangèrent un regard surpris, la rose semblait très en rogne. Elle saisit brutalement sa basse et la brancha aux amplis, les autres membres en firent rapidement de même avant de subir son regard pétrifiant. Luffy s'était assis sur un gros siège en cuir qu'il n'arrêtait pas de faire tourner. Ace stoppa sèchement son petit frère et lui fit signe de se tenir correctement alors que la session de répétition commença.

Le cœur d'Ace faillit sortir de sa poitrine quand ils commencèrent la première chanson. Des chants de gorge, encore et des guitares qui perçaient les tympans, toujours. Mais rapidement, il se rendit compte que ce n'était pas du bruit quand il voyait la sueur de Kidd perlée sur son front, les doigts de Zoro s'agiter avec tant de vélocité ou les yeux plissés de Law, infiniment concentré, alors qu'il chantait le refrain.

Soudain, Apoo fit un signe et tout se stoppa :

- Jewelry-chérie, tu peux ralentir s'il te plaît ? dit-il dans un micro.

- Je n'suis la chérie de personne ! hurla-t-elle avant de balancer sa basse et de quitter la salle d'enregistrement.

Les membres du groupe la regardèrent partir, éberlués puis Zoro fit un petit signe à Apoo, pour le féliciter de sa subtilité :

- Vous savez ce qu'elle a, les gars ?

Tous répondirent par la négative et Apoo soupira : - Bon bah, on fait une pause alors.

Ils sortirent de la pièce et se dispersèrent aussi vite que la lumière, Luffy avait aussi disparut du champ de vision d'Ace sûrement à la poursuite de l'un d'entre eux :

- Les femmes sont vraiment incompréhensibles, railla Law en s'approchant d'Ace qui n'avait pas bougé, ne sachant pas quoi faire de sa carcasse. J'vais m'en griller une dehors, tu viens ?

Ace le suivit sans un mot. A l'extérieur, la neige tombait dans le silence, les paparazzis avaient désertés la place et Jewelry était assise sur le porche, la tête sur les genoux :

- Hey, ça va ? dit Law avec douceur.

- Si c'est pour me dire ce genre de conneries, tu peux rentrer, grommela-t-elle.

- Désolé, sourit-il en lui tendant sa cigarette, qu'elle accepta.

- Pourquoi vous les mecs, vous ne comprenez jamais rien ? murmura-t-elle entre deux taffes.

- Sûrement parce qu'on est les pires idiots que la terre aie portés.

Ace tenta de réprimer un petit rire à cette remarque, mais un son imperceptible s'échappa de sa bouche. Jewelry darda immédiatement un regard foudroyant vers lui :

- Ça t'fais rire, peut-être ? T'es fière de faire partie de la pire espèce animale sur Terre ? Cracha-t-elle.

- T'as revu le mec de la boite ?

- Ouais, et c'est vraiment qu'un crét –

- Ace, rentre ! Paparazzi !

Aussi vite qu'un flash, une dizaine de journaliste envahirent le parking jusqu'à lors désert. Juste avant de refermer la porte derrière lui, Ace voulut voir s'ils les suivaient.

A la place, il vit Trafalgar Law embrasser langoureusement Jewelry Bonney, sous une pluie de flash.

Ça fera sûrement les gros titres de la presse people, demain.