bonjour à toi, derrière ton écran ! Je pense bien que beaucoup d'entre vous sont en train de réviser pour le bac, faîtes le bien, c'est important. Prenez aussi le temps de vous détendre entre deux sessions révisions !
La suite ne paraîtra pas le 27 juin parce que je suis en week-end, without ordinateur ! Alors ce sera le lundi 29 juin ! Vous aurez le temps de bien lire le chapitre comme ça.
Ce chapitre n'est pas vraiment drôle alors voilà une petite blague/devinette : Pourquoi les esquimaux aiment-ils aller au cinéma ?
La réponse la prochaine fois ...
Dans les couloirs feutrés et tapissés de velours, Ace n'entendait pas le crépitement des flashes et les cris des photographes.
Une photo de Trafalgar Law qui embrasse Jewelry Bonney ça devait valoir un sacré paquet d'or, ils étaient sortis de nulle part comme une lionne qui traque la même gazelle depuis des heures. Il entendait juste quelques accords de guitare et la batterie de Kidd hurler à la mort sous ses coups violents.
Il se demanda subitement qu'est-ce qu'il faisait là ? Et pourquoi, on lui avait rien dit … Sûrement parce qu'il y a même pas une semaine, il n'était qu'un pauvre mec de vingt ans qui faisait des pieds et des mains pour s'occuper de son frère dignement. Sa stupide naïveté avait un goût vraiment trop âpre, il n'y connaissait rien à la musique, aux chanteurs, aux musiciens, alors comment avait-il put croire avoir sa place dans un monde si étranger … Juste parce qu'un beau brun lui avait lancé un sourire en coin et qu'il avait complimenté son dessin comme un parent le ferait avec la merde de son gamin.
Il relâcha enfin le long soupir qu'il retenait depuis quelques minutes. Il jeta un regard derrière son épaule, la porte restait désespérément fermée, la surprise des paparazzis se transformait en véritable séance photo.
Le couloir devant lui semblait soudainement interminable et débouchait sur les autres, des inconnus plutôt impressionnant qui avaient le chic de le foutre mal à l'aise. Il traîna sa carcasse vers le studio, pour retrouver un peu de confort auprès de Luffy, qui lui était sûrement en train d'échanger avec eux comme s'ils avaient toujours été amis.
Il s'arrêta devant un des portraits en noir et blanc qui ponctuaient le couloir. Trois mecs plutôt chétifs aux coupes de cheveux très années quatre-vingt et qui portaient des vestes de costume trop grande – probablement la panache des mecs cool de l'époque. Ces trois gars étaient et sont encore des grandes stars, mais Ace n'avait aucune foutue idée de qui ils pouvaient bien être :
- C'est The Police, l'ancien groupe de Sting.
Ace sursauta tellement fort que son cœur faillit sortir par sa bouche. Il se retourna et vit Trafalgar juste derrière lui, son petit sourire en coin légèrement teinté de rouge à lèvres rose framboise.
- J'sais pas qui c'est …
Jewelry arriva à son tour et Ace se sentait comme un lion en cage ou un gamin qui se faisait sermonné par deux géants aux regards plein de reproche.
- Eh ben, t'en fais une tête, gamin ! S'exclama-t-elle.
- J'suis pas un gamin, marmonna Ace.
Cette remarque digne des meilleurs gamins contrariés fit un peu plus sourire Trafalgar. Il intima discrètement à Jewelry de rejoindre les autres et ils se retrouvèrent seuls dans le couloir rouge.
- Il y a un problème ? demanda Trafalgar.
- Pas du tout.
- Tu fais partie des rares personnes qui ne savent pas jouer, Ace.
- Contrairement à toi … T'as un peu rose au coin de la bouche.
Trafalgar ne dit rien, il fixait Ace de toute sa hauteur avec ses yeux gris aussi froid qu'une plaque de métal et qui ne reflétaient rien d'autre que l'image de son interlocuteur.
- T'as pas besoin de connaître les noms ou les styles. La musique c'est avant tout des émotions et après une réflexion.
Trafalgar s'essuya le coin de la bouche et continua dans le couloir. Au loin, Luffy avait un sourire jusqu'au sol et faisait des grands signes à Ace. Comment il faisait pour être aussi … à l'aise tout le temps, jamais gêné, jamais soucieux de ses actes ?
- Peut-être bien, mais j'ai quand même l'air d'un idiot ici … Un éléphant au milieu d'un magasin de cristal, soupira-t-il pour lui-même.
Finalement, il retrouva les autres. La séance reprit et devint interminable – Trafalgar voulait reprendre chaque chanson jusqu'à qu'elle soit parfaite et ce même s'il fallait toute la nuit. La fatigue avait finalement eu raison de Luffy même si celui-ci s'était battu vaillamment, il ronflait bien heureux et complètement tordu sur un fauteuil. Ils sortirent de l'aquarium, les traits tirés, les doigts et les bras endoloris, mais un sourire pendu aux lèvres, même pour Kidd.
- Bon travail, les gars, fit Apoo, enthousiasme. On sera peut-être dans les temps pour la sortie.
- C'serait une surprise pour nos fans ! Ironisa Jewelry.
Ace somnolait aussi, son esprit divaguait ailleurs et il revint à lui quand il vit Trafalgar juste devant lui, les clés de sa voiture en main :
- J'devrais vous ramener toi et le petit.
- Ouais … Bonne idée.
La nuit était encore plus noire à cette heure tardive, parce qu'il n'y avait aucun phare de voiture et aucun éclairage public.
La nuit était aussi dans la voiture, silencieuse comme un cri perdu dans l'espace.
Ace regardait le paysage sombre, Trafalgar regardait la route, Luffy dormait. Finalement, ils arrivèrent devant leur bloc d'immeuble sans qu'un mot ne soit prononcé. Trafalgar coupa le moteur et Ace déboucla sa ceinture :
- Y'a rien entre Jewel et moi, commença-t-il.
- T'as pas à te justifier, tu fais ce que tu veux.
- Arrête j'ai bien vu ta tête dans le couloir ! Elle et moi, c'est juste pour la presse …
Ace sourit un peu, soulagé. Il pensa à Thatch évidemment, mais aussi à lui, l'espoir n'était pas perdu. Trafalgar ricana en voyant le sourire sûrement niais sur le visage d'Ace.
- Te moque pas de moi ! S'offusqua Ace.
- Dieu merci, je pensais que l'espèce de zombie de tout à l'heure avait pris définitivement ta place !
- C'est pas facile pour moi, tout ça … c'est nouveau, ça va vite.
Ace sortit de la voiture et réveilla son petit-frère d'une tape sur la tête, celui-ci râla un peu mais la fatigue était encore trop présente. Il claqua la porte et entendit la vitre se baisser :
- Au fait, j'te l'ai pas dit, mais l'album sort dans six mois, alors ce serait bien qu'on ait une pochette qui défonce d'ici là !
- J'vais faire de mon mieux.
- J'en doute pas une seconde.
Il démarra en trombe, faisant rugir le moteur de sa Bentley dans un vacarme assourdissant qui fit sursauter Luffy :
- On est où, là, grommela-t-il.
- A la maison.
- Quoi, c'est déjà finit ! Où sont les autres ! S'exclama-t-il subitement.
- Il presque trois heures du mat, Lu' … Allez on rentre.
.
Ace se précipita hors du lycée, il était à la bourre pour son service au Baratie. Il retourna complètement son sac pour trouver ses clés. Il démarra en trombe, il ne lui restait que vingt-minutes pour arriver au boulot et il ne tenait pas spécialement à mourir avant ses vingt-ans.
Il mit le CD de Pink Floyd que Trafalgar lui avait donné dans le lecteur. Depuis quelque jour, il avait décidé de rattraper son sérieux retard en matière de musique, alors il écoutait ce CD tous les jours dans la voiture, à défaut d'en avoir d'autres. Il trouvait ça parfois très long et très tordu, souvent brillant et planant. Mais de toute façon son avis ne valait pas grand-chose.
Le Baratie apparut devant lui et il se gara comme un sauvage.
Plus que cinq minutes.
Il entra dans le restaurant et traversa la salle déserte en s'attachant les cheveux, il fila dans les vestiaires pour enfiler son gilet et sa chemise blanche. Makino, sa collègue, passa devant la porte, le patron allait bientôt faire son speech. Il laça ses chaussure noires en deux-deux et déboula dans la cuisine en trombe pour se poster à côté de Makino avant que le patron n'arrive :
- Salut, vous deux.
- Bonjour, Zeff, dirent-ils en cœur.
Ace soupira et replaça sa mèche rebelle, il n'avait rien vu.
- Ace, dix-sept heures quarante c'est mieux que dix-sept heures quarante-quatre, si tu veux être présentable.
- Vous savez bien que le mardi c'est juste pour moi …
Makino lui mit en coup dans les côtes, Zeff détestait qu'on lui réponde mais Ace n'avait pas pu contrôler sa langue :
- C'est vrai, les gens s'ennuient tellement qu'ils n'ont rien d'autre à faire que de te mettre des bâtons dans les roues ! J'en veux pas de tes excuses, tu es bien placé pour savoir combien chaque jour me coûte, alors j'veux que tout aille comme sur des roulettes ! Maintenant, va préparer la salle, Makino avec moi.
La jambe de bois de Zeff claqua sur le carrelage de la cuisine, faisant sursauter Ace qui déguerpit rapidement dans la salle. Il soupira un bon coup, ça aurait pu être pire. La salle s'étendait devant lui, immense, il y avait des dizaines de table à préparer, des nappes à repasser et des assiettes en porcelaine à transporter de bout en bout.
Il traîna des pieds jusqu'au sellier et prit une pile de nappes blanches presque aussi grande que lui dans les bras. Il slaloma entre les tables, rendu aveugle par les nappes :
- Fais gaffe où tu vas !
- Désolé Carne !
Il posa sa lourde besogne sur une des tables et retourna dans le sellier pour ramener le fer à vapeur. Il recouvrit avec une minutie extrême chaque table puis passa un coup de fer sur la nappe. Il fit encore un nombre impressionnant d'aller-retour jusqu'au sellier pour mettre en place les trois tailles d'assiettes et les cinq couverts différents sur chaque table. Puis il passa un coup de balais dans toute la salle, ainsi qu'un coup d'éponge sur les chaises et le bar.
Il jeta un coup d'œil à l'horloge de la salle, dix-huit heures trente, le restaurant était prêt, les clients n'allaient pas tarder. Makino arriva avec les bras chargés de caisse de boisson, Ace arriva à son secours et posa l'imposante caisse sur le bar :
- Merci, sourit-elle.
- J'comprends pas pourquoi le vieux schnock me laisse pas porter les boissons, j'suis sûr que tu repasses beaucoup mieux que moi !
- Il aime les choses carrées et comme on fait comme ça depuis le début, ce n'est pas près de changer.
- C'est clair, ricana-t-il.
Makino ouvrit le frigo caché sous le comptoir et Ace lui passa toute les boissons une à une :
- T'as l'air fatigué en ce moment … ça va ? demanda Makino, la tête dans le froid.
- Ouais tout va bien, il m'est juste arrivé un truc de dingue …
- T'as rencontré quelqu'un ?! S'exclama-t-elle.
- Non ! Enfin … pas vraiment.
- Raconte-moi tout ! dit-elle en se redressant.
- J'peux pas Makino, c'est tout récent et puis il s'est rien passé, peut-être qu'il ne se passera rien !
- Comment tu peux dire ça ? Si ça c'voyais pas à des kilomètres que t'étais homo, toutes les filles de la ville t'aurais déjà sauté dessus !
- N'importe quoi !
- Et il ressemble à quoi ce mystérieux inconnu ?
- Il est grand et élancé, la peau caramel et les yeux gris. Ces cheveux sont noirs et un peu décoiffés, ses bras sont tatoués, dit-il un brin rêveur en passant les bouteilles à Makino.
- Que pense-t-il de toi ?
- Sûrement que je suis un gamin naïf et immature … De toute façon, j'suis sûr qu'il est pas gay …
- Tu lui as demandé ?
- Non …
- Il te la dit ?
- Non plus.
- Alors ! Tous les gays ne sont pas des clichés ambulant comme toi ! Rigola-t-elle.
- Hé !
- Je plaisante, Ace !
Dix heures, les derniers clients sortirent du bar et la salle était dans un état déplorable, surtout la table des hommes d'affaires, ils avaient mangé comme des sagouins. Ace soupira, il lui faudrait une bonne heure pour tout remettre en place, Makino termina de compter la caisse puis prit ses affaires pour rentrer à la maison. Ace se demanda ce que faisait Luffy, il ne l'avait vu que ce matin, comme tous les mardis. Il prit son portable et lui envoya un texto rapide pour s'assurer que tout allait bien :
« Lu', mets ton assiette crade dans l'évier avant d'aller te coucher »
Makino revint dans la salle :
- T'as oublié quelque chose ? S'enquit Ace.
- Non … y'a quelqu'un pour toi dehors … je sais pas si t'as envie de le voir, j'me contente de faire passer le message …
Elle lui embrassa le front en lui murmurant un bonne chance et Ace soupira.
C'était sûrement Marco.
Ace hésita un instant, puis finalement posa son chiffon et se dirigea vers l'extérieur. Dehors, le froid était mordant comme d'habitude à Chicago au mois de Novembre. La nuit était noire et sans étoiles, il n'y avait pas beaucoup de circulation sur la route qui passait devant le restaurant, le parking demeurait désespérément vide à part cette voiture qui avait vu quelqu'un des meilleurs moments de sa jeune vie.
Il était là, adossé au capot de sa voiture, le fixant avec un regard doux, loin de la folie de l'autre soir – il devait sûrement être ivre ce soir-là.
- Salut, fit Ace en s'approchant un peu plus.
- Tu finis toujours à une heure indécente le mardi, murmura-t-il.
- Ouais …
- J'me rappelle, j't'attendais en regardant cette émission débile.
- Tu dormais toujours quand je rentrais.
- Ace, dit-il en s'avançant.
Il ne put s'empêcher d'avoir un mouvement de recul, la douleur de l'autre soir et de tous les autres jours étaient encore trop présente, pour qu'il accepte Marco dans son espace personnel. Marco s'arrêta alors, ne voulant pas le brusquer :
- Tu me manques tu sais … et j'suis désolé pour l'autre soir, je sais pas ce qu'il m'a pris !
- Je sais, moi … T'es violent, Marco, je sais que tu te contrôle pas, mais t'as tout foutu en l'air entre nous. J't'aimais vraiment, j'aurais fait n'importe quoi pour toi, si ce soir-là …
- Ne dis rien … y'a pas un jour où je ne regrette pas cette soirée. Mais j'ai changé tu sais, j'vais voir un psy depuis peu.
- Arrête, pas à moi ! C'est en toi ! T'es comme ça, tu refuses de ne pas pouvoir tout contrôler … mais aimer ce n'est pas posséder quelqu'un …
Marco ne disait rien, sûrement parce qu'Ace avait raison. Il regarda une dernière fois, comme un dernier hommage et se retourna :
- J'ai du travail.
- Attends !
Il tenait son bras fermement entre ses mains, comme pour illustrer tout ce qu'il avait voulu cacher. Ace tourna la tête vers lui, les larmes aux yeux :
- J-J't'aime plus Marco … C'est fini, pour de bon.
- Dis pas ça, c'est pas vrai ! répondit-il en haussant un peu la voix. C'est le mec de l'autre fois, c'est ça ! C'est avec lui que tu couches maintenant, hein ?
- Marco, s'il te plaît, gémit Ace, les larmes pleins les joues. Ne gâche pas mon dernier souvenir de toi !
Le portable d'Ace vibra dans sa poche et Marco fronça les sourcils :
- C'est lui, il t'appelle pour que tu le rejoignes !
- Mais non, ça doit être Luffy, j'lui ai envoyé un message tout à l'heure !
- M'enfume pas, Ace.
- Lâche-moi !
Ace s'extirpa des serres de Marco alors que son portable s'égosillait toujours dans sa poche. Il le sortit – c'était Trafalgar, mais il ne pouvait pas lui répondre avec des sanglots dans la voix. Il fit taire le vibreur.
- Si c'est ton frère, pourquoi tu ne réponds pas ?
- C'était pas lui, fit Ace avec une voix dure, bien décidé à faire une croix sur Marco.
Il sentit la colère jaillir de son ex et son bras partit comme un éclair pour toucher durement le visage d'Ace. Il ne dit rien, les larmes coulaient déjà sur ses joues, trahissant sa douleur.
Ace serra des poings, il devait l'affronter une dernière fois. Pour toutes les fois où il n'avait pas eu le courage de le faire, pour toutes les fois où il avait accepté, pour toutes les fois où c'était devenu banal.
- Tu peux me gifler autant que tu veux, ça n'y changera rien. Je ne t'aime plus, Marco ! cria-t-il.
- Dis pas de connerie, toi et moi, c'est pour la vie ! J'laisserai jamais personne d'autre que moi te toucher !
- Mais regarde toi, t'es complètement taré ! Ouvre-les yeux, tu m'as perdu le jour où t'as levé sur moi !
- Tu es à moi, Portgas D. Ace ! J't'enfermerai pour que tu restes près de moi, s'il le faut.
Le portable d'Ace vibra à nouveau, il n'avait jamais refusé un seul appel de Trafalgar même quand il était occupé ou au lycée, il lui avait toujours répondu. Celui-ci devait s'inquiéter.
- Fais taire ce putain de téléphone ! grogna-t-il.
Bien décidé de prouver à Marco qu'il ne se laissera plus faire, il décrocha :
- Allô, dit-il en essayant de contrôler ses sanglots.
- Ça va … ? Ta voix est bizarre.
- Pour le moment oui, mais je crois que la situation m'échappe, répondit-il.
- Pardon ? T'es où en ce moment ?
- Au restaurant, dépêche-toi, je t'en supplie.
Marco venait de lui arracher le téléphone des mains, il l'éclata au sol et l'écrasa avec ses rangers pour être sûr qu'il ne résonnera plus.
Ace était terrorisé alors qu'il s'avançait vers lui, il n'y avait que de la fureur dans ses yeux. Il ressemblait à une bête blessée à mort qui essayait une dernière folie avant de s'écrouler. Il redonna une gifle à Ace qui tenta de se protéger avec son avant-bras, mais Marco avait toujours été plus fort que lui. Il le poussa contre le mur et Ace sentit son dos prendre un mauvais coup. Il le plaqua contre le restaurant, le maintenant par la gorge et lui arracha un baiser mais Ace lui mordit la lèvre jusqu'au sang. Marco cracha un glaire rouge et semblait encore plus en colère.
Il voulait résister, il voulait se battre mais c'était une force de la nature. Ace ne pouvait rien faire alors que son corps encaissait des coups de plus en plus rudes. Il essaya de penser à autre chose, d'attendre patiemment que cela passe comme il avait toujours fait, mais ce soir Marco était particulièrement déchaîné. Un coup dans la mâchoire lui fit voir des étoiles, il était à présent allongé sur le sol glacial et dur, Marco le releva par les cheveux :
- T'es à moi, Ace ! Il n'y a que moi que tu aimes et personne d'autre, t'entends !
- Va … te faire foutre !
Marco tira un peu plus sur ses cheveux et lui tapa directement dans le foie, Ace sentit la douleur remonter dans tout son tube digestif pour finalement ressortir par sa bouche sous la forme d'un grognement. Marco le laissa tomber au sol, il n'avait plus la force de se lever.
Il était vulnérable, comme un oisillon qui était tombé du nid avant l'heure. Un premier coup de pied lui brouilla la vision. Ace s'était demandé plusieurs fois si Marco le tuerait, peut-être que ce sera le cas ce soir.
Un voile noir s'était déposé sur les yeux d'Ace, il ne ressentait plus rien, il entendait juste Marco répéter qu'il lui appartenait, comme une litanie, comme un homme posséder par un démon.
Soudain, une forte lumière perça le rideau sombre, ainsi qu'un bruit de moteur.
- Traf –
Finalement même ses oreilles l'abandonnèrent, il resta ainsi, prostré dans le silence et le noir, tapis dans le froid.
.
Un musique douce, une sensation de confort et de chaleur, ça ressemblait à ça le paradis ? Ace ouvrit un peu les yeux, il faisait trop sombre pour être au paradis. Sa vue s'ajusta mais resta vague quand même, une horrible douleur lui vrillait le dos et les reins. Il reconnut aussi le visage inquiet de Trafalgar. Ace voulut se redresser et il sentit la main chaude de Trafalgar l'aider à s'asseoir, ils étaient dans sa voiture.
- Ça va ? S'enquit-il.
- J'ai l'impression d'être passé sous un rouleau compresseur, grimaça-t-il.
Ace jeta un regard au chanteur, il avait un peu de sang séché au bord du nez.
- Ça lui arrive souvent à l'autre dégénéré ?
- Ouais … j'ai voulu jouer au brave pour une fois.
- Vu ce que j'lui ai mis, il ne viendra pas de sitôt.
- C'est lui qui t'as fait ça ?
- C'est rien, tu peux rester assis ? Ou tu veux t'allo –
Trafalgar s'arrêta et Ace le regardait, presque implorant, les larmes coulaient sur ses joues sans qu'il puisse les maîtriser, des soubresauts de douleurs secouaient son pauvre petit corps. Il n'avait plus la force de contrôler ses larmes, parce qu'il est trop faible. Trafalgar s'approcha doucement ses mains de lui, Ace frissonna quand il posa sa main sur son bras. Il le regardait toujours, pour soulager ses yeux de toute cette haine et parce qu'il avait besoin de réconfort. Voyant qu'il ne rechignait pas, Trafalgar prit Ace dans ses bras.
Celui-ci ouvrit les digues à fond, inondant la chemise du chanteur de larmes salées. Ça fait bien trop longtemps qu'il retenait tout ça en lui. Luffy n'était pas au courant, Thatch non plus, personne ne savait. Personne ne s'était rendu compte de ses bleus parce qu'il était un brin maladroit, personne n'avait vu que Marco avait toujours une main sur lui. Que son ombre planait au-dessus de lui, comme un vautour au-dessus d'une carcasse.
L'odeur de Trafalgar ainsi que sa chaleur le réconfortait peu à peu jusqu'à que ses larmes ne soient que des sillons desséchés sur ses joues. Ace se redressa, un peu gêné de s'être donné en spectacle ainsi.
- Tu vas venir chez moi ce soir, ton frère n'a pas besoin de te voir dans cet état.
- Mais il va s'inquiéter !
- Il est grand Ace, il doit dormir, tu lui téléphoneras demain matin.
- O-Ok.
Trafalgar démarra doucement la voiture et ils quittèrent le restaurant. L'horloge dans la voiture affichait minuit. Il faisait de son mieux pour conduire souplement, voyant qu'Ace était contusionné de partout.
- Tu devrais t'endormir, mon appartement est assez loin.
Ace ne dis rien, les sièges chauffant de la Bentley faisaient leur effet tout seul. Quand il ouvrit à nouveau les yeux, il était devant un immeuble normal, plutôt moche même.
- On y est …
Ace sortit de la voiture en faisant attention à chacun de ses gestes. Trafalgar fit rapidement le tour de la voiture et vint le soutenir pour marcher jusqu'à l'entrée.
- Il est moche ton immeuble, j'pensais que tu vivais dans une villa avec caméra et tout !
- T'es pas si mal au point finalement, sourit Trafalgar.
Ils entrèrent dans un hall banal et montèrent dans l'ascenseur. Direction le dernier étage. La porte s'ouvrit directement dans l'appartement de Trafalgar comme dans les films, le dernier étage lui appartenait totalement et s'étendait sur au moins deux cents mètres carrés. C'était moderne mais chaleureux. Dans le salon il y avait des bouquins partout mais aussi une imposante bibliothèque remplis de CD. Ace s'assit dans le canapé en cuir et Trafalgar quitta un instant la pièce pour revenir avec des serviettes :
- Le cuistot est pas là, j'peux essayer de te faire quelque chose mais sans garantie … Tiens va prendre une douche.
- Merci.
Trafalgar enleva sa veste et retira rapidement ses chaussures. Il ne portait qu'une chemise sombre avec un jeans usé, il intima Ace de la suivre dans un immense couloir. Une des portes menait à une salle de bain aussi grande que l'appartement qu'il louait pour lui et Luffy.
- Bain ou douche, comme tu veux. Prends ton temps …
Trafalgar ferma la porte doucement et Ace se retrouva seul devant l'immense miroir de la salle de bain. Des hématomes commençaient déjà à apparaître sous ses yeux et ses pommettes, sa tête ferait peur à n'importe quel zombie et il avait presque honte de s'être montré ainsi devant Trafalgar. Il fit couler l'eau dans la douche et retira ses vêtements de travail. Son ventre était déjà bleu et il passa la main sur l'hématome brûlant, le faisant grimacer. Son dos aussi avait été touché et il sentait déjà une douleur lancinante sur ses lombaires. Il décida d'arrêter l'inspection et noya sa tête sous la douche, pour diluer chacune des marques laissé par Marco.
Mais tout comme sa douleur et ses hématomes, son souvenir restera un moment gravé sur sa peau.
Ace ne savait pas combien de temps il resta sous l'eau à essayer de faire disparaître ses souvenirs en même temps que l'eau dans le siphon. Mais elle devenait froide alors il sortit. Il s'enroula comme un ver dans la serviette laissé par Trafalgar. Le grand miroir lui renvoya encore son reflet mortifié alors il ne s'attarda pas, oubliant qu'il n'était vêtu que d'une serviette, il retourna dans le salon.
Trafalgar fumait une cigarette en plaquant quelques accords sur une des nombreuses guitares accrochées au mur. Ace resta dans l'embrasure de la porte, profitant de ce moment volé. La mélodie était douce, un peu mélancolique. Finalement Ace avança et Trafalgar le remarqua, il ne s'arrêta et continua sa mélodie.
- Ça te plaît ? demanda-t-il en écrasant sa cigarette dans le cendrier.
- Ouais, c'était joli.
Trafalgar sourit et posa sa guitare contre le canapé :
- J't'ai réchauffé une pizza, si t'as faim.
- Merci, mais ça va.
- J'vais te donner de quoi te couvrir, bouge pas.
Ace regarda la guitare laissé par Trafalgar et se rappela les tentatives ridicules de Luffy. Il espérait vraiment qu'il dormait tranquillement. Il revint dans le salon et lança un t-shirt et un bas de pantalon, Ace un peu gêné ne savait pas comment réagir alors que Trafalgar le dévisageait.
- Viens dans la chambre quand t'es prêt.
Il hocha la tête et enfila rapidement les affaires prêtées par Trafalgar. Evidemment tout était trop grand, le pantalon balayait le sol et le t-shirt ressemblait à ceux que portais les rappeurs dans les années quatre-vingt-dix. Il partit dans le couloir et aperçut la lumière sortir d'une pièce. Il s'avança doucement, à l'intérieur de la chambre Trafalgar était torse-nu et enfila lui aussi quelque chose pour dormir.
- J'te laisse mon lit, dit-il en voyant Ace.
- Non, surtout pas, j'veux pas t'embêter !
- Arrête un peu ! T'as besoin de repos.
Trafalgar passa à côté de lui et Ace baissa la tête.
- Bonne nuit, dit-il avant de sortir de la chambre.
- Tu … veux pas rester avec moi, s'il te plaît ?
Trafalgar s'arrêta et Ace fixait ses pieds, gêné. Il aurait bien voulu disparaître au fond de ses chaussures.
- C'est pas raisonnable, Ace.
- J'en ai marre d'être raisonnable, murmura-t-il.
- T'es à l'ouest ce soir, faut que tu te reposes.
- S'il te plaît, ne me laisse pas seul, fit-il en sentant les larmes revenir aux bords de ses yeux.
Trafalgar l'entendit sangloter et il fit demi-tour. Ace sentit son magnétisme dans son dos, il posa ses bras sur ses épaules. Ace passa sa main sur ses bras nus, redessinant ses tatouages.
- J'peux te poser une question ? Continua-t-il.
- Mmm …
- Est-ce que … t'es gay ? fit Ace avec une voix de souris.
Trafalgar ne bougea pas, ne sursauta pas non plus, il soupira juste :
- Est-ce que ça change quelque chose ?
- Réponds à ma question !
- Eh bien … oui.
- Pourquoi tu fais croire que t'es avec Jewelry alors ?
- Parce que ça la fout mal d'être chanteur dans un groupe de rock-métal et gay.
- Freddie Mercury était bien gay et il avait la classe !
- Tu connais Queen, toi ?
- J'ai décidé de rattraper mon retard depuis quelque jour… J'peux te poser une autre question ?
- Oui.
- Tu veux sortir avec moi ?
