hey ! Comment vous n'allez pas mal ? Grâce à vous, cette histoire a dépassé les 10 reviews et les 1000 vues ! Wahou, c'est ouf ! Félicitation vraiment, vous avez fait du super boulot.

Plusieurs d'entre vous ont été choqué/surpris de voir Marco dans le rôle du "méchant". Ne vous trompez pas, j'adore ce perso mais je trouve son côté décontracté un peu ennuyeux alors dans cette histoire il est un peu fou et va péter les plombs. On va encore entendre parler de lui.

Je suis désolé de vous avoir fait patienter aussi longtemps et je suis désolé aussi des deux premiers mots de ce chapitre. Mais ici, je tiens à que tout ne soit pas noir ou blanc, je préfère nettement le gris clair ou le gris foncé !

Posez-moi des questions, des remarques, vous avez toujours un point de vue intéressant et cela ne peut faire qu'avancer mon histoire.

Je vous livre la suite le 8 juillet ? J'aurais plein de truc à vous racontez, puisque que je vais aux Eurockéennes de Belfort ce week-end.

Si vous pensez me voir, faîte moi un petit signe.


- Sûrement pas.

Il ne s'attendait pas à autre chose, mais il avait espérer entendre une réponse positive, une réponse qui aurait regonfler son cœur, comme l'espoir insensé qu'il braverait le monde pour lui.

Trafalgar s'éloigna de lui sans un mot de plus et ferma la porte. Ace se retrouvait encore une fois seul dans une immense pièce. Il avança comme un zombie vers le lit et se laissa tomber dans les draps. Ça sentait la lessive fraîche, Ace soupira, il pensait s'imprégner de l'odeur particulière de Trafalgar.

Avant d'en avoir conscience, il s'était endormis au bord du lit, sûrement harassé par une journée encore trop dure.

Une odeur de café et de croissant chatouilla Ace qui se réveilla sous les couettes, dans un lit qui pouvait sûrement accueillir trois personnes. Il s'étira et un mal s'empara de tout son corps – ah oui c'est vrai. Il regarda ses bras, quelques marques zébraient sa peau, il souleva son t-shirt pour le rabattre rapidement.

Ce n'était pas que quelque marque, c'est une marque qui recouvrait la moitié de son ventre et qui avait déjà pris une étrange teinte bleu-violette-verte. Il regarda à nouveau, plus longtemps pour s'habituer puis passa ses doigts. Sa peau était brûlante, il sentait ses veines battre à tout va.

Le temps fera son devoir, après tout.

Il se leva difficilement, ses jambes étaient lourdes. Dehors il faisait beau mais sûrement froid, les voitures étaient recouvertes d'un voile blanc éphémère aussi brillante qu'un millier de bijoux. L'estomac d'Ace se rappela à lui et l'odeur de petit-déjeuner devint encore plus alléchante. Il se dirigea vers la cuisine, là-bas, Trafalgar mangeait un croissant avec son café en lisant la presse people. Il y avait aussi de la musique, un air doux et calme qui faisait penser aux jours de soleil sur les rives du lac Michigan.

Trafalgar leva les yeux vers lui et sourit. Ace s'assit juste en face et il lui tendit le panier de petit-pains – il en prit deux aux chocolats :

- Café ou chocolat ?

- Chocolat, s'il te plaît.

Il se leva et remplis la tasse d'Ace, apparemment il avait prévu le coup. Les yeux d'Ace glissèrent vers la lecture du chanteur, c'était la photo de l'autre jour en première page du magazine People. Jewelry et Trafalgar, bouches liées devant la porte du studio. Il détourna le regard, dégouté. Trafalgar se rassit et lui tendit la tasse avec un petit sourire :

- Bonney et Law, le couple passionné de la scène musicale américaine, lut-il. Qu'est-ce qu'ils sont crédules … On peut leur dire n'importe quoi, tant qu'il vende leur torchon.

- Si tu dis que t'es gay, j'suis sûr qu'il en vendrait plusieurs millions … lança Ace, sans vraiment faire attention.

Trafalgar lui jeta un regard de mort et Ace détourna les yeux, gêné de sa maladresse.

- Faudrait que t'apprenne à contrôler ta langue, bougonna le chanteur en buvant son café.

- Bah, avoue que c'est vrai ! Pourquoi tu le dis pas, t'as honte ?

- Je rêve ! S'exclama-t-il en tapant sa tasse contre la table en verre.

- Quoi ?

- Ta langue, Ace !

Ace roula les yeux au ciel et avala son premier petit-pain entre deux gorgées de chocolat bien chaud. Le visage de Trafalgar était caché par son stupide magazine :

- Non j'ai pas honte, commença-t-il, toujours derrière sa revue. C'était juste une idée stupide du manager quand le groupe était mal, les fans ont apprécié et on est devenu ce qu'on est aujourd'hui.

- Ça te fait rien de savoir que tu mens à tous les fans du groupe depuis des années ? C'est pas cool quand même …

Trafalgar ferma son magazine et planta ses yeux gris dans ceux d'Ace. Ce matin-là, il avait pu y voir autre chose que son propre reflet, une lueur, de l'intérêt quelque part dans cet océan de froideur.

- Tu ne sais vraiment pas jouer, Ace, murmura-t-il.

- Et toi, t'es moins bon acteur que tu ne le crois.

Il sourit et termina à peine son croissant alors qu'Ace en avait piqué un troisième dans le panier.

- Traf, j'suis là ! fit une voix dans le couloir.

- Dans la cuisine ! répondit l'intéressé.

Ace regardait avec étonnement Jewelry arriver dans la cuisine. Elle était habillée simplement et ses cheveux roses étaient rassemblés en une queue-de-cheval :

- Tiens, Ace, qu'est-ce que tu fais là ? dit-elle étonnée.

Elle jeta un regard à Trafalgar qui resta silencieux :

- … Nan …. sourit-elle.

- Tu te goures, Jewel.

- C'est quoi ce truc autour de ton œil … ?

- Un coquard.

Ace n'avait pas su discerner les cernes naturels de Trafalgar de son œil au beurre-noir mais en y regardant de plus près, on pouvait y distinguer une légère coloration violacée au coin de son œil droit :

- Qu'est-ce que t'as foutu encore ? On va croire que j'te maltraite !

- C'est le cas, soupira-t-il.

- Hey, qui a mangé mes pains au chocolat ! s'écria-t-elle en s'installant à côté de lui.

Ace releva la tête de son chocolat au lait avec un regard hébété et des miettes de petits pains au coin des lèvres :

- Ace, dans cette maison, les pains au chocolat, les mousses au chocolat, les yaourts au chocolat, tout ça, c'est pour Jewel compris ? dit-elle avec un ton doux, mais effrayant.

Il hocha la tête.

- Laisse-le tranquille, tiens, regarde plutôt la une de People, intervint Trafalgar.

- Sérieux, tu pourrais y mettre du tiens, ronchonna-t-elle en regardant les photos.

- Si tu m'laissais t'embrasser correctement aussi, rétorqua Trafalgar en allumant une cigarette.

- Ne fume pas le matin, le gamin est là ! Il veut vivre après trente ans, lui ! S'énerva-t-elle en lui arrachant la clope des lèvres.

Trafalgar soupira et Ace avait un grand sourire sur le visage. Trafalgar qui était d'habitude si sérieux et un brin taciturne se faisait malmener par une extravagante aux cheveux roses. Il sentit l'aura glaciale du chanteur sur lui alors Ace ravala tant bien que mal son hilarité.

- Ces photos sont vraiment ignobles ! Siffla-t-elle.

- C'est parce que t'es la pire comédienne du monde, murmura Trafalgar.

- La ferme ! J't'ai déjà dit que j'voulais pas de ta langue dans ma bouche !

- Bah ça la fout mal pour un couple hyper amoureux depuis trois ans, j'suis désolé !

- J'espère qu'il ne verra pas ça, soupira Jewelry.

- Evidemment qu'il le verra, c'est même sur les bus.

- Tu pourrais m'épauler un peu !

- Quand ton mec se rendra compte qu'il sort avec une musicienne connue, il se dira juste « non, c'est pas possible » et oubliera ça vite fait …

- Merci !

Ace suivait leur échange avec attention, si Trafalgar ne lui avait pas dit qu'ils formaient une couple bidon, il y aurait vraiment cru. Il y avait entre eux cette étrange complicité propre aux couples qui se connaissent depuis des années – meilleurs amis et amants en même temps. C'était sûrement le secret de leur mensonge.

Puis subitement Ace se rappela que le futur prétendant de Jewelry s'appelait Thatch et qu'il était aussi son meilleur ami. Il décida donc de mettre son grain de sel dans ses rouages trop bien huilés.

Histoire de faire dérailler la machine un peu plus vite.

- T'as rencontré quelqu'un ? fit innocemment Ace.

Elle darda son attention vers lui et le jaugeai sévèrement. Ace rentra les épaules, les éclairs de Jewelry étaient trop lourds à porter. Trafalgar lui mis un coup dans les côtes qui voulait sûrement dire « soit cool ».

- En effet, répondit-elle. Ça te fait plaisir, hein Ace ?

- Jewel …

- Ton mec s'appelle Thatch, non ?

- Pourquoi tu lui as dit, espèce de zombie de merde ! cria-t-elle en frappant Trafalgar.

- J'ai rien dit, bordel ! Arrête de passer ta colère sur moi !

- C'est la panache des couples hyper amoureux depuis trois ans ! s'écria-t-elle en faisant une mauvaise imitation de Trafalgar.

- Non, non il m'a rien dit, j'le sais parce que Thatch, c'est mon meilleur ami !

Ils firent tous les deux des yeux ronds comme des dessous de verres :

- C'est une blague, tu comptais nous en parler quand, au juste, grinça Trafalgar.

- C'est lui qui m'a dit qu'il a rencontré une fille qui s'appelle Jewelry. D'ailleurs, c'est bien parti, sourit-il.

Un sourire vainqueur pris place sur les lèvres rose bonbon de Jewelry tandis que Trafalgar soupira :

- Génial, voilà autre chose …

- Qu'est-ce qu'il t'a dit sur moi ? C'est quoi son plat préféré ? Ses loisirs ? Son film favori ? S'emballa Jewelry.

- Tu lui plais vraiment. Les rognons de veau. La pâtisserie et la robotique. La saga Indiana Jones, répondit Ace.

- OH MON DIEU ! Il l'aime les rognons ! Il fait des gâteaux ! Tu te rends compte, Traf ! hurla-t-elle en le secouant dans tous les sens.

- Ouais, ouais j'ai entendu, soupira Trafalgar, un peu agacé de cette agitation matinale.

- Tu sais, j'étais un peu septique au début gamin, j'voulais carrément pas que t'intègre le staff … mais finalement j't'aime bien !

- Trop gentil, sourit Ace.

Jewelry quitta la cuisine après avoir dévoré le reste des petits pains et se dirigea en chantonnant vers la salle de bain. Trafalgar semblait tout d'un coup épuisé et alluma sa cigarette, un sourire aux lèvres. Puis il jeta un coup d'œil à Ace :

- Ça te dérange ?

- Non … J'peux tirer une taffe ? Demanda Ace.

- Hors de question !

- Pourquoi ? J'ai presque vingt-et-un ans, merde, arrête de jouer au protecteur !

- C'est une connerie ce truc, Ace. Vraiment, peut-être que t'as l'air cool, mais si j'te montre une photo de mes poumons, tu vomiras directe les quatre petits pains que tu t'es enfilé !

- Trois ! s'indigna Ace.

- Petit joueur, sourit Trafalgar.

Jewelry revint dans la cuisine, elle s'était légèrement maquillé les yeux et semblait avoir meilleur mine.

- J'suis prête, on peut y aller.

- Ok. Ace va t'habiller, faut qu'on y aille !

- D'accord, répondit-il.

Trafalgar se dirigea vers la salle de bain et rendit ses vêtements propre à Ace, enfin sa tenue de serveur. Ace entra à son tour pour s'habiller rapidement, il enfila son pantalon puis retira le t-shirt qui lui servait de pyjama jusque-là. Il s'observa torse-nu, des marques bleues commençait à apparaître un peu partout, et surtout une dans son dos qui avait pris une drôle de couleur, encore plus que celle de on ventre.

Trafalgar ouvrit la porte à ce moment-là, Ace cacha son torse par instinct mais Trafalgar n'en fit rien. Il s'approcha de lui et le fit pivoter sur lui-même. Ace sentait ses doigts chauds appuyer un peu partout sur son dos. Il aurait trouvé cette scène très agréable s'il n'avait pas un hématome multicolore dans le dos à cause de son ex trop violent.

- T'as mal là ?

- Non

- Et là ?

- Aïe, oui ! Vas-y mollo, merde !

- Ta langue, Ace. On dirait que t'as un hématome musculaire sur le fascia thoraco-lombaire, faudra faire attention, sinon t'es bon pour des séances de kiné.

- Bon, vous venez ? fit Jewelry en passant sa tête par la porte de la salle de bain. Oulà, qu'est-ce qu'il t'es arrivé, gamin ?

- J'm'appelle Ace.

- Cherche un glaçon et un chiffon, Jewel !

Une minute plus tard, Ace grimaça sous l'effet du froid sur son dos. Trafalgar l'appliqua avec précaution sur toutes les zones qui le faisaient souffrir.

- Depuis quand t'es médecin ? demanda Ace.

- Tout le monde fait ça pour soigner les hématomes.

- Tout le monde ne connait pas le mot « hématome », répliqua Ace.

Il ne vit que l'énorme sourire de Jewelry dans le miroir. Il retira le glaçon quand celui-ci fut presque totalement fondu.

- C'est bon, tu peux t'habiller.

Les deux musiciens quittèrent la salle de bain pour laisser un peu d'intimité à Ace, néanmoins il entendit quand même le rire gras de Jewelry et un petit « la ferme » de la part de Trafalgar. Ace ressortis de la salle de bain avec sa tenue de serveur et les rejoignit dans l'entrée :

- C'est vrai qu'il est à croquer comme ça ! remarqua Jewelry.

- Un chauffeur t'attend en bas, nous on va au studio, expliqua Trafalgar en ignorant Jewelry.

- J'viens pas avec vous ?

- Non, on a encore du boulot et toi faut que t'ailles retrouver ton frère.

- Merde, c'est vrai Luffy ! Il est quelle heure, faut que j'aille en cours ! Et lui est-ce qu'il y est allé ? J'aurais dû lui téléphoner ! Si ça trouve il est parti à ma recherche et s'est cassé la jambe, peut-être qu'il est en train d'agoniser dans un terrain vague !

- On dirait un poulet sans tête, murmura Jewelry.

- Attends, connaissant son frère, ça m'parait plausible, rétorqua Trafalgar.

- Vite, faut y aller.

Ace voulut se précipiter à l'extérieur de l'appartement mais le chanteur le retint :

- Calme-toi ! Tu te rappelles les paparazzis ?

Ace hocha la tête :

- Bien, alors Jewelry et moi on va sortir par devant, toi tu prends l'issue de secours, le taxi t'attends juste devant.

- Ok.

La porte de l'ascenseur s'ouvrit et les trois comparses se glissèrent dedans, une certaine tension monta alors que l'ascenseur descendait vers le rez-de-chaussée. Trafalgar et Jewelry se prirent la main et la serra fermement comme pour se donner du courage.

- Dès que la porte s'ouvre, tu fais le tour et tu passes par la porte de secours, compris ?

- Compris.

- On se voit bientôt.

La porte s'ouvrit, ils s'avancèrent vers les flashs lumineux, les mains liées comme s'ils allaient mourir ensemble. Ace un peu désorienté par les bruits et la foule, se perdit quelques secondes avant de faire le tour de la cage d'ascenseur. Il repéra la porte et la poussa – le taxi l'attendait dans la petite ruelle qui servait de locale poubelle. Il s'installa derrière :

- Bonjour Monsieur Ace, où dois-je vous déposer ?

- Chez moi, à Jefferson Park.

- Très bien, Monsieur.

Le chauffeur fit marche arrière et passa devant l'entrée de l'immeuble. Ace ne vit qu'une espèce d'horde humaine qui bourdonnait dans tous les sens de façon désordonné pour essayer de prendre une misérable. Et quelque part au milieu de cette cohue, Jewelry et Trafalgar essayait de se frayer un passage pour accéder à leur voiture.

Tout cela semblait calculé, millimétré. Le gros titre dans la presse, une série de photo pris « par surprise » à la sortie de l'immeuble. La preuve que Trafalgar et Jewelry était un couple solide.

Ace ne tint pas en place durant tout le voyage, il s'inquiétait pour Luffy. Il ne prit même pas la peine de saluer le chauffeur qu'il sauta hors de la voiture pour débouler comme une furie dans son appartement.

A l'intérieur, Luffy regardait la télé en mangeant des céréales.

- Lu' !

- Ace ! T'étais passé où !

- C'est une longue histoire …

Ace fit quelques pas dans son salon, rien n'avait bougé, tout était en ordre. Luffy était …calme. Etrange.

- Ca va, tu t'es pas trop inquiété ?

- Au début si, après j'me suis dit que t'étais avec Traffy. C'était le cas ?

- Entre autre …

- T'es vraiment chiant, chaque fois tu vas les voir sans moi ! C'est pas juste !

- Désolé petit frère … Au fait, t'es pas au collège ?

- J'ai pas classe le mercredi matin, tu te rappelles ?

- Ah ouais …

- Par contre, toi, ouais.

Ace se laissa tomber dans le canapé et grimaça un peu. Il s'était fait un sang d'encre pour rien, Luffy était paisiblement installé devant la télé, peut-être que Trafalgar avait raison finalement, il l'infantilisait un peu trop. Il se releva et se dirigea vers la chambre pour se passer quelque chose de plus confortable.

Il ouvrit la porte et …

- LUFFY !

.

Ace attendait sur le parking, le regard plongé dans les dernières lumières du couchant. Il n'avait pas eu de nouvelles de Trafalgar depuis une semaine et il n'avait pas osé téléphoner, alors quand son portable sonna dans la matinée, il ne cacha pas sa joie. Trafalgar l'invitait au restaurant, rien que tous les deux apparemment.

Le soleil s'inclina sur l'horizon, mettant un terme à cette belle journée. Luffy dormait chez un ami ce soir, alors Ace n'avait pas à s'inquiéter.

Finalement, il disparut complétement derrière les buildings, inondant une dernière fois le monde de sa sublime lumière. Ace ferma un peu les yeux, il aimait sentir le vent froid dans son visage car c'était une certaine manière de se savoir toujours vivant.

Quand il rouvrit les yeux, une voiture noire ronronnait dans le parking. Ce n'était pas la Bentley de d'habitude mais une Mini Cooper noire. Ace descendit de son perchoir et s'installa côté passager, pour une fois Trafalgar n'avait ni lunette de soleil, ni casquette – il pouvait parfaitement voir son visage.

- T'avais l'air bien pensif.

- Ouais, ça m'fait toujours ça les coucher de soleil.

Trafalgar lui sourit et fit demi-tour pour prendre la route. Il écoutait du piano et Ace voyait ses doigts s'agiter sur le volant en même temps que la mélodie, il l'entendait aussi murmurer les notes.

- T'as faim, j'espère.

- Et comment ! Dis, tu vas pas voir des problèmes sans camouflage ?

- Non … parce qu'on va pas au restaurant

- Quoi ! Tu me kidnappes !

- Exactement, je t'emmène dans ma maison au bord du lac.

La voiture s'engagea sur les boulevards périphériques et bientôt le centre-ville de Chicago s'évanouit derrière eux pour laisser place à la forêt. Ils roulèrent sur un chemin cabossé qui débouchait sur un petit chalet en bois et un ponton qui s'étirait dans le lac. Trafalgar coupa le moteur et sortit de la voiture. Ace en fit de même, les yeux pleins d'étoiles.

Alors qu'il pensait le soleil couché, ici on pouvait encore le voir frôler l'eau calme du lac Michigan. Ace s'avança sur le ponton où une petite barque roulottait sur l'eau. Le silence n'était perturbé que par les sons de la nature, pas de voiture, pas de pollution, pas de paparazzi.

Ace revint vers la voiture alors que Trafalgar déchargeait des glacières :

- C'est incroyable, murmura Ace.

- Oui … Je viens souvent ici après les tournées et les enregistrements.

- C'est tellement calme.

Ace prit une des glacières et le suivit jusqu'au petit chalet. Il ne devait pas être plus grand que son appartement, à l'intérieur il y avait une grande cheminé et un canapé en cuir, une petite cuisine et des guitares accrochées au mur. Rien que cette pièce et une salle de bain, pas de télé, pas d'ordinateur – Ace vérifia son portable, pas de réseau.

Il déposa les glacières sur la table en bois et y sortit toute sorte de chose : du vin, du fromage, du pain, de quoi faire un bon repas. Ace le regarda bouger dans la pièce, alors qu'il allumait la cheminé avec du papier journal et du petit bois, ce n'était pas la star mondiale qui était devant lui, c'était juste Trafalgar Law, qui aimait jouer de la guitare, qui ne portait ni lunettes ni chapeau mais juste un t-shirt et des baskets usées.

- Pourquoi tu me regardes comme ça ? Sourit-il en revenant près de lui.

- Pourquoi tu m'as emmené ici ?

- Ça te plaît pas ?

Ace ne répondit pas, évidemment que cela lui plaisait mais son cœur avait terriblement peur de la tournure future des événements. Trafalgar rangea les provisions et commença à préparer le repas, Ace le regardait faire assis près de la cheminée :

- Tu pourrais m'aider, au lieu de rêvasser ! lança-t-il.

- J'suis invité, j'te signal !

- Tu ferais mieux de lever tes fesses si tu veux manger quelque chose de comestible, je te rappelle que je suis une brêle en cuisine.

Ace sourit et se leva. En effet, il ne devait pas avoir l'habitude de cuisine en observant sa façon d'émincer les légumes, ils avaient tous une taille et une forme différente. Ace ricana et Trafalgar lui mit un petit coup dans les côtes, il lui prit le couteau des mains et continua de couper les légumes

- Très bien, je te nomme responsable des légumes, proclama-t-il.

- Qu'est-ce qu'on mange au juste, demanda Ace.

- Des fajitas aux légumes, t'aime ça au moins ?

- J'adore, tiens les poivrons sont prêt, passe-moi les tomates et les carottes.

- A vos ordres, chef !

Ace s'occupa des légumes pendant que Trafalgar détaillait la viande la fit cuire dans sa sauce tomate non sans difficulté, puisqu'il y avait des tâches partout. Finalement, la viande mijotait tranquillement dans sa sauce alors que les légumes rissolaient à part. Il sortit deux verres à vin et les posa sur la table :

- J'aime pas le vin rouge, fit Ace.

- Tu changeras d'avis après avoir goûté celui-ci, je l'ai rapporté de France et il m'a coûté les yeux de la tête.

- Ne l'ouvre pas, alors.

Il soupira et déboucha la bouteille en le regardant droit dans les yeux. Il versa le liquide rouge, presque marron dans le fond de son verre et le fit tourner avant d'en prendre une gorgée.

- Vraiment exquis, d'une grande douceur, tiens essaye.

- Non … vraiment !

- Allez !

Trafalgar lui mit le verre dans la main et Ace soupira et trempa juste le bout des lèvres dans le liquide. Il n'aimait pas la sensation âpre du vin dans sa gorge et lui fit comprendre avec une grimace. Il rigola et reprit le verre :

- Y'en aura plus pour moi, mais si j'suis bourré c'est de ta faute !

- Toi bourré, j'aimerais bien voir ça ! J'suis sûr que tu bois que des bières sur scène.

- Entre autre ouais, des fois cet enfoiré de Kidd me met du schnaps aussi, j'te dis pas comment je termine !

- J'suis sûre que t'as l'alcool mauvais.

- Non, j'ai l'alcool triste …

Soudain une odeur de brûlé leur piqua le nez et Trafalgar se précipitait vers la gazinière :

- Merde la viande !

Ace rigola alors qu'il faisait tout son possible pour rattraper la viande à grand coup d'épices. Finalement le repas était servi, Ace mit les légumes et la viande dans sa galette de maïs avant de la rouler :

- C'est pas trop dégueu, au final … lança Trafalgar.

- Ouais, si on aime la viande ultra cuite.

- En tout cas les légumes sont bons ! Félicitation !

- J'ai pas de mérite, nourrir Luffy est le meilleur des enseignements !

- C'est pas trop dur ?

Ace réfléchit un instant, dur n'était pas le mot, facile non plus. C'était éprouvant physiquement et mentalement, mais voir le grand sourire de Luffy n'avait pas de prix :

- … non, je râle mais quand il est pas là, j'suis pas tranquille.

- Et pour ton ex, il est au courant ?

- Plus ou moins, dans les grandes lignes.

- Tu as parlé de ce qu'il s'est passé mardi soir à quelqu'un ?

- … non.

- Tu veux le faire ?

- Pas pour le moment.

- Très bien, alors je ne reviendrais pas dessus.

- Merci, au fait.

Il lui lança un sourire avant de boire une gorgée de vin. Le repas se termina dans le calme, ils débarrassèrent la table. Trafalgar n'arrêtait pas de lui sourire, mettant Ace mal à l'aise :

- Qu'est-ce que j'ai à la fin ?!

- De la sauce tomate sur le menton !

- T'aurais pu me le dire avant, merde !

Ace s'essuya rapidement le menton, le feu aux joues mais le sourire de Trafalgar n'avait pas disparu :

- Viens par-là, murmura-t-il. J'vais m'en occuper …

- … non, vaux mieux pas, balbutia Ace qui reculait alors que lui avançait.

- Pourquoi … ?

- Parce que ...

Ace se retrouva acculé par le lambris du mur et Trafalgar plaça ses mains de part et d'autre de sa tête, plongeant son regard d'argent dans le sien. Ses yeux brillaient comme les étoiles brûlaient dans le ciel :

- Ne me fais pas ça, j't'en prie …chuchota Ace.

- Il n'y a rien entre elle et moi, répondit-il sur le même ton.

- Je sais …

- Laisse-toi aller un peu, j'ai aussi envie de lâcher prise.

Il s'approcha bien trop près et son magnétisme ne fit qu'une bouché d'Ace. Ils étaient à présent dans les bras de l'autre, Trafalgar lui souleva le menton et retira la petite tâche de sauce tomate avant d'écraser ses lèvres sur les siennes, doucement. Ace ferma intensément les yeux, libérant enfin les vagues d'émotions qu'il contenait depuis plusieurs semaines. Il gémit et Trafalgar sourit contre sa bouche.

Ace approfondis immédiatement le contact en se collant encore plus à lui, les mains perdues dans ses cheveux noirs et le cœur battant à tout rompre contre le sien. Trafalgar se recula un peu et l'observa, les yeux voilés :

- T'es beau, Ace.

Ne résistant pas à cette voix doucereuse et ce visage hypnotisant, il fondit à nouveau sur ses lèvres. Trafalgar glissa sa langue dans sa bouche et Ace perdait tout contrôle de lui-même, il gémissait sans gêne, Trafalgar lui faisait tellement d'effet qu'il ne pouvait plus se contenir. Il voulut passer ses mains sous son t-shirt, désireux de plus mais Trafalgar le retint :

- Impulsif, va.

- Ne joue pas avec moi …

- Je ne joue pas, Ace. Je veux juste faire les choses correctement.

Il lui prit la main et la guida jusqu'au fond de la petite pièce où trônait un piano qu'Ace n'avait pas remarqué. Il souleva doucement le couvercle qui protégeait les touches, Ace le regardait faire en silence, comme s'il s'adonnait à un rite mystérieux. Il posa ses doigts fins sur les touches qui résonnèrent aussitôt, puis il débuta une mélodie mélancolique.

- J'savais pas que tu faisais du piano ?

- C'est le premier instrument que j'ai appris, j'suis plutôt mauvais mais ça me change de la guitare.

Le piano résonnait dans la tête d'Ace comme les réminiscences d'un passé lointain, un passé où lui et Luffy n'avaient besoin de rien, ne souciaient de rien. Trafalgar s'arrêta, il venait de remarquer les larmes d'Ace :

- Désolé, ça me rappelle mon frère. Il jouait au piano …

- Quoi, Luffy ? J'suis même pas sûr qu'il puisse faire du triangle !

- Non pas Luffy … l'autre.

- Pourquoi tu gardes tout ça en toi, Ace ?

- Personne n'aime les râleurs et les pleurnichards, sourit-il, un peu amer.

- C'est au-delà de ça.

Trafalgar s'arrêta et se tourna vers Ace qui était assis à côté de lui sur le tabouret. Il posa une main sur sa cuisse et Ace tressaillit

- Et toi, pourquoi tu mens à tout le monde, murmura-t-il.

- Pour que ma vie privée le reste.

Ace s'approcha timidement de lui, mais Trafalgar glissa sa main dans sa nuque pour l'embrasser. Le cœur d'Ace explosa à nouveau, c'était tellement bon et ça faisait tellement mal en même temps. Il l'embrassait encore et encore, presque désespéré parce que les moments comme cela seront rares.

Trafalgar appartenait aux autres avant d'être à lui et au fond, il savait qu'il passera toujours après sa vie de musicien.

Pour le moment il ne se demandait pas s'il serait capable de surmonter tout ça, il voulait juste profiter de toutes les attentions que Trafalgar lui donnait.

Encore une fois, il mit un frein à leurs baisers, voyant qu'Ace s'emballait un peu trop. Il l'observa avec un sourire doux et se mit à rire :

- Tu viens de franchir une ligne, t'en es conscient ?

- Je crois …

- Ça te fait quoi d'être ici, avec moi ?

- J'suis heureux.

Le sourire de Trafalgar s'agrandit et il se leva après avoir déposé ses lèvres sur la joue d'Ace. Il le regarda s'éloigner vers la cuisine en priant pour qu'il y ait encore une foule de moment comme ça.

.

Ace ouvrit les yeux. Le grand lit était vide, ils avaient dormis ensemble, sans rien d'autre. Il se dirigea vers la cuisine mais elle aussi était vide.

- Traf ?

Pas de réponse. Il enfila rapidement une robe de chambre pour ne pas mourir de froid et ouvrit la porte. Il faisait beau mais terriblement froid, le lac était presque gelé. Sur le ponton, une silhouette sombre se détachait de la luminosité ambiante, Trafalgar était assis là-bas, les pieds presque dans l'eau. Ace oublia le froid et avança jusqu'à lui, il avait une guitare entre les bras et une cigarette au bout des lèvres :

- Qu'est-ce que tu fais dans cette tenue, tu vas mourir de froid !

- T'es en t-shirt !

Il sourit simplement, il souriait beaucoup depuis qu'ils étaient ici et Ace aimait croire qu'il était à l'origine de ce délicieux rictus. Il s'assit à côté de lui, ses pieds à lui étaient bien loin de l'eau miroitante du lac.

- Joues moi quelque chose …

Ace se laissa envahir par la mélodie du guitariste, encore une fois il était loin de la violence du son de The Supernovas. Les notes étaient enjouées, légères et surtout chaleureuse. Il arrêta son morceau dans un geste théâtrale.

- Pourquoi tu fais partie d'un groupe aussi violent … ?

- T'aimes pas notre musique, hein ?

- Pas vraiment … Luffy est ultra-fan donc ça compense.

- Je suis content que tu n'aimes ce qu'on fait … murmura-t-il.

- Quoi ?

- … tu ne sais pas ce que ça fait d'être aimé pour ce que tu n'es pas. Au fait, j'oubliais quelque chose.

Il se pencha vers lui et l'embrassa chastement, mais Ace n'écoutant que ses instincts se rua dans ses bras pour encore plus de contact. Trafalgar sourit contre la joue d'Ace et lui massa le crâne :

- Tu m'étonnes que ton ex ne veuille pas te lâcher …

- Merci, je sais que j'embrasse comme un Dieu !

- N'importe quoi ! J'voulais dire que t'es aussi collant qu'un clébard !

- Hey !

- Mais tu marques un point.

Ils s'embrassèrent à nouveau, plus intensément cette fois. Dans le cerveau d'Ace était l'enfer et le paradis en même temps. Il voulait figer le temps, qu'il ne quitte pour rien au monde le chalet et le lac. Après quelques minutes dans le froid glacial, ils décidèrent de rentrer et le téléphone de Trafalgar sonna, mettant fin au rêve :

- Ouais, Kidd … C'est bon, j'me ramène, j't'ai dit que j'allais en week-end alors gueule pas !

Ace le regardait, assis derrière la table de la cuisine. Il raccrocha et soupira :

- Désolé, va falloir qu'on rentre. J'pensais pouvoir rester jusqu'à lundi, mais Apoo veut qu'on termine les répètes cette semaine.

- Oh, pas de problème, j'vais m'habiller.

Quand Ace revint dans la cuisine, Trafalgar avait rassemblé toute leur affaires, rangé la cuisine, refermé le piano. Il n'y avait plus aucune trace de leur passage dans le chalet. Une boule se forma dans la gorge d'Ace, le retour à la réalité sera plus dur que prévu.

Trafalgar semblait contrarié, il s'était fermé au moment même où la voiture avait démarré. Ace voulait lui parler mais il avait peur de se faire envoyer sur les roses alors le voyage se passa dans le silence. Arrivé devant son immeuble, il espérait une dernière attention mais Trafalgar ne bougea pas.

- Bon … à bientôt alors ?

Il se pencha et ouvrit la boîte à gants :

- Tiens, on joue la semaine prochaine. C'est un pass pour les coulisses.

- Ok … merci … bon j'y vais …

La porte claqua et la voiture redémarra en trombe, laissant Ace avec ses désillusions sur le trottoir. Il resta immobile un instant, se demandant si ces deux jours avaient réellement existé, tellement ils furent fugace. Il se décida à rentrer, Luffy était encore chez son copain donc l'appartement était désespérément silencieux.

Il s'affala sur le canapé et alluma la télé pour se changer les idées :

« Qui est le mystérieux jeune homme qui accompagne le groupe The Supernovas depuis quelques jours ? C'est la question que se pose tous les fans du groupe »

Et merde.