Le 10 juillet 2014, j'écrivais les premiers mots de cette histoire, alors pour fêter ça, je vous offre ... des chiffes ! Mais si, c'est ben.
Live Forever comprend, au moment où j'écris ces mots, 17 chapitres terminés et un 18éme en cours. Je pense dire que je vois la fin de l'histoire prévue, la suite viendra d'elle-même je l'espère. C'est aussi 95 260 mots, 212 pages Word et plus 24 440 minutes passées à écrire ( ce qui équivaut à environs 16 jours).
Voilà, voilà, j'espère que ça ne vous fait pas peur et que vous serez là jusqu'à la fin de l'aventure.
J'ai oublié de dire que la chanson du chapitre précédent (le 6) est Wonderwall d'Oasis que tout le monde connait sur cette Terre et même dans l'espace.
J'ai fait une petite modif dans le chapitre précédent, m'étant rendue compte que je n'avais pas bien choisi mes mots 'bonbonne d'air' remplace 'bonbonne de gaz'. Faîtes ce que vous voulez de cette info, mangez-la, brûlez-la, jetez-la par terre ou gardez-la dans un coin de votre tête ;D
Merci à tout le monde encore une fois, vous êtes beaux, merveilleux, intelligents et pleins d'audace !
Guest : Merci pour ta review ... matinale et pourtant pleine de vie ! Peut-être que trouvera Law plus gentil dans ce chapitre. Je te laisse te faire ta propre opinion. Ton agenda est drôlement intelligent, à bientôt.
Le 28 juillet ... Mon Dieu que le temps passe. Je propose que tout le monde boivent une limonade bien fraîche en lisant le prochain chapitre !
Il y avait exactement six cents soixante-dix-huit plaques sur le plafond du hall, Ace les avait toutes comptées. Deux fois. Ça faisait bien deux bonnes heures qu'il était allongé sur ce banc et seul la machine de la femme de ménage brisait le silence d'église qui régnait. Ace commençait à avoir froid et se demanda comment on pouvait décemment chauffer un endroit aussi énorme.
Soudain, la porte des coulisses s'ouvrit et il se redressa immédiatement. Jewelry et Kidd venaient de sortir, visiblement joyeux, suivit d'un Zoro qui se traînait comme un zombie. Ace cru entrevoir un soupçon d'éternité mais Trafalgar finit par sortir à son tour. Il portait des lunettes de soleil avec un sweat et une grosse écharpe. Les autres membres du groupe ne le calculèrent pas et sortirent de la salle de concert alors que Trafalgar lui fit signe de s'approcher. Ace se jeta dans ses bras et il serra contre lui.
Deux semaines, c'est long.
Ace profita de sa chaleur alors qu'il lui caressa les cheveux. Il n'aimait pas ce geste qui l'infantilisait – il avait le même envers Luffy, mais il était trop content pour broncher.
- Salut, murmura Trafalgar.
Il devait vraiment être fatigué, sa voix était faible et vacillante.
- C'était quoi tout ce ramdam !
- Jewel t'as dit ce n'était rien de grave, non ?
Comme si cette explication fumeuse allait lui suffire :
- J'ai attendu deux heures de ce hall glacial, alors explique-moi !
Le cœur d'Ace s'exprimait toujours avant sa raison, mais c'était plus fort que lui. Evidemment Law soupira face à l'impatience du jeune homme :
- On peut parler de ça demain, je suis fatigué …
- Ne me la fait pas à l'envers ! Pourquoi t'as hurlé que tu ne voulais pas me voir !
Ace était bien déterminé à avoir ses réponses. Trafalgar l'écarta un peu de lui et plongea son regard dur dans le sien. Mais après avoir observé quelques temps le visage du jeune homme, ses yeux s'adoucirent à nouveau :
- … le concert m'a épuisé, j'ai fait un malaise vagal. Je voulais pas que tu m'vois comme ça, c'est tout.
- Pourquoi ?
- Parce que … viens les autres nous attendent dans le bus.
Un doute se figea en Ace, celui qu'il ne lui disait pas toute la vérité. Ils quittèrent la salle pour le bus du groupe. Au fond, Zoro dormait comme une souche, Kidd écoutait de la musique et Jewelry pianotait sur son téléphone.
- C'est pas trop tôt ! s'exclama-t-elle en relevant la tête. Vous avez fait des petits ou quoi ?
- La ferme, Jewel, j'suis pas d'humeur.
- Tiens, prends ça !
Trafalgar s'assit près de Jewelry avec Ace à côté de lui, il prit les gélules qu'elle lui tendait et les avala sans eau :
- C'est quoi ? demanda Ace.
- Des vitamines, c'est bon pour c'qu'il a !
- Pourquoi, qu'est-ce que t'as ? S'inquiéta Ace.
- L'énergie et la force d'un mort-vivant après chaque live … j'fais ça pour vous les gars !
- Tu veux bien arrêter avec tes sous-entendus, grogna Trafalgar.
- Au fait, Ace on te ramène chez toi ?
- Non, il vient chez moi.
- Ooouuuuh !
- Jewel, ferme-là sinon j't'en colle une !
- T'oserais jamais frapper ta petite-amie, voyons !
Ace se renfrogna sur son siège alors que le bus démarra. Trafalgar glissa un regard vers lui et soupira, Jewelry retourna sur son téléphone, visiblement consciente d'avoir fait une gaffe.
- Je croyais qu'on devant plus se voir à cause des paparazzis ! Balança Ace.
- T'as envie d'm'en faire baver, toi !
- … non, juste te faire comprendre que j'ai plus envie de jouer, j'ai jamais eu envie d'ailleurs.
- Y'a de l'eau dans l'gaz, fit la voix de Jewelry derrière eux.
- Jewel ! Gronda Trafalgar. On va devoir discuter tous les deux, fit-il pour Ace
Il ne lui répondit pas mais soutint son regard, bien décidé à ne pas se faire avoir par des belles paroles. Trafalgar lui fit un sourire mi-amusé, mi-triste, puis tourna la tête et ferma les yeux.
Les lumières de la ville brillaient dans les yeux d'Ace, il n'arrivait pas à fermer l'œil malgré l'heure tardive et le silence. Cette histoire était beaucoup plus dur à gérer qu'il ne l'avait prévu … A côté de lui, Trafalgar dormait à point fermer, la tête complètement molle. Son visage s'apaisait quand il fermait les yeux, ses traits se détendaient mais il était toujours aussi attirant.
Le bus s'arrêta et Zoro descendit puis Kidd et enfin Jewelry. Ils ne restaient plus qu'eux deux et bientôt le bus se stoppa devant l'immeuble banal de Trafalgar. Il n'y avait aucun photographe, la rue était déserte :
- Y'a personne … ? Chuchota Ace.
- J'ai dit que je descendais dans un hôtel du centre pour avoir la paix.
Ace ne dit rien et le suivit jusqu'à son appartement. L'ascenseur s'ouvrit sur le couloir gris et Trafalgar posa ses affaires sur le petit buffet :
- Merde, ma bagnole, j'l'ai laissé à la salle de concert, s'exclama-t-il subitement.
- Je te reconduirais là-bas dans ce cas.
Il enleva ses chaussures et se dirigea vers le salon où il se jeta dans le canapé, Ace lui suivait timidement. Il se massa les tempes dans un grand soupir puis se redressa alors qu'Ace s'assit à côté de lui :
- J'suis crevé …
- J'ai jamais vu un concert pareil ! Vous sautiez tous dans toutes les directions …
- Ça t'a plus ?
Trafalgar s'approcha d'Ace et lui caressa le bras, puis la nuque, finalement sa main se perdit dans ses cheveux. Apparemment, il aimait jouer avec ses mèches rebelles :
- Moui, j'ai réussi à apprécier votre musique de temps en temps.
- Ravi de l'entendre.
A présent, sa bouche accompagnait ses mains et laissait une empreinte un peu partout dans son cou.
- Traf … Arrête de me retourner le cerveau, j'suis censé être en colère, murmura-t-il.
Trafalgar s'arrêta et posa sa tête sur ses genoux, il prit le bras d'Ace et le posa sur son cœur.
- Très bien, je répondrais à toute tes questions, et ta main sur mon cœur te permettra de savoir si je mens ou pas.
Son cœur ne battait pas très vite, il était lent et régulier comme le tic-tac d'une horloge, comme le bruit du temps qui passe, rassurant comme une berceuse.
- Ok … je sais pas par quoi commencer …
- Tu as tant de grief que cela à mon égard ?
- Non, c'est juste que t'es vachement mystérieux !
- … c'est ce qu'il fait mon charme, rigola-t-il.
Ace sentit sa cage thoracique vibrer alors qu'il rigolait, son cœur était toujours régulier.
- … est-ce qu'un jour, toi et Jewelry allez rompre officiellement ?
- Pour le moment, non. A moins qu'elle me le demande explicitement … Mais j'avoue que l'idée me plaît de plus en plus.
Son cœur n'avait ni ralentit, ni accéléré. Aussi précis que métronome, aussi précis que la vérité. Ace soupira, il aurait préféré entendre « je le fais sur le champ, pour toi » mais il y avait trop d'enjeux, il commençait doucement à s'en rendre compte.
- T'as souvent des photographes devant chez toi ?
- Ca dépend, c'était plutôt calme ces derniers temps, mais tu les as réveillé.
- … toi et moi, on sera jamais vraiment ensemble, hein ?
Cette fois-ci, Ace put sentir le cœur de Trafalgar défaillir quelque peu, un battement plus rapide qu'un autre ou un silence un peu plus long que le précédent.
- C'est si important que ça pour toi ?
- J'en sais rien …
- Ace, quand on est célèbre, on ne peut pas mener sa vie comme on l'entend. Je sais que ça va te paraître injuste, mais je ne veux rien faire qui puisse nuire au groupe.
- Dire que t'es gay, par exemple ?
- Dans l'mille … Je sais que vous les jeunes, vous savez besoin de crier votre amour sur tous les toits, de montrer votre territoire … Mais des moments comme cela me suffisent amplement.
- Traf …
- Hm ?
- Tu veux sortir en secret avec moi ?
- … la réponse est toujours non.
- Pourquoi ? T'es vraiment sans cœur !
Il rigola encore une fois, mais pas d'un rire franc et joyeux comme toute à l'heure, d'un rire plutôt amer.
- L'attachement mène au côté obscur de la force, Ace. L'attachement signifie forcément la douleur, parce que rien n'est éternel.
- Donc rien n'a d'importance ? C'est pas un peu nihiliste ?
Trafalgar leva la tête et posa des yeux surpris sur Ace.
- A moi de te poser une question … Tu es amoureux de moi ?
Le ciel aurait pu lui tomber sur la tête ou les martiens auraient pu le kidnapper, il aurait trouvé ça plus logique tant sa question le désarçonna. Il sentait la chaleur grimper dans ses joues, surtout que son regard gris intense ne voulait pas le laisser s'échapper. Il attendait une réponse et il semblait particulièrement patient, près à voir Ace arborer toutes les grimaces avant qu'il ne parle.
- … oui.
C'était la première fois qu'il se l'entendait dire, qu'il se l'avouait même. Il entendait souvent cette petite voix au fond de son oreille qu'il lui chantait ô combien Trafalgar était incroyable et qu'il lui manquait viscéralement.
Il sourit, visiblement touché, Ace sentait toujours son cœur sous ses doigts. Sa cadence redevenait normal, aussi paisible que les chants des oiseaux.
- Je suis désolé … de ne pas pouvoir te donner ce que tu mérites.
- J'm'en fous, tant que tu m'autorises à passer du temps avec toi.
- Ne dis pas de bêtises, tu sais aussi bien que moi qu'un jour ça ne te suffira plus. Et alors tu te demanderas pourquoi tu es tombé amoureux d'un égoïste pareil.
- T'es pas égoïste, Traf !
- Ace … je ne serais jamais à toi, jamais. Toute mes décisions je les prendrais en fonction des autres, pas en fonction de toi … et tu ne le mérites pas.
- Je m'y ferais !
- C'est faux …
Ace baissa les yeux, pourquoi il ne mentait pas, même un peu ! Lui qui le faisait constamment, avec ses fans, avec les photographes ou la presse, alors pourquoi pas avec lui ! Il aurait voulu l'entendre dire qu'il fouterais en l'air le monde pour passer un peu de temps avec lui, même si c'était un mensonge. Le plus douloureux des mensonges.
- …t'es la plus belle lumière que j'ai jamais et j'ai pas envie d'être celui qui va l'éteindre.
Trafalgar se releva complètement alors qu'il sentait des gouttes froides sur son front, il n'avait pas pu retenir ses larmes. Ace ne savait même pas s'il était triste à cause de ses mots ou heureux. Les yeux du chanteur se voilèrent eux aussi, visiblement le voir dans cet état ne le laissait pas indifférent. Il plaqua Ace contre lui :
- Alors quoi, balbutia Ace. On fait comme si de rien n'était, on ignore ce sentiment ? J'y arriverai pas …
- Arrête de pleurer, s'il te plaît, murmura-t-il.
- Tu crois que j'arrive à contrôler ça ! Putain, Traf, tu sais pas comme j'ai mal ! Mon rêve est juste là devant moi et … et … j'peux pas l'atteindre !
- C'est plus un cauchemar qu'un rêve, crois-moi.
- …tu veux pas éteindre ma lumière, mais c'est justement ce que tu fais.
- Pardonne-moi.
Trafalgar berça longuement Ace dans ses bras, jusqu'à que ses larmes ne soient plus que des traces sèches sur ses joues. Mais il les savait plus douloureuse qu'un coup de poignard. Quand il fut calmé, Ace se détacha un peu de lui :
- Pourquoi tu m'as emmené au bord du lac ? Pourquoi je suis ici ? Pourquoi tu m'as embrassé … ?
- Parce que j'ai aussi mes faiblesses.
- Tu ne peux pas me reprendre comme ça ce que tu m'as offert.
- Je ne te le reprends pas, ça t'appartient totalement. Je te dis juste qu'il n'y aura pas beaucoup de moment comme cela et que tu devras savoir les apprécier.
- … Traf, s'il te plaît, me fais pas ça.
- Ace, t'es jeune et beau, il y a des centaines d'hommes beaucoup mieux que moi qui n'attendent que toi.
- Je m'en fous des autres ! Tu comprends ! J'en ai rien à battre, ils sont tous des insectes à côté de toi, merde ! J'te jure que j'pourrais endurer tout ça, ta célébrité, ton couple avec Jewelry, tout ! Il faut juste que tu me prouves que je suis important pour toi.
Trafalgar sourit et le reprit dans ses bras pour l'embrasser. Quand les lèvres du chanteurs touchèrent les siennes, Ace sentit un vent chaud balayé ses angoisses, ses peurs. Il ferma les yeux pour mieux voir le feu d'artifice qu'il provoquait dans son esprit. Il lui répondit, ardemment et passionnément, pour lui prouver que ce n'était pas des mots. Les mains du chanteur commençaient à s'aventurer sur son corps, bien plus bas que son cou ou ses cheveux, lui faisant vivre des sensations inédites, le faisant gémir.
- Impulsif, va.
Ace souriait, les yeux pleins d'étoiles alors qu'il pleurait comme une madeleine quelques secondes auparavant. Trafalgar se leva et bailla :
- Allez viens, on va se pieuter.
L'horloge du salon affichait plus de trois heures du matin, Ace espérait que Luffy était sagement au lit à cette heure-là mais il n'avait pas trop d'espoir. Il suivit Trafalgar dans la chambre, ce dernier balança son jeans et son t-shirt au sol et se blottit sous les couvertures, avec juste un caleçon. Ace déglutit, comment il allait résister à ça ? A cette peau mat, ses tatouages qui suivaient la douce ligne de ses muscles et en plus il avait cette odeur particulière de tabac froid et d'eau de Cologne.
Il se déshabilla à son tour et s'installa sous les couettes, les jambes du chanteur se collèrent aux siennes alors il s'approcha un peu plus de lui. Trafalgar passa sa main autour de ses hanches. Ace était bien là, même si ce n'était que des illusions, que le retour à la réalité sera dur.
Le petit matin arriva bien vite, perçant à travers les rideaux mal fermés. Ace émergea, il avait rarement aussi bien dormi. Bien sûr, Trafalgar n'était plus à côté de lui mais il entendait cette guitare particulière, pleine de charme, pleine de mélancolie. Une guitare que lui seul pouvait entendre, il l'espérait. Il sortit de la chaleur du lit et enfila son t-shirt avant de se diriger dans le salon.
Il était bien là, encore en caleçon, une petite guitare en bois foncé contre le cœur, une cigarette entre les lèvres. Il ressemblait à une statue avec sa peau lisse et sa silhouette parfaite, Ace le regardait comme on regarde une œuvre d'art, immobile et en silence, en laissant doucement son impact grandir.
Comment pouvait-il renoncer à quelque chose de pareil ?
Trafalgar releva la tête et se leva, il vint vers Ace et l'enlaça avant de l'embrasser chastement :
- Y'a des petits chocolats pour toi dans la cuisine, comme Jewel n'est pas là, ne te gêne pas.
- … elle ne viendra pas ?
- Non … pas aujourd'hui.
Trafalgar alluma la machine à café qui fit un bruit d'enfer, rappelant à Ace l'était pitoyable de ses oreilles. Il fit chauffer du lait pour Ace et sortit du cacao en poudre qu'il posa sur la table. Il sortit de la cuisine quelque seconde et revint avec un peignoir sur le dos.
Ace mangea avec appétit un des petit-pains pendant que Trafalgar remplissait sa tasse de café :
- Qu'est-ce que tu as de prévu aujourd'hui ? demanda Ace.
- Rien de spécial, c'est toujours jour de repos après un live. Et toi ?
- J'ai cours … Ça fait longtemps que j'y ai pas mis les pieds, ça va chauffer !
- T'as des problèmes au lycée ?
- Ouais, y'a un mec, Teach qui n'arrête pas d'me chercher des noises … alors j'atterris souvent chez le proviseur et puis je ne suis pas un modèle d'assiduité.
- Ca m'étonne pas que Luffy soit aussi hyper actif, remarqua-t-il.
- Bon … c'est ma dernière année là-bas, j'ai juste quelques matières à valider pour avoir mon diplôme et après j'me casse !
- Et tu comptes faire quoi après ? Une école ? La fac ?
- … J'en sais rien, j'me suis pas encore poser la question. J'pensais aller travailler pour prendre un appart plus grand.
- Juste avec un diplôme du secondaire, t'as espoir mon pauvre, ricana Trafalgar.
- Ne te moque pas ! De toute façon j'vais pouvoir marqué The Supernovas sur mon CV et crois-moi les gens vont se bousculer pour que je leur ponde quelque chose !
- A propos de ça, tu m'as rien montré encore ! J'veux pas te mettre la pression, t'as le temps !
- Ouais … j'ai fait deux-trois esquisses qui sont pas mal, mais rien dont je suis hyper satisfait !
- Je te rappelle que j'ai adoré un dessin que tu voulais mettre aux ordures, alors montre-les moi à l'occasion, j'suis sûr qu'ils sont géniaux.
- Il est quelle heure ?
- Onze heure, sale marmotte !
- J'ai cours à quatorze heures.
- On ne va pas traîner alors.
Ace prit une douche rapide alors que Trafalgar vaquait à ses occupations puis celui-ci le conduisit jusqu'à sa voiture laissée devant la salle de concert. Il ne restait que sa vieille Fiat au bord du pré, l'immense parking était complètement désert :
- C'est ça ta voiture ? Eh ben ...
- Tout le monde ne peut pas avoir des Porsche ou des Bentley ! rétorqua-t-il, piqué au vif.
- Ouais … mais y'a un juste milieu ! Même à la décharge, on n'en voudrait pas de ton truc !
- J'ai pas les moyens alors faut qu'elle résiste encore.
- J'pourrais t'en pay –
- JAMAIS DE LA VIE !
Ace avait hurlé comme un forcené, laissant Trafalgar pantois. Il alluma une cigarette avec un petit sourire. Ace sortit ses clés et s'approcha de lui :
- … on se revoit quand ?
- Je sais pas. Allez, viens par là.
Il l'enlaça et l'embrassa à pleine bouche. Il avait un goût trop prononcé de tabac mais Ace en fit abstraction, savourant ses derniers instants comme les dernières gouttes d'eau qu'il pouvait boire avant de traverser le désert.
- Tu ne sais vraiment pas quand ? demanda Ace en restant dans ses bras.
- Non … Ace. J't'ai prévenu … cette semaine ça me parait compliqué et puis il faut que tu ailles en cours !
- J'm'en fais une joie, t'imagine même pas, grommela-t-il.
Trafalgar l'embrassa une nouvelle fois puis monta dans sa voiture et disparut au loin. Ace en fit de même et soupira, il avait l'impression d'être la maîtresse d'un homme marié et qu'il ne pouvait le voir que quand lui était disponible. Il chassa cette réflexion de son esprit, il lui avait dit qu'il pourrait faire fi de tout ça et le voilà qu'il flanchait déjà.
Ace se réchauffa les mains et pria pour que sa vieille bicoque démarre sans faire d'histoire.
.
- Monsieur Portgas, vous avez plus que quarante demi-journée d'absence ce mois-ci … vous trouvez ça normal ?
Ace ne répondit rien, il préférait nettement passer ses journées avec Trafalgar et les autres que de se ramollir les fesses sur des chaises en bois.
Il ne dit rien, pour ne pas aggraver son cas.
- Je pensais qu'on s'était compris tous les deux, l'année dernière, continua le CPE.
- On s'est bien compris, je ne passerai pas un an de plus dans ce bahut !
- Pourtant je sens que vous n'y mettez pas beaucoup de bonne volonté. Puis-je avoir la raison de votre absence prolongé ?
- C'est classé confidentiel.
- Ne vous foutez pas de ma gueule, Portgas, je déteste ça !
Ace adorait mettre ce vieux Smoker en rogne. Il le testait depuis son arrivé au lycée : en première année, boule puante dans les toilettes de filles – un classique qui lui avait valu quatre heures de colle. Sentant qu'il réagissait au quart de tour quand il s'agissait de la loi et l'ordre, Ace continua d'asticoter le CPE durant toute sa scolarité.
Deuxième année : customisation des maillots de ces idiots que l'équipe de foot, avec la participation de sa classe d'art plastique. Une semaine de travail d'intérêt général au service de l'équipe.
Troisième année : la mise sur écoute de la salle des professeurs et la diffusion sur le système d'haut-parleur du lycée, il commençait à avoir une réputation. La sentence fut plus cruelle puisqu'un des profs avait porté plainte pour divulgation d'information personnelle. Il avait évité de justesse le tribunal.
Quatrième année : la destruction totale de plusieurs biens publiques appartenant à l'école à cause d'une bagarre.
Celle-là il ne la regrettait absolument pas, cet enfoiré de Teach l'avait cherché comme pas permis et son poing le démangeait depuis trop d'années. Ce dernier ne fut pas incriminer puisque son père est un homme politique local. Ça lui a quand même valu un redoublement et le remboursement des frais.
- Ecoutez, vous en êtes à votre deuxième dernière année, à votre deuxième bal de promo … Vous avez deux ans de plus que tous vos camarades ! Vous croyez pas qu'il serait temps d'avancer un peu, au lieu de n'en faire qu'à votre tête ?
- Très bien, j'avoue pour mes blagues au début du lycée … mais l'année dernière, c'était pas ma faute et vous le savez bien ! J'ai payé parce que mon nom de famille n'est pas Teach !
Smoker détourna les yeux, avouant par la même occasion sa culpabilité.
- Je ne demande que ça d'me casser d'ici ! La preuve, j'viens pas à un cours sur deux !
- Portgas, l'année finit dans un peu plus de six mois, comportez-vous correctement jusque-là et je vous promets une place dans une bonne université.
- Quoi comme ?
- L'école de design de Rhode Island.
- Rhode Island, vous croyez que vraiment que j'vais m'exilé à l'autre bout du pays ? J'ai un gamin de quatorze ans sur les bras, j'vous rappelle !
- Ça correspondra précisément à l'entré au lycée de votre petit frère, je pense que c'est le moment ou jamais pour vous de changer de vie. Réfléchissez-y.
Il lui tendit une plaquette détaillant l'offre de formation de l'université de Rhode Island. Ace soupira et se leva pour quitter le bureau du CPE :
- Portgas, on se voit ce soir, vous savez quelle salle.
Ace ne répondit rien et sortit dans le couloir. Il fit quelques pas jusqu'à son casier et y balança le prospectus. Quand il le referma, Thatch était à côté de lui :
- T'as réussi à sortir de ta tour, Raiponce ?
- Très drôle …
- Ça c'est bien passé avec Smoky ?
- Ouais, j'vais me taper au moins quatre heures d'ennui après les cours, grommela Ace.
- Tu pourras dessiner pour tu sais qui, fit Thatch avec un ton mystérieux.
- On avait prévu d'aller boire un verre non ? Bah c'est mort …
- T'inquiète pas pour moi !
- Quoi t'as prévu autre chose ?
- Peut-être … ?
La sonnerie résonna entre les murs du lycée faisant râler Ace qui ne supportait pas ce son suraigu, si seulement il passait un bon morceau de musique, ça passerait tout de suite.
- J'vais cueillir des fleurs ce soir, des belles fleurs roses, fit Thatch avant de bifurquer dans un autre couloir.
Ace le regarda s'éloigner avec un grand sourire, bonnes affaires pour Thatch signifiait aussi bonnes affaires pour lui. Il entra dans sa classe d'art et s'installa au fond de la classe et soudain son cœur s'arrêta de battre en observant le tableau noir :
« Mise en abyme présentation des travaux personnels »
Merde, merde ! Il avait complètement oublié son devoir ! Il n'avait rien pondu et sa première prestation était pathétique alors Baggy l'attendait sûrement au tournant.
- Fais chier …
Les autres arrivaient avec des têtes de trois kilomètres de long, sûrement stressés par la présentation. Même Kumadori qui, avait toujours le même air hagard semblait un poil angoissé. Ils discutaient entre eux de leur recherche, de leur projet et visiblement Baggy les avait bien fait chier pour qu'ils soient préoccupés ainsi. Le prof arriva et s'installa son bureau faisant tomber sa mallette sur son bureau comme un juge le ferait avec son marteau.
Il allait être intransigeant.
- Bien, aujourd'hui, présentation de votre travail avec le cours de dessin informatique. Je vous rappelle que cette note constituera la moitié de votre moyenne …
Putain !
Ace se cogna le front contre la table.
- … nous allons commencer par ordre alphabétique … des prénoms !
Putain de merde, va chier !
- Ace, je t'en prie, j'espère que tu as passé toutes ces journées à travailler ton projet.
- J'peux pas passer à la fin monsieur, j'arrive pas à mettre la main sur ma clé USB ?
- Dans tes rêves, gamin. Tu peux faire ta présentation sans support informatique, le tableau noir est tout à toi.
Ace se leva, la mort dans l'âme comment il allait se sortir de ce mauvais pas ? Cette note pourrait bien déterminer son avenir, après le lycée. S'il n'arrive pas à choper au moins un B-, il pourrait dire adieu à son diplôme de fin d'année.
Parce qu'il avait aussi foiré les autres matières, juste un peu.
Il se traîna jusqu'au tableau dans une lenteur exagéré, le temps pour lui de trouver quelque chose. Juste un truc, histoire de tenir au moins deux minutes.
Mise en abyme, mise en abyme … Quel sujet de merde sérieux ! A part la Vache Qui Rit, rien ne lui vient à l'esprit, rien du tout … Était-ce raisonnable de penser que parler d'une vache rouge sur un fromage triangulaire sauvera son année scolaire.
Sûrement pas.
Il revint à lui quand il se prit le coin du bureau de Baggy dans les côtes, lui remettant les idées en place. Le tableau était noir et énorme, d'habitude il adorait ça mais là, ça lui donnait envie de se pisser dessus. Il se retourna vers ses camarades qui le regardaient avec des yeux pleins d'espoir, si lui se viandait, ils avaient espoir d'un peu de tolérance de la part de Baggy.
Celui-ci commençait d'ailleurs à s'impatienter, il martelait la table avec son crayon.
Ça lui fit penser au clip de Baby One More Time, puis il pensa à Trafalgar. Qu'est-ce qu'il faisait en ce moment ?
Ace secoua violemment sa tête, ce n'était pas le moment merde ! Il s'éclaircit la voix et commença sa chute vers les enfers.
- La mise en abyme … Vaste sujet, hum. J'aurais pu vous parler du Capitaine Némo qui s'enfonce dans les profondeurs insondable de l'océan avec son sous-marin, mais ce n'est pas le sujet … Enfin … si on y réfléchît bien, la mise en abyme est une extension du résonnement par résonance, jusqu'à que cette résonance se stoppe et que notre résonnement trouve sa solution. La mise en abyme est un peu la matérialisation de notre quête intérieure, la recherche du soi profond et mystique !
« Que quelqu'un me fasse taire ! » son cerveau priait à chaque seconde pour qu'un tremblement frappe la ville, que les martiens atterrissent dans les couloirs du lycée. Juste quelque chose, où il continuerait ce vomi pâteux et digne d'un cours de philosophie de première année.
Les autres chuchotaient entre eux, visiblement interloqué par les mots d'Ace, voir un requin baleine se débattre hors de l'océan était plutôt improbable – parce qu'Ace avait juste l'impression d'être une grosse erreur au milieu d'une phrase, un point noir sur une toile blanche en ce moment.
Pourtant il s'était toujours senti bien dans cette classe parce qu'ils étaient aussi allumé que lui, mais on dirait qu'il venait de franchir une nouvelle étape dans la bizarrerie.
- Venez-en au but, je vous prie, c'est un cours d'art plastique pas de rhétorique !
- Oui … bien sûr. L'art plastique … quelle belle discipline … La mise en abyme et l'art plastique est une histoire qui dure depuis longtemps, on peut par exemple citer …
Il allait le dire, d'une minute à l'autre, il allait parler de cette stupide vache rouge et se payer une honte mémorable. Pourquoi Luffy adorait ces putains de fromage, merde !
Dieu, Allah, Yahvé, Satan … faites quelque chose !
L'alarme incendie résonna dans les couloirs comme une bénédiction. Ace formula une prière intérieur alors que Baggy râlait :
- T'as de la chance Portgas, j'avais déjà fait les deux barres pour ton F.
Il sortit son carnet de professeur et se leva :
- Allez les affreux, tous dehors où vous allez finir en brochette !
Les élèves sortirent dans le calme et Ace avait un grand sourire collé sur le visage, ça valait bien le coup de se geler les miches pendant trente minutes. Alors qu'il marchait dans les couloirs avec sa classe, il sentit la main de Baggy sur son épaule :
- T'as intérêt à me pondre un truc d'enfer d'ici la semaine prochaine, Portgas !
- Vous n'inquiétez pas, M'sieur, j'suis déjà sur le coup.
- J'espère. Fais en sorte que … tes activités extra-scolaires n'empiètent pas sur tes études. J'en peux plus de te voir dans ma classe.
Apparemment sa petite apparition télévisée n'avait pas passé si inaperçu que ça et ce sentiment se confirma quand une horde de première année se rua vers lui en brandissant des papiers.
- T'es Ace ? Tu connais les Supernovas ! Obtiens-nous un autographe !
- Foutez-moi la paix, dit-il.
- Sale ingrat, tu ne seras jamais célèbre avec une attitude pareille ! Cria l'une d'entre elle.
Ace n'avait jamais vraiment réalisé cette soif de célébrité qu'avaient les jeunes. Sur les écrans tout paraissait facile, des gens normaux ou idiot devenaient des stars du jour au lendemain. Pour rien au monde Ace ne voudrait être comme eux, parce qu'il avait à peine entrevue le monde de la célébrité et ça le dégouttait déjà.
Un monde où être soi-même n'était même pas envisageable, un monde où les apparences régnaient en reines.
