Avez-vous déjà eu des obsessions ? Sûrement oui, et bien c'est mon cas ces derniers temps. J'en ai même deux. La première s'appelle Matt Healy, chanteur de The 1975. Regardez le clip Robbers puis écoutez la chanson Sex ou Chocolate en live acoustique (c'est important). C'est fait ? Maintenant je vous ai contaminé !
La deuxième est la chanson Tallulah de FAUVE. Si comme moi vous n'avez pas accroché quand ils ont envahi nos ondes avec le style inclassable, peut-être que cette chanson vous donnera envie de les découvrir un peu plus.
Aujourd'hui une petite dédicace à Toshiro-Histugaya222 qui s'atèle à la conception de la pochette en même temps qu'Ace, à WhiteMerry, chirurgien ( de la mort) de mes chapitres et qui subit mes état-d'âmes et enfin Jude Lust, lectrice de la lumière avec qui on échange des bons plans musiques.
Georgette-Anne : J'croyais que tu m'avais oubliée ^^J'ai pensé à Baggy en tant que prof d'art plastique sûrement à cause de son look. Connard de Teach, oui, je pense qu'on peut vraiment le dire. Contente que tu aimes bien Thatch, ici comme dans le manga il est plutôt discret.
Je n'aime pas ce chapitre et je m'excuse d'avance pour ce découpage de l'enfer. La fin ne va sûrement pas vous donnez envie de savoir la suite, tellement je ne vous allèche pas, tellement mon chapitre se termine comme un soufflé qui retombe dans son moule.
Merci à tous les lecteurs de l'ombre, vous êtes merveilleux. Mais montrez-vous, j'ai envie de connaître vos avis.
On se revoit ... *sort son agenda de ministre* le 7 août ? J'arriverai à vous caler entre deux rendez-vous.
Bisous, Mika.
PS : Un passage est très cru dans ce chapitre, éloignez les plus jeunes ou mettez vos mains devant leur yeux.
L'intégralité du lycée se retrouvait dans le cours pavée, dans une jolie cacophonie et l'intégralité du lycée entourait Ace qui ne savait plus quoi faire pour repousser ses camarades. Son petit passage à la télé n'avait échappé à personne – à part les allumés de son cours de dessin. Le voilà au milieu d'une arène, d'un brouhaha ahurissant, des filles en était même venu aux mains pour s'approcher de lui. Tout le monde lui parlait en même temps et il ne comprenait rien, juste des bribes et ses camarades devenaient de plus en plus agressif face à son inactivité. Il cherchait du regard une aide, un sauveur qui pourrait bien le tirer de cette folie quand soudain Thatch lui tira le bras et l'amena près des vieilles tables de ping-pong. Il entendit des insultes, des méchancetés à son égard fuser de la part des autres.
Comme s'il devait quelque chose à ses vautours.
- Merci, fit Ace.
- Quel plaie, on se les gèle ! lança Thatch qui s'efforçait d'ignorer la situation.
- Moi j'suis bien content d'être ici, j'allais me planter en beauté pendant le cours Baggy.
Thatch fumait tranquillement, se moquant des regards assassins des adultes, ils avaient arrêté d'engueuler Thatch depuis la deuxième année. Les professeurs agissaient comme des chiens de bergers, essayant tant bien que mal de réunir ce joyeux troupeau
Finalement les élèves coopérèrent, sûrement agacés par le froid. Ace se leva en voyant sa classe se ranger gentiment, il adressa un signe chaleureux à Thatch et alors qu'il marchait pour rejoindre les autres, il entendit la voix du diable :
- Hé, Picasso !
- Sérieux, Teach, arrête de me complimenter, ça m'gêne, dit Ace en se retournant.
Teach se tenait devant lui du haut de son mètre quatre-vingt-dix et bien campé sur ses pieds. A côté de lui, il y avait les deux zombies qui lui servaient de laquets, tous les deux aussi affreux que lui. Jesus Burgess qui sortait tout droit de l'asile et Lafitte dont la silhouette fine et élancé lui rappelait un serpent.
- Alors comme ça, on est devenu une star de la musique ?
- Jaloux ? C'est vrai qu'avec ta gueule, on ne risque pas de te proposer de la télé, les gens n'ont pas envie de voir leur enfant cauchemarder toute les nuits …
- Les insultes sur le physique sont comme toi Ace, faible et la preuve d'une idiotie sans nom, grinça-t-il.
Ace se détourna de lui, fatigué par cette espèce de guerre que Teach menait contre lui depuis qu'il avait appris qu'il était homosexuel, ne comprenant pas l'origine de sa haine. Il fit à peine un pas, qu'il sentit une douleur dans son dos et que son visage se rapprocha dangereusement du sol de la cour, heureusement il se roula en boule pour éviter un mauvais coup au crâne. Teach le soulevait déjà par le col, plantant ses yeux noirs dans les siens, des yeux où rien ne pouvait s'échapper, des yeux aussi triste que les ténèbres. Ace souriait, son geste trahissait tellement ses pensées, il ne put s'empêcher d'en rajouter une couche :
- Si mes insultes sont si nazes, pourquoi tu te mets dans un état pareil … hein Marshall ?
Le poing géant de Teach lui frappa durement le nez, il le lâcha et Ace tomba au sol en se tenant le nez pour empêcher la douleur de se propager ailleurs. Il regardait ses mains, pleines de sang, il venait sûrement de lui casser le nez et de lui offrir un allez direct pour l'hôpital.
Autour d'eux, personne ne bronchait, les autres les regardaient comme on regarde des lions se battre au zoo, tranquillement derrière les vitres de sécurité. Même les profs ne bougeaient, ils avaient trop peur des répercutions qu'aurait le moindre geste de travers envers Teach sur leur carrière professionnel. Il n'y avait que Thatch qui fendit la foule pour relever Ace :
- Oh mon pote, ton nez ressemble à une patate !
- J'vais me l'faire ce con, grogna Ace.
- Arrête, rentre pas dans son jeu, tempéra Thatch. C'est tout ce qu'il attend, ne lui fait pas ce plaisir !
- C'est à moi que j'vais faire plaisir quand mon poing touchera sa tête de connard !
- Bah alors, Portgas, comme on a plus de maman, on appelle son petit-ami Thatch ? Nargua Teach.
Si un mot de plus sortait de sa bouche, il le tuerait. Ace poussa Thatch et se dirigea vers Teach – il perdrait sûrement ce combat, c'était déjà fait mais il ne pouvait pas se laisser insulter de la sorte. Il lui flanqua à son tour une droite puissante dans la mâchoire qui le fit vaciller, mais il se redressa directement après en crachant la dent qu'Ace venait de décrocher. Son sourire était pire que celui du Joker ou de Jack Nicholson dans The Shining, c'était le sourire du diable, perfide et sadique.
Il frappa à nouveau Ace qui s'écroula sous le choc, si son nez n'était que fêlé avant, maintenant c'est sûr, il est réduit en mille morceaux. Teach le souleva à nouveau par le col, pour montrer sa supériorité, Ace défia son regard, jamais il ne baissera les yeux devant lui :
- Une rumeur dit que le chanteur de The Supernovas serait gay, tu n'y serais pas pour quelque chose ?
- Qu'est-ce que ça peut te foutre ?
- C'est des mecs comme toi et lui, des artistes, des sodomites qui détruisent notre beau pays.
- Retire ce que tu viens de dire.
- Zihaha tu protèges ton petit-ami, c'est ça ? C'est lui que tu vas baiser ce soir, ou plutôt c'est lui qui va fourrer sa bite dans ton cul, parce que j'suis sûr que même au lit t'es un putain de soumis, comme maintenant.
Les mots ne suffisaient pas pour décrire la colère, la haine la plus totale qui animait Ace, ils n'étaient qu'un simple enchaînement de lettre alors que la rage qui battait ses veines ressemblait plus à une explosion, violente et bouillonnante. Il grogna, il voulait le voir ramper devant lui, le supplier, cela ne serait que justice. Ace essaya de lui renvoyer une mandale dans la figure, mais il esquiva d'un simple geste sur le côté, ses yeux de démon toujours planter dans le siens, avec le même sourire que Satan.
- Si on n'était pas au milieu du lycée, j't'aurais écrabouillé, Portgas.
- Faudrait déjà que tu y arrives …
Sa main de géant se referma sur sa gorge, Ace ne broncha pas mais l'air commençait dangereusement à lui manquer.
- Vas-y supplie-moi, frétille comme un poisson qui cherche à retourner dans la mer.
Ses poumons incendiaient sa cage thoracique, pourquoi les autres ne disaient rien, pourquoi ils cautionnaient un tel spectacle. Tout ça parce qu'il s'appelait Marshall D. Teach, ils n'avaient peur que d'un nom. Mais jamais il ne lui ferait le plaisir d'esquisser le moindre signe de faiblesse devant lui.
- Teach, lâche-le.
C'était la voix de Smoker, il n'y avait que lui pour oser donner des ordres à Teach. Il grogna et lâcha Ace qui resta au sol en tentant de reprendre son souffle. La présence de l'oxygène dans ses poumons meurtris lui faisait tout aussi mal que son absence :
- Les autres, en cours ! Remuez-vous le tronc, merde !
Les élèves du lycée ne se firent pas prier plus longtemps et retournèrent dans le bâtiment en murmurant devant la scène. Smoker aida Ace à s'asseoir sur des vieilles tables de ping-pong, la moitié de son visage était baigné dans le sang.
- Teach, dans mon bureau, immédiatement ! Tu vas pas t'en tirer comme ça, putain ! Et quand bien même ton père serait le roi du monde, ce serait la même chose !
L'infirmière déboula, complétement dépassée par les évènements, elle sortit des compresses et les appliqua de ses mains tremblantes sur le nez ensanglanté d'Ace. Il grogna un peu, sous sa peau devait flotter des dizaines de petits morceaux de cartilage qui formaient avant son petit nez, d'un seul bloc. Thatch lui tenait compagnie en fumant une cigarette alors que l'infirmière tentait de mettre du mercurochrome sur un coton :
- Calmez-vous, j'vais bien, dit Ace. J'en ai vu d'autre et des pires.
- J'ai appelé une ambulance, elle va bientôt arriver, pour le moment, je dois vous donner les premiers soins, dit-elle de sa voix tremblante.
- Hey, frérot t'entends ça, j'ai le droit au joli carrosse, avec les lumières clignotantes et tout ! lança-t-il à Thatch.
- C'est le moins que puisse faire l'univers, t'as quand même péter une dent à ce détraqué de Teach !
- C'est vrai que ça fait du bien, rigola Ace.
L'infirmière les regardait avec effroi :
- La violence ne résout rien, Monsieur Portgas !
- C'est vrai, mais putain, vous n'savez pas combien de temps j'ai attendu ce moment !
- Et votre nez alors, vous auriez pu l'épargner !
- Bof, j'me suis déjà cassé le bras, le poignet, des côtes et j'ai dix points de sutures dans le dos, j'suis plus à ça près.
Thatch rigola, il était là à chacune des blessures d'Ace et chacune d'elle avait une histoire plutôt dingue. L'infirmière soupira devant l'hilarité des deux adolescents alors que l'ambulance déboula en trombe dans la cours. Une équipe de trois médecins courut vers lui, armée jusqu'aux dents de tout d'un barda médical, comme s'il était entre la vie et la mort. Ace se leva et leur fit signe de se calmer, il monta à l'arrière de l'ambulance sans que les médecins n'aient besoin de leur matériel. Avant de partir, il lança les clés de sa voiture à Thatch :
- Tu peux la ramener chez moi ? Et dis à Luffy que j'risque de rentrer tard, s'il râle dis-lui que j'lui paierais ce qu'il voudra au McDo.
- Pas de problème, tiens moi au courant.
Ace lui fit un signe de la main et la porte de l'ambulance claqua puis démarra à toute vitesse direction l'hôpital. Ils avaient laissé les sirènes et Ace savoura bien ce moment – ce n'est pas tous les jours qu'il roulait à plus de quatre-vingt à l'heure dans la ville et voir les voitures paniquer à leur passage était juste jubilatoire.
Arrivé à l'hôpital, il attendit presque deux heures avant qu'un médecin ne daigne le recevoir. La douleur commençait à se faire plus intense, l'euphorie de sa bagarre étant retombée. Le médecin examina son nez sous toute les coutures, puis examina la radio qu'Ace avait fait juste après son arrivé. Sur l'épais cliché sombre et incompréhensible, il lui expliqua l'intervention :
- Vous vous voyez tous ces petits bouts blancs ?
- Ouais …
- Bah, c'est votre nez ! Il va falloir recoller tout ça, vous aurez besoin d'une opération, un plâtre ne suffira pas.
- Une de plus à mon palmarès, sourit Ace.
- Je ne sais pas ce qu'il vous est arrivé, mais j'ai rarement vu une telle bouillie de nez !
- La connerie n'a pas de limite, Doc.
- … Bon, c'est le docteur Penguin qui s'occupera de ça, dans deux jours. C'est le meilleur de l'Illinois.
- Deux jours ! J'vais rester pendant deux jours avec ce truc sur le nez ?
- Oui, il faut que ça dégonfle un peu pour remettre en place.
- La misère …
- Désolé, si vous aviez des rendez-vous mondains, faudra reporter.
- Vous n'imaginez même pas, soupira Ace.
Ace sortit du cabinet avec une boite d'anti-douleur et d'anti-inflammatoire ainsi qu'un joli rendez-vous au bloc pour le surlendemain. Soudain quelque chose lui vint en tête, il avait demandé à Thatch de ramener sa voiture mais maintenant, comment il rentrait ? Il pensa une fraction de seconde à Trafalgar mais renonça rapidement, hors de question qu'il le voit dans cet état.
Finalement il rentra chez lui en taxi et poussa la porte de son appartement, lessivé :
- C'est moi.
Il entendit un bruit sourd, comme le tonnerre dans le ciel alors que Luffy déboula à toute vitesse du fond de l'appartement. Il faisait une mine contrarié et pointa son doigt sur son frère :
- T'es allé à l'hôpital, sans moi ! J'te déteste !
Ace ricana, dépassé par le plus jeune, il le connaissait par cœur depuis tout ce temps mais il arrivait toujours à le surprendre avec ses répliques.
- Luffy, arrête d'être toi-même pendant cinq minutes, j'suis fatigué, grommela-t-il.
Il retira ses chaussures et sa veste quand il remarqua que Luffy avait son manteau d'hiver et son chapeau sur la tête :
- Tu vas où comme ça ?
- Thatch a dit qu'on irait au McDo !
- … Pas ce soir, Lu'.
- Maiiiis !
- Luffy, non !
Ace avança jusqu'à la chambre et se laissa tomber dans les coussins moelleux de son lit. Le lendemain, il profitait de cette matinée avec son petit frère avant de rentrer à l'hôpital le soir-même. Il était à table avec Luffy qui faisait des va-et-vient entre lui et son assiette. Ace soupira, épuisé par sa journée et son imbécile de petit frère :
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Mais rien !
- Lu', arrête, tu mens aussi bien que Pinocchio !
- Non … c'est juste qu'avec ton bandage, tu ressembles à Voldemort ! Ou Hannibal Lecter !
- N'importe quoi …
- Mais attend … ils sont trop cools ! Ace ?
- Quoi ?
- Casses-moi le nez !
Ace ferma les yeux et se massa les tempes, son petit frère n'avait sûrement pas dis ces mots, il n'était pas aussi stupide.
- Luffy, non.
- Pourquoi ! J'veux être Voldemort moi aussi, ou encore mieux … Dark Vador !
- Faudra que tu grandisses un peu, parce que là t'es plutôt du genre Yoda, rigola Ace.
- Lequel des deux, entre Voldemort et Yoda gagneraient lors d'un combat ? Yoda, évidemment, parce que le sabre laser est l'arme la plus classe de tous les temps !
- Très bien, alors t'es plutôt un Ewoks et Voldemort te livrerai directement à son joli serpent.
- T'oserais jamais faire ça, j'suis ton petit frère quand même, s'exclama-t-il, visiblement outré.
- Tu viens de me demander de te casser le nez, il y a même pas deux minutes ! Ça tourne vraiment pas rond dans ta tête ! Mange maintenant !
Luffy se calma un peu et se reconcentra sur son steak haché et ses pâtes. Ace lui n'avait pas avalé grand-chose, ses pensées lui coupèrent une fois de plus l'appétit. Il n'avait rien dit à Trafalgar de tout cela, c'était silence-radio de sa part depuis le concert – comme d'habitude. Ace attendait toujours qu'il fasse le premier pas, peut-être pour ne pas paraître lourdingue ou peut-être parce qu'il avait aussi envie de le voir venir vers lui, de savoir qu'il avait envie de passer du temps avec lui.
Juste savoir que ce besoin n'était pas à sens-unique.
Il imaginait en grimaçant sa réaction quand il verrait son bandage et son nez qui ressemblait à une fraise trop grosse. Est-ce qu'il le trouvera toujours attirant ?
- ACE !
- Hein, quoi ?
Visiblement Luffy essayait d'attirer son attention depuis quelques secondes :
- Tes pâtes, j'peux les manger ?
- Ah …vas-y.
Ace donna son assiette à son petit frère et se demanda comment il pouvait stocker autant de chose de ce tout petit corps, il devait avoir cinq estomac, comme les vaches. Ace le regarda mettre les deux assiettes dans l'évier et ouvrir les placards pour se concocter un dessert digne de ce nom : un yaourt, deux barres de chocolats et un paquet de chips.
- Il vaut mieux t'avoir en photo qu'en pension, marmonna Ace en le voyant terminer une bouteille de soda presque pleine.
- Quoi ?
- Rien, laisse tomber. Dis, ton bulletin de premier trimestre devrait pas tarder, non ?
- J'viens de le recevoir, répondit-il d'une petite voix.
- Bah, montre !
Luffy se traîna jusqu'au salon, visiblement un peu honteux de ses résultats. Ace se préparait déjà à faire face à une flopée de mauvaise notes, Luffy était dissipé et l'école n'était pas fait pour lui, il le savait parce qu'il était aussi passé par là. Mais il espérait tellement mieux pour Luffy que ce que lui avait reçu, il voulait qu'il fasse quelque chose qu'il lui plaise – peu importe l'argent. Ace rêvait toujours de voir son petit frère avec l'uniforme des diplômés, lancer son chapeau dans la cours de Stanford ou Harvard. Il voulait qu'il le dépasse intellectuellement, physiquement, dans tous les domaines. Il voulait juste le meilleur, celui qu'on lui refusa jadis.
Il revint la tête basse et tendit la feuille de papier son frère. Il se rassit et commença son yaourt avec une certaine appréhension.
Ace commença par les remarques, histoire de ne pas avoir une attaque cardiaque immédiatement. Deux sortes de professeurs ressortaient, ceux qui trouvaient que Luffy participait beaucoup, avec une bonne énergie et ceux qui trouvaient qu'il en avait trop, de l'énergie. Des bavardages, un manque d'attention et apparemment une incompétence totale à rester calme et discret.
Il reconnaissait bien là son petit frère.
Ces yeux glissèrent maintenant vers les notes. Il faillit s'étouffer avec ses propres liquides corporels, son cerveau venait de disjoncter, ne comprenant pas ce qu'il voyait. Il posa un regard sur son petit frère qui était en train de faire tenir sa cuillère sur son nez.
Impossible, improbable, inconcevable.
Mathématique : A- Sciences : A Sport : A+ Langue : B+ : Histoire : A- Arts et Musiques : A+.
Remarque générale : Excellent résultat, excellent élève, dynamique même si parfois un peu épuisant.
Ace regarda à nouveau Luffy qui avait plein de chocolat autour de la bouche. Il croisa ses yeux apeurés :
- T'es pas fâché, dit-il de sa petite voix.
- Fâché ? Evidemment que non ! Mais … pourquoi tu me demandes tout le temps de t'aider avec tes devoirs ?
- J'sais pas, pour vérifier.
- Mais Lu', t'as vu les notes que tu te payes ! J'suis sûr que tu pourrais faire mes devoirs ! C'est dingue !
- C'est bizarre, non ?
- Pourquoi, c'est génial !
- J'fais toujours le pitre, ces notes je les ai sans faire exprès je te jure ! J'vais pas à la bibliothèque, j'révise jamais !
- Luffy, arrête de trouver tes excuses. Ton bulletin est extra, c'est super ! C'est pas grave d'être intelligent, c'est plutôt cool même.
- C'est pas cool ! Regarde, personne n'aime les génies à la télé. Ils sont même maudits ! Bruce Banner se transforme en Hulk ! J'veux pas devenir vert et énorme parce que j'ai des bonnes notes !
- Faux … Regarde Batman, c'est le meilleur détective du monde, non ?
- Ouais …
- Tu crois vraiment qu'il se payait des gamelles à longueur de journée ? Son bulletin devait être au moins aussi bon que le tiens ! Et Batman, c'est le plus cool des super-héros !
- … C'est vrai, t'as raison.
Ace rigola Luffy restait toujours ce même gamin un peu naïf sur les bords, ça le rassurait quand même.
- Tu sais qu'avec des notes pareilles, tu vas pouvoir choisir un lycée hyper-cool, l'année prochaine.
- J'voulais aller dans le même que l'tiens, on s'était dit ça avec les copains !
- Lu', je sais que pour le moment, y'a rien de plus important pour toi que les amis, mais réfléchis-y un peu quand même.
Ace se redonna la feuille à son petit frère avec un grand sourire :
- J'suis fier de toi, Luffy, t'imagine pas comment !
Luffy lui envoya un de ces sourires dont il avait le sourire, un sourire aussi irrésistible que dévastateur. Il se jeta dans les bras de son frère et Ace eut ce geste qu'il avait toujours, il lui ébouriffa les cheveux, mais cette fois-ci, il le recoiffa, en l'imaginant avec la toge des grandes universités sur le dos.
- T'es obligé de me laisser venir avec toi quand tu vas voir Traffy et les autres, maintenant !
- C'est vrai, j'ai plus d'excuse, rigola Ace.
- Appelle, appelle !
- Lu', je suis à moitié défiguré et je me fais opérer demain, on verra après !
- Quoi, t'as pas envie de les voir, s'indigna Luffy.
- Si, bien sûr, mais Trafalgar m'a dit qu'ils avaient beaucoup de travail cette semaine, ils commencent à enregistrer leur prochain album.
- Avec ta pochette !
- Peut-être ouais.
- Tu te rends compte, c'est trop cool. Portgas D. Ace, mon frère, aura son nom sur un album du groupe le plus cool de l'univers ! Moi, je suis fier de toi, grand frère.
- Arrêtes, tu vas me faire chialer, espèce de macaque !
.
Ace était seul, la télé bloquée sur la même chaîne. Il soupira et regarda sa chambre, tout était blanc et froid, aseptique et sans vie, il comprit pourquoi la plupart des gens mourraient à l'hôpital, qui avait envie de se battre dans un tel cadre. Il regarda le téléphone sur son chevet et le décrocha, il fonctionnait.
Il avait besoin d'une présence ici mais pas une présente turbulente et grandiloquente comme Luffy, une présence plus calme et réconfortante. Une présence qui pourrait l'embrasser, passer ses mains dans ses cheveux …
Il composa un numéro qu'il connaissait par cœur à présent, espérant une réponse. Il devait le mettre au courant, il allait passer sur le billard quand quelque heures, ce n'était pas rien. Et puis cette absence qui ne le lâchait jamais, obstinée. Ace avait beau se dire que c'était comme ça, qu'il devait accepter, mais il ne pensait qu'à lui, à chaque instant.
Les absences et les silences étaient pires que les engueulades, parce qu'il aurait pu être mort que ce serait la même chose. Il voulait le voir, qu'importe les raisons, il en avait marre de se justifier pour avoir une entrevue.
Il savait tout ce qu'il lui avait dit, il le savait plus que bien, parce que les phrases qu'il avait prononcées ne le quittaient jamais. Il était bien trop faible pour tirer un trait sur lui, alors même si ça ne faisait qu'augmenter ses sentiments et rendre la chute toujours plus vertigineuse. Il voulait le voir.
Mais la sonnerie sonnait toujours, régulière et impassible. Il ne répondra pas, sûrement occuper, sans temps libre pour s'inquiéter de la santé d'Ace. La voix électronique lui proposa de laisser un message, il ne dit rien pendant quelque instant, pour calmer ses émotions, puis finalement parla :
- Je suis à l'hôpital, j'vais faire opérer dans quelques heures … Juste, viens.
Ce n'était plus l'heure des reproches, Ace voulait juste qu'il soit là avec lui, même si rien de leur relation ne lui convenait, il avait juste besoin de lui.
Il reposa le téléphone sur son socle avant que sa déception n'inflige les pires tortures au pauvre morceau de plastique.
La télé parlait toujours, dévoilant un nouveau rebondissement incongru entre les personnages et à part ce son impersonnel, il n'y avait rien, Ace était au seul au milieu de tout ça.
Un peu plus tard, le médecin vint le chercher pour l'opération. L'infirmière martyrisa sa main avant de trouver une veine bien visible, les lumières juste dans ses yeux l'éblouissaient. Le médecin se pencha sur lui et lui dit quelque mot qu'il ne comprit pas, le picotement dans sa main monta dans son bras pour atteindre son cerveau et le faire quitter ce monde.
Quand il ouvrit les yeux, il était à nouveau dans sa chambre mais il aperçut une bien belle ombre assise sur la seule chaise de sa petite chambre. Il se frotta les yeux en se redressant, Trafalgar braqua ses yeux furieux sur lui, arrêtant de jouer avec son briquet.
- Hey, murmura Ace, encore dans le cirage.
- J'sais pas ce qui me retient de te faire la tête au carré ! Grinça-t-il.
- Désolé …
- Ca fait deux fois que je te ramasse à la petite cuillère, fais gaffe à toi, merde !
- J'pouvais pas m'laisser faire sur ce coup, tu m'connais, mon poing a parlé avant mon cerveau.
Trafalgar soupira et quitta sa chaise pour s'asseoir sur le lit. Sa main rendue rugueuse par trop d'heures passées sur sa guitare passa doucement sur le bras d'Ace. Il se détendit immédiatement à ce contact, comme si tout ce poids sur ses épaules s'envolait d'un coup. Trafalgar le regarda droit dans les yeux et esquissa une moue, un brin triste :
- Pourquoi il a visé ton visage, soupira-t-il.
- T'aurais préféré que ce soit mon cul ? Railla Ace.
- Très drôle … D'habitude, j'embrasse pas les défigurés … mais je vais faire une exception.
Ace sourit et Trafalgar posa tranquillement ses lèvres sur les siennes, évidemment toujours avide d'attention, il approfondit rapidement le baiser. Cette fois-ci, Trafalgar se laissa faire et se prit même au jeu en entamant une danse sensuelle avec la langue d'Ace. Ce dernier se sentait pousser des ailes à chaque fois que la peau de Trafalgar touchait la sienne et devenait de plus en plus entreprenant. Ses mains caressaient frénétiquement ses cheveux, puis son dos alors que Trafalgar lui embrassait gentiment le cou. Il essaya toujours de se coller un peu à lui, comme s'il voulait fusionner avec son corps tant sa présence lui faisait du bien. Dans sa frénésie, Ace toucha le bassin du chanteur avec le sien, mettant subitement fin à leur étreinte :
- Calme tes ardeurs, Ace, on est à l'hôpital.
- Si tu me laissais pas en plan pendant plusieurs jours, peut-être que je serais moins en demande, rétorqua Ace.
Il soupira visiblement fatigué qu'Ace lui envoie des reproches à tout bout de champs et qu'il ne sache pas apprécier le moment présent :
- Désolé, j'voulais pas dire ça, j'suis content que tu sois là, murmura-t-il.
- Tu devrais tourner sept fois ta langue dans ta bouche avant de parler !
- ... tu sais bien que je suis incapable de réfléchir avant d'agir.
- Si à chaque fois que je te retrouve t'es dans un état pas possible, j'vais devoir te mettre en laisse !
- Hé, j't'ai dit que ce n'était pas ma faute !
- Qu'est-ce que j'vais faire de toi, tu es irrécupérable, sale impulsif !
Trafalgar resta avec Ace jusqu'à que le médecin lui permette de rentrer chez lui. Le chanteur avait revêtu son costume d'homme normal, avec son étrange chapeau et ses lunettes de soleils. Ace toucha son pansement, son nez était presque droit là-dessous mais ressemblait encore une fraise trop mûre.
- Il faut que j'essaye de négocier un payement en trois fois sans frais, lança Ace.
- Pas besoin, j'ai déjà réglé ta note.
- Quoi, j'veux pas d'argent de ta part ! J'ai pas besoin d'aide pour payer quoique ce soit !
- Ne fais pas d'esclandre dans l'hôpital, s'il te plaît. Accepte juste.
Ace fronça les sourcils et croisa ses bras sur sa poitrine pour montrer sa désapprobation mais Trafalgar l'ignora royalement et sortit sur le parking. Le chanteur le ramena chez lui dans un silence non pas gênant mais plutôt serein. Ils s'embrassèrent chastement une dernière fois, puis Ace regarda la voiture du chanteur partir en trombe, comme s'il n'avait pas envie de se faire voir en présence de sa maîtresse et qu'il rentrait gentiment chez sa femme, la bouche en cœur.
