Ouais je poste tôt, youhou ! J'ai un peu envie de parler aujourd'hui ... quoi ? Ne partez pas !

Bon, il n'y a pas longtemps, j'ai eu un gros coup de cœur musical pour le dernier album d'Archive, Restriction. Le genre de coup de cœur qui n'arrive pas souvent, un véritable "eargasme". Alors je suis allez voir les avis sur cet album et j'ai été très surprise de voir qu'il n'a été que moyennement apprécié, j'me suis dit, pourquoi ? Cet album est une bombe ! Je me suis rendue compte alors que la musique est avant tout une affaire de ressentie et que les chose qui m'émeuvent ne sont pas forcément les même que celle des autres et que la musique a beau être excellente, si on ne ressent rien, ça passe pas. L'inverse marche également.

J'adore Britney Spears, non pas pour la qualité de ses arrangements, de ses paroles ou de sa voix, juste parce que c'est toute mon enfance et qu'elle me rappelle des bons souvenirs.

BREF ! La chanson en milieu de chapitre est Breathe, Pink Floyd, et allez l'écouter, absolument.

Trafalgar Law : Merci d'être venu dans la lumière ! Je ne pense pas que mon "style" soit vraiment bon, mais je suis contente de te transporter à chaque fois, j'aime vous raconter cette histoire. Je comprends que tu puisses apprécier Marco, même si c'est un enfoiré, il a des fêlures. Par contre Teach est vraiment construit comme un personnage manichéen, le pauvre n'a aucune circonstance atténuante, il est juste imbuvable ! J'espère avoir de tes nouvelles concernant ce chapitre ! A bientôt.

Un merci aux nouveaux followers : foudregirl, Lord Celestin, RedBlackSky, eiko et rion-rion. Merci a fh-seere dont les reviews sont toujours pleines de joie, bien qu'un brin déconcertante. Merci spécial à shikyo-chan qui a posté la 40è review !

Voilà, le 27 août, on va parler des choses qui fâchent !

Le titre du chapitre signifie : éveil, mais pas dans le sens "j'me réveille le matin", obviously.

Enjoy !


Partout dans la ville, il ne voyait que sa photo floue et pixelisée, mais c'était bien lui, son stupide chapeau orange ne laissait aucune place au doute. Lui dans la Mini Cooper noire de Trafalgar en train de le regarder avec un air niais, et au-dessus de la photo en lettre capital rose, rouge ou orange : « Le petit-ami de Trafalgar Law », « Law est-il gay ? » et même un « Jewelry dévastée ». Il essayait de faire abstraction mais voir sa vie ainsi livrée en pâture à ces requins augmentait encore plus sa colère, les gens se retournaient sur lui parce qu'ils reconnaissaient son chapeau de cow-boy et ils n'avaient qu'une envie tous les insulter et les envoyer chier. Même Luffy était au parfum, selon lui l'info avait atteint la première place des « trending topics » sur Twitter.

Et surtout son téléphone sonnait sans discontinuer, quand il répondait, on lui proposait une interview exclusive pour plusieurs milliers de dollars mais Ace raccrochait immédiatement. Sa boîte mail planta carrément et sans se demander comment la presse avait obtenu son adresse mail, il décida tout bonnement de la supprimer pour en créer une nouvelle.

Il avait l'impression d'être une biche au milieu des bois qui courrait à perdre haleine, sans succès, toujours rattrapée par les hurlements des chiens d'arrêts et la fanfare des cors de chasse. Il se sentait en sécurité qu'entre ses quatre murs et même si les photographes campaient à nouveau devant son immeuble, la vieille Kokoro les avait bien dissuadés d'entrer, à coup de rouleau à pâtisserie ou de minauderie dérangeante.

L'annonce datait de la veille et le monde bouillonnait déjà, Ace osait à peine imaginer ce que subissait Trafalgar et les autres membres du groupe. Si une petite dizaine de photographes scrutaient le moindre de ses gestes, le groupe devait être étouffé par des centaines d'entre eux - puisqu'au final, c'était toujours Trafalgar la cible, Ace n'était qu'un moyen détourné, une porte dérobée pour atteindre le chanteur plus facilement.

Mais pour le moment, autre chose accaparait son cerveau et le rendait fou. Il était sûr que Marco était derrière tout ça, il n'avait pas supporté le voir loin de lui, heureux avec un autre. Cette fois-ci, Ace ne se laissera pas faire, il ne dira pas amen à toutes les belles paroles du blond parce que malgré tout, malgré leur dispute, ils croyaient encore à lui et Trafalgar, impossible pour lui de renoncer.

Il sortit de son immeuble par le local-poubelle et prit sa voiture qu'il avait garée derrière l'immeuble pour éviter un face-à-face sûrement mortel avec ce serpent à plusieurs têtes.

Direction l'appartement de Marco.

Il appuya abusivement sur la sonnette de l'appartement de Marco, impatient de lui hurler dessus pour ces actes d'aujourd'hui et d'hier. Il venait régler ses comptes avec lui, une bonne fois pour toute. La porte de l'immeuble s'ouvrit, il l'attendait sûrement. Il courut dans l'escalier et entra dans l'appartement qu'il connaissait par cœur sans prendre le temps de toquer. Marco était là, assis dans le canapé, attendant gentiment sa sentence:

- C'est toi qui nous as balancé ! hurla-t-il en lui empoignant le col.

- Pourquoi tu cries, tu devrais être content, vous n'avez plus besoin de vous cacher.

Marco n'avait pas changé, perdre Ace ne lui avait pas ouvert les yeux, il était toujours aussi pédant et confiant, à jamais cynique. Au début, c'était cette confiance sans borne qui avait fait craquer Ace, Marco lui faisait de l'œil, il se sentait privilégié. Les premiers mois, il ressentait plus d'admiration que de l'amour pour lui, il était cool, populaire, et faisait tourner les têtes des filles et des hommes.

Cette assurance cachait pourtant des vices, des tares qu'il voulait à tout prix cacher, mais Ace les vit.

Chaque jour qu'il passa près de lui le retenait un peu plus prisonnier de son emprise, de sa force. Marco n'était pas bienveillant, ni gentil, il était autoritaire et brutal. Brutal dans ses sentiments, toujours passionné, interprétant la moindre baisse d'attention d'Ace comme une trahison, un secret.

Toutes les gifles, les baffes, les tartes, les mandales, tous ses gestes déplacés résonnaient encore à l'intérieur d'Ace comme l'écho infini de sa douleur et tous ses gestes détruisaient son amour propre, sa confiance en lui. Ces gestes avaient fait de lui, l'homme que Trafalgar ne pouvait pas aimer, l'homme possessif et râleur qu'il ne supportait plus.

- La ferme, espèce d'ordure ! Tu m'as pas assez fait de mal durant un an, faut encore que tu te mêles de ma vie, aujourd'hui !

- Tu m'appartiens Ace et je détruirai sans aucun scrupule toute les pathétiques relations que tu entretiens avec un autre que moi, star ou pas.

Son calme était digne des plus grands psychopathes, Ace ne douta pas une seconde qu'il serait capable de sourire devant le chaos qu'il venait d'engendrer, qu'il en rêvait la nuit.

- Où t'as eu ses photos ?

- Je les aie prises moi-même, le jour où vous vous pelotiez dans la voiture. Ça m'a donné envie de gerber de voir qu'un autre de faisait cet effet … Alors j'ai eu envie de l'faire morfler.

- C'est toi qui leur as donné mon adresse ?

Marco, acquiesça, nullement gêné par la bassesse de ses actes, et la colère d'Ace augmentait encore plus devant le manque de scrupule de son ex.

- J'm'en lave les mains que tu m'fasses des merdes, mais Traf n'a rien demander lui ! J'peux pas accepter ça.

- C'est mignon, tu protèges un mec qui n'en a rien à foutre de toi, sourit-il.

- N'essaye pas de me retourner le cerveau, ça ne prend plus Marco !

Ace sentait sa colère se transformer en peur, la mine indifférente de Marco alors qu'il lui faisait vivre l'enfer, ses yeux toujours froids et insipides et surtout ce petit sourire, suffisant et satisfait, ce sourire rabaissant qu'il lui faisait quand il le regardait de haut alors qu'Ace était juste allongé sur le sol comme une sombre merde.

- Tu n'as pas pu oublier comme on était bien ensemble, moi je n'ai pas oublié, j'y pense chaque jour.

Ace se revoyait à l'aube de ses dix-neuf ans, commençant joyeusement sa dernière année de lycée en compagnie de Thatch, son histoire avec Marco était à son commencement. Pleine d'arrogance et de confiance, ils se chuchotaient des mots doux à longueur de journée, s'embrassaient au milieu des autres élèves sans gêne, quand ils étaient ensemble, rien ne pouvait les atteindre. Marco avait toujours cette mine sérieuse que seul Ace pouvait illuminer et Ace vivait toujours à cent à l'heure, seul Marco parvenait à le calmer un peu. A l'époque, il vivait dans ce qui sera leur dernière famille d'accueil, la perte de Sabo était encore dure alors Ace s'oubliait dans les bras de Marco.

Les nuits torrides, les soirées alcoolisées, Marco lui avait ouvert la porte à tout ça. Rien ne comptait plus que Marco pour Ace, alors quand il le giflait un peu trop fort durant leur ébats, il prenait ça pour de l'enthousiasme.

Il ne remarqua pas qu'il se détachait progressivement de ses autres amis, qu'il abandonnait même Luffy par moment. Il ne remarqua pas son emprise toujours un peu plus forte sur lui, ses sourcils froncés quand il parlait à un autre homme, ses coups toujours plus durs sur sa peau.

Marco aveuglait Ace parce qu'il était son premier amour, le vrai, le grand.

Ace aveuglait Marco au point qu'il aurait fait n'importe quoi pour le garder près de lui.

Même le pire.

Ace n'oubliera jamais ce jour, point culminant de leur relation avant la chute irrémédiable. C'était au mois de janvier de cette même année, il y a presque un an, le jour de son anniversaire. Marco devenait amer depuis quelques temps, voyant que le charisme d'Ace attirait les autres comme des mouches, ce soir-là, il y avait beaucoup de gens pour son anniversaire, des inconnus pour la plupart. L'alcool coulait à flot, Marco en avait abusé, Ace aussi. Peut-être que c'est un verre de vodka de trop qui les avaient fait déraper, tous les deux.

Ace jouait au jeu de la bouteille avec des mecs, tous gays, Marco le savait. La bouteille s'arrêta sur Ace et il rigola avant d'embrasser son ami de droite. Marco n'avait pas supporté cette vision, perturbée par l'alcool, alors au lieu de les séparer, de parler du mal qui les rongeait toujours plus, il envoya une gifle monumentale sur la joue d'Ace.

Ace avait vu dans ses yeux la fureur, cette douleur latente qui ne faisait que grandir jour après jour. Les yeux d'Ace, eux, étaient remplis de stupeur, d'incompréhension.

Mais le pire aurait pu être évité, si Ace avait su voir le mal qui s'insinuait toujours plus loin dans le cœur de celui qu'il aimait, s'il avait su le rassurer quant à son amour, s'il ne l'avait pas considéré comme acquis.

Dès lors, chaque jour avançait un peu plus vers l'horreur, d'abord, il l'empêchait de sortir, même Thatch était devenu un ennemi. Puis à la moindre de ses protestations, il recevait un coup, le besoin de le contrôler, de le dominer était plus fort que tout. Il n'avait plus aucune douceur entre eux, Ace n'osait se rebeller, mais chaque jour qui passait, il apprit à détester celui qu'il aimait, toujours un peu plus fort. Et il laissait cette haine grandir à l'intérieur de lui, pourrissant ses entrailles, rongeant ses os, jusqu'à atteindre son cœur.

L'amour qu'ils partageait était sans concession et entier, à l'image de leur personnalité. Un amour brutal et passionné, où l'on s'aime aussi fort que l'on se déteste. Aucun temps mort ne ponctua leur relation, ils ne connurent pas l'ennuie et la lassitude, ne dirent jamais de banalité.

Ils brûlaient purement et simplement.

Jusqu'au jour où il rentra couvert de bleu chez lui, sa mère adoptive ne remarquait rien, il était plutôt du genre turbulent. Mais Luffy, lui, malgré son jeune âge vit tout de suite que quelque chose clochait. Ace se dit alors que si Luffy l'avait vu, il avait atteint un point de non-retour. Il décida de couper les ponts avec Marco, simplement, sans explication.

Evidemment celui-ci chercha à le récupérer, parfois doux et avenant, souvent terriblement violent. Ace passait ses nuits terré dans son lit en entendant Marco le menacer en bas de sa fenêtre.

Ne rien lui dire attisa encore plus sa haine, sa douleur, mais Ace n'en pouvait plus de rester près de cet homme qu'il avait appris à détester. Il avait agi en lâche en refusant la confrontation, c'était évident, mais s'il ne l'avait pas fait, Dieu seul sait jusqu'où il serait allé.

- Pourquoi t'as fait ça bordel ! Faut que t'acceptes, je suis parti !

- Pour le moment, je t'ai perdu, je l'avoue, mais quand il te laissera tomber pour aller en tourné, parce que tu deviens trop collant, trop gênant, je serais là et j'attendrai sagement que tu reviennes, que tu me dises que tu le détestes chaque jour.

Ace recula d'un pas, pourquoi n'avait-il jamais vu la fureur de Marco ? Il se tenait devant lui, les yeux vides et toujours ce petit sourire. Il n'avait jamais voulu s'en sortir, n'était sûrement pas aller voir un psy comme il le disait toujours. Sa folie le définissait complètement maintenant, l'homme dont il était amoureux, cet homme beau et nonchalant, intelligent et drôle venait de s'évaporer devant ses yeux. Depuis combien de temps, il se raccrochait à son fantôme, pendant combien de temps il avait aimé une enveloppe charnelle vide, une image, un souvenir un peu trop brillant de lui ? Plus rien dans ce qu'il voyait ne l'attirait, il n'était plus Marco, juste un homme dévorer par sa folie.

La main de Marco attrapa son poignet alors qu'il voulut sortir, cette même main brûlante qui l'avait tant fait souffrir. Il s'approcha d'un Ace complètement paralysé :

- Je n'abandonnerai pas, Ace, j'attendrai toujours et tu seras à moi, chuchota-t-il dans son oreille.

- Regarde-toi, tu n'es qu'une bête folle, un esprit torturé, personne ne voudra de toi !

- Je m'en fiche complètement des autres, du monde, c'est toi et ton petit cul que je veux.

- Le Marco que j'aimais est mort !

- C'est toi qui m'as tué en partant du jour au lendemain, c'est toi qui as fait de moi l'homme que je suis aujourd'hui avec tes absences et tes silences …

Ace voulut se défaire de cette emprise au goût trop âpre. Il savait sa responsabilité dans cette histoire, il avait fuis plutôt que d'essayer de résoudre le problème de Marco, tous les deux, ensemble.

La passé portait bien mal son nom, car rien ne passait, aucune action, aucun mot, tout restait terriblement vivant, terriblement présent. Dans chacun de ses gestes, dans chacune de ses décisions, Ace ressentait la trace de Marco et il se rendit compte que cette rupture avait beaucoup plus affecté le blond que lui.

- Ramène-moi à la vie, Ace.

Encore une fois, il se retrouva prisonnier de Marco, il tenta de l'embrasser mais Ace le poussa brutalement sur le canapé, il s'était juré de ne plus jamais revivre ça.

- Tu vas encore appeler ton sauveur à l'aide ? Il n'abandonnera jamais sa carrière, sa vie pour toi, Ace. Jamais.

- Je ne te laisserai pas faire, Marco ! Je me battrai chaque jour qui passe, contre toi.

- Il préféra te voir mort, la gueule grande ouverte plutôt que d'avouer au monde que vous êtes ensemble !

Ace quitta l'appartement avant que Marco ne s'approche encore de lui, mais il entendit quand même ses cris :

- Je serais là, Ace, à chacun de tes pas, je serais là. Je n'aurai qu'à tendre les bras pour stopper ta chute.

Ace remonta la rue, les yeux de passant devenaient de plus en plus insupportable, il devait marcher la tête basse, les yeux rivés sur le sol crasseux pour ne pas voir ces étrangers le dévisager comme s'il portait la marque du diable sur le visage.

Pourquoi baissait-il les yeux, il n'avait rien fait de mal, il aimait juste un homme, comme des milliers d'autre personne ne le faisaient.

Il releva subitement la tête, faisant sursauter les gens qui l'entouraient et Ace les observait avec les même yeux qu'eux, comme si c'était eux les étranges, les parias. Des jeunes filles s'arrêtaient en gloussant, brandissant leur téléphone comme si leurs yeux ne suffisaient plus pour voir la réalité, d'autre se retournait après l'avoir croisé, certain l'ignorait totalement mais la plupart des gens le considérait comme la bête curieuse du moment, celle qui fallait voir pour être à la mode.

- Pourquoi vous me regardez comme ça, hein ! Qu'est-ce que j'ai ! Oui, je connais The Supernovas, j'travaille pour eux ! Et alors ! Qu'est-ce que ça peut vous foutre, merde !

Les passants continuèrent immédiatement leur route, choqués de son excès de colère. Crier comme un fou furieux dans la rue ne l'aiderai sûrement pas, mais il en avait tellement marre de se taire, de tout garder en lui juste pour le bon plaisir de ces ingrats.

- C'est mon chapeau c'est ça ? Ouais c'est celui que vous voyez sur les bus, dans vos journaux stupides !

Ace retira hargneusement son chapeau de sa tête et le balança le plus loin possible de lui, il voulait effacer chaque chose qui le rendait reconnaissable, cette tâche orange sur cette maudite photo. Il reprit sa route jusqu'à sa voiture et mis le contact, il voulait juste rentrer chez lui.

L'autoradio s'alluma automatiquement et joua le CD à l'intérieur. Cette mélodie planante de guitare qui lui faisait ressentir toute les émotions et les sensations d'une bonne cuite sans boire un seul verre. Cette musique divine que Trafalgar n'arrêtait pas de glorifier.

« - Dark side of the moon ?

- Double édition collector. Si t'as mal aux oreilles met-le. Time, ma préférée de cet album. »

Ce n'était pas aux oreilles qu'il avait mal, chaque partie de son corps le faisait souffrir sûrement parce que son cœur était le plus atteint. Il voulait être en colère, avoir le courage de tout foutre en l'air, de gueuler, de se rebeller, mais alors qu'il entendait cette musique douce et planante, il ne put empêcher les larmes de couler, inondant le volant abîmé de sa vieille voiture qui soutenait sa tête trop pleine.

For long you live and high you fly

But only if you ride the tide

And balanced on the biggest wave

You race towards an early grave

.

Le monde tournait toujours rond, aucun doute là-dessus, les gens travaillaient, rentraient chez eux le soir. La nuit suivait le jour qui suivait la nuit et le soleil essayait de percer le mauvais temps d'un mois de décembre à Chicago. Luffy rentrait le soir, informant Ace sur l'heure, il entrait dans la chambre pour voir s'il était toujours vivant puis repartait après s'être fait rembarrer par son frère. Les gens continuaient à vivre alors pourquoi il n'arrivait pas à quitter son lit depuis une semaine ?

Savoir que le nombre de ses absences augmentait drastiquement ne l'émouvait même pas, il imaginait juste Smoker le maudire dans son bureau et ça lui donnait encore moins envie de se lever. Baggy lui avait envoyé un mail en lui informant que énième F décorait son bulletin puisqu'il ne s'était pas présenté à son examen de rattrapage.

Ace soupira et se couvrit la tête avec sa couverture. Le monde était devenu hostile, pleins de requins prêt à le dévorer sans aucun scrupule, à l'humilier sur la place publique comme un vulgaire animal.

Depuis la dispute, il n'eut aucune nouvelle, pas un mot, pas un appel, ni de Trafalgar, ni des autres. Rien, silence radio, comme si le groupe l'ignorait volontairement alors qu'il restait là à se morfondre et à imaginer les pires scénarios du monde. Trafalgar était quelqu'un de susceptible, il n'aimait pas s'entendre dire ses défauts, ses petits travers. Alors il voulait sûrement voir Ace mort la gueule ouverte après ce qu'il lui avait balancé l'autre jour. Et savoir que Trafalgar pouvait ressentir de la haine contre lui, de la colère et pire que tous des regrets le vidait de toute ses forces et le condamnait à rester cloîtrer entre ses draps.

Le chanteur avait planté, bien malgré lui, son étendard un peu trop loin dans le tissu de son cœur. Sa silhouette plein de charisme, ses yeux gris qu'il parvenait à faire briller de plus en plus souvent, sa voix enjôleuse, son calme et son espièglerie, tout cela effaçaient complètement ses pires défauts et le rendait chaque jour un peu plus dingue de lui.

Le téléphone sonna dans le salon mais Ace le laissa brailler tout seul, sûrement encore un vautour qui voulait prendre sa part sur son pauvre corps en perdition, jusqu'à ce que le répondeur se mette en marche :

« Salut Ace … Euh, c'est Jewelry, j'me doute bien que t'as pas trop envie de nous parler mais … Traf, on l'a pas vu depuis plusieurs jours … »

Ace sortit de son lit en trombe et décrocha le téléphone avant que la rose ne raccroche :

- J'suis là, Jewel.

- Dieu merci ! Comment tu te sens ?

- Comme une grosse merde … et toi ?

- Eh bien, on me présente comme une femme faible et naïve qui n'a pas été capable de voir que son mec la trompe pour un autre … j'ai connu mieux.

- Que disent les autres ?

- Rien. On a fait aucune déclaration, aucune interview. On essaye d'enregistrer comme si de rien n'était … mais sans Traf, c'est dur. Ça fait plusieurs jours qu'on ne l'a pas vu, il ne répond pas à mes appels.

- Je ne l'ai pas vu, non plus, soupira Ace.

- T'as pas une idée ? Je suis allé voir chez lui, y'a personne. Je m'inquiète vraiment.

- Non, je ne sais pas et je doute qu'il ait vraiment envie de me voir.

- Détrompe-toi, je crois que t'es la seule personne qui pourra l'approcher sans se faire royalement jeter.

- Même pas toi ?

- …Non, même pas moi, répondit-elle avec des regrets dans la voix.

- Si je me rappelle de quelque chose, je te fais signe.

- Merci, Ace. J'espère que ça va s'arranger entre vous, t'es la personne qui lui faut.

- Je ne suis pas sûr que lui soit bon pour moi …

- Sois patient. Il a besoin d'être rassuré dans ses choix, bien plus que tu ne le crois … Les barrières qu'il a construites autour de lui sont difficile à briser.

- J'aurais tellement aimé qu'il me dise tout ça.

- Je sais, Ace, je sais. Laisse-lui du temps, juste un peu plus de temps. Je te laisse, les autres m'attendent. Ramène-le.

- Je vais faire de mon mieux.

Ace raccrocha le téléphone, il voulait garder ce lieu secret comme quelque chose que Jewelry ne savait pas sur lui et que lui connaissait – au moins une. Il enfila rapidement ses chaussures et sa veste, laissa un petit mot pour Luffy sur la table et grimpa dans sa voiture.

Il faisait déjà nuit noire, de toute façon au mois de Décembre, il ne faisait jamais vraiment jour. Il pleuvait au lieu de neiger et les jolies lumières de la ville devenaient flous à travers l'épais rideau de pluie. Le monde pleurait quelque jour avant Noël, les gens couraient s'abriter ou restaient paisiblement à l'intérieur en préparant les festivités des prochains jours au coin de la cheminée. Ace devait braver la pluie, le froid, la nuit pour espérer un réconfort plus qu'incertain.

Il lut un proverbe un jour : « Les étoiles sont lointaines mais leur lumière est chaude, elle efface les ténèbres de la nuit et du cœur des hommes »

Son étoile venait de se perdre dans l'immensité noire de l'univers, comme une météorite qui devait traverser l'espace et le temps, seule, ne rencontrant que de temps en temps quelques étoiles, quelques soleils qui au lieu de la réchauffer, l'abîmaient toujours un peu plus. Ace voulait être le soleil qui ferait fondre la glace au cœur de Trafalgar,

Il ne reconnaissait pas tellement la route, la nuit rendait le décor plus étrange, mais il se rappelait d'un petit chemin en pente sur la droite. Il tenta sa chance juste après l'Interstate et avança pendant de longue minutes entre de gigantesques pins centenaires. Au bout du chemin, il aperçut enfin la petite maison de bois et de briques, plongée dans le noir. Il descendit de la voiture en trombe, se moquant de la pluie qui trempait ses os. Il toqua à la porte sans réponse, l'obscurité l'empêchait de voir l'intérieur. Il fit le tour, rien.

Il était forcément ici, où pouvait-il être d'autre.

- Traf ! T'es là ? Répond ?

Il toqua à nouveau à la porte et il remarqua, après avoir asséné de coup le pauvre bout de bois, que celle-ci n'était pas verrouillée. Il ouvrit la porte à la volée et alluma la lumière :

- Traf !

Il cligna des yeux sous la lumière trop forte et vit enfin l'objet de tous ses désirs les plus fous. Trafalgar était allongé sur le canapé, les yeux fermés et l'air reposé, mais quelque chose attira l'attention d'Ace. Sur la table basse, il y avait une boîte de médicament et un verre presque vide de whisky, sa vieille guitare gisait au sol, le ventre et les cordes à l'air.

- Traf, qu'est-ce que t'as foutu !

Il poussa la table basse pour s'agenouiller devant lui, et jeta un coup d'œil à la boîte de médicament – « Aspasie 2000 » il balança la boîte plus loin, il n'y connaissait rien en médicament, mais qu'importe, s'il les a prit avec du whisky, ça ne présageait rien de bon.

- Réveille-toi, merde, les autres s'inquiètent ! Je m'inquiète !

Il le secoua un peu par les épaules, espérant déclencher une réaction quelconque, mais sa tête ne fit que bouger d'avant en arrière, sans qu'il n'ouvre les yeux. Ace sentait ses mains trembler, son cœur s'emballer, sa stupide imagination lui faisait déjà voir les pires choses.

- Traf, debout !

Il le secouait toujours plus fort, sans résultat. Alors il posa son oreille sur sa poitrine, son cœur battait, très doucement mais il était bien actif. Il retint sa respiration quelque seconde pour entendre la sienne, voir sa cage thoracique se soulever, là aussi tout fonctionnait mais au ralenti. Comme si chacun de ses signaux vitaux menaçaient d'être le dernier.

- Traf, réveille-toi ! T'as pas le droit de me faire ça ! Allez !

Il ne savait plus quoi faire pour le faire émerger, à part le regarder en pleurant. Son visage libéré de ses tourments, son aura toujours magnétique malgré ses beaux yeux clos. Ace voulait regarder ce visage pour le reste de sa vie, maintenant qu'il l'avait connu, il n'en pouvait être autrement. C'était comme retirer un orphelin de sa famille après qu'il ait connu l'amour et la chaleur d'un foyer. Il prit ses grandes mains fines dans les siennes, peut-être qu'il ne connaîtra pas leur génie sur son corps, il toucha les callosités dures sur le bout de ses doigts, caressa le tatouage DEATH sur ses doigts.

La mort gravée sur sa peau, toujours devant ses yeux.

Un grognement, inaudible pour les autres mais Ace était sûr de l'entendre. Il braqua ses yeux sur lui, sa bouche bougea sûrement pour avaler la salive accumulée. Ace vit alors ses yeux gris s'ouvrir comme les fleurs des champs sous le soleil du printemps, jamais il ne les avait trouvés aussi beau – après une période si longue sans les voir, une période de jeûne insoutenable.

- … Ace, marmonna-t-il.

Il se jeta sur lui, pour cacher ses larmes, il se délectait de son odeur de bois exotique et de menthe, toujours terminé par une note de tabac froid. Il sanglotait contre sa nuque, humidifiant son t-shirt, il sentit alors sa main se poser sur son dos, une main chaude et chaleureuse comme la lumière des étoiles.

- Qu'est-ce que tu fais là, murmura-t-il.

- Jewel m'a téléphoné, t'avais disparu … et quand j'suis arrivé, tu te réveillais pas et …

- Calme-toi. Je dormais juste.

- Pardonne-moi, pardonne-moi, pour ce que je t'ai dit !

- Arrête de pleurer, s'il te plaît.

Ace se releva et se drogua avec l'image de Trafalgar, il avait tellement eut peur de le perdre, un instant. L'amour qu'il lui portait n'était pas de ces romances qu'on voit dans les films, lisses et banales, c'était un amour viscéral qui lui faisait faire le pire comme le meilleur, un amour jamais ennuyeux. Il était souvent excessif et borné car la passion brûlait tout son être quand il était près de lui, il ne pouvait agir avec calme et raison.

Il était incapable d'aimer quelqu'un, il pouvait juste être fou de lui.

Trafalgar passa sa main sur sa joue, Ace ferma les yeux, appréciant totalement ce geste :

- J'aime cette étincelle dans tes yeux, tes cheveux jamais disciplinés, tes taches de rousseurs, ton nez plus tout à fait droit. J'aime que tu me dises franchement ce que tu penses, même si je n'aime pas toujours ce que tu penses. J'aime que tu ne prennes pas de pincette avec moi, que tu n'aies pas peur de me froisser ou de m'engueuler.

- Embrasse-moi …

Ace s'approcha doucement du chanteur car il l'empêchait de se relever. Leurs lèvres s'effleurèrent d'abord, comme pour se reconnaître puis elles se touchèrent faiblement, mais cet infime contact suffit pour faire picoter tout le corps d'Ace. Il se battait contre lui-même pour ne pas l'embrasser comme un damné, Trafalgar aimait aller doucement, apprécier les choses sans les brusquer. Le baiser resta chaste quelques instants, il caressait le visage d'Ace avec son nez alors que celui-ci cajolait sa nuque. Puis il sourit voyant qu'Ace menait une grande lutte intérieur pour ne pas le précipiter. Doucement il l'embrassa avec un peu plus de passion, laissant leur langue se rencontrer et se quitter, sans aucune entrave.

Ace posa sa tête sur son épaule et embrassa chastement chaque partie de sa nuque. Trafalgar s'occupait de son dos en regardant le plafond :

- Tu m'as manqué, chuchota-t-il.

Ace ne retint pas un énorme sourire et continua ses attentions plus ardemment :

- Toi aussi, mais tu t'en doutes.

- Mon espèce d'impulsif …

- Qu'est-ce qu'on va faire maintenant ?

- J'en sais rien … attendre ou parler.

- Tout ce que j't'ai dit l'autre jour, au studio, je ne le pensais pas, fit Ace.

- Arrête, tu ne sais pas mentir. Ne t'inquiète pas, je ne t'en veux pas.

- C'est quoi ce médicament que t'as appris ?

- … Juste un somnifère, j'avais du mal à dormir depuis quelques jours. Et j'ai bu le whisky avant, pas en même temps.

- Tu m'as vraiment foutu la trouille, tu sais.

- Désolé, murmura-t-il en lui embrassant les cheveux.

- … Je sais qui nous a balancé …

- Quoi !

Trafalgar se releva d'un bond et Ace en fit de même. Il sentait le chanteur à bout de nerf alors il lui prit les mains pour le calmer :

- C'est Marco.

- Encore celui-là ! J'pensais qu'il avait compris, merde ! J'vais me l'faire pour de bon !

- Non, surtout pas ! Il est complètement dérangé … je pense qu'il a ce qu'il mérite.

- T'es allé le voir seul ?

- Ouais, le lendemain de notre dispute.

Il se prit la tête dans les mains en soupirant, visiblement ça ne lui plaisait pas. Ace passa ses bras autour de ses épaules et déposa un petit baiser sur sa tempe :

- Tu vas voir seul, un homme qui t'a tabasser je ne sais pas combien de fois, qu'est-ce qu'il cloche chez toi, sérieux ? grinça Trafalgar.

- J'devais y aller, pour lui montrer que je n'avais plus peur de lui, que je ne l'aimais plus, chuchota Ace.

- Je comprends.

- Tu devrais appeler Jewel, elle s'inquiète.

- Après …

Ace lui sourit et ils reprirent leur câlin, il brûlait littéralement entre les bras du chanteur, ressentant cette passion envahir tout son corps. Il gémit contre les lèvres de Trafalgar, au creux de son oreille, le rendant encore plus avide de sa bouche. Leur bassin se frôlait aussi, mais Trafalgar mettait un point d'honneur à laisser une certaine distance entre eux. Ace passa ses mains sous son pull, touchant sa peau brûlante et moite de sueur et agrippa son jeans noir. Il recula subitement :

- Traf!

- C'est quand ton anniversaire ?

- Quoi ? C'est quoi cette question !

- Réponds.

- Le premier janvier.

- Et quel âge auras-tu ?

- Vingt-et-un.

- … Uniquement à ce moment-là, je t'autoriserai à mettre tes mains ici.

- Pourquoi ! Ne me chauffe pas d'la sorte.

- Je ne fais que t'embrasser, tu t'embrase tout seul avec tes gémissements …

- Arrête de ne pas voir l'effet que tu m'fais.

- Ace, j'veux pas avoir de problème.

- La majorité sexuel, c'est seize ans et t'es pas le premier avec qui j'le fais, j'te signal !

- Certes, mais je ne suis pas ton voisin de palier ou un mec de ton lycée ! Le groupe a assez de problème.

- J'connais pas ta couleur préférée, ton lieu de naissance, ni quel type de fromage t'aimes mettre sur tes spaghettis, et j'en fais pas toute une histoire !

- Le noir, Liverpool et du cheddar.

- ah, je comprends mieux d'où viens ton flegme, rigola Ace. On peut continuer maintenant ?

- Non !

- Pourquoi !

- Parce que je pourrais pas m'arrêter !

- Personne ne te le demande !

- Ace s'il te plaît, contrôle-toi. On est dans une situation assez compliqué …

- Ok, ok, j'arrête … soupira Ace, de mauvaise grâce.

- Merci.

Trafalgar fit un petit baiser sur sa joue et se leva. Il s'étira bruyamment et perdit son regard par la fenêtre :

- Regarde, il neige.

Il se leva et rejoignit le chanteur, il se cala contre lui et regarda les flocons tomber dans un silence rassurant. La pluie humide et sale se transformait en des jolis flocons blancs et purs, étouffant les bruits, les cris de la ville, recouvrant le monde comme une couverture rassurante.

- Va falloir revenir dans le monde civilisé, lança Trafalgar.

- T'es ici depuis tout ce temps ?

- Hm … Apoo a lancé un communiqué pour dire que le groupe ne ferait aucune déclaration jusqu'à la fin des fêtes.

- C'est quoi l'plan ? demanda Ace.

- Aucune idée. Je n'ai pas été très productif ici, quelque chose me turlupinait vraiment …

- Quoi ? demanda timidement Ace.

- Pourquoi tu penses que j'ai envie de quitter le groupe ?

Ace se figea et sentit le regard, auparavant perdu à travers la nuit d'hiver, se poser sur lui. Ses doigts se crispèrent, pour se donner du courage ou pour essayer de trouver une réponse.

- … j'en sais rien. Le Traf que je vois sur scène ou avec le groupe est tellement différent de celui de maintenant. Je sais que tu joues un rôle pour les autres, mais parfois tout se mélange.

- Et lequel tu préfères ?

- Si mes sentiments sont ceux que je crois, alors j'aimerai les deux.

Le chanteur embrassa ses cheveux, visiblement finalement satisfait de sa réponse puis il replongea son regard dans l'abysse extérieur.

- Tu es prêt à affronter les requins ?

- Si tu restes avec moi, oui.