Bien le bonjour ! J'espère vraiment que vous allez tous bien. On a été un peu matraqué avec ce qu'il s'est passé la semaine dernière, alors j'espère que vous passerez du bon temps en lisant mon chapitre.

Ce chapitre est dédié à trois personnes : Toshiro Histugaya-222, qui fête son anniv dans deux jours, à WhiteMerry qui fête son anniversaire aujourd'hui même ( Happy Birthday to you :D (t'es dans ce chapitre)) et à Doge3 qui à lu les 14 chapitres d'un coup, pour ça, applaudissement.

BREF ! Voilà, c'était pas très intéressant aujourd'hui (l'était-ce un jour ?)

Prochain chapitre le 13 décembre ( ça passe trop vite T.T)

Bonne lecture ~


Sept heures du matin, le réveil.

Lundi, la fin des vacances, le retour au lycée, la réalité. Le sommeil d'Ace fut agité comme jamais, il ne put presque pas fermer l'œil après l'émission de télé, Trafalgar ne l'avait pas contacté pour lui donner une explication. Quand Luffy était rentré avec sa guitare qui ne le quittait plus, il fit une drôle de tête en voyant son frère avec une tête d'enterrement. Il lui expliqua rapidement ce qu'il venait de se passer et le plus jeune se contenta d'hurler de joie quand il comprit que son frère était plus proche que quiconque de Trafalgar Law, son personnage vivant préféré.

Luffy avait cet incroyable don de voir toujours le bon côté des choses. Il préférait considérer le soleil, même si celui-ci était caché au plus profond des ténèbres. Cela permettait à son frère de relativiser les choses.

Malgré tout, aujourd'hui Ace devait aller au lycée. Ca fait presque un mois qu'il n'y avait pas mis les pieds, avec ses absences à répétitions, la révélation de Trafalgar à la télé qui explosa un record d'audience – aucun doute, tout le monde lui tombera dessus.

Luffy mangeait joyeusement son petit-déjeuner, lui n'avait qu'une hâte revoir les amis qu'il n'avait pas pu voir pendant les vacances :

- Salut, Lu', marmonna Ace en entrant dans la cuisine.

- C'est la rentré, j'ai hâte de raconter à tout le monde mes super vacances !

- T'es bien le seul …

- Le prof de musique m'a autorisé à jouer de la guitare pendant le cours, j'vais ramener ma magnifique guitare dédicacée et en mettre plein la vue à tout le monde !

- Fais gaffe à ce que tu diras quand tu parleras de Traf.

- C'est bon, tout le monde est au courant que tu le connais avec l'émission de télé ! Tout le collège m'a envoyé un sms pour me demander si c'est vrai, certains en doutent alors avec ma guitare, j'vais leur clouer le bec !

Ace ne répondit rien et se demanda ce que lui pourra dire pour clouer le bec des gens stupides et superficiels qui peuplaient son lycée. A part un gros « je vous emmerde » rien ne lui venait à l'esprit. La montre tournait et l'heure de partir approcha bien trop vite, Ace déposa Luffy près de son collège et continua son chemin jusqu'au lycée.

A peine eût-il enlevé les clés du contact qu'une horde de lycéenne gueularde prit d'assaut sa pauvre voiture. Il respira un bon coup, cette intervention télé était peut-être le prix de la tranquillité pour les membres du groupe mais ça ne l'était pas pour Ace. De toute façon, il avait fait le deuil de sa vie morne et insipide de lycéen le jour où Trafalgar l'emmena au studio.

Ace adopta une stratégie qui s'avéra rapidement payante, il sortit de sa voiture, baissa la tête et traversa la marée humaine qui l'entourait sans un mot, sans un regard. Les gens étaient tellement euphorique qu'ils ne savaient même plus ce qu'ils étaient venu voir, ils se poussaient juste en essayant de l'interpeller sans le voir pour lui donner des lettres d'amour enflammée, des disques ou des photo à l'attention de Trafalgar.

Ils s'en foutaient royalement de lui, ils ne s'intéressaient nullement à ce qu'il faisait avec The Supernovas. Il n'était qu'un intermédiaire pour mieux atteindre Trafalgar ou les autres membres du groupe.

Dix bonnes minutes furent quand même nécessaires pour traverser le parking et son joyeux foutoire. Près des bâtiments Thatch l'attendait, impassible et fidèle à lui-même.

- T'as décidé de pulvériser le record d'absence du lycée ou quoi ? s'écria-t-il. Y'a près d'un mois que j'ai pas vu ta tronche !

- Salut, désolé, j'étais pas mal occupé …

- J'ai vu ça ! Alors comme ça t'es la pupille du faux mec de ma nana ?

- Ta nana ?

- Ouaip, le bourreau des cœurs à trouver sa dame ! Mais je suis sûre que tu le savais déjà.

- J'ai de bonne relation, rigola Ace.

- Au fait, j'ai dit « pupille » pour pas dire autre chose … J'me trompe ?

- Non, sourit-il.

- J'suis content pour toi, tu passes enfin à autre chose, dit Thatch pensif.

Ils se dirigèrent vers le hall alors que la sonnerie rattroupa tous les élèves vers les salles de classes. Mais Ace rencontra un obstacle sur sa route, Smoker attendait devant les portes, le visage fermé et l'air grave. Evidemment il était là pour lui et Ace ne douta pas un instant qu'il avait fait le guet ainsi tous les jours pour l'engueuler comme du poisson pourri. Un sourire effrayant se posa sur le visage du quadra grisonnant quand il vit Ace arriver, il avait sûrement préparé une tonne de phrase bien tournée pour lui faire comprendre son exaspération :

- Portgas … Si je n'étais pas votre CPE et vous mon élève, je vous aurais mis une patate mémorable. Vous vous foutez de la gueule de qui, au juste ?

- Pas de la vôtre, je ne me le permettrais pas !

- Epargnez-moi vos sarcasmes. Vous pensez bien qu'on avoir une discussion pas très agréable tous les deux ?

- Pas agréable ? J'adore discuter avec vous, Smoker !

Thatch lui tapota l'épaule en souriant et disparut vers sa salle de classe, paisiblement. Smoker entra dans le hall suivi par Ace, quand il mit un pas à l'intérieur, les élèves se figèrent subitement comme si Dieu venait de descendre sur Terre. Ils ne le regardaient que lui, ne parlaient que lui, certains semblaient surpris de savoir que Portgas D. Ace étudiait dans ce lycée – il n'était pas vraiment le genre de type populaire que tout le monde connaissait. Ce petit manège énerva profondément Smoker, il dispersa les élèves trop curieux d'un claquement de langue.

Il soupira en fermant la porte de son bureau, Ace s'installa sur la chaise abîmé. Smoker sortit un dossier impressionnant et le déposa bruyamment sur son bureau métallique :

- Ce dossier, c'est toutes les emmerdes que vous avez causé depuis votre premier jour dans ce lycée, il y a de ça cinq ans. Je pensais avoir été convaincant la dernière fois, vous n'avez pas lu le dépliant que je vous ai donné ?

- A vrai dire, je n'ai pas vraiment eu le temps.

- Je sais que les études ne sont sûrement pas une priorité à votre âge, mais vous avez eu un F en art plastique, la seule matière qui ne me faisait pas perdre tout espoir en vous !

- C'est pas ma faute, vous avez viré Newgate ! Baggy n'est pas du tout compréhensif !

- Il vous a donné la possibilité de faire un examen de rattrapage puisque vous ne prenez même plus la peine de faire vos devoir-maison ! Qu'est-ce que vous voulez de plus !

- J'avais quelques ennuis à ce moment-là ! Vraiment, je voulais venir, j'avais préparé quelque chose de classe, mais j'ai pas pu !

- Vous mentez aussi mal que je souris !

- Elle est bonne celle-là, rigola Ace.

- Portgas ! Un F en art plastique sur votre dossier, ça fait tâche, surtout pour intégrer l'école de Rhode Island !

- Je vous l'ai dit, j'ai un gamin à charge, j'ai pas l'intention de le faire changer de vie du jour au lendemain en allant étudier à des centaines de kilomètres d'ici !

- Alors quoi ? Vous allez rester ce gamin un peu pommé qui travaille le soir dans un restau pour essayer d'offrir un repas à son frère ?

- Vous êtes dur !

- Non réaliste ! Ayez un peu d'ambition, bon sang !

- J'ai des ambitions, mais elles impliquent de ne plus venir en cours, rétorqua Ace.

- Personne ne voudra de vous sans diplôme, en avez-vous conscience ?

- Je crois que votre foi dans le système scolaire américain est un peu trop grande. L'American Dream, ça ne vous dit rien ?

Ace se leva, considérant avoir tout dit à son cher CPE. Il croyait vraiment en son avenir, la pochette du prochain album de The Supernovas constituait une fondation solide dans sa carrière de graphiste. Depuis qu'il avait goûté à l'intense excitation de la vie bohème de musicien que menaient les autres – pas d'horaire de bureau, de deadline, de patron tyrannique et même si elle impliquait d'énorme sacrifice, Ace ne se voyait pas ailleurs. Il se créera un site internet pour publier ses travaux et pour trouver des clients, il y croyait dur comme fer, après tout il n'y a qu'aux Etats-Unis que cela pouvait être possible.

Il rejoint sa classe après un moment de flottement, il ne connaissait plus du tout son emploi du temps. Le cours de littérature était bien entamé, il entre sans faire de bruit même s'il sentait les yeux de serpent de la vieille Tsuru dans son dos, mais il s'en fichait que ses profs ne pouvaient pas le voir en peinture, à la fin de l'année, diplômé ou pas il quittera enfin ce lycée de malheur. Elle parlait encore de La Route du Tabac à croire que c'était le seul livre qu'elle n'ait jamais lu. Ace sortit simplement un crayon pour s'occuper les mains, il n'avait nullement l'intention d'écouter les élucubrations de sa prof presque centenaire.

Son portable vibra dans sa poche et il espérait bien que c'était un chanteur à la peau mat et terriblement sexy.

Bingo.

Il sortit son mobile sans aucune gêne et ouvrit sa boîte de réception.

Rendez-vous au House of Blues dès que tu peux. La porte de service est sur la droite.

Ace esquissa un sourire ce qui interpella la vieille Tsuru qui n'avait pas l'habitude de voir un tel rictus dans son cours :

- Monsieur Portgas, qu'est-ce qui vous fait rire de la sorte ?

- J'hésite entre mon téléphone et votre affligeant cours sur La Route du Tabac, aussi pathétique que l'année dernière !

- Vous-voulez que je vous vire de ce cours ! cria-t-elle, les joues rouges de colère.

- Ne vous donnez pas cette peine, je me vire moi-même.

Il sortit de la classe sous les yeux médusés des autres élèves, il claqua la porte un peu brutalement espérant faire sursauter sa vieille prof. Un lycée sans ses élèves avait quelque chose d'inquiétant, les couloirs étaient désert et silencieux, comme si un monstre ou un tueur en série allait surgir d'une seconde à l'autre.

Il traversa le couloir en toute quiétude pour sortir sur le parking tout aussi désert. Il faisait beau aujourd'hui et même plutôt doux pour un début de mois de janvier, la neige blanche et immaculée laissait peu à peu place à une boue noire et dégoulinante. Il grimpa dans sa voiture et quitta ce lycée qui ne faisait qu'aspirer sa force vitale pour le transformer en un zombie consensuel.

Ace savait que son comportement lui vaudra un mauvais dossier et qu'il n'aura que très peu de chance de finir dans une université un tant soit peu reconnue mais il s'en lavait les mains. Il se sentait tellement galvaniser par l'amour toujours plus fort qu'il ressentait pour Trafalgar qu'il ne pouvait qu'imaginer son futur avec lui et les autres membres du groupe, dans cet univers stimulant et inspirant où il se passe toujours quelque chose, où l'on ne dit jamais de banalités.

La salle de spectacle House of Blues était assez loin d'ici, au bord du lac Michigan, de l'autre côté de la ville. Ace se demanda un instant s'il devait passer prendre son frère au collège avant d'y aller, de toute façon il voulait passer à l'appartement pour prendre son appareil photo, le collège de Luffy n'était pas bien loin.

Trafalgar ne l'attendait sûrement avant la fin de la journée, persuadé qu'Ace était gentiment assis sur les bancs de l'école.

Ace démarra et roula tranquillement vers son appartement, cela lui permettra aussi de changer de tenue, étrangement, il avait envie de se faire beau aujourd'hui.

Dark Side Of The Moon tournait dans la voiture depuis que Trafalgar lui avait refilé. Il commençait à comprendre pourquoi il aimait tellement ce disque, cette musique était planante, elle apaisait un peu son esprit toujours à cent à l'heure. Parfois il entendait des similitudes dans la mélodie, dans des paroles ou dans l'ambiance avec quelques un des morceaux de The Supernovas, cette pensée le fit sourire, il avait plutôt bien intégré l'univers de la musique malgré son ignorance, qui est d'ailleurs toujours grande, mais il comprenait mieux le processus artistique, les choix musicaux que menaient Trafalgar et les autres ainsi que la complexité folle qui se cachait dans une chanson bien faîte que les gens consommaient aussi vite qu'on jetait un mouchoir usagé.

.

Luffy trépignait d'impatience à côté de lui, serrant son sac contre son cœur pour canaliser son énergie. Ace était plus calme, toujours éprit de cet étrange sérénité qu'il ne le quittait pas depuis Noël. Il avait enfilé une chemise noire, la seule un peu classe qu'il possédait, par-dessus son jeans un peu abîmé. Ce n'était pas grand-chose mais cela suffisait pour lui redonner confiance et panache.

Il regardait attentivement les panneaux qui menait au House of Blues, il connaissait mal cette partie de Chicago, ce quartier où des maisons avec vue sur le lac et plus chères les unes que les autres se succédaient. La salle de concert apparut finalement, le parking était désert à part deux voitures qui appartenaient sûrement aux membres du groupe. Ace se gara le plus près possible de la porte pour éviter une traversé éventuellement mouvementé du parking.

Il coupa le moteur et leva le frein à main avant de se retourner vers son petit-frère qui entrouvrait déjà la portière :

- Lu', tu te rappelles la cohue en bas de chez nous la dernière fois ?

- Ouais …

- Ca va peut-être recommencer maintenant, informa-t-il, mortellement sérieux.

- Quoi ! Mais y'a personne ici !

- Ne t'en fais pas, ils sont sûrement en train de faire le tour du pâté de maison ou ils sont planqués derrière les bâtiments. Ils risquent de débouler à tout moment

- Comme dans Les Oiseaux d'Hitchcock ?

- Exactement. Alors écoute-moi bien, si tu les vois, tu coures et tu entres par la porte là-bas, ok ? Sans te retourner, sans parler, sans rien !

- Mais et toi ?

- Peut-être que je dirais un mot, je sais pas encore, soupira Ace.

- A cause de l'émission de télé ?

- Ouais … Bon, on y va, t'es prêt ?

Luffy prit sa moue sérieuse et poussa la porte de sa voiture. Vingt-mètre les séparaient de la porte mais Ace savait que c'était bien suffisant pour se faire avoir comme des rats. Luffy était dehors sur le parking et entama sa marche vers la porte, Ace sortit à son tour, plus calme et feignant l'indifférence, il ne voulait surtout pas leur montrer que ce jeu de dupe le préoccupait d'une quelconque façon. Luffy avait parcouru la moitié de chemin alors qu'Ace marchait derrière lui.

Ils étaient là, il le sentait comme le vent qui se lève avant un orage ou l'odeur de l'humidité dans l'air avant la pluie. Il balayait les alentours, alerte, Luffy atteignit la porte et entra dans la salle de concert, il soupira de soulagement. Il ne lui restait que la moitié du chemin à parcourir mais il reconnut le bruit typiquement du déclencheur d'un appareil photo, il braqua son regard vers la droite et vit cinq photographes se ruer vers lui comme des damnés. Il ralentit un peu le pas alors qu'ils se mettaient à hurler son nom tout en prenant des photos en rafale :

- Ace ! Ace ! Pouvez-vous nous confirmer les dires de Law à la télé.

- Oui, c'est la stricte vérité. Je n'ai rien à ajouter, je travaille pour le groupe. Point barre.

Les photographes lui posèrent encore des questions mais Ace se contenta de les ignorer et accéléra le pas pour rentrer dans la salle de concert où il se retrouva nez-à-nez avec Trafalgar. Ses sourcils étaient courbés en un rictus effrayant qui montrait parfaitement sa colère :

- Je peux savoir à quoi tu joues ? Tonna-t-il.

Il vit Luffy juste derrière lui, un peu perdu, son petit frère lui avait sûrement fait part de son plan quand il rentra seul à l'intérieur :

- Quoi ! J'ai pensé que ce serait cool que je dise quelque chose ! rétorqua Ace, les bras croisé sur son torse.

- Cool ? Siffla-t-il. Depuis quand c'est cool de se faire prendre en chasse et harceler par des journalistes ? Si tu mets le doigt dans l'engrenage, il te broiera tout entier.

- C'est bon, n'en fait pas toute une montagne ! De tout façon, j'ai rien dit de plus que ce que tu as dit !

- C'est déjà bien trop ! Tu as justifié quelque chose qui n'en valait pas la peine, ils vont se dire que c'est louche et qu'il y a anguille sous roche ou alors que tu as besoin d'approuver mes paroles comme si ton rôle était plus important que je veux bien le dire !

- T'es pas un peu parano … ?

- Et toi complètement naïf ! Ne joue pas à la star, Ace, crois-moi, tu ne t'en relèveras pas !

Il tourna les talons et disparut dans le couloir qui menait à la scène. Luffy était resté interdit, complètement retourné, il voyait pour la première fois son idole absolu engueuler son grand frère.

- Désolé, Ace, c'est d'me faute, j'aurais pas dû lui dire !

- Non, Luffy, t'es pas responsable !

- Mais il a crié !

- Ne t'en fais pas, c'est normal. Ça ne lui a pas plu que je joue avec le feu, sourit Ace en ébouriffant ses cheveux.

- On peut quand même y aller ? demanda-t-il d'une petite voix.

- Evidemment.

Luffy retrouva son sourire qui s'était éclipsé l'espace d'un instant. Les deux frères empruntèrent le même couloir que le chanteur et arrivèrent au milieu des sièges de la salle. Ace fit un tour sur lui-même, c'était gigantesque, bien plus impressionnant vide que rempli. Sur la scène, des dizaines de personnes grouillaient dans tous les sens pour installer les instruments alors que le groupe était installé au premier rang, prit dans une discussion mouvementée.

Ace et Luffy s'approchèrent d'eux, les yeux collés sur l'immensité de la salle et son vide presque inquiétant. La scène aussi était d'une belle taille, encombrée peu à peu avec une batterie, des guitares, des enceintes …

Devant eux, Kidd et Trafalgar avaient une énième prise de bec alors que Zoro essayait de les calmer pendant que Jewelry regardait la mise en place pensive, ignorant royalement ses collègues. Elle aperçut Ace et son frère :

- Ace et mini-Ace ! S'exclama-t-elle.

- J'm'appelle Monkey D. Luffy, m'dame !

- Monkey ?

Elle posa un regard plein d'incompréhension sur Ace, peut-être parce que Luffy portait terriblement bien son nom ou parce que les deux frères ne portaient pas le même patronyme – malgré leur ressemblance frappante. Ace fit simplement oui de la tête, qu'importent les questionnements de la rose.

- Vous venez voir la balance ? Continua-t-elle.

- Ouais, Traf m'a invité et puis je ne pouvais pas venir sans Luffy, il m'aurait étripé.

- J'en ai rien à foutre que ça te fais deux morceaux compliqué de suite ! On avait dit la trente-deux et après la vingt-quatre et pas la quinze, merde ! gueula Trafalgar à côté d'eux

- Qu'est-ce que t'es psychorigide ! Ça va te tuer de switcher deux malheureuses chansons ? rétorqua Kidd.

- Oui, merde !

- J'vois pas le problème ! J'pourrais pas tenir le coup si on enchaîne ces deux-là à même pas vingt minutes ! Et puis, on balance les tubes dès la première demi-heure, les gens vont se faire chier l'heure qui suit ! C'est complètement débile !

- Pourquoi t'as pas dit ça avant, putain ! Tu veux toujours faire des changements de dernière minute !

- Si t'étais pas un psychorigide de mes deux, on irait plus vite, bordel !

- Ils discutent de la set-list, soupira Jewelry visiblement fatigué de leur engueulade perpétuelle.

- Ça à l'air sérieux, rigola Ace.

- Evidemment que ça l'est ! Sinon ils ne se prendraient pas le bec de la sorte !

Un bruit sourd provenant attira l'attention des musiciens, un homme gringalet et maladroit ramassa rapidement les deux basses qu'il venait de faire tomber sur le sol dur de la scène. Jewelry se leva d'un bon, rouge de colère :

- Et toi là ! Qu'est-ce que tu viens de faire ! Cria-t-elle.

- Excusez-moi, ça m'a échappé !

- Si je te vois encore cogner du matos, je te jure que c'est sur ta petite tête que Kidd va faire de la batterie !

- Ouais … on ne plaisante pas avec les instrus, ajouta Kidd.

Le jeune homme ravala sa salive bruyamment et continua son boulot, plus fébrile que jamais. Jewelry revint s'asseoir en ronchonnant, cet incident avait eu le mérite de stopper la joute verbale entre Trafalgar et Kidd. Une fois que tous les instruments furent en place et raccordés aux amplis, une voix résonna dans la salle de concert déserte :

- Kidd, tu peux venir pour la batterie.

Le rouge termina son verre de rhum arrangé en une gorgé puis se saisit de ses baguettes et monta sur la scène sans prendre les escaliers :

- Faut toujours qu'il se la pète ce branleur, chuchota Trafalgar en allumant une cigarette.

- Traf, éteins ça, gronda Jewelry.

- Laisse-la moi, je l'ai bien mérité, grommela-t-il. J'ai besoin de me détendre.

- Ace, dis quelque chose, il se flingue avec ses conneries !

- Faut bien mourir de quelque chose, soupira-t-il.

Ace ne dit rien, il savait que Trafalgar l'enverrait joyeusement balader, le chanteur n'acceptait pas de recevoir de leçon d'Ace, la dernière fois qu'il avait essayé, cela avait fini en une gueulante légendaire derrière le studio. Ace s'installa à la place qu'occupait Kidd un instant auparavant, juste à côté de Trafalgar. Luffy était devant la scène et interpellait les pauvres types qui essayaient de faire le travail pour leur poser des questions à tout bout de champs.

Le chanteur semblait vraiment en rogne depuis leur accrochage puisqu'il n'accorda même pas un regard quand Ace s'installa à côté de lui. Il fumait sa cigarette à vitesse grand V, se moquant des cendres qui tombaient à même le sol. Finalement il tua son mégot dans un geste négligeant avec son pied. Sur la scène Kidd râlait à propos de la disposition des micros autour de sa batterie, l'ingénieur du son acquiesçait sans oser broncher.

- C'est toujours aussi … fun, les balances ? lança Ace pour détendre l'atmosphère.

- Il a raison de râler, les micros statiques c'est bien pour les cymbales mais il vaut mieux en mettre des dynamiques pour les tomes et un à basse fréquence pour la grosse caisse.

- C'est pas ce qu'il a fait ?

- Non, il a mis des dynamiques partout. Bien que ce soit plus facile, Kidd a toujours tendance à être un emmerdeur, il préfère les micros statiques.

- Je vois, dit Ace à défaut d'autre chose.

Ace sursauta d'un coup quand Kidd commença à taper sur ses tomes, fidèle à son caractère explosif, la batterie tremblait intensément sous ses coups de baguettes rageurs. Ace assistait à une véritable démonstration de musique, les coups anarchiques avaient trouvé leur place dans un ensemble incroyablement musicale et endiablé. Ace hochait un peu la tête sans s'en rendre compte tant la ligne rythmique que proposait Kidd était efficace, Trafalgar lui tapait du pied, un petit sourire en coin :

- C'est pour ça que j'bosse avec lui, dit-il.

- Je croyais que c'était lui qui t'avais choisi, répondit Ace sans faire attention.

Evidemment, sa langue avait fourché. Il n'était sûrement pas au courant que Jewelry lui avait raconté la genèse du groupe et de leur faux-couple et le regard froid sur lui ne faisait que confirmer ce sentiment.

- Comment tu sais ça, toi ?

- J'lui ai raconté deux-trois trucs, pas besoin d'en faire un fromage, il n'y est pour rien ! Intervint Jewelry.

- J'peux savoir ce que c'est ces « deux-trois trucs », fit-il en haussant un sourcil.

- Juste le début du groupe et de notre super couple, c'est tout !

- T'es sûre ?

- Mais oui, je n'ai rien dit à propos de … la chose.

- Tu viens de le faire, idiote !

- C'est quoi la chose ? demanda Ace.

- Rien, éluda Trafalgar. Au fait, t'as regardé l'émission ?

Ace esquissa un sourire, il se demanda quand il allait aborder le sujet. Il avait longuement débattu du sujet avec son cerveau après que Jewelry soit partie, devait-il jouer le mec blessé et indigné ? Sûrement pas, ce comportement d'enfant gâté exaspérait Trafalgar au plus haut point. Alors il avait décidé de la jouer mature et compréhensif. Trafalgar semblait à bout de nerf, il avait réagi au quart de tour avant, cette histoire de photo, la nouvelle année qui commençait plutôt mal tout cela l'affectait, même s'il refusait de le montrer.

- Ouais, j'ai regardé.

- Et ?

- Et rien.

- Comment ça rien ? S'étonna-t-il. Pas de cris, pas de scène ?

- Nope ! Je pense que tu as raison.

- Vraiment ?

- Oui ! Ne fais pas cette tête !

- Désolé mais je m'attendais à … plus d'impulsivité.

Ace rigola et entendit un petit soupir de soulagement de Trafalgar, apparemment il redoutait vraiment sa réaction. Ace aimait beaucoup ça chez lui, il était comme un jeu d'observation, un puzzle, il ne disait jamais clairement les choses mais ces petites mimiques, ces mots parlaient vraiment à sa place. Quand Ace comprit cela, il arrêta de quémander de l'attention comme il faisait avant, il préférait voir son petit sourire en coin et ses yeux pétiller quand il était là, il préférait voir son impatience grandir quand il passait ses mains autour de sa nuque.

Il préférait mille fois ses petites attentions à peine discernable que l'amour grandiloquent et ostentatoire qu'il offrait aux journalistes avec Jewelry.

Ace noua ses doigts aux siens alors que Kidd parlementait avec le gars derrière la platine quant au retour de son instrument. Trafalgar caressa subtilement le dos de sa main avec son pouce tatoué – son petit sourire en coin s'était agrandi.

- Au fait, cette chemise te va très bien.

- Dieu merci ! Je pensais que tu ne le remarquerais jamais !

- Je remarque tout quand cela te concerne, Ace. Je remarque aussi que tu étais là bien tôt pour un lycéen qui reprend tout juste les cours …

- Ah ouais … J'ai eu quelques emmerdes, comme d'hab. Et puis j'ai plus vraiment envie de foutre les pieds là-bas, j'préfère mille fois être ici.

- Je ne suis pas ton père, tu fais ce que tu veux mais … fais attention.

- Ne t'inquiète pas pour moi !

- Evidemment que j'm'inquiète pour toi, t'es une catastrophe ambulante !

Ace rigola mais ne répondit rien, à la place il sortit son appareil photo flambant neuf et immortalisa le visage de Trafalgar, un peu étonné. Il se leva et fit le tour de la salle, prenant en photo les sièges vides, le plafond incroyablement haut, la rangé de projecteur, Luffy qui avait terminé sur la scène et qui suivait les mecs comme un petit chien. Il prit aussi Jewelry qui regardait son téléphone avec des étoiles dans les yeux, Kidd derrière sa batterie, Zoro qui piquait un somme à moitié allongé sur son fauteuil.

Oui il préférait être ici, dans ce monde plein de vie qui grouillait d'idée, d'inspiration que sur les bancs mornes de son lycée.

- Quelqu'un pour le test du micro principal, fit l'ingénieur du son.

Une jeune femme apparut alors sur scène, le blouson typique des roadies sur le dos. Elle traversa la scène doucement, essayant de retenir le plus de détails de l'endroit. Elle était devant les types les plus cools du monde :

- C'est qui celle-là ? demanda Jewelry.

- On dirait une stagiaire de collège, grommela Kidd.

- Elle m'a envoyé une dissertation de cinquante pages sur pourquoi notre groupe déchirait alors j'ai décidé de la prendre en tant que roadie, juste cette fois.

- C'est quoi un « roadie » ? demanda Ace.

- La personne qui test le micro pour les balances.

- C'est tout ? C'est naze …

- Étrangement, les derniers roadies qu'on a eus ont lamentablement échoué. Voyons ce que va donner celle-là …

La jolie brune arriva devant le micro. Le vide sidéral de la salle lui chatouilla un peu le ventre et le regard braqué sur elle de tous les membres du groupe encore plus. L'ingénieur s'impatientait derrière sa platine :

- Chérie, on n'a pas toute la vie, alors secoue-toi !

Elle déglutit et serra le manche glacé du micro entre ses mains, en pensant que Trafalgar mettra sûrement les siennes à cet endroit pendant le concert.

- Hmm …

Le micro grésilla puis siffla dans un bruit insupportable alors que sa voix rendue étrange par le micro résonnait encore dans la salle vide. Trafalgar esquissa un sourire un brin mesquin alors que Kidd se foutait ouvertement de sa gueule – traumatiser les petits nouveaux était son plaisir personnel.

Elle se ressaisit rapidement, elle s'était tellement préparé pour ce moment, qu'elle ne devait pas flancher :

- 1,2. 1,2. This is a test.

- Ok, merci, lança l'ingé son. C'est tout pour moi !

La brunette sourit de toute ses dents, contente d'avoir réussi brillamment son travail de roadie. Elle tourna les talons en regardant encore les quatre membres du groupe assis à quelques mètres d'elle. Mais à force de ne pas regarder droit devant elle, la jeune roadie se ridiculisa lamentablement en tombant dans l'escalier menant à la scène sous le rire gras et moqueur de Kidd.

- J'les adore, pouffa-t-il.

Trafalgar esquissa aussi un sourire.

- Traf, c'est à toi, pour la guitare.

Ace prit en photo la démarche nonchalante du chanteur alors qu'il montait sur scène, il l'immortalisa avec sa guitare sur les genoux et au fur et à mesure, le visage de Trafalgar prenait un rictus exaspérer sur les photos :

- Tu peux arrêter de jour au paparazzi, s'il te plaît ? Ça me déconcentre …

- Quoi ? C'est toi qui m'as offert ça, je te fais honneur en l'utilisant, non ?

- Certes, mais t'as pas obligé de prendre une photo dès que je bouge le petit doigt !

- Je ne les revendrai pas à la presse people, si c'est ça qui te perturbes, marmonna Ace en prenant une dernière photo.

- Très drôle. On peut y aller, fit-il pour l'ingénieur du son.

Il commença à jouer de la guitare et comme d'habitude, tout s'apaisa. Ace délaissa un peu son reflex comme envoûter par le son de sa guitare. Puis il se mit à chanter, même pas des mots, aucune des paroles, il faisait juste vibrer ses cordes vocales et cela suffisait à faire frissonner tous les poils de son corps. Il se demanda subitement pourquoi il ne lui avait jamais demandé de lui chanter quelque chose quand ils n'étaient que deux, quelque chose d'intime, des mots que lui seul pourrait entendre.

Ace avait dessiné pour lui, en ne pensant qu'à lui, peut-être qu'il pourrait chanter et composer en ne voyant que son visage.

Trafalgar s'arrêta, l'ingénieur du son semblait satisfait du rendu de sa voix et de sa guitare au travers de ses micros. Il descendit rapidement de la scène et s'approcha d'Ace, les mains dans les poches, les yeux pleins d'étoiles et son sourire plus qu'en coin :

- Pourquoi tu me regardes comme ça ? demanda le chanteur.

- … pour rien, balbutia Ace.

- Tu ne sais pas mentir et je vois bien que tu as quelque chose derrière la tête.

- J'ai toujours quelque chose derrière la tête quand tu me regardes de cette façon, sourit-il.

- Arrête de penser avec ton froc …

- T'étais bien content le jour de la Saint Sylvestre que ton froc hante mon esprit.

- Je n'aime pas du tout cette assurance que tu as depuis quelque jours, susurra-t-il dans son oreille.

- Embrasse-moi et je deviens sage comme une image, chuchota Ace.

- Pas devant tout le monde …

- Ils sont en courant, en s'en branle !

- Tu mériterais bien que je te fasse taire, toi et ton vocabulaire de racaille.

- Qu'est-ce que t'attends ?

- Toi et moi, c'est privé et uniquement privé. On verra ça ce soir, hein ?

- Ce soir !? s'écria-t-il subitement. Mais je bosse au restau ! Jusqu'à minuit !

- Notre concert dure jusqu'à deux heures du mat'. On dirait qu'on va devoir reporter ça …

- Quoi ! Ne me chauffe pas de la sorte alors, espèce de tortionnaire sans cœur !

- Je retrouve bien là mon impulsif … Allez, viens, je vais te faire visiter les coulisses …