salut tout le monde ... On a dépassé les 80 reviews ! blblnrknbopebvop, j'suis trop contente :) Merci tout le monde, vous êtes extra ! Ce serait tellement beau d'arriver à 100 avant le chapitre 20 !

Je suis désolé de n'avoir répondu à ... à peu près personne la dernière fois mais c'est bientôt les partiels ... Et puis les chapitres sont de plus en plus durs à écrire, c'est facile de planter des graines mais plus difficile de faire une bonne récolte.

Je voulais vraiment vous faire un petit cadeau de Noël avec un chapitre bonus, mais j'ai pas le temps T.T Sorry, sorry.

Bon, en vrai, on a un problème, enfin j'ai un problème ... A partir de ce chapitre, vous allez un peu de me haïr ... Lâchez-vous dans les commentaires, les enfants.

La suite le 03 janvier 2016 !

PS : la petite phrase en italique est tirée de la chanson "Don't look back in anger" d'Oasis. Un classique.


"Please don't put your life in the hands of a rock'n'roll band"

Trafalgar parlait, de chose et d'autre mais Ace n'écoutait rien. Visiter les coulisses pour lui signifiait un câlin entre deux amplis, rapide et passionné, les sensations exacerbées par le risque de se faire prendre.

Mais non, Trafalgar lui expliquait à quoi servait un énième bloc noir avec plein de bouton dessus. Comment, au juste, devait-il rester concentré avec sa main dans la sienne et la sensation persistante de sa voix au creux de son oreille !?

- J'peux te poser une question ? dit-il subitement.

- Quelque chose qui concerne les amplis à transistor ?

- Nan, j'm'en fous de ça ! On est vraiment venu là pour que tu me parles de ces bidules ?

- … Non, j'voulais juste tester ta résistance, sourit-il.

- Alors ferme-là et embrasse-moi, merde !

En une fraction de seconde, Ace sentit les boutons de l'ampli à transistor lui vriller le dos mais rien n'avait plus d'importance que les lèvres de Trafalgar sur les siennes, son nez tordu contre sa joue, ses grandes mains chaudes et rugueuses dans son cou. Ace le tirait toujours plus contre lui, il aimait tellement le sentir si enthousiasme. Trafalgar s'essaya à quelque chose de nouveau, les suçons dans le cou et Ace grogna parce que sentir ses dents et sa langue sur sa peau en ébullition le rendait dingue :

- Arrête, je bosse après, murmura-t-il. Si mon patron voit ça, il va m'arracher les yeux !

- Laisse-moi marquer mon territoire en paix.

Ace sourit contre ses cheveux et serra sa tête un peu plus sa tête contre son torse. S'ils n'étaient pas au beau milieu d'une salle de concert, dieu seul sait ce qu'ils auraient fait à cet instant.

- Traf, sérieux, grogna-t-il.

- Personne ne te tournera autour comme ça ... Un signal de danger pour les autres.

- Quels autres ?

- J'en sais rien, ceux qui se retourne dans la rue sur toi en espérant quelque chose. C'est juste pour dire "pas touche, il n'est pas libre"

Ace empauma son visage et plongea dans ses yeux d'argent. Ils n'avaient plus rien à voir avec ceux d'autrefois, ils pétillaient de toutes sortes de nuances, ils vivaient.

- Répète un peu ça ?

- T'as très bien entendu.

- T'es pas en train de dire ce que je crois que tu es en train de dire !

Trafalgar rigola de son rire franc et joyeux et fondit à nouveau vers lui avant qu'il ne dise autre chose de cet acabit. Ils se séparèrent le souffle court, avant d'aller trop loin. Trafalgar enfouit sa tête dans son cou, Ace lui caressait le dos distraitement :

- Pourquoi tu m'obliges à faire ça ? marmonna le chanteur.

- Quoi ça ?

- Craquer.

- Pour moi ?

- Hm. Tu vas me détester un jour, je le sais.

- Tu parles de la chose ?

- Ça et plus encore ….

- Le fait que t'as couché avec Jewel au début de votre faux-couple.

- … Elle te l'a dit, murmura-t-il après un silence.

- Mmm et je m'en fous totalement, à vrai dire.

- Vraiment ?

- Oui, sourit Ace.

Il posa juste ses lèvres sur les siennes quand des bruits de pas s'approchèrent d'eux :

- Traf, t'es là ? On va commencer les répète ! fit la voix de Zoro.

- J'arrive.

Ace comprit immédiatement qu'il devait ressortir discrètement des coulisses juste après Trafalgar. Zoro dormait comme une souche quand ils s'étaient éclipsés. Il remit un peu son t-shirt droit et passa une main dans ses cheveux, Ace lâcha sa main au dernier moment. Il l'entendit discutailler avec Zoro :

- Ramène-toi, Ace, Luffy te cherche.

Ace sursauta. Grillé. Il attendit quand même d'entendre les pas du vert se détourner du couloir avant de sortir des coulisses comme une fleur. Le groupe était sur scène, Luffy assis au premier rang, il s'assit près de lui :

- T'étais ou ?

- Dans les coulisses, Traf voulait me montrer des amplis à transistor, dit-il.

- Ça sert à quoi ?

- … A amplifier avec des transistors.

- Trop cool, sourit son petit-frère. Regarde, ils vont jouer, rien que pour nous !

- Tu vas voir, c'est super !

Ace s'assit près de son frère qui trépignait d'impatience, il jeta un coup d'œil à sa montre, il pouvait bien rester encore quelques minutes sans subir les foudres de Zeff. . Il se rendit compte que Luffy ne plaisantait pas le moins du monde, puisqu'il chantait toutes les paroles en parfait accord avec Trafalgar, même pendant les parties instrumentales il imitait le bruit de la guitare de Zoro ou tapait en rythme avec la batterie de Kidd.

Le temps passait bien trop vite quand il était avec The Supernovas, quand il regardait Trafalgar, Ace avait l'impression qu'il lui manquait toujours quelques minutes, quelques secondes en sa compagnie. Il serait bel et bien en retard, il ne voulait pas partir mais sa situation financière de ce début d'année n'était pas glorieuse, le cadeau de Luffy avait fait un sacrée trou dans son compte en banque, il ne pouvait pas se payer le luxe de ne pas travailler.

Il n'attendait que la sortie de leur prochain album pour se faire un peu d'argent sans effort.

Le tourbillon Trafalgar Law dans son cerveau l'avait totalement détourné de sa présence initiale à leurs côtés. Même si le chanteur ne lui mettait franchement pas la pression, il savait qu'il l'attendrait au tournant.

Il enfila sa veste et fit signe à son petit frère, le groupe jouait toujours, terriblement concentré. Trafalgar ne regardait que ses doigts sur sa guitare et les autres aussi. Il se racla la gorge mais sa misérable tentative fut réduite à néant par le volume de la musique. Heureusement, leur chanson se termina et ils décidèrent de s'hydrater. Trafalgar but une grosse gorgée de bière avant de voir Ace juste devant la scène, il se pencha pour se rapprocher de lui :

- Je dois y aller … Je suis déjà en retard, soupira-t-il.

- Pas de problème.

- Euh … j'peux te laisser Luffy jusqu'à la fin de la répète ? Peut-être que tu pourrais le ramener à l'appart avant le concert …

- Depuis quand je fais la nounou ?

- Je t'en prie, si je le ramène avant de partir au restau, Zeff va me virer pour sûr et puis deux heures du mat' c'est trop tard, il doit aller en classe demain !

Il grogna et jeta un coup d'œil à Luffy assit au premier rang qui était trop en extase pour bouger d'un iota :

- Bon ok, mais juste pour cette fois ! râla-t-il un peu pour la forme.

- Merci, bon, j'me sauve.

Ace ferma son blouson et détourna les pas. Il ne tarda pas à se rendre compte que le chanteur le suivait, sa guitare toujours autour des épaules :

- Hey, le zombie ! Où tu t'casses comme ça ! fit la voix de Kidd.

- Je sais que tu peux pas mettre un pied devant l'autre sans moi ! J'suis là dans deux minutes, tâche de ne pas te casser la gueule … même si tu restes sur ton siège.

Ils traversèrent rapidement le long corridor qui menait à la porte de service. Ace se retourna et embrassa rapidement Trafalgar :

- C'est tard pour toi aussi deux heures ? J'dois te parler d'un truc …

- La chose ?

- Arrête avec ça !

- Non … j'ai cours seulement l'après-midi.

- Génial, j'passe chez toi, tu m'attends pas dehors ok ?

- Oui …, soupira Ace gravement. On ira au chalet ?

- Ouais.

- LAW ESPÈCE D'ENFLURE ! RAMÈNE TOI OU JE TATOUE UNE PAIRE DE BOULES SUR LE FRONT, POUR ETRE EN ACCORD AVEC LE RESTE DE TON VISAGE.

La voix mélodieuse de Kidd et son langage incroyablement élégant fit rigoler Ace et soupirer Trafalgar. Ils échangèrent un dernier baiser un peu plus attentionné :

- A tout à l'heure, alors.

- … Est-ce que j'dois faire du mauvais sang concernant ce truc ?

- Même si je te dis non tu le feras quand même !

- Pas faux, remarqua Ace.

- Dégage maintenant et j'veux te retrouver en un seul morceau !

- Oui, j'y vais !

- Dernière chose, penses-tu être capable de fermer ta moule de la porte jusqu'à la voiture ?

Ace lui répondit par une grimace aussi peu élégante et raffinée que mâture puis il claqua la porte derrière lui. Il fonça vers sa voiture, les photographes n'aimaient pas le noir apparemment, le parking était désert. Il démarra et parti en trombe, il avait toute la ville à traverser avant d'arriver au Baratie et cela en une petite demi-heure.

Quand il arriva, Zeff ne fit pas de remarque par rapport à son mini-retard, ni à ses cheveux vulgairement coiffé, mais Ace était sûr que ses yeux de faucon avaient remarqué les petites tâches bleu-violacées qui parsemaient son cou, malgré le col de sa chemise blanche bien haut. Makino elle aussi l'avait remarqué puisqu'elle arborait un sourire jusqu'au plafond. Le patron semblait de bonne humeur pour cette nouvelle année, c'était la première fois qu'il revoyait ses recrues depuis les fêtes de fin d'années :

- Les jeunes, d'abord, Bonne Année. Je vous souhaite tout le bonheur du monde, vous le méritez n'en doutez pas !

Le vieux devenait presque croulant, cela faisait un peu marrer Ace :

- Portgas, j'espère que cette année tu vas avancer ta montre de cinq bonnes minutes, si tu veux qu'on reste copain !

- J'ferais de mon mieux, patron, sourit Ace.

Les cuisiniers étaient eux-aussi alignés en rang d'oignon pour écouter le blabla du gérant, Zeff fut militaire durant sa jeunesse et visiblement certaine habitude ne se perdait vraiment pas.

- Je vous donnerai votre prime de fin d'année après le service, alors ne me décevez pas ! Au boulot, maintenant !

Ace quitta la cuisine en compagnie de Makino pour s'occuper de la salle. Ace commençait à s'agacer des regards lourds de sens de sa collègue ainsi que de son sourire perfide :

- Qu'est-que t'as ? s'écria-t-il.

- Je sais pas … peut-être une collection de suçon sur le cou et un col de chemise un peu trop bas …

Ace grogna et remonta son col comme le faisait les kékés qui croyaient ça cool, évidemment Makino se moqua de lui parce qu'il avait l'air ridicule avec ses cheveux de travers et son col remonté :

- Plus sérieusement, est-ce que le mystérieux inconnu de la dernière fois est l'auteur de ces marques ?

- Occupe-toi de tes fesses !

- Je suis contente pour toi, tu mérites vraiment quelqu'un de bien.

- « Quelqu'un de bien » n'est pas forcément le bon terme, soupira Ace en repensant au chanteur qui fumait comme un pompier et buvait un verre de whisky dès qu'il le pouvait.

- Alors, Marco et toi c'est définitivement enterré ?

- Oh que oui ! Et j'en suis plus qu'heureux, sourit Ace.

Ace bifurqua vers le sellier et ouvrit le placard. Il soupira devant l'incroyable pile de nappes immaculées qu'il fallait transporter, repasser, disposer au millimètre près sur la vingtaine de table que comptait le restaurant. Avant, ce travail ne le dérageait pas, mais ce soir, son cerveau ne pouvait que penser à Trafalgar et aux autres, à Luffy qui passait sûrement un moment intense et excitant.

Finalement il prit l'imposante pile à bout de bras qu'il le rendait aveugle et la posa sur la première table qui croisait son chemin. Makino devait sentir ses mauvaises ondes puisqu'elle ricanait doucement, au loin derrière son bar, devant l'exaspération d'Ace.

Un premier couple entra dans le restaurant, Ace les accueillit avec le sourire et les conduisit à leur table. Ce n'était pas le genre chiant ou tatillon, ils prirent tous les deux le menu du jour et une coupe de champagne pour l'apéritif. Ace les servit avec toute la bienséance qu'il connaissait mais il ne pouvait s'empêcher de jeter un coup d'œil à sa montre toutes les cinq minutes. Il n'était que vingt-et-une heure quinze, Luffy ne devrait pas tarder à rentrer, la répétition se terminait sûrement.

Vingt-et-une heure quinze, encore six heures avant deux heures du matin.

Ace soupira en s'accoudant au comptoir de Makino qui préparait des cocktails pour une autre table :

- T'as rendez-vous ou quelque chose ? Tu es obnubilé par ta montre, sourit-elle.

- Pas du tout !

- Ace … tu n'as jamais appris à mentir, il est trop tard pour toi, gloussa-t-elle.

- Pourquoi tout le monde me dit ça, grommela-t-il.

- Allez, raconte. T'es comme un lion en cage ce soir, ça va te libérer.

- Très bien … mais tu peux me jurer que tu ne le diras à personne ?

- A qui veux-tu que je parle de tes histoires de fesse ?

- Même pas ta mère, une amie, ton mec, une caissière un peu trop intrusive !

- Promis !

- … Le mystérieux inconnu de la dernière fois, on sort, en quelque sorte, ensemble.

- En quelque sorte ?

- C'est compliqué. Tu connais The Supernovas ?

- Bien sûr, tout le monde les connais !

- Le mystérieux inconnu est le chanteur de ce groupe.

Elle se couvrit la bouche de stupeur. Il reprit à voix basse :

- Ils sont venus au restaurant en novembre, t'étais pas là. Il m'a demandé de bosser pour lui, je dois créer la pochette de leur prochain album.

- Ace ! C'est incroyable ! Mais qu'est-ce que tu fais encore ici ?

- Je ne toucherai l'argent que lors de la sortie de l'album et quand j'aurais dessiné quelque chose aussi …

- Et tu es tombé amoureux de lui ?

- Ouais, murmura-t-il avec un sourire.

- C'est tellement romantique, s'extasia-t-elle.

- Pas tellement, non. Il est plutôt du genre torturé.

La petite cloche retentit dans la cuisine et Ace quitta sa collègue pour aller servir le petit couple. La soirée passa bien lentement, il regardait sa montre au point de voir le temps stagner. Il n'y avait pas grand monde au restaurant ce soir, cela ne l'aidait pas à tromper son ennui. Il ne pensait qu'à Trafalgar, tous les deux dans le chalet et aussi à cette discussion qu'ils auront. Si le chanteur n'avait pas voulu lui en faire part dans la salle de concert, devant tout le monde, peut-être qu'il craignait sa réaction ou qu'il savait qu'Ace allait crier.

Ça ne faisait qu'augmenter son angoisse.

.

Quand il rentra, Luffy dormait déjà profondément dans la chambre. Ace prit une douche pour retirer tout le gel qui engluait ses cheveux puis il enfila des vêtements plus confortables et faciles à enlever. Il attendait maintenant sur le balcon de voir les phares de la voiture de Trafalgar percer la nuit noire.

Il était deux heures du matin, Ace commençait à être fatigué, il n'attendait que le chanteur pour lui redonner un coup de fouet. Après de longue minute, une voiture vint enfin troubler la tranquillité du parking, il ne sortit pas de la voiture mais se contenta de faire des appels de phares. Ace sourit et attrapa son veste échouée sur le canapé, il descendit les marches quatre à quatre et s'engouffra dans la voiture à la vitesse de l'éclair.

Il démarra dès qu'Ace fut à l'intérieur, il n'eut pas le temps de boucler sa ceinture qu'il quittait déjà son quartier populaire pour rejoindre le périphérique. Trafalgar ne parlait pas, ses traits étaient tirés, lui aussi semblait un peu fatigué. La radio chantait quelque chose qu'Ace ne connaissait pas et comme d'habitude, Trafalgar suivait la mélodie en tapotant sur le volant.

Ace n'osait pas briser le silence, son air sérieux l'effrayait un peu.

Aucun mot ne fut prononcé jusqu'à que le petit chalet apparaisse dans le faisceau des phares de la voiture. Trafalgar s'arrêta vulgairement dans les graviers et sortit de la voiture, Ace le suivit, anxieux. A l'intérieur il faisait brûler quelques bûches dans la cheminée :

- Est-ce que ça va ? demanda finalement Ace.

Le chanteur était prostré devant la cheminée, redoutant visiblement le moment qui va suivre. Il prit une grande respiration et lâcha ses mots :

- Le groupe part en tournée pour trois mois à la fin de la semaine.

Ace buga instant. Son cerveau ne savait pas trop comment intégrer cette nouvelle : bonne ou mauvaise.

- C'est une bonne chose, non … ? J'ai toujours rêvé de voyager comme ça.

- Tu ne peux pas venir avec nous.

- Quoi !? s'écria-t-il. T'es en train de me dire que tu me laisses ici pendant trois mois, seul ! Pourquoi tu m'en parles que maintenant !

- Ça fait deux mois qu'on se connait, cette tournée est prévu depuis plus d'un an.

- Et alors ! D'ailleurs pourquoi je pourrais pas venir ?

- Tu vas vraiment laisser Luffy seul pendant trois mois, ne plus aller au lycée ? Et puis, tu n'as pas besoin de connaître la tournée …

- Pourquoi ? Parce que tu bois comme un trou et tu fumes des pétards ! Ou plutôt parce que tu te tapes un mec différent à chaque étape ?

- Ace …

- Oses me dire le contraire !

- C'était il y a longtemps.

- J'y crois pas !

- Arrête de crier, s'il te plaît !

- Non ! Qu'est-ce que je vais faire moi pendant trois mois, hein ? Pendant que tu t'éclates à l'autre bout du monde ? J'vais moisir dans mon lycée ou entre les quatre murs de mon appartement miteux ? T'es ma bouffé d'oxygène Traf, je me lève le matin parce que je sais qu'on va se voir, que j'vais vivre des trucs de dingue !

- Je suis musicien, je fais partie d'un groupe, ce n'est pas un complot contre toi, c'est juste la suite logique des choses, faire des concerts. Si je ne suis pas sur scène, si je ne joue pas de la guitare, j'en crève tu comprends ça ?

- Oh, épargne-moi tes discours larmoyants, rétorqua Ace en croisant ses bras sur la poitrine.

Trafalgar se leva et se posta devant Ace, un peu effrayé. Il y avait quelque chose dans ses yeux, une sorte de colère désespérée, qu'il n'avait jamais vu.

- Tu ne sais pas pourquoi je fais de la musique, n'est-ce pas ?

- … Non.

- La musique, ça me donne des ailes. Je sais que la plupart des gens ne ressentiront jamais ça, c'est vraiment spécial. Surtout quand tu joues avec les bons. Et quand ça s'arrête, je n'ai qu'une envie de recommencer, atterrir, puis repartir encore et encore. Je n'ai que ça en tête, c'est pire qu'un verre d'alcool, pire que la drogue, les médicaments, ou le sexe. Je veux voler, sans m'arrêter, ne jamais redescendre. Et surtout je veux voler si haut, si fort, que les anges verront mon passage et m'acclameront. Et jamais ils n'oublieront mon nom.

Ses mains sur ses épaules le faisaient frissonner, la conviction qu'il mettait dans ses paroles aussi. Ace s'en foutait de la musique, il ne l'avait jamais vu comme autre chose qu'un divertissement, mais chez Trafalgar s'était viscéral, un besoin plus qu'une envie, une pulsion qui semblait posséder tout son corps, sa tête, comme un démon qui le contrôlait. Ace venait de comprendre pourquoi il fut si réticent à propos d'eux ensemble :

S'il perdait la musique, il perdait tout.

Mais la perspective d'être aussi seul et perdu dans sa vie qu'avant leur rencontre le terrorisait totalement. Il ne savait pas quoi faire d'autre que de crier et de déverser son venin :

- Tu crois que j'vais devenir quoi sans toi ? Que j'vais attendre gentiment que tu daignes m'envoyer un texto ou m'appeler, ce que tu ne feras pas, et que j'vais rester trois mois dans mon appart et t'accueillir avec des p'tits fours quand tu vas rentrer ? Tu peux aller te faire mettre !

- C'est pas ce que je te demande.

- Alors je peux aller voir ailleurs, tu t'en fous, c'est ça ?

- Arrête tes conneries, grogna-t-il. Tu vas le regretter.

- Te regretter ? Evidemment, j't'aime comme un putain de con. Mais là, tu dépasses les limites ! Comment t'as pu croire que je le prendrais bien !? T'es qu'un putain d'égoïste ! Depuis le début, t'en a rien à foutre de ma gueule, de mes sentiments. Il n'y a que ta petite personne et tes états-d'âmes de série à l'eau de rose pour quinqua en manque !

- Tu sais quoi, j'te ramène.

- Bonne idée, j'sais même pas pourquoi tu m'as emmené ici pour me dire un truc pareil … Oh attend … t'as pensé que j'le prendrai bien et que tu pourrais tirer ton coup pépère après, c'est ça, hein ?

- Calme-toi, vraiment. Tu deviens impoli, grogna-t-il.

Trafalgar était resté de marbre, répondant à la colère d'Ace avec un calme olympien, mais là, sa voix claqua dans l'air comme un coup de fouet. Ace respira un bon coup pour calmer l'ouragan qui se déchaînait en lui. Il venait sûrement de dépasser les limites, mais la coupe débordait depuis trop longtemps, il devait faire le vide.

Il avait trop mal.

- T'as pas l'air de te rendre compte de mon chaos intérieur. T'as donné du sens à ma vie et la tu disparais pendant trois mois ! J'vais sombrer, Taf, j'sais pas dans quel état tu vas me retrouver, franchement !

- Tu pourrais profiter de ces trois mois pour rattraper ton retard au lycée et assurer l'obtention de ton diplôme, histoire de ne pas passer une énième année de ton lycée miteux. Tu pourrais même allé à l'université.

- C'est ça ouais, débarrasse-toi de moi ! Tu sais quoi, j'vais y aller à l'université, j'ai une proposition pour Rhodes Island, à l'autre bout du continent !

- Si tu en as envie, vas-y.

Ace fut interdit quelques secondes, il ne savait plus comment considérer ses paroles. Il ne comprenait plus les règles de leur jeu.

Un jour le chanteur l'embrasse, les autres, il est froid comme l'espace.

Un jour ils sont complices, puis silence radio pendant des semaines.

Un jour il lui fait l'amour, puis il se casse à l'autre bout du monde.

L'œil du cyclone passait maintenant sur son cœur, le tordant, lui envoyant des bribes d'espoirs effondrés dans la tronche. Seul son cerveau était bien à l'abri, mais le vent faisait rage et il n'entendait que les suppliques de son pauvre palpitant à l'agoni.

« Il ne tient pas assez à toi pour te retenir »

« Tu n'es qu'un mec de passage, un de plus sur sa liste »

« Regarde-le, il obtiendra tous les mecs du monde en un claquement de doigt »

« Comment oses-tu croire qu'il t'aime, toi, un simple lycéen dérangé et pommé »

« Il ne t'aime pas »

C'est tout ce qu'il entendait.

- Tu tiens si peu à moi pour me quitter pendant trois mois, pour me dire d'aller pendant trois ans à l'autre bout du pays ... sans même sourciller, murmura-t-il, la voix éprouvée par sa peine. Tu sais pas comment j'ai mal …

- Ace, chuchota-t-il en s'approchant de lui.

- Non, me touche pas et ramène moi à l'appart, putain ! T'as pas le droit d'me traiter comme un chien qu'on abandonne sur l'autoroute des vacances !

Ace ouvrit la porte à la volée et marcha d'un pas rageur jusqu'à la Mini, se moquant du froid. Il s'acharna sur la portière pour faire comprendre au chanteur qu'il voulait rentrer le plus vite possible.

Sa colère, mais surtout sa tristesse, dictait le moindre de ses actes. Il s'en foutait de passer pour le gamin pourri gâter qu'il était avant et si cela énervait Trafalgar, c'était encore mieux.

Mais le temps lui fera regretter ses actes à n'en pas douter, quand il sera seul, qu'il fera moche et froid au milieu du mois de février, il pensera sûrement à ce dernier baiser qu'il ne lui avait pas donné avant son départ. Ça le rendra malade, exacerbant encore sa colère.

Trois mois, quatre-vingt-trois jours et sûrement plus d'heures que de raison. Il connaissait le manque de deux petites semaines, il n'osait pas s'imaginer le vide abyssal que représentaient trois mois pour son cœur.

Trois mois de vide absolu, trois mois d'ennui, trois mois d'attente, pour seulement quelques heures d'une colère stupide.

La voiture roulait vite, aucun mot ne fut prononcer comme à l'allée. Ace faisait son possible pour canaliser son intérieur bouillonnant, pour ne pas gâcher complètement ce dernier jours ensemble, mais rien ne marchait. Il ne pensait qu'à cette longue traversée du désert qu'il attendait, où la soif de sa présence lui tiraillerait la gorge, la faim de sa voix lui vrillerait le ventre et où les souvenirs de son visage le conduiraient à la folie.

Son immeuble apparut, il ne put déverrouiller sa gorge pour prononcer autre chose que jet de méchanceté ou d'agressivité. La voiture s'arrêta sur le parking, il jeta un dernier regard à celui qui faisait battre son cœur.

Ses yeux gris, ses cernes parfois creusés ou parfois absents, sa petite barbe qui poussait sans qu'il n'y prête attention, la couleur caramel brûlé de sa peau, le son de sa voix, son parfum masculin toujours imprégné d'une note lointaine de tabac.

Il aimait tout chez lui.

Sauf les mots qu'il prononçait parfois et qu'il lui faisait plus mal qu'un plomb dans la jambe, que le cri d'un porcelet qu'on égorge, que les pleures d'un bébé abandonné dans sa chambre, que toutes les épreuves qu'il dut traverser jusque-là.

Néanmoins, il le fixa assez longtemps pour immortaliser sa mine préoccupée. Il se contentera de ça pendant trois mois, trois long mois.

Trois mois où son sourire restera à l'état de souvenir.

Trois mois pour réfléchir sur cette relation, valait-elle tant de douleur ? Ace n'avait besoin que de trois secondes pour répondre à cette question.

Oui, mille fois oui. Parce qu'il l'aimait, tout simplement.

Pendant trois mois, il gardera son amour pour lui, bien au chaud entre les murs étroits de son appartement, priant pour qu'il ne s'éteigne pas.

- On se voit dans trois mois, alors ?

Ace le regardait toujours, il avala bruyamment sa salive pour tenter de maîtriser son flot de parole – son ultime tentative pour sentir ses lèvres contre les siennes avant un long jeûne.

Mais il ne pouvait pas, l'immensité du vide qui l'attendait le paralysait. Alors il devait lui faire comprendre dans un dernier jet de venin, comme le cobra royal qui brandit sa collerette tel un dernier coup d'éclat avant la mort.

- Dans tes rêves !