BONNE ANNÉE TOUT LE MONDE !

J'espère que vous avez fait plein de bonne résolutions ! La mienne, c'est de ne pas les tenir, je suis sûr d'y arriver, hihi :) Merci pour votre présence et votre fidélité tout au long de 2015, j'espère passer 2016 en votre présence également.

La chanson à la fin de chapitre est "Can't help falling in love with you" du grand Elvis, mais je vous conseille chaudement la reprise des Eels.

Le prochain chapitre sera disponible le 24/01 !

Bonne lectuuuure :D


Voilà.

Ça faisait une semaine que The Supernovas avait quitté la ville.

Sa colère était déjà retombée comme un soufflé trop chaud et maintenant elle était aussi amer et acide qu'un pamplemousse.

Il pleuvait, il faisait froid, même la télé rabâchait les même émissions, les même informations tout la journée, comme un jour sans fin.

Pendant une seconde, Ace cru pouvoir s'intéresser à l'école, à ses cours d'arts plastique mais aujourd'hui même ce qui faisait battre son cœur avant avait un goût âpre. Il avait l'impression d'être revenu en arrière quand il n'y avait que lycée dans sa vie, que Marco gagnait toujours plus de terrain.

Quand il n'en avait pas vraiment, de vie.

Il s'interdisait que penser à Trafalgar ou au groupe qui s'éclatait loin de lui alors il ne pensait à rien.

Ace avait regardé les dates et les lieux de leur tournée sur internet. Ce soir l'Australie, puis le Japon suivi de l'Italie et l'Allemagne pour finir par Londres – retour au bercail pour Trafalgar. Un joli petit tour du monde entre eux, joli petit tour des plus belles capitales, des plus belles scènes, des plus beaux publics, des plus beaux mecs.

Ace grogna, voilà pourquoi il préférait ne penser à rien.

Luffy, assit à côté de lui sur le canapé tourna la tête, visiblement c'était le premier son qu'il émettait depuis plusieurs heures. Ace tendit le bras pour viser la télé avec la zapette, peut-être que quelque chose pourrait le faire sortir de cette horrible ennuie.

Une semaine, plus que soixante-seize jours.

Luffy ne dit rien, il était concentré sur un de ses devoirs de classes, le bougre avait encore récolté une foule de A et A-, tellement que le principal de son collège voulait voir Ace pour en discuter – difficile de croire que son macaque de frère avait un super-cerveau, surtout pour les bureaucrates de l'éducation.

Rien ne trouva grâce à ses yeux alors il se leva du canapé, le dos courbé et les jambes flagada, il était affalé dans le canapé depuis ce matin.

- Tu vas où ? demanda Luffy.

- Dans la cuisine …

Le plus jeune ferma brutalement son cahier et poursuivit son frère dans la cuisine. Ace mit de l'eau dans la bouilloire, il avait juste besoin d'un bon café pour se remettre un coup de fouet. Luffy regardait attentivement chacun de ses gestes, inspectant chaque objet qu'il prenait :

- J'peux savoir ce qu'il te prend ? grommela Ace.

- J'vérifie que tu ne te suicides pas ! s'exclama Luffy.

- Quoi ! Tu te débloques ? Pourquoi j'me suiciderai ?

- Tu fais tellement la tronche depuis une semaine que je suis sûre que ça attire la grande chauffeuse !

- La Grande Faucheuse, Lu'.

- C'est la même chose, depuis que Traf est parti, tu ressembles à un zombie !

- J'me prépare un café, tu vois, j'vais me ressaisir.

- Tant mieux !

- Retourne à tes devoirs, maintenant.

Le sourire solaire de Luffy lui réchauffa un peu le cœur, il resta patiemment dans la cuisine, attendant que son eau soit prête. Si Luffy s'inquiétait, il devait vraiment faire peur à voir, il soupira, même prendre douche, il en avait pas envie.

Depuis une semaine, tout était fade dans sa vie. Plus rien ne faisait briller ses yeux, bondir son cœur.

Il voulait juste avoir l'envie d'avoir envie. Cette envie s'appelait Trafalgar Law.

L'eau bouillonnait dans la bouilloire, la faisant presque sauter. Ace sortit de ses pensées et versa le contenue de sa dosette dans sa tasse puis versa l'eau – il n'avait même pas de quoi acheter un café correct. Il ne mit pas de sucre, l'effet de la caféine ne devait pas être diminué pour espérer faire quelque chose aujourd'hui.

Il réfléchit un instant, il avait sûrement des devoirs à faire mais ça faisait tellement longtemps qu'il ne fréquentait plus le lycée de manière assidue qu'il n'était pas au courant. Il y avait aussi ce fameux dessin, ce design, qu'il devait faire pour le groupe, pour Trafalgar.

Ace renonça à cette idée, s'il ne voulait pas tomber dans une dépression après une petite semaine, il ne devait pas se remplir la tête avec des souvenirs de Trafalgar.

Au fond, l'absence n'était pas grand-chose à côté de ses remords, lui qui avait pris la décision d'agir avec raison venait de sauter la tête la première vers ses démons. Il était redevenu l'homme que Trafalgar n'aimait pas, colérique et vulgaire. Ace regrettait chacun des mots qu'il prononçât, à trop vouloir faire comprendre au chanteur la place qu'il prenait dans son cœur, il l'avait tout simplement dégoûté, le faisant fuir à l'autre bout du monde.

Une idée traversa son esprit, une idée qu'il n'eut jamais auparavant, puisque Trafalgar était devant lui en chair et en os. Une idée qu'il regretterait peut-être, mais qui devenait dérangeante. Il sortit de la cuisine avec son café fumant et s'installa devant l'ordinateur, il ouvrit le moteur de recherche.

C'était comme taper « nez bouché et mal de gorge » sur Doctissimo et apprendre qu'on avait un cancer des poumons. Stupide et angoissant.

Trop tard, ses doigts tapaient les mots Trafalgar Law dans la barre de recherche.

La page afficha des tonnes de liens, leur site officiel en premier, mais avant de lire ce qu'on pouvait faire de pire en matière de journalisme, il décida de regarder les images.

Des photos officielles d'autres pas, plus ou moins flatteuse. Ace fut surpris de voir que, the photo dans la voiture, n'apparaissait qu'en bas de page. Certaines étaient honteusement photoshopées, même un aveugle remarquait que le corps nu sous la tête du chanteur ne lui appartenait pas, Ace était bien placé pour le savoir. Il n'avait rien à voir avec ces kékés bodybuildés.

Ace retourna sur la page des résultats web, il savait pertinemment qu'il allait lire des immondices, des mensonges éhontés et dégoûtants, mais il avait un manque à combler.

En premier Wikipédia :

Trafalgar Law, née le 6 octobre 1989 à Liverpool est un musicien et un chanteur anglais évoluant avec le groupe The Supernovas.

Début : Law grandit dans un environnement pauvre et défavorisé à Liverpool. Son père est médecin mais connaît de nombreuse démêlés avec la justice en acceptant notamment de soigner des parrains de la mafia sans les livrer à la police. Sa mère est une simple vendeuse, douce et attentionnée. Ses parents meurent quand il avait dix ans dans l'incendie criminel de leur appartement. Law se retrouve alors seul et sera prit en charge par un foyer pour enfant défavorisé.

A seize ans, il décide de quitter l'Angleterre pour les États-Unis et rencontre Eustass Kidd. A cet époque Law jouait sur la guitare de son père, seul vestige de son ancienne maison. Tout en continuant à jouer avec Kidd puis Bonney il entreprend des études de médecines pour suivre son père. Il les stoppes à 22 ans quand, après avoir enchaîné les concerts sauvages, un producteur leur propose d'enregistrer un premier EP avec la maison de disque Machvise Records qui assure toujours la distribution de leur album.

Durant les quatre premières années du groupe, Law souffre d'une grande dépendance aux drogues et aux opiacés. On peut penser que son histoires d'amour naissante avec Jewelry Bonney, la bassiste, l'a aidé à se désintoxiquer. Law est aussi soupçonné d'avoir gardé des contacts avec la mafia anglaise grâce à son père. Ceux la lui aurait fournit sa drogue gratuitement ainsi et aurait exercer des pressions sur des maisons de disques pour que le groupe soit signé.

Style musical : Trafalgar Law est le guitariste principale du groupe. Son style de jeu est très inspirer de la folk et de la country car il excelle particulièrement en finger picking. Il est aussi le compositeur des mélodies ainsi que le parolier de certaine chanson avec Kidd. La communauté musicale s'accorde à dire qu'il est un excellent guitariste, sûrement le meilleur depuis des années mais que le rock agressif et bourrin de The Supernovas ne mets pas son talent en avant. Il joue sur une guitare acoustique personnalisée, faite par un luthier irlandais durant les concerts. Il joue aussi sur une Gibson SG Spécial HC rouge, une Stratcoaster noire et blanche et une Les Paul Custom 2012 Gold Hardware

Il collectionne également de nombreuse guitare rare qu'il conserve précieusement chez lui. Il pratique aussi le piano, premier instrument qu'il a appris avec sa mère, pianiste à ses heures perdues. Durant un live au Royaume-Uni il a aussi jouer un peu d'harmonica sur une reprise de blues.

Divers : il a été élu homme le plus sexy de l'année par le magazine People. Le magasine Rolling Stone l'a classé à la cinquième place des guitaristes les plus doués de sa génération.

Ace resta interdit un instant, jamais il n'aurait penser que son enfant soit aussi rude. Le chanteur ne partageait pas beaucoup de chose sur lui sûrement parce que la majorité des choses ne semblent pas belle à raconter. Le jeune homme se sentit soudainement encore un peu plus misérable.

Il retourna sur la page des résultats en s'affalant dans sa chaise, les épaules poussées par ses remords qui pesaient le poids de neuf planètes. Il parcourut la page et le premier lien qui attira son attention était celui d'un fameux magazine people et il titrait : « Trafalgar Law séropositif ». Il cliqua, légèrement inquiet tout de même. L'article datait d'il y a sept ans, sur la photo Trafalgar était méconnaissable, le teint gris, son corps était décharné et ses yeux exorbité. Le texte disait que, d'après une rumeur, le chanteur aurait attrapé le SIDA en se piquant à l'héroïne. Trafalgar compensait, aujourd'hui, sa consommation de drogue avec les cigarettes et l'alcool.

Il ressemblait à un musicien raté, qui après un premier EP désastreux, cédait déjà aux affres d'une vie de rock star, sans véritable carrière derrière lui.

Il cliqua sur l'article suivant, celui-ci était vieux de cinq ans. Il parlait du début de Jewelry et Trafalgar en tant que couple. Jewelry était belle et fraîche, souriante comme jamais Trafalgar lui paraissait moins dévasté et commençait à dégager ce charisme enivrant. Celle-ci datait sûrement de l'époque où Jewelry faisait tout son possible pour que Trafalgar la regarde, où son absence de réaction n'était pas encore un problème, où juste sa présence lui suffisait. En fin d'article, quelques lignes mentionnaient enfin leur musique et leur premier album qui se faisait tout juste connaître.

Ace soupira un coup. Tout semblait si facile pour eux aujourd'hui, leurs albums se vendaient comme des petits-pains, ils possédaient de belles voitures et de belles maisons, des pléthores de fan hurlaient à leur passage.

Mais ils avaient dû vendre leur âme au diable pour en arriver là.

Il se laissa un peu plus glisser dans sa chaise, la mine grave. Il avait tellement honte de s'être comporter comme un gamin trop gâté.

L'article suivant datait de trois ans et proclamait haut et fort que « Trafalgar Law de The Supernovas était décédé suite à un rail de drogue de trop ». L'article était accompagné d'une photo de lui sûrement en train de dormir dans une position douteuse. Ace ricana et pensa que la morale de ce genre de personne était, décidemment, bien basse. L'article lui faisait même un bel éloge funèbre :

Le talentueux Trafalgar Law, celui que les jeunes en manque de repère avaient érigé en nouveau modèle est mort suite à son train de vie digne des plus grandes stars de la musique. Ce prodige de la guitare qui avait réconcilié fans et critiques incarnait le renouveau du rock, les maux des jeunes et des moins jeunes, cette société qui refusait de s'insurger. Il laisse derrière lui une œuvre musicale certes peu fournie mais d'une beauté rare ainsi que Jewelry Bonney, sa compagne depuis ses débuts.

La musique, les fans, les critiques et le monde vient de perdre un grand homme.

Les meilleurs partent toujours en premier.

Un grand sourire moqueur étira les lèvres d'Ace, les journalistes étaient les pires hypocrites qu'il soit, retournant leur veste juste pour vendre plus de magazine.

Les articles suivant n'étaient plus aussi sulfureux, on parlait juste de leur album ou de leur tournée, on sortait quelques phrases de son contexte pour en faire des titres chocs, rien de plus. Les photos montraient toujours Trafalgar et Jewelry ensemble, la rose avait un peu perdu de sa fraîcheur, elle avait sa main dans la sienne mais son regard se portait déjà vers un ailleurs. Trafalgar ne la regardait toujours pas.

Il vit d'autre choses aussi aberrantes, on disait qu'il buvait du sang d'animaux pour préserver sa voix, qu'il se brûlait le bout des doigts avec un briquet pour épaissir sa corne et améliorer son jeu de guitare. Un article disait même que Trafalgar Law fut une femme, mexicaine du nom de Teresa Lopez avant de devenir un homme et de choisir le nom de Trafalgar Law. Ou alors qu'un voisin aurait appelé la police car il jouait du tam-tam nu en fumant un pétard dans le jardin d'une villa après une soirée trop arrosée.

Les journalistes voyaient leur propre vérité mais pourtant, aucun d'eux n'avaient su voir la seule vérité. Aucun article ne parlait d'une possible homosexualité, même durant les débuts louche de leur faux couple. Pourtant il ne fallait pas plus de trois secondes à Ace pour remarquer que ces deux-là ne s'aimaient pas vraiment.

Quelque chose attira tout de même son attention, sur toutes les photos dans un coin ou en arrière-plan, on voyait le même homme, jamais de face, souvent coupé. Mais sur les photos datant des trois dernières années, il disparut.

- Tu regardes quoi depuis tout à l'heure ? fit la voix de Luffy derrière lui.

Ace sursauta et se redressa d'un bond avant de fermer le navigateur internet :

- Rien Lu'.

.

Un mois. Un Lundi.

Rien n'avait sorti Ace dans son morne quotidien. Pas un coup de fil, pas un message.

Il roulait en direction du lycée, le point positif dans tout ça était que Smoker faisait une tête impayable en le voyant franchir tous les jours les portes du lycée. C'était le seul moment satisfaisant de sa journée avec ses déjeuners en compagnie de Thatch.

Thatch était dans le même cas que lui, sa nana s'éclatait comme une dingue autour du monde en le laissant là, pourtant son ami était loin d'être une épave comme lui.

Durant la journée, il surprit son ami avec un grand sourire sur le visage en regardant sur son portable. Il connaissait Thatch par cœur, il était toujours égal à lui-même, peu de choses arrivaient à leur mettre en colère et peu de choses arrivaient à le faire sourire de la sorte. La dernière fois que Thatch sourit de la sorte, c'était quand Ace et Marco étaient devenu un couple et sa dernière colère, quand Ace lui révéla que Marco n'était pas vraiment l'amant idéal.

- Qu'est-ce qu'il te fait sourire comme ça ? demanda Ace.

- Jewel. Elle va m'appeler, dit-il sans réfléchir.

Ace ne put rien dire, quelque chose venait de se briser en lui. Il regarda Thatch s'éloigner, pendu au téléphone avec un sourire. Devant lui, son ami rigolait, s'exclamait en écoutant la voix de celle qu'il aimait alors que lui se mourrait au milieu de son désert affectif.

Jewelry avait le temps de lui téléphoner, de lui envoyer des messages, alors pourquoi pas lui ? Ace enfouit son visage dans ses mains, pour le moment il était trop choqué pour être en colère. Il venait juste de se rendre compte qu'il n'était rien pour le chanteur, peut-être juste son mec de Chicago, comme il pourrait exister son mec de New-York ou de Londres.

Il laissa ses mains devant ses yeux pour cacher les larmes qui ruisselaient sur ses joues. Le temps n'était pas le problème, il n'avait juste pas envie de lui parler. Même son désert venait de disparaître, il n'y avait plus rien autour de lui, il n'y avait jamais rien eu de plus qu'un mirage. Cet amour qui croyait être le sien n'existait pas. Depuis des mois, il aimait une ombre, un fantôme, juste une belle façade qui s'était construit tout seul, mais il n'y avait rien derrière.

Il releva la tête et croisa le regard de Thatch, son sourire se fana instantanément. Trafalgar était sûrement près de Jewelry en ce-moment, en train de boire du champagne dans un hôtel cinq étoiles en mangeant du caviar.

Jewelry appelait Thatch alors pourquoi pas lui ? Même si c'était pour l'envoyer chié, au moins il n'attendait pas ici comme une pauvre merde.

Ace sentit la colère naître au fond de son cœur. Il s'était juré de ne plus laisser les hommes le faire souffrir après son histoire avec Marco.

Un amer constat s'imposa alors lui, Trafalgar le rendait beaucoup plus malheureux qu'il le rendait heureux.

Le torrent brûlant de sa colère se dispersait partout dans son corps, il fronçait les sourcils, serrait les poings et la mâchoire.

Pourquoi acceptait-il de se laisser malmener de la sorte ? Il y avait des tas de gentils homosexuels à Chicago qui feraient sûrement son bonheur.

Mais ceux-là n'avaient pas son charisme, ses yeux d'argent liquide, sa peau caramel, ses cheveux épais et doux. Ils n'avaient pas des vents chauds dans la voix, cet étrange pouvoir de lui faire oublier le monde quand il se noyait dans son regard ou quand il touchait sa peau.

Thatch revint vers lui, il venait de raccrocher et de rater une belle occasion de lui parler. Son ami resta interdit un moment puis posa sa main sur son épaule :

- Je suis désolé, je ne savais pas.

- C'est pas ta faute, va.

- J'pensais qu'il t'envoyait un texto au moins une fois par jour !

- Tu parles, même ça, c'est trop lui demander. J'me demande s'il pense à moi au moins une fois par jour.

- … Jewel m'a dit qu'elle me contactera sur Skype demain. Viens, peut-être que tu le verras.

- Merci, frérot.

- Je ne dirais rien à Jewel, il vaut mieux.

Lendemain Ace avançait dans le froid glacial. Thatch n'habitait pas loin, alors il marcha dans le quartier au lieu de prendre la voiture. Perdu dans ses pensées, Ace faillit louper l'immeuble de son ami, il sonna et grimpa les deux étages. Thatch l'attendait sur le perron :

- Salut Ace, pile à l'heure.

L'appartement de Thatch ressemblait à celui d'une grand-mère, il y faisait bien chaud et une bonne odeur de cuisine flottait en permanence, la décoration était vieillotte mais l'ensemble mettait vraiment du baume au cœur.

- J'vais chercher une boisson ou quelque chose.

Il retira ses chaussures ainsi que son manteau et laissa le tout en vrac dans l'entré, il connaissait Thatch depuis trop longtemps pour faire des manières. Il entra dans le salon et s'installa sur le canapé, devant lui son ordinateur était allumé :

- Mais c'est Ace !

Il sursauta et braqua ses yeux sur l'écran. A l'image Jewelry Bonney lui faisait des signes avec un sourire solaire. Thatch le rejoint avec de quoi prendre un café. Ace essaya de paraître surpris mais ses yeux inspectaient la chambre d'hôtel pour espérer y voir une ombre familière :

- Jewel ? C'est toi ?

- Evidemment, c'est pas le Pape !

Ace ne pouvait pas jouer plus longtemps la comédie. Il savait qu'il était là, à quelques centimètre d'elle, en train de se la couler douce, s'en fichant royalement de ce que lui pouvait ressentir ici.

- Il est où !? Aboya Ace.

La rose détourna les yeux, sachant pertinemment de qui il était question.

- Il est où, merde ! Traf, je sais que t'es là, montre toi où je fais un malheur !

- Il ne peut pas te répondre, Ace.

- Putain, il s'est bien foutu d'ma gueule en m'faisant croire qu'il pourrait pas m'appeler ! Quel connard !

- Ace, il peut t'entendre, tu sais.

- Tant mieux qu'il écoute ! Trafalgar Law t'es qu'un enfoiré de première, comment t'as pu me mentir de la sorte, hein ? Finalement tu me tiens pas plus en estime que tes fans ou que la terre entière ! Comment j'ai pu tomber amoureux d'un mec comme toi ! Tu m'laisses en plan ici, même pas capable de m'envoyer un minuscule texto alors que Jewel et Thatch discutent sur Skype ! hurla-t-il.

Jewelry faisait des va-et-vient entre l'écran et sa gauche, sûrement qu'elle scrutait les réactions de son ami. Elle n'eut pas le temps de répondre, Ace ne vit qu'une grande ombre qu'il reconnut s'en mal rabattre l'écran de l'ordinateur, mettant fin à leur conversation.

Ace se leva d'un bond et prit rageusement son portable dans sa poche. Il lui avait dit qu'il serait occupé tout le temps et il avait respecté ça en ne l'appelant pas tous les quarts d'heures.

Il dépassait toutes les bornes, le cœur d'Ace était au bord de l'explosion.

Trahi, il se sentait trahi, trompé, manipulé comme un gamin trop naïf. Il composa son numéro de tête et s'énerva en entendant la tonalité :

- T'as intérêt à répondre, salopard !

Mais rien, juste sa voix suave qui indiquait de laisser un message. Cette voix lui mit un coup au cœur, il imaginait ce ton doux et chaleureux comme les siroccos atteindre les oreilles d'un autre en ce-moment

- Traf ! Espèce de connard, de salopard, de … de … Comment t'as pu me faire ça ! Pourquoi tu veux pas me parler, hein ? T'es en train de taper un autre mec c'est ça ? J'vaux tellement rien pour toi que t'es obligé de m'enfumer d'la sorte ! Pourquoi tu m'as simplement dit que tu ne m'aimais pas si tu voulais enchaîner les conquêtes ! Pourquoi tu m'as laissé espérer que, toi et moi, on serait tellement plus que ça …

La haine se dissipait pour laisser place à une profonde tristesse, tristesse qui l'animait depuis son départ, tristesse qui lui faisait perdre la tête, qui rendait son cœur malade à en vomir. Il était au bord des larmes, pourquoi il n'était pas tombé amoureux d'un mec simple et sans histoire ? Pourquoi son cœur s'amourachait toujours de cinglé avec une personnalité bancale.

- … Traf, faut pas m'laisser là, sérieux. J'vais faire une connerie si tu ne m'donnes pas de signe de vie. J't'aime, Traf, tu le sais. Pourquoi tu m'fais ça ? Tu vas pas répondre, hein ? J'suis sûr que t'es en train d'écouter mon pathétique discours en buvant du champagne dans ton hôtel cinq étoiles. J'sais pas si j'aurais envie de te voir dans deux mois, j'sais pas si j'aurais envie de t'aimer dans deux mois …

Il raccrocha. Le silence régnait dans l'appartement de Thatch, celui-ci ne savait pas quoi dire, quoi faire. Il s'approcha dans son ami qui essuyait les quelques perles salées qui glissaient sur sa joue :

- Il ne t'a jamais menti, Ace. Même si les apparences sont contre lui, ne l'oublie pas, tenta Thatch.

- Il ne ment pas, il ne dit rien, pour moi c'est la même chose !

- Ecoute, je l'ai aperçu une ou deux fois quand je discutais avec Jewel. Ils ont toujours une chambre rien que pour eux, avec lits séparés, s'il y avait eu quelqu'un d'autre je l'aurais remarqué. Jewel me l'aurait dit …

- T'es peut-être juste bien tombé.

Thatch attrapa le bras ballant de son ami et le guida vers le canapé, il poussa l'ordinateur et lui tendit une tasse de café bien chaude :

- Allez prend ça, tu te sentiras mieux.

- Comment tu fais pour rester aussi détendu à propos de Jewel ? demanda Ace en buvant une gorgée de café.

- Je lui fais confiance, et puis c'est dans ma nature d'être calme, pas comme toi !

- Pourquoi je n'arrive pas à lui faire confiance ? murmura Ace.

- T'as toujours eu le chic pour aimer des mecs un peu bad boys.

- Jewelry t'a tout dit à propos d'elle et du groupe ?

- Oui, même le fait qu'elle était amoureuse de Law avant.

- Et ça ne t'inquiète pas de les savoir tous les deux, dans la même chambre à des milliers kilomètres de nous ?!

- … Non, parce qu'il est avec toi, sourit Thatch.

- Après tout ce que j'viens de lui dire, j'pense qu'on peut enterrer notre histoire, soupira Ace.

- N'importe quoi ! T'es vraiment aveugle, ma parole ! Il ne te laissera pas tomber comme ça !

- J'en ai marre que ce soit les autres qui me disent ce genre de chose ! S'énerva-t-il un peu.

- Je ne le connais pas, même pas du tout, mais Jewel me parle beaucoup de lui. Avant elle était vraiment inquiète, mais maintenant que tu es là, elle peut avancer.

- J'ai l'impression qu'il n'y a que moi qui se bat pour nous !

- Law doit d'abord se battre contre lui-même, c'est autrement plus compliqué.

- … Même toi tu le comprends mieux que moi.

- L'amour rend aveugle, rigola Thatch. Et puis il s'en fout des autres, c'est toi qu'il veut. Crois-moi, si ce soir, il n'a pas pu te parler, il devait y avoir une raison, une bonne raison. Aie confiance en lui.

- Ouais … j'ai l'temps de cogiter … Trois mois, c'est long, putain !

- A qui le dis-tu, soupira gravement Thatch.

Ace quitta l'appartement après avoir vidé la cafetière, les deux amis avaient discuté de leur amour exilé, apaisant un peu leur cœur de ce trop-plein d'émotion, mais celui d'Ace menaçait encore de déborder au moindre coup trop violent. Il rentra chez lui, Luffy jouait à la console avec un ami qu'il salua rapidement – c'était Usopp, celui-ci était de toute façon trop impressionné pour lui répondre.

Le vide, la haine, la tristesse et maintenant le regret.

Ace ouvrit un à un les placards de sa cuisine, à la recherche d'une bouteille qui pourrait calmer l'incendie de son cerveau. Il avait acheté un jour une bouteille de vodka parce que Marco adorait ça, il la retrouva finalement, couverte de poussière derrière les casseroles. Elle était à peine entamée, il se prit un verre quelconque et il le remplit beaucoup plus que raison.

Il but son verre cul-sec et ressentit immédiatement l'alcool lui monter à la tête, brouillant ses pensées pendant une petite fraction de seconde. Il secoua la tête et les voilà de retour. Il se rendit compte alors qu'il lui faudra beaucoup plus qu'un verre pour oublier le chanteur. Il en vida en autre aussi rapidement que le premier et si Luffy et son ami n'étaient pas la pièce à côté, il aurait sûrement enchaîné avec un troisième.

Il entra dans le salon, persuadé de marcher droit et d'avoir l'air tout à fait normal mais les yeux froncés de Luffy sur lui disaient le contraire :

- Vous faîtes quoi, les jeunes ?

- Bah, Usopp et moi, on voulait regarder le concert de Traffy et les autres, en direct ! Regarde on a même du pop-corn !

Ace se figea un instant, The Supernovas passait à la télé ? En direct ? Pourquoi lui, Portgas D. Ace, l'homme qui avait vu le leader du groupe dans des situations que personne ne connait, n'était pas au courant alors que le reste du monde l'était ?

Encore quelque chose qui restait à travers de sa gorge, ça ne devrait pas le rendre malade comme ça, ce n'était rien qu'un détail. Il savait plein de chose sur Trafalgar que les autres ignoraient, du moins il l'espérait.

- Bah poussez-vous un peu alors ! déclara-t-il, ne voulant rien laisser paraître.

Les deux collégiens s'exécutaient immédiatement et Ace plongea sa main dans le pop-corn tout chaud. Luffy l'observa avec des gros yeux :

- Hé, c'était pour nous ! s'indigna-t-il.

- J'prélève juste une taxe.

- Retire-tes grosses paluches de mon bol ! Usopp est invité, et tu manges tout !

- … Non, non, Luffy, c'est pas grave, j'en voulais pas, balbutia le long-nez.

- Dis pas n'importe quoi ! C'est pas parce que mon frère est là que tu ne dois rien dire ! s'énerva Luffy.

- Calme-toi, Lu', tu vas lui faire peur, ricana Ace.

- C'est de ta faute !

- La ferme, ça commence !

A l'écran, la scène venait tout juste de s'éclairer, le groupe dégageait déjà cette incroyable énergie – même à travers la télé, même après cinq minutes de live. Ace se concentrait sur Trafalgar, s'il traverserait le Pacifique jusqu'à Sidney, il le trouverait là sur scène en train de jouer. Il inspecta attentivement son visage et se pinça les lèvres, le chanteur avait les traits tirés et des poches biens lourdes sous les yeux, il semblait exténué, à un pas du burnout.

Mais pendant toute la durée du concert il n'arrêtait pas de sourire, de sauter, de traverser la scène de droite à gauche, d'hurler au publique de chanter avec lui. Rien n'était perceptible pour quiconque ne le connaissant pas vraiment.

Luffy et Usopp étaient comme des dingues à côté de lui, les deux amis avaient monté le son de la télé à fond sans qu'Ace ne s'en rende compte et ils chantaient à tue-tête les paroles de leurs morceaux préférés. Ace, lui, s'en fichait de la musique, il se contentait de l'admirer, de décrypter ses émotions. Malgré sa fatigue, il semblait heureux d'être là.

Vint alors le moment où Trafalgar investissait seul la scène avec sa guitare. Il se rappelait de ce moment lors du concert à Chicago, il s'était senti si proche de lui à l'époque, le publique aussi sûrement. Il s'assit sur son tabouret et ajusta son micro, la foule criait et lui souriait comme un gamin.

« Ce soir, j'ai décidé de faire quelque chose de spécial … je vais abandonner ma guitare pour me mettre au piano ! Je m'excuse d'avance, ce ne sera pas terrible »

Ace fronça les sourcils et le regarda marcher sous les applaudissements et s'installer derrière le piano. Il mit le micro devant sa bouche et se racla la gorge :

« Je dédie ce morceau à tous ceux qui aiment, envers et contre tout »

Wise men say, only fool rush in

But I can't help falling in love with you

Should I stay would be a sin

If I can't help falling in love with you

Like the river flows surely to the see

Darling so it goes

Something we meant to be

Take my hand

Take my whole life too

For I can't help falling in love with you

Des briquets brillaient comme des milliers d'étoiles dans la nuit. Ce fut bien trop court pour Ace, il voulait l'entendre encore et encore prononcer ces mots. Oui, il avait l'audace de croire que tout cela lui était destiné.

Le concert reprit normalement et Ace croisa le regard de Luffy qui souriait de toutes ses dents :

- Qu'est-ce qu'il y a Lu' ?

- Rien, shishishi. Je suis content, c'est tout !

- Qu'est-ce qu'il te rend si heureux ? grommela Ace.

- Rien en particulier.