bonjour tout le monde ! *ahem* je vous laisse directement avec le chapitre ce coup-ci ...
La suite le 6 mars.
Le 28 Mars. Dans la soirée, Trafalgar Law sera à nouveau dans ses bras et il oubliera tout le reste l'espace d'un instant.
Le groupe était sûrement à l'aéroport en ce-moment ou peut-être dans l'avion. Ace ne pouvait pas aller au lycée aujourd'hui, rester assis derrière une table à voir les heures passer était au-dessus de ses forces. Il avait pris rendez-vous avec le principal de Luffy pour parler du caractère exceptionnel de son petit frère.
Ace attendait que le directeur daigne le recevoir, ses yeux faisaient des vas-et-viens vers sa montre. Peut-être étaient-ils déjà dans l'avion, peut-être avaient-ils déjà décollé, dans tous les cas il volait à plus de trois cents kilomètres heure dans sa direction.
La porte s'ouvrit sur une petite bonne femme toute étriquée dans son tailleur et sa jupe crayon.
- Monsieur Borsalino va vous recevoir. Veuillez me suivre.
Ace la suivit et s'agaça un peu du claquement de ses talons sur le parquet des couloirs. Elle lui fit signe d'entrer, au fond de la pièce derrière un bureau monumental se tenait un homme, fumant le cigare et portant un ignoble costume rayé jaune et blanc ainsi que des lunettes teintées. Il ressemblait plus à un patron de la mafia sicilienne qu'à un gentil principal de collège.
- Vous pouvez nous laisser.
La femme s'éclipsa sans un mot et le bruit de ses talons se perdit dans les couloirs de l'administration.
- Monsieur Portgas, vous êtes là pour parler de Luffy votre … protégé, commença-t-il.
- Je le considère comme mon frère, corrigea Ace.
- Votre frère dans ce cas. Il a surpris tout le monde, pour vous dire !
- Moi le premier ! Il est tellement … idiot par moment.
- Eh bien, les enfants surdoués ont souvent une hyperactivité latente et comme ils s'ennuient profondément en classe, ils ont besoin de se défouler ou de trouver un autre centre d'intérêt. Ça se traduit le plus souvent par des bavardages, un comportement qui peux gêner les autres.
- Alors vous êtes sûr qu'il est surdoué ? Je veux dire, ça ne peut pas être juste un coup d'éclat ou des contrôles trop faciles ? Parce que j'ai dû faire des pieds et des mains pour qu'il obtienne des notes correctes l'année dernière.
- Le cas de Luffy est à part, c'est vrai. Son intelligence c'est comme soudainement réveillé. Il n'a jamais été idiot, j'ai l'impression que cette année il s'est soudainement rendu compte de son potentiel.
- Comment se fait-il qu'il se réveille comme ça du jour au lendemain ?
- Eh bien, il a simplement trouvé un modèle, une inspiration. Quelque chose a changé dans votre vie récemment ?
- …Non, rien en particulier.
- Il parle souvent d'un groupe de musique, vous êtes au courant de quelque chose ?
- Oh, je lui avais acheté une guitare l'été dernier et il a beaucoup progressé, alors je lui en acheté une plus cher pour Noël. Vous pensez que la musique a son importance ?
- Elle a sûrement servie de catalyseur chez Luffy. Il n'est pas devenu intelligent du jour au lendemain, ça toujours été en lui. La guitare a peut-être fait jaillir tout ça.
- Qu'est-ce qui est le mieux pour lui ?
- Je ne saurais que vous dire de l'envoyer dans un établissement d'élite, mais on parle de Luffy.
- Il m'a dit qu'il voulait aller dans le même lycée que moi, mais j'ai peur qu'il glisse sur une mauvaise pente. Ce n'est pas endroit très bien fréquenté
- Votre frère n'est pas influençable, il sait ce qu'il veut. Je pense qu'il faut le laisser prendre la décision tout seul, il a du potentiel, il ne réussira pas moins bien sa vie s'il avait dans un lycée du coin avec ses amis.
- Vous me rassurez ! soupira Ace. Ce gosse va finir par me tuer …
- Prenez cette brochure, au cas où.
Ace parcourut rapidement le flyers mais il ne vit que les mots Rhode Island. Il repensa soudainement à ce que Smoker lui avait dit.
- Je voulais vous parler d'autre chose. Votre condition est plutôt inhabituelle, Luffy n'est pas votre frère de sang ?
- Non, mes parents sont morts quand j'étais tout gamin, je n'ai aucun souvenir d'eux. Luffy et moi avons enchaîné les familles d'accueils ensemble. Quand j'ai eu l'âge de devenir son tuteur je n'ai pas hésité un instant, on a passé encore quelques temps dans une dernière famille avant de s'installer ensemble dans un appartement dans le quartier populaire. Quant au parent de Luffy, j'en sais pas grand-chose, ils doivent être quelque part dans ce monde.
- Eh bien, justement. J'ai reçu cette lettre durant cette semaine, vous devriez la lire au calme.
- Qu'est-ce que c'est ? fit Ace, étonné.
- La personne dit être le grand-père de Luffy. Il dit l'avoir reconnu sur une photo qu'on a posté pour les olympiades d'escalade.
- Son grand-père ?
- Lisez-là tranquillement, on en reparlera.
Borsalino se leva et serra la main d'Ace qui ne le salua même pas, décontenancé par la nouvelle. La famille de Luffy cherchait à la retrouver après tout ce temps, ça n'avait aucun sens. Il regarda sa montre, il était quatorze heure, Luffy finissait plus tôt aujourd'hui alors Ace décida de l'attendre sur le parking pour lui parler immédiatement de cette fameuse lettre.
Son frère sortit du collège entouré de sa bande d'ami et il fit un grand sourire quand il aperçut son frère l'attendre :
- Ace ! T'es venu me chercher ? Trop cool !
Il s'approcha avec sa bande d'ami malgré que ceux-ci semblaient un peu réticent. Ace fronça les sourcils, tous les amis de son frère avaient peur de lui pour une raison étrange :
- Ace ! Tu connais Usopp et Sanji et là c'est Vivi.
- Salut, tout le monde, fit Ace, en essayant d'être amicale. Lu' tu te ramènes, faut qu'on cause !
- Quoi ! Qu'est-ce que j'ai encore fait ! C'est à cause du four c'est ça ?
- Non ! Tu veux bien arrêter d'hurler, tu me fais passer pour un tortionnaire.
- Tu l'es un petit peu, marmonna-t-il en gonflant ses joues.
- Euh … excusez-moi, fit Sanji.
- Quoi ? répondit Ace un brutalement, échaudé par son frère.
- Luffy nous a un peu parler du groupe, mais on a rien dit j'vous rassure ! On voulait juste savoir si on pouvait avoir un album dédicacé ou quelque chose …
- Ils sont en tournée en ce-moment, répondit Ace, un peu froidement.
- Mais ils rentrent aujourd'hui ! S'écria Luffy. Traffy va sûrement venir, non ?
- Non, je ne pense pas, Lu'.
- Qu'est-ce que t'as encore fait ! cria Luffy.
- Rien, merde ! Tu m'fatigues, j'ai un truc important à te dire ! J'verrais ce que je peux faire pour vous, dit-il pour les amis de Luffy. Maintenant on y va.
Ace traina de force son frère dans la voiture, renforçant encore la mauvaise image qu'il avait auprès de ses amis. Luffy leur faisait des grands signes en leur hurlant qu'il les reverrait lundi. Il ferma la portière et Ace soupira puis lui tendis l'enveloppe :
- C'est quoi ? demanda-t-il.
- Je ne sais pas, je ne l'ai pas lue. Ça t'est destiné.
Luffy prit un air sérieux et sortit la lettre de l'enveloppe. Ace voulait savoir ce que ça disait, mais il estimait que Luffy devait être le premier à le lire. Ses yeux balayaient les lignes sans que son expression change, faisant monter la tension dans la voiture. Luffy baissa la lettre, gardant un silence insoutenable :
- Alors !
- J'veux rester avec toi, s'écria-t-il.
- Qu'est-ce que ça dit ?
- Un monsieur Monkey D. Garp dit qu'il est mon grand-père et qu'il veut me voir, que si je voulais vivre chez lui je pouvais. J'veux rester avec toi, j'le connais pas ce type ! Ace, j'veux pas aller dans une nouvelle famille !
- Calme-toi, on va rester ensemble. Mais tu te rends compte, tu as une vraie famille, qui porte le même nom que toi, c'est génial !
- Je sais pas et si c'était un criminel ou un menteur ?
- Il t'a proposé de le rencontrer ?
- Ouais, il a donné son adresse pour que je puisse répondre, c'est à Los Angeles.
- T'as envie de le voir ? demanda Ace.
- Je sais pas … c'est bizarre, non. Cet inconnu est mon grand-père.
- Si tu veux le voir, je viendrais avec toi. Si tu n'as pas envie, ce n'est pas grave. C'est toi qui choisis !
- D'accord, répondit-il tout penaud.
- Bon, les autres reviennent ce soir, on va au Mc Do pour fêter ça ?
- Ouais ! Et dit, pourquoi Traffy va pas venir ? Vous vous êtes encore disputé, hein ?
- C'est pas tes affaires, Lu' … mais oui.
- Vous êtes chiant tous les deux, sérieux !
- Boucle ta ceinture, maintenant !
.
Il était seize heures et Ace ne pouvait s'empêcher de lire et de relire le prospectus sur l'Université de Rhode Island, tous les cours lui faisaient envie, le campus était bien vert et plusieurs célébrités étaient passés par cette école. Subitement, son envie de quitter le système éducatif pour vivre d'amour et d'eau fraîche avec un homme qui ne prenait pas la peine de lui envoyer un message pour lui demander des nouvelles lui parassait bien risible. Il remarqua alors un numéro de téléphone écrit par la main de son CPE avec l'inscription suivante : juste pour un rendez-vous, sans engagement.
Ace prit le téléphone sans hésiter une seconde, il en avait marre de se focaliser sur ce qu'il n'avait pas. Cette opportunité pour son avenir, il avait bel et bien entre les mains, et avec l'absence du groupe il s'était plutôt bien débrouiller pour rattraper son retard et espérait bien obtenir son diplôme.
Il devrait sans doute en toucher deux mots au chanteur, mais les absents avaient toujours tord.
Une dame à la voix distinguée lui répondit seulement après deux petites tonalités :
- L'école de design de Rhode Island, je vous écoute.
- Bonjour, je suis Portgas D. Ace. Je suis en dernière année au lycée et Smoker mon CPE m'a transmis votre numéro pour avoir quelque information.
- Oh, vous êtes de Chicago, c'est bien ça ?
- Oui.
- En effet, les élèves de la section d'art appliqué de votre lycée sont très appréciés ici. Monsieur Smoker a très bien fait de vous transmettre mon numéro, dit-elle, des sourire dans la voix.
- Est-ce que c'est possible de venir visiter ou quelque chose ?
- Bien sûr ! Nous organisons les visites à partir du mois de Mai, tous les vendredis après-midi !
- Très bien, j'en toucherais deux mots à mon CPE mais vous m'y verrez pour sûre.
- Sans problème, à bientôt alors ? Au revoir.
- Au revoir.
Ace raccrocha le cœur léger, pour la première fois il venait de faire quelque chose pour lui et uniquement pour lui.
Il s'assit sur le canapé et tira la table basse vers lui, il avait plus que tout envie de dessiner. Ses doigts le démangeaient comme s'ils ne supportaient plus de ne pas tenir un crayon ou un fusain. Il sortit sa palette d'aquarelle, toutes les sortes de crayons papier qu'il possédait et une belle et grande feuille blanche à gros grains. Il la regarda en soupirant, comme s'il revoyait une vieille amie disparut.
Depuis près de trois mois, il oublia enfin le temps et se jeta à corps perdu dans son dessin. Ses bras faisaient des grands gestes amples et arrondis puis il estompa ses traits, en fit d'autre plus saccadé, rajouta un peu de noir, un peu de gris foncé, un trait plus épais et un autre plus fin. Il semblait être prit d'une frénésie artistique comme si le Malin contrôlait ses mains. Ses cheveux tombaient devant ses yeux, il ne les avait pas coupés depuis plusieurs mois et ceux-ci devenaient vraiment long. Il les plaça rapidement derrière ses oreilles pour ne pas être gêné et continua son dessin qui prenait de plus en plus forme.
Il donna un dernier coup de crayon, comme la touche final à son œuvre. Il se recula et soupira gravement puis poussa vulgairement son carnet pour éloigner le portait aux crayons gras du chanteur qu'il venait de faire.
Il détourna les yeux et vit alors son appareil photo, cadeau de Trafalgar pour Noël. Lourd soupir. Jamais il ne pouvait se défaire de l'ombre du chanteur, chez lui, dans sa tête, dans son cœur, il était partout.
Il s'allongea sur le canapé en fermant furtivement les yeux.
La montre semblait se moquer perfidement d'Ace en refusant d'avancer. Il était à peine dix-sept heures, l'annonce de son grand-père retrouvé avait plongé Luffy dans un silence inhabituel. Luffy avait bientôt seize ans et Ace tenait vraiment à le laisser prendre des décisions tout seul, en surveillant quand même ses arrières.
Il regarda une cinquième fois l'horloge, l'aiguille n'avait toujours pas bougé. Ace passa ses bras sous sa nuque, toujours allongé sur le canapé quand soudain son portable vibra sur la table basse. Il se jeta dessus et ouvrit immédiatement sa boîte de réception.
Un nouveau message de Traf : On arrive à 21 heures à Chicago. 22h, chalet.
Un sourire stupide illumina son visage avant de disparaître quelques secondes plus tard.. Il prit une grande inspiration en fermant les yeux, immédiatement le sourire fugitif de Trafalgar apparut devant ses paupières sombres.
Il l'avait trompé.
Avec Marco en plus.
Toute la joie et l'excitation qu'avait engendrer en lui ce simple message se transforma en un lourd caillou dans son estomac et des yeux plus qu'humide.
Est-ce qu'il devait lui dire ? Est-ce qu'il lui pardonnerait ? Est-ce qu'il devait faire comme si de rien n'était ?
Ace opta pour la troisième et probablement la pire des solutions, le silence. Ne rien dire était un mensonge, il le savait. Il venait de passer les trois mois les plus horribles de sa jeune vie, il voulait juste qu'il rentre et qu'il stoppe enfin ce manque qui grandissait toujours plus dans son estomac, menaçant de l'aspirer à chaque instant. Il se moquait éperdument de leur problèmes, de leur disputes.
Il voulait le voir et l'entendre dire je t'aime.
Juste ça. Malgré sa tromperie, il estimait que le chanteur l'avait assez fait tourner en bourrique.
Ace se passa les mains sur le visage pour stopper son flot de pensées.
A l'instant, juste quelques secondes auparavant, une pensée un peu plus forte. Il refusait de croire qu'il venait de penser à ça, il refusait de croire qu'il venait de penser que c'était bien fait pour Trafalgar.
Maintenant, il pleurait, le visage dans ses mains. Comment pouvait-il penser une chose pareille ? Vouloir du mal à l'homme qui avait pris son cœur quelques secondes après qu'il avait croisé ses yeux étincelant. Celui qui pouvait lui faire oublier le monde juste de par sa présence, celui qu'il aimait viscéralement.
Il devait rentrer avant qu'il ne devienne complétement fou.
Ace releva la tête et essuya ses yeux rougies pour regarder la montre. L'aiguille avait à peine bougé, dix-sept heures quinze.
Finalement, durant ses trois mois de sevrage, ses trois mois de régime draconien, Ace sentait que ces dernières heures allaient être les pires de toutes. Il s'allongea sur le canapé, regardant le plafond blanc défraichi de son salon, l'horloge lui indiquait que le temps avançait bel et bien, le rapprochant de lui.
Le vide de sa présence ne fut jamais aussi grand pour Ace, il sentait un tourbillon broyer son cœur, percer toujours plus profondément dans sa cage thoracique jusqu'à qu'il se fasse perforer de part en part.
Il avait mal de ce vide, de ce silence, de cette sensation qui lui étreignait la poitrine. Il ferma un peu les yeux, peut-être que le sommeil avancerait le temps.
.
Le téléphone s'égosillait seul dans la pièce et Ace ouvrit les yeux difficilement. Il jeta un coup d'œil à l'horloge – vingt-et-une heure cinquante.
Il se leva d'un bond, ignorant toujours le combiné. Il enfila sa veste et prit les clés de sa voiture, il n'allait sûrement pas être en retard pour le moment de leur retrouvaille.
Le téléphone sonnait toujours, presque implorant, mais Ace dévalait déjà les marches de l'escalier.
Il traversa le parking comme une fusée et fit hurler sa pauvre voiture au démarrage. Il ne devait absolument pas être en retard, Trafalgar était probablement dans sa Mini roulant aussi vite que lui vers le chalet. Ace pria pour ne rencontrer aucun flic, aucun radar sur la route, sinon il verrait son permis disparaître devant ses yeux, tant il s'en foutait du code la route. Il fit une queue de poisson à un poids lourd pour emprunter la sortie qui menait près du lac Michigan. Il sautait littéralement sur son siège alors qu'il empruntait le chemin de terre sans ralentir. Il s'arrêta devant le chalet, déçu de ne pas voir la Mini ou la Bentley de Trafalgar.
Il s'était déjà imaginer sauter de la voiture à peine arrêtée pour sauter dans ses bras offert, puis l'embrasser jusqu'à ne plus pouvoir respirer puis prendre sa respiration pour recommencer encore et encore.
A la place, il avança calmement vers la porte, jetant un coup d'œil vers le ponton ou le tas de bois, mais tous les deux restaient désert. Il pensa alors qu'il n'avait pas les clés du chalet et qu'il était bon pour attendre le chanteur dans la fraîcheur de la nuit de ce 28 Mars. Il regagna sa voiture pour vérifier son portable – pas de message. Il décida quand même de l'appeler, même s'il conduisait, il répondrait, il l'avait vu faire plusieurs fois :
La tonalité s'acheva sans qu'il lui réponde et Ace laissa un message :
- Je suis arrivé … hum, je pense que tu es en route alors dépêche-toi, parce qu'il caille dehors ! Envoie-moi un message quand t'es à un feu rouge ou quelque chose. Je t'attends … Fais vite.
Ace raccrocha et garda son portable en main pour être sûre de ne pas louper son appel ou son sms. Il s'approcha du ponton et de l'eau sombre, la lune se reflétait parfaitement dans les eaux calmes, même si elle semblait déformée par la surface ondulante du lac. Ace s'assit au bout du ponton et balança ses pieds dans le vide, il se rappelait alors que les longues jambes de Trafalgar touchaient presque l'eau alors que les siennes ne s'en approchaient même pas.
Il s'allongea sur le bois inconfortable et ferma les yeux. Après trois mois d'attente, ce n'était pas quelques minutes de plus qui allaient le tuer. Peut-être que si, surtout s'il se mettait à penser à Marco.
Il ne pouvait toujours pas croire qu'il avait fait ça. Alors pourquoi il s'était retrouvé nu dans le lit de Marco ? Il savait qu'il bût beaucoup cette nuit-là, mais même avec plusieurs grammes d'alcool dans le sang, il aurait dû lui résister, maintenant que Trafalgar était là.
Il passa sa main sur son visage et se redressa. Le vent froid de la nuit le fit frissonner et il regarda sans relâche le chemin de terre, espérant voir deux faisceaux lumineux percer la nuit.
Il jeta un coup d'œil à son téléphone et se rendit compte qu'il n'avait pas de réseau ici, près de l'eau. Il se leva d'un bond et fit le tour du chalet en espérant trouver ne serait-ce qu'une barre de réseau, mais rien. Il retourna près de sa voiture pour espérer capter quelque chose et il soupira de soulagement quand il vit le nom de son opérateur s'afficher.
Mais aucun message, aucun appel manqué.
Ace s'assit dans sa voiture, laissant la porte de sa voiture ouverte. Il ressaya d'appeler le chanteur, il était presque vingt-trois heures.
Toujours et encore cette messagerie : - Traf, y'a un problème ? L'avion a du retard, y'a des bouchons ? Enfin bref, rappelle-moi, j'suis toujours au chalet et je commence à avoir froid là-dehors !
Il s'allongea côté passager et alluma l'autoradio, à cette heure-ci, il n'y avait que des mix fait par de DJ. Toujours allongé, il ouvrit la boite à gant et sortit la pile de CD que Luffy laissait dedans. Il prit le premier album de The Supernovas, intitulé simplement The Supernovas. Il tendit le bras pour l'écouter, il ne sursautait même plus quand Kidd se mettait à hurler, il n'attendait que l'intervention de Trafalgar pour s'enivrer de sa voix. Elle semblait moins assurée, moins nuancée que sur leur dernière chanson mais elle était déjà tellement sensuelle, chaude et voluptueuse comme la douce la chaleur d'un feu de bois. Ace ferma les yeux, se persuadant presque qu'il était ici, juste à côté de lui. Il sourit à cette pensée, ce sera bientôt le cas, il devait juste patienter encore un peu, il allait arriver.
Le CD se termina, il était bientôt minuit et Ace dû couper la musique s'il voulait avoir une chance de démarrer sa voiture. Il se releva, un peu déboussolé quand soudain son téléphone vibra bruyamment sur le plastique du tableau de bord :
- Allô ! dit-il, plein d'impatience.
- Ace ! Ace, c'est toi ?
- Jewel … ? T'as une drôle de voix, répondit-il en fronçant les sourcils.
- Ca fait des heures que j'essaye de te joindre, t'es où nom de Dieu !
- Je suis sorti, dit-il simplement.
- Qu'est-ce qui te prends de sortir à un moment pareil, merde !
Ace fronça les sourcils en entendant des sanglots dans sa voix :
- Tu pleures ?
- Il faut que tu viennes, Ace, gémit-t-elle. On a eu un accident.
Le téléphone tomba sur le gravier de la route alors qu'au loin, les cloches d'une église sonnaient minuit dans le silence le plus total. Douze coups de cloches pour qu'Ace puisse intégrer les mots de la rose, il entendait sa voix lointaine à travers le téléphone.
Elle criait son nom.
Une force mystérieuse fit bouger Ace et il démarra difficilement sa voiture. Le moteur ronronna après plusieurs tentatives et ses pneus dérapèrent sur le chemin quand il démarra à toute allure.
Plus vite, plus vite.
Il grillait les feux, roulait à presque quatre-vingt-dix kilomètres heures dans les rues désertes du centre-ville de Chicago.
Plus vite, plus vite !
Il gara sa voiture à cheval sur deux places de parking, et sortit d'un bond sans prendre le temps de la verrouiller. Dans le hall de l'hôpital il vit la rose, cachant ses beaux yeux avec de grosses lunettes de soleil :
- Ace !
Elle se jeta dans ses bras et l'entoura avec son bras valide. Il sentait la bassiste trembler de tout son corps contre lui, elle luttait pour retenir ses larmes.
- Comment tu te sens ? murmura Ace.
- J'ai connu mieux … je n'ai que le bras cassé et quelques contusions.
- Et …
Elle s'écarta de lui et posa sa main chaude sur sa joue. Elle souleva ses lunettes sur son front, Ace mis sa main devant sa bouche pour ne pas gémir de douleur. Les beaux yeux clairs de Jewelry étaient brouillé par les larmes, certaines d'entre-elles s'échappaient déjà et ruisselaient sur ses joues. Elle caressa sa joue avec son pouce, le regard infiniment triste.
- Il faudra que tu sois fort, murmura-t-elle.
Ace sentait déjà ses jambes se faire la malle, chaque battement de son cœur menaçait de leur faire exploser. Jewelry essuya ses pleurs et lui prit la main pour l'emmener dans les couloirs puant les médicaments – une autre odeur de la mort. La rose restait silencieuse, comme si elle voulait qu'Ace se prenne la plus grosse claque de sa vie tout seul, sans aucune préparation.
Ils s'arrêtèrent alors devant une chambre. Elle lui lâcha la main et Ace la regarda plein d'incompréhension, elle lui fit signe de rentrer. Ace déglutit, les mots qu'il allait lui prononcer lui ripèrent déjà la gorge :
- Si il n'y a …plus rien derrière cette porte, je ne veux pas y aller.
- Il le faut pourtant.
Elle ouvrit alors la porte et le poussa à l'intérieur, sans le suivre, Ace avait bien vu qu'elle venait de subir assez d'émotion pour toute une vie. Il tourna doucement la tête vers le fond de la pièce, redoutant plus que tout ce qu'il allait voir.
Il était là, allongé dans un grand lit blanc, comme s'il dormait.
Simplement.
Ace s'avança doucement, les yeux pleins de prières.
Il devait ouvrir les yeux, il devait sourire … il devait vivre.
Le silence régnait en souverain dans la pièce. Il n'entendait pas sa voix, même les machines respectaient cet insoutenable tranquillité.
Ace s'avança encore, comme s'il ne pourrait jamais l'atteindre, à chaque pas, le lit semblait reculer encore plus.
Sa main commença à trembler alors qu'il effleurait les draps dur et froid. Son visage se crispa, il tenta de ravaler ses sanglots.
Il n'y avait pas de raison de pleurer … il dormait juste.
Puis sa main tremblante rencontra la sienne.
Il sentait qu'il pouvait vaciller d'une seconde à l'autre alors que sa main effleurait à peine la sienne. Il poussa un lourd soupir de soulagement, la main du chanteur était chaude et rassurante comme toujours. Il était relié à toute sorte de machine par des tuyaux transparents, sa tête était généreusement bandée ainsi que le haut de son bras gauche.
Ace glissa sa main dans la sienne, toujours endormis et la caressa du bout des doigts, espérant le réveiller. Il devait entendre sa voix, pour être complètement rassuré. Il grogna et gigota difficilement, coincé entre les épais draps blancs. Il cligna doucement ses yeux gris puis tourna la tête vers Ace.
Le lycéen pleurait toutes les larmes de son corps, bouleversé, il venait de voir le spectre sombre et rachitique de la mort tourner le dos à l'homme qu'il aimait. Le chanteur posa ses yeux embrumés sur lui et lui balança son petit sourire en coin.
Ace se jeta sur lui, se moquant de ses bandages et Trafalgar ne put réprimer un grognement sourd :
- Tu pèses une tonne, murmura-t-il.
- La ferme, connard ! La ferme ! La ferme … Ne me refais plus jamais ça, t'entends !
Ace pleurait dans son cou, mais la chaleur retrouvée du chanteur l'apaisait petit à petit. Il était à nouveau entier, retrouvant cette partie de lui qui donnait un sens à son existence.
- Tu m'as manqué, chuchota Trafalgar.
Ace ne voulait plus quitter ses bras, il voulait rester là pour toujours. Mais alors qu'il calmait ses sanglots, il sentait le chanteur le serrer toujours un peu plus contre lui. Ace voulut un peu s'écarter de lui pour l'embrasser mais Trafalgar l'en empêcha.
Il se rendit compte alors que Trafalgar sanglotait. Ace écarquilla les yeux et voulu se relever mais le chanteur l'entravait complètement, le serrant au point de l'étouffer. Il soupira bruyamment pour contenir les pleurs de sa voix :
- ... Kidd est mort.
