salut tout le monde ! Merci pour vos retours positifs sur le chapitre précédent, ça fait chaud au cœur ! Merci aussi à tous les gens qui m'ajoutent en favoris ou qui suivent l'histoire. Ça fait plusieurs chapitres que je devais vous le dire mais on est plus près de la fin que début de cette histoire.
Donc pour aujourd'hui, la suite des conséquences de la mort de ... vous savez qui (j'ai peur de prononcer son nom, je crois qu'il va venir me tuer dans mon sommeil ^^)
Le chapitre 21 sortira le 27 mars. Portez-vous bien jusque là :)
Ace était assis en face de Jewelry sur les sièges glacés de la salle d'attente. Il n'y avait que le bourdonnement métallique du distributeur pour stopper le silence, le personnel médical passait devant eux tel un ballet de fantôme en blouse blanche silencieux, presque irréel.
Jewelry avait remis ses lunettes de soleil et inspirait profondément sûrement pour calmer ses sanglots. Ace avait les coudes sur les genoux et les mains sur le visage. Il en avait tellement rêvé de ses retrouvailles, Traf et lui dans le chalet, rien que tous les deux, rattrapant avec fièvre le temps perdu.
Mais le voilà au milieu d'un hôpital, ce foutu silence pour compagnon.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Chuchota Ace.
Jewelry rassembla son courage pour contrôler sa voix et lui répondre sans flancher :
- On était sur le périph pour aller au centre-ville. Traf roulait vraiment trop vite, mais il n'arrêtait pas dire qu'il était pressé. J'étais derrière avec Zoro et … il était devant, côté passager. Traf se mit sur la file de gauche pour doubler un camion, mais … le chauffeur a dû s'endormir, j'en sais rien … il nous a foncé dedans par le flan avant, poussant la voiture contre la rambarde de sécurité. Les vitres ont explosées … un bout de tôle arrachée s'est logée entre ses côtes, atteignant ses poumons … Il est mort, noyé dans son sang …
Ace se leva d'un bond et prit la bassiste dans ses bras, elle pleurait toutes les larmes de son corps, secouée par d'incontrôlable sanglots. Il ne savait pas quoi faire à part serrer fortement sa tête contre sa poitrine et lui caresser le dos :
- Qu'est-ce qu'on va devenir ? Chuchota-t-elle contre sa chemise trempée de ses larmes.
- Je ne sais pas, Jewel.
Le médecin sortit alors de la chambre et posa un regard peiné sur Ace et Jewelry :
- Vous pouvez le voir avant qu'il s'endorme, informa-t-il.
Ace le remercia de la tête alors que Jewelry se détacha de lui. Elle essuya ses larmes et tapota le contour de ses yeux pour le faire dégonfler, puis elle remit ses grosses lunettes sur son nez. Elle se leva, encore toute tremblante :
- Tu devrais allez le voir. Je vais prendre des nouvelles de Zoro, dit-elle.
- T'es sûr que ça va aller ?
- Oui … Vas-y, maintenant.
Jewelry le salua de la main et se dirigea vers le fond du couloir. Elle avançait doucement, laissant sa main contre le mur pour ne pas chuter. Ace, lui, toqua doucement à la porte puis entra. Il était adossé à son énorme coussin et regardait la lune claire par la fenêtre :
- Hey, chuchota Ace, pour ne pas l'effrayer.
Il tourna son visage vers lui et Ace sentit son estomac se resserrer dans ses entrailles. Il n'avait jamais vu ses yeux pareils à ce soir, subtilement éclairés par la lune, rempli d'une tristesse à peine inimaginable. Ses cernes étaient encore plus marqués, le blanc de ses yeux légèrement rougis et tous ses traits semblaient avoir perdu leur joie de vivre. Il leva doucement son bras blessé et Ace s'assit au bord du lit, enlaçant ses doigts aux siens. Ace observa un peu plus ses blessures – partout, ses bras, ses mains, son visage étaient recouverts d'une multitude de coupures plus ou moins importantes. Le haut de son bras gauche étaient généreusement bandé, le pansement rougissait déjà alors que le médecin sortait tout juste de la chambre. Il n'avait plus le bandage autour de sa tête alors Ace pu voir l'impressionnante coupure qui traversait ses cheveux partiellement rasés, il portait aussi une minerve.
Ace laissa couler quelques larmes sur sa joue.
Il n'était plus que l'ombre de lui-même.
Au-delà de son apparence, le vide qui l'entourait effrayait vraiment Ace. Il avait perdu ce magnétisme, cet aura qui le rendait unique.
Devant lui, il n'était plus Trafalgar Law talentueux musicien qui déchainait les passions, il n'était qu'un homme complétement dévasté. Et Ace ne savait pas pour combien de temps encore.
Sa main dans la sienne restait désespérément immobile.
- Tu as mal ? demanda Ace d'une voix faible.
Il secoua la tête pour dire non et montra la perfusion de morphine reliée à son bras. Trafalgar ne le quittait pas des yeux sans dire un mot, Ace lâcha sa main et caressa son avant-bras en s'approchant de lui. Le chanteur tendit son autre bras et plaqua doucement Ace contre lui en soupirant.
- Je suis désolé, murmura Trafalgar avec sa voix rocailleuse.
- Moi aussi, si tu savais à quel point. Je ne pensais rien des mots que je t'ai dit, j'étais juste malheureux.
- … je suis désolé, répéta-t-il en le serrant un peu plus.
- Jewel m'a raconté ce qu'il s'est passé, qu'est-ce que tu as exactement ?
- Des coupures un peu partout, trois côtes cassées, un vilain coup à la nuque et une vilaine entaille à la tête, rien de plus grave que ce que j'avais déjà avant.
- Avant ?
Le chanteur prit une grande inspiration et Ace redouta plus que tout ce qu'il allait lui dire. Deux semaines sans lui l'avait fait baver, trois mois l'avait presque achevé alors il n'était pas prêt à l'entendre dire qu'il avait une maladie incurable qui l'emporterait bien plus tôt que tout le monde. Ace s'écarta de lui mais garda ses mains entremêlées aux siennes, il essaya de défricher son visage, mais il n'exprimait rien de plus que tout à l'heure.
- J'ai une insuffisance cardiaque gauche depuis ma naissance, ma mère fumait quand elle était enceinte. Mon cœur ne pompe pas assez de sang et je suis rapidement essoufflé quand je fais des efforts trop prononcés. C'est pour ça que tu as vus la bonbonne d'air, les médicaments que je prenais … Quand tu as parlé à Jewelry sur internet, j'étais juste à côté, sous respirateur, je ne pouvais pas parler.
- Traf …euh … je…
- Ça fait vingt-six ans que j'vis avec, ça ne va pas s'arrêter maintenant, dit-il avec un semblant de sourire.
Il regardait Trafalgar hébété, pas certain d'avoir digéré ses mots. Son cœur allait mal et lui balayait cela d'un revers de la main, Ace n'eut même pas le temps de comprendre qu'il en faisait déjà de l'histoire ancienne. Des tas de questions se bousculèrent au bord de ses lèvres mais le désespoir qui habitait Trafalgar lui coupa la parole.
Il ne voulait jamais se dévoiler, pour lui ou pour les autres. Il préférait se cacher derrière ses silences et ses mensonges que de s'avouer faible. Ace savait qu'il souffrait à se montrer ainsi devant lui, presque misérable, qu'il voulait qu'il garde toujours une image de papier glacée de lui.
Mais alors qu'Ace l'avait devant lui, il n'y avait plus aucun doute, il l'aimait avec ses hauts et ses bas, il l'aimait entièrement.
Il passa ses mains sur ses yeux, la morphine brouillait sûrement tous ses sens, Ace l'avait remarqué quand il voulut mettre sa main dans la sienne, il avait tâtonné. Le chanteur gigota un peu sous les couettes et s'allongea sur le dos, Ace se rapprocha de lui pour passer sa main dans les maigres cheveux qu'il lui restait. Il soupira un peu, il devra attendre plusieurs mois avant de retrouver la douceur de ses beaux cheveux de jais. Trafalgar lui caressa le bras d'un touché presque invisible, sa peau picotait toujours délicieusement la sienne et Ace sourit intérieurement.
- Tu es fatigué ? demanda Ace.
Il hocha simplement la tête et tout à coup il ressemblait à un enfant fatigué par sa journée d'école. Ace eut un sourire tendre et inquiet à la fois, il était encore assommé par les médicaments et le choc de l'accident mais quand tout cela sera passé, quand il rentra chez lui, le vide laissé par Kidd s'étendra devant lui, comme un cratère béant dont il ne verrait pas le bout, à moins qu'il ne décide de le traverser.
Ace se pencha au-dessus de lui pour lui embrasser le front et alors qu'il voulut se redresser, la main du chanteur passa derrière sa nuque. La faiblesse de sa poigne sur lui le fit frissonner, il sentait juste une chaleur incertaine et vacillante. Mais il comprit qu'il voulait qu'il reste près de lui, le chanteur ouvrit les yeux qui se retrouvèrent droit dans ceux d'Ace.
Il inspecta longtemps ses prunelles grises, essayant de comprendre quelque chose au chaos qui y régnait. Il n'y avait plus de rivières de métal liquide, plus d'étincelles dorées, elles étaient redevenu ce miroir parfaitement lisse qui l'avait croisé la première fois. Un miroir lisse, mais terriblement fin, qui menaçait de se fissurer à chaque instant.
- Embrasse-moi, murmura Trafalgar.
Ace sourit et posa doucement ses lèvres sur les siennes. Il prit une grande respiration par le nez, laissant ses lèvres posées sur celles de Trafalgar – il sentait les médicaments et la Bétadine, mais Ace trouvait encore, au loin, son parfum enivrant. Trafalgar ne répondait presque pas à son baiser, presque endormi ou trop assommé, alors Ace ne chercha pas à le brusquer, il savourait juste ce contact doux, ce simple contact pour lequel il aurait vendu son âme quelque jours plus tôt. Ace empauma ses joues alors que la main du chanteur dans sa nuque trouvait un peu la force de se mouvoir.
Ace s'éloigna finalement, sentant le chanteur le quitter peu à peu. Il avait les yeux fermés, Ace le contempla encore un peu, malgré ses blessures, ses contusions, ses cheveux à moitié rasés et surtout la détresse dans ses yeux et sur son visage, il le trouvait toujours beau.
- Je te laisse dormir, je serais là quand tu te réveilleras, marmonna Ace.
Il se redressa et la main désormais inerte du chanteur glissa dans la nuque d'Ace. Celui-ci la rattrapa et posa un petit baiser sur ses doigts tatoués avant la laisser sur le matelas dur. Il quitta la chambre et avança jusqu'à la salle d'attente.
Là-bas, Jewelry était à côté de Zoro, ils buvaient tous les deux un café en silence. La rose sourit un peu quand elle le vit arriver et lui tendit un café presque froid, Ace s'assit en face d'eux. Zoro avait juste une paire de béquille, rien de plus :
- Comment va-t-il ? demanda Jewelry.
- J'en sais rien …
- J'm'inquiète pour lui, soupira-t-elle. Il va se fermer comme une huître, je le sais.
- Il m'a dit pour son cœur.
- Oh …, fit-elle. Tu vas pouvoir m'aidé pour qu'il arrête de fumer.
Ace ne répliqua pas et but son café à grande gorgée. Il remarqua alors Zoro qui n'avait rien dit depuis le début, Ace ne savait toujours pas comment s'adresser au jeune homme qui était aussi froid que le marbre :
- Ca va, Zoro ? demanda Ace, un peu maladroitement.
- J'viens de faire un accident de voiture et de perdre un de mes plus proches amis.
- Soit cool, Zoro, gronda Jewelry en lui mettant un petit sur le bras.
- C'est lui qui enfonce des portes déjà ouvertes !
- Laisse tombé, Jewel. J'vais appeler Luffy. Si jamais il se réveille ou quelque chose, dites le moi.
Zoro acquiesça de la tête alors que Jewelry se reposa un peu contre lui. Ace s'éloigna d'eux et sortit sur le parking, il avait besoin de prendre l'air. La fraîcheur de la nuit lui fit du bien, il s'adossa à sa voiture toujours mal garée et composa le numéro de portable de son petit-frère, espérant qu'il ne dorme pas :
- Ace, pourquoi tu téléphones ? fit sa petite voix enjouée
- Merci Lu', t'es là, soupira-t-il en entendant la voix de son frère. Tu vas bien ?
- Bah oui ! Et toi ? T'as l'air bizarre …
Ace se mit le poing devant la bouche pour ne pas craquer alors que son petit frère l'écoutait. Il renifla bruyamment :
- Ace, t'es encore là ?
- J'suis à l'hôpital, Lu'.
- Quoi ! Encore !
- Pas pour moi. Traf et les autres ont fait un accident de la route, dit-il d'une voix tremblante.
- … Comment ça se fait ? demanda-t-il, déconcerté.
- Un camion a heurté leur voiture alors qu'ils rentraient de l'aéroport.
- … c'est pas possible … mais si toi t'es là-bas, ça veut dire que Traffy …
- Il va bien, p'tit frère. Il est blessé mais il va bien.
- Ouf ! tu m'as fait peur !
- Luffy, t'es où là ?
- Bah chez Usopp !
- T'es assis ? Il est prêt de toi ?
- Euh ouais … tu m'fais peur.
Ace souffla, il savait que le groupe représentait beaucoup pour Luffy, ils étaient leur idole. Il passait des heures à écouter leur musique, reproduire leur morceaux. Ace ne put retenir ses larmes plus longtemps, il ne connaissait pas bien Kidd mais voir tous les gens qu'il aimait être dévasté par sa disparition le rendait dingue :
- Ace ?
- Lu' … Kidd n'a pas survécu dans l'accident.
Il entendit des bruits étouffés à l'autre bout du fil et Ace ferma les yeux, le cœur serré en imaginant la tête de son petit frère, il s'en voulait de ne pas être avec lui en ce moment. Il entendit la voix lointaine d'Usopp qui tentait de le rassurer ou qui se lamentait aussi :
- Lu', tu m'entends toujours ? demanda Ace, inquiet.
Il entendit un gémissement de la part de son petit frère, il était trop choqué pour formuler une phrase.
- Tu veux que je vienne te chercher ?
- … oui.
- Ok, tu bouges pas, je suis chez Usopp dans vingt minutes.
Il raccrocha et remonta dans l'immeuble. Jewelry était seule dans la salle d'attente et Ace s'arrêta près d'elle :
- Tu ne veux pas aller dormir ? demanda-t-il d'une voix douce.
- J'en peux plus de ma chambre.
- J'ai prévenu Luffy … faut que j'aille le chercher.
- T'es sûr que c'est une bonne idée de l'amener ici ?
- Je sais pas, mais j'peux pas le laisser seul. Tu veux que je te ramène quelque chose ?
- Non, merci … enfin si, une bouteille de vodka.
- Jewel …
- J'plaisante, sourit-elle tristement.
Ace lui caressa le bras et se dirigea vers la chambre de Trafalgar. Il entra en silence alors qu'il dormait toujours, il n'avait pas espoir de le voir réveillé mais il voulait le voir une dernière fois avant de partir – juste au cas où. Il s'avança vers lui et observa un peu ses traits détendus, les battements de son cœur étaient matérialisés par des bips régulier, une canule dans son nez l'aidait à respirer convenablement. Il passa sa main sur sa joue et se pencha vers lui :
- Je m'en vais une petite heure, murmura-t-il. Ne fais pas de bêtise.
Il déposa un baiser sur sa joue et même dans son sommeil, le guitariste semblait réceptif à ses caresses puisqu'il soupira un peu, visiblement bienheureux. Il écrasa une larme, il savait qu'il devait être celui qui reste fort dans cette histoire mais voir Trafalgar dans cet état le retournait totalement et ce vide dans ses yeux aussi. Ace avait du mal à le quitter du regard mais son petit frère avait aussi besoin de sa présence.
- Fais attention à toi, lui murmura Jewelry.
- Toi aussi, Jewel, tu devrais allez te coucher.
- J'irais à ton retour, si Traf se réveille, il te demandera sûrement.
- Comme tu veux, je fais au plus vite !
- Non, Ace ! Prends ton temps, surtout, ne va pas trop vite.
Ace la regarde avec douceur, la rose serra ses genoux contre sa poitrine et posa sa tête lourde dessus. Ace lui fit un dernier signe et quitta l'hôpital au volant de sa voiture. Il était plus de trois heures du matin, Chicago était complétement déserte, presque inquiétante. Certaines petites rues étaient plongées dans le noir, les clochards dormaient à même le trottoir, recroquevillés dans leur mince couverture. La nuit semblait absorber tous les sons dans son grand manteau noir, Ace entendait à peine le moteur de sa voiture, la radio semblait émettre à mille lieux de lui – était-ce simplement sa tête qui était bien trop pleine pour se concentrer ?
Il s'arrêta au feu rouge et soupira. Les paroles de Jewelry lui revenait en tête : « Qu'est-ce qu'on va devenir ? », « Il faudra que tu sois fort » et dire qu'il lui avait dit au téléphone qu'il n'était pas sur de l'aimer encore à son retour, il se sentait soudainement honteux. Il lui avait craché au visage juste parce qu'il ne lui envoyait pas de message, qui de toute façon n'aurait rien changé, alors qu'il essayait de lutter contre son cœur trop faible.
Il venait de perdre un ami et bien plus encore.
Le feu devint vert et il tourna doucement dans la rue d'Usopp, sa maison était la seule encore éclairée. Ace s'arrêta à cheval sur le trottoir et sonna à la porte. A peine fut-elle ouverte, que Luffy lui sauta dessus, le visage en larme. Ace serra bien fort son frère contre son cœur, ne supportant pas de le voir dans cet état :
- Luffy, ça va ? chuchota-t-elle en lui caressant la tête.
- J'veux rester avec toi, Ace ! J'veux pas que tu t'en ailles, pleurnicha son petit frère.
- Je suis là, Luffy et je serais toujours là, jusqu'à que t'en puisse plus de moi, sourit Ace contre sa tête.
Luffy se calma finalement et salua son ami avant de monter dans la voiture. Il resta silencieux et Ace savait que voir une de ces idoles disparaître alors qu'il traversait cette période instable qu'est l'adolescence n'était pas bon signe pour lui. Surtout qu'en ce-moment, il était en plein questionnement sur son identité, avec la lettre de son grand-père :
- Tu veux que je te ramène à la maison ?
- Non, si tu vas à l'hôpital, j'y vais aussi ! s'écria-t-il.
- Je ne sais pas si c'est une bonne idée, Lu'.
Ace ne voulait pas qu'il voit ses idoles aussi mal, il voulait que The Supernovas reste pour toujours ce super groupe qu'il adorait. Il ne lui racontait pas ses histoires avec Trafalgar pour le préserver, Luffy n'avait pas besoin de connaître son côté obscur.
Le regard implorant et encore humide acheva Ace et il fit demi-tour dans l'allée pour retourner vers l'hôpital. Il espérait vraiment que Jewelry dormait, elle s'inquiétait toujours pour les autres plutôt que pour elle-même.
Arrivés sur le parking de l'hôpital, Ace gara convenablement sa voiture et jeta un coup d'œil à Luffy qui n'avait pas dit un seul mot. Les deux frères sortirent de la voiture et il tenta de faire son sourire par tous les moyens :
- Tu te rappelles la dernière fois que t'es venu ici ? lança-t-il alors qu'il montait les escaliers.
- Ouais, fit Luffy avec un sourire timide.
- J'ai toujours pas compris, ce qu'il t'es passé par la tête !
- Bah, sur le tube de glue, y'avait marqué colle tout sur tout, alors je voulais voir si on faisait pas arnaquer.
- Donc tu t'es collé la moitié des couverts sur la tronche pour le bien de l'humanité, rigola Ace.
- Exact ! J'sais faire preuve d'abnégation, hein ?
- Tu connais le mot « abnégation » toi ? fit Ace en haussant un sourcil.
- J'connais aussi le mot « condescendent ». N'oublie pas que j'suis un petit génie, maintenant !
- T'es surtout le type qui planque de la bouffe au-dessus de la machine à laver et qui mange des céréales en pyjama devant Batman tous les matins.
- T'es pas drôle, Ace ! s'écria-t-il.
Une infirmière leur intima de faire moins de bruit, les deux frères avaient légèrement oublié qu'ils étaient dans un hôpital en plein milieu de la nuit. Son intervention les ramena un peu sur terre, Jewelry n'était plus dans la salle d'attente.
- On fait quoi maintenant, chuchota Luffy qui avait retrouvé sa mine grave.
- Je vais voir Traf, tu m'attends là, d'accord.
Ace entra dans la chambre alors que Luffy s'assit en silence. Les machines ronronnaient tranquillement à côté de son corps immobile, dans un bruit qui se voulait rassurant. Ace lui toucha directement la main, toujours chaude – heureusement. Il l'observa un peu, se droguant de l'image qui avait hanté ces nuits durant trois mois et soupira un peu, il ferait n'importe quoi pour le sentir encore plus proche de lui :
- T'as fini de mater ?
Ace posa ses yeux sur son visage mais ne croisa pas les siens qu'il gardait fermés. Seulement les va-et-vient de ses doigts dans sa main lui informèrent qu'il était éveillé :
- Tu ne dors pas ?
- Toi non plus.
- Comment j'pourrais dormir alors que t'es là, sur un lit d'hôpital.
Ace posa ses lèvres sur ses mains pour tenter de le réconforter du mieux qu'il pouvait, ce qui arracha un petit soupir de contentement au chanteur. Il ouvrit finalement les yeux.
- T'as une tête à faire peur, lança Trafalgar.
- Tu peux parler, franchement. Je sais pas si j'aurais encore envie de toi après avoir vu ça, rigola Ace, espérant le dérider.
- Ne te sens pas obligé de rester avec moi parce que je suis une loque. J'comprendrai si tu veux aller voir ailleurs …
- Mais arrête ! J'plaisantais, voyons … Je sais ce que je t'ai dit des horreurs au téléphone … mais j'étais complètement pommé.
Trafalgar ne réagit pas alors Ace lâcha ses mains et se cala contre son torse. Il fut surpris d'entendre sa respiration aussi sifflante et laborieuse, sa cage thoracique semblait craqueler à chaque fois qu'elle se soulevait. Ace plongea ses yeux dans les siens et passa ses mains sur sa joue :
- Trafalgar Law, tu vas m'écouter maintenant et surtout tu vas intégrer : je t'aime et tout ce que tu pourras dire ou faire n'y changera rien. Je t'aime, sale ingrat.
Pour appuyer ses dires, il captura ses lèvres avec douceur. Il lui répondit avec plus d'aplomb et Ace espérait enfin partager un baiser qui lui fera oublier ces derniers mois. Le chanteur passa doucement son bas derrière sa nuque pour l'appuyer encore un peu plus contre lui. Ils se séparèrent pour mieux recommencer, leurs langues se touchèrent à peine.
- Tu pues les médocs, rigola Ace.
Ace posa son oreille contre sa poitrine, inquiet d'entendre son cœur malade. Il l'entendait bien, ses battements étaient un peu erratiques et Ace sourit, pensant être à l'origine de ce désordre. Trafalgar l'entoura de ses bras et posa sa tête sur ses cheveux désordonnés :
- J'ai Luffy avec moi. Je lui ai dit pour …
Le chanteur serra ses bras fermement autour de lui, sûrement pour lui faire comprendre qu'il ne pouvait pas encore entendre son prénom.
- Il aimerait sûrement te voir …
- Il n'a pas besoin d'me voir ainsi.
- Moi non plus, j'en avais pas besoin, murmura Ace.
Ace sentit sa poitrine se soulever pour se bloquer subitement. Il fronça les sourcils alors que sa respiration semblait devenir de plus un plus difficile. Il l'entendit sa toux résonner dans tous son corps et se releva subitement. Il essaya de contrôler sa respiration, sa poitrine prise d'assaut par une toux de plus en plus vive. Il grimaçait en appuyant sa main contre ses poumons :
- Traf ? Ça va ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
Il ne put répondre, il essaya de faire des gestes mais sa toux rendait chacun de ses mouvements incontrôlables. Soudain un bip étrange retentit des machines qui étaient calme jusqu'à présent, Ace se leva d'un bond, pris de panique alors que Trafalgar n'arrivait pas à reprendre son souffle, sa cage thoracique constamment sous tension. Il se pencha sur le côté alors qu'il toussa un peu plus fort.
Ace écarquilla les yeux en voyant sa main ensanglanté et ses lèvres auréolées de sang. Les yeux du chanteur commencèrent à se voiler et Ace comprit qu'il allait sombrer dans l'inconscience d'un instant à l'autre. Il fit le tour du lit après avoir repérer le bouton d'appel et le martela sans cesse pendant une bonne dizaine de seconde. Peut-être qu'il devrait hurler dans le couloir pour que les infirmières se pressent mais il ne voulait surtout pas le quitter des yeux une seule seconde.
Alors il regardait l'homme qu'il aimait se tortiller dans tous les sens, le visage empreint de douleur et les yeux révulsés sans qu'il ne puisse agir. Il renifla un grand coup, espérant refouler les larmes qui lui venaient, sans succès.
Trafalgar perdit alors sa bataille, Ace le vit sombrer dans l'inconscience au ralenti, comme dans un mauvais film. Il n'entendait plus les bips assourdissant des machines, il ne savait même plus où il se trouvait, il voyait seulement le corps de Trafalgar inanimé devant lui.
Il se fit bousculer par des silhouettes blanches qui essayèrent de lui parler mais il n'entendait que des trompettes fatiguées à la place de mots. Ses yeux voyaient deux silhouettes penchés sur le chanteur qui criaient puis elles posèrent deux plaques blanches sur son torse. Il fit un bond impressionnant mais retomba rapidement, déjà inerte.
Il vit une ombre devant lui, il sentit son corps se balancer d'avant en arrière, un poids sur ses épaules et toujours ces trompettes de plus en plus forte. Il ne pouvait détacher son regard de la masse allongée sur le lit, il ne pouvait même pas cligner des yeux de peur qu'il disparaisse dans un grand sac blanc, lui aussi.
- Sortez de là !
La porte de la chambre claqua derrière lui et Ace revint doucement à la réalité. Il était dans le couloir, son frère se tenait à quelques pas de lui, l'inquiétude collée au fond des yeux. Il se demanda alors pourquoi il avait emmené ici, dans ce lieu de douleur et de mort.
Pourquoi étaient-ils tous ici ? L'univers n'avait-il pas à autre chose à faire que de les plonger dans l'enfer alors qu'ils n'attendaient que le paradis ?
- Ace, qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Luffy.
- Rien, Lu', il a juste fait un petit malaise. On s'occupe de lui, t'en fait pas, répondit-il d'une voix blanche.
- T'es sûr ? T'es blanc comme un fantôme …
Ace passa devant son frère et s'assit sur une des chaises métalliques de la salle d'attente. Luffy le rejoint immédiatement, inquiet de le voir ainsi.
- Ça va ? demanda-t-il.
Ace avait les mains devant les yeux, courbés sur lui-même. Il s'était promis de ne jamais être faible devant son frère. Même quand Marco le frappait, quand il retenait prisonnier des journées entières dans son appartement, la peur ne lui retournait pas l'estomac à ce point, sûrement parce qu'il le détestait déjà plus qu'il ne l'aimait.
Ce soir, il venait de franchir un cap, l'immense piscine de son endurance affective venait de déborder. Après trois mois de torture et une vie entière de doute, Ace s'autorisa enfin à se laisser aller.
Les larmes coulèrent d'abord silencieusement, sans que Luffy le remarque mais il ne put rapidement plus contrôler ses hoquets de douleur.
Luffy posa sa tête sur les épaules tremblantes de son frère, essayant tant bien que mal de le rassurer.
