Bonjour mes lecteurs ! Aujourd'hui j'ai deux annonces à faire :
Petit 1 : Law ne va pas mourir, vous pouvez dormir tranquille :)
Petit 2 : Je suis obligée de faire une pause un peu plus longue jusqu'au prochain chapitre donc la suite paraîtra seulement le 1 mai. L'histoire arrive bientôt à terme et j'ai besoin de temps pour mettre tout cela à plat.
Je vous aime d'amour ! Merci aux revieweurs, guest ou pas et à tout ceux qui continue de suivre cette histoire assidûment.
Donc la suite, le 1er mai.
Deux jours étaient passés depuis l'accident et Ace n'avait pas vraiment dormis depuis. Les chaises métalliques de la salle d'attente lui vrillaient le dos dès qu'il essayait de fermer un œil. De toute façon, même les yeux fermés, il continuait à voir Trafalgar sombrer dans l'inconscience, la bouche en sang. Il s'était plutôt bien remis de son accident respiratoire – son cœur, trop faible, n'arrivait pas à pomper le sang suffisamment vite, alors celui-ci s'accumulait dans ses poumons. Selon les médecins, le choc dû à l'accident avait encore plus fragilisé son cœur et il devait rester allongé encore une bonne semaine.
Trafalgar sembla aller mieux l'espace d'un instant, il accepta même de voir Luffy qui réussit à se contrôler pour ne pas trop le brusquer. Mais, à chaque jour qui passe, il se renfermait toujours un peu plus sur lui-même sous ses yeux impuissants.
Luffy mangeait un beignet en s'efforçant de sourire mais Ace connaissait son frère comme personne, le sourire qu'il esquissait était sans saveur et il voyait bien qu'au fond de ses yeux quelque chose était partie en même temps que Kidd. Mais Luffy ne se plaignait jamais, il était comme Jewelry, capable de sourire en toute circonstance.
Et il l'admirait tellement pour ça.
Ace ne savait plus les heures ni les jours. Son quotidien se limitait à faire des allers-retours entre la chambre de Trafalgar et la salle d'attente quand celui-ci s'endormait. Thatch venait aussi de temps en temps et cela réchauffait un peu le cœur d'Ace de voir que Jewelry avait enfin trouvé quelqu'un capable de l'aimer pour elle, elle le méritait amplement. Ils affichaient tous les deux une douce complicité, Thatch était un petit-ami attentionné et ne manquait pas de la rassurer ou de supporter ses larmes quand son cœur se faisait trop lourd.
Zoro était avec eux aussi, toujours derrière son voile de froid – plus que jamais. Il n'échangeait que des mots avec Jewelry car elle était la seule qui savait comment lui parler, Luffy parvenait de plus en plus à lui extorquer quelques mots, mais Luffy avait ce pouvoir magique d'attirer les gens comme un aimant.
Les membres de The Supernovas se demandaient sûrement quel avenir pour eux et Ace aussi. L'ambiance était lourde, personne n'avait envie de parler ou de détendre l'atmosphère, chacun restait de son monde intérieur, essayant de se remettre de la terrible claque qu'ils venaient de se prendre.
Ace n'était pas vraiment proche de Kidd, mais sa disparition remettait toute sa vie en cause. Il était hors de question pour lui d'abandonner Trafalgar, mais devait-il pour autant sacrifier sa scolarité déjà bien nécrosée, la quiétude des jours de Luffy et tant d'autre chose à la place ?
Son portable vibra dans sa poche, le faisant sursauter. Jewelry posa un regard inquiet sur lui, il lui sourit maladroitement et regarda son portable.
Un nouveau message de Marco.
Il se prit soudain un coup de marteau à l'arrière de la tête, comme pour lui rappeler ce qu'il avait trop voulu oublier.
Lui et Marco, dans le même lit.
Ace sentit les larmes grimper jusqu'aux bords de ses yeux, il les refoula rapidement pour ne pas fondre en larme sans raison devant tout le monde. Aucun souvenir ne lui était revenu en mémoire, aucune preuve de son innocence et ce terrible sentiment de culpabilité s'installa à nouveau dans son ventre.
Il ouvrit le message : Viens, chez moi. J'ai envie de toi.
Ace eut un haut le cœur, rien que de penser qu'il faisait encore de l'effet à Marco le rendait malade et rajoutait une bonne couche de culpabilité dans son estomac. Ace referma son portable, feignant l'indifférence alors que toutes les attentions étaient portées sur lui.
Des jurons se firent alors entendre de l'escalier, détournant l'attention de tout le monde. Jewelry ne peut que sourire en voyant Stratchmen Apoo franchir la porte du couloir. Il calma un peu sa rage et ses épaules tombèrent mollement en voyant ses protégés en convalescence. Jewelry avait toujours son plâtre même si rien d'autre ne traduisait ses blessures, tandis que Zoro n'avait qu'une cheville généreusement bandée.
Jewelry quitta Thatch pour se jeter dans les bras d'Apoo, elle qui n'avait presque pas pleuré laissa sortir son trop plein d'émotions :
- Chut, Jewel. Je suis là maintenant.
- Qu'est-ce qu'on va devenir ? demanda-t-elle.
- Ne t'en fais pas pour ça, je m'occupe de tout, de la presse, des journalistes, de la maison de disque. Vous n'avez qu'à penser à vous.
- Apoo …
- Où est Law ?
- Dans sa chambre, je ne sais pas s'il peut se lever, dit-elle.
- Je vais le voir et je reviens vite, d'accord ?
Apoo s'écarta doucement de la rose qui ne resta pas longtemps dans le froid, puisqu'elle retrouva immédiatement les bras de Thatch. Apoo entra dans la chambre de Trafalgar et y resta quelques instants, Ace voulut l'accompagner, ne voulant manquer aucune occasion de se retrouver avec le chanteur mais Zoro l'en dissuada en posant sa main sur son bras.
Le silence pesa une tonne depuis le départ d'Apoo, Thatch soutenait tranquillement les épaules basses de Jewelry, Zoro s'occupait avec sa béquille et même Luffy qui n'arrivait pas à rester en place plus de trente secondes était incroyablement calme – soit l'émotion de voir le groupe presque au complet, lui coupait le sifflet, soit il partageait la peine des autres.
C'est alors qu'apparut Apoo en compagnie de Trafalgar, assis dans une chaise roulante, ses jambes n'étaient sûrement pas assez forte pour le soulever. Ace le regarda passer devant lui sans rien dire, il trimbalait une perfusion du bout des bras, comme si celle-ci n'allait plus jamais le quitter. Il avait bien meilleur mine que depuis son malaise, ses cheveux repoussaient doucement, recouvrant progressivement sa cicatrice qui n'était plus qu'une ligne un peu plus rosée dans l'implantation de ses cheveux. Personne ne parlait, les autres devaient être autant choqués de voir leur ami aussi diminué.
Apoo laissa la chaise roulante juste à côté d'Ace et Trafalgar lâcha sa perfusion pour laisser pendre son bras dans le vide, comme s'il attendait qu'Ace joigne sa main à la sienne. Il hésita, le chanteur avait l'air encore plus gravement atteint, piteusement assis dans sa chaise roulante.
Apoo s'installa au milieu de ses poulains et se racla la gorge :
- J'ai déjà appelé la maman de Kidd … D'ailleurs elle voulait te parler, Law. Hum … j'me suis aussi occupé de la partie … funérailles. Ce sera la semaine prochaine, à Aurora. La presse est au courant pour l'accident … Y'a foule devant la porte, mais ils ne savent pas encore pour Kidd … J'irai leur annoncer juste après.
- Et pour l'album, demanda Zoro.
Apoo sembla gêner, le vert n'allait pas par quatre chemin. Le producteur savait qu'il ne voulait sûrement pas entendre parler de sortie, de promotion, ou de conférence de presse avant longtemps mais la maison de disque ne l'entendait pas de cette oreille :
- L'album est prévu pour début avril, commença-t-il.
- Hors de question qu'il sorte.
La voix de Trafalgar venait de claquer dans l'air, faisant presque sursauter le pauvre producteur. Ace observa ses traits, ils étaient d'une intransigeance totale, dure et ciselé comme une roche trop coupante. Et ses yeux toujours trop vides.
Ace prit alors sa main, espérant le détendre mais il se dégagea immédiatement du lien que le lycéen tenta de nouer. Il se redressa difficilement de sa chaise, tirant par la même occasion sa poche.
- L'album ne sortira pas.
- Traf … La maison de disque a misé beaucoup sur votre prochain titre, on ne peut pas l'annuler, tenta doucement Apoo.
- Rien à battre de ses cons de Machvise Records, j'ai déjà dit cent fois qu'ailleurs on serait mieux ! On est resté simplement parce que c'était notre première maison de disque. Ils veulent juste du fric, rien d'autre.
- Vous êtes encore en contrat pour deux ans avec eux, je ne peux rien faire !
- Alors on ne sortira rien pendant deux ans. On ne sortira plus rien du tout, de toute manière.
L'ambiance prit un nouveau coup, les autres ne disaient rien. Ils savaient qu'à partir de maintenant, Trafalgar prendrait les décisions, il n'y avait que Kidd pour le contredire et lui gueuler dessus quand il fallait.
- … on vient de perdre un membre du groupe, un ami … un frère. Et il était sûrement le membre le plus important … On ne peut pas faire comme si de rien n'était. On ne peut pas … Je ne peux pas.
Ace n'avait pas beaucoup parlé à Kidd, ni même compris combien il était indispensable pour les autres. Pour lui, Trafalgar était le leader, il faisait le show sur scène, il créait les mélodies, parfois les paroles pour le groupe, il semblait porter tout le groupe sur ses épaules.
Jamais, il ne vit que le batteur était derrière tout ça, qu'il était le leader secret, celui qui ne cherche pas la gloire ni l'argent, mais qui restait tout de même indispensable. Et Ace voyait devant lui les liens si fragiles dont Jewelry lui avait parlé se dénouer devant ses yeux.
Le groupe venait de perdre sa tête pensante, Trafalgar était meurtri à jamais.
Jewelry avait Thatch, elle ne trouvait plus aucun intérêt de son faux couple.
Zoro ne voulait pas se battre pour les restes de The Supernovas, il voulait simplement tourner la page.
Ace assistait à la lente agonie du groupe le plus en vue du moment.
- Une minute, fit Apoo. Tu penses un peu à Ace, ça fait des mois qu'il bosse pour l'album, qu'il attend cet argent providentiel ! Tu ne peux pas lui faire ça !
Ace ne voulait surtout pas être mêlé à leur affaire, essaya de s'interposé mais le chanteur ne lui laissa pas l'opportunité :
- Il est doué, il aura d'autre occasion de le prouver ! L'album n'est pas terminé, je ne veux en aucun cas porter cette responsabilité tout seul !
- Traf … murmura Jewelry d'une faible voix. Je suis d'accord avec Apoo, on devrait sortir l'album.
- Et on passera pour quoi ? Des sans-cœurs qui préfèrent le fric de leur vente à la mémoire d'un ami ! Je peux pas, Jewel, je peux pas …
- On est tous triste de sa disparition ! s'énerva-t-elle. Même plus que triste, y'a pas un moment où je ne pense pas à a dernière chose que j'lui ai dite ! Mais ce groupe, c'était son bébé, sa vie … on doit continuer.
- A quoi bon ? Les morts n'entendent plus rien.
La jeune femme soupira et Thatch serra un peu plus son emprise autour de ses épaules pour la réconforter.
- Traf … Ce n'est pas de ta faute.
Le chanteur se crispa soudainement et Ace ferma un peu les yeux, il aurait dû se douter qu'il éprouverait ce genre de sentiment.
Il conduisait le soir du drame. Bien trop vite.
Trafalgar qui était un peu sorti de sa coquille, disparut à l'intérieur à la vitesse de l'éclair, portant à nouveau son masque d'indifférence. Jewelry se leva et s'agenouilla devant sa chaise roulante, elle lui prit les mains, les yeux pleins de larmes :
- Traf … j't'en prie, si tu abandonnes, on est tous perdus … Je ne sais rien faire d'autre que de la musique avec vous et il n'y a que ça que j'ai envie de faire … Il t'aurait déjà engueulé comme pas deux en te voyant comme ça. Je sais que je ne suis pas lui, que je n'ai pas son influence sur toi. Mais je t'en prie, Traf, ne nous abandonne pas.
Le chanteur détourna les yeux devant l'air implorant de son amie, il ne pouvait pas supporter de la voir ainsi.
- Je ne peux pas, murmura-t-il. Pas encore … peut-être jamais.
Elle posa son visage baigné de larme sur les jambes amaigries du chanteur. Il ne pouvait pas la voir ainsi, alors il tourna la tête vers Ace.
- Ramène-moi dans la chambre, intima-t-il à Ace.
Ace ne savait pas trop quoi faire, Jewelry pleurait toujours à ses pieds. Le lycéen échangea un regard avec Thatch qui se leva et recueillit doucement celle qu'il l'aimait dans ses bras chauds. Ace se leva et poussa la chaise roulante dans le couloir, laissant derrière lui Luffy et les autres, complètements désarmés.
Ace ferma la porte derrière lui et Trafalgar demeurait immobile devant la petite fenêtre de sa chambre. Il tourna la tête vers Ace, les larmes commençaient à déborder de ses yeux fatigués. Ace se prit un coup au cœur – à se demander comment celui-ci fonctionnait toujours. Il se plaça devant Trafalgar et prit ses mains dans les siennes pour les embrasser doucement :
- Je te donnerai la part qui te revient, si tu as tellement besoin d'argent, murmura-t-il.
- Jamais de la vie je n'accepterai.
- … aide-moi à remonter sur le lit.
Ace poussa la chaise près du lit, puis il tendit ses bras vers lui et Ace soutenait son poids qui semblait toujours plus léger. Il sentit le visage du chanteur de perdre un peu dans son cou et dans sa nuque alors qu'il l'allongeait sur le lit blanc.
Ace s'écarta un peu mais les bras du chanteur, qui avaient un peu retrouvé leur force, l'en empêcha :
- … J'vais devenir imbuvable, tu vas me détester. Mais reste.
Si Ace n'était pas aussi près de lui, il n'aurait sûrement pas entendu ses mots, tellement sa voix fut faible, presque à peine plus forte qu'un souffle.
Il y avait l'ombre et la lumière au milieu de leur trajectoire, qui nuançait leur voyage. La lumière était aussi brillante et chaleureuse que l'ombre était noire et infinie, Ace le savait. Il savait aussi que la lumière de Trafalgar, celle qui baignait ses yeux dès qu'ils étaient ensemble, son sourire qui s'élevait aussi beau qu'un lever de soleil, son charisme, ses yeux posés sur lui; il savait que tout cela reviendra un jour.
Et que toutes ces lumières valaient mille ombres et peut-être même plus.
Trafalgar chercha à joindre leur lèvres, Ace ne se fit pas prier longtemps, ses baisers n'étaient que plus qu'exquis quand le chanteur en apportait la saveur initiale. Il espérait lui faire oublier les tourments de la vie – juste pendant quelques secondes.
Ils se séparèrent et ses prunelles grises avaient un peu retrouvé de substance.
Mais celle-ci s'évaporera comme un nuage de fumée si Ace n'attisait pas le feu qui était en train de se mourir tout au fond de lui :
- Je regretterai toute ma vie de ne lui avoir jamais dit combien il était important pour moi.
- Je pense qu'il le savait, murmura Ace.
- Alors j'espère que tu le sais aussi.
Ils s'embrassèrent à nouveau jusqu'à que les capacités respiratoires altérées du chanteur brisèrent la magie du moment en le faisant tousser et grogner. Il s'éclaricit la voix et se redressa contre son oreiller, gardant Ace près de lui.
- Avant la tournée, j'avais préparé tout un barda au chalet, pour me faire pardonner, lança Trafalgar.
- Quoi comme barda ?
- Des draps tout neuf, du bois déjà coupé, un cuistot pour la bouffe …
- Promet-moi qu'on ira une fois tout ça terminé.
- Promis.
- Traf ?
- Hmm …
- Comment tu fais pour que je retombe amoureux de toi à chaque jour qui passe ?
Les mots d'Ace arrachèrent un petit sourire au chanteur, le premier depuis bien longtemps. Il déposa ses lèvres asséchées par les médicaments sur les siennes, chastement.
- Et toi, comment tu fais pour me rendre accroc de la sorte ? répondit-il.
Ace rigola doucement puis s'allongea à côté du chanteur, se calant au plus près de son torse. Il passa sa main dans ses cheveux toujours épars puis dans sa nuque libérée de sa minerve. Là, sa peau était mordue de nombreux hématome et il devinait que son corps en était totalement recouvert. Sa main chaude cajolait la peau caramel du chanteur qui avait fermé les yeux pour apprécier les attentions d'Ace :
- On devrait pas rester comme ça … Trois mois, c'est trop long, murmura-t-il.
- Vieux pervers, rétorqua Ace.
- Petit aguicheur.
- C'est pas ma faute, j'suis né comme ça, rigola-t-il.
- Fais gaffe à ton cul, quand même, j'pourrais très bien lui faire des misères.
Ace lui embrassa le front et se tourna, profitant de sa chaleur un peu restaurée. Il sentait toujours son souffle vacillant dans son cou, une canule l'aidait encore pour cette tâche si facile. Les battements irréguliers de son cœur résonnaient contre son dos, essayant de se remettre de cette terrible épreuve. Ace soupira, il gâcherait peut-être ce doux moment, mais il devait poser la question :
- L'album …il ne sortira vraiment pas ?
Il resta silencieux pendant quelques instants avant de prononcer ses mots :
- Je ne sais pas … C'est notre dernière œuvre à tous les quatre, je n'ai pas envie que ce soit un album de plus, un album qui remplis les poches de la maison de disque. Je veux qu'il soit spécial.
- Vous n'avez qu'à repousser la date de sortie.
- La maison de disque ne voudra pas, elle n'a jamais toléré un seul écart. Si la maison de disque nous lâche, les autres ne resteront pas, je le sais.
- Tu vas arrêter la musique ?
- Ça je peux pas, rigola-t-il. Sinon, j'ai plus qu'à me flinguer … Et je n'ai pas envie de m'approprier ce qu'on a fait tous ensemble, ce ne serait pas juste.
- Alors, qu'est-ce que tu vas faire ?
- J'sais pas, Ace. Je sais vraiment pas.
Le chanteur chercha sa main pour lui donner du courage alors qu'on toqua à la porte :
- Ace, il faut que je te parle, fit la voix d'Apoo.
- Vas-y, murmura Trafalgar. Je ne risque pas d'aller bien loin, j'peux même pas faire trois pas.
Il acquiesça simplement alors qu'Ace se leva difficilement, ce moment avec le chanteur l'avait vidé des maigres forces qu'il lui restait. Il sortit de la chambre et tomba nez-à-nez avec le visage inquiet d'Apoo :
- Il t'a dit quelque chose ? s'enquit-t-il.
- Rien de spécial … Il ne veut pas sortir le dernier album fait avec Kidd à la va-vite.
Apoo soupira, il savait que la maison de disque ne considérait jamais les « caprices » des stars dont elle assurait la distribution, même en cas de décès.
- Bon, on verra ça plus tard … en attendant, j'ai ça à te faire voir !
- Qu'est-ce que c'est ?
- Ton contrat, pour la pochette, le livret, enfin bref toutes les choses que tu feras avec le groupe !
- Mais le groupe …
- Est dans la tourmente, je sais ! Mais j'ai confiance en Law, il se ravisera !
Ace prit l'impressionnant dossier papier un peu sceptique quant aux paroles d'Apoo. Il rejoignit la salle d'attente avec le nez plongé dans les termes et conditions de son contrat. Il s'installa sur une chaise en métal et leva rapidement les yeux : Zoro n'était plus là, sûrement dans sa chambre ou ailleurs, il ne restait plus que son frère. Jewelry et Thatch avaient, eux aussi, disparut.
- Où sont les autres ? demanda Ace.
- Zoro est partie à la cafétéria et Jewel et Thatch sont allés dehors.
- Hm, je vois.
Il replongea les yeux dans son papier, il ne comprenait pas un mot sur deux de ce charabia bureaucratique. Il retint qu'une seule chose, il touchera 3% du montant des ventes s'il signait. 3%, ça parait peu, de prime abord, mais sachant que le groupe avait vendu plus d'un million de copies de leur dernier disque, le montant devenait rapidement intéressant. C'était bien plus que dix ans de service à Baratie. Il avait aussi une clause d'exclusivité, s'il signait, il ne pouvait travailler qu'avec eux et ce détail ne lui plaisait pas vraiment.
- Ace ?
- Hm, répondit-il distraitement.
-C'est vrai que le groupe va se séparer ?
Il releva subitement la tête et posa ses yeux sur son petit frère. Il n'en menait pas large, assis et silencieux depuis le début de la journée, pourtant il venait d'apprendre d'horrible nouvelle pour le fan qu'il était. Ace s'en voulut de ne pas accorder plus d'attention à son cadet :
- Je ne sais pas Lu', c'est à eux de décider.
- Mais ! Ils ne peuvent pas ! Tous ces fans orphelins, le monde de la musique ne s'en relèvera pas !
- Je sais qu'ils sont très importants pour toi, Luffy. Mais, Kidd n'est plus avec nous, il leur faudra du temps, répondit-il avec une voix rassurante.
- Mais s'il faut trop de temps ! Plus de temps qu'une vie ?
- Quand quelqu'un meurt, on ne s'en remet jamais vraiment. On essaye simplement de se souvenir, au début, ça fait mal, on pleure et puis après, on rigole en pensant au bon moment.
- Tu crois qu'un jour Traf et les autres rigoleront en pensant à Kidd ?
- J'espère, mais pour l'instant, il est trop tôt pour le dire.
- Tu rigoles en pensant à tes parents ? demanda-t-il subitement.
- Non, Lu', j'me rappelle pas d'eux, sourit Ace.
- Et à Sabo ?
Ace pris un temps pour répondre, il n'avait pas parlé de leur « frère » disparut depuis bien longtemps. Le manque d'une vraie famille affectait beaucoup Luffy, alors voir le groupe se déchirer, son frère être triste était difficilement supportable pour lui.
- Il n'est pas mort alors je ne suis pas triste en pensant à lui. Je me demande juste s'il pense à nous, et qu'est-ce qu'il fait.
- Mon aussi, sourit-il. Je suis sûre qu'il est devenu trop cool !
- J'en doute pas.
- … Quand est-ce qu'on va définitivement rentrer à la maison ?
- T'en a marre d'être à l'hôpital, hein ?
Il hocha simplement la tête et Ace lui ébouriffa les cheveux pour le dérider. Ace voulait rester ici, chaque jour, chaque nuit, jusqu'à que Trafalgar puisse sortir mais il devait se rendre à l'évidence, il devait rentrer pour offrir un peu de normalité à Luffy. Il venait de manquer deux jours d'école, dormait sur les chaises dans la salle d'attente et ne regardait plus Batman le matin.
- T'inquiète pas, on rentre ce soir, ça marche ?
- Ouais !
Luffy lui tapa dans la main avec un grand sourire qui rassura un peu Ace. Luffy se leva alors après avoir demandé une pièce à son frère pour s'offrir une barre chocolatée dont la moitié terminera sur son visage. Quand il revint, Ace s'était replongé dans son fameux contrat :
- Tu lis quoi ? demanda Luffy.
- Mon contrat, si je signe, on pourrait manger de la viande à tous les repas !
- C'est vrai ? Pourquoi t'as pas déjà signé !
- Parce que si je le fais, je serais obligé de travailler pour Machvise Records pendant trois ans. Je risque de faire des choses que je ne veux pas et je n'ai vraiment pas envie de dessiner pour n'importe qui ou n'importe quoi !
- Tous les autres artistes de Machvise Records sont hyper commerciaux, c'est nul ! The Supernovas sont les seuls à être cool, j'me demande pourquoi ils ont signé chez eux …
- J'en sais rien, Lu'.
.
Ace était dans la chambre de Trafalgar, s'assurant qu'il allait bien et qu'il ne lui fasse pas de mauvaise surprise pendant son absence. Le malade avait dormit tout le reste de l'après-midi, son altercation avec Apoo et les autres l'avaient complètement épuisé. La nuit venait de tomber sur Chicago et Luffy l'attendait dans le couloir pour rentrer. Ace avait bien du mal à quitter le chanteur, il avait tellement peur qu'il refasse un malaise.
- Bon, je vais y aller …
- Ça fait trois fois que tu dis ça et tu es toujours là, répondit le chanteur, le dos soutenu par son oreiller.
- Ne te fous pas de moi ! Si je t'appelle, tu réponds et si je t'appelle pas, tu m'appelles, ok ?
- Oui, Monsieur, rigola-t-il.
- Ok, j'y vais, dans ce cas.
- Quatre.
- Arrête !
Ace se pencha au-dessus de lui et l'embrassa, le chanteur ne répondit pas trop ardemment sinon il ne partira jamais. Ils restèrent un instant, les lèvres scellées, le regard perdu dans celui de l'autre. Ace inspecta le moindre millimètre des pupilles de Trafalgar, il y avait toujours ce vide incroyable, ce trou noir gigantesque qui aspirait la plupart des choses sur son passage. Ace était bien content de pourvoir braver ce vide et de peindre un peu de joie sur le visage du chanteur.
Ils se séparèrent définitivement et Ace quitta la pièce sans se retourner, sinon il lui faudrait encore cinq bonnes minutes de plus. Ace pesta contre lui-même et se retourna une dernière fois, dans l'entrebâillement de la porte, provoquant une douce hilarité chez Trafalgar.
- Fais attention sur la route, lança-t-il. Ne va pas trop vite.
Il hocha la tête et ajouta : - Fais attention à ton cœur, ne le laisse pas s'endormir.
- Je vais faire de mon mieux mais tu vas devoir vite revenir pour vérifier tout ça.
- Je suis plutôt du genre collant, tu le sais bien !
- A demain ?
- Je ne sais pas, je vais devoir retourner au lycée un de ces jours.
- Alors je ne veux pas te voir demain, gronda le chanteur.
- Hey ! Je serais là dès que les cours se termineront !
- Alors, je ne veux pas te voir avant dix-huit heures !
Ace rigola et laissa traîner son regard derrière lui jusqu'à que la porte ne se referme complètement. Luffy attendait gentiment, adossé au mur et sourit franchement quand Ace lui fit signe qu'ils se mettaient en route. Les deux frères descendaient les marches quatre à quatre, Ace était aussi content de rentrer chez lui, il n'avait pas pris de douche, ne c'était pas brosser les dents depuis l'accident et son dos commençait à le lancer sérieusement.
Soudain Ace bloqua son frère alors qu'ils ne le restèrent que quelque marche à descendre pour atteindre le hall d'entrée :
- Qu'est-ce qu'i –
- Chut ! fit Ace.
Devant eux, une foule incroyablement dense et bruyante, des flashs et des clics qu'Ace n'oubliera jamais. Au milieu de ce capharnaüm, Apoo tentait avec difficulté de se faire entendre des journalistes et de la presse :
- Votre attention s'il vous plaît ! J'aimerais faire une annonce officielle concernant les récents événements !
La voix un peu plus forte et assuré d'Apoo parvint enfin à calmer les journalistes. Ils sortirent tous un calepin ou un dictaphone pour ne louper aucune miette de l'info qui ferait sûrement les gros titres de la presse de demain :
- Le groupe The Supernovas a subit un terrible accident de la route dans la nuit du vingt-huit Mars, lors de son retour de tournée. Un camion a percuté le van qui les ramenait sur Chicago. Jewelry Bonney et Roronoa Zoro ne sont que très peu blessés, un bras cassé pour elle et la cheville pour lui. Quand à Trafalgar Law, il a plusieurs côtes fracturées ainsi que divers blessures mineures sur tout le corps. Et enfin … c'est avec une peine immense que je vous annonce qu'Eustass Kidd, le batteur du groupe, est décédé des suites de ses blessures. L'enquête est déjà en cours et le conducteur du camion activement recherché. Aucune autre annonce ne sera faîte sur ce sujet. Merci.
Apoo tenta de s'enfuir mais les journalistes avaient déjà former un épais barrage autour de lui. Aucun d'eux n'étaient indignés ou triste, ils voulaient simplement être le journaliste qui ramènera le scoop le plus juteux à son journal. Apoo garda la tête baissée et joua des coudes pour déguerpir le plus vite possible du hall. Finalement, les agents de sécurité de l'hôpital escortèrent le producteur jusqu'à un lieu sûr et dissipa la foule de journaliste qui braillait toujours, espérant interpeller le producteur.
- Viens, on va sortir par la sortie de secours, murmura Ace à Luffy.
Le plus jeune acquiesça, un peu effrayé par la folie qu'il venait de voir. Ils remontèrent les escaliers et sortirent par la porte de secours qui débouchait sur un escalier en métal, à l'extérieur du bâtiment. Le parking était bondé de camionnette portant le logo des chaînes locales et Ace se félicita d'avoir eu la présence d'esprit de garer sa voiture assez loin de toute cette agitation.
Alors qu'il traversait le parking à toute allure, Luffy juste à côté de lui, son portable vibra dans sa poche.
Un nouveau message.
Il ouvrit sa boite de réception, un peu fébrile et déglutit quand il vit le nom de Marco :
Tu n'es pas venu, je suis triste. Ne t'en fais pas, je vais faire en sorte que ça n'arrive plus jamais.
Une vidéo accompagnait le message et Ace appuya sur lecture.
Il ferma brutalement son portable une demi-seconde plus tard, le visage blafard.
Il avait bien trompé Trafalgar, la preuve était là, devant ses yeux.
Une vidéo de ses ébats avec Marco.
Il rouvrit son portable et l'effaça immédiatement. Mais il savait que le blond en gardait précieusement plusieurs copies.
Et Dieu seul sait ce qu'il avait en tête.
