Hello gentils lecteurs ! Ca fait longtemps qu'on ne s'est pas vu, n'est-ce pas ? Vous savez ce qu'il m'est arrivé la dernière fois ? J'étais dans ma salle de bain à 7h02, je pense, et là j'ai eu une putain de vague d'inspiration de malade mental ! Mais je devais partir au boulot, j'ai rapidement écrit trois lignes sur un calepin et je parlais toute seule dans la rue pour ne pas oublier ... Mais j'ai du prendre le bus, parler avec les copains et me concentrer sur mon boulot ... Du coup, ma vague d'inspiration est retombé dans le néant. C'est totalement insupportable.
Vous savez habituellement je galère vraiment pour le titre des chapitres mais là j'avais tellement d'idée que je ne savais pas lequel choisir ... Donc au final j'ai galéré aussi. VDM.
La suite le 20 mai ! Et promis on arrête bientôt la tristesse !
Ciao !
Trafalgar regardait ses guitares prendre la poussière sans rien dire. Depuis qu'il était sorti de l'hôpital, il semblait complètement désœuvré, errant dans son immense appartement sans but.
Trafalgar Law avait le sentiment inébranlable que sa vie avait perdu tout sens, que l'avenir n'existait plus pour lui et que, mort ou vif, ce serait toujours la même chose. Cette tranquillité le paralysait, comme s'il n'y avait plus rien dans sa vie qui méritait qu'il bouge, qu'il se lève le matin. Il se sentait fatigué et vidé comme à la fin d'un long et douloureux voyage où plus personne ne l'attendait, où il n'y avait que ses pensées morbides.
Ses souvenirs de l'accident ne le lâchaient pas un seul instant. Il revoyait tout, constamment, chaque détail, chaque mot et sa culpabilité. Le compteur qui lui disait qu'il allait trop vite. Ses yeux éblouis par les lumières du camion et celles qui s'éteignaient dans les yeux de Kidd. Il entendait Jewel qui disait être heureuse de retrouver Thatch et il entendait ronfler Zoro, affalé contre la fenêtre.
Et puis il y avait lui qui reprenait conscience, la tête contre la vitre fêlé et le calme paisible qui régnait tout autour d'eux, comme s'ils se trouvaient dans une bulle hors du temps. Les yeux de Kidd qui l'implorait de le sauver, qui plaçait tous ses espoirs en lui – son ami le plus précieux. Mais cette fois, tout ce qu'il pouvait ce n'était pas assez … pas assez pour extirper son ami, son frère, des bras réconfortant de la Mort. Il entendait ses derniers mots, son dernier hommage et jusqu'à la fin, il fut l'homme le plus bon qu'il connut.
Il se souvenait aussi avoir perdu définitivement connaissance en croisant le reflet de la silhouette inanimée de Zoro et Jewelry.
Puis le réveil à l'hôpital.
Sans Eustass Kid.
Il n'entendra plus ses injures, ses colères.
Il ne le verra plus boire du rhum n'importe qu'elle heure.
Plus jamais sa batterie ne l'inspirera.
Toutes ses choses qu'il détestait avant et qui valait plus que de l'or maintenant.
Alors, il fumait plus que raison et pas que des cigarettes. Il ne mangeait plus, il buvait de l'alcool à la place et Ace le regardait, impuissant.
Il n'avait jamais essayé de quantifier sa consommation de cigarette mais deux paquets par jour étaient vraiment excessifs. Et maintenant qu'Ace savait son cœur affaibli, ce tic qui lui donnait tant d'allure avant, l'exaspérait. Ace ne disait rien, parce qu'il ne savait plus comment se comporter avec lui. Il avait eu un faible espoir à l'hôpital quand il redevenait cynique et grinçant par moment.
Mais de retour à la maison, à la réalité, le vide dans ses yeux semblait plus que jamais insurmontable. Et Ace en était complètement pétrifié.
Et aujourd'hui le chanteur semblait être encore plus l'ombre de lui-même puisque on enterrait Kidd à Aurora.
Ace entra dans le salon où le silence était insupportable. Il s'assit sur le canapé, juste à côté de Trafalgar qui fumait encore à la fenêtre :
- Faut que j'aille chercher Luffy et mon costard. On se retrouve là-bas ?
- Hmm.
- Jewel m'a dit qu'une voiture viendra te chercher.
- Hmm.
Ace se leva et le regarda en se demandant depuis combien de temps, lui, ne l'avait pas regardé. Il aurait bien voulu l'embrasser ou quelque chose mais il ne daigna pas tourner la tête vers lui, les yeux perdus sur la ligne d'horizon des immeubles de Chicago.
Il prit sa veste dans l'entrée et quitta l'appartement du chanteur. Ace démarra sa vieille voiture qui venait de traverser ce qui était probablement son dernier hiver.
Le printemps revenait doucement sur Chicago, malgré les nuits toujours fraîches, les journées s'allongeaient et devenaient un peu plus chaude. Les arbres reprenaient des couleurs, les oiseaux chantaient sur les lignes haute-tension et les gens sortaient, main dans la main.
Malgré les beaux jours qui arrivaient, Ace n'avait jamais eu aussi froid : dans sa voiture, dans l'appartement de Trafalgar et surtout de son cœur.
Arrêté à un feu rouge, juste à quelques pâtés de maison de sa résidence, Ace répondit à son téléphone qui vibrait sur le fauteuil passager :
- Allô ?
- Tu vas m'ignorer encore longtemps ?
- Marco ! Putain ! Lâche-moi merde !
- Apparemment tu n'as pas vu mon petit message ou tu ne saisis pas encore tout à fait ce que je peux faire avec …
- Qu'est-ce que tu veux à la fin !
- Tu sais ce que je veux, alors viens.
- Non !
- J'ai appris pour le batteur, c'est vraiment moche. Il doit faire une de ces tronches, rigola-t-il. Tu ne veux pas qu'en plus il découvre que tu l'as trompé. Ça pourrait le tuer …
Ace ne savait plus quoi dire, plus quoi faire. Il avait beau repousser Marco, se battre contre lui, il semblait totalement insensible. Le blond était prisonnier de sa folie, d'un passé perdu et Ace s'en voulait tellement de n'avoir rien fait plutôt pour l'empêcher de sombrer.
- Ace !
On klaxonnait derrière lui, le feu était vert depuis plusieurs minutes. Il démarra et se rangea sur le bas-côté :
- Si je viens, tu effaces cette vidéo, dit-il d'une voix ferme.
- Je crois que tu n'es pas en position de discuter.
- Si ! je suis en train de te dire que tu as gagné, qu'est-ce que tu veux de plus, merde !
- Toi, chez moi, dans dix minutes.
Ace raccrocha sans donner de réponse, le blond n'en n'avait pas besoin, il savait qu'Ace serait là, pile à l'heure. Il soupira douloureusement et composa le numéro de son appartement :
- Lu' ? C'est moi ! T'es prêt ?
- Oui, fit la voix joyeuse de son petit-frère. Mais toi, t'es ou ?
- Ecoute, j'ai un petit empêchement, je vais venir directement à l'église d'accord ?
- Hm, mais moi j'y vais comment ?
- J'vais demander à Jewel de passer te pendre, d'accord ?
- Ok, à toute à l'heure !
Ace raccrocha et envoya un sms rapide à la rose, celle-ci répondit par la positive sans demander plus d'explication. Ace resta prostré dans le silence de sa voiture pendant quelques instants, Trafalgar n'allait pas bien, pas bien du tout. Il ne doutait pas un seul instant de l'impact de la vidéo sur lui, s'il la voyait, il serait dévasté, perdu à jamais. Trafalgar lui avait clairement fait comprendre qu'il avait absolument besoin de lui durant cette épreuve et le voilà qu'Ace lâchait sa main et le regardait chuter, sans rien faire.
Dans tous les cas, quoique qu'il fasse, Trafalgar en souffrirai. Dans tous les cas, il devra l'affronter et risquer de le perdre. Mais pas maintenant, alors qu'il ne se remet pas de la disparition de Kidd, alors que le moindre mot de travers semblait pouvoir le briser.
Pas maintenant.
Il démarra sa voiture et fit demi-tour, vers l'appartement de Marco.
Il sonna à la porte, le blond lui ouvrit presque immédiatement. Il avait ce petit sourire satisfait sur le visage.
Ace ferma la porte derrière lui.
- T'en as mis du temps, bébé, fit Marco en avançant vers la chambre.
- J'suis pas ton bébé.
- Oulà, t'es pas de bonne humeur, aujourd'hui, rigola le blond.
- J'suis pressé.
Il se retourna avec un sourire aguicheur sur le visage :
- Je savais bien qu'à un moment, tu te rendrais compte que j'suis bien meilleur au lit que les autres.
- Ne rêve pas. Y'a un vide abyssal entre toi et Law. D'ailleurs, j'me demande comment j'ai fait pour supporter ton va-et-vient de taulard pendant un an.
Ace tourna la tête suite la violence de la gifle de Marco mais il ne pouvait s'empêcher de sourire, son ex était vraiment pathétique :
- J'ai l'impression d'être un an en arrière, toi qui me frappe parce que je me rends compte que t'es tout sauf le mec cool que tu prétendais être.
- La ferme et ramène-toi.
Marco prit fermement son bras et le projeta violemment contre le lit où Ace s'écroula sur le tapis, son sourire n'avait toujours pas disparut :
- Pourquoi tu souris comme un crétin ? demanda Marco en lui serrant la mâchoire.
- Parce que t'aura beau me taper, me faire peur, me menacer, t'as déjà perdu.
- Peut-être qu'à toi, ça ne te fait plus rien, mais je n'en suis pas si sûre pour ton petit chanteur de merde.
- Fais-moi, ce que tu veux, vraiment, mais laisse-le en dehors de ça. Il n'a rien à voir là-dedans.
- Vraiment, je payerais chère pour voir sa tête quand il apprendra que tu l'a trompé, que tu t'es fait défourailler par un autre et plusieurs fois par semaine en plus de ça.
Là, le sourire d'Ace se fana. Même s'il résistait autant qu'il pouvait rien ne pouvait effacer ce qu'il avait fait.
- T'es qu'un connard, Marco.
- T'as toujours aimé les bad-boys … bébé.
- J'suis pas ton bébé ! cria-t-il en lui crachant au visage.
- J'adore que tu joues l'insoumis …
Il écrasa brutalement ses lèvres sur celle d'Ace, pénétrant immédiatement sa bouche avec sa langue pour empêcher toute rébellion de sa part. Ses yeux bleus pleins de furie ne quittaient pas les siens et Ace couina devant la rage qui animait le blond.
Quand il pensait se battre, sortir de la tête de l'eau, Marco l'enfonçait toujours un peu plus profondément.
Le blond déboutonna son pantalon sans qu'il puisse bouger.
.
Il était presque quinze heure et Ace semblait oublier qu'un de ses proches venaient de mourir dans un accident de voiture puisqu'il roulait incroyablement vite en direction d'Aurora.
Son retard serait tout bonnement impardonnable, alors il écrasa encore plus l'accélérateur.
Aurora n'était qu'à une dizaine de kilomètres mais la cérémonie commençait dans dix minutes maintenant. Ace ne connaissait pas cette ville mais il n'avait qu'à suivre l'incroyable file des vans portant le logo des chaines d'info en continue, des radios, de journaux, des magazines people, jusqu'à tomber sur une fourmilière grouillante et hurlante. Les agents de la sécurité tentaient de contrôler la situation mais les paparazzis étaient prêt à tout pour entrer dans la pauvre église d'Aurora.
Ace ralentit, espérant trouver un endroit où garer sa voiture sans avoir à traverser cette marre au crocodile qui se disputerait sans merci sa carcasse. Il vit alors un homme vêtu de noir l'interpeller au milieu de la route, Ace hésita, s'arrêter ici, juste à la barbe et au nez des journalistes était plutôt risqué. Mais l'homme lui faisait des grands signes alors il s'arrêta :
- Vous êtes Mr. Portgas ?
- Oui, comment vous connaissez mon nom ?
- On m'a dit d'arrêter la première Fiat pourrie qui passerait. Je crois qu'on vous attend. Suivez-moi.
Ace referma sa vitre et démarra doucement alors que l'homme, aidé par ses collègues fit un trou dans l'épaisse foule pour dévoiler le parking de l'église presque vide. Il se gara et sortit en quatrième vitesse alors que les cloches sonnaient le glas.
Devant la grande porte en bois sculptée, le reste du groupe attendait. Ils portaient tous le même costume noir ainsi qu'une chemise blanche – même Jewelry. Ace eut mal au cœur, il trouvait Trafalgar d'une classe folle habillé ainsi, mais la tristesse de ses traits lui donnait un coup brutal et vif droit dans son pauvre palpitant.
Il s'approcha doucement, Jewelry lui sourit timidement, Zoro le regardait avec sévérité, sûrement à cause de son retard, Luffy s'approcha de lui en souriant et Trafalgar restait impassible.
Ils entrèrent dans l'église sans un mot. Il n'y avait pas grand monde, une pauvre femme courbée et ridée était assise au premier rang, elle sourit quand le groupe entra. Trafalgar se pencha vers elle et lui baisa doucement la joue en lui marmonnant quelques mots qui la fit sourire un peu plus. D'autres gens étaient assis au fond de la nef, sûrement de voisins, des connaissances, des amis d'enfances perdus de vue, le commerçant du quartier qui avait vu Kidd gamin, puis se perdre et enfin grandir. Et sûrement des grands noms de la musique qu'Ace ne connaissait pas.
Ils s'assirent tous au premier rang, de l'autre côté de l'allée. Trafalgar était à côté d'Ace et posa sa main sur la sienne et le lycéen soupira douloureusement en pensant à celui qui avait posé ses mains sur lui, quelques heures auparavant.
Juste devant eux se trouvait le cercueil de Kidd, fermé. Des dizaines de bouquets avaient été déposés juste devant, des bougies brûlaient d'un feu instable. Il y avait aussi quelque photos de Kidd plus jeune ou entouré d'amis présent dans l'église mais dont le visage fermé et triste empêchait de les reconnaître. Le bois du cercueil était d'un noir impénétrable et laqué d'un vernis brillant qui reflétait le soleil de cette douce journée d'avril.
Un petit bruit de cloche tinta et les gens se levèrent. Ace les imita, il ne connaissait pas les rouages d'une messe – à vrai dire c'était son premier enterrement. Trafalgar se leva finalement, après tout le monde, alors que Jewelry le regardait sévèrement.
Il n'aimait pas les conventions sociales, il n'aimait pas faire les choses pour le bon plaisir des autres.
L'orgue se mit à brailler de ses notes grandiloquentes et puissantes. La chorale se mit à chanter le premier chant de la cérémonie, Ace regarda les paroles inscrites de son livret puis observa Trafalgar : sa bouche était fermée en une ligne droite et sans expression, alors que les autres faisaient l'effort de marmonner ou de chantonner, il restait désespérément muet.
Ace se mit alors à chantonner à son tour, bien mal certes, mais il voulait rendre hommage à Kidd et puis il s'était jurer de partager un peu le poids que portait Trafalgar. Celui-ci fut bien surpris d'entendre sa voix chanter un chant religieux, Ace tourna la tête vers lui sans s'arrêter et pour la première fois depuis sa sortie de l'hôpital, il vit quelque chose dans le fond de ses yeux.
De la tristesse, mais pendant un instant le vide avait disparu.
Il fronça les yeux et crispa sa mâchoire, sa respiration était lourde de sanglots - retourné par la voix d'Ace. Il sortit fébrilement une paire de Ray-Ban de la poche intérieur de sa veste et les plaça devant ses yeux qui s'humidifiaient sans qu'il ne puisse lutter.
Le prêtre s'approcha du micro : - Nous sommes ici pour célébrer la mémoire d'un des fils de Dieu, parti trop tôt, Eustass Kidd.
Ace doutait sincèrement que Kidd fut croyant, il trouverait sûrement ce manège ridicule. Mais les enterrements étaient fait pour les vivants, pas pour les morts.
Après une bonne demi-heure de chant et quelques lectures de la Bible par le Prêtre, celui-ci annonça quelque chose qui surprit Ace :
- J'invite Trafalgar Law à me rejoindre pour sa lecture.
Il n'en menait vraiment pas large à côté de lui, ses mains tremblaient comme des feuilles agitées par le vent, ses jambes aussi. Il déglutit mais ne bougea pas. Le prêtre le regardait avec insistance ainsi que tous les autres venus pour honorer la mémoire de Kidd. Ace serra sa main dans la sienne mais rien ne pouvait le calmer :
- J'peux pas, murmura-t-il. J'peux pas …
- Qu'est-ce que je peux faire pour t'aider ? demanda Ace.
Il sembla hésiter, puis il sortit une petite feuille sa poche et la lui tendit. Ace comprit, mais n'était pas sûr de pouvoir accepter :
- Traf, j'peux pas te voler tes derniers mots, balbutia-t-il.
- Monsieur Law ? fit le Prêtre.
- … Je t'en prie ...
Ace serra la feuille dans sa main et se leva finalement. Il tourna la tête vers le brun pour le voir essuyer quelques larmes occultées par ses lunettes de soleil. Ace monta les quelques marches qui le séparaient du cœur de l'église. Il déplia la feuille sur le pupitre et plaça son micro devant sa bouche.
Avant de parler il observa l'église à moitié vide, la mère de Kidd essuyait constamment le bord de ses yeux avec un mouchoir toujours humide. La douce lumière du soleil de ce début de mois d'avril enflammait les vitraux qui déteignaient sur les murs blancs de l'église.
Il se racla la gorge pour que sa voix ne flanche pas quand il prononcera ses premiers mots. Et alors qu'il voulut parler, Trafalgar avança en silence vers le piano qui accompagnait l'orgue durant les chants.
Il s'assit en prenant soin de ne pas froisser sa veste noire et leva les mains dans un geste doux. Ses doigts s'écrasèrent sur les touches d'ivoires et le piano chanta de sa plus belle voix.
Ace sourit et commença à lire les mots choisis par Law alors que celui-ci commença une mélodie mal assurée au piano :
L'Éternel est mon berger
Je ne manquerai de rien.
Il me fait reposer dans de verts pâturages, il me dirige près des eaux paisibles.
Il restaure mon âme. Il me conduit dans les sentiers de la justice,
A cause de son nom.
Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi
Ta houlette et ton bâton me rassurent.
Tu dresses devant moi une table, en face de mes adversaires;
Tu oins d'huile ma tête,
Et ma coupe déborde.
Oui, le bonheur et la grâce m'accompagneront
Tous les jours de ma vie,
Et j'habiterai dans la maison de l'Éternel
Jusqu'à la fin de mes jours.
Ace lisait les mots avec une voix lente tandis que derrière lui, Trafalgar faisait pleurer toute l'église avec sa mélodie. Une envolée douce et mélancolique qui mettait à mal sa confiance fragile. Il balaya la feuille des yeux et vit qu'il y avait deux lignes manuscrites à la fin du cantique de David, ces lettres étirées et un peu penchées appartenaient à Trafalgar :
- Traf, murmura Ace. … Je ne peux pas lire ça.
Il continua sa mélodie calmement et tourna simplement la tête, Ace sentit son estomac se tordre et son cœur peser une tonne dans sa pauvre poitrine en voyant les larmes qui ruisselaient sur les joues du chanteur.
Il fit « non » de la tête, incapable de prononcer un seul mot.
Ace se tourna à nouveau vers l'assemblée et respira un grand coup :
- J'aimerai vous lire à présent les derniers mots que Trafalgar Law veux adresser à son ami.
Il posa son regard sur Jewelry qui tentait de se calmer dans les bras de Thatch, les yeux de Zoro restaient secs mais tout son être exprimait une profonde tristesse. Luffy ne disait rien et restait totalement immobile – et c'était déjà assez d'indice quant à ce qu'il ressentait. Il tourna la tête vers la mère de Kidd qui tentait toujours de tarir ses larmes.
Il perdit son regard au fond de la salle où il ne pouvait voir les visages de ces inconnus, il pensait alors à la foule de paparazzi qui les attendait dehors, prêt à sauter sur eux et à dévorer le peu d'âme qui leur restait.
Toi et moi, on voulait être immortels
Je t'en voudrais toujours de m'avoir volé la première place
Les lumières sont braqués sur toi, vieux con, à jamais
Et je me rappelle de tous ces mots que tu me disais.
Je me rappelle surtout des derniers :
Tu es mon guitariste et je suis ton batteur, pour toujours.
Une fausse note. Le piano dissona une seule fois.
Cette note étrange et dérangeante, cette faiblesse dans sa mélodie exprimait alors à elle seule toute la douleur qui hantait Trafalgar Law.
Les dernières notes se firent tremblantes et mal assurées, puis il se leva de son tabouret et retourna à sa place, la tête basse pour ne pas montrer ses larmes, à peine assis, Jewelry passa une main chaleureuse sur ses cuisses. Ace quitta le micro alors que le prêtre s'approcha de lui pour continuer l'office. Quand il se rassit, Trafalgar posa sa tête lourde dans son cou et Ace passa une main dans son dos, espérant alléger le poids qu'il portait.
Il voulait rester digne, ne pas fondre en larme devant tout le monde, mais Ace était le témoin privilégié de son désarroi. Les larmes du chanteur coulaient sans discontinuer dans son cou.
La messe se termina finalement. Les hommes des pompes funèbres portaient le lourd cercueil noir et brillant sur leur épaule, l'escortant jusqu'à l'extérieur. Le groupe se leva et marcha en silence derrière l'ultime demeure de Kidd.
Le soleil les éblouit, les cris des paparazzis les rendaient sourd. Ace serra Luffy dans ses bras, conscient qu'il délaissait plus que jamais son frère. Trafalgar alluma une cigarette immédiatement après être sorti de la maison du seigneur. La mère de Kidd salua quelques personnes qui avaient fait le déplacement, le groupe resta en retrait ne voulant pas attirer les regards et empêcher toute demande maladroite d'autographe ou de photo.
La mère de Kidd leur fit signe et tous s'avancèrent vers le fond, en direction du cimetière. Le silence était encore plus insupportable.
Trafalgar demandait constamment la main d'Ace dans la sienne. Les rôles s'étaient quelques peu inversé, le chanteur l'avait libérer de son étouffant quotidien, de la peur que lui inspirait l'amour et maintenant Ace devait l'aider à avancer avec la mort de Kidd qui le suivra à chacun de ses pas, devenant son ombre.
Ils arrivèrent devant une tombe ouverte. La stèle était bien modeste, du marbre noir, quelques fleurs et des lettres dorées :
Eustass Kidd : 1989 – 2016
Ace sentait la vie piétiner encore et encore son pauvre cœur.
Jewelry n'avait pas arrêté de pleurer, Luffy regardait tout ça avec ses grands yeux humides, un peu perdu. Trafalgar ne disait toujours rien, son plus précieux ami semblait avoir apporté sa voix belle voix avec lui.
Il n'y avait qu'eux et la mère de Kidd, la mise en terre était réservée à la famille et aux amis les plus intimes. Le prêtre arriva, avec ses pieds cachés par sa longue robe il semblait presque flotter. Le personnel des pompes funèbres se tenait à côté du cercueil, prêt à le glisser à tout jamais dans ce modeste carré de terre fraîchement retournée.
Le prêtre entama un chant doux de sa voix un peu fausse alors que le cercueil de Kidd entrait parfaitement là où il resterait pour toujours. Personne ne disait rien, Ace qui était plus attristé par l'état du chanteur que par la disparition du batteur sentit le mal qui sévissait en lui atteindre son estomac. Ses pensées se tournèrent alors vers Kidd, même s'il ne le connaissait pas vraiment, s'il n'était pas vraiment proche de lui, il réalisa que l'opportunité de s'en faire un ami disparaissait alors que le cercueil toucha le fond.
A tout jamais.
- Je vous invite, chacun à votre tour, à exprimer une dernière pensée qui l'accompagnera durant son voyage jusqu'au royaume de Dieu et pour l'éternité.
La mère de Kidd s'avança et laissa tomber son mouchoir plein de larmes sur le cercueil, son fils emportait avec lui ses dernières perles salées.
Jewelry s'avança à son tour, ses lèvres bougeaient mais sa voix était trop faible pour qu'un seul son n'en sorte. Elle se retira la tête basse et se blottit contre Thatch qui attendait sur le côté.
Puis ce fut au tour de Zoro, il ne baissa pas la tête, mais voir le nom de son ami briller sur le marbre lui arracha finalement une larme. La seule depuis l'annonce de sa mort, la seule qu'il laissera couler pour quelqu'un.
Trafalgar se posta alors devant la tombe. Il retira ses lunettes de soleil depuis la première fois de la journée, dévoilant des yeux lourds et éprouvés par les larmes. Lui aussi murmura des paroles silencieuses, des mots qui n'étaient entendu que par Kidd. Il sortit alors une paire de baguette de l'intérieur de sa veste noire et il se baissa pour en déposer une sur le cercueil et garda l'autre près de lui.
- Fais bon voyage, murmura-t-il.
Il se releva au bout de longues secondes, pour lui aussi, la mort de Kidd prenait tout d'un coup plus de substance car il était maintenant prisonnier du bois de son cercueil et de la terre qui l'entourait. Ses jambes tremblaient, il rangea la deuxième baguette qui formait une paire de sa poche intérieure, juste à côté de son cœur.
Trafalgar serra Ace dans ses bras, pleurant une bonne fois pour toute. Il l'enlaça de toutes ses forces, bien content de sentir sa chaleur pour effacer celle du blond. Les hoquets de douleur du chanteur finirent par achever la belle assurance d'Ace qui lui aussi laisse les larmes couler sans entrave.
Il pleurait pour Kidd, il pleurait pour Traf et pour bien d'autre chose encore.
Après quelques minutes où toutes les larmes de leur corps meurtris furent extériorisées, ils se séparèrent, main dans la main. Luffy interrogea silencieusement son frère, le plus jeune avait aussi le cœur au bord des yeux et Ace lui répondit par un hochement de tête.
Il s'approcha alors de la tombe dans un calme et une douceur qui ne lui ressemblait pas et se racla la gorge :
- Kidd … Je sais que tu n'es pas le seul à être mort aujourd'hui, commença-t-il.
Ace s'abstint de le faire taire, tous avait choisi de se recueillir en silence mais Luffy ne faisait rien comme tout le monde et il savait que trop bien le surprendre dans des moments pareils.
- Tous ceux qui t'aimaient le sont un peu. Tu as emporté ta batterie qui faisait battre nos cœur avec le tiens. Tant pis, on réécoutera les rythmes du passé et on les trouvera que plus beau quand on se rendra compte qu'en fait, tu n'es jamais parti.
- Lu' …
Ace ne pouvait rien dire d'autre tant les mots de son frère le bouleversait. Il se détourna de la tombe avec un sourire sur le visage, certains auraient pu trouver cela déplacé mais Luffy venait de rendre le plus bel hommage qu'un fan pouvait faire à son idole. Trafalgar ébouriffa les cheveux du cadet, dans le même geste tendre qu'Ace :
- Un génie, hein ? murmura-t-il, simplement.
Le prêtre fit tinter une petite cloche et ils se détournèrent de la tombe de Kidd alors que la terre recouvrait au fur et à mesure le bois brillant du lit de Kidd.
Mais il n'y avait que de la terre qui les séparait à tout jamais de lui.
Juste un peu de terre.
Et l'infinité des temps.
Les paparazzis étaient toujours là, se moquant complètement de profaner un tel moment. Les membres du groupe semblaient plus sereins, plus léger après avoir vidé leur cœur. Trafalgar sortit une cigarette de son paquet mais la rangea en voyant le regard de mort d'Ace. Il lui balança un petit sourire en coin et Ace cru mourir, fondre sur place tant ce rictus sur son visage lui avait manqué et tant l'effet sur lui était démultiplié après tant de jours à le voir porter un masque de tristesse.
La mère de Kidd salua chaleureusement tout le monde et s'attarda un peu sur Trafalgar. Elle savait à quel point il fut important pour son fils, que les deux avaient autant connus les pires galères que les plus belles joies. Elle quitta l'église d'Aurora dans le van des pompes funèbres pour éviter de ramener les photographes jusqu'à chez elle.
Elle n'avait pas prévu de pot ou de verre de l'amitié, elle voulait se retrouver seule avec les souvenirs de son fils et le groupe avait respecté cette décision.
- Traf, on y va ? demanda Jewel.
- Je rentre avec Ace, répondit-il.
Ace lui sourit tendrement.
- Quoi ? Dans sa voiture pourrie ? T'as pas peur avec les paparazzis ?
- On va passer derrière l'église. Ils se sont juste agglutinés devant les portes comme des idiots.
- Ok … faîtes attention. Luffy, tu viens avec nous ?
Ace acquiesça et le plus jeune se précipita dans les bras de Jewelry et ils disparurent dans le fourgon blindé. A leur passage, la frénésie de photographes atteignit son paroxysme mais le groupe ne leur laissa pas obtenir ce qu'ils voulaient.
Ace et Trafalgar restèrent devant l'église alors que les cloches sonnaient dix-sept heures. Les paparazzis se mirent à la poursuite du van et bientôt la rue retrouva sa tranquillité.
Ace le bouffait des yeux, se baignant dans ses rivières de métal liquide comme si c'était la première fois. Trafalgar enroulait ses mèches ondulées autour de ses doigts tatoués.
- Tu m'as manqué, lança Ace.
Il sourit et sa main glissa sur sa joue, elle était un peu refroidie par le vent frais d'avril. Ace apprécia se contact et se blottit contre lui et le chanteur passa ses bras réconfortant autour de lui. Sa chaleur l'envahit totalement, Ace ferma les yeux, subitement vidé de toute volonté. Il voulait juste rester ici pour toujours.
Le chanteur lui souleva la tête et déposa un petit baiser sur ses lèvres, il voulut s'éloigner mais les bras d'Ace sur sa nuque l'en empêcha et le lycéen répondit ardemment à ce simple baiser. Les jours sans qu'ils n'échangent un vrai baiser étaient bien trop nombreux et tous les deux sentaient enfin leur esprit se vider, ne pensant plus qu'au moment présent.
Ils se séparèrent, restant toujours proche, capturés par les yeux de l'autre.
- Je t'aime.
Une bombe vint d'exploser sur Ace. L'incompréhension laissa vite place au bonheur le plus grand, il n'osait plus penser à quel point il avait attendu qu'il prononce ces mots. Et il savait que le chanteur ne lui chantera pas tous les jours alors il ferma les yeux pour laisser sa voix résonner et rebondir dans tout son corps.
Quand il les rouvrit, il tomba nez à nez avec le sourire malicieux de Trafalgar.
- Moi aussi, Traf. J't'aime.
