Bonjour tout le monde, voilà le chapitre 23, j'espère qu'il vous plaira ! A bientôt

On se revoit le 12 juin ! Prenez soin de vous ! La citation vient d'Alice aux pays des merveilles

;).


"Alice : How long is forever ?

White Rabbit : Sometimes, juste one second."

Presque deux minutes.

Law sortit la tête de l'eau, haletant. Il ne prit même pas le temps de calmer son cœur fatigué qu'il se submergea à nouveau dans son bain.

Là sous l'eau, il n'entendait rien même les battements lents de son cœur étaient presque imperceptible. Il fermait les yeux et plus rien n'existait.

Plus de journaliste, plus de fan, plus de carrière, plus de célébrité, plus rien.

Et quand il restait un peu trop longtemps, il retrouvait une envie qu'il perdait souvent depuis la mort de Kidd.

L'envie de vivre.

Il sentit l'eau vibrer entre les parois en marbre de sa baignoire et l'instant d'après on le tirait hors de l'eau.

Il ouvrit les yeux, un peu hébété et tomba nez à nez avec l'air sévère de Jewelry :

- Jewel ?

Elle lui mit une claque monumentale :

- J'peux savoir ce que tu fais !?

Trafalgar porta sa main sur sa joue, ne comprenant pas trop ce qu'il se passait :

- Qu'est-ce que tu fais là ? murmura-t-il.

- Ace m'a dit de passer te voir ! Il essaye de t'appeler depuis presqu'une heure !

- Il est où ?

- Au lycée.

Trafalgar reprit un peu ses esprits, son amie avait les bras croisés sur la poitrine et le toisait d'un regard mauvais :

- Sors de là, il faut qu'on parle.

- Je prends mon bain, tu permets ?

- Ne me prends pour une idiote Traf, l'eau est glacée.

Elle quitta la salle de bain et il regarda ses doigts flétris par l'eau qui fut chaude quelques heures auparavant. La mousse avait presque totalement disparue et son corps était tellement engourdi qu'il ne sentait même plus la température de l'eau. Il sortit et vida la baignoire après avoir enfilé un peignoir.

Il rejoignit Jewelry qui se faisait un café dans la cuisine et il s'assit derrière la table alors qu'elle lui tendit une tasse fumante :

-Bois-le où tu vas mourir de froid !

- Depuis quand tu reprends soin de moi de la sorte ?

- Depuis que tu pars à la dérive, Traf.

Elle s'installa en face de lui et le chanteur se revoit projeter des années auparavant, où Jewelry ne voyait que lui parce qu'elle tentait encore de toucher son cœur alors que lui enchaînait les coups d'un soir dans les soirées privées. Quand elle le ramassait à la petite cuillère après ses trips à la cocaïne et au ecstasy, quand elle devait faire des déclarations publiques pour corriger ses frasques parce qu'il était bourré en interview.

A cette époque, il ne pensait qu'à son rêve, son putain de rêve. Le star-system, l'argent facile, la célébrité.

L'immortalité.

Un rêve qui était devenu son quotidien puis plus rien d'autre qu'un doux cauchemar.

Il voulait juste faire de la musique. La musique qui était à l'essence même de ses aspirations.

Et il ne supportait plus de payer un tel prix pour faire ce qu'il aimait.

Avant il se serait battu, il aurait vendu son âme pour continuer à exister sous la lumière des grands de ce monde – encore une fois, même s'il était désespérément seul et au fond de lui malheureux comme jamais. Il avait besoin de vivre de ce monde d'apparence, ce monde de faux semblant qui donnait un sens à sa vie, une place, un nom, une valeur.

Mais Kidd est mort et Jewelry s'éloignait de lui.

Trafalgar se massa la nuque et avala ses pilules – cinq le matin, trois à midi et sept le soir, le voilà drogué à nouveau. Il les avala sans eau puis bu une rasade de café préparé par Jewelry qui le regardait toujours, l'inquiétude collée au fond des yeux :

- Ton café est toujours le meilleur, dit-il.

- Traf … Ne me fait pas revivre le passé, souffla-t-elle, la voix lourde.

Les souvenirs remontaient en lui comme le magma sort du volcan, brûlant et toxique, détruisant le moindre bourgeon, le moindre signe de renouveau sur son passage. Et il se revoyait quelques années auparavant. Elle et lui, dans cette même pièce, ce même appartement alors qu'il venait tout juste de l'acheter. Elle, les yeux débordant de désespoir, lui complètement retourné, déboussolé, écœuré par la vie. Elle qui essayait de le sauver par tous les moyens et lui qui ne voyait rien.

Aujourd'hui, ce n'était plus le rôle de la rose.

Ce n'était pas celui d'Ace non plus, le chanteur ne voulait surtout pas voir la même pitié qui avait souvent habité les yeux de Jewelry dans les siens. Quand il n'était qu'une pauvre loque incapable de s'habiller parce que le manque faisait trembler ses mains, quand il vomissait ses entrailles dans les toilettes des jours durant pour essayer de chasser ce démon en lui, quand il jetait les meubles contre le mur pour avoir sa dose.

- Pourquoi t'es venue alors ? demanda-t-il finalement pour revenir dans le monde présent.

- La situation n'est plus tenable, il faut prendre des décisions.

- Quel genre de décisions ?

- La fin de notre histoire.

Les yeux de Jewelry ne vacillaient pas, pourtant Trafalgar redoutait plus que tout ce moment inévitable.

- Je sais.

- Ecoute Traf, tu as Ace, j'ai Thatch … Kidd n'est plus là, plus rien de ce qu'on a construit ensemble n'existe. Ça ne sert à rien de s'accrocher à ça !

- Je ne m'accroche pas.

Elle lui prit les mains et il releva la tête vers elle, elle souriait, comme toujours :

- Traf, ce n'est pas parce que le groupe est mort que tu ne feras plus de musique, au contraire !

- Ah, je vois, c'est aussi une de tes décisions …

- Ne nous voilons pas la face, Kidd était notre soleil. Sans lui, chacun poursuit sa route de son côté.

- Je sais, Jewel … je sais, répondit-il d'une voix plaintive.

- Tu vas enfin pouvoir écrire ce que tu veux, quand tu veux … tu pourras être avec Ace, tous les jours, à chaque instant.

C'était le groupe, leur musique qui l'avait rendu désirable aux yeux d'Ace et Trafalgar n'avait pas vraiment envie de lui montrer sa part sombre, celle-là même qui fit tant souffrir Jewelry. Il avait tout donné pour en arriver là alors si le groupe s'arrêtait, il n'avait plus rien.

Son être se retrouverait telle une coquille vidée de toute substance.

Il ne pouvait pas retenir Jewelry et Zoro contre leur grès non plus.

Lui ou les autres. Choix cornélien.

- Il y a autre chose dont je dois te parler, continua-t-elle, un peu anxieuse.

- Vas-y …

Il remplit à nouveau sa tasse du délicieux café de Jewelry qu'importe ce que la rose avait à lui dire, rien ne pouvait être pire.

- J'suis enceinte.

- QUOI !

Il se leva brusquement, les jambes ébouillantées par son café. Il écarta le tissu poisseux de sa peau en fusillant du regard la rose :

- Avec la tournée, les funérailles, je n'ai pas remarqué que j'avais du retard, expliqua-t-elle.

- Vous pouvez pas mettre des capotes, nom de Dieu !

- T'en mets, toi avec Ace ? rétorqua-t-elle.

- C'est pas pareil ! Aucun de nous risque d'avoir un putain de gosse dans le ventre, merde, Jewel !

Trafalgar se calma un peu en voyant Jewelry toujours éprise d'une tendresse douce-amère dans les yeux, elle voulait être mère depuis toujours. Il se rappelait aussi de sa tristesse quand elle comprit qu'il ne serait pas l'homme qui lui offrirait un enfant.

- Ça fait presque trois mois.

Le chanteur baissa la tête en inspirant profondément, elle voulait cette enfant plus que tout, plus que sa vie de rock-star, plus que sa célébrité. Trafalgar posa ses yeux sur elle alors qu'elle lui prit les mains :

- Traf … Tu sais que c'est ce que je veux depuis toujours. Thatch est gentil, il me fait rire et même s'il est encore étudiant, on lui a proposé une bonne place directement après son diplôme.

- … Mais on est censé se séparer maintenant et toi tu vas te montrer avec un ventre énorme dans à peine quelques mois ! Ils vont comprendre qu'on s'fout d'leur gueule depuis des années !

- The Supernovas sera mort, personne ne s'occupera plus de nous, dit-elle.

- Et nos fans, tu y as pensé ? On ne peut pas les lâcher comme ça !

- Zoro et moi, on est d'accord pour faire un dernier concert, pour les fans et pour Kidd. A Aurora.

- La maison de disque ne sera pas contente …

- J'ai envoyé chié la maison de disque, avec l'autorisation d'Apoo.

- Jewelry !

Elle lui sourit, elle rayonnait totalement alors que lui était sombre et plongé dans sa tristesse. Pourquoi n'arrivait-il pas à prendre un nouveau départ comme elle ? Pourquoi avait-il peur de redevenir quelqu'un de normal ?

La normalité n'a jamais été son fort.

- Traf, j'ai rompu notre contrat avec la maison de disque. On est plus lié à eux, on fait ce qu'on veut maintenant !

- A quel prix ?

- Dérisoire.

- Menteuse.

- Traf …

- Réponds, qu'est-ce que tu as dû leur donner pour qu'ils nous lâchent !?

- Ça ne te regarde pas.

Jewelry se leva pour partir mais Trafalgar l'intercepta alors qu'elle passait la porte de la cuisine :

- Jewel …

Elle se retourna, les yeux baignés de larmes :

- Tu m'as donné tant de chose, Traf … C'était à moi de faire quelque chose pour toi.

- Arrête de pleurer.

Le chanteur la serra intensément dans ses bras et sa plus vieille amie pleura tranquillement contre son épaule.

Une dernière fois, en mémoire du passé, de tous ces trucs dingues qu'ils vécurent ensemble, de leur coup de sang, de leurs gestes tendres. De leur prétendu amour qui les avait liés à jamais.

- Je suis désolé pour toutes ces années, Jewel.

- Ne dis pas de bêtises, tu m'as donné tant de souvenirs, tant de bon moments et assez d'argent pour élever une bonne centaine de gosse, sourit-elle.

- J'veux être le parrain du bébé que t'as mis en route !

- Evidemment, mais promets-moi de ne pas l'emmener à des concerts avant ses six ans.

- Cinq.

- Cinq ans et six mois.

- Vendu, rigola le chanteur. Je te ferais une compil' pour l'aider à s'endormir.

Jewelry sourit et regarda ses doigts toujours mêlés à ceux de son ami le plus chère. Cette main, elle l'avait tenu un nombre incalculable de fois mais elle ne l'avait jamais sentie aussi chaude et rassurante. Elle ne put s'empêcher de penser qu'Ace ne connaissait que cette main là et pas la main froide et sans vie qu'elle avait connue. Il avait bien de la chance.

Elle le regarda comme si c'était la dernière fois : il était plus beau que jamais, même si fatigué par les dernières semaines, les années lui saillaient particulièrement bien.

Puis elle sourit en repensant aux années où elle l'avait aimé, comme personne. Elle éprouvait toujours cet amour pour lui, même s'il n'était plus le même.

- Je t'aime Traf, pour toujours.

- Moi aussi.

- Soyez heureux, toi et Ace. J'veux être demoiselle d'honneur à votre mariage !

- Même pas en rêve.

- Ne te laisse pas sombrer, pour lui.

- T'en fait pas. Je fais ce qu'il faut pour … l'annonce.

- Merci, je me voyais mal balancer ça sur notre site, sans prévenir.

- Merde …

- C'est ce que tu comptais faire !? s'indigna-t-elle en le frappant. Fais-le plus sérieusement ! D'abord un poste sur ton Twitter …

- J'ai Twitter moi ?

- Je rêve, t'y es jamais allé !

- Non. C'est grave ?

- Traf … arrête de te foutre de moi.

- D'accord, je comptais retourner au Night Show, la productrice n'arrête pas de m'harceler.

- Très bien. Il faut que j'y aille, Thatch m'attend, on va partir en weekend tous les deux. Tu m'envoies un texto pour me dire la date de l'émission, je ne veux pas louper ça.

- Ok.

- Au fait, ça fait longtemps que tu n'es plus allé en Angleterre …

- C'est vrai.

- T'as un peu temps maintenant, tu devrais y aller.

- Je sais, soupira le chanteur.

- Emmène Ace, ça lui fera sûrement plaisir, sourit-elle.

- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

- Tu devrais savoir que je n'ai que des bonnes idées, depuis le temps, rigola-t-elle. Il faut que je te laisse …

- Très bien.

- Bon, j'y vais …

Même si ce n'était pas un adieu, tous les deux savaient qu'ils ne se verraient plus aussi souvent, que Trafalgar manquera des pans entiers de sa vie. Il ne sentira plus son odeur de fraise et de fleurs de cerisier, il n'entendra plus son rire et ses accès de rage.

Il la regarda marcher vers la porte de son appartement, elle ne se retourna pas. La porte claqua dans un bruit sourd et Trafalgar se laissa envahir par le silence de son appartement, faisant un énième deuil. Jewelry ne passera plus la porte à l'improviste pour le rejoindre, à l'heure où la nuit meure. Il ne sera plus le centre de ses regards doux et bienveillant, elle offre tout ça quelqu'un qui sait les apprécier à sa juste valeur maintenant.

Ce n'était pas des adieux mais ça y ressemblait beaucoup.

.

Trafalgar observa toutes les guitares qu'il avait amassées au fil des années, chacune d'elle avait une histoire – parfois drôle, parfois triste. Il se demanda avec laquelle il pourrait bien jouer. La vibration des cordes contre lui, la satisfaction de sortir une belle mélodie, sentir l'acier des cordes s'enfoncer dans la corne de ses doigts étaient autant de sensation qu'il lui manquait atrocement, viscéralement.

Il n'avait plus touché un seul instrument depuis les funérailles de son ami, il y a presque deux mois.

Finalement il choisit sa toute première guitare sèche, celle que son père lui avait offerte.

Comme un retour aux sources.

Il frappa les cordes et un horrible son dissonant en sortit. Il grimaça en se demandant comment il avait plus laisser ses guitares sans attention pendant aussi longtemps, lui qui les accordaient au moins une fois par semaine. Il fit sonner les cordes une à une pour les ajuster juste à l'oreille. Puis sa main se replaça contre le corps de son instrument et un son mélodieux envahit la pièce.

Faire du vélo ne s'oublie pas, vingt ans de guitare non plus.

Il ne réfléchissait plus à rien, le soleil perça à travers les rideaux, pour l'encourager. Rapidement la douceur laissa place à un rythme plus enlevé, plus énergique qui trahissait la joie la plus totale qu'il éprouvait.

Avec ou sans The Supernovas, rien d'autre que la musique ne le rendait aussi heureux.

Il entendit la porte se fermer mais ne s'arrêta pas pour autant. Un sourire serein étira ses lèvres alors qu'il tourna la tête vers l'arche qui donnait accès au salon.

La tête de déterré d'Ace valait tout l'or du monde. Il en lâcha même son sac de cours. Ace le bouffait des yeux, un sourire de trois kilomètres de long sur le visage, quelques petites larmes de bonheur dans les yeux.

Il termina sa mélodie avec un petit accord connu de tous les guitaristes du dimanche qui veulent draguer des minettes.

Et Ace éclata de rire alors que le chanteur lui fit un clin d'œil.

Le lycéen ne pensait jamais le revoir ainsi.

- Tu rejoues ! s'exclama-t-il.

Il hocha la tête et le lycéen lui sauta au cou. Trafalgar l'embrassa sans demander son reste et pour la première fois depuis des semaines son esprit semblait plus léger. Il commençait à entrevoir un futur.

Ce futur qu'il serait fort dans ses bras.

- T'as passé une bonne journée ? demanda Trafalgar.

- La plus belle depuis des semaines, rigola-t-il.

- Jewelry est passé ce matin, elle est enceinte de Thatch.

- Je sais, répondit Ace. Il me l'a dit juste avant. Ça veut dire qu'elle et toi …

- Terminé, pour de bon. Ainsi que le groupe.

- Quoi ?

- Le dernier album et un dernier concert, c'est tout.

- Mon album ?

- Oui, t'as fini au moins ?

- Yep, j'attendais un peu avant de t'en parler. Je peux te montrer si tu veux ?

- Non … j'ai d'autres envies en ce-moment … répondit-il en l'embrassant.

Ace ne pensait plus jamais recevoir de tels baisers de sa part, Dieu qu'il savait y faire avec ses lèvres et sa langue. Vraiment. Et puis ses mains qui caressaient le bas de son dos accentuaient encore ce plaisir intense qui l'envahissait. Ace retira son t-shirt, voulant les sentir sur sa peau à vif et lui montrant toute son impatience.

Ils n'avaient pas été intimes depuis bien trop longtemps. Pour Ace comme pour Trafalgar.

- Je t'aime, murmura Ace entre baisers.

- Moi aussi et je compte bien te le prouver tout de suite.

Ace rigola alors qu'ils se précipitèrent dans la chambre. A peine le dos d'Ace toucha le matelas qu'il fut complètement écrasé par le corps du chanteur. Il ferma les yeux pour laisser sa chaleur l'envahir ainsi que son odeur qui ne sentait pas du tout la cigarette aujourd'hui.

- Tu m'as manqué.

- Je sais.

Ace oublia un peu ses problèmes en voyant le chanteur se libérer peu à peu des siens. Il arrivait avec maestria à retirer l'horrible image de Marco qui ne le quittait plus depuis la mort de Kidd. Son ex réaffirmait son emprise sur lui, encore une fois. Mais l'étincelle qui brûlait à nouveau dans les yeux de Trafalgar lui redonnait espoir de se sortir de cet enfer, il avait même l'audace de penser que le chanteur ne lui en voudra pas.

Toutes ses pensées s'évanouirent alors que Trafalgar déboutonnait son pantalon. Ace en fit de même avec sa chemise, libérant son paradis sur terre.

Leur bassin se frottait encore et encore, démultipliant l'exaltation qui courrait leurs veines. Il ne fallut pas longtemps pour qu'ils s'abandonnent l'un à l'autre, se délestant de tous ces sentiments, le poids trop lourd de la vie et de leur cerveau qui ne leur laissait pas de répit.

Il n'y avait qu'eux et leur bonheur.

Trafalgar ne résista pas à enfumer son odeur et il alluma une cigarette – après l'amour comme des films, comme les stars étaient censées le faire. Ace ne dit rien, il était encore dans les nuages, sa tête contre son torse nu.

- Faut que je prenne mes médocs, soupira-t-il.

Il voulait sortir du lit mais Ace s'accrochait farouchement à lui, il ne voulait pas voir son chauffage personnel quitter le lit, même temporairement.

- Vas-y plus tard, grommela-t-il. Je suis bien là et en plus t'es en train de fumer.

- Et alors ?

- Médicament et cigarette, ça fait pas bon ménage.

Ace sourit et déposa un petit baiser sur la peau échaudée de son torse. Trafalgar profita de sa cigarette et des caresses d'Ace tout en réfléchissant :

- Je vais aller dans la même émission que l'autre soir …

- Encore ?

- Hm, tu viens avec ?

Ace se leva d'un bond, posant ses yeux interrogateurs sur lui.

- Dans le public tu veux dire ?

- Non, sur le plateau. Juste dans le fauteuil à côté du mien.

Le jeune homme se frotta les yeux et se pinça le bras, il était bien dans la réalité. Un sourire aussi lumineux que le soleil habilla alors son visage – son esprit venait tout juste de comprendre que le chanteur était prêt.

Prêt pour parler de son orientation sexuelle à tout le monde et prêt à le présenter comme son mec :

- Bien sûr que je viens ! s'exclama-t-il. Faudra que j'me trouve un costume un peu chicosse …

- Les stylistes s'occuperont de toi, ne t'en fais pas.

- Traf, c'est la plus belle chose que tu pouvais m'offrir, murmura-t-il.

- C'est toi qui m'a appris à faire tous ces trucs romantiques et mielleux.

Ace passa ses mains autour de sa nuque pour caresser ses cheveux sombres alors qu'ils s'embrassaient langoureusement. Le lycéen ne laisserait jamais de ce Trafalgar-là, doux mais toujours un peu piquant et surtout ce Trafalgar qui osait lui dire ses sentiments.

Le chanteur passa la couverture par-dessus leur tête, leur construisant un cocon chaud où chacun se livrait sans fard, sans honte car rien n'y sortait, tout restait entre le tissus chaud du lit, dans leur cœur et leur mémoire.

Une heure après, Trafalgar sortit finalement du lit pour prendre ses médicaments, laissant Ace aux bras de Morphée, exténué. Mais le lycéen fut rapidement réveillé par le froid qu'il laissa derrière lui et le rejoignit dans la cuisine, les jambes lourdes et la tête en vrac.

Le chanteur ne portait qu'un simple pantalon de jogging, Ace, lui, s'était rhabillé puisqu'il ne faisait pas assez chaud dans le grand appartement du chanteur pour traîner à moitié à poil selon lui. Trafalgar plaça toutes ses pilules colorés dans un godet en plastique bleu et les avala d'un coup, sans avoir besoin d'un quelconque liquide.

Puis il alluma son ordinateur portable et ouvra son compte Twitter, le moment de lâcher la bombe était venu. Ace s'assit à côté de lui et posa sa main sur sa cuisse alors qu'il tapait ces mots sur le clavier :

« En souvenir de Kidd, en souvenir de ces années passées ensemble, un livre se ferme. Un autre s'ouvrira peut-être, mais les héros ne seront plus les mêmes »

- Wahou t'as dix millions de followers ? C'est énorme ! s'écria le lycéen en posant sa tête sur son épaule.

- Ah bon ?

- … t'es de la génération internet, ça craint vraiment de ne pas savoir utiliser les réseaux sociaux !

- C'est Apoo qui s'en occupe, j'ai autre chose à foutre que d'écrire ce que j'ai bouffé à midi.

- Ça intéresse les gens des infos pareilles, ça permet de te rendre plus accessible.

- Vraiment ?

- Mais oui ! Pour eux c'est plus important que la date de la prochaine tournée ou de la sortie du prochain titre !

- Depuis quand t'es un expert mondial en communication sur internet ?

- J'ai ton plus grand fan à la maison.

- J'avais oublié.

- Si tu veux …j'pourrais m'occuper de ta page, proposa Ace de sa petite voix.

Le chanteur tourna la tête vers celle d'Ace mais le jeune homme mettait un point d'honneur à ne pas lui montrer son léger stress.

- Bien sûr, répondit-il en posant sa main sur sa cuisse.

- Pour de vrai ?

- Hm … Mais dis-moi d'abord le genre de truc que tu vas y mettre ?

- « J'aime sucer des bites » ?

- Crétin, grogna en lui donnant un coup sur la cuisse.

Ace partit alors dans un fou rire incontrôlable, il se sentait tellement léger, comme si ces derniers mois n'avaient jamais existé.

Tout disparaissait, les disputes, l'horrible attente durant la tournée, la peine et la douleur. Il ne pouvait être plus heureux, alors que le chanteur se décidait enfin à le faire entrer complètement dans sa vie

Trafalgar soupira bruyamment, le ramenant à la réalité. Il fallait publier l'info maintenant. Il relit une bonne centaine de fois les mots qu'il venait d'écrire.

Il fallait juste appuyer sur une simple touche. Rien de plus. Alors pourquoi c'était si dur ?

Le chanteur se rendit compte qu'il était bien incapable d'appuyer sur la touche entrée.

- Tu veux bien faire quelque chose pour moi ? demanda Trafalgar.

- Appuyer sur « enter » ?

- Si tu veux bien.

Ils échangèrent un regard et Ace appuya.

Ces quelques mots venaient de lui offrir Trafalgar Law, tout entier.

Dès que l'écran confirma que son message était lâché dans la jungle d'internet, il ferma son ordinateur, préférant ignorer le bordel qu'il venait de provoquer.

- Voilà, c'est fait … The Supernovas est mort.

Trafalgar Law fermait la porte sur une période de sa vie – presque dix ans d'une vie refermé par quelques mots sur internet.

- Ça va ? demanda Ace en entourant sa nuque.

- Oui, je crois.

- Le passé est enfin derrière toi, chuchota Ace.

Le chanteur esquissa un sourire un brin amer alors qu'Ace n'arrivait pas à retenir le sien. Il n'avait pas totalement tort, mais des choses de son passé resteraient pour toujours avec lui.

Sans qu'il puisse oublier, sans qu'il puisse s'en défaire.