Hello ! J'ai changé d'ordi y'a tout juste une semaine, je suis passé d'un windows et à un Mac. Et le site est tellement galère à utiliser avec mon Mac, ça vous fait pareil vous ?

Je suis présentement en vacance donc je vais pouvoir accélérer le rythme de parution, yay !

Quelqu'un m'a demandé combien de chapitre il restait : pour le moment 5.

Je voulais encore une fois vous remercier de vos magnifique commentaire ! Surtout toshiro-histugaya222 qui est là depuis le début de cette histoire ! Merci à tout le monde.

On va se dire à dans deux semaines, le temps que je reprenne mon rythme d'écriture : exceptionnellement le samedi 25 juin car je pas en voyage le dimanche. Je vous tiendrais en courant de la fréquence de parution à ce moment-là.

Bye et bonne lecture à tous


Ace éternua alors que des poils de sanglier lui chatouillaient le nez. Il n'avait toujours pas bien saisi pourquoi il devait passer par la case maquillage – jamais de la vie il ne se serait maquillé. Il plissa un peu les yeux alors que les seize lumières blanches autour du miroir le frappaient directement le lobe frontal puis, en voyant son reflet dans le miroir, il comprit pourquoi il avait besoin de maquillage. Les lumières criardes mettaient en valeur tous ses petits défauts.

Il tourna la tête vers Trafalgar juste à côté de lui, qui somnolait pendant que la maquilleuse lui faisait un ravalement de façade intégral. Ace pensa que même sous cette horrible lumière, il n'avait pas besoin d'un seul artifice pour être beau.

Mais d'après ce qu'Ace avait compris, il fallait avoir trois couches bien épaisses de fond de teint et de la gomina dans les cheveux pour passer à la télé :

- Fermez les yeux, ordonna la maquilleuse, sans aucune politesse.

- Ah non ! Hors de question que j'mette du mascara ! Vous plaisantez ou quoi !

La maquilleuse haussa les épaules et retira l'étrange bavoir qu'il portait pour le libérer – après une demi-heure, ça en devenait presque vexant.

Trafalgar avait toujours les yeux fermés, ne se préoccupant pas le moins du monde de ce qu'on était en train de faire à sa virilité.

Soudain, une bonne femme blonde avec un casque sur la tête et un micro devant la bouche entra dans la loge. Trafalgar fit tourner son fauteuil comme le plus anglais des agents secrets :

- Vous passez dans quarante-cinq minutes. Après la deuxième coupure pub.

Le chanteur hocha de la tête alors que la maquilleuse en avait enfin fini avec lui :

- Monsieur Law, vous êtes radieux, sourit la femme de façon artificielle.

Puis elle se tourna vers Ace :

- Vous avez petite mine, Monsieur Portgas, tâchez de vous détendre avant votre passage !

Elle claqua la porte sous le rire narquois de Trafalgar :

- Oh ça va toi ! grogna-t-il. Es-tu vraiment Traf, ça pourrait être n'importe qui sous ce masque de maquillage !

- Calme-toi, c'est les règles de leur monde, laisse-les faire.

- J'en ai déjà marre d'être ici. En plus on doit poireauter pendant quarante-cinq minutes maintenant.

- Bienvenue dans le monde de la célébrité …

- Ne me dis pas que tu te maquillais avant de faire un concert ! J'te quitte direct sinon !

Trafalgar explosa rire et Ace sourit à son tour. Il riait de plus en plus souvent et Ace était ravi de se savoir à l'origine de la plupart d'entre eux.

Ace quitta son siège pour s'asseoir sur les genoux de Trafalgar, recherchant à son contact un moyen de se détendre. Le chanteur était serein, parler devant des millions de personnes constituait son quotidien mais pour le jeune homme c'était une grande première.

- Comment ça va se passer ?

- On va répondre aux questions tranquillement et faire deux-trois blagues pour monter qu'on est tout à fait à l'aise avec la situation. De toute façon, tu parleras seulement quand les questions te seront directement adressées, le reste, c'est moi qui gère.

- Tu vas dire que je suis ton mec ?

- T'es pas mon mec …

Ace leva les yeux au ciel.

- … t'es pas mon mec parce que je n'ai jamais considéré que tu m'appartenais. Tu n'es pas un objet, tu es la personne que j'aime, la personne la plus importante pour moi. Ni plus, ni moins.

- Pourquoi tu me dis toujours des choses pareilles dans des endroits où je ne peux pas te remercier comme il se doit, grommela Ace.

- On y pensera une fois l'émission terminée, murmura-t-il en caressant la joue du jeune homme du bout de son nez.

- Hmm, je dors chez moi ce soir. Je dois aller au lycée demain, mes examens terminaux commencent la semaine prochaine.

- Ça fait combien de temps que t'y es pas aller ?

- Trois semaines, je dirais. Thatch n'arrête pas de me faire la morale.

- Tu comptes aller à l'université ?

- J'avais appelé Rhode Island pendant ton absence et j'avais pris rendez-vous pour une visite mais avec ce qui s'est passé, j'ai complètement oublié.

- Je vois.

- Si je vais à l'autre bout du pays, tu me suivras ?

La porte s'ouvrit alors brutalement pour laisser apparaître Luffy, les bras chargés de petit-fours et canapés en tout genre. Ace quitta les genoux du chanteur et se rassit sur son fauteuil comme si de rien n'était :

- Où t'es allé pêcher tout ça ? demanda Ace, méfiant.

- Dans une pièce comme celle-ci, y'en avait partout ! C'est dingue, on peut aller partout avec ce truc, s'exclama-t-il en montrant son badge. J'ai essayé d'en prendre trois de chaque mais j'ai dû manger un peu de ta part sur la route, Ace, sinon je renversais tout !

- Pourquoi ma part ? S'exclama-t-il.

- Parce que t'as besoin de faire un régime, intervint Trafalgar.

- La ferme, l'homme-asperge.

Trafalgar repartit dans un fou-rire qu'il calma plus facilement. Luffy posa ses mignardises sur la table de leur loge alors que le chanteur se saisit du cendrier et alluma une cigarette. Le plus jeune regarda avec envie et curiosité tout ce qu'il avait ramené :

- Regarde celui-là, il a une drôle de couleur, grimaça Ace en montrant un mini-sandwich avec une garniture noire et gluante.

- Ce sont des œufs d'esturgeon, informa Trafalgar.

- De quoi ?

- C'est un poisson. C'est du caviar.

- Quoi ! Sérieux !

Trafalgar hocha simplement la tête

- Wahou, c'est la première fois de ma vie que j'en vois, s'exclama Ace. C'est bon ?

- J'aime pas mais il y a des amateurs.

- On goûte ! On goûte ! s'exclama Luffy.

Les deux frères mirent le mini-sandwich dans leur bouche en même temps sous le regard amusé de Trafalgar. Ace semblait réfléchir un instant alors que Luffy donna son avis de façon plus directe :

- C'est dégueu ! C'est trop salé, beurk !

- Lu', tiens-toi merde !

- Mais c'est immangeable ce truc ! Les riches ne savent plus quoi inventer pour écouler leur argent !

- Un putain de génie, murmura le chanteur.

- Ace, celui-là il ressemble au pâté trop bon que t'avais acheté une fois parce que t'avais mal lu !

- C'était du foie-gras, Luffy.

- Du foie-gras !? Traffy adore le foie-gras ! J'me rappelle de ça ! s'écria Luffy complétement hystérique.

- T'as pris un truc avant de venir ou quoi ? T'es pire que d'habitude ! S'énerva Ace.

- J'sais pas une dame ma donner un truc jaune avec des bulles ! C'était bon mais ça piquait la gorge, depuis j'me sens tout content, sourit-il.

- T'as a bu combien de verres ?

- La dame avait un plateau entier, je ne voulais pas la vexer !

- Ton petit frère à sa première gueule de bois avec du champagne Moet & Chandon à 120$ la bouteille, dit Trafalgar en écrasant sa cigarette. Plutôt classe.

- T'es bourré !? Bordel Luffy ! Tu peux pas réfléchir un peu !

- Mais j'me sens hyper en forme ! J'pourrais faire un marathon ! Dis Ace, on pourrait aller à New-York pour faire le marathon et après Traffy et moi on va faire un concert à Central Park ! Moi avec ma super guitare et Traffy fera … des maracas !

- Il est vraiment à l'ouest.

- Qu'est-ce qu'on va faire de lui ! Il est intenable, il pourrait faire irruption sur le plateau ! Paniqua Ace.

- On aura cas l'enfermer ici.

- Hey non ! Personne ne m'enferme, j'suis pas un cochon d'inde ! J'veux être dans le public comme ça j'pourrais crier « Traffy tu déchires » et « Le mec moins cool, c'est mon frère ! »

- Je l'adore quand il est comme ça, sourit le chanteur.

- J'suis sérieux, Traf !

- Tu devrais boire un coup, comme lui. T'es trop tendu !

- Je vais passer à la télé pour la première fois, avec toi le mec que tout le monde s'arrache et mon petit frère bourré dans le public, alors excuse-moi de faire une crise !

- Un vraie diva.

La femme blonde réapparut et leur annoncèrent qu'il ne restait plus que quinze minutes avant leur passage. Luffy lui répondit avec un signe de la main et la bouche plein de toast au foie gras et de sandwich au caviar. La femme fronça les sourcils, malgré toutes les célébrités qu'elle avait croisé ici, elle avait rarement vu un tableau pareil.

Trafalgar Law entouré de deux gamins dont un avait les pupilles dilatées et la moitié du buffet dans la bouche. Elle referma la porte en grommelant.

Ace attrapa rapidement son portable qui venait de vibrer, un brin anxieux. Alors que les problèmes se résolvaient les uns après les autres, il y en a un qui demeurait constant, agissant comme un bruit de fond : Marco.

Ace regarda Trafalgar rigoler devant un Luffy encore plus excité que d'habitude et sa gorge se noua. Un moment ou à un autre, tôt ou tard, il mettrait ce bonheur en jeu.

Un message de Marco, évidemment : Ca fait plus d'une semaine que je t'ai pas vu, ramène-toi.

- T'es souvent sur ton portable ces dernier temps, intervint le chanteur.

- … C'est rien, un sms de mon opérateur. Mon abonnement un presque fini alors on m'envoie des tonnes de promotion par sms, mentit-il.

- D'accord.

- Mr. Law, Mr. Portgas, veuillez-me suivre, on va vous équiper, c'est à vous dans dix minutes.

Trafalgar se leva et ajusta un peu son costume noir, Ace le dévorait des yeux – il était plus beau que jamais, rayonnant. Ace en fit de même et s'observa dans un de nombreux miroirs de la loge, la qualité du costume faisait beaucoup mais il se trouvait toujours ridicule dans ce genre de fringue alors que Trafalgar ressemblait à un apollon, même avec un sac poubelle sur le dos.

- T'es très beau, chuchota le chanteur dans son oreille. Allez, on y va.

L'écran dans les loges diffusait l'émission en direct et Ace déglutit en pensant que dans quelques minutes, il posera ses fesses sur ce fauteuil, scruté par des millions de spectateur prêts à le juger sans gêne.

Ils marchaient dans le couloir, Trafalgar semblait décontracté comme toujours, il déambulait les mains dans les poches alors qu'Ace ne savait plus quoi faire de ses dix doigts tant il était nerveux.

- Détends-toi, lâcha-t-il alors qu'on leur fixait un micro sur le col de leur veste.

- Plus facile à dire qu'à faire, grogna Ace.

- Voilà vous êtes prêts, attendez ici et quand on vous le dira, vous entrez sur le plateau, fit le technicien avant de disparaître.

Ace souffla difficilement l'air qui restait coincé dans sa gorge et Trafalgar glissa son regard vers lui. Il lui prit alors la main :

- Ca va bien se passer. Je suis là, ne t'en fais pas.

- J'ai jamais eu aussi peur de ma vie.

- C'est à vous !

Ace sentit alors la chaleur réconfortante de Trafalgar le quitter alors que les spots du plateau le rendit aveugle l'espace d'un instant. Ils entraient sur le plateau, sous un tonnerre d'applaudissement et sans se toucher.

- Et voici Trafalgar Law et Portgas D. Ace !

Il faisait incroyablement chaud sur le plateau et Ace regrettait déjà sa veste trop cintrée, mais il ne pouvait plus l'enlever à moins de dévoiler des traces de transpirations sur sa chemise bleue ciel. La lumière était encore plus aveuglante que dans la loge, il voyait à peine le public qui se tenait à seulement deux mètres de là. Trafalgar serra la main du présentateur et Ace en fit de même :

- Mr Law, on se voit souvent ces derniers temps !

- Je vais finir par vous tutoyer, Bill, rigola Trafalgar.

- Avant toute chose, je souhaite vous témoigner mes condoléances. La disparition d'Eustass Kidd fut aussi soudaine que tragique, continua Bill, le présentateur.

Ace fronça les sourcils, ce présentateur mentait aussi bien qu'un arracheur de dent.

- Mr Portgas, vous étiez un total inconnu il y a quelques mois et maintenant vous côtoyez le plus grand du groupe de la décennie ! Racontez-nous votre rencontre ?

- Hm …

Sa voix modifiée par le micro résonna sur le plateau et Ace le trouva particulièrement étrange. Il n'y avait plus un bruit et maintenant il voyait sans aucun mal la centaine de pairs d'yeux qui le scrutaient avec attention.

Il envoya un SOS à Trafalgar en espérant qu'il le capte.

- C'était totalement par hasard dans un Starbucks. J'avais pris un café latte, si vous voulez tout savoir.

Bill continuait de le fixer pour entendre sa version et le jeune homme se sentait comme une souris devant un rapace aux serres aiguisées. Il déglutit et le monde entier entendit son mal-être :

- … C'est ça. Je dessinais là-bas et il a aimé mon travail.

- Le hasard fait bien les choses, comme on dit, rigola Bill.

Le présentateur était tout sauf naturel, il ressemblait à un pantin aux émotions exacerbées et Ace comprit vite que c'était le seul moyen d'être crédible ici. Il glissa son regard vers Trafalgar, lui aussi semblait être totalement différent, avec son sourire forcé et ses yeux écarquillés à chaque fois que Bill disait quelque chose. Il se rappelait pourquoi Jewelry le trouvait absolument pas naturel, la dernière fois qu'il était passé à la télé – il jouait tellement un rôle qu'Ace le trouvait un brin flippant.

Il préférait nettement son air impassible et sa nonchalance que l'espèce d'enthousiasme qu'il essaye de mettre dans chacune de ses interventions.

- Excusez-moi d'être aussi direct, mais le monde entier veut savoir ! Voilà ce que vous avez posté sur Twitter, il y a quelques jours de ça « … » Expliquez-nous !

- Je pensais avoir été clair. Le groupe se sépare, définitivement.

Un vent de stupeur parcourut le public, Bill lui aussi se para de la plus belle mine étonnée du monde et Ace se retint de rigoler tant tout le monde était complètement ridicule. Bill n'était pas surpris et encore moins étonné, il pensait juste au fric qu'il se ferait et aux nombres de téléspectateurs devant leur écran.

- C'est plutôt … radical, continua Bill.

- Eh bien nous avons perdu le membre le plus important du groupe, Jewelry aspire à autre chose et sans eux je ne sens pas de continuer l'aventure.

- Que voulez-vous dire par Jewelry aspire à autre chose ?

- Sur le plan professionnel et personnel.

Bill se redressa d'un coup, visiblement il ne s'attendait pas à ça.

- Vous n'êtes plus avec Jewelry Bonney.

- Non.

Nouveau vent de stupeur dans la salle et Ace ne put retenir un petit ricanement. Trafalgar lui mis un discret coup de pieds dans le tibia. Bill avait des dollars à la place des pupilles et ses mains tremblaient sous l'excitation – il tenait un scoop d'enfer.

- Quelle nouvelle ! S'enthousiasma-t-il. Quand avez-vous pris cette décision, avant Noël vous sembliez très proche !

- La mort de Kidd nous a tous les deux profondément touchés et, nous nous sommes rendu compte que notre relation était plus … professionnelle que sentimentale. Nous avons décidé cela d'un commun accord.

- Wahou ! J'en crois pas mes oreilles ! Mesdemoiselles, Trafalgar Law est à nouveau disponible.

- Vous exagérez Bill, je ne suis pas un cœur à prendre.

Le cœur d'Ace battait à tout rompre, tout son corps bouillonnait sous les spots aveuglants. Il allait le dire, devant l'Amérique, la planète entière et peut-être même l'espace ce moment il en avait rêvé tellement de fois.

Il lui jeta un coup d'œil, aucune angoisse sur son visage – toujours son sourire factice. Il aimait cet homme et tout le monde allait le savoir, d'une minute à l'autre.

- Encore un scoop ? Décidemment vous me gâtez !

- C'est plutôt un cadeau que je me fais à moi-même. Je ne m'en rendais pas compte mais ça faisait un bon bout de temps que je n'étais plus heureux avec Jewelry, bien qu'elle reste mon amie la plus proche.

- Qui est l'heureuse élue, dans ce cas ? Une inconnue ? Un de ces mannequins aux jambes incroyablement longues ?

- Rien de tout ça, Bill.

- Dîtes-nous, le monde est suspendu à vos lèvres !

- Ce n'est pas facile … de se faire ça, à la télé, devant tous ces gens merveilleux qui regarde votre émission.

Ace le regardait avec tendresse, pour lui donner du courage. Le masque sur son visage commençait à tomber, mais les mots restaient coincer dans sa gorge. Alors Ace eut un geste que Trafalgar allait sûrement lui reprocher jusqu'à la fin des temps, mais il se devait de le soutenir dans cette épreuve.

Ils étaient concernés autant l'un que l'autre.

Il glissa sa main dans la sienne et le serra intensément.

- Oh mon Dieu ! cria Bill qui s'éventait avec ses fiches.

Certaines personnes du public se levèrent pour être sûre d'avoir bien vu ce qu'il se passait sur le plateau, la plupart d'entre eux prenait des photos en rafales de ce moment historique.

Trafalgar Law, chanteur, guitariste et leader de l'ancien groupe le plus populaire de ces dernières années était homosexuel.

Et au milieu de ce silence béat, qui n'était qu'un préambule à l'incroyable carphanüm qui s'en suivra, il y avait Monkey D. Luffy, toujours légèrement imbibé :

- Tu déchires Ace ! Et t'es mon frère, trop cool !

Le cri de son frère eut le mérite de faire revenir tout le monde, sur terre. Bill rajusta sa veste et se rassit convenablement pour continuer son émission :

- Hum … Vous êtes ga- … euh, homosexuel ? Depuis quand ?

- Depuis que j'ai trouvé la personne qu'il me fallait. Il s'avère que c'est cet homme … Je n'ai pas pu lutter longtemps.

- Traf, murmura Ace.

Bill braqua ses yeux de requins instantanément sur lui, alors qu'il l'ignorait royalement jusque-là et Ace regretta immédiatement d'avoir ouvert sa bouche.

- Racontez-nous cette merveilleuse histoire !

- Euh …, balbutia Ace.

- Allons Bill, c'est sa première télé, soyez cool et au-delà de ce que je viens de dire, Ace est là pour parler de son travail pour l'album.

- Oui, bien évidemment, sourit-il, cachant très mal sa déception.

Ace était bien content que le chanteur ait remis le présentateur à sa place :

- Bien, parlez-nous de votre travail !

- Je-je dessine depuis que je suis tout gamin. J'adore les aquarelles et les esquisses au fusain, je fais aussi un peu de chose avec l'ordinateur mais ce n'est pas mon truc. J'aime William Turner pour sa maitrise de la lumière, les estampes japonaises à l'encre de chine aussi et puis les grandes peintres impressionniste.

- Excusez-moi, quel âge avez-vous ?

Bill le coupa net, visiblement sa tirade sur ses inspirations ne l'intéressait guère. Trafalgar se tendit à côté de lui – encore une remarque déplacé et le chanteur lui foutrait sûrement une baigne devant des millions de téléspectateurs.

- Je dirais le tiers du votre, Bill.

Trafalgar pouffa, fière de sa réponse et de son ton autoritaire. A la télé, c'était manger ou être manger et Ace venait de prouver au présentateur qu'il ne fallait pas trop le titiller.

- Ahaha, il a de l'humour. On se retrouve après la pub ! Surtout ne bougez-pas, car mes invités, Trafalgar Law et Portgas D. Ace ont encore plein de chose à vous dire.

Les lumières baissèrent un peu, Bill remit sa moumoute en place et une horde de maquilleuse envahit le plateau pour rendre le présentateur un peu plus regardable. Une fois sa dignité retrouvée, il posa ses yeux excités sur ses deux invités :

- Merci, Law, vous m'offrez sûrement le plus gros scoop de ma carrière !

- Je ne vous offre rien, soyons clairs. J'ai dis ce que j'avais à dire, je ne veux plus aucune question sur le sujet, lança Trafalgar avec un ton qui ne laissait place à aucune discussion.

- Vous plaisantez j'espère ? s'indigna Bill. Vos fans veulent savoir, le monde, tout le monde !

- Je ne vous laisserais pas vous en foutre pleins les poches sur mon dos et devant moi.

- Et vous, Monsieur Portgas, vous n'êtes pas contre quelques questions, votre vie médiatique commence à peine, les gens ont envie de vous connaître.

- Je préfère être connu pour mes talents artistiques que pour mes … fréquentations, répondit Ace d'un ton mal assuré.

- C'est non négociable.

- Bill ! Antenne dans cinq, quatre, trois, deux, un …

- Nous revoilà dans le Night Show en compagnie de Trafalgar Law, chanteur et guitariste du groupe The Supernovas et Portgas D. Ace, graphiste du groupe !

Rien dans la voix de Bill ne laissa transparaître sa déception et Ace pensa alors que le monde de la télé était bien plus effrayant qu'il ne le croyait.

- Ex-groupe.

- Oui ! Comment allez-vous aborder la suite de votre carrière, vous avez des millions de fans orphelins sur les bras !

- Pour le moment, nous allons sortir le dernier album avec les deniers morceaux qu'on a enregistré au complet et pour la suite, je ne sais pas encore.

- Votre maison de disque Machvise Records est l'une des plus « puissantes », tous les artistes signés chez eux font des ventes record. Comment avez-vous négocié votre départ ?

- Rien n'a été négocié, on ne négocie pas autour d'un décès. Nous sommes partis, point barre. Et nous sortirons cet album avec ou sans leur accord.

- Pourtant je crois savoir que Machvise Records possède 70% des droits sur les artistes qu'elle produit …

- J'n'en ai strictement rien à foutre. Nous ne traitons plus avec eux, cet album sortira, même si je dois dépenser un million, je le ferais, point barre. The Supernovas, c'était le rêve de Kidd, puis c'est devenu le mien, cela nous appartient totalement et je ne les laisserais pas faire n'importe quoi avec ça.

- Et vous, Monsieur Portgas, n'avez-vous rien signé pour votre participation à l'album avec la maison de disque ? Continua Bill.

- J'ai eu un contrat sous les yeux à un moment, mais je n'ai rien signé, je n'avais pas trop la tête à ça … Mais bon, ce n'est plus trop d'actualité.

- Pourtant, vous auriez dû recevoir un bon salaire de la part de Machvise Records pour votre illustration !

- Il sera payé quoiqu'il advienne, intervint Trafalgar avec sa voix tranchante.

Ace l'observa un moment, visiblement il avait atteint son quota de question sur sa vie privée et médiatique – il était tendu comme un arc. Ace commençait fatigué aussi, le présentateur ne leur laissait aucun répit et le jeune homme avait peur de faire une bourde plus grosse que lui devant des millions de téléspectateurs. Heureusement Bill semblait en avoir fini avec eux :

- Une dernière question ! La question des internautes ! Alors voyons-voir … ce sera une question Twitter. Je vous la lis : Ace, est-ce que tu étudies à la Taft High School, j'ai cru te croiser dans les couloirs une fois ?

Ace devint blême, sa petite notoriété bouleversait déjà son quotidien : des gens le reconnaissait au supermarché et les élèves de son lycée étaient devenu complètement hystérique – heureusement qu'il n'y mettait plus trop les pieds mais selon Thatch, son nom était sur toutes les lèvres. Alors s'il disait oui, il provoquerait sûrement une émeute légendaire dans son quartier :

- Alors ? Insista Bill, tenant à son ultime révélation.

Il sonda Trafalgar pour un peu d'aide mais les yeux de celui-ci étaient braqués sur le présentateur, sûrement qu'il essayait de le tuer par la pensée. Ace se retrouvait seul face à sa décision : dire oui et dire adieu à tout jamais au lycée parce qu'il était évident que jamais il ne pourrait retourner là-bas après avoir confirmé.

Ou dire non pour espérer poursuivre sa vie relativement tranquille.

Il regarda à nouveau Trafalgar, il était persuadé qu'en plus de lui offrir une vie palpitante, il lui offrait un joli plan de carrière. Il sera le créateur du tout dernier album de The Supernovas, le groupe qui a ressuscité le rock, le groupe emblème d'une génération perdue entre hypersensibilité et hyper vitesse. Plus tard, on apprendra leurs morceaux dans les cours de guitare, les cheveux roses seront à la mode, les cours de batterie seront pleins à craquer et les marques du monde entier se disputeront Portgas D. Ace, l'homme qui a mis un visage sur le dernier album d'un groupe devenu culte.

Ça ne pouvait qu'être ainsi, Ace en était convaincu. Trafalgar avait réussi son pari depuis bien longtemps, il était immortel. Une pierre qui restera à jamais dans l'histoire de la musique du monde.

Ace espérait bien partager un peu de son éternité, puisque le chanteur voulait s'éloigner de sa vie à cent à l'heure – cette vie qui l'a épuisé, qui lui a pris son plus proche ami et sa vie privée. Ace n'avait vécu tout ça que depuis les coulisses et même s'il avait vu les limites, même s'il voyait le corps et le cœur de Trafalgar décharné et épuisé

Lui aussi voulait briller un peu, comme un rémanent de supernovas, une toute jeune nébuleuse qui donnera peut-être à son tour d'aussi belles étoiles.

- Oui.

- Très bien. Merci à vous deux d'être venu sur le plateau du Night Show. J'espère encore entendre parler de vous, sourit Bill.

Un jingle retentit sur le plateau et Bill se leva et fixa une caméra pour continuer son émission. Un technicien leur fit signe de quitter le plateau. Ace soupira un grand coup une fois à l'abri des caméras et des lumières aveuglantes, il avait l'impression d'avoir couru un marathon tant il était épuisé. Il regagna la loge, accompagné de Trafalgar qui marchait tranquillement, toujours épris de sa douce nonchalance.

- J'suis pas sûr que d'avoir parlé de ton lycée soit une bonne chose, lança Trafalgar en s'asseyant sur le canapé de la loge.

- C'est maintenant que tu l'dis !? J't'ai lancé des appels à l'aide, si t'as pas remarqué !

- Je ne serais pas toujours là, faut que t'apprenne à assumer ce que tu dis, Ace.

- T'as pas besoin de me regarder me vautrer sans rien dire, non plus ! S'égosilla le jeune homme.

- Si, justement.

- De toute façon, après les examens, j'y mettrais plus les pieds.

Il s'affala à son tour sur le canapé, pendant que Trafalgar ouvrait la bouteille de vin sur la table basse et s'en servis une grande rasade. Ace se colla contre lui, quémandant un peu de réconfort mérité. Le chanteur passa son bras autour de lui alors qu'il termina rapidement son verre :

- On peut rentrer, maintenant ?

- Non, on doit attendre la fin de l'émission pour récupérer ton frère.

- Pff … Ça dure encore longtemps ?

- Une heure, environ.

- Comment il fait le Bill, pour tenir le choc, grommela-t-il.

- Sûrement un peu d'ecstasy.

- Tu plaisantes ? S'étonna Ace.

- Non, le monde de la télé est autant gangréné par la drogue que celui de la musique.

- T'as déjà pris des trucs toi, hein ? demanda innocemment Ace.

- Je croyais que ma garde à vue était terminée …

- Réponds, s'il te plaît.

- Tu fais de la rhétorique.

- Je sais, mais je veux te l'entendre dire, insista Ace.

- Ca va changer quoi ?

- J'apprendrai enfin quelque chose sur toi de ta bouche.

- Ok … la réponse est oui, mille fois oui. Et si j'te vois avec ne serait-ce qu'un joint entre les lèvres, j'te bute, compris ?

Ace sourit et posa un baiser sur sa joue pour le rassurer. Ils restèrent dans la loge jusqu'au générique de fin, Ace s'endormi mais fut rapidement par l'arrivé tonitruante de Luffy qui semblait avoir décuvé mais qui avait l'énergie de vingt hommes et Ace ne pouvait dire si c'était une bonne chose ou pas.

- Allez, on rentre avant que Bill n'arrive !

- Pourquoi ? demanda Luffy.

- Parce que je risque de lui mettre mon poing dans sa gueule botoxée.

Luffy rigola et Ace sortit de sa léthargie. Le trio avança en silence dans le couloir puis s'arrêta devant la porte.

A l'extérieur, une voiture les attendait à même pas dix mètres de là, mais c'était dix mètres de charbon ardent, de piranhas, de fans en folie, de jeune fille qui tombe dans les pommes, dix mètres d'éclairs éblouissant et d'hurlement hystérique.

Plus que jamais.

- Prêts ?

Tous acquiescèrent, déterminés et Trafalgar ouvrit la porte.

Une foule compacte s'approcha d'eux comme un tsunami sur la côte, les gardes du corps faisaient de leur mieux pour leur tracer un chemin jusqu'à la voiture mais eux-mêmes se voyaient malmenés. Trafalgar leva le col de sa veste pour se protéger des flashs, Ace baissa son chapeau sur ses yeux et ne regardait que ses pieds et ceux du vigile qui le guidait.

Luffy lui serrait des mains, balançait des sourires charmeurs aux filles qui n'avaient d'yeux que pour Trafalgar – apparemment celles-ci s'enfichait royalement qu'il y avait zéro chance qu'il soit attiré par l'une d'entre elle.

Ace se retourna et prit violemment le bras de son petit-frère qui faisait happer par les serres des fans.

La portière claqua et Trafalgar soupira, heureux de ne plus rien entendre.

- T'es complètement taré, Lu' ! Merde ! Pourquoi t'as joué au play-boy !

- Tout le monde a le droit à son quart d'heure de gloire, non ? Bah c'était le mien.

- Ne refais plus jamais ça, merde ! Espèce d'inconscient !

- Ca va, c'était juste pour le fun, t'es vraiment pas drôle, Ace.

- On ne plaisante pas avec ça ! Ils t'ont pris en photo, tu vas te retrouver sur internet, t'en es conscient de ça.

- Ca va durer deux jours et après tout le monde aura oublié, s'indigna Luffy.

- La gamin a raison, Ace, lâche-le. Et surtout arrête de crier, j'ai mal au crane.

- Normal, tu t'es enfilé une bouteille de vin, alcoolique !

- Chut, je ne veux plus rien entendre, murmura Trafalgar en fermant les yeux. Je vous ramène chez vous.

Ils durent attendre cinq bonnes minutes avant de démarrer, les fans tapaient sur les vitres et bouchaient la route. Trafalgar bénit l'homme qui inventa les vitres teintés. Finalement les vigiles réussirent à contenir la foule et la voiture démarra sans écraser personne.

Comme d'habitude, les rues de Jefferson Park étaient désertes à cette heure-ci. Les fans devaient pleurer sous les fenêtres de Trafalgar. Luffy alla se coucher, finalement sa gueule de bois eut raison de lui. Ace était sur le perron avec

Le chanteur s'approcha d'Ace et le plaqua doucement contre le mur du couloir pour l'embrasser. Ace entoura sa nuque avec ses bras pour le sentir encore un peu plus proche de lui. Leurs langues se chamaillèrent un peu puis le chanteur s'éloigna de lui :

- J't'appelle.

- Tu connais mon numéro ? Parce que tu ne l'as pas utilisé souvent.

- Fais gaffe à c'que tu dis, sale gosse !

- J't'aime, chanteur de mes deux.

Il lui balança son sourire en coin et descendit les marches de l'escalier pour rentrer dans la voiture :

- A Aurora, s'il vous plaît.

Il était bien tard et Trafalgar Law regardait les lumières de la ville danser sur la vitre teintée de la berline. La circulation n'était pas dense et le cimetière d'Aurora se profila rapidement à l'horizon. Il sortit de la voiture en demandant au chauffeur de l'attendre en lui donnant quelques billets de cent dollar.

Le chanteur avançait entre les tombes, le cimetière était désert à cette heure tardive et c'était le seul moment où il pouvait tranquillement rendre hommage à son ami.

Treizième ligne, quatrième rangée.

Jamais il ne voulut connaître l'emplacement de la tombe de Kidd par cœur. D'ailleurs c'était la plus décorée de tout le cimetière, on ne voyait presque plus son nom sur le marbre, caché derrière les fleurs, les bougies et les lettres de fans inconsolables.

Il se fit une place entre les bouquets dégarnis par le vent et s'adossa contre son ami. La tranquillité de la nuit lui permit de rassembler ses pensées pour savoir quoi lui dire :

Premièrement : « tu me manques, au-delà du raisonnable »

Et puis : « t'es qu'un sale con. Un putain d'égoïste »

Il se râcla la gorge pour stabiliser sa voix un peu faiblarde :

- Salut mon pote … aujourd'hui j'ai fait quelque chose que t'aurais sûrement pas apprécié, toi qui voulait jamais qu'on parle de notre vie privée, mais cette fois-ci, pas le choix. Je devais le faire pour Ace, j'crois que je suis bien avec lui, dit-il avec un petit sourire. Je sais que c'est ça mon futur maintenant, prendre des décisions sans toi … et putain que c'est dur.

Il essuya quelques larmes qui coulaient bien malgré lui.

- Tu te rends compte que j'dois venir à 1 heure du mat' pour te parler en paix ? Tu dois en voir du monde défiler pendant la journée … et puis connaissant nos fans, ça doit être bien barré de temps en temps … Tu te rappelles quand tu m'avais dit : « Pourquoi tout l'monde chiale aux enterrements ? Sérieux le type qui est mort, il est pénard pour le reste de sa vie, avec des nanas dans son lit tous les soirs ! Tu vois Traf, à mon enterrement, j'veux pas voir les gens pleurer, j'veux les voir baiser sur ma tombe » T'avais pas peur de la mort à l'époque, renifla-t-il. Mais ce que j'ai vu dans tes yeux, ce soir-là … c'était pas de la peur, c'était tellement pire.

Il ferma les yeux et comme à chaque fois qu'il se retrouvait devant la noirceur de son âme, il revoyait les derniers moments qu'il passa avec Eustass Kidd. Il voyait surtout la vie disparaître de ses yeux. Et il ressentait cette rage dans sa cage thoracique, ce dégoût de lui-même qu'il cultivait depuis longtemps – encore une fois, il fut incapable de sauver quelqu'un qu'il aimait.

Parfois tous les efforts du monde ne sont pas suffisants.

Trafalgar se leva et épousseta son pantalon puis regarda les lettres dorées vaciller à la lumière des bougies presque éteintes.

- Où que tu sois, j'espère que tu les fais tous bien chier.

Et sa silhouette longiligne disparut dans la nuit.