Hello ! Merci à tout le monde qui laisse des reviews et qui me follow, ça fait plaisir ! La fin approche, vous le sentez ? C'est tellement dur de l'écrire, j'ai pas écris un seul mot du chapitre 29 et 30 ... sniff.
Le prochain chapitre sortira le 11 juillet, en espérant que j'aurais avancé un peu plus d'ici là.
Baci baci, mes lecteurs chéris.
Evidemment, pour arriver dignement en Angleterre, il faut de la pluie. Trafalgar souriait, content d'avoir retrouvé l'humidité et la fraîcheur de son enfance. Ace et lui attendaient dans la voiture que leur chauffeur récupère leur bagage, c'était bien trop dangereux de poireauter à découvert dans le hall des arrivés à Heathrow.
- On pourrait aller à la Tour de Londres ou au musée de cire ? J'ai entendu dire que la crâne de cristal d'Indiana Jones 4 était exposé au British Museum, faut y aller aussi. Tu crois qu'on va pouvoir la Reine ?
- Je ne sais pas, peut-être si je lui passe un coup de fil avant qu'on passe.
- C'est une blague !?
- Oui, Ace.
- … T'es pas drôle.
- J'y peux rien, tu as décidé de jouer au plus agaçant des touristes.
- Bah quoi, c'est la première fois que je viens en Europe, j'te signal ! Tout le monde ne peut pas avoir un accent britannique trop cool et sexy.
- Tu aimes mon accent, murmura-t-il d'une voix basse et chaude.
- Arrête ça.
- Je te propose autre chose … On rentre à l'hôtel, on … découvre notre chambre puis on va manger un bout au resto d'en bas et puis on remonte et on continue d'explorer les autres pièces.
- N'essaye pas de me corrompre avec du sexe. Je veux visiter au moins un de ces trucs, Luffy m'a tanné pour un souvenir des Rolling Stones.
- On ira faire un tour à Camden, dans ce-cas. Et puis sur Denmark Street, je veux une nouvelle guitare.
- Encore ?
- Et puis on ira à Liverpool …
- Qu'est-ce qu'on va faire à Liverpool, là, ils disent qu'il n'y a rien et que ça craint grave !
- C'est la ville des Beatles et c'est là que j'ai grandi, chuchota-t-il en lui retirant son bouquin des mains.
- Oh je vois.
Le chauffeur monta alors dans la voiture, son embonpoint fit tanguer le véhicule vers la droite. Il claqua violemment la porte et jeta un coup d'œil au rétroviseur avec un grand sourire :
- Je vous ai reconnu immédiatement ! S'exclama-t-il.
Trafalgar soupira en mettant ses Ray-Ban sur le nez et en ignorant royalement le chauffeur un peu trop intrusif.
- Vous êtes en vacance dans le coin ? demanda-t-il en quittant l'aéroport.
- Oui, répondit Ace pour être poli.
- Vous aussi, je vous ai vu à la télé ! C'est dingue cette histoire, quand même. Au fait, où je vous emmène ?
- A l'hôtel …
- Ah oui, c'est vrai ! Vous avez pas choisi le plus pourave, en même temps vous n'êtes pas n'importe qui ! J'y crois pas quand j'vais raconter ça au copain du pub, ce soir, ils vont être vert.
- Excusez-moi, vous êtes anglais ? Intervint subitement Trafalgar, exaspéré.
- J'suis italien du côté de ma mère.
- Je comprends mieux.
- C'est parce que j'parle beaucoup, c'est ça ? On me le dit souvent et c'est vrai que je ne me rends pas bien compte, c'est naturel chez moi ! Alors qu'est-ce que vous avez prévu pour votre séjour ? Si c'est pas indiscret, je ne voudrais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas !
- Bien sûr, murmura Trafalgar.
Ace voyait le chanteur s'énerver à chaque mot prononcé par leur conducteur bien portant et s'il se fermait comme une huître dès le premier jour, leur séjour pourrait bien se transformer en un voyage direct pour l'enfer :
- Dîtes-moi, vous semblez particulièrement au courant de ce qu'il se passe ici. Est-ce que c'est vrai qu'on expose le crâne de cristal au British Museum ?
- Oh oui ! Ce truc incroyable ! Dire que ce sont des martiens qui l'ont créé , c'est dingue ! Il y a la pierre de Rosette aussi et si vous voulez mon avis, ce truc ne vient pas de terre non plus !
- Et vous pensez quoi du musée de cire ?
- Bah, c'est pas mal … Mais vous êtes à côté de Trafalgar Law alors vous allez sûrement trouver ça un peu naze.
Heureusement, l'hôtel apparut enfin derrière les vitres de la voiture. Trafalgar sortit d'un bond à peine la voiture arrêtée et disparut dans le hall de l'hôtel. Des grooms prirent en charge leur bagage et Ace regarda tout ce petit monde un peu désemparé, il n'avait pas l'habitude de se faire servir de la sorte.
Il décida de rentrer dans l'hôtel en surveillant du coin de l'œil sa valise. Le chanteur parlait avec la réceptionniste et quand Ace arriva à sa hauteur, il avait récupéré les clés de leur chambre.
Il le suivit sans rien dire, l'ascenseur grimpa les étages.
Le dernier. Et seulement deux portes, les employés de l'hôtel laissèrent leur valise dans le couloir et Trafalgar se dirigea au fond du couloir pour ouvrir la porte dans leur chambre – ou palace, pour une semaine.
Ace n'avait pas l'habitude de voyager, encore moins dans des capitales européennes et encore encore moins dans des hôtels grands luxes.
Cette « chambre » était trois fois plus grande que son appartement, comportait une cheminée et des tapis brodés à la main. Deux salles de bain, un salon, un bureau et même un jacuzzi déjà bouillonnant – comme promis. Et un très grand lit.
Trafalgar ne fit aucune remarque alors qu'Ace se contenait pour ne pas exploser et courir dans toutes les pièces comme un gamin de cinq ans.
- Ace ?
- Quoi ? Couina-t-il.
- T'es bien silencieux.
- C'EST QUOI CETTE CHAMBRE DE MALADE MENTAL !
- J'me disais aussi que tu te retenais, soupira le chanteur.
- Mais regarde, y'a plus de meuble que dans un magasin Ikea ! Y'a deux salons et un bureau alors que chez moi, c'est dans la même pièce ! C'est dingue !
- Ce n'est pas pour rien qu'on appelle ça une « Suite Royale ».
- Par contre, j'aime pas le lit.
- Ah bon ?
- Ouais, trop grand. On pourrait être quarante là-dedans, sans se toucher.
- Ne t'en fais pas, je collerai mes pieds froids sur tes fesses.
- Merci, sourit-il. Dis-moi, il y a beaucoup de pièce, ici …
- Ne nous sous-estimerais-tu pas ?
- Moi, non, j'suis jeune et vigoureux, mais toi … t'as dépassé les 25 ans, y'a des gens qui sont parents à cette âge-là …
- Tu vas voir qui donne les ordres ici …
Ace n'eut pas le temps de répliquer que sa respiration fut coupée par la bouche de son compagnon. Il fit quelques pas à reculons, poussé par le corps du chanteur et s'écroula sur le lit. Ils se séparèrent après un baiser langoureux :
- Si on commençait par le jacuzzi ?
- J'me disais bien que tu avais un peu froid, gloussa le chanteur de son cou.
- Sale type !
On toqua alors à la porte : - Service d'étage monsieur. Puis-je ? fit une voix derrière la porte.
- Je vous en prie, répondit Trafalgar en s'éloignant d'Ace.
Le groom en uniforme rentra dans la chambre en poussant un petit chariot. Le chanteur lui donna un généreux pourboire et il déguerpit sur-le-champ. Ace s'approcha, intrigué :
- C'est quoi tout ça ?
- Du champagne, des chocolats extra-fins et des fraises.
- Et c'est toi qui a commandé ça ?
- Oui, ça ne te plait pas ?
- Je ne te savais pas aussi … romantique.
- J'peux redevenir un connard égoïste si tu veux, sourit-il.
- Bon, on y va dans ce jacuzzi
Trafalgar sourit et emporta le chariot jusqu'à la pièce réservée au bain à remous. Ace lui bifurqua dans la salle de bain et le nombre incroyable de miroir dans la pièce lui confirma son pressentiment, il avait une tête de déterré – les cernes n'allaient pas à tout le monde. Il passa un peu d'eau sur son visage et ses mains dans ses cheveux pour s'arranger un minimum.
Il se trouva ridicule et un sourire apparut sur ses lèvres, le rendant un peu plus attirant.
Il n'y avait pas d'autre endroit où il préférerait être.
Le jeune homme quitta la salle de bain et entra dans le jacuzzi où le chanteur barbotait déjà. Il l'observa longuement.
Oui, aucun autre endroit.
- Qu'est-ce que t'attend ? chuchota-t-il.
Ace se débarrassa rapidement de ses affaires et entra à son tour dans le bain très chaud. Trafalgar l'attrapa par la nuque pour précipiter ses lèvres sur les siennes et Ace grogna de plaisir. Il était blottit contre son torse nu, partageant un baiser divin, à des dizaines de milliers de kilomètres de tous les trucs qui les emmerdaient :
- Je t'aime, murmura Ace.
- J't'apprécie aussi.
- T'arrêtera jamais de me faire chier, hein ?
- Pourquoi j'arrêterais ?
- Pour me faire plaisir, par exemple.
- Je connais d'autre chose qui te font plaisir.
Ace sourit, ne pouvait absolument pas être contre sa proposition. Il entoura sa nuque de ses bras et plongea dans son regard gris, toujours étincelant quand ils étaient aussi proches. Le sourire du jeune homme s'agrandit un peu plus alors que Trafalgar se déridait aussi.
Il n'y avait aucun endroit où il préférait être. L'un comme l'autre.
.
- Mais ralentis ! On va nous foncer dedans ! hurla Ace en voyant la voiture d'en face se rapprocher dangereusement.
- On roule à gauche ici.
- Putain, j'vais avoir un ulcère à l'estomac si ça continue !
- On est bientôt arrivé, ne t'en fais pas.
- C'est quoi ce pays, sérieux ! Et d'ailleurs il est où le soleil, ici, hein ? Il pisse depuis qu'on est arrivé !
Trafalgar bifurqua pour sortir de l'autoroute et s'engagea sur une nationale. Ace regardait le paysage, la ligne d'horizon était noire et grise, masquée par de la fumée. Parfois on voyait en ombre chinoise, des immeubles, des usines décapitées où le vent hurlait entre les murs vides. Ça ne sentait plus la pluie et la verdure mais le charbon et les produits chimiques. Ace ne vit jamais une mer aussi noire et impénétrable qu'au bord des quais de la ville.
Liverpool n'était décidément pas accueillante, pourtant Trafalgar avait un sourire imperceptiblement courbé sur ses lèvres. Ace se rappela alors ce qu'il avait lu sur Wikipédia et tout semblait plausible dans cette ville marquée.
- On va où exactement ? demanda-t-il.
- Voir de la famille.
- De la famille ? Sérieux ?
- Pourquoi ça t'étonne ?
- Je croyais que … enfin … tes parents.
Il détourna les yeux de la route un quart de second pour regarder Ace, les sourcils froncés :
- C'est ça le truc que t'as fait quand j'étais en tournée ? T'as tapé mon nom sur internet ? demanda-t-il, un peu énervé.
- … Oui,
- J'y crois pas ! J'suis avec toi presque tous les jours, pourquoi tu m'en a pas parlé avant !
- Parce que je savais que tu allais t'énerver et puis tu n'étais pas là, quand je l'ai fait.
- Qu'est-ce que tu as vu ?
- Pleins de choses. Que tu étais mort en 2013 par exemple …
- Ah oui, j'me rappelle de ça ! C'était vraiment n'importe quoi !
- Et la mort de tes parents, c'était n'importe quoi aussi ? demanda-t-il d'une petite voix.
- Non, malheureusement.
- Je suis désolé, renifla Ace.
Il quitta à nouveau la route des yeux et attrapa la main d'Ace. Le jeune homme regarda ses doigts tatoués et la serra un peu plus fort :
- Je suis désolé de ne pas avoir compris tout ce que tu avais enduré pour en arriver là.
- Ne t'en fais pas, ça va. Regarde, on arrive !
Ace releva la tête pour avoir des dizaines de petits immeubles en brique rouge, tous identique, se succéder jusqu'au bout de la rue. Certains étaient en meilleur état que les autres mais ils tombaient presque tous en ruine. Trafalgar arrêta leur voiture de location et Ace sortit, un peu fébrile. Il suivit le chanteur qui poussait le portail bancal d'un des immeubles en regardant derrière son épaule pour vérifier que Voldemort ne le suive pas.
Dans le petit hall de l'immeuble, une odeur d'humidité et de moisi flottait dans l'air. Le jeune homme regarda les six boite-à-lettres qui pendaient sur le mur défraîchi. Trafalgar commença à monter l'escalier brinquebalant mais Ace resta paralysé.
- Tu viens ou quoi ? C'est au premier.
Il ne répondit pas. Ses yeux n'arrivaient même plus à ciller tant il était choqué, complètement retourné par quatre petites lettres.
- Ace ? Tout va bien ?
- Non …
Le chanteur redescendit les marches et entoura ses épaules avec ses bras alors qu'Ace toucha l'étiquette de la boite-à-lettre avec appréhension, comme si elle pouvait disparaître.
Mais il sentait parfaitement le relief des lettres qui déformaient le petit morceau de plastique noir, s'imprimant dans son cœur.
- Mon frère …
- Quoi ?
- Mon frère … Sabo, c'est sa boite-à-lettre, il habite ici … il est là, à même pas dix mètres.
- Tu veux aller le voir ? demanda Trafalgar en lui embrassant les cheveux.
- Ça fait dix ans qu'il est parti … et maintenant, il est là. J'y crois pas, soupira-t-il en s'essuyant les bords des yeux.
- Regarde c'est l'appartement 103, deux portes à côté de celui où on devait aller. Vas-y, je t'attends là-bas.
- Je ne sais pas, renifla-t-il. Et s'il m'avait oublié, on avait à peine dix ans.
- Personne ne peut t'oublier, Ace.
Il lui embrassa la joue et se détacha de lui pour le laisser en paix. Il monta les escaliers et toqua deux fois à la première porte du palier avant de disparaître dans l'appartement.
Un homme qu'il ne croyait jamais revoir était peut-être là, derrière une de ces portes, en Angleterre. C'était comme s'il voyait un fantôme danser devant lui. Un fantôme de dix ans, avec les dents écartées et des cheveux blonds ébouriffés. Un fantôme qui avait partagé ses pires conneries, ses meilleurs fou-rire avant de s'évaporer sans laisser de trace.
Pourquoi hésiter ? Il devait aller le voir, surtout pour Luffy qui attendait toujours son retour en secret.
Il ravala ses larmes et monta les escaliers, passa la porte qui abritait le chanteur et le remercia mentalement de l'avoir conduit ici.
L'appartement 103, la dernière porte dans le fond du couloir.
Il resta planter cinq bonnes minutes devant la porte, essayant de trouver la meilleure phrase pour le saluer. Il soupira gravement et sonna en pensant qu'un simple 'salut' serait suffisant.
La porte s'ouvrit quelques secondes après et le cœur d'Ace faisait des bonds dans sa poitrine comme un bateau en pleine tempête :
- Bonjour ! C'est pour quoi ?
Ace ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Devant lui se tenait une jolie jeune femme aux cheveux courts et au regard pétillant. Elle lui souriait de façon chaleureuse :
- Heu … Sabo, c'est bien ici ?
- Oh oui ! Je suis Koala, sa femme. Vous êtes un ami ?
- … en quelque sorte, oui. Il n'est pas là ?
- Non, il travaille au port en ce moment. Vous voulez que je prenne un message ?
- Dîtes-lui qu'Ace est passé le voir … et dîtes lui aussi que ce n'est pas une blague.
- Très bien.
- Hum, je suis avec une connaissance dans l'appartement juste là-bas …
- Vous connaissez Lamy ? S'étonna-t-elle.
- Est-ce que … quand Sabo rentrera ce soir, vous pourrez lui dire de venir sonner là-bas ?
- Très bien, je lui dirais, répondit-elle, intriguée. Vous êtes vraiment un ami ?
- Même un peu plus. Je dois y aller, merci pour votre aide.
Il salua la jeune femme et rebroussa chemin en relâchant toute la pression que le simple nom de Sabo avait engrangé en lui. Il se posta alors devant la première porte en se disant qu'il avait déjà eu son quota d'émotion forte pour aujourd'hui. Il toqua et une autre jeune femme vint lui ouvrir :
- Tu dois être Ace, s'exclama-t-elle. Entre, voyons ! Je suis Lamy, la sœur de l'autre zombie.
Elle semblait si joyeuse et chaleureuse qu'il douta un instant que le taciturne Trafalgar Law puisse avoir une sœur aussi solaire. Son appartement était grand mais plutôt modeste – la décoration datait des années cinquante avec des fleurs sur les murs et d'imposant meuble en bois, une odeur de thé anglais imprégnait l'espace. Il suivit Lamy dans la cuisine où Trafalgar était attablé devant une tasse de thé et sous un néon clignotant. Il se retourna pour lui sourire et Ace eut envie de se jeter dans ses bras pour laisser l'émotion le quitter mais il n'aurait sûrement pas apprécié ce genre de démonstration devant sa sœur :
- Alors ? demanda-t-il.
- Il n'était pas là. J'ai vu sa femme, je lui ai dit que j'étais ici en attendant son retour.
- Vous dîner ici, alors ! Traf, ça fait combien de temps que tu n'as pas mangé de ragout de mouton ?
Trafalgar soupira en levant les yeux au ciel puis porta sa tasse de thé à ses lèvres. Lamy rigola de plus belle.
- Alors c'est toi le fameux Ace. Mon cher frère ne m'a absolument pas parlé de toi.
- Pareil pour moi, tu viens de naître ! Sourit Ace.
Le chanteur grogna et se demanda quel genre de raillerie il devra subir maintenant que ces deux-là s'étaient rencontrés.
- J'ai quand même dû téléphoner à Jewel pour que tu viennes me voir, lança Lamy, visiblement énervé de voir son frère peu souvent.
- Elle m'a déjà fait la morale, pas besoin de t'y mettre.
- Il est aussi grognon avec toi, Ace ?
Un immense sourire fendit le visage du jeune homme alors que les dents de Law grinçaient bruyamment. Pouvoir le titiller avec l'accord et la complicité de sa sœur n'avait pas de prix :
- Ca dépend des moments, jubila-t-il. Il peut se montrer très motivé et joyeux parfois.
- Je vois quels genres de moment tu veux parler, dit-elle en faisant un clin d'œil.
- Bon ça va, vous deux.
- Parle-moi un peu de toi ! demanda Lamy à Ace.
- Eh bien, j'viens de finir le lycée. Je suis passionné par le dessin depuis longtemps et j'ai deux frères dont un qui habite au bout du couloir.
- Vraiment ? Qui ça ?
- Sabo.
- Non, c'est pas vrai ! Je ne le croise pas souvent mais il est toujours très poli.
- C'est lui tout craché, répondit-il. Et toi, Lamy ?
- Je suis la petite sœur du célébrissime Trafalgar Law bien que personne n'ai jamais entendu parler de moi, dit-elle en mettant un coup de coude à son frère qui soupira encore une fois. Je vis ici seule et je me suis toujours interdit de prendre le moindre chat et je travaille dans une bijouterie. Je fais un peu de piano et de la peinture.
- De la peinture, vraiment ? Ça m'intéresse ! Tu pourrais me montrer une de tes toiles.
- Bien sûr.
Lamy se leva et Ace la suivit avec enthousiasme, oubliant un peu qu'il venait de retrouver Sabo et qu'il accompagnait Law. Il ne connaissait pas beaucoup la peinture, l'occasion de partager sa passion avec quelqu'un d'autre était trop belle. La jeune femme souriait constamment, même si elle semblait plutôt seule. Ils entrèrent dans une petite pièce au fond du couloir :
- J'vais fumer dehors, lança la voix de Trafalgar.
- Ok ! répondit Ace.
Lamy scruta sa réaction avec curiosité mais Ace ne s'en rendit pas compte, impressionné par le nombre de toile qui s'entassaient dans la pièce :
- Tu ne dis rien ? dit-elle soudainement.
- A propos de quoi ?
- De la cigarette.
- Oh … il n'aime pas que je lui donne des ordres ou autres alors je laisse Jewelry s'en charger, répondit-il avec légèreté.
- Tu es au courant pour son cœur, non ?
- Oui, bien sûr.
- Alors ne le laisse pas se flinguer par peur d'une engueulade, ok ?
Ace fut surpris par le ton intransigeant qu'avait pris la si douce Lamy. Son visage s'était fermé l'espace d'un instant mais son sourire reprit rapidement ses droits :
- Désolé, je ne voulais pas être brutale mais je sais qu'il a toujours dû mal avec ses addictions.
- C'est rien.
- Je voulais te remercier aussi, commença-t-elle.
Ace fronça les sourcils mais la laissa continuer sans répondre :
- Jewel m'a dit que depuis que Kidd est mort, tu as toujours été là pour lui. Sans toi … peut-être qu'il ne serait plus là …
Il l'entoura de ses bras, espérant calmer les pleurs qui montaient doucement aux yeux de la jeune femme. Mais au bout de quelques secondes, elle pleurait en silence sur son épaule alors Ace la serra un peu plus fort :
- Ne t'en fais pas, je crois qu'il va bien maintenant.
- Je m'en veux tellement de ne pas avoir été à l'enterrement.
- C'est rien.
Ace la regarda dans les yeux, elle avait les même que son frère, avec la même tristesse logée au fond de l'iris. Il passa son pouce sur ses joues pour faire disparaître :
- Si tu me parlais de tes tableaux ?
- D'accord.
Lamy afficha un sourire un peu fébrile et souffla un bon coup avant de se tourner vers les tableaux qu'elle entassait depuis des années dans cette pièce. Depuis que son frère la laissa à de la famille éloignée pour partir aux Etats-Unis, elle peignait une toile par mois.
- Celle-là, c'est ma première, il venait de partir.
- Tu n'as jamais voulu partir avec lui ?
- Pour faire quoi ? J'étais trop jeune, on n'avait plus rien, tout avait disparu avec la maison. Et puis … c'était dangereux.
Ace regarda la toile qu'elle avait dans les mains, des teintes sombres et torturées, au milieu des traits rageurs, on distinguait une silhouette de dos, fine et allongée. Le jeune homme n'eut aucun mal à comprendre que Lamy exorcisait l'absence de son frère par la peinture, le matérialisant près de lui sur ses toiles. Lamy passait ses doigts sur les couches de peintures à l'huile avec un sourire doux-amer :
- Ace ! Ramène-toi !
Il se retourna et Lamy lui fit signe de rejoindre Trafalgar qui venait de l'appeler. Il quitta la pièce et entra dans le salon vieillot, le chanteur l'attendait :
- Quoi ?
- Ton frère est rentré. Je viens de le croiser en bas de l'immeuble.
Ace sentit ses mains trembler et les larmes jaillir de ses yeux à l'instant même où il réalisa que Sabo était à deux portes de là :
- Tu lui as parlé ?
- Non … à mon avis, il ne va pas tarder à sonner.
- Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ? Après toutes ces années, c'est comme un étranger …
Trafalgar le pressa intensément contre son torse à défaut de trouver des mots réconfortants. Ace resta un instant au creux de cette douce chaleur qui allégeait le moindre de ses tourments. Lamy les regardait discrètement, les yeux emplis d'émotions, jamais elle n'avait vu son frère aussi apaisé.
On toqua alors à la porte et Ace se crispa entre les bras du chanteur :
- Ca doit être lui, murmura Trafalgar.
- Et s'il veut pas me voir, couina Ace.
- Il vient de toquer, évidemment qu'il veut te voir. Allez, vas-y.
Il l'embrassa rapidement au coin des lèvres et le poussa vers la porte. Ace regarda ce mince bout de bois à s'en brûler la rétine, il était sur le point de combler un manque de dix ans dans sa vie.
Il appuya sur la poignée et tira la porte doucement.
Il avait toujours ce visage d'enfant espiègle et un brin rêveur, sauf qu'il était beaucoup plus grand. Ses boucles blondes trônaient toujours au somment de son crâne, même s'il essayait toujours de les contenir avec un chapeau. Ses dents étaient toujours légèrement écartées, rendant son sourire tellement chaleureux. Et ses yeux, encore remplis de bienveillance et d'une gentillesse sans borne.
Il était toujours Sabo.
Il était toujours son frère.
- … Ace.
Il laissa ses larmes couler en lui souriant aussi grand qu'il le pouvait. Sa voix lui souffla des souvenirs d'une enfance presque joyeuse quand il fut là, où l'absence de parents se faisait supportable tant qu'ils étaient tous les trois.
Ace lui sauta dans les bras et Sabo l'accueillit en laissant, à son tour, submerger par l'émotion :
- Putain, jamais j'aurais cru ce jour possible, murmura-t-il.
