Hey ! La suite sera dispo le 24 juillet. Le poème est de Charles Bukowski dans le recueil "Les jours s'en vont comme des chevaux sauvages dans la plaine" Joli titre.

A bientôt tout le monde et encore merci de vos reviews ! Bye !


Lamy sirotait son thé en regardant avec curiosité la scène qui se déroulait dans sa cuisine. Déjà, son frère était là, c'était assez exceptionnel pour le souligner. Il était venu avec son copain, qui lui n'avait pas revue son frère depuis dix ans et qui vivait juste à côté de chez elle. Là ça devenait carrément étrange.

Sabo et Ace se dévisageait avec un sourire béat, Trafalgar enfumait la pièce avec ses cigarettes en rafale. Lui non plus ne disait rien, sûrement aussi intrigué qu'elle.

Des milliards de questions se bousculaient dans l'esprit d'Ace. Son frère se tenait devant lui et pourtant il ne connaissait presque rien de l'adulte qu'il était devenu. Il faudra bien plus qu'une petite discussion pour rattraper dix ans d'une vie.

Sabo imprégnait son visage dans sa mémoire en se disant qu'en autant d'année, son frère n'avait pas tant changé que ça. A part peut-être le fait qu'il soit avec un homme alors que toutes ses années de primaire il les avait passées entouré des petites filles de l'école.

Trafalgar asséna un petit coup de pied discret dans le tibia d'Ace, fatigué de ce jeu de regard. Ace lui fit les gros yeux en réponse alors que Sabo ricanait :

- J'ai du mal à réaliser ce qui se passe, lança le blond. Raconte-moi un truc sur toi Ace, ce que tu veux !

- Je sors avec ce type, répondit Ace.

C'était le premier truc qui lui était venu en tête, puisque toutes les choses intéressantes qui s'étaient produites dans sa vie ont commencé avec lui.

- Ça fait dix ans qu't'as pas vu ton frère et c'est de moi que tu parles ? Sérieusement !

- Et c'est un enfoiré de première, rajouta-t-il en hochant la tête.

- Qu'est-ce que tu fais dans la vie ? Des études ? Tu dessines toujours ?

- Oui, je dessine toujours, sourit-il. Je viens de finir le lycée, j'étais pas vraiment un élève modèle et j'ai louper le coche pour la fac donc question études c'est un peu rappé pour le moment … Mais je travaille pour lui !

- Tu sors ou tu travailles avec lui ? demanda Sabo qui n'avait pas tout suivi.

- Bah, les deux. Et ce n'est pas une sinécure, crois-moi !

- Parce que t'es imbuvable, grogna Law.

- Moi ? Imbuvable ? Non mais tu t'es vu !

- Ne vous disputez pas, bégaya Sabo, inquiet des regards de morts qu'ils se lançaient.

- Ne t'inquiète pas, c'est toujours comme ça avec mon frère. Tu veux un peu de thé ?

- Non merci.

- Sab', viens on va discuter dehors ! fit Ace en se levant subitement. Ne m'attends surtout pas, dit-il pour Trafalgar.

- J'ai réservé le restau pour 20 heures.

Ace ne s'attendait pas à ça. Il enfila son manteau, bien contraint d'avouer qu'il avait encore une fois gagné :

- C'est bon, j'serais là.

Les deux frères sortirent dans la grisaille de Liverpool. Ils marchèrent un instant en silence, Ace se laissait guider par Sabo dans cette ville qu'il ne connaissait pas. Il regardait ses épaules larges et sa grande taille, sa silhouette était forte et ses yeux incroyablement chaleureux. Il ne pouvait pas s'empêcher de repenser à lui, haut comme trois pommes, déjà à l'époque il rayonnait de bienveillance. Ils s'arrêtèrent près des docks, en face du port sur un banc rendu froid par le vent.

- Je travaille là-bas, lança Sabo. Je démonte des bateaux.

- T'as toujours vécu ici, après être parti de Chicago ?

- Non … La « famille » qu'on m'a retrouvé était une petite-cousine par alliance d'une tante de ma mère, autant dire des inconnus. J'ai habité à Londres jusqu'à mes dix-huit ans et puis j'ai rencontré Koala et j'suis venu m'installer ici avec elle.

- T'es avec elle depuis t'es dix-huit ans ? Wahou !

- Oui, sourit-il. On s'est même marié l'été dernier.

- J'aurais vraiment adoré être là.

- J'ai beaucoup pensé à vous deux ce jour-là. C'était un des plus beaux moments de ma vie mais il me manquait quelque chose.

Ace sourit chaleureusement à son frère en passant son bras sur son épaule. Il avait toujours cru que Sabo les avait oublié, lui et Luffy, alors que le manque fut aussi insupportable pour le blond.

- Koala et moi, on essaye d'avoir un enfant depuis quelques temps mais ça ne marche pas.

- Ne t'en fais pas, c'est quand tu t'y attends le moins qu'elle prendra vingt-kilos, rigola Ace en pensant à Jewelry.

- Tu sais, toi et moi, on s'est souvent demandé ce que ça faisait d'avoir une vraie famille. Avec Koala, je commence à comprendre.

- J'aimerais vraiment te dire la même chose ...

Ace jouait avec les graviers à ses pieds. Il se revoyait dans le lit de Marco et se demandait toujours et encore pourquoi il avait fait ça alors qu'il l'aimait comme un fou :

- Ca ne va pas entre vous ?

- Pas vraiment, chuchota-t-il. On est pas ensemble depuis très longtemps et c'est plutôt compliqué.

- Mais tu l'aimes, ça crève les yeux.

- Sab', je sais qu'on vient juste de se retrouver mais il faut que je parle à quelqu'un.

- Vas-y !

- … Traf est un musicien vachement connu …

- J'me disais bien qu'il me disait quelque chose !

- Oui, The Supernovas, c'est son groupe, enfin c'était. Bref, il y a quelques mois, il est partie en tournée … sans moi, pendant trois mois. Je n'ai pratiquement eu aucune nouvelle pendant tout ce temps et je me sentais abandonné, comme une sous-merde … et je l'ai trompé. Avec mon ex …

Ace fit une pause, il sentait les larmes lui monter aux yeux. Il essaya de se contrôler mais il allait sûrement craquer avant la fin de son récit. La mine de Sabo était follement inquiète :

- Et puis il est rentré et j'étais tellement heureux de le revoir mais il a fait un accident de la route et son meilleur ami est mort. Il a l'air bien la plupart du temps mais des fois, je me lève la nuit et il est plus là, il erre dans l'appartement comme un fantôme. Je sais que j'vais devoir lui dire, surtout que cet enfoiré de Marco me fait chanter mais j'ai tellement peur de sa réaction, j'ai tellement peur de le perdre.

Sabo serra fermement son frère contre son torse pour le rassurer et essayer de calmer le torrent de larme qui dévalait la pente douce de ses joues :

- Je suis désolé de te faire chier avec mes états d'âmes, couina Ace.

- Les grands frères sont là pour ça.

- Putain, c'que tu m'as manqué !

Ils restèrent de longues minutes dans les bras l'un de l'autre, jusqu'à qu'Ace tarisse finalement ses pleurs. Ils se séparèrent en souriant, un peu gênés :

- Parle-lui simplement, sans te chercher des excuses, dis-lui la vérité simplement.

- Et s'il me rejette, s'il veut me quitter … Je ne peux pas prendre le risque ! Paniqua-t-il. J'ai déjà pensé à faire comme si de rien n'était, ne rien lui dire mais je ne pense en être capable !

- Ace, ça crève les yeux que tu peux plus te regarder dans une glace sans culpabiliser.

- Tu sais, avant que je le rencontre, j'étais complètement pommé. Mon ex me frappait, le lycée ce n'était pas la joie non plus et quand il est arrivé dans ma vie … tout est devenu plus beau, plus lumineux et j'ai peur de redevenir cet Ace déboussolé et malheureux.

- … Jamais je n'aurais pensé que tu vivrais des choses aussi dures. Je m'en veux de n'avoir pas été là pour te soutenir.

- Ce n'est pas de ta faute, va ! Et puis t'es là, maintenant, c'est tout ce qui compte, sourit-il. Luffy va être dingue quand j'vais lui dire !

- Parle-moi un peu de lui.

- Oh, il n'a pas beaucoup changé. Il est toujours aussi spontané et gaffeur, plein de vie et le pire de tout c'est que c'est un surdoué !

- Vraiment ?

- Ouais, c'est difficile à croire ! Si tu savais les conneries qu'il m'a faîtes, tu le croirais pas ! Heureusement qu'il est là, c'est la personne la plus importante pour moi, mon petit frère …

- J'ai vraiment hâte de le revoir, soupira Sabo en regardant les bateaux au loin.

- Faudra que tu reviennes à Chicago, avec Koala ! Même si notre appart' est tout petit, Traf se fera un plaisir de vous accueillir dans son 200 m²

- On ne roule pas sur l'or, tu sais. Koala travaille dans la maison de retraite dans la ville et mon boulot au port n'est pas si bien payé que ça mais dès qu'on a un peu d'argent de côté, on prend le premier avion pour Chicago.

- Je ne suis pas richissime non plus, mais Traf pourra sûrement vous payer l'aller-retour en jet privée, sans aucun problème !

- C'est marrant, malgré ce que tu viens de me dire, tu n'envisages pas ta vie sans lui, sourit Sabo.

- J'suis pathétique, j'te jure, soupira théâtralement Ace. Au fond de moi, je rêve juste qu'il me dise « tu m'as trompé ? Bof, c'est pas grave, on fait tous des erreurs, j't'aime quand même »

- Je te comprends, évidemment qu'il va être blessé et en colère mais au final, il reviendra sûrement vers toi.

- Sérieux, ma vie amoureuse aurait été tellement mieux avec toi ! Tu m'étonnes que t'es avec Koala depuis tes dix-huit ans !

- Oh, t'inquiète pas, on s'engueule aussi ! Elle a l'air charmante comme ça, mais parfois, elle est vraiment flippante ! J'ai eu peur pour ma vie, plusieurs fois, rigola-t-il.

Le jour diminua alors que les deux frères se racontaient tout ce qu'ils avaient manqué dans la vie de chacun, forcément, ils avaient occulté des choses. Ils en gardaient simplement un peu pour leur prochaine rencontre.

- On devrait rentrer, il commence à faire nuit.

Quand ils arrivèrent devant l'immeuble, ils s'échangèrent toutes les coordonnées possible : téléphones, adresses, skype, mail, facebook … Puis après une dernière longue accolade où ils se promirent de se recontacter le plus rapidement possible, ils se séparèrent encore une fois mais pour mieux se retrouver.

Dans l'appartement de Lamy, Ace retrouva Trafalgar assoupi sur le canapé et la jeune femme qui le regardait avec douceur. Elle leva la tête en voyant Ace entrer :

- Ça c'est bien passé ?

- Super ! Il dort depuis longtemps ?

- Une vingtaine de minutes, il ne devrait pas tarder à se réveiller, sourit-elle. Je te laisse t'en charger.

- Merci.

Elle se leva alors qu'Ace s'assit au bord du canapé. Le chanteur ressemblait à un enfant quand il dormait et Ace en profita pour l'observer sans gêne :

- Ace ?

- Oui ?

- Prends soin de lui, s'il te plaît.

- J'vais faire de mon mieux, sourit-il.

Lamy disparut du salon, les laissant seuls. Le jeune homme passa sa main dans ses cheveux et commença à le caresser comme il le faisait toujours – il adorait ça. Trafalgar ne tarda pas à gigoter et à papillonner des yeux :

- T'es revenu, marmonna-t-il.

- Oui, on devrait partir si tu veux qu'on soit à l'heure pour le restau.

Il se redressa difficilement et se frotta les yeux pour mieux se réveiller et Ace lui sourit avec douceur :

- J'avais oublié le restau, grommela-t-il.

- On n'est pas obligé d'y aller si tu ne veux pas, répondit Ace d'une voix douce.

- J'ai juste envie qu'on reste pénard dans la chambre.

- Comme tu veux, chéri.

Le chanteur lui sourit tendrement, c'était la première fois qu'il utilisait ce genre de surnom. Il l'embrassa chastement puis se leva en tanguant un peu :

- Tu vas pouvoir conduire ?

- Ouais, sans problème. De toute façon, t'as pas le droit de conduire à gauche.

- On est parti ?

Il acquiesça puis salua Lamy qui lui fit jurer au moins deux cents fois de ne pas mettre trois ans pour revenir la voir puis ils montèrent en voiture et dirent au revoir à Liverpool. Dans la voiture, le silence était agréable, chacun d'eux repensait à la journée qu'il venait de passer : Ace imaginait la tête de Luffy quand il allait lui annoncer la nouvelle et Trafalgar se demandait pourquoi il avait attendu tellement de temps avant de revoir sa sœur.

Finalement, ils arrivèrent à l'hôtel bien après 20 heures. Trafalgar commanda de quoi dîner légèrement puis ils se glissèrent tous les deux dans le jacuzzi bouillonnant :

- Finalement, Liverpool n'est pas si moche.

- C'est une bonne raison pour revenir.

- Et toi et Lamy ? De quoi avez-vous parlé ?

- J'ai encore essayé de la convaincre de vivre dans l'appartement à Londres que je lui ai acheté ou à Chicago directement mais elle ne veut pas.

- Elle semble plutôt seule, non ?

- Elle a toujours été très mélancolique, elle est très attachée à Liverpool, c'est là qu'on a grandi. Elle ne partira jamais.

- Elle n'est jamais venu aux Etats-Unis ?

- Non.

- Même pas pour un de tes concerts ?

- Lamy ne m'a jamais vu jouer. Quand on venait à Londres, je passais la voir avec les autres mais elle n'est jamais venue à aucun show.

- Pourquoi ? C'est ta sœur quand même !

- La musique, c'est ça qui lui a fait perdre son frère alors elle n'a jamais voulu s'y intéresser, répondit-il, un peu amer.

- Elle m'a montré ses peintures et il n'y a que toi dessus.

- Je sais et je parle d'elle dans mes chansons.

- C'est triste ce qu'il vous est arrivé, soupira Ace. Je ne pourrais jamais rester aussi longtemps sans voir Luffy …

- C'est notre façon de s'aimer, tout simplement.

- J'ai hâte de voir la tête de Luffy quand je vais lui annoncer pour Sabo, fit Ace en se blottissant contre le chanteur.

- Il va devenir encore plus hystérique qu'il ne l'est déjà, soupira-t-il.

- Et je vais devoir l'emmener ici dans la seconde qui suit et je vais devoir vendre un de mes bras pour nous payer le voyage.

- Comme je sais pertinemment que tu ne vas pas me demander de te le payer …

- Cela va de soi …

- Chose que je ferais sans hésiter, au passage, j'ai quelque chose à te dire et … ce quelque chose pourrait bien renflouer ton compte en banque.

- Quoi donc !?

Ace, qui s'était relevé subitement, provoquant un tsunami dans le bain à remous, fixait Trafalgar avec impatience. Une petite voix dans sa tête pensait déjà savoir ce qu'il allait lui annoncer mais il devait l'entendre de sa bouche :

- L'album est prêt, il devrait sortir d'ici deux-trois mois.

- PUTAIN, J'SUIS TROP CONTENT !

La moitié de l'eau du jacuzzi se retrouva sur le marbre blanc de la salle de bain de l'hôtel alors que le jeune homme laissa éclater sa joie et se ruant contre son compagnon qui souriait tendrement devant tant d'enthousiasme :

- Y'aura ma pochette dessus ?

- Oui, monsieur.

- Quand tu as décidé ça !?

- Après avoir longuement discuté avec Apoo, on a décidé le sortir en auto-production, sans l'accord de la maison de disque. Leur nom n'apparaitra même pas.

- Vraiment et les autres, ils sont d'accords ?

- Oui, ils m'ont envoyé les titres qu'ils aimeraient bien voir dessus.

- Tu vas remonter sur scène alors ? Pour la promo ?

- Peut-être, je n'y ai pas encore réfléchi.

- Mais si, il le faut ! T'es tellement cool quand tu es sur scène ! s'extasia Ace

- T'es devenu un vrai fan, ma parole, rigola-t-il.

- Evidemment, sourit-il avant de l'embrasser.

Ace se sentait incroyablement léger, il s'était beaucoup investi pour créer la pochette de l'album et puis cette album représentait un peu l'aboutissement de leur relation à eux, leur collaboration qui ne faisait que commencer.

Ils s'embrassèrent encore puis Ace glissa sa bouche sur son cou, son nouveau terrain de jeu favori. Trafalgar le serra un peu plus contre lui, caressant distraitement son dos :

- C'est pour toi que je fais ça, Ace, murmura-t-il.

- Je sais, répondit-il en suçotant sa peau. Je sais.

- Dès qu'on rentre à Chicago, je lance la production.

Ace arrêta ses caresses, soudainement frappé par sa conscience :

- Pourquoi tu t'arrêtes ?

- Est-ce que ça ira … pour Kidd ? demanda-t-il d'une voix peu assurée.

Le chanteur posa ses yeux sur lui, il y avait encore beaucoup de tristesse qui trainait au fond de ses pupilles grises. Trafalgar prit une grande inspiration :

- Tu sais, le soir de l'accident … commença-t-il d'une voix faible. Je l'ai vu mourir sous mes yeux, j'ai vu la vie le quitter. Pourtant il était toujours là, son corps tout entier et à chaque instant je priais pour le voir bouger … et à chaque instant, je savais que plus jamais il ne le ferait.

Ace le serra fort contre lui alors que c'était la première fois qu'il se confiait aussi directement sur la mort de son meilleur ami.

- … Alors comme il n'est plus là, je me dois de le faire vivre à travers la musique, à travers moi. Je crois que ça ira … si tu restes dans le coin.

- Je ne partirai pas, je te le promets.

Ils restèrent dans l'eau du jacuzzi jusqu'à que leur doigt soient flétri par l'eau. Trafalgar entra dans leur chambre alors qu'Ace lisait tranquillement sur le king size :

- Tu lis Bukowski, toi, fit-il en enfilant un vêtement confortable.

- C'était dans la bibliothèque de la chambre.

- Et alors qu'est-ce que tu en penses ?

Il lut alors le poème à voix haute :

« Travailler une forme artistique ne signifie pas

Se tortiller comme un ver solitaire rassasié,

Ça ne justifie pas non plus les grands airs

Ni la cupidité, ni en aucun cas le sérieux,

Mais je crois deviner que ça occupe les meilleurs moments

Des meilleurs d'entre nous,

Et lorsque ceux-là meurent

Et que quelque chose d'autre ne meurt pas,

Nous voyons le miracle de l'immortalité :

Des hommes arrivés comme des hommes, repartis comme des Dieux

- des Dieux dont nous savions qu'ils étaient ici,

Des Dieux qui nous laissent maintenant continuer

Quand tout nous presse d'arrêter. »

Trafalgar, qui s'était assis au bord du lit pendant qu'Ace lisait le poème, souriait tendrement à ces mots qui résonnaient étrangement dans son cœur.

- J'l'aime bien Bukowski, lança finalement Ace.

- Et j'aime que tu aimes ce poème de Bukowski.

- Et j'aime que tu m'aimes, murmura Ace en s'approchant de lui.

- Qui t'as dit ça ?

- Un certain Trafalgar Law, c'est pas un type bien mais parfois il dit des choses intéressantes. Tu le connais ?

- Vaguement.

- Embrasse-moi, bel inconnu.

- On pourrait … faire plus ample connaissance.

- Avec plaisir.

Après une nuit si intense que la literie s'en souviendra toute sa vie, Ace et Trafalgar déambulait dans le quartier de Camden aux milieux des banaux. Chacun d'eux avait longuement étudié son look pour être le plus discret possible. Ace s'était allègrement moqué du chanteur quand il avait sorti sa chapka alors qu'on était au mois de juin, néanmoins il devait bien avouer que c'était plutôt efficace.

Trafalgar marchait les mains dans les poches et un imperceptible sourire sur le visage. L'ambiance cosmopolite et irrévérencieuse de Camden lui rappelait sa jeunesse : ici l'excentricité était la norme. Ace marchait juste à côté de lui et s'arrêtait toutes les trente secondes pour photographier un tag particulièrement réussi, ou un passant avec un look des plus étudiés. Le chanteur le surveillait du coin de l'œil, l'air de rien, mais vu la foule et l'énergie d'Ace, il risquait de le perdre à tout moment.

- Cet endroit est dingue ! Les gens sont tous plus étrange les uns que les autres et personne ne les dévisage !

- Ce quartier est l'épicentre de la communauté underground de Londres. Beaucoup de gens connu sont passés par là.

- Et on va où exactement ?

- Chez un vieil ami à moi qui a un minuscule magasin de musique. D'ailleurs c'est là.

Ils tournèrent dans une rue lugubre et déserte et Trafalgar poussa une porte en bois dévorée par les mites. Le magasin n'avait rien à voir avec celui de Chicago, il était minuscule et dans un bordel incroyable. Des instruments, des accessoires, des papiers, des livres et même des plantes vertes trainaient partout et sans aucune espèce d'organisation. Au milieu de ce foutoir et derrière un comptoir en bois massif se tenait un petit homme courbé.

- Tiens, tiens, on ne te voit pas souvent dans le coin ! s'exclama-t-il en voyant Trafalgar.

- Salut Crocus.

- Il te faut une guitare ? Je t'ai vu écraser une Gibson collector que je t'avais vendue durant ta tournée, tu n'as pas honte ?

- Tu sais bien que c'est pour le show ! Et puis je le fais uniquement parce que tu vas me vendre une encore plus incroyable.

- C'est vrai, allez ramène-toi que je te montre ce que j'ai atelier.

Il sortit difficilement de derrière son comptoir en reversant une pile de vinyles abîmés. Il aperçut alors Ace :

- Oh bonjour, je ne t'avais pas vu avec mon bordel !

- Je suis Ace.

- Crocus, je suis luthier. Je t'ai déjà vu quelque part, pour sûr !

- Dans les journaux sûrement, il travaille pour le groupe.

- Oh, tu es musicien aussi ?

- Non, je ne suis que graphiste, répondit Ace

- Allez, suivez-moi !

Le vieux ouvrit la marche jusqu'à une porte branlante au fond de son magasin. Il faisait plutôt froid dans l'atelier et une odeur très forte de vernis et de peinture imprégnait la pièce. Il y avait des instruments dans tous les coins, terminés ou en cours de construction. Il poussa les outils de son établi et sortit un étui en bois. A l'intérieur dormait une guitare rutilante :

- Elle est splendide, s'exclama Trafalgar.

- Je viens juste de la retaper, dès que je l'ai vu j'ai tout de suite penser à toi. C'est ton style.

- A 100%

- Il manque encore quelques réglages mineurs mais elle devrait être jouable. Essaye-là !

Trafalgar réquisitionna un tabouret qui n'avait que trois pieds et posa l'instrument sur ses genoux. Il caressa d'abord ses formes, observa sa géométrie et appuya sur les cordes sans jouer.

- C'est du bon travail, murmura-t-il.

- Evidemment pour qui tu me prends !

Il la cala confortablement contre son torse et enchaîna quelque accord rapide. Ace avait un sourire jusqu'aux oreilles et le vieux Crocus battait le rythme avec ses pieds. Comme à chaque fois qu'il se mettait à improviser, Ace était envoûté tant les mélodies qu'il inventait au fur et à mesure le touchaient en plein cœur.

- Ce gamin est vraiment bon !

Trafalgar termina sa mélodie alors qu'il avait fait étalage de toute sorte de technique et de style pour pousser la guitare dans ses retranchements. Il observa encore sa noirceur, la petite colombe gravée sur le corps et ses courbes généreuses – c'était exactement ce dont il avait besoin en ce moment :

- Je crois que je vais la prendre.

- J'peux essayer moi aussi ? intervint soudainement Ace.

- M'aurais-tu caché tes talents de musiciens ?

- Non … Mais ça à l'air tellement facile quand c'est toi qui joue !

- Ok, vas-y, je t'en prie.

Il se leva et tendit l'instrument à Ace. Déjà, il n'aurait jamais cru qu'une guitare pouvait être aussi lourde, son bras trembla presque quand Trafalgar la lâcha. Il s'assit en imitant la position du chanteur, un peu impressionné par l'objet qu'il tenait entre ses bras. Trafalgar alluma une cigarette, amusé par le spectacle que lui offrait Ace, il laissa le vieux tirer quelques taffes qui le firent tousser. Ace posa ses doigts sur les cordes acérées et appuya dessus :

- Aïe ! Ca fait super mal !

- C'est normal, t'as pas de corne, répondit Trafalgar.

- T'en a toi ?

Le chanteur laissa la flamme de son briquet chatouiller son pouce pendant cinq bonnes secondes sans broncher.

- Pourtant t'as les mains hyper douce !

- Allez joues quelque chose, Éric Clapton !

- C'est un naze, c'est ça ?

- Non, un des meilleurs, sourit Trafalgar.

Ace lui sourit en retour et gratta les cordes n'importe comment dans un tintamarre assourdissant :

- Mais appuies sur les cases pour les accords !

- Quoi ?

- Regarde.

Il s'approcha et pris la main gauche d'Ace pour la poser en haut du manche. Il plaça ses doigts de façon à former un accord et appuya sur sa main :

- Mais ça fait super mal, bordel !

- Gratte avec ta main droite maintenant !

Il s'exécuta et un son mélodieux sortit de l'instrument :

- Waouh trop fort ! Comment tu fais pour jouer aussi longtemps durant tes concerts sans avoir les doigts en sang ?

- Chacun ses talents, je dessine comme un gamin de cinq ans.

- J'te crois pas, ricana Ace.

- Bon, tu m'la prend, Law ?

- Oui, sourit-il.

Ace tendit la guitare au vieux qui la rangea dans son étui et accompagna ses clients à la caisse. Il n'y avait pas de lecteur de carte bancaire ni de ticket de caisse ici, le prix de l'instrument n'a jamais été évoqué mais Trafalgar sortit une impressionnante liasse de billet de sa veste – elle devait coûter une petite fortune. Crocus tendit alors une petite pochette en cuir à Trafalgar, le visage soudainement peiné :

- Tu les donneras à Kidd, je les avais sculptées pour lui malheureusement il ne viendra jamais les chercher.

Il ouvrit l'étui noir et en sortie une paire de baguette sculpté de toute sorte d'arabesque et de signe étrange, il y avait aussi le nom d'Eustass Kidd gravé dans le bois avec son écriture.

- Merci, je n'y manquerais pas.

- Pourquoi la vie nous prends toujours les meilleurs ?

- Je me le demande encore ...

- Tiens le coup, Law, il est plus libre que nous le serons jamais, nous ne devons pas le pleurer.

- Ce n'est pas lui que je pleure, Crocus, j'ai tellement de peine pour ceux qu'il a laissé derrière lui.

- Oui ... j'espère que tu passeras bientôt me revoir.

- Ne t'en fais pas.

Ils saluèrent chaleureusement Crocus et sortirent du magasin pour retourner à l'hôtel après cette dernière journée à Londres.

Demain ils rentraient à Chicago.

Ace s'écroula sur le lit et posa ses sacs à côté de lui. Ne savant pas trop quoi ramener à Luffy, il avait dévalisé plusieurs magasins dans l'espoir que quelque chose plairait à son petit frère. Mais il savait que tout ça ne serait rien à côté de la nouvelle du retour de Sabo. Trafalgar posa sa nouvelle guitare dans l'entrée et ouvrit le mini-bar pour prendre une bière bien fraîche. Il s'assit à côté de son compagnon :

- Tu as aimé Londres ? demanda-t-il.

- Plus que je l'aurai imaginé, si seulement il faisait beau !

- Comment vas-tu parler de Sabo à Luffy ?

- Aucune idée. Même s'il ne le montre pas, je sais qu'il pense beaucoup à son grand-père en Californie, je sais aussi qu'il est inquiet pour le lycée l'année prochaine. Tu crois que c'est le bon moment pour lui dire ?

- Ça lui fera sûrement un choc, mais tu ne peux pas lui cacher, il va faire une crise.

- Ne m'en parle même pas, je l'imagine déjà hurler dans tous les sens, soupira Ace.

Trafalgar rigola en s'imaginant la scène, il posa sa bière sur la table de nuit et se lova confortablement contre l'énorme coussin de leur lit :

- T'es prêt pour rentrer à Chicago.

- Je voulais encore rester, ici, t'es rien qu'à moi, grommela Ace.

- C'est la rareté de ces moments qui les rendent magiques.

- Merci, merci de m'avoir emmené ici, grâce à toi j'ai retrouvé mon frère. Merci d'être apparu ce jour de novembre, merci de me supporter et de me soutenir et puis surtout, merci de m'aimer.

Le chanteur se pencha vers Ace et leur deux bouches ouvertes se rencontrèrent puis se fermèrent doucement l'une sur l'autre, comme si elles avaient été conçues pour être ensemble. Si proche l'un de l'autre, ils sentirent leur cœur battre à l'unisson, dans le même rythme doux et apaisant.

Ils recommencèrent encore et encore ce geste plein de tendresse, jusqu'à leur cœur s'affolent un peu trop.

Une bouffé d'air, un plongeon dans le regard de l'autre et la légèreté d'une caresse : voilà leur cœur apaisé.

- J't'aime, plus que tu ne le crois, murmura le chanteur.

- Je le sais Traf, je le vois maintenant.

.

Aéroport de Chicago.

Trafalgar récupéra sa valise et celle d'Ace dans le tourniquet puisque celui-ci était complétement à l'ouest. A peine arrivé dans l'aéroport, il traversa les hall en courant et forcément, il s'était fait rattraper par la sécurité. Les agents avaient rapidement compris qu'il n'avait rien d'un terroriste ou d'un contrebandier. Le jeune homme traîna des pieds vers le chanteur qui l'attendait avant de quitter le hall des arrivés. Trafalgar avait le sourire jusqu'aux oreilles, il lui tendait constamment des perches :

- On y va El Chapo ?

- T'as pas pu te retenir, hein, grogna-t-il.

- Pourquoi t'es parti comme une furie ?

- D'après toi ? fit-il en croisant ses bras sur sa poitrine.

- Luffy.

- Evidemment ! Magne-toi, maintenant, j'dois lui dire ou je vais exploser !

- On y va, on y va.

Ils passèrent la sécurité sans encombre, malgré le regard insistant des agents de sécurités sur Ace. Dans le hall d'entrée, Luffy attendait son frère avec une pancarte dans les mains, à côté de lui se tenait Jewelry, dont le ventre commençait à se voir a travers ses vêtements et Thatch qui avait lui aussi soudainement grossi.

Ace se jeta sur Luffy, un peu surpris alors que Trafalgar salua chaleureusement Jewelry qu'il n'avait pas vu depuis plusieurs semaines :

- Qu'est-ce qui t'arrive, grand-frère !

- Lu', il s'est passé un truc de dingue en Angleterre !

- Quoi, quoi !

- J'ai vu quelqu'un, tu n'en croiras pas tes oreilles ?

- Mick Jagger ? La Reine ? Mr Bean ?

- Non, andouille ! Sabo ! s'écria-t-il.

- Sabo ? C'est qui ?

Ace tomba des nues devant l'air incrédule de Luffy. La nouvelle était tellement improbable que Luffy ne pouvait pas y croire. Il semblait réfléchir s'il connaissait un quelconque Sabo dans ses amis du collège.

- Notre frère, crétin !

- … quoi ? murmura-t-il.

- Sabo habite à Liverpool, je l'ai vu là-bas et on a discuté ! Notre grand frère est de retour, Lu'

Ace plaqua son frère contre son torse alors que les larmes lui montèrent doucement aux yeux. Il pleurait de joie contre l'épaule de son frère :

- Ce n'est pas une blague, chouina-t-il.

- Non, je te le promets. Il viendra nous voir dès que possible.

- Comment il est ?

- Il n'a pas du tout changé.

- J'suis tellement heureux, sourit-il.

Luffy laissa encore quelques larmes couler alors qu'Ace lui caressait le dos. Jewelry avait elle aussi les larmes aux yeux et prit le bras de Thatch :

- Il faut donner un frère à notre bébé. Un frère comme Ace.

Thatch ne dis rien, déjà extenué par leur premier enfant qui n'était toujours pas là, mais en voyant son meilleur ami être aussi proche de son frangin, il pensa qu'un enfant ne devait jamais rester seul bien longtemps.

Trafalgar se demanda comment il avait pu laisser sa relation avec sa sœur en suspend pendant tant d'années.