Hi everybody ! J'suis à l'heure, yay ! Vous avez remarqué le titre, y'a marqué Partie I donc y'aura une partie II (merci Captain Obvious). J'ai divisé la fin de l'histoire en deux parties comme ça, vous avez un chapitre de plus à lire. Comme la tradition le veux, je n'ai pas le droit de souiller le dernier chapitre avec du blabla chiant que personne ne lit ... alors c'est ici qu'on se sépare.
Un milions de fois merci à toutes les personnes qui se sont passionnées pour cette histoire, pour avoir partager votre excitation, vos crainte dans les reviews. J'ai essayé de répondre à vos commentaire le plus souvent possible même si ces derniers temps, je l'ai moins fait. Pour terminer, merci à ceux qui sont là depuis le début, qu'ils review ou non. Je vous aime tous très fort ! Je voulais vous dire aussi que vous venez de lire une histoire de 150,000 mots et de 344 pages Words ! Bravo !
Parlons un peu du chapitre, la chanson est Who wants to live forever de Queen, je n'aurais pas pu écrire quelque chose sur la musique sans parler de Queen. Si j'avais une machine à voyager dans le temps, j'irais sûrement voir le concert à Wembley, en 81 ou le Live Aid. Le lien de cette fabuleuse chanson est sur la page de mon profil, allez voir !
Le DERNIER CHAPITRE sortira dimanche 7 août en fin d'après-midi. Et après je vais faire une petite pause, je ne sais pas pendant combien de temps et on se retrouvera pour les Bonus ici-même et peut-être pour une autre histoire.
Encore merci à tous pour cette jolie aventure et à bientôt.
...bye.
There's no time for us
There's no place for us
What is this thing that builds our dreams yet slips away from us ?
- Alors ? J'attends des explications.
Ace levait ses yeux débordant de larmes vers son visage sévère et haineux. Sa gorge était pleine des sanglots qu'il tentait de ravaler, ses cordes vocales étaient nouées et incapable de parler. Ses mains tremblaient sur le canapé et son cœur allait bientôt transpercer sa poitrine tant il battait fort. Il avait cauchemardé ce moment durant des nuits entières mais la réalité était bien plus cruelle, les yeux de Trafalgar essayaient littéralement de le torturer avant de le tuer.
- Je vais t'expliquer, dit-il d'une petite voix étranglée.
- J'espère bien parce que crois-moi qu'on ne va pas en rester là !
- Ne t'énerve pas, je t'en prie ! Il m'a fait chanter, cette vidéo n'est même pas vraie ! Elle date d'il y a deux ans, je sortais avec lui à l'époque !
- Donc tu ne t'es pas envoyé en l'air avec lui pendant qu'on était ensemble ?
- … Si.
- Vas-y raconte, j'veux tout savoir, ce que vous avez fait, combien de fois …
- Arrête !
- C'était mieux qu'avec moi ? T'as jouis ?
- La ferme ! Je ne voulais pas ! s'écria Ace, désemparé.
- Mais tu l'as quand même fait.
- Je n'avais pas le choix !
- On a toujours le choix.
- C'est faux !
La colère transpirait par tous ses pores, son corps était tendu vers l'avant, comme un tigre prêt à bondir. L'animosité qu'il ressentait envers Ace semblait insurmontable, il se sentait trompé, trahi. En quelque instant il était passé d'un amour sincère à une haine destructrice.
- POURQUOI T'AS FAIT CA !
- J'voulais pas ! C'était un engrenage, tu venais de partir en tournée et puis quand tu es revenu, y'a eu l'accident. J'voulais te parler de la soirée en boîte, du mec que j'ai embrassé mais tu étais tellement mal !
- Attends, t'as embrassé un autre mec ? Tu m'as trompé combien de fois au juste ?
- J'ai juste embrassé un inconnu en boîte, rien de plus !
- Putain, j'y crois pas … Moi qui te croyais fidèle et sincère, tu t'es bien foutu d'ma gueule !
- Je le suis ! Je t'aime, ne me quitte pas …
- Et puis quoi encore !? Tu crois qu'on va continuer comme si de rien n'était, que je peux te pardonner un truc pareil !
- Tu m'aimes non ? dit Ace d'une petite voix.
- C'est ça le pire ! Ça fait des mois que tu me mens et moi … et moi, j'suis vraiment un idiot !
- J'suis sûr qu'on peut surmonter ça, ensemble !
- Non, non ! Je ne peux pas cautionner un truc pareil.
- Traf, s'il te plaît, j'ai besoin de toi !
- Apparemment je ne te suffis pas, alors va voir tes amants et lâche-moi !
Trafalgar sortit du salon en grommelant et Ace partit à sa poursuite :
- Ne t'enfuis pas !
Le chanteur se retourna et le plaqua brusquement contre le mur du couloir. Ses yeux amers et durs dans les siens. Sa poigne était presque douloureuse :
- Qu'est-ce que tu veux encore ? siffla-t-il.
Ace détourna le regard, incapable de soutenir le dégoût dans le sien :
- Je sais que je t'ai blessé mais peut-être qu'on pourrait se pardonner, murmura-t-il d'une voix étranglée.
- Je n'ai rien à me faire pardonner, moi !
- Ne crois pas que tu as été parfait …
Il le lâcha et recula d'un pas, mettant de la distant entre eux. Il croisa ses bras contre son torse, agacé :
- Pardon ? C'est toi qui a été infidèle pas moi ! Et puis tu ne te rends pas compte de tout ce que j'ai fait pour toi ! J'ai dit que j'étais gay à la télé, j'ai voulu sortir un album rien que pour toi !
- Mais il ne sortira pas ! s'écria-t-il, dépité.
- Heureusement après ce que je viens d'apprendre ! Et toi, qu'est-ce que tu as fait pour nous, hein ?
Ace, surpris, ne sut quoi répondre :
- Rien ! Tu n'as rien fait, aucun effort ! Tu t'es contenté de râler et de pleurnicher parce que j'étais trop froid ou je ne sais quoi !
- C'est le cas ! Ne t'étonnes pas d'me voir partir ailleurs !
- Ah donc nous y voilà, c'est de ma faute si tu m'as trompé, bah voyons ! On a vraiment plus rien à se dire, il vaut mieux que tu partes !
Il reprit sa marche vers la cuisine, Ace sur ses pas :
- Je dis juste que tu n'as pas été le petit-ami parfait, accepte-le !
Il l'ignora le temps de se servir un verre d'alcool fort. Ace était bouleversé alors que Trafalgar était toujours froid et agressif. Il posa son verre en soupirant :
- Peut-être, mais j'ai toujours été sincère et franc envers toi, dit-il, plein de regret.
- Tu parles de sincérité alors que tu as menti à la terre entière avec Jewelry !
- Je ne voulais pas te mentir, à toi, mais apparemment tu n'as pas saisi ce petit détail ! s'exaspéra-t-il.
Ace sentait sa tristesse et sa honte se transformer doucement en colère, il ne voulait pas se laisser faire. Il avait aussi des choses à lui dire et il se sentait enfin assez fort pour le faire :
- Si tu avais été le copain parfait, jamais tu m'aurais laissé seul pendant trois mois !
- J'étais en tournée, c'est mon métier, comment tu peux me reprocher ça !
- Je te reproche juste de ne pas m'avoir donné de nouvelle, d'être resté complétement indifférent alors que tu voyais bien que j'étais fou amoureux de toi, d'avoir soufflé le chaud puis le froid !
- Et tu ne t'es jamais demandé pourquoi j'étais comme ça ?
- Non … j'voulais juste un peu d'attention, c'est tout.
- Bien sûr ! Jamais, pas une seule seconde tu n'as essayé de me comprendre, il n'y avait que toi et tes désirs ! Tout ce que tu voulais c'est que je corresponde sagement à ton idéal.
- C'est faux !
- J'vais te dire pourquoi j'étais froid et distant au début : je suis quelqu'un de connu et je voulais t'épargner les affres de la célébrité, tu ne l'aurais pas supporté. Et puis je voyais bien que tu étais hyperémotif et que tu prenais tout trop à cœur. Si ça n'avait pas marché entre nous, tu m'en aurais voulu de t'avoir fait miroité le grand amour alors qu'il n'y avait rien.
- Non, je savais déjà que nous deux, ça durerait.
- Mais arrête ! Au début, pour moi, tu étais juste un beau mec sympa et peu pommé.
- Pour moi t'as tout de suite été plus que ça.
- Ace … Tu dis ça maintenant mais à l'époque tu pensais la même chose.
- Non, je t'admirais. Tu étais beau, riche, célèbre et bourré de talent. Pour un mec comme moi, t'étais comme un ange tombé du ciel, un signe du destin !
- C'est là le problème : tu m'as mis sur un piédestal sans me connaître, aujourd'hui tu m'en veux de t'avoir déçu. Et tu t'es vengé.
- Oui, j't'en veux d'm'avoir laissé tomber comme une merde, comme tout le monde m'a toujours laissé tomber ! Tu ne sais pas ce que c'est de ne pas avoir de famille et de ne pouvoir que compter sur soi-même. Avec toi, j'avais l'impression de pouvoir un peu me reposer sur quelqu'un. Mais je ne me suis pas vengé, je voulais te protéger !
- Comment tu peux dire ça !? J'te rappelle que mes parents sont morts quand j'étais gamin, que j'ai débarqué aux USA sans un rond en poche, j'ai toujours dû compter que sur moi ! De toute façon, à partir de ce jour-là, t'as cessé de faire des efforts, de te battre pour nous.
Ace se figea un instant, il entendait à présent la voix de Marco qu'il lui disait qu'il reproduisait toujours les mêmes erreurs. Comme avec lui, il s'était braqué quand Trafalgar parti en tournée, se sentant blessé et abandonné, depuis ce jour, une partie de lui le détestait pour ça. Mais jamais il n'a essayé de le comprendre, d'en parler avec lui.
Il courrait toujours après les mêmes peurs.
- Il vaudrait mieux que tu t'en ailles le plus vite possible.
- Toi non plus tu ne te bats pour nous !
- Je crois que je ne suis assez battu, non ? Tu as fait l'amour avec un autre homme alors que Kidd venait de mourir, que ma vie partait en lambeau. Comment veux-tu que je te pardonne un truc pareil ? Personne de censé ne le ferait !
Le feu de leur relation se transformait doucement en cendres, l'air chaud qui soufflait devint une brise glaciale et tous ses héros disparaissaient tels des fantômes.
- Et tous les bons moments ? C'est du vent pour toi ?!
- Bien sûr que non ! J'y croyais vraiment …
- Alors pourquoi tu ne me l'as jamais dit, sanglota Ace. Pourquoi tu ne m'as jamais dit ce que tu ressentais clairement pour moi ? Je devais toujours deviner à quoi tu pensais, ce que tu voulais !
- Je t'ai dit que je t'aimais, qu'est-ce que tu veux de plus ?
- Alors c'est ça pour toi l'amour, un petit je t'aime vite fait et basta ! Désolé de t'apprendre que ça ne marche pas comme ça !
- J'me rends compte que nous deux, jamais ça n'aurait pu marcher.
- Tu délires là, on était bien tous les deux, à Londres ! Et même avant, on commençait à être bien !
- Certes, mais tu demandes beaucoup plus que ce que je peux te donner.
- Mais non ! Tu sais pertinemment qu'on aurait pu aller loin ensemble !
- Alors pourquoi t'as fait ça ? … pourquoi t'as tout gâché ?
La colère avait déserté sa voix pour laisser place à un ton affligé. Ace essaya de contrôler ses larmes, en vain. Le silence s'imposa entre eux, lourd et froid :
- Je ne sais pas, murmura Ace.
- Pourquoi tu n'as pas réfléchi à ce que tu faisais !?
- Je ne sais pas.
- Tu ne te rends pas compte qu'on a tout perdu ? Tout ce qui nous unissait est perdu.
- Maintenant, si.
- Rien que de t'imaginer dans les bras d'un autre, ça m'rend dingue ! Et savoir que tu as fait ça alors que j'étais en tournée m'ulcère et le fait que tu me n'as rien dit pendant tout ce temps me donne des envies de meurtre !
- Je suis tellement désolé !
- Il y a une facette de ma personnalité que tu ne connais pas : je suis très rancunier.
- Et moi têtu ! Je suis sûr qu'on peut reconstruire quelque chose tous les deux.
- Basé sur la tromperie, super idée !
- J'te jure que je voulais te protéger !
- Mais de quoi ! De quoi voulais-tu me protéger en me trompant !
- De Marco, des journalistes, de la douleur ! Ce cinglé voulait envoyer la vidéo à la presse !
- Et alors ? Tu étais presqu'un inconnu à l'époque, qu'est-ce qu'ils en auraient fait ? Et puis je croyais qu'elle était bidon !
- Je n'avais aucun souvenir de la soirée parce que l'autre mec m'avait fait fumé ! Quand j'me suis vu dessus, j'ai paniqué parce que j'm'étais réveillé à poil chez Marco !
- Attends parce que t'as fumé de la drogue ? Je croyais t'avoir dit de ne jamais toucher ce genre de chose !
- J'étais bourré et puis ne me fait pas la morale alors que tu fumes comme un pompier !
- C'est justement parce que je sais ce que ça fait que je ne veux pas que tu le fasses !
- Tu ne comprends pas que j'ai besoin de faire les propres erreurs et de les assumer !
- Très bien … Tu m'as trompé avec ton ex et tu as embrassé un autre alors qu'on était ensemble, assume et accepte que nous deux ça ne peut pas continuer.
- NON !
- T'es qu'un gamin, Ace ! Un mauvais perdant, tu aurais pu être digne dans ta défaite et accepter tes erreurs au lieu de trouver des excuses bidon. Tu m'as trompé parce que tu voulais me faire souffrir, point barre. Maintenant, tu peux être satisfait parce que tu as réussi mais n'essaye pas de recoller les morceaux derrières en te faisant passer pour la victime.
- Tu ne comprends pas que c'est Marco qui a manigancé tout ça ! Il voulait qu'on se sépare, c'est à lui que tu dois en vouloir !
- Je ne le connais ni lui ni votre histoire, tout ça c'est entre vous. Je n'ai rien à voir là-dedans.
- Il m'a tellement fait souffrir pourquoi tu ne le déteste pas !
- J'lui ai déjà foutu une raclée devant le restau, qu'est-ce que tu veux que je fasse de plus.
- Je ne sais pas, que tu me comprennes, que tu me réconfortes … que tu me dises que tout ira bien, que tu me dises que tu m'aimes … renifla Ace.
- Je ne peux plus te dire ces mots Ace, tu m'as trompé, tu as voulu me faire du mal consciemment. Comment pourrais-je aimé quelqu'un comme ça ?
- Traf, j'vais pas m'en remettre si tu t'en vas. J'vais sombrer, faire n'importe quoi comme la première fois que tu m'as laissé.
- Ce n'est plus mon problème.
- Mais tu déconnes là !? J'ai un inconnu devant moi ou quoi ? Il y a quelques jours on roucoulait tranquillement à Londres et là tu me quitte sans scrupule !
- Tout ce que je vois aujourd'hui, c'est que t'es allé voir ailleurs pendant que j'étais en tournée. Finalement, tu n'es pas différent de tous les autres mecs que j'ai connus, aucun n'a été capable de me rester fidèle, constata-t-il amèrement.
- Je te suis fidèle, j'ai juste fauté.
- Juste fauté ? Juste fauté ! Non mais là tu déconnes vraiment Ace ! Imagine juste une seconde, si ç'avait été moi, tu m'aurais pourri cent fois plus. Ose dire le contraire !
- Peut-être que j'aurais été compréhensif.
- Non mais tu t'entends ! dit-il en montant d'un ton. Tu m'aurais pourri comme pas permis, alors accepte simplement que je puisse être aussi blessé que tu l'aurais été et que je ne veux plus te revoir !
- Je ne peux pas ! Je ne veux pas qu'on se sépare !
- Tu veux que je fasse semblant d'y croire, c'est ça ?
- Mais si on essaye, la flamme repartira, qui sait !
- Trop tard, Ace, pour moi c'est fini ! Alors prends tes affaires et casses-toi !
Il n'avait plus rien à dire pour sa défense, pour sauver le peu qu'il restait d'un nous fraîchement disparut. Trafalgar ne voulait rien n'entendre, il n'a pas été compréhensif, il ne lui a pas dit « bof, c'est pas grave, j't'aime quand même ». Aucun des plans sur la comète d'Ace ne se sont réalisé, il avait eu tort de A à Z. Le chanteur quitta la cuisine sans un mot, mettant un terme à la conversation puis s'enferma dans son bureau. Ace resta tout penaud dans la cuisine alors qu'une boule de tristesse envahit son ventre. Il se rappelait des petit-déjeuner dans cette cuisine ou des repas qu'il essayait de cuisiner alors que la cuisinière n'était pas là. Finalement il entra dans la chambre pour prendre les maigres affaires qu'il avait accumulé ici au fil du temps.
La chambre … leur chambre.
Il y avait tant de beau souvenir dans cette pièce qu'Ace s'interdit d'y penser pour ne pas exploser en larmes alors que des perles salées roulaient déjà sur ses joues. Des nuits d'amour incendiaires aux petits matins calmes et intimes en passant par les après-midi de luxure et de joie – ces draps avaient tout connu. Parfois, il passa ses nuits, éveillé, à la regarder dormir, pour se convaincre qu'il était bien réel. Son cœur brulait d'une chaleur étrange dans cette pièce, pareille à celle d'un feu qui ne se rallumera jamais.
Il resta longtemps assis au bord du lit, ne pouvant résoudre à quitter cet endroit. Il ne verrait plus son regard amoureux sur lui, il ne serait plus le centre de son attention, il ne mettrai plus les pieds ici, tard la nuit ou tôt le matin pour éviter les vautours qui planaient au-dessus d'eux. Il n'aura plus ces privilèges, il redevient le mec un peu paumé qu'il était en novembre dernier.
Il essuya une larme au coin de ses joues et prit ses affaires avant de quitter la pièce. Evidemment, il n'avait pas quitté le bureau, il n'y avait plus aucun bruit dans l'appartement, seul le claquement de la porte résonna entre les murs.
Il aurait voulu lui dire qu'il l'aimait et à quel point sa présence dans sa vie était indispensable. Mais ce soir aucun mot n'aurait pu le faire changer d'avis – il ne le jugeait que par ses actes.
There's no chance for us
It's all decided for us
This world has only one sweet moment set aside for us
Ace prit sa voiture et conduisit jusqu'à chez lui, sans vraiment regarder la route, sans vraiment être présent. Il ferma la porte de son appartement et jeta ses affaires sur le canapé :
- Ace, c'est toi ? fit la voix joyeuse de Luffy.
- Ça ne va pas !? T'en fais une tête !
- Non ça ne va pas, Lu', renifla-t-il.
- Qu'est-ce qu'il se passe !? T'es malade, t'as le cancer ou une maladie infectieuse qui te transformera lentement mais sûrement en un monstre de foire ?
- Quoi ? N'importe quoi !
- Je regardais un reportage sur les maladies rares, c'est pour ça. Alors qu'est-ce que tu as ?
- Traf et moi, on est plus ensemble. C'est fini.
- Oh… mais ça ira mieux demain, non ?
- Non, pas cette fois. Ça n'ira plus jamais entre nous.
- Mais ! Vous vous aimez ! Je comprends rien !
- Moi je l'aime oui, mais lui non.
Luffy s'assit alors sur le canapé, réalisant subitement la gravité de la situation. Le cœur d'Ace déjà en miette, se brisa à nouveau en voyant l'air triste de son petit frère :
- Alors c'est fini, chuchota-t-il.
- Oui.
- Plus de concert, plus de Traffy dans le salon à Noël, plus de studio. C'est la fin de la partie la plus cool de ma vie, se lamenta-t-il. C'est surtout la fin de ma vie de fan numéro 1 !
- T'as toujours le droit d'être fan de lui, tu sais. Mais tu devras te débrouiller pour le voir, sourit Ace amèrement pour le réconforter.
- Mais non, j'peux pas ! J'suis ton frère, je dois être de ton côté.
- Merci petit frère, heureusement que t'es là, fit Ace en le serrant dans ses bras.
- Ace … j'dois te parler de quelque chose, commença-t-il, anxieux.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi tu fais une tête pareille !
- J'ai décidé d'aller voir mon grand-père à Los Angeles. Il m'a envoyé des billets d'avion, je pars dans trois jours.
- Quoi ! Mais pourquoi tu ne m'as rien dit !?
- Bah t'étais parti à Londres et puis tu venais plus à la maison alors je n'en ai pas eu l'occasion.
- Mais une décision aussi importante, t'aurais dû m'en parler, merde !
- Tu m'as dit que tu respecterais ma décision et que je devais décider seul !
- Bien sûr, j'aurais juste voulu qu'on en discute un peu, déplora-t-il.
- Tu m'emmèneras à l'aéroport vendredi ?
- Bien sûr ! Même avec un bras en moins j'irais.
- Cool ! J'vais faire ma valise !
Luffy galopa vers la chambre en sifflotant, impatient de prendre l'avion pour la première fois et de rencontrer quelqu'un qui a le même sang que lui pour la première fois. Ace était sincèrement content pour lui mais ça faisait un peu trop de départ d'un seul coup.
Sa famille, son amour, ses amis, jamais ils n'ont été aussi loin de lui.
Tous avançaient sans trembler vers l'avenir alors que lui restait enlisé dans le présent. Thatch et Jewelry allaient fonder une famille, Luffy partait à la rencontre de la sienne et Trafalgar ne voulait pas en devenir une avec lui. Tous prenaient des décisions fortes et importantes, sauf lui qui subissait le contrecoup de tout ça.
Le vendredi suivant, plus morose que jamais, Ace emmenait Luffy à l'aéroport de Chicago. Il n'avait pas pris de douche depuis trois jours, il portait son haut de pyjama avec un vieux bermuda et puis son visage avait perdu sa lumière – il n'exprimait plus que l'ennui et l'indifférence. Luffy était tout le contraire, il trépignait d'impatience dans la voiture. Son enthousiasme était trop débordant pour qu'il fasse preuve de retenu à l'égard de son frère.
- Regarde mon avion décolle porte 33 !
- C'est par là.
- On y va ! On y va !
- Attends, Lu', j'peux pas t'accompagner jusqu'à là-bas.
- Oh … alors on se dit au revoir ici ?
- Oui, soupira Ace.
Il regarda son petit frère qui n'était plus si petit que ça : Luffy avait perdu ses joues rondes et l'innocence dans ses yeux. Il avait pris du galon, un genre de maturité qui lui allait particulièrement bien. Même s'il n'avait que seize ans et qu'il restait tout de même un gamin, il devait bien admettre qu'il avait grandi et que ce n'était pas prêt de s'arrêter. Luffy le regardait avec enthousiasme, il ne tenait pas en place tant il était excité de prendre l'avion. Il serrait son billet contre son cœur, prêt à partir à la rencontre de son passé pour savoir enfin qu'il était. Ace n'aura jamais cette chance alors même si c'était dur, il ne pouvait pas empêcher Luffy de partir.
- Bon, tu as tout ? Ton billet, ta carte d'identité ?
- Oui chef !
- Tu m'appelles dès que t'arrive, ok ? Et si tu as le moindre problème, si ton grand-père s'avère être un monstre ou je ne sais quoi, tu rentres immédiatement, compris ?
- Oui … répondit Luffy sur un ton fatigué.
- C'est bon j'arrête, pas la peine de faire cette tête. Allez viens, sale macaque !
L'accolade des deux frères se transforma rapidement en une étreinte intense. Ace avait tant de mal à laisser partir la prunelle de ses yeux, celui grâce à qui il a surmonté sa vie sans parent ni famille, celui pour qui il se levait le matin. Normalement, il partait pour trois semaines mais au plus profond de son cœur, Ace savait que son petit frère ne reviendrait jamais.
Il partait, il prenait son envol vers sa propre vie avec ses propres choix.
Jamais plus ils ne vivraient tous les deux dans leur appartement pourri de Jefferson Park, il ne le verra plus manger ses céréales le matin ou s'acharner sur sa guitare. Il ne fera plus les courses pour lui faire plaisir.
Il ne sera plus son grand frère.
« Les passagers pour Los Angeles sont priés de se présenter porte 33 pour l'enregistrement des bagages et l'embarquement. »
- Bon, je devrais y aller, dit Luffy.
- Oui, vas-y, sinon tu vas encore te faire engueuler.
Luffy rigola en se grattant l'arrière de la tête devant Ace, fier de son frère.
- Allez j'y vais, dit Luffy.
- Bon vent, petit frère.
Soudain, il fonda dans ses bras, lui qui était si excité de partir sentit alors un lourd pincement au cœur :
- Te laisse pas aller, hein ! Tout ira bien pour toi, parce que t'es le meilleur frère du monde, dit-il en le serrant fort.
- C'est pas ton rôle de t'inquiéter pour moi ! Allez, barre-toi avant que l'avion ne parte sans toi !
Luffy prit sa valise en main et se dirigea vers le comptoir pour enregistrer les bagages. Ace espéra le voir se retourner une dernière fois mais il n'en fit rien. Il n'y avait que lui pour se tourner constamment vers le passé. Il le salua une dernière fois de la main même s'il ne le vit pas puis quitta l'aéroport.
Il grimpa dans sa voiture et alluma la radio pour briser le silence qui remplissait maintenant sa vie :
« Et maintenant un morceau de The Supern – »
Il coupa le son : c'était bien trop tôt et ça le sera toujours. Ace observa un instant le va-et-vient des gens, entre ceux qui se quitte et ceux qui se retrouve, il avait tant d'amour autour de lui alors qu'il se sentait comme une plante desséchée au soleil – plus jamais capable de donner et de recevoir. Il démarra finalement sa voiture et roula jusqu'à chez lui, même s'il n'y avait plus rien digne d'intérêt là-bas, plus personne ne l'attendait nulle part maintenant.
Arrivé chez lui, il se jeta dans son lit, les volets baissés. Il prit son portable et relut tous les messages qu'ils s'étaient échangés avec Trafalgar. Il se rappelle en détail de chaque situation, de chaque moment, du ton qu'il voulait y mettre et de celui qu'il croyait deviner dans les réponses du chanteur.
Les yeux d'Ace s'humidifièrent, agressés par la lumière bleue de l'écran et blessés par les mots qu'il lisait.
Plus jamais il ne sera le destinataire de ses messages.
Plus jamais il n'enverra des « je t'aime » à quatre heure du matin et plus jamais il ne recevra un « moi aussi » moins de cinq minutes après.
Plus jamais il ne sourira stupidement en voyant son appel sur l'écran.
Jamais il n'aurait pensé pouvoir aimer quelqu'un comme lui.
Jamais il n'aurait imaginé perdre quelqu'un comme lui.
Il laissa les larmes couler alors qu'il fixait le plafond, morne et fatigué. Pas un bruit, pas une voix autour de lui, juste l'écho de sa culpabilité.
Fermer les yeux, se boucher les oreilles et replier ses genoux contre sa poitrine pour attendre des jours meilleurs, voilà tout ce qu'il pouvait faire.
Who dares to love forever ?
When love must die.
