POV Ace.
Des cartons dans le salon, des cartons dans la cuisine et dans la chambre. Mon appartement ressemble à un entrepôt, je suis entouré de cartons. Les murs sont redevenus blancs et stériles – tous mes souvenirs sont dans les cartons. Je n'ai plus qu'à attendre le déménageur.
Nous sommes en décembre et le froid s'est immiscé partout, dans les rues, les voitures, les maisons et dans mon cœur. Cette montagne de boite dans mon appartement me rappelle notre emménagement ici, avec Luffy, sauf qu'aujourd'hui je m'en vais et je suis seul.
Luffy n'est jamais revenu à Chicago, après ses vacances chez son grand-père, ça fait six mois qu'il vit là-bas, il a trouvé des amis, un lycée à la hauteur de ses aspirations et son grand-père semble aimant bien qu'un peu terrifiant. Moi qui disais souvent que je préférais l'avoir en photo qu'en pension, je me trompais vraiment.
Je ne me suis jamais senti aussi seul de ma vie.
Si je n'allume pas la télé, personne ne vient briser le silence. Il m'arrive de passer plusieurs jours sans prononcer le moindre mot. Thatch passe de temps en temps mais il est trop accaparé par l'accouchement imminent de Jewel. Elle aussi m'appelle mais je la sens plus gênée qu'autre chose.
Parce que ça fait six mois que je n'ai pas vu l'ombre d'un certain chanteur et ça me tue, littéralement. C'est pour ça que je pars, pour essayer de reprendre ma vie en main. Je pense rejoindre Luffy à Los Angeles.
Jamais j'aurais cru pouvoir être aussi triste et sombre mais la vérité est là : aujourd'hui plus rien ne m'intéresse, plus rien ne me donne envie. Je n'aime plus rien. Peut-être que c'est idiot de croire qu'en Californie, je vais changer mais c'est la seule chose qui me pousse à me lever le matin.
On s'est disputé, violemment. C'était inévitable, nous avions tant de chose à nous dire. Je sais que nous avons été sincère l'un envers l'autre mais dès le début il a mis une barrière entre nous, une barrière que je pensais facilement franchissable mais qui s'est épaissie au fil des jours. A l'époque, il avait sûrement raison de mettre de la distance entre nous, de calmer mes ardeurs mais je crois que si nous avions parlé plus souvent, on aurait peut-être surmonté cette épreuve.
Je ne parle pas de conversation banale mais des choses auxquelles on croyait, nos convictions, notre vision du monde et de l'avenir. Il m'est difficile d'admettre encore aujourd'hui que nos visions du couple et de l'amour étaient trop différente … et que peut-être, il n'était pas celui qui aurait pu me rendre pleinement heureux.
Je l'aime comme je n'ai jamais aimé et même si notre histoire était plutôt compliquée, jamais il n'a voulu me faire du mal. C'est en partie de ma faute, si nous en sommes arrivés là, je le sais et ça me fait encore plus de mal. Evidemment je l'ai trompé plusieurs fois et je sais à quel point il a été blessé mais j'ai l'intime conviction que notre histoire se serait tout de même arrêté, avec ou sans.
Alors pourquoi, quand le téléphone sonne je prie tous les dieux de l'univers pour entendre sa voix ? Pourquoi je relis ses messages le soir dans mon lit ?
Pourquoi je l'aime encore plus qu'avant ?
Je n'ai pas essayé de le revoir mais dans mes rêves les plus secrets, c'est lui que j'aimerais voir venir vers moi avec son regard doux et un je t'aime dans la voix. Si je fais le premier pas, j'aurais toujours l'impression de l'aimer plus qu'il ne m'aime et les mêmes schémas se reproduiront.
Alors voilà, je suis dans le creux de la vague, un creux abyssal, attendant un signe du destin. J'espère qu'à Los Angeles je pourrais repartir du bon pied – même si moi et mon passé ne changeons pas, peut-être que le futur pourra être meilleur qu'ici.
Le téléphone sonne dans le salon et je me lève de mon lit pour aller répondre :
- Allô ?
- Ace ? Mais qu'est-ce que tu fous bordel de merde !
C'est Thatch, il est grossier, la situation doit être grave.
- Bah rien pourquoi ?
- J'suis papa merde ! Et toi t'es tonton ! Ramène-toi à l'hosto rapidos.
- Elle a accouché ?
- Oui crétin !
- J'arrive !
Je prends ma veste et saute dans la voiture pour rejoindre l'hôpital. Je marche dans les couloirs blancs et froids quand soudain quelque chose frappe mon esprit : je vais sûrement le croiser.
Cet éclair de lucidité m'apparait alors qu'il est devant moi, à quelques mètres, de dos.
J'ai envie de pleurer les maigres larmes qu'il reste à mon corps tout sec.
J'ai envie de hurler, de lui sauter dessus, de le frapper, de le serrer entre mes bras, entendre sa voix, le voir le matin dans le lit et le soir sur le balcon. J'ai envie de le retrouver entièrement, de nous retrouver.
Il ne m'a pas vu et mes mains tremblent d'avance – je vais sûrement m'effondrer quand il me regardera. Ça fait six mois que je n'ai pas vu cette silhouette longue et magnétique. Je sens presque son odeur jusqu'ici.
Je me rends compte qu'il parle à Thatch et celui-ci ne va pas tarder à me voir :
- Ace, t'es là !
Stupide cerveau trop lent. Thatch avance vers moi mais je le vois à peine. Tout ce que je vois c'est qu'il se retourne doucement, il porte des lunettes de soleil pour le reste il est habillé comme un mec lambda mais chez lui, n'importe quoi devient une œuvre d'art. Son visage est indescriptible, même pour moi, sa bouche est serrée en une ligne un peu surprise. Peut-être que si ses yeux m'étaient autorisé, arriverais-je mieux à le comprendre ?
Thatch me parle de sa fille, de son poids, de sa taille, des hurlements que Jewel a poussé et de sa main droite en compote mais je n'écoute rien.
Je fixe à m'en cramer les rétines sa silhouette et je sais qu'il en fait de même à travers ses lunettes :
- Tu viens la voir ? s'exclama Thatch.
- Bien sûr, ai-je souris, ravi pour mon ami.
Il tourne la tête à cet instant précis et j'ai cru voir un petit sourire sur ses lèvres. Thatch me prend le bras et me traîne jusqu'à la chambre. Je vais passer près de lui et je redoute tellement ce moment où sa gravité m'atteindra de nouveau. Il ne bouge pas et lorsque je passe près de lui, je me prends en pleine gueule son odeur de menthe et de musc … sans tabac, tiens donc.
Et je mentirai si je disais que je ne ressens rien car son odeur m'excite toujours au plus haut point. Et je mentirai si je disais que je n'ai pas envie de me jeter à ses pieds pour qu'il m'accorde à nouveau toute son attention. Je n'ose même pas le saluer tant j'ai peur de m'effondrer comme un château de carte. Lui est toujours indéchiffrable et nonchalant alors que je dois être complètement ridicule à essayer de me canaliser. J'ai l'impression que de me revoir ne lui procure aucune émotion à part de l'indifférence, mais je sais qu'il ne peut pas en être ainsi, pas après ce qu'on a vécu.
Il a fait des choses pour moi que peu d'homme ferait, il s'est dévoilé à la terre entière, laissant la porte de son for intérieur grande ouverte, juste pour mes beaux yeux. Et je ne lui dirais jamais assez merci de m'avoir redonné envie d'aimer un homme après Marco.
Mais aujourd'hui il est le seul homme que je veux aimer.
Finalement Thatch me fait entrer dans la chambre sans que je prononce un seul mot – il ne nous suit pas. La pièce est baignée de lumière et Jewel est allongé dans le lit tel un ange qui serre son bébé contre son sein. Le nourrisson est tellement minuscule et semble si fragile. Elle me sourit avec les larmes aux yeux et je la serre dans mes bras :
- Félicitation Jewel.
- Hina, voici ton tonton Ace, murmure-t-elle alors qu'elle cajole sa fille. Merci d'être venu.
- Je n'aurais raté ça pour rien au monde.
Elle me pose sa fille dans sur les bras. Je n'ai jamais été très à l'aise avec les nouveaux-nés, j'ai toujours eu peur de les briser, mais la force qui se dégage de cette petite est phénoménale. Ses petits doigts potelés serrent les miens avec une telle force - cette force qui fait tourner le monde et qui le rend beau. J'ai du mal à la lâcher du regard, elle est comme une pierre précieuse dans l'écrin de mes mains. Elle a les yeux de sa mère et j'ai l'impression de tomber amoureux pour la première fois d'une fille.
Malgré toutes les épreuves, c'est pour ce genre de moment que la vie mérite d'être vécue. Plutôt cette année, quelqu'un est parti laissant un grand vide dans le cycle de la vie.
Le voilà combler. Le voilà sublimer.
J'entends Jewelry renifler à côté de moi alors Thatch prend sa fille dans ses bras et sort pour nous laisser seuls :
- Je suis tellement désolé ! couina-t-elle.
Sa voix pleine de sanglot me fend le cœur et je la serre contre moi, sachant pertinemment où elle voulait en venir :
- Ce n'est pas de ta faute Jewel.
- Je lui ai dit mille fois que c'était un crétin, qu'il faisait l'erreur de sa vie … il ne voulait rien entendre !
- Ça n'aurait pas pu être autrement.
- Dis-moi que tu l'aimes encore et que tu vas tout faire pour le reprendre !
- … Non, Jewel. Je vais partir.
- Quoi ?
- Je m'en vais à Los Angeles rejoindre Luffy. Plus rien ne me retiens ici maintenant …
- Ace … ne fais pas ça, j't'en prie. Si tu t'en vas, tu le perdras définitivement.
- On s'est déjà perdu …
- Tu l'as vu dehors, non ? Tu as vu ses yeux ?
- Il portait des lunettes de soleil.
- Oh, Ace, si tu voyais ses yeux ! Il essaye d'arrêté de fumer, il a même réduit ses médicaments et l'alcool ! Tout ça, c'est pour toi qu'il le fait !
J'aimerais la croire, elle a l'air si sincère mais les autres m'ont dit tellement de chose sur lui alors que lui ne dévoilait rien. Je veux qu'il s'ouvre à moi de la même façon que je me suis ouvert à lui.
- Je sais que c'est ton ami le plus cher et que tu l'aimes comme un frère. Mais cette histoire ne regarde que nous. Ça ne changera rien, je viendrais toujours te voir.
- Ne te voile pas la face ! Si je t'invite et qu'il est là, viendras-tu ? Permet moi d'en douter ! Je voulais que vous soyez un modèle de tolérance et d'amour pour ma fille, le parrain et le tonton le plus cool du monde.
- Elle aura le parrain le plus cool du monde, ne t'en fais pas et le tonton aussi. Ils ne seront simplement pas ensemble …
- Ace, s'il te plait, je m'inquiète tellement pour lui. Tu ne t'imagines pas combien il était bien avec toi.
- C'est à nous de régler ça.
- Vous ne réglez rien, vous vous ignorez !
Thatch revint alors dans la chambre, l'air complètement perdu et paniqué :
- Mon cœur, elle n'arrête pas de pleurer ! Je ne sais pas c'que j'ai fait !
- Donne-là moi, ce n'est rien.
- Je vais vous laisser, ai-je dis.
- Parle-lui.
Je souris à Jewelry qui m'oublie vite devant les larmes de sa fille. Lui parler ? Je ne sais vraiment pas si j'en ai la force. Il doit toujours être dans le couloir, la confrontation est inévitable.
En effet il est là, assis sur un banc de métal, le visage caché par ses mains. Il pose les yeux sur moi, toujours derrière ses lunettes, alors que je ferme la porte.
Nous nous dévisageons en silence comme si c'était la première fois qu'on se voyait. Je vois sa mine devenir grave au fur et à mesure du temps qui passe et je sens aussi des boules d'émotions remonter de mon estomac jusqu'à mes yeux.
- C'est un beau bébé, ai-je lancé, peu assuré.
- Oui.
Je détourne la tête pour qui ne voit pas l'effet de sa voix sur moi, je ne veux pas qu'il voit à quel point je suis en manque de lui et que j'ai toutes les peines du monde à lui parler sans m'écrouler.
- Tu vas … bien ?
- Oui.
Sa voix ment et son corps aussi. Je vois ses doigts trembler sûrement à cause du manque, son teint est un peu plus pâle et sa respiration lourde. Il est comme moi, finalement, nous voulons tous les deux faire bonne figure pour ne pas montrer à l'autre à quel point on est détruit.
Pourtant un seul geste de l'autre pourrait mettre fin à ce désastre. Mais je ne serais pas celui-là.
- Je vais rentrer, j'ai encore des cartons à faire.
- Ok.
- … Je déménage à Los Angeles pour rejoindre Luffy, si ça t'intéresse.
- Je vois … Bonne chance, alors.
Lui non plus ne veut pas être celui qui fait le premier pas.
Tant pis. Alors on restera comme ça, comme des imbéciles dans l'expectative. Et puis on s'oubliera doucement quand d'autre nous offriront ce que nous désirons. Mais il y aura toujours un goût amer dans ma bouche.
Je lui fais un signe de la main et m'éloigne dans le couloir, essayant plus de larmes à chaque pas.
Avec une seule phrase en tête : retiens-moi.
Pourquoi nous n'arrivons pas à nous comprendre ? Pourquoi nous n'arrivons pas à nous dévoiler ? Pourquoi nous n'arrivons pas à nous aimer comme tout le monde ?
Parce qu'il n'y a pas de réponse simple quand il s'agit d'amour. Et parce que nous n'arrivons pas à être moins égoïste et à mettre l'autre devant toutes nos autres envies.
Je regarde par-dessus mon épaule et croise ses yeux, sans lunettes. Je soupire lourdement devant l'éclat disparu dans ses yeux puis regarde à nouveau devant moi.
A vrai dire, il a à tout jamais changé après la mort de Kidd et je me rends compte maintenant que son deuil sera impossible. Celui que j'ai rencontré et aimé au premier regard est mort avec lui, mais celui que j'ai découvert après me plaisait encore plus et celui-là, je sais qu'il est encore là quelque part. Juste en dessous de cette couche de tristesse et de rancune.
Quelques jours plus tard, les déménageurs ont emporté mes cartons, il ne reste presque plus rien dans l'appartement. Je passe ma dernière nuit ici avant de m'envoler pour Los Angeles, demain dans la matinée. Je descends les escaliers pour récupérer une dernière fois mon courrier à cette adresse. Après avoir pris les enveloppes, j'enlève mon nom de la boite aux lettres.
Jewelry et Thatch ont envoyé un faire-part de naissance avec une jolie photo de leur petite Hina. Je souhaite tellement de bonheur à leur famille.
Puis il y a plusieurs lettres qui disent que mon changement d'adresse a été prise en compte et une dernière enveloppe avec une écriture allongée et penchée.
C'est lui.
J'ouvre et y découvre un chèque avec un petit mot :
L'argent pour ton travail, tu le mérites.
Pas un mot de plus, ni aucun signe. Il aurait pu écrire ces mots à n'importe qui. Le montant du chèque est assez conséquent, presque indécent mais j'ai besoin de cet argent pour recommencer ma vie alors je vais l'encaisser, même si ça me tord l'estomac. Je remonte chez moi, dans le vide absolu de mon appartement qui reflète étrangement celui de ma vie.
Mais bientôt, je serais dans un nouvel appartement rempli de meuble, j'aurais de la peinture à faire, des souvenirs à classer et des nouvelles choses à acheter.
Je vais retrouver Luffy et puis Sabo viendra nous voir aussi, avec cet argent je vais pouvoir lui payer un billet à lui et sa femme. Tout se passera bien, j'en suis sûr. Il le faut.
Cette dernière nuit à Chicago sera sûrement blanche.
Je regarde le plafond blanc depuis mon lit, impossible de fermer les yeux, comme prévu. J'ai tant de chose en tête, surtout les mots de Jewelry – elle a raison, demain à l'aéroport, je l'aurais définitivement perdu.
Est-ce ce que je désire ? Non …
Mais je ne veux pas non plus rester ici pour essayer de le récupérer et être malheureux comme les pierres. Je ne veux attendre des semaines un peu de chaleur de sa part et même si je voyais ses gestes d'amour à la fin, il était déjà trop tard. J'avais trop donné et trop peu reçu.
Alors il faut qu'il revienne vers moi, avec un pas un peu précipité et un petit sourire le visage. Le regard un peu fuyant et la main dans la nuque pour montrer sa gêne. Je veux que le soleil lui redonne son éclat perdu et que quand il s'approche de moi, ses yeux pétillent à nouveau. Je veux qu'il me dise : « viens, on rentre à la maison » comme si tout cela ne fut qu'un rêve.
Mais je ne fais que divaguer.
La nuit est bien avancée, bientôt nous serons demain et bientôt je partirai. Et si tout ne se passait pas bien là-bas ? Au moins, Luffy sera là tous les deux, on a traversé tellement plus grave qu'une histoire de cœur.
Derrière ma fenêtre le soleil se lève, finalement les nuits blanches sont plutôt roses, dorés et violacées. Je me lève pour faire une dernière fois le tour de mon appartement.
Un dernier café dans la cuisine, une dernière douche dans la salle de bain. Je mets pour la dernière fois mes chaussures dans l'entrée et pose mon chapeau sur ma tête.
Mon taxi vient dans une grosse demi-heure mais je ne peux pas attendre à l'intérieur alors je sors sur le perron de l'immeuble.
Le ciel du matin est vraiment splendide, digne des meilleurs toiles d'impressionnistes. Je décide de le prendre en photo pour me rappeler que le premier jour de ma nouvelle vie a commencé un beau jour d'hiver où les arbres étaient encore givrés et les oiseaux loin vers le sud.
J'entends une voiture approcher, c'est sûrement le taxi. Je regarde une dernière fois mon immeuble, les joues baignées de larmes. Je vois mon balcon et je me rappelle quand il était venu passer Noël ici. Au début quand il me ramenait, je sortais tout de suite de la voiture et jour après jour, les secondes pour se dire au revoir devinrent des minutes puis finalement les "au revoir" n'arrivèrent jamais.
Aujourd'hui c'est un adieu. Mes rêves resteront des rêves à jamais.
Je me retourne alors que la voiture qui s'approchait s'arrête juste derrière moi.
C'est une Bentley noire.
Je me lève, y croyant à peine, pourtant il est bien là devant moi. Le soleil du matin le rend presque divin, il marche nonchalamment comme il sait si bien le faire, les mains dans les poches mais son regard ne me quitte pas et un petit sourire grandit à chacun de ses pas. J'ai l'impression d'assister à la résurrection du Christ tant je suis bouleversé de le voir ici.
- Qu'est-ce que tu fais, me demande-t-il.
- Euh … bah … j'attends le taxi pour l'aéroport, ai-je balbutié, décontenancé.
- Tu étais sérieux, alors …
- Oui, j'ai rendu mon appartement et fais mes cartons.
- Ah, ça tombe bien.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Ace … soupira-t-il.
Mes jambes flanchent, mon cœur s'emballe à nouveau alors qu'il était presque congelé depuis six mois. J'ai chaud, j'ai froid, je transpire et je tremble tout en même temps, j'ai l'impression d'avoir un coup de foudre, de tomber amoureux pour la première fois de ma vie.
Sa voix, Dieu, sa voix : elle me faisait tourner la tête le soir, il aurait pu me faire faire n'importe quoi en le chuchotant de mon oreille. Et quand il me disait qu'il m'aimait … rien sur cette Terre ne me rendait plus heureux que d'entendre ces mots avec sa voix.
- … Si au lieu de déménager à L.A, tu déménageais chez moi ?
- Quoi.
- Je suis sérieux.
- On ne s'est pas vu une seule fois pendant six mois, pas même en coup de fil et tu me dis que tu veux vivre avec moi, comme ça, de but en blanc ! Tu débloques ou quoi ?
- A l'hôpital, c'est bien « retiens-moi » que tu as essayé de me dire ?
- Oui …
- Et bien, c'est ce que je suis en train de faire, a-t-il sourit.
- Pourquoi maintenant ? Pourquoi quand je suis enfin capable de prendre une décision pour moi, de tourner la page, tu débarques comme une fleur ! Pourquoi tu ne m'as pas dit tout ça à l'hôpital, tu m'avais bien fait comprendre que t'en avais plus à rien à foutre à ce moment là !
- C'est juste parce que tu m'aurais lourdé au bout de deux jours, et que je ne l'aurais pas supporté. Je venais d'arrêter la cigarette et l'alcool, j'ai réduit mes médicaments et j'étais au bord de la dépression. J'voulais pas que tu voies ça et … j'avais besoin de temps pour être enfin … clean.
- Et maintenant ?
- Je vais bien ! J'ai encore besoin de la cigarette électronique pour tenir le coup, et surtout j'ai encore besoin de toi, a-t-il dit d'une voix douce.
Je baisse les yeux, réellement touché par ses mots mais n'est-ce pas trop tard ?
- Je ne sais pas, partir à Los Angeles, c'est la première décision que j'ai prise, je veux m'y tenir.
- Alors allons-y ensemble.
- Mais ton appart et Jewel et tout le reste !
- J'm'enfous d'mon appart, c'est juste quatre murs. Jewel vient d'accoucher, elle n'a pas besoin de moi et le reste … j'l'ai perdu depuis longtemps. Il n'y a que toi que j'ai envie de garder.
- Et notre dispute, tout ce qu'on s'est dit, c'est où tout ça ? T'as oublié ?
- Non, j'ai juste pardonné et tu pourrais en faire de même.
- Toi, tu me demandes pardon ?
- Oui …
- C'est une blague ou quoi ?
- Non, pas du tout.
Il vient de faire un pas vers moi et alors que je ne pouvais que le voir, maintenant je le sens, je le ressens. Ses parfums, son attraction, ses ondes magnétiques, tout est là et tout est tellement amplifié, c'est comme une tornade qui m'emporte. Il fait un pas de plus puis un autre et encore un.
Il est si près de moi que j'entends son cœur battre. Ses yeux dans les miens comme s'il lisait mon âme et j'ai envie qu'il la lise, qu'il y voit toutes les cendres qui y reposent pour qu'il les rallume. Je ne veux plus écouter la raison, comprendre son retour, son changement d'avis.
Il est là devant moi, il est là pour moi. J'ai juste envie de me fondre à nouveau en lui, que ses yeux me couvrent d'attention, que ses bras me serrent et ses mots caressent.
Je pleure comme un imbécile, il ne sait pas les six mois que je viens de vivre, il ne sait pas à quel point j'étais au fond du trou.
But touch my tears with your lips
Touch my world with your fingertips
Il embrasse alors soudainement ma joue pour stopper mes larmes et je le sens à nouveau sur ma peau. Il savait qu'il n'avait qu'à me toucher pour que je rende définitivement les armes – je suis tellement content qu'il l'ait fait. Je vois dans ses yeux tout ce que je suis pour lui, ils ne peuvent mentir.
- J'irai où tu voudras, mais je veux que soit ensemble. A chaque instant.
J'embrasse ses lèvres pour toute réponse et ma bouche revit comme si elle goutait l'eau pour la première fois. Je ne veux pas que ce moment s'arrête, tout ce dont j'ai toujours rêvé, je le tiens dans mes bras.
And we can have forever
And we can love forever
Et il répond encore et encore à mon baiser, comme pour me convaincre mais il n'a plus de bataille à mener, son étendard n'a jamais quitté mon cœur. Il flotte fièrement au vent.
Les six derniers mois de ma vie viennent de disparaître en une fraction de seconde. On se sépare, le taxi est là, je congédie le chauffeur qui râle un peu et monte dans la Bentley. Après être passé chez lui, je me suis rendu compte que son appartement était aussi vide que le mien, lui aussi voulait partir.
Alors on ira à Los Angeles ensemble, même si ce n'est que pour un temps.
Car le temps ensemble a toujours le goût d'éternité.
Forever is our today
Love. Et à bientôt.
