hey, c'est moi ! Je viens sans crier gare et avec un truc totalement pas prévu ! J'ai écris ça hier et j'ai décidé de vous le poster. C'est un peu court comme bonus mais assez intense je pense. Le texte prend place un peu avant le début effectif de l'histoire.
A bientôt tout le monde ! J'essaierai de prévenir la prochaine fois, n'hésitez pas à zieuter mon profile de temps à autre.
POV Ace.
Il est devant la télé, à regarder son match de basket comme si de rien n'était.
Moi, je suis recroquevillé dans un bain d'eau brûlante, la pièce est dans le noir totale. Nous nous sommes séparés, encore, et je croyais que cette fois c'était la bonne, mais la preuve que non, puisqu'il squatte mon salon et je déprime dans la salle de bain. L'eau me brûle la peau, sûrement que je suis rouge comme un homard, mais cette douleur est plus supportable que celle qui me dévore le cœur. Je n'ai pas envie de voir mon reflet dans le miroir embué, je n'ai même pas envie de voir ma peau, mon corps, mes formes. Ce corps qu'il désire et déteste en même temps, ce pauvre corps qui lui sert d'exécutoire. Ce corps qui ne m'appartient plus, ce corps que je sens déserté par mon âme toujours plus chaque jour. Il n'y a plus aucun endroit où je me sens bien, plus rien que j'aime faire tant je suis épuisé d'être celui au centre de ses attentions – heureuses ou malheureuses.
On s'est séparé, c'est moi qui suis parti, du jour au lendemain, mais lui n'a jamais voulu partir. Il est constamment là, derrière la porte, dans mes appels manqués, quand je suis au travail; même quand je ferme les yeux, je vois son visage.
Ce soir il est chez moi. Il s'est pointé avec ses grands yeux et son air triste, toujours les mêmes ritournelles entre les lèvres – des mots qu'il arrive à dire avec tellement de sincérité que j'y crois toujours. On entre alors en période de « lune de miel », il me dit qu'il m'aime toutes les secondes, quand il ne parle pas, sa bouche est sur la mienne et puis suivent ses mains. Je sais que ces sensations sont si éphémères, je sais que dans quelques jours je serais aussi bas qu'aujourd'hui et pourtant je n'arrive pas à me détacher de lui. Je l'admire autant que je le crains, je le trouve beau autant qu'il me dégoutte, je l'aime autant que je le déteste et ce cercle vicieux me met toujours la tête sous l'eau. Quand je crois m'en sortir, je touche le fond toujours plus fort.
Je le déteste de tout mon âme en ce-moment, je suis en train de jurer que je ne le laisserai plus jamais me mettre dans des états pareils, qu'il ne sera plus jamais l'origine de mes maux. Je sais aussi qu'à l'instant où il viendra me chercher pour se faire pardonner, je lui pardonnerai comme un enfant qui ne peut s'empêcher d'aimer des parents un peu trop brutaux. Il vient toujours implorer mon pardon, c'est vrai, pourquoi irait-il voir ailleurs ? Un mec violent et instable comme lui se ferait directement enfermer s'il faisait à ça à un autre ! Mais avec moi, c'est bon, il a le droit, c'est toléré.
Je le tolère.
Je sors de l'eau devenue glaciale alors que je n'entends plus la télé dans le salon. Je ne veux pas qu'il me voit aussi vulnérable qu'à cet instant, je m'enroule dans une serviette au moment où il ouvre la porte. Il reste dans l'embrasure, adossé à la porte, les mains dans les poches avec sa putain de nonchalance et son foutu visage de beau-gosse hautain et méprisant. A chaque fois qu'il me regarde, j'ai l'impression que toute ma raison s'envole, que toutes les résolutions que j'ai prises pour m'éloigner de lui disparaissent sans laisser de trace.
Malgré le temps, les efforts, les résolutions, ma maladie est incurable. Jamais je ne guérirais de Marco.
- J'vais y aller, lance-t-il.
Dégage et ne reviens jamais ! Je vais changer d'adresse, de téléphone, quitter la ville, je vais disparaître de ce monde pour que jamais tu ne me retrouves !
- Ok, fais attention sur la route.
Ma voix faible et chevrotante est pathétique. Ma réponse l'est encore plus.
- J'ai pas le droit à mon baiser ?
Il se redresse et avance à pas de loup vers moi et sans que je n'ai le temps de réagir, ses bras sont à nouveau autour de moi. Il me regarde avec ses putains d'yeux azurs – je déteste le bleu plus que tout ! Il me serre encore un peu plus contre lui alors que mes mains sont agrippées à la serviette, je ne veux plus le toucher de mon propre chef.
- On se voit bientôt, hein ? Tu me manques déjà.
- J-J'ai pas trop le temps cette semaine.
- Mais tu t'arrangeras comme toujours ?
- Je vais essayer … Pars maintenant, Luffy va bientôt revenir et je ne veux pas scène.
- T'es une vraie mère-poule ma parole, rigole-t-il.
Et comme toujours je lui donne son baiser, enfin il me le prend plutôt. Sa main dans ma nuque m'empêche de m'écarter, sa langue de ma bouche m'empêche d'hurler, mon nez contre sa joue m'empêche de respirer. C'est tout sauf de l'amour, c'est une démonstration de force, un acte de propriété.
Il décide quand ça commence, il décide quand ça s'arrête, il décide comment, à quel rythme, à quel endroit. Je n'ai plus qu'à me laisser faire, c'est facile, je n'ai qu'à subir sans rien dire. Il me lâche finalement et mes lèvres sont irritées à son contact. Il s'éloigne en me poussant un peu, un geste qui aurait pu être banal, anodin - il s'écarte juste, mais je vois le mépris dans ses yeux, le mépris dans sa main qui touche mon épaule, le mépris quand il détourne de moi comme on se détourne d'une merde sur le trottoir.
La porte claque, il est parti enfin. Je décide d'allumer la lumière avec appréhension. Le néon blanc clignote et mon reflet apparaît dans le miroir. Un cadavre est sûrement plus attirant que moi, j'ai le teint gris, des ombres sous les yeux et aux creux des joues, mes yeux sont rouges et explosés. Je me mets des claques pour essayer de retrouver des couleurs, Luffy va rentrer du collège d'une minute à l'autre et je ne veux pas l'inquiéter.
J'ai hâte qu'il rentre, il est la seule raison de mon existence.
- Aaaaaaaaaaace ! J'suis làààààààà !
Je sors de la salle de bain après avoir remis mes fringues. Il est encombré comme d'habitude, en plus de son sac et de sa nouvelle guitare, il porte un ballon et des bouts de bois qu'il a dû ramasser en route :
- T'as passé une bonne journée ?
- Tout le monde a adoré ma super guitare ! Ils étaient tous fous quand j'ai joué AC/DC !
- Super ! Si t'as faim, y'a des trucs dans le frigo !
- Tu pars déjà ? Mais j'voulais que t'écoute mon super solo !
- J'ai besoin de prendre un peu l'air, c'est tout.
- D'accord.
J'enfile mes chaussures et sors sans un mot de plus. L'air frais me fait du bien, voir du monde aussi. Il fait beau à Chicago, je m'assois sur un banc dans un parc, en face de moi un couple s'embrasse avec passion. J'me rappelle quand Marco m'embrassait de la même façon, avant que ses baisers deviennent des coups de poignard dans le cœur. Je parle comme ces hommes de quarante ans dans les polars et parfois j'me dis que ce n'est pas normal d'avoir ma vie à 19 ans, mais si quelqu'un doit la vivre autant que ce soit moi. Finalement je rentre moins de dix minutes après être sorti – j'ai besoin de la bonne humeur de Luffy pour tenir. En entrant dans l'immeuble, je sens les murs trembler et un brouhaha sans nom qui vient de mon appartement. Je monte les marches quatre à quatre et rentre en furie :
- C'est quoi ce boucan putain !
- Quoi ?
- BAISSE LE SON ! LES VOISINS VONT VENIR GUEULER, MERDE !
- C'est The Supernovas c'est trop cool ! Regarde ! Le chanteur est le type le plus cool de l'univers !
Je regarde un quart de seconde l'écran de la télé avant de l'éteindre, coupant net la belle énergie de Luffy :
- Va faire tes devoirs sinon tu seras privé de dîner !
- Maieuh ! T'es pas mon père déjà !
- Heureusement pour toi, sinon crois-moi que tu serais SDF depuis un bon bout de temps ! Allez magne-toi !
Luffy me tira la langue et disparaît dans sa chambre.
Oui, heureusement qu'il est là, il est ma bouée de sauvetage, même s'il n'en sait rien.
