"Chaque personne qu'on s'autorise à aimer, est quelqu'un qu'on prend le risque de perdre."
- Les Villageois ont décidé d'éliminer Melody, son rôle était la petite fille. Bonne soirée.
Je me décompose sur place et tout le monde semble surprit par la nouvelle.
On a tué la petite fille, celle qui ne pouvait pas voir les loups mais les écoutait la nuit quand ils tuaient quelqu'un. Ils l'avaient sûrement mise sur une mauvaise piste pour mieux l'accuser ensuite.
Et nous, comme des imbéciles, on est tombés dans le panneau. On a tué notre amie de sang-froid, pensant qu'elle était louve. Qui sont les véritables « méchants » dans l'histoire ? Elle m'a supplié de l'aider, elle s'est agenouillée devant moi, pleine de désespoir.
Je me sens minable, un grand vide s'installe en moi petit à petit. Je n'ai pas écouté mon instinct, plutôt ma haine vis à vis des loups qui nous tuent uns à uns, et aussi des gens qui nous ont fait venir ici.
Une main se pose sur mon épaule et la serre pour me réconforter. Ensuite, le jeune homme qui n'est autre que Kentin se penche à mon oreille pour me parler.
- Allons dans un endroit moins fréquenté.
Je le suit machinalement et quand on s'arrête, je ne peux réprimer ce besoin d'aller dans ses bras pour qu'il me console.
Je ne verse pas un flots de larmes, juste quelques gouttes salées qui s'imprègnent sur le T-Shirt de mon faux frère.
Il ne dit rien et se contente de poser une main rassurante dans mon dos.
Après quelques minutes, je me détache de lui et soupire un bon coup pour me convaincre d'arrêter de pleurer.
- On a été stupide, j'aurais du l'écouter, j'aurais du la sauver, dit-je en tripotant la jupe que j'ai osé mettre aujourd'hui.
- Tu n'aurais pus rien faire, tout le monde étaient convaincu de sa culpabilité, même moi ! dit-il pour me réconforter.
On se regarde quelques instants, ne trouvant pas les mots, ne sachant pas par quoi commencer.
- On est au point mort, aucun suspect, aucun indice, et les loups nous ont bien eus, je me demande vraiment comment tout ça va finir...
Je me retient pour ne pas craquer, pas encore une fois.
Ce jeu me rend dingue, je ne sais pas combien de temps je vais encore tenir.
- Ne pense pas à ça, nous somme encore onze et il ne reste, dans le meilleur des cas, que deux loup. J'enlève bien sur l'enfant sauvage qui n'est peut-être pas encore transformé, et avec un peu de chance, le loup-garou blanc va peut-être se décider à tuer un loup dans les prochaines nuits.
Je lui souris, après tout il a peut-être raison.
De plus, le salvateur est toujours vivant et il protège la nuit une personne de son choix, mais je ne sais pas si ça a servit ou si la sorcière a utilisé ses potions de vie et de mort.
Nous ne sommes pas en très mauvaise position, et les loups ont plus à craindre que nous, les innocents.
Mais tout peut basculer, et c'est cela qui me dérange.
Nous n'avons aucune idée des loups et cela peut nous faire défaut.
Je baisse les yeux et tripote le plis de ma jupe, encore.
- Merci de me remonter le moral, Kentin, on se reparle ce soir.
Il acquiesce et me laisse un baiser sur ma tempe qui me paraît très étrange.
Cette sensation d'avoir l'impression qu'il est vraiment mon frère augmente de jour en jour et cela devient très perturbant.
Je me dirige vers une maison ou j'ai rarement été.
Je frappe et on m'autorise à entrer là où des chevelures violette et blanche m'accueillent d'un œil surpris.
- Je me demandais bien quand tu allais venir nous voir ! dit Rosalya.
Je m'assois sur une chaise et parle d'une voix peu assurée.
- Désolée, je réfléchissais.
- Vraiment ? répond mon amie aux yeux ambrés.
- En partie, j'avais aussi peur d'aller vous voir et qu'ensuite vous disparaissiez la nuit... Je ne supporterais pas de vous perdre aussi les filles.
En disant cela j'avais pris mon courage a deux mains, et je les ai regardés bien en face.
Je veut être honnête, au moins avec elles.
Personne n'est convaincu de survivre la nuit, mais j'ai encore plus peur qu'elles meurent aussi, en plus de mes autres amies.
Si je ne cherchais pas les loups la journée en parlant avec des gens, je resterais confinée dans mon coin pour faire des hypothèses.
Elles me manquent, et je veut passer plus de temps avec mes dernières meilleures amies.
- Oh, chérie ! dit Rosayla en me prenant dans ses bras.
Violette suit et je me retrouve entourée par elles.
Quelques minutes après, on s'assied normalement et je me sens un peu mieux, au niveau moral.
J'ai aussi peur qu'elles soient des louves mais je le garde pour moi. De toute façon, avec cette entrevue, je ne peut douter de leur innocence.
Impossible qu'elles soient louves, je l'aurais remarqué. J'ai pleinement confiance en elles.
Je souffle un bon coup et on décide, sans en parler, de finir cette journée toutes les trois.
- Et Iris ?
- À ton avis ? dit la fille à la chevelure blanche avec un clin d'œil.
Aucune idée ne vient à mon esprit et je ne comprend pas ce qu'elle veut me dire.
- Avec Armin, dit Violette pour m'aider.
- Vous voulez dire qu'elle est tout le temps avec lui ?
- On ne la voit quasiment plus ! Bon en même temps, il en a besoin, notre Armin.
- C'est sûr, ça ne doit pas être facile de se réveiller et de ne plus avoir de frère, dit Violette.
Un silence de plomb retombe. Comment éviter le sujet qui nous obsède depuis qu'on est arrivés ici ? On en revient toujours à la même chose, un élève qui est mort et qui nous manque.
Rosalya coupe court à nos pensées sombres et dit quelque chose qui n'a quasiment jamais traversé mon esprit. Ça me semble plein d'espoir et j'ai peur de voir mourir mes faibles espérances.
- Ne soyez pas si découragées, peut-être qu'ils ne sont pas vraiment morts, qu'ils nous attendent tous quelque part et qu'on les reverra à la fin de ce jeu.
Elle ne nous laisse pas répondre et ouvre le frigo pour en sortir plein de bonnes choses à manger. Je me rend compte que j'ai faim. Depuis quand n'ai-je pas mangé avec mes amies ?
J'essaye d'oublier, rien que pendant ce repas, qu'on n'est pas ici.
Et j'y arrive, surtout quand on commence à parler de séries, de films, et de bien d'autres choses. Je me laisse emporter par l'enthousiasme de mon amie, Rosalya, qui m'emporte dans une bulle qui me protège de tout ce jeu et de ce qui s'est passé. Mais les bulles finissent tôt ou tard par éclater.
C'est bientôt l'heure de la fermeture des portes, et on veut parler de choses sérieuses avant d'aller se coucher et d'attendre la sentence de ce qu'il va se passer cette nuit.
- Non, franchement, là je n'ai aucune idée sur l'identité des coupables.
- Moi non plus, je n'ai pas d'idées, dit Rosalya en regardant Violette qui évite son regard.
Je regarde à mon tour Violette et remarque son air gêné.
- Parle ! exige mon amie à la chevelure blanche.
Violette reste silencieuse quelques secondes avant de lâcher, résignée :
- J'ai l'impression que Jade m'évite depuis le début de la partie. Et je trouve ça étrange...
- Tu penses que c'est un loup? demande Rosalya.
- Je n'ai pas dit ça ! dit Violette sur la défensive.
- Peut-être qu'il est comme ça à cause du jeu, dit-je pour ne pas de tirer de conclusions trop hâtives.
- Je pense qu'on va enquêter demain, et y réfléchir cette nuit. Mais je le met dans la case des suspects, avertit Rosalya à l'intention de Violette.
La concernée semble nerveuse et sont regard ce voile de tristesse.
- Ne t'en fait pas Vio, je ne t'obligerai pas à le tuer. Tu feras ce que tu veux. Si Leigh avait été loup, je ne l'aurais jamais voté, pour rien au monde.
La voix qui annonce le couvre-feu se fait entendre et je réfléchis aux dernières paroles de mon amie.
Elle aime beaucoup son petit-ami défunt. S'il avait été loup, l'aurait-elle épargné jusqu'à la fin ? Nous aurait-elle sacrifié pour le garder en vie ?
Comment la juger alors que n'importe qui aurait pu faire la même chose qu'elle ?
Ça me ramène malgré moi à Iris et Armin, où un schéma impossible et horrible prend forme dans ma tête.
Tout les deux sont loups, et Armin a tué Alexy pour se faire innocenter.
Je rejette tout de suite cette idée. Il n'est pas comme ça et elle non plus.
Mais j'ai peur de me tromper quelque part dans ce jeu, d'oublier un détail primordial et pourtant important, comme si ma conscience me protège de l'éventualité de la chose.
J'effleure le bord du miroir en attendant que Kentin apparaisse sur celui-ci.
Je sonde mes yeux verts, et j'ai l'impression qu'ils ont perdu de leurs éclats.
Ma perception des choses importantes a changé en quelques jours. Les examens ou rater sa série préférée me semble superflu comparé à la mort des gens que j'aime, ou, aussi simplement le fait de pouvoir vivre un jour de plus ou pas.
Le visage de Kentin me fait sortir de mes pensées.
- Salut toi ! dis-je avec un sourire pour le rassurer un peu.
- Ça va mieux ?
- Oui ne t'en fais pas !
Je réfléchis quelques instants avant de dire :
- Rosalya a un doute sur Jade, tu en penses quoi ? Je pense mener mon enquête demain à ce sujet.
- Je n'y ai pas pensé, et je ne le connaît pas trop donc je ne peut pas te dire. Mais j'ai confiance en toi, je te suivrai demain si tu penses qu'il est un loup.
- C'est vrai? Pourtant j'ai voté contre Melody aujourd'hui, et j'ai eu tort...
Il reste silencieux quelques secondes avant de soupirer et de parler.
- Même si tu ne l'avait pas voté, elle serait quand même morte, son sort était scellé. Mais j'aimerais changer de sujet en parlant d'autre chose qui me turlupine, est-ce que tu te souviens de la façon par laquelle on est arrivés ici ? Et quand ? Je veux dire, est-ce que tu te rappelles de quelque chose avant qu'on se réveille dans nos maisons ?
Je reste scotché au miroir en essayant de me rappeler mais rien ne me vient à par ce brouillard qui bloque mes souvenirs.
- Non, je... c'est assez flou, dit-je tout doucement.
- Pareil pour moi Lynn, le dernier souvenir qui me vient à l'esprit, c'est nous montant dans un bus, mais là encore, ça reste assez vague.
Son reflet se dissipe, j'ai le temps d'entendre un « bonne nuit » avant de me retrouver en face de moi-même.
Je me couche dans mon lit trop douillet, et me force à me rappeler de ce bus, de ce qui nous a amené dans cette endroit.
Je n'arrive qu'à obtenir des bribes de souvenirs pas très clairs. Je me souviens maintenant de nos rires, de notre curiosité sur l'endroit où on allait nous emmener et de nos discutions tellement variées.
Et ce qui ce passe après m'est totalement bloqué. Je ne me rappelle de rien et je n'y ai jamais vraiment pensé, trop obnubilée par ce jeu débile.
