"Nous devrions seulement aimer, pas tomber amoureux. Parce que tout ce qui tombe se brise "
- Les villageois ont décidé d'éliminer Capucine. Son rôle était Ancienne, par conséquent tous les innocents ont perdu leurs pouvoirs, bonne soirée.
Je me souviens des règles du jeu et des particularités des rôles.
Si l'Ancienne est tuée lors du vote de jours, tous les personnages spéciaux perdent leurs pouvoirs.
C'est-à-dire qu'Iris ne pourrait pu protéger personne la nuit, et que la sorcière, si elle avait encore la potion de mort, ne pourrait pas l'utiliser.
Nous sommes encore cinq, si j'avais voulu, si l'enfant sauvage ne c'est toujours pas transformer, j'aurais pu finir ce jeu stupide aujourd'hui, en sacrifiant Vicktor, mais apparemment j'en suis incapable.
Et ce qui me fait le plus peur, c'est ce que je pourrais bien faire quand il ne restera que mes amies, moi et Vicktor.
Même si j'ai la certitude que l'on se retrouvera plus tard, tous ensemble, je n'arrive pas à condamner l'homme que j'aime.
Je soupire et je sens la main de Violette me prendre la mienne pour me la serrer.
-Elle s'est acharnée sur la mauvaise personne et en a payé les frais toute seule, dit-elle pour me réconforter, ce n'est pas ta faute, rajoute-t-elle.
Je hoche la tête pour lui donner raison. Elle pense que je me sens coupable pour Capucine, alors que je me sens comme cela vis-à-vis de mes amies restantes. Je vais assumer mon choix par rapport à Vicktor et continuer de cacher ce que je sais sur lui pour le protéger.
Je prends Violette dans mes bras et la serre aussi fort que je le peux.
Par ce geste, j'essaye de m'excuser pour ce que je n'ai pas fait, et ce que je vais faire.
-Je suis jalouse, moi aussi je veux un câlin ! Réplique Iris.
Mon amie à la chevelure rousse nous rejoint dans notre étreinte, je ferme les yeux et profite de ce moment.
Cela me donnerait presque envie de pleurer, mais je m'accroche à l'espoir que je les reverrais tous et que certains me pardonneront mon choix.
On se détache les unes des autres et je balaye le village des yeux pour savoir qui est encore là. Mais tout est vide, Li et Dake ont disparu tout comme Vicktor.
La brise qui se lève semble presque passer à travers mon corps, ce qui me donne un frisson.
- Lynn? Dit Iris.
- Oui ? Questionnais-je.
-Tu es sûr que... tous les autres nous attendent quelque part ? Que... je reverrai Armin?
Je sens sur moi le regard insistant de Violette en plus de celui d'Iris.
-J'ai confiance en Rosayla.
Je laisse en suspens cette phrase avant de rajouter avec un sourire mélancolique :
- Vous vous souvenez du premier jour? Quand Rosa était effondrée de la mort de Leigh? Et que bizarrement le jour d'après elle allait beaucoup mieux?
Je pense que comme elle était le chaman, elle l'a vu à travers le miroir et qu'il lui a tout expliqué. Qu'il n'était pas vraiment mort et qu'il était juste de l'autre côté d'un mur, car après tout, on ne sait rien de ceux qui disparaissent la nuit, ou même de ceux qui tombent dans le trou.
Elles ne disent rien, pensive à ce que je viens de leur dire. Ce n'est que quelques minutes âpres que Violette propose que l'on mange ensemble ce soir avant le couvre-feu.
Cette heure passée avec elle semble légère, nous parlons de notre école, de nos professeurs, de nos souvenirs les plus joyeux. Cela nous redonne un peu de nostalgie, mais celle-ci nous fait sourire et rigoler.
Je suis juste pressé que ce jeu se termine, d'avoir enfin une explication à ce qui s'est passé.
Et j'en viens même à penser, à espérer, de mourir cette nuit.
Je veux arrêter de douter et enfin savoir.
L'ignorance est une torture qui m'a rongé et continue de le faire.
Mais jamais Vicktor me tuerait, d'autant plus que depuis le début du jeu, il me protège. Mais peut-être que l'enfant sauvage, s'il est là, voudra peut-être se débarrasser de moi.
Je laisse échapper ma fourchette, ce qui a pour effet de me faire sortir de mes réflexions. Mes deux amies continuent quand même à parler et je laisse vagabonder mes yeux vers l'horloge. Il est bientôt l'heure de la fermeture des portes, et je dois absolument allez voire mon ami d'enfance.
-Désoler les filles, je dois faire quelque chose avant de rentrer chez moi, à demain !
Je ne leur laisse pas le temps de répondre et ferme la porte derrière moi avant de me diriger chez Vicktor.
Je ne veux pas leurs dires au revoir en ne sachant pas si je le vois demain, de faire comme si l'une de nous allions disparaître, c'est trop dur, nous sommes trop jeunes pour penser à la mort, au deuil, surtout si finalement il n'a pas lieu.
Je suis devant sa porte, la main sur la poignet et le cœur qui bat vite.
Je me souviens de la dernière fois où j'étais là et à ce qu'il s'est passé ensuite à cause de ma stupidité. M'aime-t-il vraiment ou était-ce seulement du désir?
Non, je ne peux pas dire cela. Je sais ce que j'ai vu dans ces yeux, et c'était de l'amour, je ne sais pas à quel point mais je sais qu'il m'aime.
De toute façon je me poserai toujours ces questions si je ne me confronte pas à lui une bonne fois pour toutes.
J'ouvre la porte avant de me dérober et rentre sans demander sa permission, de toute façon ce n'est pas comme s'il allait me l'accorder.
Il est assis sur son lit qui est complètement défait.
Il me regarde avec une certaine lucidité, le loup qui dort en lui semble calmé par la viande crue qu'il vient à peine de finir. Il a gobé ce qui lui restait juste avant que je détaille ces yeux.
Son odeur emplit la pièce, plus forte que la dernière fois que j'y suis entré.
Je triture mes mains qui deviennent de plus en plus moites.
C'est si dur de parler de ses sentiments à la personne qui est directement concerné.
- Viktor, il faut que l'on parle. Dis-je timidement.
Il ne répond pas, se contentant de me regarder avec peur.
Peur de quoi?
Je m'avance d'un pas, s'il n'entend pas la première, je ne pense pas être capable de le dire une deuxième fois.
-Je t'aime.
Ce mot résonne dans ma tête plusieurs secondes avant que je ne lève les yeux vers lui.
Son regard n'exprime rien au début, avant qu'un mot ne sorte de sa bouche.
-Quoi ? Dit-il en se levant, menaçant.
-Tu as très bien entendu, répliquais-je sur la défensive.
Il s'approche de moi brutalement et je me recule instinctivement.
-Tu n'as pas le droit de me dire ça alors que l'on est ici, dit-il avec colère.
-Justement je le dis parce que nous sommes ici, car je l'ai découvert grâce à ce jeu stupide, dis-je en détachant chacun de mes mots, je suis amoureuse de toi, tu comprends cela !
Cette fois, c'est moi qui me mets en colère. Comment peut-il me reprocher de lui dire maintenant? Il croit que je l'ai fait exprès? Il croit que je veux le faire souffrir?
- Ce n'est pas juste, dit-il plus pour lui-même que pour moi.
Je ne réplique pas et tente de garder la tête froide, car visiblement lui n'y arrive pas.
Une question me brûle les lèvres et je vais la poser, de toute façon maintenant je n'ai pu grand-chose à perdre, car visiblement il m'en veut. Et la chaleur qui coule dans mes veines me donne assez d'adrénalines pour oser, ce que je n'aurai jamais demandé avant ce jeu.
- Et toi, que ressens-tu pour moi?
Il tourne sa tête vers moi et je ne baisse pas les yeux, attendant sa réponse.
- Cela n'a aucune importance ce que je ressens pour toi, on est bloqué dans ce foutu jeu de merde et on va tous mourir de toute façon, dit-il entre ses dents.
Mon cœur manque de rater un battement, et sa réplique me donne presque envie de pleurer.
- Si justement, ça en a ! De plus je sais des choses que tu ignores.
J'espère que cette réplique le calmera, pourtant cela ne fait qu'attiser le feu dans ses yeux, le Viktor d'avant me manque finalement. Celui qui me réconfortait, celui qui me rassurait et gardait son calme dans n'importe quelle circonstance.
- Tu parles, depuis le début, tu n'as trouvé absolument aucun loup. Tout juste bonne a tué les innocents, tu crois savoir alors que tu es juste une fille stupide et naïve. Comment pourrai-je ressentir quelque chose pour toi?
Qui aurait cru qu'un jour je sentirais mon cœur se déchirer en deux à cause de Viktor.
Qu'il arriverait avec sa bouche à me lancer des mots aussi aiguisés que des couteaux.
Ma gorge se noue, je n'ose pas le regarder et préfère fuir.
J'ouvre la porte et cours. Les larmes s'envolent avec le vent pour aller s'écraser par terre pendant que je sprinte jusqu'à chez moi. Comment, je peut encore appeler cet endroit comme ça? Après tout ce que ce jeu m'a fait subir.
Je renifle, et tourne la poignet pour aller dans la salle de bains.
Je saute dans la douche et noie mon chagrin, ma déception sous l'eau froide du jet d'eau.
Mes vêtements sont trempés, et je pleure toujours en pensant à ce qui vient de se passer.
La scène tourne en boucle dans ma tête.
Ce qu'il a dit..."une fille stupide et naïve", alors voila ce qu'il pense de moi.
" Comment pourrai-je ressentir quelque chose pour toi?"
Pourquoi ai-je cru une seconde qu'il m'aimait?
Mes larmes redoublent d'intensité, et le froid qui se déverse sur moi n'y change rien, c'est comme si mon corps ne ressentait plus rien.
Cela fait plusieurs minutes que je suis sorti de la douche, combien de temps je suis resté dedans? Très bonne question car je ne saurai y répondre.
Je m'allonge dans le lit, toujours mouiller et regarde le plafond les yeux grands ouverts.
J'ai encore envie de pleurer, quand cela va-t-il s'arrêter?
Peut-être qu'en fermant les yeux cette douleur va s'atténuer?
J'essaye, mais aucun résultat n'aboutit.
A part que la scène est encore plus vive sous ma paupière.
Je finis par m'obliger à aller me sécher et à mettre des vêtements secs, la douleur reste, mais je reprends peu à peu ma lucidité.
Je me couche à plat ventre du côté du lit qui n'est pas trempé par l'eau.
Je ne comprends pas ce qui s'est passé, ai-je mal jugé la situation? Mal compris ses regards? M'ai-je fait des illusions ? Pourquoi m'avoir embrassé alors? Juste à cause du désir et non de l'amour?
Une douleur physique atroce apparaît me coupant immédiatement de mes pensées.
Je regarde mon bras, mais il n'y a rien, pourtant je sens un déchirement à cet endroit.
Comme si on venait de me griffer, cela se reproduit sur mon ventre et sur mes jambes.
J'ai l'impression que l'on est en train de me découper en morceaux et cela me fait crier de douleur durant plusieurs secondes.
Cette souffrance s'arrête aussi vite qu'elle est apparue.
Je me retrouve dans le noir complet en train de crier non plus de douleur, mais de peur.
Je me sens tomber, comme si j'étais dans un toboggan.
Suis-je en train de mourir?
Oui, je sais, Enfin ! Ma correctrice ne me donnant pas de nouvelles depuis 2 mois (et cela m'inquiète, car elle est adorable), j'ai décidé de corriger moi-même ce chapitre et je ne vous raconte pas à quel point cela a été compliqué xD. Mais j'espère qu'il n'y a pas beaucoup de fautes et que le chapitre vous a plu?
