" La vie est comme un jeu d'échecs : nous esquissons un plan, mais celui-ci est tributaire de ce que daignent faire l'adversaire aux échecs et le destin dans la vie. "

Citation de Arthur Schopenhauer


Nous étions en train d'attendre.
Le début de la fin.
Iris était venue nous rejoindre dans notre deuxième prison.
Elle c'était accrocher à moi comme à une bouée de sauvetage, heureuse de savoir que l'on était finalement tous en vie.
Armin, c'était excuser avant de l'embrasser, était-il vraiment amoureux d'elle ? Ou l'avait-il fait pour se faire pardonner?
Mais cela était la dernière de mes préoccupations.
Nous attendions la scène finale, la voix qui nous dirait qui a gagné et qui nous annoncerait que le jeu est fini.
Nous voulions juste savoir ce qui allait se passer après ça.
Pourquoi nos souvenirs étaient-ils aussi confus?
Que s'était-il passé après que l'on est monté dans le bus?

Je me sens nerveuse, et j'ai peur. Je tiens la main de Rosayla et d'Iris, et je n'arrive pas à faire autre chose à par regarder la pendule qui est incrusté dans le miroir, celui-là même qui a permis au mort de communiquer avec le chamane, et aussi celui qui nous retranscrit les images en direct du village.

Les petites aiguilles nous narguent, et parfois j'ai même l'impression qu'elles ne bougent pas.

Je n'arrête pas de penser à Vikctor, comme une obsession qui tourne et tourne dans ma tête.
Je me demande ce qu'il ressent pour moi, et si j'aurais l'occasion de lui demander une deuxième fois.

Je sens Iris qui ressert ses doigts autour des miens, et je regarde le miroir de la vérité. Il ne reste que quelques secondes avant la fin.

J'entends mon cœur battre contre mes oreilles, et j'ai chaud. Je me mords la lèvre juste avant qu'une voix retentisse :

- Le loup-garou blanc a gagné ! La Société Gamiv vous remercie d'avoir joué au"loup-garou de Thiercelieux" et espère vous retrouver prochainement pour une autre partie.

Là Société Gamiv? Qu'est-ce que ça veut dire?
Je regarde à côté de moi et remarque que Rosayla commence à devenir limpide. Je peux voir à travers elle comme si c'était un verre d'eau.
Je descends mon regard vers mes mains, et je me sens horrifier de les voirent disparaîtrent.

Je prends une grande inspiration et ouvre les yeux.
Le voile devant mes yeux se lève et je comprends enfin tout.

La capsule s'ouvre et je suis aveuglé par la lumière. Je mets mes mains devant mes yeux, avant de m'asseoir et d'observer ce qui se trouve autour de moi.

D'autres capsules sont à mes côtés et mes camarades de classe en ressortent aussi surpris que moi.

Je me souviens de tout, absolument tout.
Je me rappelle de ma mère, brune avec quelques cheveux blancs, des yeux clairs, qui était réticente à accepter de me laisser faire cette expérience.
De ma grande sœur, Agatha, complètement girly, toujours habiller en rose et qui adore se déguiser en fée quand elle en a l'occasion.
De mon médecin petit et grassouillet qui, il y a quelques semaines, m'a donné un papier d'autorisation comme quoi ma santé me permettait de participer à l'expérience.

Je me tourne vers la droite, ma capsule est reliée à une énorme machine, d'ailleurs toutes les capsules y sont reliées.

Je me souviens que notre école qui avait été contactée par la société Gamiv, que, celle-ci proposait une rémunération à l'école et aux élèves qui y participaient.
Mais bien sûr, il fallait avoir une autorisation des parents et du médecin traitant pour plus de sécurité.
Je me rappelle que notre classe avait été tirée au sort et que l'on avait quasiment tous accepter, car il y avait des avantages à la clé.
Priya avait été la seule de notre classe à ne pas avoir accepté, elle disait que les expériences, cela ne la rassurait pas. Elle avait une peau caramélisée, ses cheveux étaient châtains, et ces yeux d'un marron doux. Elle s'habillait toujours avec des vêtements colorés.

Ils nous avaient expliqué que l'expérience durerait sûrement une bonne partie de l'après-midi, mais que pendant notre sommeil la notion du temps ne serait pas réelle, et que la machine ferait avec, comme notre cerveau fonctionnera plus vite, avaient-ils dit pour nous rassurer.

Je pense que la seule chose qu'ils n'avaient pas prévue, ça serait que l'on perde une bonne partie de nos souvenirs, à part ceux qui nous reliaient avec les autres joueurs.

Quelques femmes vinrent vers nous, celle qui posa une main rassurante sur mon épaule me fit un sourire bienveillant.

- Bonjour, tu te souviens de moi? Me demande-t-elle.

Ses yeux verts et ses cheveux courts et noirs me rappellent un prénom qui immerge au fur et à mesure.

- Chinomimi ! Répondis-je, contente que mon cerveau se souvienne de plus en plus.

Je me souviens, c'est elle qui a fermé ma capsule en me disant que " tout se passerait bien", j'espère qu'elle est informée que ce n'est pas exactement ce qu'il sait passer.
Elle m'aide à me relever pour voir si je suis capable de marcher
et m'examine, avant de dire avec un air désoler :

- Nous sommes au courant que tout ne sait pas passer exactement comme prévu, et les développeurs et les ingénieurs vont venir vous voir à la cafétéria. On vous a préparé des remontants, aussi.

Je me fais la réflexion que si je n'avais pas retrouvé la mémoire, j'aurais sûrement perdu mon sang-froid et je me serais mis en colère contre elle, ou contre eux.

Mais ce n'est pas le cas, et nous avons tous signé en sachant qu'il y aurait peut-être un risque, c'est sûrement pour ça qu'ils ont choisi des adolescents, parce qu'ils savaient que l'on penserait plus à l'argent qu'au risque, à l'adrénaline plutôt qu'au danger.

Mes camarades se montrent coopératifs, et nous allons tous à la cafétéria. J'essaye de repérer mes autres amies, mais aussi principalement Vicktor.

Les murs sont principalement blancs, ou parfois gris. Comme les nuages, sûrement pour que l'on se sente plus serein.

Je remarque celui que j'aime s'asseoir loin d'ou je suis, mais je n'ai pas le temps de le rejoindre que Violette attrape ma main sous le regard des infirmières qui nous suivent.

Je soupire intérieurement, avant de me dire que je lui parlerais plus tard, maintenant que je sais que l'on est en sécurité et que l'on va rentrer chez nos parents.

Je m'assois et me sers généreusement sur la table, il y a des fruits, des brioches, du jus d'orange. J'ai l'impression de participer à un brunch, et cela ne fait aucun doute quand je vois du bacon.

Je remarque du coin de l'œil que des personnes arrivent, et je reconnais l'un des développeurs.
Je me souviens d'une question qui me taraude, je me tourne vers Violette pour la lui posé :

- Pourquoi tu n'as pas voté pour Vicktor pour la dernière journée? Tu aurais pu demander à Iris de le faire avec toi, et vous aurez gagné?

Elle baisse la tête avant de répondre avec une petite voix :

- Personne ne la vue, j'ai l'impression, mais ce jour-là, enfin dans le jeu, dit-elle avec un demi-sourire triste, je suppose que pendant qu'Iris était en train de cuisiner Dake, et que la caméra les filmait, eux, Vicktor est venue me voir pour me convaincre que c'était Dake, le dernier loup-garou.
- Et tu l'as cru? Dis-je choqué, enfin je veux dire, Rosayla t'avait dit de le tuer.
- Je sais, dit-elle, mais je n'étais pas sûr à 100% et il avait de très bon argument, je t'assure.

Je le regarde, interdite.

- Je sais qu'il doit succéder à son père après les études, m'avoue-t-elle, et je t'assure qu'il le fera sans aucun problème, il est très doué pour brosser dans le sens du poil et te faire faire ce qu'il veut.

Est-elle en train de me dire qu'il est un bon manipulateur? Elle écarquille les yeux, avant de dire :

- Je ne suis pas en train de dire qu'il a joué avec toi, dit-elle pour se rattraper, il t'aime sans aucun doute, car il a essayé de te préserver jusqu'à la fin. Mais le fait que tu ne sois plus là, ne l'as pas rendu suicidaire. Il a la compétition dans le sang Lynn, et il n'a pas l'air du genre à se laisser aller ou à abandonner.

Ces mots me ramènent sur terre, je ne suis pas indispensable à sa vie, mais il m'aime.
Et peut-être que cela me suffit? C'est vrai, je ne veux pas être un fardeau pour lui, mais il tient assez à moi pour essayer de me protéger du mieux possible sans se mettre lui-même en péril.

Une voix masculine dans un micro me coupe de mes réflexions.

- Grâce aux données que nous avons analysées toute l'après-midi, nous savons qu'il y a eu quelques complications, et vous serez dédommagé comme sur le contrat à cause de cela.
En attendant, après que vous aurez fini de manger, il faudra remplir un questionnaire spécialement préparé pour vous, et nous aimerions vous voir un par un pour que vous puisez nous donner vos bonnes et mauvaises impressions.

Il s'arrête là, avant de nous souhaiter bon appétit et de partir avec ses autres collègues.
Je déguste mon repas, tout en réfléchissant à ce que je vais pouvoir leurs dires.