Et voilà la suite (que j'avais presque oublié au fin fond d'un dossier... ^^') !
Merci pour les commentaires et d'avoir suivi
Bonne lecture :)
Gauvain fut brutalement ramené dans le monde éveillé par les cris enragés d'Arthur.
« OU EST-IL PASSE BORDEL ?! »
« Je ne sais pas Sir, il n'est pas en bas. Peut-être est-il juste sorti un moment. » Léon essayait de calmer son Roi, mais son plan tomba à l'eau lorsque Perceval entra brusquement dans la chambre.
« Le cheval de Merlin n'est plus là ! » Le grand chevalier se figea sur place lorsqu'il vit l'air féroce sur le visage d'Arthur, et même Gauvain, encore à moitié endormi qu'il était, sentit un frisson d'inquiétude lui parcourir la colonne vertébrale.
« Où est-il ? » Arthur avait parlé dans un murmure qui était en quelque sorte plus effrayant encore que ses hurlements de tout à l'heure.
« Peut-être, » commença Gauvain avec détermination, « devrions-nous le laisser partir. »
Léon vacilla. Elyan hoqueta. Perceval ouvrit la bouche béatement. Si Gauvain avait été plus réveillé peut-être qu'il n'aurait pas dit ça. Mais après tout, peut-être qu'il l'aurait dit. En tout cas, il sentit son esprit ensommeillé et engourdi commencer à s'aiguiser alors que son Roi dirigeait toute la force de sa fureur sur lui.
Oh oh.
« Vous savez où il est parti, » siffla le Roi. « Vous allez me dire où il est, tout de suite, sinon Gauvain je jure de vous envoyer au pilori pendant un mois. »
Gauvain pouffa et s'assit le dos droit. « Même Merlin a arrêté de prendre cette menace au sérieux il y a quelques années déjà, vous ne pouvez pas croire que cela va fonctionner avec moi ? Et même si je vous disais où il allait, que feriez-vous ? Le traîner jusque Camelot pour l'exécuter ? Je ne trahirai jamais sa confiance. »
« Je suis votre Roi et vous allez m'obéir ! »
« La dette de loyauté et d'amitié que je dois à Merlin surpasse de loin n'importe quelle obéissance que je vous dois. Je luis dois bien plus que ce que je ne pourrais jamais rembourser, tout comme vous. » Gauvain regarda son Roi avec méfiance et défi. « Il nous a sauvé la vie à tous, pourquoi ne pouvons-nous pas le laisser en paix ? »
La fureur d'Arthur sembla se tasser un peu, et il s'assit sur son lit. « Je ne veux pas l'arrêter, je veux juste lui parler. S'il vous plaît Gauvain, je veux juste lui parler. » Le regard sérieux d'Arthur brûla la conscience de Gauvain, et le chevalier sentit une once de pitié pour son Roi. Merde.
« Vous devez jurer sur votre honneur que vous ne lui ferez aucun mal. »
Gauvain regarda droit dans les yeux d'Arthur, essayait de mesurer son âme.
« Je jure, sur mon honneur de chevalier, que je ne ferais pas de mal à Merlin. »
Gauvain hocha doucement la tête, puis il soupira. Il ne pouvait voir aucune supercherie dans le regard bleu d'Arthur.
« D'accord. Il se dirigeait vers Ealdor, il est parti tard hier soir donc il y sera probablement déjà arrivé. »
Arthur sauta du lit et parcourut la pièce comme une rafale en mouvement. « Elyan, Léon, escortez Lord Elsren jusqu'à Camelot et informez Guenièvre de ce qu'il s'est passé. Seulement Guenièvre, et peut-être Gaius, personne d'autre. C'est valable pour vous aussi Lord Elsren, vous n'avez pas le droit d'en parler à qui que ce soit d'autre. Je déciderai de ce que je dirais à la cour lorsque je reviendrai. Gauvain, Perceval, vous m'accompagnez à Ealdor. Nous partons maintenant. »
Gauvain trébucha de son lit improvisé sur le sol et se demanda pourquoi il ne pouvait jamais se réveiller de manière plaisante.
Arthur chevaucha à une allure effrayante presque égale à celle téméraire de la veille. Une fois de plus, ils mangèrent en selle. L'attention de Gauvain était principalement portée sur son cheval mais à chaque fois qu'il apercevait un éclat du visage d'Arthur, le Roi paraissait soit déterminé, soit furieux, soit brisé.
Ils atteignirent Ealdor en milieu d'après-midi. C'était un petit village fermier, complètement banal sauf que Merlin avait grandi ici. Gauvain n'avait aucune idée d'où aller, mais Arthur marcha avec détermination jusqu'à une porte de l'une des petites maisons, une avec un jardin particulièrement joli. Le Roi ignora les appels accueillants des villageois qui semblaient le connaître. Il toqua fermement contre la porte.
La porte fut ouverte par une femme assez petite vêtue d'une robe et d'un couvre-chef simples mais pratiques. Gauvain pensa qu'elle avait sûrement dû être magnifique lorsqu'elle était jeune, mais l'âge et le souci avait laissé leurs marques sur son visage. Ses yeux bleus brillaient de gentillesse et d'humour, comme ceux de Merlin, et Gauvain sut que cette femme devait être sa mère.
Ses yeux s'écarquillèrent et elle haleta lorsqu'elle vit Arthur debout à sa porte. « Votre Majesté ! Je… ne vous attendais pas. Je ne peux pas vous inviter pour le moment, j'en suis navrée… hum… »
« Hunith, » la coupa Arthur, « tout va bien. Je sais qu'il est là, je veux juste lui parler. »
La porte s'ouvrit un peu plus lorsque Merlin vint se tenir derrière sa mère, une main sur son épaule. Il portait une chemise de nuit et il avait l'air épuisé avec ses cheveux ébouriffés.
« Arthur, » chuchota Merlin. « Je suppose que ce serait mieux si vous veniez à l'intérieur. »
Mère et fils se déplacèrent pour laisser passer le Roi, et Merlin tourna son regard vers Gauvain. Ce dernier haussa simplement les épaules et lui lança un regard coupable. « Désolé Merlin, mais il serait venu ici de toute façon, et vous avez besoin de parler tous les deux. Il n'est pas là pour t'arrêter, s'il essaie je présenterai sa tête à mon poing. »
La bouche de Merlin se releva dans un demi-sourire. « Merci, Gauvain. Est-ce que ça vous dérangerait d'attendre à l'extérieur ? J'ai le sentiment qu'Arthur a beaucoup de choses à me dire et qu'une bonne partie ne sera pas plaisante. »
Gauvain et Perceval hochèrent la tête, et Hunith réussi à sortir de la maison avec des bols de bières pour elle et les chevaliers. Les trois s'assirent sur le porche et essayèrent de ne pas laisser leurs oreilles trainer et écouter le Magicien et son Roi.
Alors qu'Hunith et Perceval discutaient poliment et doucement, Gauvain attrapait quelques bribes de la conversation prenant place à l'intérieur de la maison.
« Quel bordel… comment as-tu… une lettre ?! »
« Je suis désolé… imbécile aveugle… ma vie ! »
« Pourquoi… dis-moi idiot… ami… trahir…utiliser de la magie ! »
« Je… vous n'oseriez pas… crétin royal ! »
Il y eu un lourd crash et un couinement dans le fond et Gauvain commença à s'inquiéter pour la sécurité de ses amis.
« Ne devrions-nous pas intervenir ? » demanda-t-il.
« Tu ne… confiance… menteur ! »
« Si… Arthur ! » (Crash, thump)
Hunith lui sourit calmement. « Je ne suis pas inquiète, » déclara-t-elle tranquillement. « Merlin est plus que capable de prendre soin de lui, et il ne laisserait jamais quelque chose arriver à Arthur. Laissez-les faire ce qu'ils doivent. »
Gauvain restait tout de même inconfortable alors que les cris augmentaient et que les bruits de casse devenaient plus fréquents, mais il fut rassuré par la confiance d'Hunith.
« Alors, Sir Gauvain, Merlin m'a dit que vous étiez un aventurier… »
Lorsqu'Arthur émergea finalement de la maison de Merlin, il avait un œil au beurre noir et une expression furieuse, complémentaire à la lèvre fendue et la mine renfrognée de Merlin.
« Nous partons, » gronda le Roi, et Perceval sauta sur ses pieds. Gauvain l'entendit remercier Hunith pour son hospitalité alors qu'il marchait vers Merlin et posait une main sur son épaule.
« Tu vas bien, mon ami ? »
Merlin sauvegarda un sourire triste pour son ami. « Je vais bien. Il voulait que je rentre à Camelot, mais il ne changera pas les lois. Je veux revenir, je le veux vraiment, mais je ne serais pas la seule exception à une règle alors que d'autres continuent de souffrir. »
Gauvain sentit la colère commencer à brûler doucement dans son cœur. Il avait pensé qu'Arthur était un gouverneur juste, mais cette solution ne montrait qu'illogique et favoritisme. Ses sentiments durent se voir dans ses yeux, puisque Merlin posa une main réconfortante sur son épaule à son tour.
« Laisse-lui du temps pour qu'il réfléchisse à tout ça. Il est toujours sous le choc. C'est un bon roi, mais il est toujours le fils d'Uther. Il verra les choses plus clairement lorsqu'il sera temps. »
La chevauchée jusqu'à Camelot fut solennelle et silencieuse. A environ une heure d'Ealdor, Arthur sauta de cheval, lança ses rênes à Perceval et s'enfonça dans les bois. Gauvain entendit un hurlement de rage étouffé et un thump. Il bougea sur sa selle, mal à l'aise, et échangea un regard inquiet avec Perceval.
Arthur émergea des bois quelques minutes plus tard, avec des yeux rouges et ses phalanges abîmées, mais pour une fois Gauvain vit le signal de Perceval et ne dit rien.
Les semaines suivantes furent longues et difficiles pour les chevaliers. Arthur était constamment d'une humeur massacrante, et il l'exprimait sur eux sur le terrain d'entraînement. Il était particulièrement dur avec Gauvain, qui continuait de défendre Merlin à chaque fois que le sujet de la magie était évoqué. Gauvain savait qu'il ne faisait que provoquer les ennuis, mais ça ne l'avait jamais dérangé avant. Comment pourrait-il faire moins pour son véritable ami le plus ancien ?
Plusieurs jours après qu'ils soient revenus à Camelot, Arthur passa une journée entière enfermé avec Gaius dans les appartements du physicien. Après ça, Gauvain trouva qu'il était moins énervé mais plus triste, mais sa colère restait juste sous la surface. Gauvain ne pouvait pas s'habituer à la sensation étrange de voir le Roi sans son ombre aux cheveux noirs, et apparemment le Roi ne le pouvait pas non plus.
Trois semaines après qu'ils se soient échappés, Arthur et ses chevaliers retournèrent au château d'Ancel avec une armée. Le combat fut court et brutal, et Arthur en sortit victorieux mais pas triomphant. Ancel avait fui, et ça semblait être une victoire vide sans Merlin pour la célébrer.
Deux semaines plus tard, Arthur déclara sa souveraineté sur les terres d'Escetia, et Gauvain commença à s'inquiéter. Ealdor était techniquement sous le règne d'Arthur maintenant, et Arthur n'avait pas changé les lois concernant la magie.
Cette nuit, Gauvain but un peu de liquide pour se donner du courage et partit demander à Arthur ce qu'il comptait faire à propos de Merlin. Depuis qu'ils s'étaient échappés, mentionner le nom de Merlin en face du Roi était devenu tabou.
Des ragots sur la sorcellerie de Merlin s'était répandu rapidement parmi la cour (probablement grâce à Lord Elsren), et les chevaliers avaient raconté l'histoire de leur évasion de chez le Roi Ancel pour essayer de contrer les rumeurs perfides. Arthur avait refusé de parler de Merlin à qui que ce soit, et la dernière personne à avoir osé demander à propos de son serviteur avait été jetée dans le cachot pendant une nuit. Seule Gwen semblait immunisée contre sa colère.
Gauvain prit une grande inspiration et toqua contre la porte du bureau du Roi. Il attendit un moment, puis il entendit une voix d'homme parler un langage étrange, et un thump étouffé. Alarmé, le chevalier poussa la porte et chargea à l'intérieur.
La première chose que Gauvain vit fut le corps inconscient d'Arthur sur le sol près de son bureau. Debout au-dessus de lui, un petit homme nerveux avec des yeux jaunes brillant. Gauvain dégaina son épée et se précipita sur le sorcier, mais l'homme leva simplement la main et cria quelque chose, et Gauvain sentit ses pieds quitter le sol et une force invisible l'envoya voler dans le couloir. Le temps qu'il se remette sur ses pieds et qu'il charge de nouveau à l'intérieur, Arthur et le sorcier avaient tous les deux disparu.
Les gardes furent appelés et des patrouilles envoyées dehors, mais Gauvain savait qu'ils ne retrouveraient pas le Roi de cette façon.
Après avoir ordonné à Léon de diriger le groupe à la recherche d'Arthur et de son kidnappeur, Gwen prit Gauvain à l'écart, dans un couloir vide.
« Gauvain, » dit-elle, ses yeux noirs brûlants les siens et son visage magnifique tendu par l'inquiétude. « J'ai besoin de que vous chevauchiez jusqu'à Ealdor, aussi vite que possible, et alliez chercher Merlin. J'ai peur qu'il ne soit le seul véritable espoir qu'Arthur ait, nous n'avons aucun moyen de vaincre un puissant sorcier. Dépêchez-vous ! »
Gauvain se dépêcha. Et si galoper dans les ténèbres était dangereux, il était reconnaissant d'avoir la lumière de la pleine lune pour l'éclairer. Il arriva à la porte de Merlin plusieurs heures avant l'aube, épuisé et à bout de nerf. Après plusieurs minutes de désespoir à frapper et hurler, Merlin ouvrit la porte, ayant l'air fatigué et irrité.
« Gauvain ! » s'exclama-t-il. « Que ce passe-t-il ? »
Gauvain expliqua aussi vite qu'il pouvait, et à la fin, les yeux de Merlin étaient brûlants de fureur. Il adressa quelques mots rapides à sa mère puis attrapa le bras de Gauvain et, toujours en chemise de nuit, amena le chevalier au bord du village.
« Où allons-nous ? »
« Secourir Arthur. »
« Mais tu ne sais pas où il est ! »
« Je sais toujours où il est, » fut la réponse laconique avant qu'ils ne disparaissent tous les deux dans un tourbillon.
Gauvain haleta et tomba à genoux alors qu'ils réapparaissaient dans une ancienne et sombre forêt.
« Un léger avertissement la prochaine fois, mon ami ! »
« Désolé, ce sort peut être quelque peu déconcertant la première fois. » murmura Merlin.
« Quelque peu déconcertant ?! J'ai l'impression que mon estomac vient de sortir de mes narines ! »
« Chuut, » l'intima Merlin, « Arthur est dans la grotte juste devant. »
Gauvain essaye de faire taire sa respiration et avança dans la forêt, remarquant finalement une entrée sombre en face d'eux. Merlin ressemblait à un fantôme dans sa chemise de nuit pâle alors qu'il se déplaçait vers la grotte.
« Tu as un plan ? » chuchota Gauvain.
« Tuer le bâtard et ramener Arthur à la maison. »
« Simple, j'aime ça. »
A l'entrée, ils pouvaient apercevoir une faible lueur de feu qui provenait du fond de la grotte. Ils avancèrent prudemment jusqu'à ce qu'ils entendent un cri d'agonie, et ils coururent.
Le sang de Gauvain se glaça à la vue qui accueillit ses yeux au fond de la grotte. Arthur était enchaîné au mur de pierre, nu et couvert de brûlures hideuses. Son bras droit était clairement cassé et son visage était abîmé et si gonflé que le chevalier ne pouvait dire s'il était conscient ou non. Le sorcier qui l'avait enlevé était appuyé négligemment contre le mur opposé, semblant ennuyé, et l'ancien Roi d'Escetia, Ancel lui-même, était en train de faire chauffer un tisonnier d'acier.
Merlin hurla, outré, et ses yeux brillèrent d'une lueur dorée. Ancel et le sorcier reculèrent tous les deux, choqués, mais se remirent vite d'aplomb. Gauvain chargea en avant et engagea Ancel, épée contre tisonnier. Ancel était un combattant compétent, mais il ne faisait pas le poids contre Gauvain. Le chevalier fit voler le tisonnier hors de la poigne de son adversaire et le transperça.
L'ancien roi tomba à genoux et mourut en hoquetant sur le sol. Gauvain ne ressentait qu'une pleine satisfaction et une envie de sang.
Il se retourna et resta béat lorsqu'il vit Merlin entourant l'ennemi avec un cercle de feu dansant. Le sorcier avait reculé jusqu'au mur et avait levé ses mains dans une faible tentative pour se protéger du magicien enragé.
« Sais-tu qui je suis ? » cingla Merlin.
« Emrys ! » couina le sorcier, « Tu es Emrys ! Oh bon Dieu, épargne-moi je t'en prie, je n'ai jamais voulu t'offenser, s'il te plait, je ne veux pas mourir ! »
« J'épargnerai ta vie, » déclara Merlin, « mais pas ta magie. » Le sorcier cria de douleur alors qu'un nuage doré s'évaporait de sa peau, puis il s'écroula, haletant, sur le sol.
« Passe le mot, » continua Merlin, « Arthur Pendragon est sous ma protection, et quiconque voudra lui faire du mal endurera ma colère. Est-ce que tu comprends ? »
L'ancien sorcier hocha frénétiquement de la tête.
« Bien, » dit Merlin, « maintenant cours. »
Le sorcier courut.
Gauvain regarda Merlin avec choc. Il était plus qu'un peu apeuré par l'air féroce sur le visage du magicien. Il était content que Merlin soit son ami et non son ennemi. Merlin avait toujours eu l'air doux et amical, mais Gauvain avait toujours su que le serviteur avait un mental d'acier. Ce qu'il n'avait pas su, c'est que son ami était si puissant, ou si horriblement terrifiant.
Merlin se tourna et courut jusqu'aux côtés d'Arthur, le libérant de ses chaînes et laissant son corps mou tomber dans ses bras. Le roi grogna de douleur.
« Swefe Nu, » murmura Merlin, et Arthur sombra dans l'inconscience.
Les yeux de Merlin brillèrent, et il porta Arthur aussi facilement qu'il aurait porté une cape ou un oreiller. Il rapprocha le Roi plus proche de son torse, faisant attention à ses blessures, et commença à marcher en-dehors de la cave sans un regard vers le corps d'Ancel.
Gauvain le suivit rapidement.
Ils montèrent un campement dans une petite clairière à plusieurs lieues de la cave. Merlin déposa doucement Arthur sur la cape de Gauvain, et le chevalier observa, fasciné, lorsqu'il posa ses mains sur les brûlures d'Arthur et qu'il les soigna une par une avec la lumière d'un globe bleu qu'il avait invoqué. Après que Merlin ait fini avec les brûlures et les coupures, il s'assit sur ses talons, ayant l'air épuisé.
« Gauvain, j'aurai besoin que tu le tiennes fermement. Je vais remettre son bras droit et le soigner. »
Gauvain hocha la tête et bougea pour attrapa l'épaule d'Arthur. Arthur jura quand Merlin remit l'os et qu'il le soigna avec un murmure. Lorsque la douleur disparut finalement, son corps se relaxa et il sombra dans un sommeil naturel. Merlin enveloppa le corps nu d'Arthur dans la cape et fit reposer la tête du Roi sur son bassin.
« Gauvain, pourrais-tu aller chercher du bois pour le feu ? »
« Bien sûr, » répondit Gauvain, et il s'éloigna pour donner à son ami un peu d'intimité.
Alors qu'il quittait la clairière, il entendit faiblement Merlin murmurer à son Roi. « Je suis désolé, je suis tellement, tellement désolé Arthur. Je n'aurais jamais dû vous laisser seul… » Gauvain marcha plus vite.
Lorsque le chevalier revint avec les bras remplis de bois, Merlin regardait pensivement le ciel, la tête d'Arthur toujours sur ses cuisses. Gauvain déposa la haute pile de bois au centre de la clairière et Merlin l'alluma facilement avec un flash de ses yeux.
Gauvain s'assit à côté du magicien, près du feu. Ils étaient presque à deux heures de l'aube, la partie la plus froide de la nuit. La lune était déjà couchée, mais les étoiles brillaient clairement au-dessus d'eux.
« Est-ce qu'il va s'en remettre ? » demanda Gauvain.
« Il ira bien, » répondit Merlin. « Il a juste besoin de repos, son corps à traverser beaucoup de choses ce soir. » Alors qu'il parlait, la main de Merlin se baladait tendrement dans les cheveux d'Arthur, et le Roi soupira de contentement et se rapprocha. Merlin sourit amoureusement, un kaléidoscope de tendresse et de dévotion brillant dans ses yeux.
Ils restèrent assis dans un silence confortable pendant un moment, jusqu'à ce que Gauvain ne puisse plus retenir sa curiosité.
« Pourquoi ce sorcier t'a-t-il appelé "Emrys" ? Et pourquoi est-ce que ça lui a fait si peur ? »
Merlin regarda de nouveau Arthur, ses doigts n'arrêtant pas leurs doux mouvements dans son cuir chevelu. Il soupira.
« Il y a longtemps, l'oracle le plus respecté des druides créa une prophétie. Il dit que lors d'un temps envahit d'obscurité viendrait le Roi Passé et Futur, le meilleur roi à avoir jamais existé. Il unirait la terre d'Albion sous un seul règne et le ferait rentrer dans un âge d'or de paix et de prospérité. Il serait guidé et protégé par Emrys, le plus puissant sorcier à avoir jamais existé, et ensemble ils ramèneraient la magie dans le royaume. Je suis Emrys, et Arthur est le Roi Passé et Futur. »
Gauvain resta béat devant lui. « Je savais que tu étais puissant, mais le plus puissant sorcier à avoir jamais existé ? Merlin, tu m'as caché des choses. » Il tourna son examen sur l'homme dormant sur le bassin de Merlin. « Et tu es sûr que Princesse ici présente est le Roi Passé et Futur ? Il est mieux que la plupart des nobles, je l'admets, mais il est loin d'être parfait. »
« Personne n'est parfait Gauvain. Il n'est pas encore le Roi de la prophétie, mais il pourrait l'être. Il a un esprit juste et un cœur doux, et il est absolument dévoué à son peuple. Il est l'unique. » Merlin en était si certain que Gauvain ne put en douter.
« Tu l'aimes. »
« Oui, je l'aime. » Merlin lui sourit. « Je ne l'avais encore jamais dit à personne. »
« Je pense, » commença doucement Merlin après un moment, « que j'ai toujours été fait pour l'aimer. Ma vie a été entièrement choisie par la Destinée, et mon destin est de protéger Arthur. Je le protège de mon mieux parce que je l'aime, et je l'aime parce que c'est le meilleur moyen de le protéger. »
« Tu ne te sens jamais piégé par cette prophétie ? » Gauvain se demandait comment Merlin pouvait être aussi satisfait du fait que sa vie avait déjà été déterminée. « Ça sonne comme si tu n'avais jamais eu le choix. »
« Est-ce que qui que ce soit choisit pour qui il tombera ? » Merlin se tourna pour observer Gauvain, et le chevalier fut surpris de voir à quel point les yeux de Merlin paraissaient vieux à ce moment, vieux et sages. « La Destinée est une chose marrante. Personne ne peut la choisir, une poignée peuvent la savoir et personne ne peut la combattre, et pourtant… même si je n'avais pas su qu'Arthur était ma destinée, je serais tombé pour lui de toute façon. Je suis qui je suis et il est qui il est, et au moment où nos chemins se sont croisés ça a été inévitable. J'ai fait la paix avec ma destinée il y a longtemps. »
« Merlin… tu mérites d'être heureux. Tu mérites d'avoir quelqu'un qui t'aime autant que tu l'aime. »
« Mais je suis heureux. » Merlin eut l'air surpris. « Tant qu'il sera sauf et bien, je pourrai être heureux. Et il m'aime, à sa façon. C'est suffisant. » Le magicien fit une pause et lança un nouveau regard aux étoiles. « Parfois je rêve… mais ça ne pourra jamais. Son amitié est ce que j'ai toujours pu espérer et maintenant je ne l'ai même plus. »
« Pourquoi tu ne pars pas, tout simplement ? Commencer une nouvelle vie ailleurs. Tu pourrais t'en aller, trouver quelqu'un à aimer et qui t'aimera en retour. Avec tes capacités, tu seras le bienvenu dans n'importe quelle cour en-dehors de l'influence de Camelot. »
« Je ne peux plus le laisser Gauvain, il a besoin de moi. Regarde ce qu'il s'est passé et je n'étais absent que depuis quelques semaines ! J'ai été la seule défense de Camelot contre les attaques magiques pendant des années. De plus, » Merlin continua, « j'ai également besoin de lui. » Il se tourna pour regarder de nouveau Gauvain, son regard suppliant le chevalier de comprendre.
« Je suis puissant, Gauvain, vraiment puissant. Je peux bouger des montagnes, faire geler des rivières, commander le vent et la pluie, invoqué le feu. J'ai assez de pouvoir pour raser des royaumes entiers et n'en laisser que de la poussière. Autant de pouvoir… ça peut être comme un poison. Pas la magie en elle-même, mais la tentation qu'elle représente. Si je décidais de me nommer Roi, personne ne pourrait m'arrêter. Les seules lois qui peuvent me restreindre sont les lois que je choisis de suivre. Ce serait tellement facile de simplement prendre ce que je veux, de commencer à me considérer comme plus qu'humain. »
Merlin frissonna, et Gauvain ne put empêcher le frisson de sa propre colonne vertébrale en retour. « J'ai fait des choses… J'ai dû faire des choix qui ont mangé une partie de mon âme. J'ai tué beaucoup de fois. Parfois, j'ai peur que mon cœur ne devienne si dur et si froid que je me perdrai complètement. » Merlin prit une grande inspiration. « Arthur est mon lien, il me ramène lorsque je pars trop loin, même s'il ne le sait pas. Je sais que je suis encore humain, parce que si je l'aime aussi fort, si ça peut me faire aussi mal, c'est que je ne peux être rien d'autre qu'humain. »
Merlin fit une pause, contemplatif. « Je ne sais pas ce que je ferais si je venais à le perdre un jour. Ma pire crainte est que je deviendrais comme Uther, si perdu dans ma peine que je me vengerai sur des milliers de personnes innocentes. Arthur m'a donné un but lorsque j'étais perdu. Il met en valeur les meilleures parties de moi. Le servir me rend meilleur que je ne le suis. »
Gauvain resta assis en silence, alors qu'il repensait aux paroles de Merlin. « C'est drôle, » répondit-il, « mais c'est exactement ce que je pensais que tu faisais pour lui, et non l'inverse. Tu as été celui qui a empêché le pouvoir de lui monter à la tête. Tu as fait ressortir les meilleures parts de lui, tu l'as rendu meilleur que tous les nobles que j'ai un jour rencontrés. Tu l'as empêché de devenir comme son père. Mais Merlin, » continua Gauvain, regardant droit dans les yeux de son ami, « je ne pense pas que tu pourrais un jour devenir comme Uther. Tu aimes sûrement Arthur, mais il n'est pas le seul dans ton cœur. Tu aimes tout Camelot, comme Arthur le fait. »
Merlin sourit avec gratitude. « Il y a des années, le Grand Dragon m'a dit qu'Arthur et moi étions les deux faces d'une même pièce. Je ne l'ai pas cru à ce moment-là, mais plus je vieillis et plus je réalise à quel point il avait raison. »
« Le Grand Dragon ? Le dragon qu'Arthur a tué ? »
« Hum… Oui, ce dragon. J'avais l'habitude de lui rendre visite, lorsqu'il était enfermé sous le château. Il a été le premier à me parler de ma destinée, même si je l'ai entendu de beaucoup d'autres depuis. A ce moment-là, je ne l'ai pas cru. » Merlin rit doucement, perdu dans ses souvenirs.
Alors que le soleil se levait lentement sur la forêt, le chevalier et le magicien parlèrent de beaucoup de choses, importantes et moins signifiantes. Ils parlèrent du passé et du futur, de la magie et du pouvoir, des fous et des rois. Gauvain savait que Merlin lui avait enseigné bien plus à propos de l'amour et de la loyauté durant cette nuit qu'il n'en avait appris durant toute sa vie. Et s'il avait remarqué que l'homme emmitouflé et en sécurité sur les cuisses du magicien n'était en fait pas endormi, il ne dit rien. Il y a des leçons que même les rois doivent apprendre.
Au petit matin, Merlin les transporta magicalement tous les trois à Camelot, et Arthur fut accueilli par les bras de sa Reine qui pleurait de joie. Merlin, lui, fut pris dans l'embrassade de son mentor et père adoptif. Gauvain vomit (le transport magique était abominable) et fut ensuite acclamé comme un héros et accueilli par ses frères d'arme. Il ne pouvait pas demander pour un meilleur retour à la maison.
Plusieurs jours et beaucoup de discutions houleuses plus tard, Arthur supprima le bannissement de la magie, et Gauvain n'avait jamais vu Merlin aussi heureux.
Arthur fit de Merlin son Sorcier de la cour, et bien que l'amitié d'Emrys et du Roi Passé et Futur devint légendaire, Gauvain ne les entendit jamais parler de ce qu'Arthur avait entendu cette nuit-là dans les bois.
Merlin n'en parla plus non plus à Gauvain, mais le chevalier pouvait voir l'amour dans ses yeux à chaque fois que le magicien regardait son Roi. Parfois, il pensait pouvoir voir le même sentiment profond reflété dans les yeux d'Arthur, mais il ne le mentionna jamais.
Durant toutes leurs années d'amitié, Gauvain appris beaucoup de choses de Merlin. Comment voler de la nourriture supplémentaire dans les cuisines. Comment être un bon ami. Comment avoir un foyer permanent. La valeur des secrets et du silence. Comment faire un ragout de lapin décent. Les meilleurs moyens de rendre Arthur totalement fou. Quand parler et quand se taire. La vraie nature de la magie. Mais la plus importante leçon que Merlin lui ait jamais enseignée était que l'amour n'était jamais mauvais. L'amour pouvait construire un royaume ou en détruire un. L'amour pouvait démarrer une guerre ou en finir une. L'amour pouvait vous donner de la force ou vous rendre faible. Personne ne peut choisir qui il aime. Mais l'amour en lui-même n'est jamais mauvais. L'amour est ce qui fait de nous des humains, ce qui rend la vie intéressante à vivre. L'amour est la meilleure part de nous, donnée à quelqu'un d'autre.
L'amour peut être euphorique ou amer, mais il n'est jamais mauvais.
Il y a de l'amour dans ton corps mais tu ne peux le garder dedans
Il déborde de tes yeux et se répand sur ta peau
Les touchés les plus tendres laissent les marques les plus noires
Et les baisers les plus affectueux brisent les cœurs les plus durs
Il y a de l'amour dans ton corps mais tu ne peux l'exprimer
Il reste prisonnier de ta tête et ne sortira pas de ta bouche
Il est collé à ta langue et se voit sur ton visage
Car les mots les plus doux ont le goût le plus amer.
~ Hardest of Hearts, by Florence + The Machine (Traduction des paroles)
C'est donc la fin de cette traduction :)
Merci de l'avoir lu ! Et n'hésitez pas à aller voir l'oeuvre originale :D
A bientôt
