Hellooooo bande de gens ! Me voici de retour (pour vous jouer un mauvais t- /SBAFF!)

Comme vous le voyez, je ne suis pas morte, loin de là ! Et Nakama non plus ! Bien au contraire, la fic fait peau neuve à partir du chapitre suivant, celui-ci n'ayant connu que de légères modifications, rien de bien méchant ~

Bref, je vous laisse à votre lecture / relecture, quand à moi je m'en vais retourner à l'assaut de mon clavier pour vous livrer le prochain chapitre au plus vite.

A plus !:3


Chapitre Quatrième - Chopper.


La pluie tombait en continu, trempant ses vêtements, les rendant terriblement plus lourds, comme son corps l'était devenu à la suite des trop nombreux coups qu'il avait encaissé. Le ruissellement des gouttes froides sur sa peau ne parvenait pas à faire disparaître le flot écarlate s'échappant de ses plaies béantes, brûlées par le brasier de ce qui restait d'il ne savait quel bâtiment naval et les embruns salés dont le vent marin se faisait un plaisir de le recouvrir.

Il avait mal, il avait froid. Il lui semblait que son être tout entier n'était que douleur tandis que le monde autour de lui ne se résumait à présent qu'à de vagues tâches de couleurs aux contours flous, conséquence sans doute du passage de la lame de son adversaire trop près du seul œil lui permettant encore de voir.

D'un mouvement brusque, il arracha les manches de son kimono trempé qui ne faisaient que ralentir ses gestes et laissa les morceaux de tissus tomber au sol.

Des formes indécises qu'il ne pouvait plus nommer, il perçut le mouvement d'un trait d'ébène qu'il ne pu éviter, le laissant lui trancher le flan gauche de bas en haut, faisant monter d'un cran encore une douleur qu'il pensait être à son paroxysme.

Se retenant tout juste d'hurler cette dernière, il posa un genoux à terre et tenta de rendre à son souffle désordonné un semblant de régularité. Se faisant, il serra d'avantage ses mâchoires autour du manche de son précieux sabre blanc, refusant de le lâcher.

Pas encore. Il n'avait pas encore perdu.

La preuve, il était encore en vie.

Et les autres aussi. Il le savait. Ses tripes lui le répétaient inlassablement depuis l'instant où il avait vu le Sunny Gô se fendre en deux. La dernière image nette sur laquelle il lui eu été donné de poser son regard d'ailleurs.

Il le savait. C'était comme une évidence. Il ne pouvait en être autrement. Ils étaient vivants.

Et Luffy serait bien capable de le ramener d'entre les morts s'il lui prenait la mauvaise idée de perdre la vie lors de ce combat, juste histoire de lui coller une dérouillée magistrale pour ne pas avoir tenu sa promesse. Sans parler de l'autre sorcière des mers qui pleurerait à jamais son argent perdu. Ou d'Usopp et Chopper qui n'auraient plus aucun abri de dernier recourt derrière lequel se planquer lorsqu'un blond aux sourcils tordus et limite psychopathe viendrait leur botter les fesses pour avoir saccagé son repas. Face de citron qui lui aussi d'ailleurs, n'aurait plus l'occasion d'essayer en vain de lui coller sa semelle en plein visage pour lui arracher sa ''sale tronche de marimo''. Et Franky et Robin ne seraient plus obligés de lui ramener une bonne bouteille par semaine pour qu'il taise ce qu'il avait un soir entrevu dans la salle de bain. Tout comme lui-même n'aurait plus à résoudre le casse-tête que devenait Brook lorsqu'il tentait de rester en tailleur plus d'une dizaine de minutes, résumant le sac d'os à un paquet bien trop encombrant qu'il finissait presque toujours par balancer par la fenêtre de la vigie, de préférence sur le chemin d'une furie rousse où d'un cuistot de merde.

Alors non, juste histoire de ne pas se faire massacrer par son capitaine et de continuer encore un bon moment à cohabiter avec le reste de cet équipage de fous furieux, il n'avait pas l'intention de rendre l'âme ici et maintenant.

Son souffle revenu à la normale, il se redressa et raffermit sa prise sur ses lames, laissant ses yeux se clore. Il sentit rapidement la texture poisseuse du sang se glisser sous sa paupière avant d'être en partie balayée par le rideau d'eau fouettant son visage. Ce qu'il ignora. Comme il décida -ou du moins essaya- ensuite d'ignorer la douleur irradiant de tout son corps, le froid mordant ses membres, le tumulte de l'océan et des gouttes s'y écrasant.

Il ne sentait à présent que le léger tremblement de son épée maudite dans sa paume serrée, signe qu'elle demandait encore plus. Plus de chairs tranchées, plus de sang à faire s'écouler, plus de mort à donner.

Et son propriétaire ne put que sourire en pensant qu'il désirait exactement la même chose.

Le chant de l'épée de Mihawk parvint à ses oreilles alors qu'elle filait droit vers lui, sa pointe acérée dirigée vers son cœur.

Comme mû d'une volonté propre, le tranchant de son arme rencontra celui de la lame noire du plus grand manieur de sabres au monde, produisant une gerbe d'étincelles que le bretteur des Mugiwara ne vit pas, les paupières toujours fermement serrées. Les deux sabres restèrent un instant en contact, tintant l'un contre l'autre avant de se séparer pour revenir se frapper plus violement, sous un angle différent, entamant un nouveau ballet sanglant.

Chacun parait, ripostait jouait de la force de l'autre ou encore traçait un énième sillon sur la peau trempée de l'adversaire. Leurs corps étaient lourds des blessures qu'ils supportaient et des éléments qui déferlaient sans cesse.

Autour d'eux, l'océan pourtant déchaîné par les Hommes et la pluie semblait horriblement silencieux, faisant résonner les lames s'entrechoquant à l'infini.

Une éternité passa avant qu'enfin, un célèbre sabre ne quitte l'écrin de dextérité le maniant jusqu'alors.

Une éternité de joute au sommet sous un ciel et sur une mer s'étant voulu, comme eux deux, indomptables jusqu'à la fin.

Une éternité de valse métallique, entrecoupée de braises naissant des chocs répétés de leur interprètes de fer.

La note finale d'un requiem enfin achevé.

Kokuto Yoru se ficha dans le bois d'un navire à l'agonie tandis que son porteur tomba à genoux, ses yeux de faucon accrochés au visage du jeune spadassin l'ayant enfin défait.

Un sourire étira les lèvres du Corsaire démit de son titre de plus grand épéiste du monde.

- Finissons-en, Roronoa.

Shuusui et Kitetsu regagnèrent leur fourreaux tandis que le Wadô Ichimonji quitta la bouche de son manieur pour trouver sa place entre ses doigts, sa lame pointant la gorge de l'ancien pirate.

Digne malgré sa défaite, Dracule Mihawk ne sourcilla pas lorsque le tonnerre et la foudre zébrèrent le ciel, illuminant un instant cette partie du Nouveau Monde et permettant à ses pupilles dorées de croiser celle de son élève et rival.

Il sourit d'avantage.

- J'ai fait mon temps. Le tien est venu.

Zoro raffermit sa prise sur le manche de son sabre blanc et recula d'un pas, sa vue ensanglantée et de plus en plus déclinante ne le laissant que deviner les contours de la silhouette de celui qui fut son mentor.

Après tout, n'avait-il pas lui-même reconnu qu'il l'avait entraîné pour qu'un jour il lui tranche la tête ?

Alors l'épée témoin d'une ancienne promesse s'éleva puis trancha l'air, les chairs et le cou, accomplissant enfin le rêve d'enfant de deux vies réunies en une.

.

OoOoO

.

Il renifla bruyamment dans son bras couvert de sang séché, se répétant encore et encore que tout allait bien. Que tout irait bien même.

Après tout, ils avaient tous survécu au naufrage, n'est-ce pas ? Même lui, alors qu'une chute à la mer équivalait à sa mort si personne ne venaient le repêcher Et puis, il l'avait bien constaté de ses yeux non ? Nami, Usopp, Sanji, Robin, Franky et Brook étaient tous en vie. Inconscients pour certain mais toujours vivants. Et puis, Luffy et Zoro devaient bien être quelque part, sans doute retenus prisonnier ailleurs. C'était eux qui avaient la plus grosse prime sur leur tête après tout. Normal donc qu'ils ne soient pas enfermé avec le reste de l'équipage.

Là en était le raisonnement de Tony Tony Chopper alors qu'on l'avait séparé de ses compagnons et contraint de soigner des marins par dizaine Un petit sourire vint d'ailleurs étirer ses lèvres. Quelle raclée ils leur avaient collée quand même ! Le fier équipage au chapeau de paille en avait ratatiné plus d'un avant d'être finalement mit hors d'état de nuire ! Et encore ! La Marine avait dû réquisitionner des dizaines -nan ! des centaines aux yeux du petit renne- de bâtiments avant de pouvoir couler le leur. Et puis, beaucoup de leurs hommes ne se relèveraient jamais de cet affrontement. Oh oui, les Mugiwara avaient chèrement défendu leur peau avant de s'avouer vaincu et leur médecin de bord pourrait -pouvait même- se vanter à qui voudra bien l'entendre que oui, il fait partit de cet équipage craint par delà les mers, que oui, il était présent, toujours et encore, à chaque coup d'éclats de son capitaine et de ses hommes comme lors de leur chute. Et puis, vous savez quoi ? Ils n'étaient que neuf face à une armée entière ! Et ils n'ont jamais reculé ! Pas à un seul moment l'un d'entre eux n'a ne serait-ce que pensé à battre en retraite et fuir ! Non non non ! Ils avaient tous, comme d'un seul homme, fait front ! Et ça, le fait de pouvoir dire ''j'y étais ! je suis un membre des pirates au chapeau de paille !'', c'était la plus grande fierté du jeune docteur.

Ils étaient enfermés, captifs ? Et alors ? Ils s'en étaient toujours, oui toujours sortit ! Ce ne sera qu'une question de temps avant que le monde n'entende à nouveau parler de leur exploits ! Leur navire avait sombré ? Ils avaient le meilleur charpentier du monde avec eux ! Ils en reconstruiront un ! Plus beau ! Plus grand ! Plus connu encore que le Sunny Gô !

Et il sera guidé sur les flots par la meilleure navigatrice et cartographe de la Terre ! Et il sera plein des inventions et des récits du plus grand guerrier des mers ! Et il y résonnera les plus belles chansons qu'on puisse trouver sur les océans ! Et on y mangera la meilleure nourriture de toute la planète ! Et ... ! Et ... et ...

Et Tony Tony Chopper éclata finalement en sanglot au dessus du patient qu'il opérait, contraint et forcé.

Et ni Luffy, ni Zoro n'avaient donné signe de vie.
Et ses précieux nakama ont été blessés.
Et leur navire, leur maison était sous des kilomètres d'eau, ou alors en cendres.

Et s'ils restaient tous captifs de la Marine ? Ou exécutés les uns après les autres ?

D'une main tremblante mais agile, il recousu la plaie béante qui ornait le dos d'un marin alors qu'il reniflait à nouveau bruyamment. Puis, dans son dos, le rideau délimitant sa salle d'opération de fortune s'ouvrit, laissant passer un officier essoufflé, couvert de sang et de sueur.

- Vite ! On l'a trouvé ! Il est vivant !

Chopper reprit sa forme habituelle tandis que les deux soldats chargés de le surveiller s'échangèrent un regard confu. ''Retrouvé qui ?'' cru-t-il entendre. Lui s'en fichait. C'était encore quelqu'un qu'il allait devoir soigner sous la menace. Ce qui n'était absolument pas nécessaire. Il soignerait tout et tout le monde. Ami ou ennemi. Du moins, si c'était faisable. Bien que là tout de suite, il préférerait largement retourner au près de ses nakama, s'assurer de leur état de santé et soigner leurs blessures à eux.

- Magnez-vous le train et embarquez-moi la boule de poils avec ! C'est un ordre ! J'veux pas qu'il nous claque entre les doigts !

Les deux hommes se raidirent immédiatement, portèrent une main à leur front en signe de salut et lancèrent un ''à vos ordres !'' bien pressé de sortir et trahissant leur nervosité. Le jeune renne se retrouva donc rapidement avec les canons de leurs fusils plaqués entre ses omoplates Il soupira. Comme s'il allait s'enfuir ...

Il quitta donc l'ombre des rideaux stériles en traînant les pieds, se laissant guider par la pression des armes dans son dos. Son esprit vagabondait, allant d'un de ses compagnons à un autre, se demandant s'ils allaient tous bien. Et se faisant, une prière enfla doucement en lui.

Pitié ... Pitié ... Faites qu'ils soient tous en vie ... Faites qu'ils aillent tous bien ... Faites qu'on se retrouve tous.

Comme avant.

''Dieu n'existe pas.''

Il renifla à nouveau en pensant aux paroles qu'avait eux le second de l'équipage il y a plusieurs années maintenant, sur Skypiea.

'' Dieu n'existe pas. Ou s'il existe, je n'y crois pas. Je n'en ai pas besoin.''

Il aimerait lui aussi, ne pas avoir besoin d'un Dieu quelconque. Mais à qui adresserait-il ses prières dans les moments les plus sombres ? Vers qui pourrait-il se tourner s'il n'avait pas ses nakama au près de lui, s'il ne savait pas s'ils étaient encore en vie, ou si tout simplement, ils allaient bien. Pendant leur deux ans de séparation, il s'était surprit à espérer de tout son être que quelqu'un veille sur chacun de ses amis et prenne soin d'eux, juste le temps de son absence. Était ce croire à Dieu ça ? Peut-être. Sans doute. Il ne savait pas trop. Espérer de tout son être comme il l'avait fait n'était-ce pas une sorte de prière ? Après, quand à savoir si quelqu'un l'avait entendu ...

- C'est là.

La voix de l'officier le sortit de ses pensées, lui faisant relever les yeux qu'il avait baissé vers le sol le long du trajet jusqu'à ce qui semblait être un ancien bureau. La pièce était bien plus lumineuse que celle où on l'avait laissé ausculter juste avant. D'immenses baies vitrées s'étirant sur toute la hauteur des murs baignaient la salle de la lumière du jour, lui faisant réaliser que le soleil était levé et que ses geôliers l'avaient fait travailler toute la nuit.

Mais cette clarté ambiante, il s'en serait bien passé.

Cela lui aurait évité de saisir aussi bien chaque détails.

Le premier qui lui sauta à la figure, accrochant ses prunelles marrons, ce fut le sang. Rouge. Beaucoup. Partout. Des flaques sur le sol carrelé des traces sur le mur et la porte à côté de lui et une mare -un lac presque- sur le drap recouvrant le bureau transformé en table d'opération.

Le second fut les blessures, innombrables, sur cette peau mate, tannée par le soleil qu'il ne connaissait que trop bien. Les chairs arrachées, tranchées, brûlées par endroits. Il avait mal rien qu'en les regardant.

Il entendait son cœur battre à ses oreilles, complètement désordonné alors qu'il se remettait inconsciemment à prier.

Pitié ... Pas ça ... Faites que ça ne soit pas lui ... Pitié ...

Une cicatrice barrant tout le torse qui saignait à grands flots, rouverte par il ne savait quel malheur.

Trois fourreaux, eux aussi maculés de sang, posés contre le bois du meuble tels des pinceaux ayant dessinés il ne savait quelle toile macabre.

Une balafre sur le côté gauche du visage, courant sur un œil à jamais privé de lumière, à peine visible sous le masque écarlate qui la recouvre.

Trois boucles en or, miraculeusement épargnées de la douche sanglante que semble avoir prit leur propriétaire.

Et puis, ce visage si familier, déformé par la douleur et les plaies.

'' Dieu n'existe pas.''

Comme cette phrase sonnait vraie à ses oreilles maintenant.

Ses larmes n'attendirent pas sa permission pour dévaler ses joues. Pas plus que le sanglot qui lui déchira la gorge l'instant d'après.

Il s'élança vers le corps face à lui, pleurant devant la réalité de la situation.

- ZORO ! Non ! Non ! C'est pas possible ! Comment tu ... ! Pourquoi ?!

Il courait en arrivant au chevet de son compagnon et manqua de tomber en glissant sur le sang frai s'écoulant sur le sol autour de lui. Sans même qu'il ne s'en rende compte, il avait prit sa forme humaine et pressait de toutes ses forces sur les plaies béantes afin de stopper l'hémorragie trop pressée de faire d'avantage de dégâts, teintant ses mains d'un rouge poisseux.

- Zoro je t'en supplie tient bon ! Je ... Je vais t'arranger ça, c'est promis ! Alors meurt pas, hein ? Tu vas pas mourir ! Pitié dis-moi que tu vas pas mourir ! Qu'est-ce que je vais dire à Luffy et aux autres si tu meurs ?!

Ses yeux parcouraient le corps inerte à la recherche de la blessure qu'il devrait traiter en priorité sans la trouver. Il lui semblait que chacune de celles sur lesquelles son regard s'arrêtait conduirait le bretteur à une mort certaine. Pourtant, il sentait encore sous ses doigts les lents battements d'un cœur à l'agonie et la respiration sifflante de celui qui s'éteint Il ne savait pas par quel miracle mais, l'épéiste était encore en vie. Pour combien de temps encore ? Il l'ignorait complètement.

La panique gagnait son esprit et ses membres, les faisant trembler comme les feuilles d'un arbre ou les voiles d'un navire sous la tempête. Désespéré, il se tourna vers les marins encore dans son dos et hurla, d'une voix suppliante.

- PITIÉ ! Allez chercher un médecin ! Tout seul j'arriverai pas à le sauver ! Allez chercher de l'aide !

Les soldats n'esquissèrent pas le moindre mouvement, se contentant de fixer la scène se déroulant sous leurs yeux.

- Je vous en supplie !

Les pleurs et les sanglots déformèrent la voix du jeune docteur, incapable de les contrôler.

Seul, il savait pertinemment qu'il ne pourrait soigner toutes les blessures de son nakama avant qu'elles ne l'emportent dans l'au-delà. Sans quelqu'un venant l'assister ou l'aider, il ne pourrait qu'être le spectateur de la mort d'un de ses compagnons. Et ça, il s'était juré que ça resterait son pire cauchemar, que jamais, jamais il ne franchirait la frontière des rêves pour devenir réel.

'' Dieu n'existe pas.''

Et aujourd'hui, en plus de croire dur comme fer à cette affirmation, Chopper se mit à maudire ce soi-disant ''Dieu'' sourd à ses prières les plus fortes.

.

OoOoO

.

Des jours. Des jours qu'il le veillait et refusait de quitter son chevet. Pas même pour dormir ou manger.

Il avait panser toutes ses blessures, refermé toutes les cicatrices rouvertes, retiré tout les éclats s'étant fichés entre les muscles. Maintenant, il ne lui restait plus qu'à espérer et attendre. Attendre qu'il se réveille. Car la seule preuve de vie émanant du manieur de sabres était sa poitrine se soulevant lentement sous les bandages déjà rouges qu'il venait de changer.

Il fut un instant tenté de prier mais il se rappela bien vite que ce foutu Dieu, soit n'existait pas, soit n'était qu'un connard planqué sur son nuage et sourd comme un pot.

Il posa un instant son front contre le bureau servant à présent de lit de fortune à son ''patient'' et ravala un autre sanglot gonflant dans sa gorge. L'idée de fermer les yeux et de se laisser aller au sommeil fit son chemin dans son esprit mais il avait trop peur de ne pas être là lorsque le vert ouvrirait les yeux ou pire, ne être réveillé si son état empirait encore. Les brumes du pays des rêves voilèrent quand même son regard et il tenta de les chasser en secouant vivement la tête, ne réussissant qu'à se donner mal au crâne.

Ne pas dormir ... Ne pas dormir ...

Morphée faillit l'emporter avec lui lorsqu'une douce effluve de parfum lui chatouilla le nez, lui faisant redresser la tête. Cette odeur était tellement différente de celle des soldats postés au garde à vous devant la porte. Rien à voir avec l'eau de Cologne dont certain semblaient s'asperger ou de la simple sueur émanant des hommes fatigués après une douzaine d'heures de travail. Non, le parfum était délicat, doux, féminin. De ses iris noisettes, il chercha l'origine de cette odeur loin d'être inconnue bien qu'il ne l'ait pas rencontrée la veille.

Sa curiosité fut satisfaite lorsque la lourde porte face à lui s'ouvrit légèrement, laissant passer le corps fin mais pas moins finement taillé d'une jeune femme aux cheveux de jais et au front surmonté de lunettes.

- Tashigi ... marmonna-t-il en frottant ses yeux embués.

La jeune épéiste s'approcha doucement de lui, son regard planté sur le corps de l'ancien chasseur de prime entre eux deux. Dans ses bras, elle portait ce qui semblait être, pour le médecin, une immense croix enveloppée d'un drap noir ainsi qu'un chapeau sombre orné de plumes claires parsemés de gouttelettes écarlates.

Elle s'arrêta à quelques pas d'eux et, croisant le regard emplis de question du petit renne, s'expliqua.

- Je voulais voir de mes yeux si ce que l'on raconte dehors est vrai. Ses iris d'encre quittèrent celles du docteur pour se poser à nouveau sur le second de l'équipage au chapeau de paille. Alors c'est bien lui qui ...

- Qui quoi ? Demanda amèrement la petit boule de poils.

Il la toisait du regard, presque parfaitement éveillé, ne voyant en elle qu'une menace. Et puis, il se rappela. Elle avait juré de reprendre les sabres de Zoro. Alors d'un bon, il rejoignit les fourreaux abritant les lames de son compagnon et les serra contre lui, un regard hargneux envers la femme en face de lui.

- Si c'est ses sabres que tu veux, il faudra me passer sur le corps avant !

Il tremblait. De fatigue, de rage et de haine. Les gardes des précieuses épées se cognèrent les unes aux autres au dessus de son épaule, produisant un cliquetis métallique qui empli la pièce devenue silencieuse. Tout comme son vis-à-vis. Un ange passa. Peut-être même un autre. La salle se tamisa d'ombres au passage d'un nuage dans le ciel et redevint aussi lumineuse qu'avant. Et la capitaine reprit la parole.

- Je ne suis pas venue ici pour récupérer ses sabres, bien au contraire.

Se disant, elle s'avança vers le mur en face du lit et y déposa la croix contre. Puis, d'un coup sec, elle retira le drap la recouvrant et le médecin de bord ouvrit de grands yeux en comprenant sa méprise.

Ce n'était pas une croix, loin de là.

Ce qu'il y avait sous l'étoffe d'ébène, c'était une immense épée à la lame noire.

La même ayant essayé de fendre leur navire lors de leur dernier affrontement avec la Marine.

- M-mais ! C'est ... !

- Kokuto Yoru. La lame du plus grand manieur de sabres au monde ; Dracule Mihawk, aussi connu sous le nom d'Œil de Faucon. Son corps a été retrouvé cette nuit, la tête tranchée nette.

Elle monta sur la pointe des pieds et posa le chapeau au sommet du pommeau avant de se reculer, presque cérémonieusement. Sans quitter l'épée et ses reflets sombres de ses pupilles, elle continua.

- Rien n'est encore officiel mais ... Roronoa Zoro est désormais le plus grand épéiste du monde.

Un sourire illumina le visage sous le chapeau rose tandis que son propriétaire se tourna vers son nakama, ses lames toujours contre lui.

- Zoro ! T'as entendu ?! Tu as réussi ! Tu es devenu le meilleur bretteur du monde ! Attends de voir la tête des autres quand ils vont apprendre ça ! C'est génial ! Tu ... ! Tu ... Son sourire disparut bien vite, balayé par une grimace de tristesse douloureuse. Tu vas te réveiller, hein ? Tu vas pas laisser tomber comme ça ... Pas maintenant ... Tu vas ouvrir les yeux pour entendre ça, pas vrai ? Tu es le plus grand sabreur au monde maintenant, alors tu peux pas mourir, n'est-ce pas ? Zoro ?

Il se mordit rageusement la lèvre pour retenir un énième sanglot tandis qu'il serrait les fourreaux contre sa poitrine aussi fort qu'il le pouvait, les yeux à nouveau embués de larmes.

Il se rappelait de l'histoire que lui avait un jour raconté Usopp, sur le pont du Going Merry alors qu'il n'avait rejoind l'équipage que depuis quelques semaines. C'était un de ses récits que le conteur appelait La Véritable Histoire de l'Equipage du Grand Cap'tain Usopp-Sama ! L'un des seuls d'ailleurs qui soit entièrement vrai, enfin si on remplaçait les exploits du Grand Cap'tain Usopp-Sama par ceux de Monkey D. Luffy.

Cette histoire était celle qui s'inscrivait dans la bataille farouche opposant le petit équipage tout juste formé au redoutable Don Krieg, pirate à la flotte colossale étant pourtant revenu la queue entre les jambes sur East Blue quelques jours seulement après son départ sur Grand Line. Il ne restait d'ailleurs de cette flotte que le vaisseau amiral et tout les hommes ayant survécus parlaient d'une rencontre fatale avec un homme, seul sur l'océan et avec pour seule arme une épée aussi grande que lui. Les survivants disaient tous la même chose ; cet homme aux yeux de faucon avait réduit à néant leur armada de sa seule lame et les avait traqué jusqu'aux portes de la mer la plus faible d'entre toutes, leur salut ne tenant qu'à une tempête salvatrice ayant séparé chasseur et proies.

Pourtant, alors que le combat faisait rage sur le bateau restaurant où le capitaine cherchait à recruter un cuisinier –il apprit ensuite que le cuisinier en question n'était autre que le blond accroc à la nicotine et aux femme qu'est Sanji-, le silence se fit sur la mer et dans les cieux à l'arrivée d'une petite embarcation seule et éclairée de bougies.

Tous retinrent leur souffle, n'osant esquisser le moindre mouvement, à l'exception faite d'un certain bretteur aux cheveux verts maintenant connu, lui aussi, par delà les océans. Le jeune effronté s'était avancé vers le Corsaire et avait pointé ses lames face à lui, réclamant un duel mettant en jeu le titre de meilleur sabreur au monde. Dracule Mihawk s'en moqua, bien évidement mais ne refusa pas l'affrontement, prêt à faire payer l'insolent de sa vie.

Le combat débuta alors mais ne fut qu'à sens unique. Oeil de faucon se défit de son adversaire d'une simple dague et ne brandit son épée que lors du coup de grâce, tranchant le torse du jeune spadassin en deux. Cependant, la blessure ne fut volontairement pas fatale. Le plus grand épéiste du monde choisi d'épargner ce rival immature afin de lui donner une chance de croiser à nouveau le fer avec lui, séduit entre autre par la témérité, le cran et l'audace qu'avait eut son cadet en l'affrontant.

Et alors que l'on repêchait le jeune sabreur tombé à la mer, le capitaine entra dans une rage folle et se jeta sur le Corsaire, prêt à le frapper de toutes ses forces afin de venger son nakama laissé pour presque mort.

La seule chose qui parvint à calmer cette fureur nouvelle, fut la promesse solennelle du blessé.

Il promit qu'il ne perdrait plus jamais. Tant qu'il ne serait pas devenu le meilleur escrimeur au monde, tant qu'il n'aurait pas surpassé Dracule Mihawk et ses yeux de faucon, son sabre de connaîtrait jamais plus la défaite.

Et il avait tenu parole.

Du moins, jusqu'à aujourd'hui.

Le cœur du petit renne se serra douloureusement dans sa poitrine. Oui, Zoro avait tenu sa promesse. Il avait vaincu, triomphé, survécu même de tous ses adversaires, quels qu'ils soient.

Mais maintenant que les termes du contrat qu'il avait passé avec son capitaine étaient respectés ... Ne pas perdre avant d'avoir vaincu et terrassé Mihawk ...
Ne pas mourir avant d'être devenu le plus grand manieur de sabres au monde ...

Oui, maintenant que tout cela était accompli, Roronoa Zoro allait-il à nouveau ouvrir les yeux ?

Chopper se dévora presque la lèvre et se laissa glisser le long du meuble en bois, la peur lui tordant les entrailles alors qu'il tentait de pleurer en silence.

.

OoOoO

.

- Tu ... Tu vas pas accepter ça ?!

De ses yeux emplis de larmes, le petit renne fixait son compagnon alors qu'il lui semblait que son être tout entier bouillait de rage et de désespoir.

Une journée. Il n'avait fallut qu'une journée après le réveil de Zoro pour qu'Akainu ne se présente à eux avec cette proposition démente. Folle même. Comment pouvait-il ne serait-ce que penser que le bretteur et second de l'équipage n'accepte un marché pareil ? Et pourtant ... Pourtant Zoro n'avait pas dit un mot et gardait ce qui lui restait de vision rivé sur le célèbre chapeau de paille de son capitaine. Sakasuki lui, était tout sourire depuis qu'il avait jeté le couvre-chef sur les genoux du spadassin. Et Chopper refusait tout simplement de croire ce qu'il voyait et entendait.

C'était impossible après tout. Luffy était son capitaine, l'un des hommes les plus recherché par le Gouvernement Mondial, le pirate dont la tête valait 400 Millions de Berry et que personne, absolument personne n'était jamais parvenu à vaincre. Alors non, l'amiral en chef de la Marine ne pouvait que mentir, Luffy ne pouvait pas être mort et ce chapeau ne pouvait pas être son si précieux trésor. Jamais. Parce que Luffy n'aurait jamais, au grand jamais laissé quelqu'un comme lui poser ne serait-ce qu'un doigt dessus.

Mais n'était-ce pas là la meilleure preuve qu'il ne pouvait leur apporter ?

Ce célèbre chapeau de paille dont Monkey D. Luffy ne se séparait jamais ne constituait-il pas la preuve irréfutable que les dires d'Akainu n'étaient que pure vérité ?

Et s'était pour ça qu'il pleurait. Parce qu'au fond de lui, il savait que s'était vrai. Qu'à part en l'arrachant à son cadavre, personne n'aurait pu leur apporter cet objet si cher au cœur de leur capitaine. Et aussi parce que tout dans l'attitude du sabreur lui indiquait qu'il pensait exactement la même chose. Son silence, sa respiration presque à l'arrêt ... tout.

Et puisque la mort de Luffy était avérée, le jeune médecin savait parfaitement ce qu'allait faire Zoro.

Ce marché complètement fou, il allait l'accepter.

Il secoua vivement la tête de droite à gauche, comme essayant de se tirer d'un cauchemar trop réaliste et se rua aux côtés de son nakama.

- Fait pas ça ! Je t'en supplie ne fait pas ça ! Luffy ne voudrait pas ... Personne ne voudrait d'ailleurs ! Et c'est pas à toi de prendre la responsabilité de -...

- J'accepte.

La voix du manieur de sabres ne s'était pas élevée plus haut que le murmure mais elle avait parfaitement réussie à couper la tirade du jeune médecin qui, une fois de plus, sentit les gouttes salées déborder de ses yeux.

Face à eux, Akainu sourit, maintenant assuré de voir l'équipage au chapeau de paille disparaître complètement.


C'est ... larmoyant, n'est-ce pas ? J'avais presque mal de faire pleurer ainsi notre brave petit renne, mais que voulez-vous je me suis rendue compte que j'étais une sadique qui s'ignorait ! -haha !-
Plus sérieusement, j'espère que ce chapitre vous a plu et vous donne rendez-vous dans deux semaines pour le prochain !

See You Again,
Banana-Sama

PS : Une petite review pour motiver l'auteur ? C'est gratuit et ça fait très très plaisir !