Voilà la deuxième partie de l'histoire. Merci à titietrominet27 pour ses corrections :D Un autre chapitre suivra ce week-end, voire un quatrième la semaine prochaine. J'espère que cette histoire vous plaît. Bonne lecture :)


CE QUE PHILOTES FIT


Chapitre 2 - Prendre son envol


Tenebrus était survolté. Quelques jours plus tôt, sa mère lui avait promis une toute première leçon de vol à l'occasion de ses 6 mois. Et c'était enfin le grand jour ! Il n'en pouvait plus d'attendre. Nyx était partie la veille, au crépuscule, pour conduire Dumbledore à l'étranger. C'était la Sombral la plus fiable et la plus rapide de la colonie et depuis que son fils n'avait presque plus besoin de lait et se nourrissait quasiment exclusivement de viande, elle était à nouveau très sollicitée par le Directeur pour ses déplacements. Tenebrus en était extrêmement fier, même si sa mère lui manquait pendant ses absences. Ce jour-là s'ajoutait l'excitation de savoir qu'il allait bientôt maîtriser les vents, fendre l'air à toute vitesse et découvrir le monde. Pour passer le temps avant le retour de Nyx, il suivait Hagrid à la trace dans la Forêt, alors que ce dernier essayait tant bien que mal d'accomplir ses taches quotidiennes, ralenti par le jeune fougeux qu'il adorait.

Le petit Sombral trébuchait beaucoup moins qu'auparavant lorsqu'il serpentait au milieu des arbres et des rochers. Il savait désormais éviter les branches basses et ne butait plus sur les racines. Il devenait jour après jour plus grand, plus fort, et sa magie se développait toujours plus. Hagrid pouvait presque la voir quand Tenebrus agitait ses ailes pour les dégourdir. Malgré tout, il n'en restait pas moins un vrai garnement. Il mettait son nez dans tous les trous et essayait de jouer avec toutes les créatures magiques qu'il croisait, les effrayant pour la plupart. A chaque fois, Hagrid grommelait dans sa barbe, mais il ne trompait personne avec ses yeux rieurs : le Sombral l'amusait beaucoup. Tous les animaux de la Forêt, magiques ou non, les voyaient presque tous les jours aller l'un avec l'autre à gauche, à droite, Hagrid chantonnant, Tenebrus poussant des cris d'oiseaux aigus en tentant de l'imiter. Leur complicité était évidente.

Ils se dirigeaient vers un arbre à Botrucs. Hagrid passait une fois par semaine leur donner des cloportes afin de les habituer à sa présence. Au moment où il tendit une poignée de cloportes aux minuscules gardiens de l'arbre et que ces derniers commencèrent à venir se servir, des hennissements retentirent à quelques centaines de mètres de là. Tenebrus renifla et reconnut immédiatement l'odeur de sa mère. Elle était rentrée ! Il allait enfin pouvoir apprendre à voler. Il fila droit devant lui pour la rejoindre, sans attendre Hagrid qui se lança à sa suite à travers la Forêt. Après une course folle et l'envol d'au moins trois groupes de corneilles inquiétées par cette agitation soudaine, Tenebrus retrouva sa mère. Il se jeta sur elle pour frotter sa tête contre la sienne avec douceur. Hagrid, haletant, déboula dans la clairière à son tour. Un grand sourire illumina son visage quand il vit Nyx.

- Ah ça y est... Tu es... rentrée... dit-il, peinant à reprendre son souffle. Tu vas pouvoir... l'emmener voler !

Les trois comparses se dirigèrent vers le point de départ préféré des Sombrals pour leurs voyages aériens. Il s'agissait d'une prairie surplombant la partie de la Forêt dans laquelle ils vivaient. Cette prairie était bordée d'un côté par un ravin peu profond au fond duquel coulait une rivière. La différence d'altitude entre la berge sur laquelle ils se tenaient et l'autre faisait de ce lieu une piste de décollage idéal. Hagrid descendit près du cours d'eau pendant que Nyx faisait comprendre à Tenebrus ce qu'elle attendait de lui. Il devait prendre son élan sur une centaine de mettre en battant des ailes tout en s'imprégnant de magie, puis sauter au bord du précipice. Ensuite, il était censé voler. Après une démonstration impressionnante de sa mère, Tenebrus fit un premier essai. Il se mit à galoper et à battre des ailes de toutes ses forces. Il sauta, flotta un instant dans les airs. Enfin, il vol... Plouf ! Brrr, si on lui avait dit que voler serait aussi froid et humide, il aurait eu moins hâte de s'y mettre. Hagrid le repêcha vigoureusement et le remit sur ses pieds.

- Allez, tu y r'tournes maintenant !

Tenebrus longea la rivière sur deux cents mètres pour pouvoir passer de l'autre côté à un endroit où les deux berges étaient à la même hauteur. Et il essaya à nouveau. Plusieurs fois. Et chaque fois, il planait un peu plus longtemps avant de plonger dans l'eau glacée, sous les bienveillantes moqueries du demi-géant et le regard exigeant de sa mère. Il n'en pouvait plus. Mais il était bien décidé à les rendre fier. Il attendait ce moment depuis si longtemps ! Il devait réussir. Il se remit en place et ferma les yeux quelques instants. Il invoqua sa magie, la laissa envahir chaque parcelle de son corps et de ses ailes, comme une toile d'araignée qui se tisse. Il prit une grande inspiration, serra les dents, ouvrit les yeux et s'élança. Ses foulées étaient déterminées, le battement de ses ailes puissant et précis. Arrivé au bout de la prairie, il prit appui sur le bord de la falaise avec ses membres postérieurs et donna une grande implusion. Le choc attendu n'arriva pas. Il volait bel et bien. Après quelques battements d'ailes, il prit de la hauteur. Il regarda sa mère et Hagrid en dessous de lui et leur lança un cri. Il desserra les dents et observa les alentours. Il pouvait voir le château décrit si souvent par le demi-géant, ainsi qu'un immense Lac Noir. Il aperçut au loin des bipèdes bien plus petits que son ami voler sur des branches d'arbre. Etrange.

Voler était une sensation merveilleuse. Le vent glissait sur sa peau. Ses ailes vibraient sous les rafales et se gonflaient quand il passait dans les courants d'air chaud. La vitesse lui faisait cligner des yeux un peu plus souvent qu'à l'accoutumée. Il se sentait libre, libre ! Soudain, une turbulence vint le déséquilibrer. Il se crispa et perdit un peu le contrôle de la situation. Un peu paniqué, il parvint à atterrir en catastrophe, à moitié dans l'eau, juste à côté de Hagrid. Tenebrus tremblait de tous ses membres après cet épuisant exercice et la découverte de ces nouvelles sensations. Il était ravi.

- Bravo mon p'tit, t'en as d'la chance ! le félicita Hagrid alors que Nyx les rejoignait. Vu ma taille, je peux voler ni sur un balai, ni à dos d'Sombral.

Tenebrus cessa de trembler. Il ne pourrait jamais emmener son ami voler sur son dos ? Il se rendit brutalement compte qu'il ne partagerait jamais ces instants avec Hagrid. Ce dernier était cloué au sol. Il avait été bien naïf de croire le contraire. A vrai dire, il ne s'était jamais posé la question. Cette déception atténuait la joie qui l'avait envahi quelques minutes plus tôt. Hagrid dut remarquer son trouble car il le rassura :

- T'en fais pas. Je m'suis fait à l'idée de n'pas voler depuis l'temps. Il me suffit d'voir ta joie et celle des autres quand vous planez dans les airs. Ça suffit à m'rendre heureux. Et c'est tout c'qui compte dans la vie.


C'était le mois de Décembre. Tenebrus avait plus de 3 ans et il était désormais capable de voler sur de longues distances. Il avait parcouru du chemin depuis sa première leçon, au sens propre comme au figuré. Profitant d'une journée ensoleillée, il était parti le matin pour survoler l'Ecosse. Elle était magnifique sous son manteau blanc hivernal. Les collines et les montagnes paraissaient douces, contrastant avec leur aspect sauvage et aride lorsqu'elles étaient nues. Les Lochs glacés reflétaient le soleil. La lumière était superbe.

Tenebrus testait ses limites. Il enchaînait piquets, vrilles et loopings. Il ne voyait pas le temps passer. Après une figure aérienne particulièrement périlleuse, il remarqua que le soleil était à son point culminant pour la saison. Il était temps de rentrer, Hagrid avait besoin d'aide pour couper les sapins qui décoreraient le Château à l'occasion des fêtes de Noël. Il se mit en route et très vite, il arriva en vue de Poudlard, qui semblait encore plus chaleureux et accueillant sous la neige. Il atterrit avec précautions dans la Forêt, près d'un ruisseau. Il brisa la glace à l'aide d'un antérieur pour se désaltérer, avant de se diriger vers la lisière du bois, non loin de la cabane de Hagrid. Quand ce dernier, occupé à déneiger le seuil de sa chaumière, l'entendit arriver, il se retourna avec un grand sourire dévoilant des dents irrégulières.

- T'es là ! Pile à l'heure mon p'tit. C'est parti !

Le demi-géant équipa Tenebrus d'un harnais, attrapa une hache et des traits, et ils s'enfoncèrent dans la Forêt, à la recherche des plus beaux spécimens. Ils se mirent gaiement au travail. Hagrid, fredonnant des chansons grivoises, coupait les sapins, les accrochait aux traits attachés au harnais de Tenebrus et celui-ci tirait les arbres un par un à travers la forêt jusqu'à une zone prévue à cet effet à côté du potager enseveli du demi-géant. Il lui suffisait alors de tirer sur l'extrêmité d'une des cordes retenant le tronc avec ses dents pour qu'elle se dénoue. Il retournait ensuite rapidement auprès de Hagrid, déjà prêt à lui confier un nouveau sapin.

Après quelques allers-retours, il ne restait plus que deux arbres à déplacer. Les deux amis eurent l'idée d'une course. Le gagnant serait le premier arrivé avec son conifère. Ils s'élancèrent dans la Forêt, Tenebrus traînant son sapin, Hagrid portant le sien sur son dos. Ils serpentaient aussi vite qu'ils le pouvaient, prenant l'avantage à tour de rôle. Essoufflés, ils émergèrent de la Forêt au même moment. Match nul. Les deux acolytes, exténués mais ravis, déposèrent les derniers sapins avec les autres puis se dirigèrent vers le banc posé le long du mur de la cabane. Hagrid s'assit et Tenebrus resta debout face à lui. Alors que leurs respirations commençaient à reprendre un rythme de croisière, Hypnos sortit de la Forêt et se dirigea vers eux, la tête et les ailes basses, une longue estafilade perlant de sang sur la croupe, l'air catastrophé. Hagrid comprit immédiatement.

- Non... murmura-t-il avant de s'effondrer en pleurs.

Tenebrus réfléchit un instant. Hypnos était parti en mission avec sa mère et deux sorciers quelques jours auparavant, pour accompagner ces derniers en Norvège. Si Hypnos était rentré, sa mère devait l'être également. A moins que... Il interrogea Hypnos du regard. Celui-ci s'ébroua, baissant les yeux. Non... Ce n'était pas possible... Sa mère était indestructible. Elle ne pouvait pas être... Morte. Partie pour toujours. Le temps s'arrêta et la douleur née dans sa poitrine grandit.

Hagrid se leva et suivit Hypnos qui se dirigeait vers la Forêt, encourageant Tenebrus à les accompagner. Celui-ci se mit à marcher par automatisme. Il savait que la Mort faisait partie de la vie. Pour les Sombrals, c'était un moment de recueillement, non exempt de tristesse, mais accepté. Tenebrus devait apprendre lui aussi. Ils rejoignirent le reste de la colonie. Les Sombrals étaient silencieux, rassemblés en cercle autour du Frêne du Passage. Ce frêne magique, déjà présent au moment de la construction du château près de mille ans auparavant, était le symbole de l'immortalité de l'âme pour les Sombrals. Alors qu'ils regardaient tous l'arbre dans un calme absolu, une branche poussa. La Branche de Nyx. Chaque branche représentait une âme ayant effectué le dernier voyage.

Hagrid sortit de sa poche la flûte en bois qu'il avait fabriquée lui-même et se mit à jouer. Et les notes s'envolaient. Plus haut que les oiseaux, plus haut que les Sombrals. Pour aller toucher les étoiles, parmi lesquelles un nouvel astre s'était mis à briller.


Voilà pour cette fois, la suite ce week-end si tout se passe bien. Dites-moi ce que vous en pensez, si des éléments sont à améliorer ou juste que vous êtes passés par là ;)

Bonne soirée !