Et voilà le dernier chapitre de l'histoire de Tenebrus et Hagrid. Cette fiction a fini par être un peu plus longue que prévu mais c'est pas grave. Bonne lecture :)
Merci à titietrominet27 pour ses corrections. Je sais que tu m'adores pour ce chapitre ;)
CE QUE PHILOTES FIT
Chapitre 5 – « Guerre et paix »
Poudlard portait un magnifique manteau blanc, lui donnant un air paisible, malgré la menace permanente. Tenebrus avait repris quelques forces depuis le retour de Hagrid et quand il volait au-dessus de la Forêt, il pouvait voir des élèves s'affronter dans de grandes batailles de boules de neige ou encore tenter de se frayer un chemin jusqu'aux serres. Tenebrus s'amusait des diverses techniques utilisées par les jeunes gens : porter des raquettes pour marcher au-dessus de la neige, la faire fondre sur leur chemin ou encore foncer au milieu comme un bulldozer et se sécher d'un coup de baguette en arrivant à destination.
Tenebrus avait toujours trouvé la neige magnifique mais il n'était pas très doué pour les atterrissages sur glace. Particulièrement en pente. Ses dérapages non contrôlés se soldaient le plus souvent par des chutes et des glissades sur le ventre, jambes écartées. Il s'attirait les moqueries de ses congénères et les glapissements inquiets de Crockdur, qui essayait toujours tant bien que mal de l'empêcher de dériver plus loin en tentant d'attraper sa queue pendant que le Sombral battait des ailes désespérément. Ces moments se terminaient tous sans exception par un sublime roulé-boulé, les laissant couverts de poudreuse des pieds à la tête et à bout de souffle. Hagrid, généralement alerté par les aboiements de Crockdur, assistait à la scène, hilare, et allait les aider à se relever.
Un jour, après une énième cascade, le demi-géant leur demanda de les accompagner à sa cabane. Il profita de l'occasion pour sécher Crockdur avec une serviette rêche et pour se servir un Whisky Pur Feu chaud. « Pas comme la Bièraubeurre, avec ça j'ai chaud pour la journée ! » dit-il. Une fois tout le monde réchauffé, il s'adressa à Tenebrus.
- Pour mes cours, j'voudrais bien parler d'vous à mes élèves de cinquième année. Soupire si t'es d'accord. Sinon, un salto arrière. J'vous emmènerai un bon morceau d'vache.
Tenebrus soupira en secouant doucement la tête, amusé par son ami et heureux de lui rendre service. Hagrid ne le savait pas, mais Tenebrus s'était entraîné à faire des saltos. En volant, certes. Mais quand même.
La colonie était réfugiée à l'abri du vent et de la neige dans des zones très denses de la Forêt. Ils avaient rendez-vous non loin de là pour le début du cours de Soins aux Créatures Magiques. Tenebrus entendit des voix inconnues au loin. Probablement des élèves. La plupart des Sombrals levèrent le nez de leurs occupations respectives, attentifs. Tenebrus tendit la tête, souleva la lèvre supérieure et saisit une délicate fragrance. Hum, ça changerait du lapin !
Un cri perçant retentit. Le Sombral se tourna vers les autres, couina pour leur indiquer de le suivre et ils s'avancèrent vers l'origine de la voix familière et de l'odeur alléchante. Un deuxième cri se fit entendre. A ce moment-là, Tenebrus aperçut Hagrid et ses élèves entre deux branches et s'avança prudemment. Il n'avait pas l'habitude de voir autant d'êtres humains d'un coup mais il avait une confiance aveugle en son ami. Et son estomac, qui gargouillait méchamment, l'aidait à rassembler son courage. Il réduisit alors en quelques secondes la distance qui le séparait de la demi-carcasse de vache et se mit à manger, ses congénères le rejoignant petit à petit.
Il ne se préoccupait pas tellement des élèves et des explications du demi-géant, trop absorbé par sa dégustation, mais il avait remarqué que seuls quelques uns d'entre eux l'avaient regardé. Les autres tournaient la tête en tous sens depuis le début. Il fut gêné par des toussotements répétés et tourna les yeux vers la source de ce désagrément. Une minuscule bonne femme vêtue de vert venait de débarquer et cette apparition soudaine sembla perturber grandement Hagrid, qui s'exprimait d'une manière vraiment étrange. Hum, cette viande était vraiment succulente.
Tenebrus nota du coin de l'œil un garçon brun chétif qui ne dégageait aucune confiance en lui mais une aura de magie très puissante. C'était un phénomène impressionnant. Il ne l'avait jamais vu dans les diligences. Cela dit, Tenebrus tirant la première de la file, il ne voyait qu'une portion infime des élèves à chaque rentrée. La harpie partit enfin, sous le regard courroucé du jeune garçon et de ceux qui paraissaient être ses amis. Le jeune humain caressa subrepticement Tenebrus, un mélange de fascination et d'appréhension se lisant sur son visage.
Quand la carcasse ne fut plus qu'un tas d'os, les élèves repartirent et le Sombral suivit du regard ce petit sorcier. Hagrid s'approcha de lui et lui chuchota à l'oreille :
- C'est le p'tit Harry. C'lui qui a perdu ses parents, comme nous. Un bon p'tit gars avec un grand cœur. Pas facile cette année pour lui. A cause de cette Ombrage, grande inquisi-machin. Si y avait pas Ron et Hermione, j'sais pas où il en serait.
Ils venaient d'atterrir en plein Londres. En plein Londres ! Il n'y croyait pas. Cette ville était agitée, bruyante et sentait vraiment très mauvais. Oxomo repéra une poubelle dans laquelle un grand cône de viande de mouton avait été jeté. Vraiment pas mauvais. Parfait pour se remettre de ce petit voyage surprise. Ce Harry et ses amis étaient vraiment étranges. Mais le petit était très à l'aise dans les airs. Il aurait fait un très bon Sombral, se dit le jeune leader du troupeau.
Une voix glaciale avait retenti dans les airs. Terrifiante. Menaçant l'école et ses élèves. Hagrid avait débarqué au milieu de la colonie, l'air affolé, Crockdur sur les talons.
- On a b'soin d'vous. Vous-Savez-Qui va attaquer si on lui rend pas l'petit et c'est hors de question. Va falloir s'battre. Z'êtes prêts à nous aider ? D'après Dumbledore, y aurait des Géants dans le lot et l'plus efficace pour les attaquer, c'est par les airs. J'peux compter sur vous ?
Tenebrus lança un cri puissant et déterminé, bientôt suivi par ses congénères. Crockdur se mit à hurler à la mort. Ils se battraient. Contre la Terreur. Contre ces abominations à l'encontre de la Magie qui Fait. Contre celle qui Défait. Pour Hagrid.
- J'savais qu'vous seriez d'accord.
Il se jeta sur Tenebrus et enserra son encolure de ses bras immenses, le soulevant presque du sol. Comme un adieu. Le Sombral sentit tout l'amour que le demi-géant lui portait. Il laissa sa magie l'envahir afin d'en transmettre à Hagrid. Les yeux de ce dernier étaient rouges et humides. Il était heureux de l'avoir comme ami. Crockdur vint se frotter entre leurs jambes, inquiet, il avait besoin d'être rassuré. Il ne comprenait pas ce qui se jouait ce soir-là mais sentait que l'atmosphère était lourde. Quelque chose n'allait pas et il ferait tout pour faire en sorte que Hagrid et Tenebrus aillent bien.
Le sol se mit à trembler au rythme des pas de Graup, qui approchait, près à combattre également aux côtés de son frère. Contre le peuple qui l'avait élevé mais ne l'avait jamais aimé parce qu'il était trop petit. L'ironie du sort quand on est un Géant. Graup prit Crockdur sous son bras droit et se dirigea vers le Château en grognant, abattant les arbres qui l'empêchaient de progresser d'un revers de poing.
- Il est temps pour nous d'y'aller. Vous pourrez décoller quand vous entendrez la voix à nouveau, dit Hagrid. Je vous aime…
Sa voix se brisa. Il se tut pour ne pas pleurer. Se retourna. Il se mit à marcher en reniflant si faiblement que seul Tenebrus l'entendit. Il ne fallait pas flancher. Le temps était à la Guerre. Au courage. Surtout ne pas se laisser envahir par la peur de perdre les siens. Par la peur de mourir. Par la peur de voir le monde tel qu'on le connaît réduit au chaos par un fou furieux. Se battre d'abord. Réfléchir ensuite. Si on était encore ici pour le faire.
La voix s'était fait entendre à nouveau. Tenebrus s'était envolé avec les membres de la colonie assez vieux pour participer à la bataille. Ils planaient au-dessus de la Forêt à une vitesse folle et aperçurent bientôt les lieux de l'affrontement. Les sorts fusaient. Des cris déchirants s'élevaient, humains, elfes, Géants, loups-garous, Détraqueurs. Des corps s'agitaient, se blessaient et mouraient dans un fracas épouvantable. Des âmes se brisaient. La magie souffrait.
Les centaures attendaient à la lisière du Parc, arcs bandés. Lorsque les Géants furent bien en vue, ils décochèrent une première série de flèches et les Sombrals se jetèrent sur les gigantesques assaillants. Ils montaient d'abord dans les airs avant de redescendre en piquet, ailes le long du corps, prenant garde à éviter les coups de marteaux, de haches et de faux, que les Géants faisaient tourbillonner au-dessus de leurs têtes avant des les abattre sur eux ou sur des adversaires au sol.
Les Sombrals fonçaient à plusieurs, assommant et fracassant des crânes. Sous les chocs, certains Géants trébuchaient par-dessus le parapet du pont sur lequel ils se trouvaient. Tenebrus parvint à arracher le fléau d'arme de l'un des monstres. Il s'éloigna rapidement de sa victime, prenant son élan pour tenter de l'abattre. A la limite de son champ de vision, un mouvement vif le déconcentra. Il ralentit un instant. Rien qu'une seconde. Suffisante pour qu'une faux cueille l'un de ses membres antérieurs, juste sous le genou. Une douleur fulgurante s'empara de lui alors qu'il rebondissait sur le parapet puis tombait, de plus en plus vite, tentant de battre des ailes pour ralentir sa chute. Il s'évanouit avant d'atteindre le sol, vingt mètres plus bas.
Quand il se réveilla, il se trouvait près de la cabane de Hagrid. Il voulut se lever mais son corps n'était pas de cet avis et il laissa sa tête retomber sur le sol. Il était entièrement moulu, comme si une dizaine de Géants l'avaient piétiné. Un vague souvenir lui fit dire que ce n'était peut-être pas qu'une impression. Il regarda un peu autour de lui. Tout était calme. Son antérieur droit était toujours là, enroulé dans un bandage. Le reste de son corps paraissait intact, ce qui était un véritable miracle.
Il entendit la porte de la cabane s'ouvrir derrière lui. Ah ! Crockdur allait lui sauter dessus et Hagrid l'aider à se relever, ils iraient ensuite faire une balade et… Hagrid s'assit près de sa tête. Seul.
- On a gagné. Harry l'a tué. Tu dors d'puis deux jours.
Deux jours ! Il n'avait même pas pu se réjouir de la victoire avec les autres. Il savait que le petit Harry réussirait, il l'avait tout de suite su en le voyant la première fois. Tenebrus était soulagé. Le monde retrouverait bientôt paix et quiétude. Mais où était Crockdur ? Probablement occupé à mâcher un os quelque part dans le Parc. Il aurait pu rester près de lui quand même, entre amis on se soutient ! Il interrogea Hagrid du regard. Celui-ci comprit la question muette.
- Mort… Il est mort… Ils l'ont tué…
Hagrid s'écroula sur Tenebrus, secoué de sanglots. Le Sombral ne pouvait pas y croire. Ce chien était beaucoup trop résistant, trop gentil, trop aimant, trop pur pour avoir été tué. Lui qui avait toujours été là quand Hagrid était loin. Qui ne s'était jamais moqué de lui quand il provoquait une catastrophe de plus. Qui avait toujours essayé de le rattraper dans ses chutes. Avec lequel il avait partagé tant de bons morceaux de viande. C'était fini. Comme ça.
Unis dans leur souffrance, les vivants pleurèrent le mort, qui avait quitté la Terre pour rejoindre les constellations, auprès de Nyx et des autres, si nombreux, qui avaient perdu la vie dans la bataille.
Tenebrus n'avait jamais pu remarcher de manière fluide. Il boitait terriblement depuis près de trente ans désormais. Alors la plupart du temps, il préférait se déplacer par la voie des airs.
C'était la rentrée et depuis l'évènement que l'on nommerait par la suite la Bataille de Poudlard, il n'avait plus été en mesure de faire partie du convoi de diligence. C'est ainsi que chaque année, il survolait la gare et le chemin menant au Château, accompagnant tout de même les élèves et les protégeant sans qu'ils ne le sachent.
« Les Première Année, en rang devant moi » s'éleva une voix aiguë. Les plus jeunes sorciers s'alignèrent devant une femme blonde. Ceux-là étaient trop jeunes pour avoir connu le demi-géant. Trop jeunes pour avoir connu la Mort. Ils ne voyaient pas Tenebrus les surplomber.
Depuis maintenant sept ans, Hagrid n'était plus là pour la rentrée. Il n'était plus là du tout. Il était dans sa branche du Frêne du Passage. Il était dans le ciel, brillant parmi les autres. Il était dans le cœur de tous les êtres humains et de toutes les créatures magiques qui l'avaient connu. Il était dans chaque arbre, chaque pierre, chaque brin d'herbe de cette école, l'école qui l'avait vu grandir, combattre, vieillir puis mourir, heureux. Il était dans le cœur de Tenebrus, tout comme Crockdur.
Et comme chaque année depuis qu'il était parti, Tenebrus planait au-dessus de la marée joyeuse des élèves, espérant apercevoir la haute silhouette qu'il savait disparue à tout jamais.
Et comme chaque année depuis qu'il était parti, Tenebrus avait mal.
Et comme chaque année depuis qu'il était parti, au moment où tous les élèves furent descendus du train, Tenebrus poussa un cri. Un cri déchirant de douleur et d'amour.
C'est à cette époque qu'une nouvelle légende prit naissance à Poudlard. Celle d'un esprit qui aurait perdu son âme-sœur.
Et voilà, c'est fini pour cette histoire. J'ai beaucoup aimé écrire cette histoire et j'espère que vous avez pris plaisir à la lire. Ce chapitre vous aura peut-être semblé un peu expéditif mais je voulais garder du rythme et ne pas faire de chapitre supplémentaire.
N'hésitez à me dire ce que vous en avez pensé ou juste un petit coucou. A bientôt !
