Bonjour tout le monde, je suis heureuse d'être là aujourd'hui pour vous faire lire ce chapitre 16, que je prépare depuis déjà quelques semaines !
J'espère sincèrement qu'il vous plaira, c'est le chapitre le plus long que j'ai fait jusqu'à maintenant (12.000 mots). Je tiens à préciser que, si je n'ai pas de trou de mémoire, qu'aucune information sur le passé de Shachi n'a été donné, je tiens donc à vous dire que tout cela vient de mon imagination, et que je prends la liberté de lui créer moi-même son passé, même si Oda le dévoilera peut-être un jour.
Les cours sont terminés, j'aurai une semaine de stage la semaine prochaine, puis un oral noté, et ce sera enfin les vacances ! Mercredi je me suis fait très plaisir, j'ai acheté quatre tomes de manga (3 Hiyokoi et le premier de Maid-Sama) et un poster de Trafalgar Law, aha ! C'est son avis de recherche lorsqu'il est sur Punk Hazard, je l'ai eu pour environ 4-5 euros, pour plus de précision, je l'ai acheté à Azumanga, vous trouverez le site de ce magasin sur internet, il est super, ils ne vendent que des choses venant du japon ! Je crois qu'en tout, j'en ai eu pour environ 40 euros (rire). En plus, ma mère insiste pour que j'aille à la Japan Expo, étrangement, ça ne me tente pas forcément tant que ça, ce qui me rebute est le prix et le temps d'attente entre les activités etc, je serai intéressée par votre avis à ce sujet : êtes-vous déjà allé à une Japan Expo ? Si oui, donnez-moi vos impressions ! ^^
Ah, et bonne nouvelle : je passe en première L ! De justesse, certes, mais je passe quand même, on me laisse une chance, et toutes mes amies passent également ! Je suis vraiment contente, et je vais travaillerai dur l'année prochaine ! Si vous aviez vu mon appréciation sur le bulletin, en SVT, une horreur ! « Année gaspillée, il faut un minimum de motivation pour préparer son avenir ». Après, je sais très bien que j'ai rien fait dans cette matière, c'est la seule que j'ai complètement dénigrée car je ne peux pas travailler dans toutes les matières, et puis, ce prof est tellement ennuyant ! Pas méchant, mais vraiment soporifique, en plus on l'a le lundi matin, et je ne suis jamais réveillée à ce moment-là… héhé.
J'ai reçu vos commentaires et ils me font très plaisir, je suis heureuse de voir que vous avez apprécié le chapitre 15 et que vous êtes impatient de lire le 16 ! Un grand merci à tous mes lecteurs qui me soutiennent, à ceux qui me lisent, qui mettent la fiction en favori ou qui me suivent, merci ! Vous faites vivre ma fan-fic. ^^
Je remercie également WhiteMerry pour la correction du chapitre, c'est du boulot ! Alors voila, si tu me lis Miss Koala, sache que je te dis : merci ! :D
May m'appartient ainsi qu'un autre personnage que vous découvrirez dans ce nouveau chapitre (Shinobu), les autres sont à Oda-Sama.
Sur ce, je réponds à vos commentaires !
Réponse aux commentaires :
Cancide-crush : Bonjour et bienvenue sur si jamais tu es une nouvelle ! Ne t'inquiète pas tu ne déranges personne, ce site a été crée pour partager notre passion pour l'écriture, tu n'as donc aucune raison de nous déranger ! ^^ Et bien pour cette première review tu t'y ai prise à merveille, je l'ai reçue, donc don't worry, tu as passé le test ! XD « Ma toute belle » ? Oh, nous avons une lectrice ici très familière ! Aha non je plaisante, ce surnom me fait rire, je peux t'appeler Wapiti en échange ? Héhé. Désolée de te décevoir mais Law ne fera pas partir May dans son dos ! Et non, je vais juste m'assurer qu'il prenne juste conscience qu'il l'aime (ce qu'il sait déjà au fond), qu'il peut l'aimer et continuer son but de tuer Flamant Rose (Doflamingo) en même temps. May reviendra dans son monde un jour, c'est sûr, mais ce ne sera pas pour cette raison là ! ^^ Law, ramper pour la conquérir ? lol, c'est difficile à imaginer, mais j'aime bien le faire tourner en bourrique, il est juste trop mignon aha. Enfin, il l'est moins quand il veut utilise ses scalpels, évidemment… Je suis contente de voir que la nouvelle intrigue autour de Shachi te plaît, j'espère que tu ne seras pas déçue de ce nouveau chapitre !
Merci pour tous ces compliments qui me vont droit au cœur, ça me touche beaucoup ! ^^ Je vais garder ma motivation et faire de mon mieux ! Oui tu peux être fière de toi car ce message m'a fait très plaisir ! Alors j'espère te revoir bientôt :D !
Ic'ilver : Hey ! Et bien écoute oui ça va, au moment où je t'écris j'ai exactement quatre heures d'études vu que nous n'avons plus de DS et que certains cours ont été décalés, j'en profite pour avancer sur les chapitres, nyaha ! Et toi, comment tu vas ? :D
Et bien au fond, je pense que les profs m'ont alarmés à ce sujet à cause de ma réaction (ne pas être retournée au DS et m'être enfermée dans les toilettes), pour les commentaires littéraires, je pense qu'ils savent que quand j'aurai choppé le truc tout ira comme sur des roulettes. Je pense vraiment que c'est mon manque de maturité à ce moment-là qui les a un peu rebutés. Merci beaucoup, j'espère également pouvoir passer en L, nous saurons cela dans la semaine normalement, donc si vous me voyez déprimée au prochain chapitre, vous saurez pourquoi ! ^^ Mais je croise les doigts. Oui je sais que les lecteurs sont là pour moi, et dans mon esprit je dois tous vous remercier au moins trois fois par jour aha, cette aventure avec vous est très plaisante et m'apporte beaucoup en tant que auteur de fanfiction et également en tant que personne à part entière. C'est un réel plaisir de partager ses écrits avec des personnes comme vous ! ^^
Merci de dire que c'est un super chapitre ! J'avais un peu peur que vous soyez confus car il y a beaucoup de vas et viens entre les pensées des différents personnes, mais au prochain, vous n'aurez que du point de vue de Shachi, et légèrement de Law à la fin ! Non rassure-toi, Law tient à May, et même s'il est prêt à tout pour atteindre son but, il finira par prendre conscience qu'il peut choisir les deux, mais ça, tu le verras dans deux ou trois chapitres ! Voir même plus… héhé.
Oui j'ai juste annoncé la chose, en effet avoir des yeux de différents couleurs n'aident en rien, mais je te donne un petit indice : ses yeux ne sont pas de couleur différente pour rien, il y a une bonne (ou mauvaise aha) raison qui les a changés. Et ce changement permettra à Shachi de retrouver May et d'aider tout le monde. Aha oui encore un peu de patience, le chapitre avance doucement, la fin est faite et je dois juste clore un petit passage sur lequel je bloque, après c'est terminé ! Dire qu'il fait presque 11.000 mots au moment où je te parle ! C'est le chapitre le plus long que j'ai fait jusqu'à maintenant ! Décidemment, il faut croire que l'inspiration me revient.
Merci pour ton gentil commentaire, en espérant te revoir bientôt ! Bonne chance à toi également. ^^
Arya Cahill : Hey ! Oui je vais très bien, bientôt les vacances ! ^^ C'est vrai tu as adoré ce chapitre 15 ? Merciiii . Tu as lu presque toutes mes fics ? C'est à dire les Ikarishipping ? :O Merci, je suis flattée QwQ Et si tu dis que je progresse, je suis heureuse ! D'accord je vais essayer de ne pas stresser et d'avoir plus confiance en moi, je fais de mon mieux pour gagner en assurance, même si ça dépend dans quel domaine aha. Alors dis-moi, sais-tu enfin si tu passes ou non ? Moi oui, je passe en L ~ ! Je suis trop contente! Oh il va continuer à se voiler la face encore longtemps nyahahaha ! Et oui, le passé de Shachi est maintenant dévoilé ! J'espère que tu ne sera pas déçue :3 Oui Shachi connaît bien May, mais pour autant, c'est le genre de chose qui n'est pas facile à dire, et comme il se prend un peu pour son grand frère, il n'aimerait pas l'inquiéter ! ^^ Et puis, chaque personne ne réagit pas de la même manière. Je ne sais pas encore s'il y aura d'autres SMS, mais je peux te dire que la barre de réseau de son portable et le monde de May ont un lien ! ;D Hm non, on va pas l'emmener jusqu'à Marineford, on va pas aller jusque là XD ! Tes questions seront résolus au chapitre 17 ou 18, patience ~ !
Merci de me suivre et d'être fidèle, vous me faites tous avancer, et partager mes écrits est un véritable bonheur.
A bientôt ~ et merciii o/
Raineloup : Hey ~ !
Oui je sais je suis une méchante fille à finir le chapitre de cette manière, mais que veux-tu, il faut bien vous tenir en haleine ! Sinon vous ne resterez pas pour lire aha. Ah oui beaucoup de mystères sur Shachi, ça c'est sûr ! Tu me fais penser à Franky avec ton « SUPPPERR » XD ! Comment ça PETITE ? JE FAIS UN METRE CINQUANTE, D'ACCORD ? VIENT TE BATTRE SI TU L'OSES ! #SBAFF#
Ohlala, la question qui fâche : les lemons ! Et bien j'y réfléchis, je pense que j'en ferai un oui, mais je n'en ai jamais fait encore, donc ce sera mon premier, il ne faudra pas m'en vouloir si la qualité est aussi médiocre que lorsque je décris des combats XD.
A bientôt et merci d'avoir laissé ton avis, petite ! :D
LilyDTrafalgar : Salut ! Je suis heureuse de savoir que tu as adoré le chapitre 15. Pour May, il va falloir attendre le chapitre 17, mais pour ce qui est de Shachi, tout sera révélé dans le chapitre ci-dessous ! J'ai l'espoir que tu ne seras pas déçu(e), bonne lecture et merci de m'avoir un petit commentaire ^^ !
Lya : Bonjour ! Ah, les transports, une histoire d'amour, ou pas ! Quand j'étais petite, je ne supportais aucun trajet en voiture car ils me donnaient un mal de crane pas possible ! Heureusement maintenant ça s'est arrêté… Je ne sais pas si on peut dire que Law se rend compte de ses sentiments, disons juste qu'il y réfléchi et qu'il sait qu'il est attiré par elle. ^^ Si May est allée dans cette ruelle, c'était par pressentiment, elle a juste suivit son instinct, tout simplement ! Pour ta question (si Law la retrouve avant que les chasseurs de prime l'emmènent à une base marine) tu le découvriras dans le chapitre 17 ! Patience, aha ! Hm, pour le câlin je ne sais pas, May peut le lui demander !
— Eh, May, y a une lectrice qui veut un câlin de Law ! Elle peut ? hurla l'auteur.
— Q-Quoi ? lâcha la jeune lycéenne avec étonnement, avant de rougir violemment et de commencer à se triturer les doigts. Désolée mais, ce ne sera pas possible…
— Et pourquoi donc, jeune fille ? riposta sarcastiquement Wakfina avec un sourire en coin.
— Parce que Law… Parce que Law est à moi ! expliqua May avec détermination, embarrassée.
— Oh, je vois, on a affaire à une fille possessive.
— De toute façon, Law n'est pas très câlin, alors…
Bon bah désolée, mais je crois que ce ne sera pas possible d'avoir un câlin de Law ! May est très possessive ! XD Et bien voici le chapitre 16 ! T'inquiète y a pas de souci pour la review anonyme j'avais bien compris que vous étiez la même personne ! =)
Merci d'avoir laissé ton avis, et j'espère que tu aimeras ce chapitre !
DonnySean : Bonjouuuuuuur ! En effet cette semaine là n'avait vraiment pas été facile ! Mais bon, c'est la vie, il y a des moments comme ça où on aimerait disparaître héhé. Ton professeur a rigolé lorsque tu as dit que tu voulais rentrer en première L ? Quel manque de respect ! ça m'attriste parfois de voir que les profs ne font pas toujours leur métier par passion et ne poussent pas les élèves à aller dans les filières qui leur plaît. Au collège, ma prof de français était très gentille, je l'adorais, malheureusement au lycée je n'ai pas revu beaucoup de profs qui nous encouragent à faire ce que l'on aime… Je te souhaite du courage ! ^^
Oh, tu adores May ? Et pourquoi donc ? XD Aha oui Law se dévoile un peu, et on va enfin savoir ce que cache Shachi ! Oui en effet c'est dur pour elle d'avoir reçu cet SMS, cela signifie que la réalité la rattrapera toujours au bout d'un moment ! Oh je vois, je suppose que ce n'est pas plus mal alors si j'insuffle un peu de ma personnalité et de mon vécu à May ^^ Ah, ta fanfic marche bien ? Tu l'écris depuis longtemps ? Dis-moi ! :D
Oui merci pour tes encouragement, je passe en L ~ !
Muwnder : OUAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH. (ça y est, j'ai écris ma réponse à ta review.)
Katty Crazy Fire : Quand j'ai vu le « pas aimé », j'ai flippé ! Mais en lisant la suite, j'ai tout de suite été rassurée XD ! Ca y est, tu vas enfin savoir ce qu'il cache, bonne lecture et merci de m'avoir écrit ! :D
Heavenly : KWA ? MAIS J'HABITE PAS EN SAVOIE, MOI ! Oh merci de dire que tu adores mon histoire w ! Aha on est pareil toi et moi, les seuls magasins potables ce sont les librairies et les magasins de jeux vidéos ! OH YEAAAHHH o/ ! Ah, tu trouves qu'elle gagne en maturité ? Il est vrai que j'essaye de lui faire gagner en assurance, mais sans plus en fait, je ne m'en rends pas trop compte XD ! Ah, tant de questions, certaines trouveront une réponse lorsque tu auras lu ce chapitre 16 ! Bisous et merci d'avoir commenté ! 8D
Ma mère m'a fait quelques remarques sur ce chapitre, comme quoi, certains éléments ne sont pas forcément logiques, mais je n'ai pas voulu réécrire car je considère que je peux faire des erreurs et que je ferai mieux une prochaine fois ! Bon, j'avoue, j'ai un peu la flemme aussi de refaire une bonne partie du chapitre XD
Bon, je vous souhaite une bonne lecture, on se retrouve à la fin !
Je tiens à prévenir qu'il y aura un peu de violence dans ce chapitre, je ne mets pas de rating M pour autant, mais voila, je tenais à vous le dire !
oO_O_Oo
La porte claqua dans un bruit assourdissant, et laissa derrière elle apparaître la maigre silhouette d'un jeune homme de seize ans aux cheveux bruns hérissés. Celui-ci attrapa une pomme qui traînait dans la corbeille, posée sur la table, et la croqua à pleines dents, avant de prendre place en face de son petit frère qui finissait son dessin.
— Regarde grand frère, c'est un dragon ! s'écria celui-ci en lui montrant fièrement son dessin du haut de ses sept ans.
— Pas mal, mais tu devrais lui faire des sourcils un peu plus froncés pour qu'il ait une vraie tête de méchant, suggéra Shachi avec amusement.
Le plus petit fixa son dessin avec un air légèrement étonné, puis s'exécuta avec concentration sous le regard attendri de son aîné.
— Maman n'est pas là ? l'interrogea-t-il après avoir remarqué que le silence régnait dans la maison.
— Non, elle est partie faire les courses je crois, énonça le blond qui venait de ranger ses crayons de couleurs, ayant terminé son dessin.
— Et papa ?
— Il dort.
Shachi soupira intérieurement et se leva, un voile d'ombre recouvrant soudainement son visage. Il se dirigea lentement vers la chambre de son père et serra les dents en apercevant la bouteille en verre qui jonchait le sol, vide. La pièce était presque entièrement plongée dans le noir, seul un faible rayon de lumière transperçait les ténèbres qui s'étaient installées. Les yeux noisette de Shachi dévièrent vers son père qui était négligemment allongé sur le lit, son torse se soulevant faiblement au rythme de sa respiration. Des cris résonnèrent soudainement dans son esprit, et les traits de son visage se durcirent face aux images qui s'imposaient à lui : des disputes, des reproches, et son petit frère, Shinobu, qui pleurait. Il ferma les yeux pour chasser les images désagréables et sortit après avoir doucement fermé la porte derrière lui. Il afficha à nouveau son air guilleret habituel et rejoignit son petit frère qui lui offrit un grand sourire. Il lui ébouriffa ses cheveux étincelants comme le soleil, ce qui le fit rire, avant de s'approcher de la fenêtre sans raison particulière. Ses sourcils se froncèrent lorsqu'il vit, au loin, à seulement quelques mètres de la maison, des hommes habillés de noir, l'un d'eux portant une étrange valise. Ils se dirigeaient justement vers eux.
— Va dans ta chambre, Shinobu, exigea-t-il sans détourner les yeux.
— Pourquoi ? Le questionna ce dernier, ne comprenant pas la raison de cet ordre soudain.
— Fais ce que je te dis !
Légèrement apeuré par le ton qu'avait employé son grand frère, Shinobu hocha la tête et fit ce qu'il dit en courant. Shachi fixa les escaliers par lesquels il était monté un instant puis sortit de la maison et toisa les deux hommes qui s'approchaient, une lueur de méfiance dans les yeux.
— Bonjour, salua-t-il pour respecter la politesse, en quoi puis-je vous aider ?
Ces étrangers ne semblaient pas lui vouloir beaucoup de bien, et un mauvais pressentiment le tenaillait.
— Nous aimerions parler à vos parents, expliqua vaguement l'un d'entre eux d'un air sombre.
— Puis-je savoir pour quelle raison ? demanda-t-il, son sourcil droit se levant faiblement.
Il n'allait certainement pas les laisser entrer comme ça, sans savoir ce qu'ils voulaient à sa famille ! Il était l'aîné, il était responsable de la protection de la famille, ou du moins, c'était le rôle qu'il s'était donné. Sa vigilance augmenta lorsqu'il remarqua le regard agacé qu'ils s'échangèrent.
— C'est une affaire secrète qui concerne le gouvernement mondial.
— Désolé mais mes parents ne sont pas là, assura le brun, espérant que cela les convaincraient de faire demi-tour.
— Ce n'est pas grave, nous allons les attendre à l'intérieur.
Ils s'avancèrent mais Shachi tenta de leur bloquer le passage en leur ordonnant de s'en aller, sauf qu'ils n'avaient pas l'air décidés à partir sagement. La panique s'empara du brun qui n'aimait, mais vraiment pas du tout, la situation. Qu'est-ce qu'ils voulaient à la fin ? Celui qui semblait le plus louche lui attrapa le poignet et le jeta violemment à terre sans retenue pour pouvoir passer. Shachi s'essuya le visage et les fusilla du regard alors qu'ils franchissaient la porte de la maison, qui donnait l'impression d'être vide de présence humaine tant le silence était pesant. Ils examinèrent les alentours, fouillèrent quelques pièces par-ci par-là, avant de finalement monter à l'étage et arriver à la chambre de Shinobu. Shachi serra les dents et se posta devant la porte avec une rapidité déconcertante, les bras tendus en signe de protection.
— Pas ici, laissez mon petit frère tranquille ! rugit-il, la mâchoire serrée.
— Veuillez arrêter d'interférer, ou nous devrons employer la manière forte, prévint dangereusement l'un des deux hommes.
Mais c'était quoi leur problème ? On n'entre pas de cette manière-là chez les gens ! Ces hommes étaient vraiment louches, et il ne pouvait rien faire pour les empêcher de fouiller la maison, ils étaient deux et leur force était bien supérieure à la sienne !
— Mais qu'est-ce que vous voulez à la fin ?!
— C'est fini ce bordel ?! aboya soudainement une voix rauque derrière eux.
Tous tournèrent la tête et aperçurent le père de Shachi qui se tenait difficilement debout. Sa main s'accrochait à la barre de l'escalier, ses yeux étaient vitreux et ses cheveux châtains parsemés de quelques mèches grises étaient en bataille.
— Qui êtes-vous ? demanda-t-il avec énervement.
— Veuillez nous excuser pour le dérangement monsieur, mais nous aimerions nous entretenir avec vous. C'est une affaire importante qui concerne le gouvernement.
Le père du brun hocha la tête.
— Venez vous asseoir, nous pourrons parler tranquillement, proposa-t-il.
— Non papa, ne…, commença Shachi d'une voix presque suppliante.
— La ferme ! ordonna brusquement son père en le gratifiant d'une œillade meurtrière, ce qui lui fit l'effet d'une douche froide. Fais pas chier, on a déjà assez de soucis comme ça. Tu vas dans ta chambre et tu ne nous déranges pas, ces hommes veulent me parler, et bien qu'ils le fassent.
Shachi écarquilla les yeux face à la violence des propos et resta figé sur place comme si on venait de le transformer en statue de pierre, tandis que les trois hommes descendaient les escaliers pour aller discuter autour de la petite table en bois. Les lèvres du brun tremblèrent, puis il serra les poings et ouvrit faiblement la bouche avant de la refermer aussitôt d'un air résigné. Il tenta d'apaiser la colère qui s'était allumée en lui et sursauta lorsque les pleurs de son petit frère parvinrent à ses oreilles. Il entra dans la chambre et aperçut Shinobu qui pleurait, sûrement inquiet à cause du fait que son père ait crié. Il posa ses mains sur ses deux frêles épaules.
— Ne pleure pas Shin', souffla-t-il doucement d'une voix qui se voulait rassurante.
— Papa… pourquoi il a crié ? Et… ils t'ont fait du mal grand frère… ! balbutia Shinobu, les yeux larmoyants.
— Ah, ça ? quémanda-t-il en touchant son visage amoché d'une main. Ce n'est qu'une égratignure, ne t'inquiète pas. Et oublie papa, il est juste un peu énervé, c'est tout.
Le rassurer, l'apaiser, le protéger, c'était ce qui comptait, car il chérissait son petit frère plus que tout au monde.
— J'ai peur…, avoua-t-il de sa voix enrouée par les larmes, alors que sa respiration se faisait rapide et entrecoupée.
Il le comprenait très bien, c'était parfaitement normal, et Shachi aussi avait peur, mais pour le rassurer, il devait faire comme si tout allait bien, parce que c'était le grand frère, celui qui, aux yeux du plus petit, était fort, puissant, courageux, voir même invincible.
— Écoute Shin', tu restes ici, d'accord ? Surtout tu ne sors pas, quoi qu'il arrive. Et sache que si jamais ils s'approchent de toi, je ferai tout pour te protéger, compris ? Fit-il comprendre avec un petit sourire, avant de sécher de son pouce les larmes du blond qui hochait la tête.
Lui-même n'était pas très convaincu de ses propres paroles, mais faisait de son mieux pour le cacher.
— Tu me le promets ? l'interrogea l'autre tout en le fixant avec des yeux à croquer.
— Oui. Je t'en fais la promesse, je te protégerai.
Shachi le prit dans ses bras avec une grande tendresse, puis il l'embrassa sur le front.
— Je t'aime petit frère.
Puis, sans un mot, il se releva et posa la main sur la poignée. Il ne put résister à contempler une dernière fois Shinobu, ensuite, il sortit de la pièce dans le silence le plus complet.
Il ne savait pas encore que les quelques mots qu'il venait de prononcer, étaient les dernier que Shinobu entendrait de lui.
Lâchant un soupir, le brun aux cheveux hérissés fit quelques pas, de sorte à pouvoir observer discrètement la scène qui se déroulait en bas. Sa mère venait à peine d'arriver, des sacs de courses pleins les mains. Il n'arrivait pas à entendre ce que les hommes en noirs lui disaient, mais il pouvait facilement noter le changement d'expression de son père. Ce dernier semblait heureux, étrangement heureux. Ce n'était pas normal, son père ne souriait pas en ce moment, leur situation financière était bien trop critique pour qu'il ait envie de sourire. Quelque chose était en train de se passer. Il suivit des yeux sa mère qui prit place auprès d'eux. Son mari lui expliqua tout avec enthousiasme, mais il ne parvint pas à comprendre ce qu'il lui disait. En tout cas, la nouvelle n'était peut-être pas si réjouissante que ça, car il vit sa mère prendre un air choqué, voir même horrifié, et les larmes commencèrent même à rouler le long de ses joues creuses.
Shachi pensait intervenir en descendant, mais il fut interrompu par un des hommes en noirs qui posa la valise qu'ils transportaient sur la table. Ils l'ouvrirent et la stupéfaction se lut sur son visage. Des billets. Des dizaines de billets. Il n'y avait que ça dans la valise, une somme d'argent colossale qui pouvait en influencer bien plus d'un. Après quelques phrases échangées, il voyait sa mère qui doutait, hésitait, et il mourrait d'envie de savoir pourquoi, mais il était obligé de rester là, caché dans l'obscurité. Il était juste impuissant. Son père prononçait quelques mots, et les doutes semblaient être balayés, les billets aident aussi à effacer la culpabilité et les remords, et Shachi les vit se serrer la main avec satisfaction. Les battements de son cœur étaient rapides, il ne savait pas ce qui se trame, mais juste en examinant le visage de ses parents, il comprenait qu'il devait s'inquiéter.
— Vous êtes bien conscient des conséquences ? demanda l'un des hommes.
— Oui, et nous acceptons vos conditions, assura le père de Shachi.
— Très bien, l'affaire est donc réglée alors.
Tous se tournèrent vers les escaliers, et le jeune homme sentit un frisson parcourir son corps.
— Shachi, descend ! cria sa mère.
Intrigué, le brun s'exécuta, ignorant encore ce qui allait lui arriver.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Il y a que tu vas suivre ces deux hommes, ils ont besoin de toi, expliqua-t-elle avec un grand sourire.
Etonnés, les yeux du brun s'écarquillèrent encore une fois, alors que son cerveau enregistrait l'information. Qu'est-ce qu'elle voulait dire ? Qu'est-ce qu'ils avaient fait à ses parents ? Il s'approcha d'elle, alors que la panique s'insinuait doucement en lui, à tel point qu'il commençait à avoir du mal à respirer.
— Je ne comprends pas, de quoi tu parles ? Qu'est-ce qu'ils t'ont dit ?
Il ne reçut qu'un vague sourire qui était empli de tendresse, et cela l'effraya encore plus.
— Sur ce, nous allons y aller, déclara l'un des hommes étranges. Jeune homme, veuillez nous suivre.
Il essaya de lui attraper le bras, mais Shachi se recula de quelques pas, les fixant avec une haine incommensurable. La situation lui échappait, tout lui échappait, comment les choses pouvaient être bouleversées à ce point ? Il posa ses deux mains sur les épaules de sa mère avec anxiété et la regarda droit dans les yeux.
— Explique-moi ! Qu'est-ce qui se passe ?
— Ne t'inquiète pas mon chéri, c'est pour le bien du monde entier.
Pourquoi elle disait les choses d'un air aussi serein ? Pourquoi des mots aussi vagues qui ne l'aidait pas à comprendre ce qui arrivait ? Et pourquoi il avait l'impression que c'était la dernière fois qu'il les voyait ? Il ne put y réfléchir plus, l'un des hommes le frappa à la tête et il tomba à terre, envahi par la douleur alors que ses yeux s'assombrissaient. Sa vue s'embrouillait, tout était flou, et c'est avec l'image de son petit frère en tête qu'il sombra dans l'inconscience la plus totale.
[…]
C'est lorsque son corps percuta violemment le sol que Shachi se réveilla avec peine. Il avait affreusement mal à la tête et il avait du mal à assimiler les choses. Tout ce qu'il sentait était le sol froid sur lequel il était allongé. Il faisait presque noir, il ne distinguait pas grand-chose, et le fait que sa voix était brouillée ne l'aidait pas. Il entendit une porte se refermer ainsi que des bruits de pas s'éloigner.
— Putain…, jura-t-il entre ses dents.
Il leva la tête et sonda les alentours. Des murs, que des murs. Des murs en pierres ainsi qu'une fenêtre qui laissait entrevoir le crépuscule décoré d'un voile étoilée. Il se mit en position assise et tenta de réfléchir, mais rien qu'essayer lui donna la migraine. Où était-il ? Quel était cet endroit sinistre ? Il faisait terriblement froid, sombre, et c'était petit. Il était emprisonné, enfermé dans une pièce, dans un lieu qu'il ne connaissait pas, il était seul, totalement livré à lui-même.
Il s'adossa contre un mur, replia ses jambes contre lui-même et baissa la tête, soudainement dépité et ayant pour seul compagnon le silence pesant de la nuit.
Les heures défilèrent lentement, très lentement. La pièce était désormais totalement plongée dans le noir, et Shachi commençait à avoir faim et soif. Il avait essayé de voir à travers la fenêtre où il était, mais il n'était pas assez grand. Il avait passé un bon moment à se repasser en boucle la journée qui venait de se dérouler. Malheureusement, tout semblait être divisé en un puzzle impossible à construire, car il manquait des pièces. Il devait savoir pourquoi il était là. Il entendit un bruit de l'autre côté et recula de quelques pas, méfiant. La porte finit par s'ouvrir, laissant apparaître la silhouette d'un homme assez mince, lui aussi habillé de noir. Il entra dans la pièce sous l'air menaçant de Shachi et caressa du bout des doigts sa barbe naissante, un fin sourire énigmatique sur les lèvres. Il devait être le chef.
— Intéressant… Par contre il me semblait avoir été clair : je voulais que ce soit des enfants, grommela-t-il en fixant l'homme qui était derrière lui.
Shachi le reconnut : il était celui qui l'avait assommé.
— Les parents ne voulaient pas donner l'enfant, alors nous avons dû nous contenter de lui, riposta l'autre d'un air très sérieux.
— Bah, c'est toujours mieux que rien, je suppose, lança le leader en haussant les épaules, un peu exaspéré.
Il s'avança vers Shachi, et celui-ci ne put s'empêcher de reculer jusqu'à ce que son dos rencontre le mur froid. Le chef rit légèrement et attrapa son menton sans douceur, l'observant sous toutes les coutures comme s'il était un objet.
— Il a l'air en bonne santé, il devrait faire l'affaire, constata-t-il avec assurance avant de le lâcher.
Le brun se frotta la mâchoire.
— Qu'est-ce que vous me voulez ? Je veux rentrer chez moi ! tempêta Shachi en fronçant les sourcils.
Les deux hommes rigolèrent, et le chef le gratifia d'un regard moqueur, comme si ses propos étaient ridicules, risibles.
— Chez toi ? Mais tu n'as plus de chez toi mon garçon ! Tes parents t'ont abandonnés, tu comprends ça ? Tu es à nous maintenant.
Shachi ne sut que dire, envahit par le doute. Comment ça, ses parents l'avait abandonné ? Non, ce n'était pas possible, il disait n'importe quoi, n'est-ce pas ?
— Arrêtez de raconter des salades ! Mes parents ne feraient pas ça !
Le chef rigola à nouveau d'un rire de fou. Shachi se demanda ce qu'il y avait de si drôle. Soudain, une lueur effrayante s'alluma dans les yeux onyx du chef, et un sourire malsain naquit sur son visage. Il s'approcha de l'adolescent, et lui murmura la triste vérité :
— Écoute bien gamin : tes parents ont accepté de te vendre en échange d'une grosse somme d'argent, expliqua-t-il alors que son sourire s'agrandissait. Intéressant comme l'argent peut influencer les esprits, hm ?
Le souffle de Shachi se coupa. Cet homme mentait, n'est-ce pas ? Il ne pouvait pas en être autrement, ses parents n'auraient jamais fait ça… ! D'accord, ils croulaient sous la pauvreté, la misère, et les disputes étaient souvent présentes, mais de là à faire ça pour une grosse somme d'argent… Il ne pouvait pas le croire… Il ne voulait pas le croire !
— Enfin, je les comprends, poursuivit son interlocuteur. Ils étaient pauvres, ça ne devait pas être facile pour eux ! Mais désormais, tu n'es rien d'autre qu'un objet, un cobaye à notre service qui va nous aider à avancer dans notre projet !
Le brun ne l'avait pas écouté, il ne suivait déjà plus la conversation. Il fixait le sol, les yeux vides et les poings serrés. Il les serrait si fort que ses jointures étaient devenues aussi blanches que son visage. Sa tête tournait, ses yeux le piquaient, ses mains tremblaient violemment, et sa mâchoire était serrée. Le chef parlait encore avec enthousiasme lorsqu'il hurla furieusement :
— Vous mentez ! On était peut-être pauvres, mais je reste leur enfant ! Des parents n'abandonnent pas leur enfant aussi facilement !
— Vraiment ? Le questionna l'autre en haussant un sourcil, moqueur. Alors dis-moi pourquoi tu es ici ? Pourquoi ne se sont-ils pas défendus ?
Le prisonnier ouvrit la bouche, mais aucun mot ne passa la barrière de ses dents. Il ne savait pas quoi répondre. Les arguments étaient fondés, il n'y avait rien à répliquer. Pourtant, il refusait toujours d'admettre la vérité, l'accepter, c'était comme accepter également le fait d'avoir été rejeté, abandonné pour de l'argent, pour une chose matérielle qui, normalement, ne fait pas le bonheur.
— Ils n'ont pas… non, ils ne m'ont pas… abandonné…, chuchota-t-il, la tête baissée et la vue brouillée par les larmes qui perlaient au coin de ses yeux.
— Qu'est-ce qu'il est têtu, c'est agaçant, se plaignit le chef d'un air exaspéré. Bref, nous avons beaucoup de choses à faire. Profite-bien de cette nuit, car demain, tu ne seras peut-être plus le même.
Shachi ne réagit pas, et la porte se ferma doucement devant lui, plongeant à nouveau la pièce dans l'obscurité la plus totale. L'éclat de ses yeux noisette disparaît petit à petit, comme le peu d'espoir et de joie qui l'envahit. Aucune pensée ne traversa son esprit, il se sentit vide, pétrifié, figé, dénudé d'âme, comme un pantin dont on tire les ficelles.
Ses cils battirent un instant et une larme roula le long de sa joue, terminant sa route contre le sol gelé, puis sa main droite bougea imperceptiblement comme s'il se réveillait, son regard se posa sur le plafond et, désespéré, il se prit la tête entre les mains, avant de pousser un hurlement déchirant. Il se laissa tomber à terre et se replia contre lui-même, ayant pour seul pensée son cher petit frère.
[…]
Le soleil était levé depuis quelques heures seulement. Shachi ouvrit ses yeux cernés. Il n'avait pas réussi à dormir, hanté par la journée qu'il avait subie. Il se mit en position assise et posa une main sur son front en sueur, submergé par la fatigue. Il soupira et se leva, avant d'observer le ciel à travers la fenêtre. La seule chose qui lui venait à l'esprit en le regardant était la liberté. Ne pas avoir de responsabilité, être libre de ses choix, n'être dépendant de personne, à part soi-même… ça devait être bien.
Ses yeux brillèrent un instant et il tendit la main vers ce ciel si vaste et si bleu, oui… être libre, ça serait vraiment bien.
La porte s'ouvrit, ce qui attira son attention.
— Suis-nous, intima durement un homme en s'approchant de lui.
Trop épuisé pour résister, le brun aux cheveux hérissé suivit l'adulte sans rechigner d'un pas lent. Il ressemblait plus à un zombie qu'autre chose, avec ses épaules affaissées et ses cernes. On l'emmena dans un laboratoire où plusieurs personnes masquées étaient présentes ainsi que le chef, les murs étaient blancs comme ceux de l'hôpital, le sol était carrelé et aussi froid que la prison dans laquelle on l'avait enfermé, un lit était également placé au milieu, avec autour des machines qui lui étaient inconnues ainsi que du matériel de médecine, tel que des seringues, des scalpels, des bocaux… Il détourna les yeux, soudainement très mal à l'aise.
— Voici le jeune homme que vous avez demandé, chef, annonça l'homme qui l'avait emmené.
L'intéressé cessa sa discussion avec ses subordonnés et eut un sourire satisfait.
— Parfait ! Nous allons pouvoir commencer l'expérience.
Shachi tiqua en entendant le dernier mot, et devint soudainement livide.
— Quelle expérience ?
Il avait soudainement très peur, mais qu'allaient-ils faire de lui ? L'attacher sur ce lit et se servir de son corps comme une poupée de chiffon ? Un des hommes masqués s'avança vers lui, alors qu'il enfilait des gants comme ses collègues.
— Nous allons essayer divers produits sur toi afin de développer tes capacités physiques, ainsi que tes sens, fit-il d'une voix neutre, comme s'il ne se sentait même pas concerné.
Développer les capacités physiques ainsi que les sens ? Qu'est-ce que cela voulait dire ? Il allait servir de cobaye à une expérience étrange ? Dans quelle galère il s'était fourré ? Il n'avait certainement pas envie de finir charcuté sous les mains de ces hommes louches !
— Pourquoi vous voulez me faire ça ? Ne put-il s'empêcher de demander, les sourcils froncés.
— Nous voulons faire de toi un enfant prodige, sois en honoré, précisa le chef avec à nouveau un sourire malveillant accroché aux lèvres. Tu seras l'un des premiers ! Et avec ces enfants, nous créerons une armée pour aider le gouvernement mondial à se débarrasser de ces maudits pirates !
Les yeux de Shachi s'ouvrirent en grand sous la révélation.
— C'est… C'est le gouvernement qui vous demande de faire ça ? Mais je croyais que…
— Que la marine se contentait d'attraper les pirates et de les enfermer à Impel Down avant de les exécuter ? le coupa-t-il. Quelle bonne blague ! Le gouvernement est capable de tout pour traquer les pirates. Peu importe les gens qui seront drogués, expérimentés, torturés et tués, il fera tout pour atteindre son but.
— Vous êtes des salauds ! Hurla avec vivacité le brun, furieux.
Le sourire disparut du visage du chef, et une lueur meurtrière dansa dans ses yeux.
— Parle sur un autre ton, gamin, ou je te coupe la langue.
Shachi eut un mouvement de recul, effrayé. Ce gouvernement mondial… Quelle bande d'enfoirés ! Il était ici à cause d'eux ! Il pensait que c'était des gens biens, mais il s'était bien trompé ! Faire toutes ces horreurs… ! Ils étaient aussi écœurants, voir même plus, que les pirates !
— Sur ce, nous allons commencer. Attachez-le et faites ce que vous avez à faire ! ordonna le chef en claquant des doigts.
Ce fut à ce moment-là que tout bascula : on l'attrapa par le bras pour l'empêcher de fuir puis on l'attacha sur le lit avec des sangles. Il tenta de se débattre, en vain, mais ils étaient plusieurs et il ne pouvait plus bouger, saisit par la panique. Il voulut hurler, mais on le piqua brusquement dans l'épaule gauche avec une seringue qui contenait un produit anesthésiant. Ses yeux s'abaissèrent petit à petit, puis il sombra dans le sommeil. On lui enleva ses vêtements et, sous la lumière éblouissante de la lampe, l'expérience commença.
L'adolescent se réveilla plusieurs heures plus tard et remarqua rapidement qu'il était emprisonné dans la même pièce qu'avant, avec la même fenêtre qui laissait entrevoir le ciel. Il faisait désormais totalement jour. Il se massa la tête et essaya de se rappeler de ce qu'il s'était passé, il se souvint juste qu'on l'avait endormi, et il fut stupéfait de remarquer qu'il n'avait rien. Il était toujours en un seul morceau, et il ne voyait aucune cicatrice sur sa peau. Il observa ses mains : rien à signaler. Une phrase lui revint aussitôt en mémoire :
Nous allons essayer divers produits sur toi afin de développer tes capacités physiques, ainsi que tes sens
Hm… était-il plus fort ? Il frappa dans un des murs pour le vérifier, et il confirma que non, ce n'était pas le cas, puisque ce n'était pas le mur qui avait eu mal, mais lui. L'ouïe ? Il l'ignorait, il n'entendait rien d'ici, il n'y avait aucun bruit. Le toucher ? Bof, rien de spécial à ce niveau-là. L'odorat ? Il huma ses vêtements : beurk, à part une odeur désagréable qui disait qu'il était temps pour lui de prendre une douche, il ne sentait aucune différence. La vue, alors ? Ses yeux parcoururent la pièce. Tiens, il n'avait pas remarqué plus tôt que quelques miettes de pain traînaient dans un coin de la pièce et qu'une rayure avait été faite juste en dessous de la poignée de la porte. Il observa d'autres endroits et remarqua à nouveau d'autres détails qui l'avaient échappé avant. Pas de doute, sa vue avait été développée, il pouvait voir minutieusement les choses qui l'entouraient… Il devrait être content, il n'avait rien d'autre, mais pour autant, il se sentait soudainement mal dans sa peau… Comme si ce corps n'était plus le sien.
Il ne devait pas penser à ça, le plus important était de s'enfuir d'ici, où il allait finir par péter un câble. Les murs étaient trop solides pour être détruits, et il imaginait bien que passer par la fenêtre n'était pas possible, à moins d'avoir une lime, ce qui n'était pas le cas. Et il était trop petit pour les attraper et essayer de les arracher par la force de ses bras. Aucun trou à l'horizon non plus, il ne restait plus que la porte. Il agrippa la poignée et tenta d'ouvrir la porte, en vain, évidemment. Il devait attendre qu'on l'ouvre à nouveau pour foncer et chercher une sortie. Les chances étaient minimes, mais il n'y avait pas d'autres solutions. Si seulement il avait une arme… ! S'ébouriffant les cheveux, sa bouche laissa passer un soupir. Décidément, il soupirait vraiment trop en ce moment…
Il resta debout tout près de la porte, fermant les yeux et essayant de calmer sa respiration et les battements de son cœur. Quand le moment serait venu il réussirait à s'échapper, oui, il était déterminé. Il ne devait pas se laisser envahir par la fatigue et la peur, il devait rester courageux. Le temps passa, et il tiqua lorsqu'il entendit le bruit de la porte s'ouvrir lentement.
—Je viens t'apporter de la nourriture, gamin, déclara l'homme avec désintérêt.
Il posa une assiette par terre, dans laquelle était posé un morceau de pain ainsi qu'un verre d'eau. Il ignora la faim qui le tenaillait et, lorsque son vis-à-vis eut le dos tourné pour refermer la porte, il fonça et lui rentra dedans ce qui le fit chavirer.
— Un des prisonniers tente de s'échapper ! cria l'homme en le voyant sortir en courant.
Le cœur battant, Shachi continua son chemin au hasard, essayant de se servir de sa vue et de son instinct pour savoir où aller. Il dût se faire violence pour ignorer le cri des enfants enfermés qui le suppliait de les sauver, il était leur seul espoir, mais il n'était pas assez fort et n'avait pas assez de temps pour les sortir de là, il ne devait penser qu'à lui-même pour avoir ne serait-ce qu'une chance minime de sortir de cet enfer. Des bruits résonnèrent derrière lui alors qu'il continuait de courir : les subordonnés le poursuivaient, et il n'était pas dupe : ils couraient plus vite que lui. Où était la sortie, bordel ? Ses yeux fouillaient dans le moindre recoin, et il suppliait le ciel de l'aider.
Il finit par emprunter un long couloir dans lequel il se retrouva encerclé des deux côtés. Poussant un juron, il se colla contre le mur alors qu'un sourire victorieux naissait sur le visage de ses poursuivants. L'horreur s'empara de lui lorsqu'il remarqua qu'ils tenaient chacun un couteau. Ils étaient prêts à le blesser, voir même presque à le tuer pour l'empêcher de fuir. Ne sachant que faire, il fit comme pour le premier : il fonça vers l'homme qui lui bloquait la route et tenta de le frapper au visage, mais celui-ci lui attrapa le poignet en ricanant. L'air enragé, Shachi lui donna un coup de pied phénoménal dans le ventre, ce qui eut pour effet de le faire se plier en deux et de lui faire cracher du sang. Le souffle saccadé, la main pâle de l'adolescent attrapa le couteau qui avait atterri au sol et continua son chemin. Il avait terriblement mal à la tête, il n'arrivait même pas à réfléchir correctement tant les choses se bousculaient. Il arriva dans une nouvelle salle inconnue remplie d'hommes qui discutaient sombrement. Ils l'aperçurent et cessèrent leurs bavardages, prêt à le capturer pour l'enfermer à nouveau. Shachi déglutit, il était encerclé désormais.
Il observait les alentours à une vitesse folle, lorsqu'il entendit des applaudissements derrière lui.
— Je suppose que je dois te féliciter, gamin, d'avoir réussi à sortir de ta cellule.
Le brun aux cheveux hérissés se retourna lentement et vit le chef qui, étrangement, souriait. Méfiant et intrigué, l'adolescent fronça les sourcils.
— Mais malheureusement pour toi, le chemin s'arrête ici, précisa-t-il avec plus de sérieux. Mes hommes sont armés et nous n'hésiterons pas à te blesser pour te garder ici. Tu ne peux pas t'échapper et de toute façon, personne ne t'attend, alors pourquoi partir, gamin ?
— Vous me dégoûtez, je préfère être n'importe où qu'ici, cracha-t-il froidement, une haine incommensurable dans les yeux.
Son interlocuteur ria légèrement, amusé par sa réaction.
— Peu importe, tu ne pourras pas sortir, de toute façon. Attrapez-le !
Il claqua des doigts et les hommes commencèrent à s'approcher lentement, il les fixa un par un avec toute la colère qu'il pouvait avoir puis observa à nouveau ce qui l'entourait. Une sortie, une sortie… Ses yeux se posèrent sur une fenêtre qui n'était pas très loin de lui, avec un peu de chance il arriverait à l'atteindre. Il courut dans sa direction mais un des subordonnés l'attrapa par le bras et le frappa au visage, ce qui le fit tomber à terre, le goût du sang se répandant dans sa bouche. Ses lèvres s'étirèrent en un rictus face à la douleur qui le submergeait. Il se releva vivement et évita le poing de son adversaire qui s'élançait vers lui, puis contre attaqua en lui donnant un coup de pied au visage, ce qui l'assomma. Un deuxième s'élança vers lui, une lueur meurtrière dansant dans son regard, et sans plus attendre, Shachi sortit le couteau qu'il avait caché dans la poche de son pantalon et le planta dans le cœur de l'homme qui hurla à la mort avant de tomber lui aussi, dénué de vie. Le corps de l'adolescent fut submergé par des spasmes alors qu'il réalisait ce qu'il venait de faire, il était terrorisé.
Les autres hommes reculèrent en voyant celui qui était mort à terre, sous l'air agacé du chef qui ne voulait certainement pas laisser partir Shachi. Celui-ci se mordit violemment les lèvres pour se retenir de pleurer et continua son chemin vers la fenêtre qu'il avait aperçu. Il regarda de l'autre côté de la vitre : il y avait une falaise impraticable, ainsi que la mer.
— Tu veux passer par là ? l'interrogea le chef avant de rire sans retenu. Si tu fais ça tu vas mourir !
Le couteau ensanglanté et le teint livide, Shachi ria lui aussi, envahissant la totalité des personnes présentes d'une peur angoissante, terrifiante. En seulement quelques secondes, l'aura de ce gosse avait changé. Elle faisait naître la terreur la plus grande en chacun d'entre eux.
— Je ne mourrai pas, soutint le brun aux cheveux hérissés avec un sourire. Vous, par contre, profitez encore de ce que la vie vous offre, car d'ici peu de temps je viendrai vous rendre visite, et je vous tuerai de mes propres mains, ajouta-t-il sèchement, le visage recouvert d'un voile d'ombre.
Puis, sans dire un mot de plus, il s'élança et sa maigre silhouette disparut aux yeux de tous.
— Tch, lâcha le chef d'un ton agacé. Qu'est-ce que vous attendez ? Reprenez le travail !
Chacun retourna rapidement à ses occupations comme si rien ne s'était passé, puis le commandant posa une dernière fois ses yeux malsains sur la fenêtre, avant de retourner à son bureau, un sourire malveillant collé aux lèvres.
Shachi serra les dents lorsque son corps percuta les vagues de la mer, et il eut du mal à remonter à la surface tant il se sentait faible et fatigué. Il avait peur, mais il devait tenir bon, il avait réussit à s'échapper alors il n'allait quand même pas mourir maintenant ! Ses membres étaient engourdis par le froid, et pourtant il nageait, encore et encore, en direction de la terre ferme qu'il apercevait au loin. Tout se passait plutôt bien, mais une vague plus grande que les autres se heurta à lui et il se retrouva à nouveau sous la surface. Il réussit à remonter en haut afin de poursuivre la nage, et se retrouva sur la terre ferme quelques minutes plus tard. Il s'avança lentement sur le sable chaud de la plage déserte, puis, brusquement, il tomba à terre, vidé de ses forces. Bon sang, sa tête lui faisait un mal de chien ! Il se releva doucement, s'épousseta les vêtements et regarda autour de lui : il connaissait cet endroit, il y allait dès fois en quête d'aventure ! Cela signifiait qu'il n'était pas très loin de chez lui, d'ici une heure de marche il y serait. Impatient de rentrer chez lui pour voir son petit frère, il arpenta la plage et s'engouffra dans les rues de la ville, le cœur tourmenté par la faim qui le tenaillait. Ses sourcils se froncèrent lorsqu'il remarqua que les passants l'observaient étrangement comme s'il était une bête de foire, et il ne put résister à baisser la tête, embarrassé. Pourquoi ces regards effrayés, dégoûtés ? Il l'ignorait. Ses vêtements étaient sales et en mauvais état, sa joue était gonflée et il avait des marques par-ci par-là suites à ses combats, ça devait être pour ça.
Il vit un standard où étaient posées sur des tables en bois différentes boites contenant des fruits et légumes. Son ventre gargouilla et sa main fouilla dans sa seule poche libre, l'autre cachant le couteau qui lui servait de moyen de défense. Ses doigts ne trouvèrent rien d'autre que le tissu, il n'avait pas d'argent sur lui. Soupirant, il allait repartir lorsqu'une image s'afficha dans son esprit : celle de prendre quelques fruits sans payer et de partir en courant. Il bougea sa tête de droite à gauche pour effacer cette image. Non, il ne devait pas voler, il ne pouvait pas s'abaisser à faire une telle chose. Il avait déjà mauvaise conscience à cause du fait qu'il ait tué un homme, alors il n'allait tout de même pas en rajouter. Il poursuivit donc sa route, la mine renfrognée, essayant de ne pas voir les regards étranges que les gens portaient sur lui comme une marque indélébile.
Il finit par arriver dans une forêt qu'il connaissait bien. Sa maison se trouvait juste après elle, dans un lieu assez isolée en pleine nature. Il eut un sourire et grimpa à un arbre pour attraper des pommes bien mûres, avant de mordre dedans avec impatience, le poids de son cœur se faisant un peu plus léger. Il profita de cet instant de bonheur au maximum, c'était si agréable de manger ! Et bientôt, il retrouverait son frère adoré, il devrait être heureux, il pourrait très bien être encore enfermé dans cette horrible cellule toute poussiéreuse.
Ayant fini de manger, Shachi sauta de sa branche et courut à travers les arbres et les plantes, respirant l'air apaisant de la nature, se roulant dans l'herbe, observant les différents animaux curieux qui le fixaient. Il se sentait bien, libre, comme si tout ce qui s'était passé avant n'avait été qu'un horrible cauchemar.
Mais pour combien de temps ?
Au bout de trente minutes de marche, il arriva enfin devant son chez soi, et le doute l'envahit aussitôt. Que faire ? Comment réagir ? Le chef n'avait pas menti : ses parents l'avaient vendu, en échange de la richesse, pour enfin sortir de la misère dans laquelle baignait la famille depuis des années. Il n'avait même plus envie de les appeler « parents » désormais, ce n'étaient plus que des étrangers qui l'avaient abandonné. Quoi que, sa mère était attachée à lui, si son père n'avait pas été là elle aurait sûrement refusée, mais la persuasion de ce dernier l'avait rapidement convaincue. Tant pis, il aviserait, ce qui comptait maintenant était de s'assurer que Shinobu allait bien. Il entra donc dans la maison, et ses yeux s'écarquillèrent d'eux même quand il vit la scène : la table était renversée ainsi que les chaises, des billets étaient dispersés un peu partout dans la pièce… c'était comme si… comme si il y avait eu une dispute très violente. Il n'y avait pas que ça, il y avait autre chose… une chose terrifiante qui le faisait trembler :
Un silence de mort.
Shachi inspira lentement, essayant de taire l'inquiétude qui le saisissait. Il monta lentement les marches, une à une et arriva devant la chambre de celui qu'il chérissait le plus au monde. Le cœur battant violemment contre son torse, il attrapa la poignée et ouvrit la porte.
Tout se brisa à cet instant, lorsqu'il vit, baignant dans son propre sang, le corps figé de son petit frère à même le sol.
Son cœur s'arrêta de battre un instant et l'envie de vomir le submergea violemment. Il plaqua une main sur sa bouche et ferma les yeux, le teint livide. Ses genoux percutèrent le sol et sa respiration se retrouva entrecoupée tant il était secoué par l'émotion et la vue qui s'offrait à lui. Finalement, il ne put résister et vomis à terre avant de tousser rudement, des larmes apparaissaient au coin de ses yeux. Il était désemparé, désespéré, il ne pouvait décrire ce qu'il ressentait, c'était comme si un étau se refermait sur son cœur meurtri et le serrait de plus en plus fort jusqu'à l'étouffer. Pourquoi lui ? Pourquoi Shinobu ? Il était si jeune, ce n'était qu'un enfant, alors pourquoi lui ? Il n'avait rien fait… Il était innocent…
— Shinobu… Shinobu…, répéta-t-il d'une voix cassé.
Il se mordilla si durement les lèvres que celle-ci se mirent à saigner, mais cela l'importait peu, il ne pouvait détacher son regard de son petit frère dénué de vie. Lentement, il rampa jusqu'à lui, répétant son prénom à en perdre la voix, implorant le ciel pour qu'il bouge ne serait-ce que le petit doigt, ses mains entourant sa taille et le serrant fortement contre lui, submergé par des sensations intenses, hurlant encore et encore son prénom sans cesse.
Je t'en fais la promesse, je te protégerai.
Il n'avait pas pu tenir sa promesse, il n'avait pas pu le protéger, il avait été inutile, impuissant. Le seul être qu'il avait voulu protéger de toutes ses forces lui avait été arraché. Il essuya de sa main désormais tâchée de sang les larmes qui roulaient sur ses joues pâles et allongea doucement le corps de son frère à terre. Il visita les autres pièces, les yeux vides, et pleura encore plus lorsqu'il découvrit le cadavre de ses parents dans leur chambre. Dévasté, il l'était. Ces enfoirés les avaient tous tués.
Il retourna dans le salon en traînant des pieds, et sans aucune raison particulière, son regard dériva vers le seul miroir qui était accroché dans la pièce. Ses yeux s'écarquillèrent et il détourna les yeux un moment avec brutalité, avant de les reposer sur le miroir qui montrait une pitoyable image de lui. Il s'en approcha doucement avec stupéfaction, et il comprit pourquoi les passants l'avaient dévisagé ainsi dans la rue.
Ses yeux… Ils n'étaient plus de couleurs noisette comme les feuilles de l'automne, non. Ils… avaient changé de couleurs à cause de l'expérience qu'on avait faite sur lui. L'œil droit était bleu, comme le ciel sous lequel il avait marché pour rentrer chez lui, et l'autre était… rouge, rouge sang, comme s'il était possédé, maudit, démoniaque. Il n'avait plus ce regard doux, attentif et sympathique, non. Ses yeux étaient effrayants, il avait l'impression d'être un monstre. Ne supportant plus son reflet, il tourna dos au miroir et se laissa glisser contre le mur à même le sol, la tête entre les mains.
Sa vie avait été détruite en seulement quelques heures. Il ne lui restait plus rien. Sa bouche s'ouvrit pour laisser passer un hurlement déchirant, mais aucun son ne sortit, comme si ses cordes vocales étaient aussi brisées que lui. Il finit par réussir à se calmer au bout de longues minutes insupportables. Vibrant de rage et d'une tristesse poignante, il attrapa une pelle posée contre le mur de la cuisine avant d'aller dehors et de creuser trois trous de grandes tailles dans le jardin dans le but de faire la tombe de chacun. Un par un, il essuya le sang qui les avait souillés tout en essayant de contrôler ses émotions, puis il les déposa chacun dans le trou qu'il avait creusé avant de les boucher lentement et de cueillir des fleurs pour les planter tout autour. Puis, il joignit ses deux mains et fit une prière, en espérant que leur nouvelle vie serait bien meilleure que celle-ci. Une minute de silence passa, où seule les bourrasques de vents qui faisaient virevolter ses cheveux se firent entendre, puis, lentement, il détourna les yeux, attrapa son sac rempli de provisions, le posa sur son épaule et se hâta de construire un radeau avant de monter dessus, la mâchoire serrée.
— Je vous vengerai, affirma-t-il avec une détermination sans faille. Peu importe le nombre de gens que je devrais tuer, je ne laisserai pas cette injustice impunie. Papa, maman, Shinobu, adieu.
Son regard dériva ensuite une dernière fois vers la maison dans laquelle il avait vécu, avant de se diriger vers la mer, vaste et effrayante, à la recherche de la liberté.
La mer était assez calme, tranquille, mais étrangement, Shachi avait l'impression que le ciel devenait de plus en plus gris et inquiétant. Le vent se faisait plus violent et glacé au fil des minutes, comme pour le prévenir que le temps allait se gâter. Il ne pouvait pas faire demi-tour maintenant, il n'avait plus qu'à prier pour que le temps lui soit favorable. Sauf que sa prière ne se fit pas entendre, car peu de temps plus tard il commença à pleuvoir, des tornades apparurent et le ciel fut fendu en deux par des éclairs. Le radeau tangua dangereusement, secoué par les vagues qui se faisaient plus grandes, imposantes. Shachi fit de son mieux pour rester accroché, mais il se retrouva prit dans une tornade et son corps se retrouva encore une fois dans la mer. Il tenta de se débattre mais il était tellement épuisé mentalement et physiquement que cela semblait vain. Alors qu'il perdait petit à petit connaissance, il aperçut vaguement quelque chose de jaune et très grand s'approcher de lui, puis plus rien, il s'évanouit.
La première chose qu'il remarqua lorsqu'il se réveilla fut la personne qui était à côté de lui. Cette personne avait des yeux gris cernés troublants, des cheveux bruns et un étrange bonnet nordique sur la tête. Un nodachi était également posé sur son épaule. Il semblait jeune, Shachi lui donnait quoi… dix-neuf ans ? Et il n'était pas seul, il portait un ours de petite taille dans ses bras. Shachi essaya de se mettre en position assise, mais le jeune homme qui était à côté de lui conseilla presque avec désintérêt :
— Tu devrais rester allongé, tu es sérieusement amoché.
— Qui êtes-vous ? Et où suis-je ? Répondez !
Il était soupçonneux, ce qui était normal vu ce qu'il avait vécu récemment. Il observa du coin de l'œil la pièce dans laquelle il était. Les murs étaient blancs, peu de meubles décoraient la pièce… cela semblait être une infirmerie. Il remarqua que sa joue ne lui faisait plus mal, comme si elle avait été soignée.
— Ici c'est moi qui pose les questions, et je déteste que l'on me donne des ordres, rétorqua sèchement son interlocuteur en le sondant du regard, une lueur peu rassurante dansant dans ses prunelles.
Shachi déglutit discrètement. Ce type était bizarre, il dégageait quelque chose de terrifiant. Le brun posa son ours à terre et attrapa une chaise avant de s'asseoir dessus, les bras derrière la tête et une jambe par-dessus l'autre.
— Je suis Trafalgar Law et tu es sur mon sous-marin, répondit-il tout de même d'un ton plus posé, ses lèvres s'étirant en un sourire fourbe. Tu as dormi pendant deux jours entiers.
— Deux… Deux jours ?! s'exclama le brun en se relevant, stupéfait.
— Ne bouge pas, ordonna Law d'un air dur. Tu n'es pas encore totalement rétabli.
Shachi ignora ses mots et posa ses deux pieds à terre, le regard froid. Une lueur menaçante s'alluma dans les prunelles cendrées de son vis-à-vis qui avait froncé les sourcils, n'appréciant pas, mais alors pas du tout, d'être snobé de cette manière. Le plus jeune ne voulait pas rester sur ce navire une minute de plus, il était reconnaissant envers le brun de lui avoir sauvé la vie, mais ça n'allait pas plus loin. Il ne faisait plus confiance à personne désormais, le monde entier était devenu son ennemi.
— Merci de m'avoir sauvé, je m'en vais, annonça-t-il d'un ton neutre avant de se diriger vers la sortie, chancelant légèrement.
Il n'était plus très loin de la sortie lorsqu'on le plaqua contre le mur avec violence, puis deux orbes glacées rencontrèrent les siens, alors qu'un scalpel s'était froidement posé sur son cou en guise de menace. Law l'incendiait du regard, et Shachi serra les dents face à la douleur qu'avait provoquée ce geste. Déjà qu'il était mal en point, si en plus l'autre s'y mettait…
— Écoute-moi bien, si tu retournes à la mer sans bateau ni provisions, tu seras mort d'ici quelques heures, annonça celui au chapeau nordique avec un sourire sadique.
Shachi grinça des dents et tenta de s'échapper, mais il était affaibli et son interlocuteur avait une force bien supérieure à la sienne. Il devait admettre qu'il avait raison : il ne serait plus qu'un cadavre errant s'il retournait en mer, et ça, il en était hors de question. Hors de question de mourir avant de s'être vengé et d'avoir vengé ceux qui lui étaient chers. C'était devenu son principal objectif.
— Franchement, ton sort m'importe peu, ce n'est pas mon problème, avoua-t-il sans perdre de son sourire, mais j'ai cru comprendre que tu voulais tuer une personne en particulier, alors le mieux serait de rester en vie, tu ne crois pas ? ajouta-t-il avec une pointe d'ironie.
— Comment le savez-vous ? le questionna le brun aux cheveux hérissés, intrigué.
—Tu parlais dans ton sommeil, se contenta-t-il de répondre, indifférent.
Les épaules du brun aux cheveux hérissés s'affaissèrent à cause du dépit qui l'envahissait. Il pensait à grande vitesse, que faire ? Rester avec cette personne qu'il ne connaissait pas, ou se risquer à prendre la mer ? Il s'arrêta dans ses interrogations lorsque le plus vieux le relâcha sans pour autant briser le contact visuel.
— Je te laisse réfléchir, viens me voir quand tu auras pris ta décision, acheva-t-il finalement avec nonchalance, fourrant ses mains dans les poches de son pantalon moucheté.
Il attrapa le petit ours qui le fixait de ses yeux ronds et laissa ses doigts caresser sa douce fourrure blanche comme de la neige, puis, lentement, il se dirigea vers la porte et la referma derrière lui, laissant Shachi livré à lui-même. Celui-ci se laissa glisser contre le mur en bois, repliant ses genoux contre son torse et s'entourant de ses bras afin d'y poser sa tête, ayant pour seul compagnie le bruit des vagues qui apparaissaient brusquement avant de disparaître avec autant de rapidité, éclairées par les rayons réchauffant du Soleil.
De son côté, Law avait trouvé refuge sur le pont, bercé par les faibles bourrasques de vents qui chatouillaient son visage, Bepo dans les bras. Ses pensées ne se détachaient pas du jeune qu'il avait trouvé en pleine mer, et la première chose qu'il avait remarquée d'étrange chez lui était ses yeux. Ils étaient d'une couleur si différente, ce n'était pas la première fois qu'il voyait cela chez quelqu'un, mais ceux du bruns étaient différents, ils lui donnaient l'impression de tout voir, de percer les ténèbres, de voir chaque détail et de pouvoir analyser tout ce qui se présentait à lui. Il espérait en tout cas qu'il rejoindrait son équipage, car il avait besoin d'aide pour s'occuper de Bepo et surveiller à la vigie. Il était pour le moment seul dans son équipage, il ne voulait pas recruter n'importe qui et était donc très exigent sur les personnes qui méritaient d'en faire partie. Il ignorait s'il était fort physiquement, mais l'intérêt qui s'était allumé en lui en le voyant était largement suffisant. De toute façon, il était quasiment certain qu'il allait accepter de le rejoindre, il n'oserait pas retourner en mer tout seul, et Law avait encore de très bons arguments à lui donner pour le convaincre de rester.
Il entendit la lourde porte s'ouvrir derrière lui. Il ne bougea pas et continua à contempler la mer, sachant pertinemment qui était là, à seulement quelques mètres de lui. Ses lèvres s'étirèrent en un faible sourire satisfait, il était persuadé que la réponse du jeune garçon allait être positive. Celui-ci tituba en s'avançant vers lui et s'accouda à la rambarde d'un air songeur tout en tournant la tête en direction du côté opposé de Law, ne voulant pas qu'il voit ses yeux si détestables. Ses mains serrèrent la rambarde avec force, tremblantes, puis ses lèvres soufflèrent quelques mots qui auraient pu être inaudibles pour Law s'il n'était pas à côté de lui.
— Pour ta proposition… J'accepte. Mais ne te fais pas d'illusions, je ne resterai que jusqu'à la prochaine escale, après, je m'en vais.
Il semblait presque résigné par sa décision, ce qui pouvait être normal car il n'avait pas vraiment le choix. S'il voulait assurer sa vengeance, il devait rester en vie, c'était la moindre des choses. Law eut un sourire et lui tendit la main.
— Tu as fait le bon choix, répliqua-t-il, je te souhaite la bienvenue pour les quelques jours que tu passeras ici. Je suis Trafalgar Law, le capitaine.
Shachi osa un regard craintif vers lui qui dura un instant, puis, ne voyant aucun dégoût dans les yeux gris de son vis-à-vis, il attrapa la main qui lui était tendu et la serra doucement.
— Je m'appelle Shachi.
Et à ce moment-là, la vie du plus jeune commença à prendre un nouveau tournant, sans qu'il n'en prenne réellement conscience.
[…]
Les jours s'écoulèrent lentement. Shachi passait la plupart de son temps avec Bepo, jouant avec lui et donnant tout ce qui était nécessaire à un animal tel que lui. Il était amusant de voir à quel point il grandissait vite, mais une chose ne changeait pas chez lui : ses petits yeux ronds adorables qui vous donnent constamment envie de lui faire un câlin. A part son prénom, le jeune garçon n'avait encore rien dit au sujet de l'expérience qu'il avait vécu il y a de cela une semaine maintenant, ni même quelque information à son sujet. Il restait assez méfiant et craintif, comme si les humains étaient détestables et ne méritaient que son ignorance et son mépris. Il ruminait beaucoup dans son coin, se ressassait la même journée qui avait à jamais marqué sa vie telle une marque indélébile. Une carapace semblait s'être formée autour de lui, il était impossible de la briser, voir même de la fissurer ne serait-ce qu'un petit peu. Law avait déjà essayé de lui soutirer des renseignements sur lui mais Shachi persistait à rester silencieux, ce qui agaçait légèrement le capitaine qui n'aimait pas avoir à ses côtés une personne dont il ne connaissait rien hormis son prénom. Malgré son silence, il avait tout de même réussi à comprendre que son « nouveau coéquipier » avait une vue plus développée que la moyenne, ce qui pouvait s'avérer être fort intéressant pour occuper le poste de vigie. Posséder cet atout pouvait également faire basculer un combat en sa faveur, c'était un détail qu'il ne pouvait ignorer. Et cela l'intéressait grandement. Malgré le caractère assez taciturne de Shachi, Law voulait absolument l'avoir dans son équipage, pour au moins quelques semaines, histoire de voir l'intérêt qu'il aurait à y gagner. Celui-ci d'ailleurs trouvait le Chirurgien effrayant, avec ses outils tranchants et les cernes constantes qu'il avait sous les yeux. Ils ne se parlaient que très peu, au final. Les jours s'étaient donc écoulés dans le plus grand calme, Shachi priait pour que le voyage soit bientôt fini, il voulait juste s'en aller au plus vite.
Sauf qu'il n'avait pas encore compris que pour accomplir sa vengeance, il fallait devenir fort, ce qu'il n'était pas, mais tout bascula lorsqu'ils arrivèrent enfin sur l'île tant attendue. Il y avait une grande forêt qui rappelait au plus jeune sa maison natale et ce qui l'entourait : l'herbe verte, les oiseaux qui chantaient, le vent qui caressait les cheveux. Tout. Law posait Kikoku sur son épaule, lorsque le brun aux cheveux hérissés avait déclaré avec une légère froideur :
— Je te remercie de m'avoir conduit jusqu'ici, maintenant je vais y aller.
— Es-tu vraiment sûr de ce que tu fais ? demanda Law avec un léger sourire fourbe. La forêt est dangereuse, tu ne tiendras pas deux minutes là-dedans.
Il essayait de cacher la frustration qui le tenaillait. Il avait eu beau faire de son mieux, Shachi était resté têtu sur le fait d'entrer dans son équipage. Tout ce qu'il voyait était la vengeance, comme s'il était obnubilé par cela, comme si un voile recouvrait ses yeux pour l'empêcher d'observer ce qui se trouvait tout autour. Il n'avait que ça en tête, et Law trouvait cela presque risible. Comment pouvait-il se venger avec le corps maigre qu'il avait et le peu de force qui s'échappait de ses coups de poings ? Il allait se faire tuer, oui ! Jusqu'à maintenant il n'avait jamais vu de garçon aussi borné.
— Je me débrouillerai, affirma-t-il avant de s'incliner respectueusement. Merci pour tout, et adieu.
Sur ces mots, Shachi commença à s'éloigner, laissant Law dubitatif. Ce dernier décida finalement d'agir avant que l'autre ne disparaisse de son champ de vision :
— Ce n'est pas en agissant comme ça que tu vas te venger ! As-tu seulement une idée de comment les retrouver ? Et si jamais tu y arrives, tu penses vraiment que tu vas réussir à atteindre ton but ? lança-t-il avec assurance, les sourcils froncés, essayant de le faire réagir.
Le brun haussa les épaules, comme si les paroles de Law ne l'avaient pas atteint, comme si elles n'avaient été que du vent. Cela énerva profondément le Chirurgien de la Mort qui se décida à le provoquer.
— Tu vas te faire tuer en te comportant de cette manière. Je ne sais pas ce qui s'est passé dans ta vie et je n'oserai pas te juger là-dessus, mais regarde-toi, tu es faible ! Qui espères-tu protéger ainsi ?
Au mot « protéger », Shachi tiqua et se retourna violemment, fixant Law d'une haine incommensurable, comme s'il allait le tuer sur place.
— Tu ne sais rien de moi, alors va te faire foutre.
— Il ne manquerait plus que le regard craintif pour avoir le catalogue de tes expressions faciales, ironisa Law en croisant les bras d'un air provocateur. C'est de cette manière que tu vas te venger ?
Le brun serra les dents face à la provocation de son interlocuteur qui semblait ravi de sa réaction. L'envie de mettre un coup de poing dans la sale gueule de ce prétentieux de Chirurgien le démangeait horriblement, mais il devait se retenir, il n'ignorait pas l'aura de puissance qui émanait de cet homme. Il ne ferait qu'une bouchée de lui. Bouillonnant, il serra ses doigts si fort contre sa paume que ceux-ci finirent par blanchir aux extrémités, et il dut inspirer longuement pour se calmer.
Essayant de ne pas céder à l'irritation, il pivota sur ses talons et s'engouffra dans la forêt, sous l'air exaspéré de Law qui avait espéré avoir fait naître chez le jeune garçon un quelconque signe d'une prise de conscience sur sa faiblesse. Soupirant, il pensait rejoindre le sous-marin, lorsqu'une lueur s'alluma dans ses prunelles et qu'il se décida à le suivre, histoire de voir s'il allait vraiment réussir à se débrouiller. Avec un peu de chance il se ferait attaquer, et ainsi, il pourrait lui sauver la vie, ce qui amènerait au plus jeune à avoir une dette envers lui. Oui, c'était un bon plan, ça. Ah, quel manipulateur il était… ! Sans plus attendre, il se mit à courir pour le rattraper.
De son côté, Shachi essayait en vain de refouler sa colère, qu'est-ce qu'il était énervant, ce type ! Au moins maintenant il était débarrassé de lui. Au revoir le Chirurgien Psychopathe ! Bon débarras. Sauf que maintenant, ben… il était un peu perdu. Que faire pour retrouver la trace de ces hommes en noirs ? Il n'en avait aucune idée. Il ne savait même pas où il était. Laissant passer un soupir de frustration, ses mains ébouriffèrent ses cheveux déjà bien emmêlés et il continua son chemin en direction de la ville. Là-bas au moins il serait déjà moins déprimé par l'ambiance qui devait y régner. Du moins, c'était ce qu'il pensait, mais la réalité l'assomma à nouveau : les passants le fixaient longuement avec un dégoût certain, comme s'ils les mettaient mal à l'aise et, paradoxalement, il arrivait que certains regards se posent par hasard sur le sien, avant d'être brusquement détournés avec une gêne profonde, attirés par un aimant invisible qui leur hurlait de ne pas l'observer, lui, qui avait un œil rouge comme le sang, et bleu comme le ciel, lui, qui se sentait maintenant si mal dans sa peau.
Ne supportant plus d'être l'objet de regards fuyants, emplis de dégoût ou de pitié, il décida de faire brutalement demi-tour, sauf qu'il n'avait pas prévu de se cogner contre quelqu'un de bien plus grand que lui. Il allait s'excuser envers l'homme qui d'ailleurs était accompagné de deux autres hommes de son âge, mais une main enserra sa gorge avec force et sévérité et le fit décoller du sol, bloquant subitement sa respiration. Qu'est-ce qu'il se passait ?
— D'où tu te permets de me pousser, espèce de sale gosse ? Vociféra celui qui le tenait avec une exacerbation non dissimulée.
— L-Lâchez-moi..., commença à murmurer Shachi avant de se taire, ayant du mal à respirer à cause de la poigne qui le maintenait en l'air.
Son vis-à-vis approcha son visage du sien, comme pour lui intimer de répéter.
— T'as dit quoi, crevette ? Je crois que j'ai pas bien entendu.
— LACHEZ-MOI ! Hurla le brun avec véhémence, envahit par la panique.
Il commença à bouger dans tous les sens pour le faire lâcher prise, mais il ne cédait pas. Les lèvres du chef s'étirèrent en un rictus, agacé.
— Il va la fermer, ce gosse ? lâcha un des subordonnés avec exaspération face aux hurlements de Shachi.
Enervé par ledit gosse, le chef grinça des dents et arma son poing dans le but de frapper le jeune homme qui continuait d'hurler comme un fou. Il allait s'exécuter lorsqu'une voix, dans laquelle on pouvait entendre de la raillerie, fit remarquer soudainement :
— Ce n'est pas très honorable de s'en prendre à plus faible que soit.
Stupéfait par la voix qui lui était familière, Shachi s'arrêta de crier et posa son regard en direction d'où elle provenait, et sentit se sentit encore plus étonné lorsqu'il comprit que c'était Law, adossé contre le mur les bras croisés en souriant de manière fourbe, alors que ses yeux gris sondaient la scène avec un amusement certain, Kikoku posé nonchalamment sur son épaule. Qu'est-ce qu'il faisait ici ? Il pensait qu'il était retourné à son navire, ou qu'il l'aurait ignoré malgré sa mauvaise posture.
L'autre subordonné, agacé de voir que son chef a été interrompu, serra les dents et s'écria avec énervement :
— Pour qui tu te prends, gamin ? rugit-il.
— Pour celui qui va t'éclater la face si vous ne lâchez pas ce garçon immédiatement, rétorqua le capitaine des Heart avec détachement, ses lèvres s'étirant en un sourire provocateur.
— Comment tu oses, espèce de…, commença le deuxième subordonné dans un élan de colère, outré par le comportement de Law.
Ce dernier lui envoya un regard à transformer en glaçon n'importe quelle source de chaleur, ce qui fit frémir le subordonné qui se recula d'un pas, apeuré par l'aura qui émanait de celui qu'on surnommait le Chirurgien de la Mort. Le chef eut un sourire malsain, et accentua la prise qu'il exerçait sur Shachi, faisant gémir celui-ci qui commençait vraiment à manquer d'oxygène.
— Voyez-vous ça, un gamin qui joue les durs. Et qu'est-ce que tu vas faire, si je ne le lâche pas ? demanda-t-il avec un ton de moquerie dans la voix.
— Te découper en petits morceaux, dans tous les sens du terme, prévint Law d'un air plus qu'effrayant, une lueur de sadisme dansant dans ses yeux comme s'il allait commencer une opération plutôt amusante à son goût.
Le rire du chef s'éleva dans l'air, montrant à Law qu'il accordait peu d'importance à ses menaces qu'il considérait comme ridicules. Allons bon, ce jeune homme voulait vraiment se battre ? A part son regard et le sabre qu'il cachait dans son fourreau, il n'y avait aucune raison d'avoir peur. Il était bien plus petit que lui. Amusé, il fit un geste de la tête pour le désigner et ordonna à ses subordonnés :
— Occupez-vous de lui !
Sans plus attendre ils s'exécutèrent, courant en direction de Law qui était toujours aussi calme et détaché. Il eut un même un nouveau sourire lorsque l'un d'eux essaya de lui donner un coup de poing, qu'il réussit à éviter avec une rapidité déconcertante. L'autre poursuivit l'attaque avec un coup de pied qu'il bloqua avec le fourreau de Kikoku, avant de voir son visage se recouvrir d'un voile d'ombre. Il devait tout de même se dépêcher, sinon Shachi ne tiendrait plus très longtemps, à en voir la couleur que prenait petit à petit son visage. Sans plus attendre, il fit un saut en arrière et prononça le mot qui annonçait que le combat allait mal finir pour ses adversaires :
— « Room. »
La sphère bleutée apparut et entoura les alentours, surprenant les deux subordonnés qui ne comprenaient pas ce que c'était. Il dégaina Kikoku et souffla « Shambles », avant de lancer des coups d'épée dans le vide et de découper en plusieurs morceaux leur corps, les faisant hurler de panique. Il posa son nodachi sur son épaule.
— Relax les gars, ce n'est qu'un petit moment douloureux à passer, affirma-t-il avec un ton qui n'avait vraiment rien de rassurant.
Puis il fit tournoyer ses mains dans le but d'assembler les différentes parties de leurs corps avec d'autres objets qui trainaient dans les parages. Il s'amusa ainsi pendant un petit moment, avant de les laisser tels qu'ils étaient et de s'approcher du chef qui était devenu subitement pâle. Tremblant comme une feuille, il poussa un cri d'horreur et balança Shachi à terre avant de partir en courant, les bras en l'air et abandonnant ses deux hommes. Law, qui n'allait certainement pas en rester là, fit à nouveau apparaître la sphère bleu et continua de se distraire pendant un petit moment, histoire de bien lui faire comprendre qu'on ne menace pas le capitaine des Heart Pirates. Il finit par redonner à chacun son corps d'origine, puis reporta son attention sur le jeune garçon avec un air neutre lorsqu'ils furent partis.
Shachi toussait rudement à terre, la main posée sur le cou.
— Je t'avais prévenu, que tu étais faible, lança Law avec indifférence.
Le brun aux cheveux hérissés ne répondit rien, trop occupé à se remettre de ses émotions.
— Ce n'est pas avec le peu de force que tu possèdes aujourd'hui que tu pourras venger qui que ce soit, tu viens d'en avoir la preuve, ajouta-t-il en posant son regard sur le ciel bleuté.
Le plus jeune se releva et sentit sa gorge se nouer, alors qu'il prenait conscience de son impuissance. Il était un bon à rien, un nul, un raté. Dans son état, il ne pouvait pas venger sa famille, ni protéger qui que ce soit ! S'en rendre compte était si difficile. Il avait envie de pleurer, mais se retint pour garder un minimum de dignité. Il était trop impatient, à vouloir atteindre son but tout de suite.
Il sonda le Chirurgien de la Mort des yeux, celui-ci semblait très sérieux, son regard ne s'était toujours pas détaché du ciel.
— Ta vue est plus développée que la moyenne, n'est-ce pas ?
Shachi renifla, et murmura d'une voix enrouée :
— Comment tu… ?
— En t'observant, le coupa Law en le regardant enfin.
Shachi poussa un soupir, et sa jambe vint taper dans un caillou qui traînait par-là, observant le sol comme si c'était la chose la plus intéressante qu'il n'ait jamais vue. Ce type lui avait sauvé la vie, il ne savait pas comment le remercier, ni comment agir avec lui. Il était fasciné par cet homme qui semblait déjà avoir acquis une grande expérience de la vie, mais pas que le meilleur côté, vu la douleur qui éclairait constamment ses yeux si froids et perçants. Devait-il se confier à lui ? Lui avouer tout ce qui lui était arrivé ? En voyant son regard, il pensa que oui.
— J'ai été victime d'une expérience du gouvernement mondial, lâcha-t-il avec difficulté après avoir déglutit, reportant à nouveau son attention sur le sol. Ils m'ont utilisé comme cobaye et mes yeux n'ont désormais plus la même couleur, aussi, ma vue s'est retrouvée comme plus développée. Je vois des détails, des choses que les autres n'aperçoivent qu'avec une très grande attention.
Son vis-à-vis ne dit rien, l'invitant à continuer son récit avec intérêt. Le plus jeune serra les poings face au torrent de larmes qui menaçait de couler et les émotions qui l'assaillaient. La douleur était encore récente, rien n'avait cicatrisé pour le moment, la plaie était totalement ouverte dans son esprit, et ses yeux, si différents des autres, étaient la preuve que cette expérience le poursuivrait toute sa vie, indélébile, impossible à effacer, comme les mots que l'on utilise parfois pour blesser les autres. Avec le temps, ils gagnent en transparence, mais pour autant, ils ne disparaissent jamais complètement. Ce sont des choses qui restent enfouis au fond de nous, mais qui peuvent un jour refaire surface, et nous rappeler à quel point on se déteste, et à quel point on aurait désiré une autre vie.
— Par chance, j'ai réussi à m'enfuir, poursuivit-il après avoir pris une bouffée d'air pour reprendre contenance, mais quand je suis retourné chez moi, j'ai vu ma famille baignant dans son propre sang. Je suis sûr que ce sont eux qui les ont tués, c'est de leur faute ! Et je leur ferai payer un jour tout le mal qu'ils m'ont fait !
La haine s'empara de lui violemment, tel un raz de marée, et son visage s'en retrouva déformé, ravagé par les larmes qui témoignaient de son désespoir.
— Un jour, ils crèveront. Je vengerai mon petit frère et mes parents, personne ne m'arrêtera dans ce but ! Et peu importe qui se mettra sur mon chemin, je me débarrasserai de lui en moins de deux !
Law eut presque envie de sourire en voyant son comportement. Il lui rappelait lui quand il était enfant, quand sa vie avait changée brutalement, quand il avait perdu des êtres chers qui donnaient à ce moment-là un but à sa vie. Cette haine, incommensurable, le submergeait aussi de temps en temps, quand il se ressassait les mauvais souvenirs. Au fond, ils se ressemblaient beaucoup. Cette douleur, cette souffrance qui était gravé dans l'âme du brun, il ne la connaissait que trop bien.
— Je comprends ton désir de vengeance, mais tu ne crois pas qu'il faut tout d'abord devenir plus fort ? Dans ton état, tu ne pourras pas faire grand-chose.
— Mais qu'est-ce que je dois faire ? l'interrogea l'autre, presque suppliant.
Une main se tendit alors, encore une fois, dans sa direction.
— Rejoins mon équipage, Shachi, proposa-t-il presque solennellement.
Sa demande interloqua l'intéressé qui ne savait pas comment réagir par cette demande si soudaine. Law était un pirate, il parcourait le monde, ce qui pouvait s'avérer être bien pour retrouver les enfoirés qui avaient détruit sa vie. De plus, cela faisait de lui un allié, peut-être pas encore un ami, mais une personne qu'il avait quand même dans son propre camp, et qui pourrait le protéger quand il aurait des soucis. De plus, à ses côtés, il était certain qu'il aurait la possibilité de devenir plus fort, Law était quelqu'un de très puissant, il ne pourrait qu'apprendre en restant avec lui. Il savait au fond de lui qu'il avait raison sur toute la ligne. A quoi bon essayer de retrouver ces criminels s'il était trop faible ? Cela serait une perte de temps. Il devait tout d'abord gagner en puissance, c'était le seul moyen. Et puis… Law l'acceptait tel qu'il était, il n'était pas du tout affecté par la couleur de ses yeux et lui avait également sauvé la vie, alors… Il pouvait peut-être essayer…
Il osa une œillade hésitante en direction de Law, ce dernier était sérieux et le fixait droit dans les yeux avec une assurance étonnante. Il vit dans ses yeux gris une lueur dans laquelle il pouvait lire des promesses qu'il était certain de tenir, il ne plaisantait vraiment pas. Les jours passés avec lui refirent surface dans sa mémoire. Il avait apprécié s'occuper de Bepo et naviguer en mer, ce sous-marin, il s'y était plutôt bien senti, et le vent qui caressait sa peau, l'odeur salée de la mer, toutes ces petites choses qui allégeaient le cœur et donnait l'impression d'être libre, dénué de contraintes, avaient été plus qu'agréables.
Finalement, il prit sa décision, et c'est avec un tout nouvel état d'esprit qu'il serra la main de son nouveau capitaine, et, par la suite, ami, à la plus grande satisfaction de ce dernier.
— J'accepte de rejoindre ton équipage, j'exécuterai tous tes ordres, et j'espère que nous pourrons tous les deux atteindre notre objectif, même si j'ignore le tien.
Law répondit par un sourire plus que satisfait. L'équipage du Heart comptait désormais trois membres, si l'on comptait Bepo.
Les semaines s'écoulèrent, certaines semblant bien courtes, d'autres plus longues. Shachi se sentait constamment mal à l'aise à propos de ses yeux, et un jour, Law avait fini par lui offrir une paire de lunettes noires pour cacher son regard qu'il haïssait tant. Quand le jeune homme les avait mises pour la première fois, il s'était senti comme apaisé, émotion qu'il n'avait pas ressentie depuis longtemps. De cette manière, il ne mettait personne mal à l'aise, et pouvait presque faire semblant de se créer une nouvelle identité grâce à ces lunettes, comme un départ à zéro. Bien évidemment, cela ne voulait pas dire qu'il avait tout oublié, oh non. Il comptait bien avoir sa vengeance un jour, peu importe le temps que cela allait prendre. Quelques semaines, des mois, plusieurs années, il ne le savait pas, mais un jour, oui, un jour, Shinobu et ses parents seraient vengés. Peu de temps plus tard, dans la même année, ce furent d'autres hommes et Penguin qui rejoignirent l'équipage, et même s'il fallut du temps pour accorder sa confiance à ce dernier, ils finirent tout de même par devenir de très bons amis.
Cinq ans passèrent et même si la douleur n'avait jamais disparu avec le temps, même s'il était dérangé la nuit par des cauchemars angoissants, il essayait de tenir bon, pour sa famille, pour lui, et pour tous ceux qu'il chérissait énormément. Il était désormais prêt à tout pour protéger tous ces gens qui l'avaient acceptés malgré son passé peu avenant, et s'il y avait bien une personne qu'il respectait du plus profond de son être et à qui il vouait une admiration sans fin, c'était bel et bien Trafalgar Law.
Cet homme qui, au premier abord, paraissait hypocrite avec ses sourires fourbes et sa politesse cynique, et qui, à son plus grand bonheur, telle une bouée de sauvetage, avait croisé son chemin et donné une seconde chance en lui tendant la main, en tant que pirate.
oO_O_Oo
Et voila, c'est terminé ! Quelles sont vos impressions sur ce chapitre ? J'espère que vous n'êtes pas déçu ! Vous savez désormais quel est le but de Shachi dans la vie et pourquoi ses yeux ne sont pas de la même couleur ! ^^ Vous trouvez peut-être un peu bizarre d'interprété ce personne ainsi, mais vu qu'il porte tout le temps des lunettes, j'ai voulu trouver une raison à cela et faire une histoire tout autour, ça m'inspirait vraiment. Le chapitre 17 est à peine commencé, j'ai un peu de mal à reprendre le « fil » du chapitre 15 aha, mais je vais me motiver, promis ~ !
J'ai décidé, si je ne l'oublis pas, de mettre un conseil à chaque fin de chapitre afin que vous puissiez voir ce qui est important dans une fanfic, je ne prétends pas être une experte en la matière, et je m'aide moi-même de ces conseils pour mes propres histoires, donc voila, n'y voyez aucun sentiment de supériorité ^^ ! On est là pour s'entraider =) Je précise aussi que ces conseils viennent de différentes sites, je pioche par-ci par-là.
Alors :
Pour que vos dialogues soient fluides et faciles à imaginer, mettez des verbes de paroles, afin que l'on sache le ton qu'emploi le personnage, la manière dont il parle. Cela évite également la répétition du verbe « dire », qui est totalement neutre.
La prononciation de celui qui parle
• bonne prononciation : déclamer, articuler nettement
• mauvaise prononciation : bafouiller, balbutier, bégayer, bredouiller, grommeler, grogner, ronchonner, ânonner, marmonner
L'intensité de la voix de celui qui parle
• voix assurée : déclarer, s'exclamer, proclamer
• voix forte : crier, s'écrier, hurler, tempêter, gronder, rugir
• voix faible : chuchoter, murmurer, souffler, soupirer
Les sentiments, les réactions de celui qui parle
• la surprise : s'étonner
• l'admiration : s'extasier
• la joie, le rire : s'esclaffer, se réjouir
• le mécontentement, la colère : s'emporter, s'indigner, grogner, grommeler
• la plainte : gémir, se plaindre, se lamenter
• la pitié : s'apitoyer, supplier
• le regret : regretter, déplorer
• montrer sa certitude : soutenir, assurer, affirmer, approuver, jurer
La façon dont les paroles avec un autre personnage s'organisent, s'enchaînent
• commencer la conversation : annoncer, commencer, révéler, informer
• terminer la conversation : achever, conclure, terminer, finir
• au milieu de la conversation : ajouter, poursuivre, observer, expliquer, préciser
• poser une question : demander, interroger, questionner
• donner un ordre : exiger, ordonner, commander
• donner un conseil : conseiller, suggérer, recommander
• mettre en garde : avertir, prévenir, mettre en garde, déconseiller
• répéter : redire, renchérir, répéter, reprendre
En procédant ainsi, vous éviterez les répétitions et les lecteurs pourront mieux s'imaginer la scène ! ^^
Bref, je vous souhaite de bientôt être en vacances, de prendre soin de vous, et je vous dis : à très bientôt ~
