Bonjour ! Je m'excuse de l'attente, je sais que vous avez dû prendre sur vous durant longtemps avant d'avoir ce chapitre, alors même si vous commencez à en avoir l'habitude et que la faute me reviens, je vous demande pardon. Je ne justifierai pas les raisons pour lesquelles j'ai pris du temps à écrire ce chapitre, tout simplement parce qu'il est possible qu'à vos yeux elles soient futiles, et que je dois arrêter de me morfondre. J'ai eu moins de commentaires que le chapitre précédent, et pourtant vous êtes toujours aussi nombreux à me suivre, j'avoue que cela m'inquiète un peu, car c'est peut-être le résultat de la longue attente que je vous impose à chaque fois. Néanmoins je vous demande, s'il vous plaît, de me laisser vos impressions. C'est ce qui me permets d'avancer, et de voir où j'en suis ! Encore une fois, si vous avez des idées n'hésitez pas à me les partager par MP, qui sait, vous pouvez m'inspirer, vous aussi ! Allez aussi faire un petit tour sur mon profil de temps en temps, j'y indique où j'en suis rendu dans le chapitre en cours d'écriture.
Nous avons commencé cette histoire ensemble, et nous la terminerons ensemble. Voila déjà deux ans que j'ai publié le chapitre un, le temps passe vite ! Mais rassurez-vous, il reste encore de nombreux chapitres à lire. Ma trame n'est pas totalement terminée, mais je pense que nous atteindrons les quarante chapitres en tout, si j'ai le courage d'aller jusqu'au bout de mes ambitions.
Je suis désormais en Terminale L ! Le bac, les examens, tous ça… Nous avons un emploi du temps assez chargé. J'ai deux heures de philosophie tous les matins sauf le jeudi, donc il faut être réveillé dès le début de la journée ! Je vais également avoir ma dose d'anglais, entre la Lele (littérature en anglais), la LVA (anglais approfondi), et l'anglais tout court. Je suis retournée à l'internat pour plusieurs raisons : les grèves de la SNCF me tapaient sur le système, j'étais épuisée en rentrant le soir à cause du trajet et je ne travaillais pas forcément beaucoup chez moi, alors je préfère « sacrifier » une année où j'aurai moins accès à mon ordinateur plutôt que de rater mon BAC. Souhaitez-moi bon courage ! J'ai également eu 19 ans ce 19 août, et mes amis m'ont offert un sweat de Trafalgar Law MOUAHAHAHA, j'ai décidé que dès que j'écrirais je le ferais toujours avec !
Je remercie chaleureusement ceux qui m'ont envoyé un message d'encouragement quand mon inspiration ne venait pas, vous m'avez aidé à reprendre goût à l'écriture, donc je vous envoie un grand merci !
Ce chapitre n'avait que 2000 mots il y a quelques jours jours, et je n'avais écrit que durant une heure et quelques. Samedi j'ai écris à fond, je me suis dit « aller, on y va ! », et j'ai atteint les 4000 mots, pareil pour le dimanche, j'ai écris, écris, écris… jusqu'à atteindre les 9600 mots, et les douze heures d'écriture. Autant dire que j'aurai presque écrit le chapitre en deux jours s'il n'y avait pas les cours ! De toute façon, pour cette histoire, ça s'est souvent passé comme ça : ou je bloque, et je n'écris rien du tout, ou j'ai de l'inspiration et j'écris pendant plusieurs heures, le plus souvent tard dans la nuit, ce qui me vaut de la fatigue le lendemain et des yeux qui me font mal ! Et au final j'ai écris mercredi, puis jeudi, pendant des heures, et je l'ai terminé !
Vous vous dites que peut-être, vous préféreriez des chapitres plus courts qui arrivent plus tôt, mais je tiens à garder un certain rythme dans mes chapitres. Si je ne faisais que des chapitres de 3000 mots, vous auriez à peine les trois quart d'une conversation entre des personnages ! Alors je préfère vous donnez des chapitres assez gros, en espérant qu'ils ne le sont pas trop. Je sais qu'il y a le chapitre 21 qui était très long (environ 20.000 mots), les autres atteignent en général les 15.000 ou un peu moins. N'hésitez pas à me dire si c'est trop long, j'essayerai de me calmer dans les descriptions… je sais qu'il m'arrive parfois de décrire un peu trop !
Dans ce chapitre, vous aurez : une conversation entre Shachi et Tsukiyo, une histoire de pomme, des éclats de rires, une dispute, un combat, et l'apparition brève d'un groupe de personnes mystérieuses ! Je ne vous en dis pas plus, héhé !
Réponse aux commentaires :
Ic'Ilver : Bonjour, merci de me suivre avec le même dynamisme que d'habitude ! Oui en effet leur nouvelle relation commence mal, mais je pense qu'il ne faut pas oublier qu'il a été violent avec elle et que cela peut laisser des séquelles. Je crois que tu es le premier lecteur à aimé la nouvelle OC ! J'espère que tu l'apprécieras encore plus dans ce nouveau chapitre ! Non May ne connaît pas le passé de Law, celui-ci a été révélé il n'y a pas si longtemps que ça, je considère que cela serait dommage qu'elle sache tout à l'avance. Quoi ? Tu préfères Tsukiyo à May ? Je te déteste. Cite-moi en 5 points en quoi Tsukiyo et meilleur, non mais oh !
Merci, désolée pour l'attente, voici la suite ! Bon courage à toi pour tes études !
CornichonMagic : Hey ! Désolée de t'avoir fait attendre, voici la suite !
Traff Lamy : Yo !
"Tant d'émotion en quelques petits mots", que veux-tu dire par là ? Parce que si tu parles du chapitre, il atteint quand même les 15.000 mots ! Eh ouais, May développe un pouvoir particulier, mais tu n'en apprendras pas forcément beaucoup plus là dessus dans ce chapitre 24. Pour l'instant le BAC je ne pense pas le réussir lol, j'ai pas eu que de super notes tu vois... mais bon, merci pour tes encouragements.
La : Hey ! J'espère encore illuminer ta journée avec ce chapitre 24 ! Haha toi non plus tu n'aimes pas la nouvelle OC ? Je pense que tu vas commencer à l'apprécier dans ce chapitre, on en apprend un peu plus sur elle ! Et Shachi va encore être sous les projecteurs ! Hm... elle va en faire baver à May, c'est vrai, mais également installer quelques tensions dans l'équipage, notamment entre Shachi, Penguin, et toute la troupe d'amis. Yeah ! Merci pour tes encouragements pour le BAC ! Je vais faire de mon mieux, promis !
Les-Fiictions-de-Niils : Hey ! Merci ! Oh, ne dis pas "superbe fiction", je vais rougir ! Je suis vraiment désolée pour l'attente, j'espère que tu aimeras ce chapitre ! Hm... tu ne vas pas forcément en apprendre plus sur l'aura violette, mais tu vas la voir apparaître ! Bye ~ Merci d'avoir pris le temps de commenter !
Nikkouyoku : Coucou Nikkou !
"J'aime bien ton nouveau oc même si j'ai déjà envie de la tuer", c'est pas un peu paradoxal comme phrase, là ? Haha. Merci d'avoir commenté !
Ruko-Yoru : Yo ! Merci encore pour tes encouragements, ça m'a vraiment aidé à me remettre dans l'écriture et tes dessins m'ont vraiment fait plaisir ! Alors un gros merci à toi ! J'avoue avoir hésité à laissé sous entendre qui était son maître, je n'aurais peut-être pas dû le faire pour laisser plus de suspens et ainsi vous étonnez plus tard, mais bon, tant pis ! Il y en a qui n'ont peut-être pas compris qui c'était ;)
En effet, son passé n'est pas rempli que de bisounours, tu l'apprendras au fil du temps ! Détrompe-toi, on ne doit pas avoir le même âge même si tu es proche du BAC également, car j'ai redoublé deux fois, j'ai donc 19 ans ! Eh ouais, je suis une vieille ! On m'appelle même la "Doyenne du lycée !", tu as la classe ou tu ne l'as pas.
(Très sympa ton petit délire en dessous haha)
Merci pour l'avalanche de compliments que tu m'as fait, ça me donne presque envie de pleurer... merci de croire en moi, sincèrement. Il est si frustrant d'avoir une image dans sa tête et de ne pas réussir à la décrire, je crois que c'est la pire frustration de chaque écrivain/artiste qui peuple ce monde ! Haha ouais exactement ! Il est vrai que quand je relis des chapitres que j'ai écris il y a très longtemps, j'ai honte de mon écriture et je rigole bien de moi-même ! Mais c'est drôle, et ça montre à quel point on a avancé et évolué, aussi bien dans l'écriture que dans notre personnalité.
Je tenais également à te remercier pour les dessins que tu as fait sur May, ils sont vraiment sympa, j'adore ! Cela montre la façon dont tu la perçois, et puis elle a vraiment trop la classe avec les ailes ! Tu m'autorises à enregistrer tes deux dessins sur mon ordinateur ? :)
Merci d'avoir laissé ton avis et à la prochaine ! ^^
Sokaradian : Hey Psychopatate ! Merci de m'avoir offert la 300ème review ! Je t'aime ! Arrête d'écrire "May" "Mei", et arrête de shipper Shachi et elle ensemble ! Non mais ! Bah, t'es pas la première, personne n'aime la nouvelle OC en fait, mais j'espère qu'avec ce chapitre les gens vont changer d'avis héhé ! Oh merci, senpai !
EMMA BD : Hey ! C'est un peu compliqué de répondre à tous les commentaires que tu as laissé ! En tout cas, merci de suivre mon histoire, ça m'encourage ! Voici la suite, je suis désolée pour l'attente, merci d'avoir attendre !
Blackghost : Coucou ! Oh, merci de dire que c'est génial ! J'ai eu une panne d'inspiration, mais voici la suite ! T'es complètement taré d'avoir tout lu en une nuit ! En tout cas tu as tout mon respect haha ! C'est cool d'avoir de nouveaux lecteurs qui arrivent de temps en temps, ça me motive encore plus ! J'espère que l'attente de ce chapitre ne t'as pas rebuté et que tu es encore prêt à me suivre ! Merci d'avoir laissé ton avis !
Arya Cahill : Hey ! Ma fidèle lectrice ! ça fait toujours plaisir de te revoir ! Merci d'avoir apprécié mon chapitre et d'être toujours là ! En effet, Tsukiyo n'a pas eu un passé très "cool", mais il n'est pas tragique pour autant, enfin, je ne voulais pas faire genre le personnage qui est froid parce qu'il a eu un passé tragique ! Je suis un peu dans le cliché mais je vais essayé de passer au dessus et de lui donner une réelle identité, comme avec May ! J'espère donc que les révélations du chapitre 24 te donnerons envie de l'apprécier. Oui, tu as vu ! Mais Ban est très sage et très gentil, alors il ne restera pas rancunier très longtemps ! Il a un grand coeur, normal c'est un cuisinier haha ! Ah mais Shad ce sera toujours comme ça pour lui, il est presque transparent pour les autres ! J'aime utiliser cette caractéristique pour tourner les personnages en ridicule, je trouve ça hilarant. Hm... Es-tu vraiment sûre que Tsukiyo ne conviendrait pas à Shachi ? Il est vrai qu'elle est son exacte opposé, mais ils ont quelques similitudes que tu vas découvrir bientôt !
Personnellement, je pense que la gentillesse de Shachi arrivera à déteindre sur elle, dû moins je l'espère ! ~ En effet Tsukiyo a beaucoup de cran ! Pour le moment entre Law et May, j'ai vraiment voulu faire un truc mignon au départ, et puis j'ai repensé à ce qu'il s'était passé entre eux, et je me suis dit qu'il serait réaliste de montrer que May à encore des séquelles par rapport à ce qu'il lui a fait. Toute personne aurait du mal à avoir confiance dans ces circonstances, je suppose ! Mais je ne veux pas détruire leur nouvelle relation dès le départ, je ne suis pas si cruelle ! May va reprendre confiance petit à petit, et Law n'aura qu'à être patient, non mais oh ! (Bien qu'il l'ait déjà beaucoup été, avec cette histoire de frustration, tout ça...)
Je crois que tu es la seule à parler du nom de famille de May dans le commentaire, alors que j'ai quand même fait l'effort d'attendre 22 chapitres pour vous le révéler, non mais oh ! Ben... elle a pas vraiment d'origine anglophone, disons juste que je trouvais que ce nom sonnait bien, voila. Je ne me souviens même plus comment j'ai trouvé son prénom. Je sais juste que, étonnamment, tous mes OC principaux ont un prénom qui commencent par un M ! Je n'aborderai pas le sujet de Corazon tout de suite ! Il va falloir attendre encore quelques chapitres !
Aww, ton commentaire me fait vraiment chaud au coeur ! Je ne pense pas être en train d'écrire la meilleure fanfiction sur One Piece, mais tant qu'elle vous fait voyager, rêver et réfléchir, cela me convient. Tu es adorable de me suivre depuis tant de temps et de donner ton avis avec la même énergie, ton soutien est vraiment important pour moi !
Traffy-D-Lamy : Bonjour ! Oui j'ai eu une panne d'inspiration et des moments de doute, j'en suis vraiment désolée, ça va mieux maintenant ! Mais dans le monde de l'écriture, j'ai vraiment du mal à accepter que d'autres écrivent mieux que moi, sans doute parce qu'écrire est le seule moyen que je trouve pour me valoriser et peut-être même la seule chose que je sais correctement faire dans ma vie ! Mais certains lecteurs ont balayé mes doutes et je me remets en questions de temps en temps, pour pouvoir continuer à vous offrir de la qualité, alors merci d'avoir pensé à moi !
Oh non, jamais je n'oserai dire à mes lecteurs qu'ils n'ont pas été assez présent. Quand j'ai posté le chapitre 1 de cette histoire il y a deux ans, je n'imaginais pas que cela prendrait une telle ampleur : 300 commentaires, ~43.000 vues, environ 100 personnes qui me suivent et qui l'ont mise en favori... non, vraiment, je suis vraiment heureuse du "succès" que j'ai, de savoir que des gens aiment ce que j'écris, partagent leurs avis, ressentent des choses en me lisant, tout cela suffit amplement à mon bonheur ! Alors sache que ce n'est pas l'absence de mes lecteurs qui m'a déprimé (même si j'ai eu bien moins de commentaires que le chapitre précédent), c'est tout simplement moi qui me sentais trop vide pour écrire. Avec les examens ça n'a pas été facile, j'ai eu le voyage au Japon, mais ce voyage a pris une grande partie de mes vacances , et quand je suis retournée en cours juste après, j'étais épuisée, je n'en pouvais plus. Pendant les vacances, j'ai appris le départ de mes trois amis les plus proches, ce qui fait que je suis un peu plus seule au lycée qu'avant, c'est assez dur à encaisser, et j'ai des doutes quant à l'avenir de la situation de ma famille, entre mes parents je veux dire, donc voila, j'ai des peurs et des doutes, et c'est pour cela que je n'avais pas le courage d'écrire !
Mais ça va mieux maintenant et je sais qu'au bout d'un moment faut arrêter de pleure et aller de l'avant, comme May ! :)
Merci, je suis contente si May n'est ni une Mary-Sue, si une fille trop forte, ce n'est qu'une fille normale qui a atterri dans un monde dans lequel les valeurs ne sont pas les mêmes, elle doit apprendre à s'adapter, à se dépasser, car ce qu'elle pensait être un rêve (être dans one piece), est devenu peu à peu un cauchemar qui a brisé toutes ses illusions. Je veux surtout montrer que si la magie existait, si on pouvait aller dans un univers, quel qu'il soit, ce ne serait pas que rempli de bonnes choses, je pense.
Ton message comme tous les autres m'a motivé, alors un grand merci, et désolée pour cette si longue réponse, je me suis emportée !
Résumé du chapitre précédent : May se réveille à l'infirmerie après avoir été assommée par Tsukiyo. Law qui explique qu'il a recruté la jeune femme dans l'équipage, ce qui déplaît fortement à May qui ne l'aime pas du tout et a encore du amal à se remettre de sa défaite de la veille. Ils discutent un peu, jusqu'à ce que Law lui ordonne de se reposer en s'éloignant. La lycéenne en profite alors pour le surprendre et l'embrasser. Le capitaine la prend au jeu et commence à la toucher que tout dérape : May se fige, ressent encore de la peur à cause de ce qu'il lui avait fait. Law lui demande alors s'il lui fait confiance, mais elle est incapable de répondre. Du côté de la cuisine, Tsukiyo se plaint de ne pas avoir à mangé et se comporte mal avec Noa et Penguin, qui finissent par partir. Il ne reste plus que elle et Shachi. Celui-ci semble très intimidé, et l'est encore plus quand elle lui demande pourquoi il porte ce genre de lunettes noires. Elle finit par partir en voyant son silence et va au réfectoire, dans lequel elle rencontre Shad et refuse la rose de Ban avant de l'écraser sous les yeux choqués de celui-ci. Ban lui exige alors des excuses. Mais elle refuse et s'en va. Agacée, elle retourne dans sa chambre. Law la rejoint peu de temps après pour lui poser des questions auxquelles elle ne répond que très vaguement. Tsukiyo demande alors à Law pourquoi il a recruté May alors qu'à ses yeux elle est stupide, ce qui déplaît beaucoup à Law qui découpe son corps avec son fruit du démon, avant de la menacer et de lui redonner son apparence normale. Pendant ce temps, May va dans la chambre de son capitaine pour lui parler de leur dernière altercation, malheureusement, sa chambre est vide. Elle se risque tout de même à y entrer et trouve un cadre photo, qu'elle prend dans ses mains. Aussitôt, une aura violette entoure son corps et elle se retrouve submergée par un tourbillon de sentiments négatifs qui ne lui appartient pas. La nuit, Tsukiyo rentre dans la chambre de la lycéenne et trouve son journal intime. Elle ne lit qu'une seule page et s'en va avant de se faire repérer. Une fois retournée dans sa propre chambre, elle médite sur ce qu'elle a appris, et observe la lune.
Je ne réponds pas aux commentaires par MP pour ceux qui ont un compte car j'aime répondre à tous les commentaires que j'ai reçu ici, ça renforce l'idée d'une "communauté", je n'ai pas envie de faire de distinction entre ceux qui ont un compte et ceux qui n'en ont pas ! Même si ce serait plus pratique, j'aime vous répondre ici, et non par MP. C'est comme ça, c'est tout ! ^^
Le chapitre n'est pas encore corrigé alors je m'excuse d'avance pour les fautes !
Merci pour vos commentaires, vos encouragements, de me suivre et de partager mon histoire !
oO_O_Oo
Deux jours s'étaient écoulés depuis que Tsukiyo avait découvert le journal intime de May. Le navire continuait d'avancer en toute tranquillité, malgré les tensions qui pouvaient régner parfois. Tsukiyo était toujours la même depuis son arrivée : silencieuse, discrète la plupart du temps. Les autres membres de l'équipage avaient fini par arrêter de faire attention à elle. Puisqu'elle ne voulait pas faire un effort pour communiquer, la plupart considérait qu'il suffisait de l'ignorer, elle, ses provocations et son attitude hautaine. Cela convenait parfaitement à la jeune femme aux cheveux de feu qui supportait mal la compagnie. De toute façon, elle était sur ce bateau pour découvrir des choses sur May, pas pour devenir ami avec les autres. Alors à quoi bon s'attacher ? C'était futile et sans intérêt.
Elle n'avait pas revu May depuis qu'elle l'avait assommée, ni Law, qui passait généralement son temps dans sa chambre. Il lui arrivait parfois de sortir pour passer quelques moments avec ses hommes, et vérifiait qu'ils travaillaient bien et ne semaient pas le désordre dans le navire comme le ferait un Luffy trop affamé. Même si Law ne considérait pas ses hommes comme ses meilleurs amis pour la grande majorité d'entre eux, le lien qui les unissait lui était précieux, et si un jour quelqu'un lui faisait du chantage tel que choisir entre son équipage et le One Piece, le Chirurgien n'y réfléchirait pas deux fois : il ne céderait pas et choisirait les deux.
On était aux alentours de midi. La sonnerie avait retentit depuis un bon moment et tous étaient désormais assis en train de manger, sauf ceux qui n'avaient pas encore eu leur repas. Seul May manquait à l'appel, personne ne l'avait vu.
Tsukiyo, elle, était seule au réfectoire, comme la dernière fois. Ban lui avait servi son repas sans un seul regard, encore vexé de la réaction qu'elle avait eu, ce qui la laissait indifférente. Shachi, qui était en retard, entra à son tour et analysa de ses yeux vifs la salle, cherchant la jeune fille. Il la trouva tout au fond de la salle, enfermée dans sa solitude. Sous l'oeil étonné de ses camarades, il s'avança vers elle et, une fois arrivé à sa table, posa doucement son plateau pour ne pas la brusquer tout en lui faisant remarquer sa présence. Tsukiyo releva aussitôt la tête, le transperçant des yeux. Il déglutit alors et devint soudainement nerveux, toute trace de détermination envolée par ce simple regard qui le transcendait de tout son être.
— Je peux manger avec toi ? L'interrogea-t-il poliment.
Il n'avait pas pu s'en empêcher : cette personne l'attirait, l'intriguait, l'étonnait. Il ignorait ce qu'il aimait le plus chez elle, entre le voile de mystère qui l'entourait, ses yeux qui lui rappelaient les siens à chaque fois qu'il les croisait ou même sa façon d'être en général.
Les sourcils de l'encapuchonnée se haussèrent face à la question. Pourquoi cet idiot demandait-il une chose aussi stupide ? N'avait-il pas peur d'elle, comme tous les autres ? Étonnamment, elle n'en fut ni dégoûtée, ni même énervée, plutôt… intriguée. Intriguée par son comportement, car il semblait être le seul à ne pas l'observer avec mépris. Il semblait même… intimidé, mais pas menaçant, juste… sincère, spontané, tout le contraire d'elle, en fait.
Mais cela ne changeait rien, elle ne pouvait pas le laisser manger avec elle, point. Elle fit donc renverser le banc d'en face à l'aide de son pied dans un bruit désagréable qui résonna dans toute la salle, faisant reculer Shachi qui ne s'y attendait pas. Désarçonné, il fixa le banc quelques secondes, avant de reporter son attention sur la jeune femme qui avait recommencé à manger sans un seul mot de prononcé.
Pour lui, c'était clair : cela voulait dire non.
— D'accord, j'ai compris. Je te laisse, déclara-t-il avec une certaine gêne, un sourire désolé collé sur le visage. Bon appétit quand même ! Ajouta-t-il ensuite avec un air plus joyeux, les joues rouges.
Il reprit son plateau des mains et s'éloigna, rejoignant Walter et Penguin qui étaient plus loin et qui avait admiré la scène avec stupéfaction. Une fois installé, Walter annonça entre deux éclats de rire, moqueur :
— Tu t'es fait recalé, mon vieux ! Même notre grand poète, Ban, s'en est pris plein la gueule.
Shachi grimaça. Walter, alias celui qui savait réconforter les gens.
— Je t'ai entendu, sombre idiot, rétorqua le concerné qui terminait de servir le repas, les sourcils froncés.
Le blondinet lui tira la langue en guise de réponse, preuve flagrante de sa maturité.
— Pourquoi tu essaies de lui parler, d'ailleurs ? Franchement, je vois pas ce que tu lui trouves, elle est complètement folle, commenta Penguin, réellement confus.
— Ouais, elle est bizarre, confirma simplement Shad, qui apparut comme par magie aux yeux des autres.
Surprit, Walter fit un bond de deux mètres, puis, la surprise passée, il pointa sa fourchette en direction du ninja avec vivacité.
— Me fait pas peur comme ça, crétin ! S'écria-t-il, agacé de s'être fait avoir. T'es là depuis quand ?
— Depuis le début, grommela Shad, les bras croisés.
— Putain, c'est flippant comme t'es transparent, répondit le blond en retournant à sa place.
Le regard noir qu'il reçut de la part de son interlocuteur lui fit comprendre qu'il devait se taire s'il tenait à la vie.
Shachi, lui, était complètement déconnecté. La tête soutenue par sa main droite, il fixait Tsukiyo d'un air songeur, obnubilé. Elle savourait sa pomme avec une certaine lueur dans les yeux, ce qui le fit sourire. Alors comme ça, elle aimait beaucoup les pommes, c'était bon à savoir. N'importe quelle information, n'importe quel détail aussi minime soit-il à propos d'elle, était important. Il voulait tout savoir d'elle. Était-ce de l'amour ? Il l'ignorait. Tout ce qu'il savait, était qu'elle l'attirait comme un aimant.
— Au fait, comment va notre chère Fleur de Cerisier ? Ça fait un petit moment qu'on ne l'a pas vu, la petite, demanda Walter.
— Tu as raison, dit Penguin d'un air pensif. Je sais que le capitaine l'a emmenée à l'infirmerie, mais j'ignore si elle y est encore, ça fait déjà deux jours.
— On ira la voir tout à l'heure, ça lui fera plaisir ! proposa Ban, enjoué. Elle doit se sentir seule ! Tu viens aussi, Shad ?
— Non, rétorqua catégoriquement l'interpellé.
Ban haussa un sourcil.
— Pour quelle raison ?
— La voix mélodieuse des Taiyaki m'appellent, se justifia le ninja. Tu en as racheté, j'espère ?
Dans le but de le taquiner, le cuisinier fit semblant de réfléchir, ce qui déplut fortement à Shad qui n'aimait pas être dans le doute à ce sujet, c'est pourquoi il prononça d'une voix menaçante :
— Ne me dis pas que…
— Je plaisante ! J'en ai racheté ne t'inquiète pas. Vu la crise que tu nous as fait la dernière fois…, railla l'autre, amusé.
— Je ne vois pas de quoi tu parles, se contenta de lancer Shad en haussant les épaules.
— Mais si ! Tu boudais comme un gamin de six ans qui n'avait pas son jouet favori, tu étais si mignon ~ le titilla Walter en attrapant les joues de son ami et les étirant comme si c'était du chewing-gum.
Déjà irrité par les manières enfantines de son ami, Shad envoya une pichenette dans le front du blond qui le lâcha et recula, aussi K.O que le serait un dresseur après avoir entendu la berceuse de Rondoudou dans Pokemon.
Les minutes défilèrent rapidement entre les moqueries et les éclats de rires, et le repas prit fin pour le brun à lunettes qui alla vider son plateau, tout en ignorant le regard affairé de ses amis qui se demandaient pourquoi il partait déjà. Afin de ne pas voir Tsukiyo disparaître de son champ de vision, Shachi s'empressa de sortir du réfectoire en espérant apercevoir sa silhouette à seulement quelques mètres de là.
Malheureusement pour lui, il était trop tard, la jeune femme s'était envolée, comme tous les autres jours.
Et comme tous les autres jours, Shachi partit à sa recherche, serrant contre son cœur un espoir éphémère.
Sauf que, contrairement aux autres de ces jours, il parvint à la revoir, Après avoir fouillé le sous-marin jaune de fond en comble, il était sortit sur le pont malgré la pluie, et l'avait trouvée.
Elle se tenait là, adossée contre le mur, pieds nus, silencieuse, discrète, presque effacée, comme la brise du vent qui caresse la peau avant de s'éteindre, comme les vagues qui se rapprochent inexorablement avant de s'éloigner, ne laissant qu'une faible trace derrière elles.
Elle était là, et c'était tout ce qui comptait.
Le vent glaciale faisait virevolter la cape de Tsukiyo et ses cheveux rouges, tandis que le cœur du brun se gonflait d'espoir. Espoir qui disparu aussitôt que les yeux vides croisèrent les siens, l'interrogeant silencieusement sur la raison de sa présence ici. Face au mutisme du jeune homme, Tsukiyo se décida à l'ignorer simplement et retourna à ce qu'elle faisait, à savoir contempler le ciel. Perdu dans ses pensées, Shachi l'observait. C'est alors qu'une fine gouttelette frôla sa peau. Il leva lui aussi les yeux, et remarqua que le ciel pleurait sa tristesse.
— Tu devrais rentrer, tu risques de tomber malade, conseilla-t-il maladroitement. Enfin, la pluie c'est bien, mais ça peut être dangereux. Enfin, je veux dire, tu peux avoir de la fièvre, et tout ça… mais j'aime quand même la pluie, je trouve ça apaisant. Euh...
Dans son esprit, il se frappa la tête contre un mur. Il se sentait tellement stupide, à être aussi maladroit. Elle devait penser qu'il était idiot !
La bouche de la jeune femme resta obstinément fermée, se refusant à faire part de ses pensées même les plus évidentes, comme si elle désirait les chasser de son esprit si fermé à celui des autres. Shachi fut déçu de son manque de réaction, et en même temps soulagé. Il avait espéré qu'elle serait plus ouverte sans la présence des autres hommes de l'équipage. Néanmoins, c'était toujours mieux que de recevoir une réplique cinglante de sa part. D'un simple coup d'œil, il avait compris qu'elle était très impulsive.
Tsukiyo enleva soudainement sa capuche, laissant les gouttes d'eau mouiller ses cheveux ainsi que le reste de son visage. Certaines descendirent, plus audacieuses, chatouillant son cou, avant de disparaître plus bas. Ses yeux étaient mi-clos, ses lèvres entrouvertes, et sa main serrait fortement le collier de lune qui pendouillait autour de son cou.
Ensorcelé par le spectacle, Shachi fut incapable de savoir si c'était la pluie ou la jeune femme qui rendait le spectacle si beau, et il était certain que même après des années, la réponse lui serait inconnu, et que cette scène resterait toujours gravé dans sa mémoire. Désormais, dès qu'il entendrait le doux son de la pluie, il pensera automatiquement à la jeune femme.
Celle-ci prit la parole, alors qu'il ne s'y attendait pas :
— C'est vrai, la pluie est très apaisante.
Sa voix avait été basse, dénuée d'un quelconque mépris, comme si elle avait juste fait un simple constat. Elle l'observait calmement, les traits détendus et les cheveux mouillés. A cet instant, Shachi la trouva si… accessible.
— Tu aimes la pluie, toi aussi ? Se risqua-t-il à demander avec un sourire, espérant qu'elle ne se braquerait pas.
Malgré la simplicité de la question, celle-ci lui demanda une intense réflexion, comme si elle n'avait jamais accordé d'attention à des choses aussi banales. Ce qu'elle aimait, ce qu'elle n'aimait pas… elle l'ignorait, car elle était dépourvue d'une identité propre. Elle n'avait ni goûts, ni loisirs, tout ça était toujours passé en arrière plan. Elle avait toujours pensé que sa vie était dénuée d'importance aux yeux des autres, alors elle-même avait fini par transformer cette pensée en réalité, jusqu'à ce que ça devienne quelque chose de normal. Aujourd'hui, du haut de ses vingt ans, elle savait ce qu'elle n'aimait pas, mais ignorait ce qu'elle aimait.
— … Je ne la déteste pas, prononça-t-elle finalement.
C'était la seule réponse qui avait traversé son esprit.
— ça nous fait un point commun, alors ! Je sais enfin quelque chose sur toi ! S'emporta le brun à lunettes avec excitation, heureux d'en savoir un peu plus sur elle.
En entendant cette phrase, Tsukiyo sembla se renfrogner subitement, retrouvant toute la froideur et le mépris qui la caractérisait. Un voile d'ombre recouvrait son visage.
— Tu ne devrais pas.
— Pardon ? Lâcha-t-il, interloqué par ce revirement de situation.
Elle soupira rudement, avant de s'expliquer plus clairement :
— Tu ne devrais pas t'approcher de moi, je ne pourrais jamais faire ami ami avec toi, sache-le.
Elle n'était pas dans cet équipage pour devenir amie avec ces attardés. Elle avait une mission, un but, et était prête à tout pour y parvenir. Jamais, au grand jamais, elle ne décevrait son maître, son seul guide, sa seule lumière au bout du tunnel. Il était tout pour elle, la seule personne qui l'acceptait dans ce monde rempli de pourritures. Bien qu'au plus profond d'elle-même, un doute, bien que minime, subsistait : celui de n'être qu'un pion pour lui, mais dès qu'elle entendait une voix souffler malicieusement cette possibilité, elle se bouchait les oreilles pour ne plus l'entendre, de peur qu'un jour ou l'autre, cela se révèle être la triste vérité.
— Tu dis ça comme si tu n'avais pas le droit…, interpréta son vis-à-vis en fronçant les sourcils, ayant retrouvé son sérieux. pourtant, se faire des amis n'est pas interdit, que je sa-
— Je ne suis pas quelqu'un de bien, le coupa-t-elle aussitôt avec une assurance sans faille, comme si elle était sûre et certaine de ses propres paroles. Paroles qu'elle s'était répétées encore et encore.
Le visage du brun se troubla. Pourquoi affirmait-elle une telle chose ? Il ne comprenait pas.
— Comment tu peux le savoir ?
— Je le sais, c'est tout, râla-t-elle.
— Et bien je n'y crois pas, rétorqua-t-il en croisant les bras contre son torse, geste inconscient que fait le corps lorsque son propriétaire n'adhère pas aux propos de son interlocuteur.
Elle soupira une deuxième fois, puis haussa les épaules avec lassitude.
— Crois ce que tu veux, je m'en fou, lança-t-elle avant de détourner les yeux d'un air désintéressé et de marcher en direction de la rambarde.
Elle prit place sur la rambarde, la jambe pendant dans le vide, alors que l'autre était repliée contre sa poitrine, son bras posé sur le genoux. Elle contempla les vagues qui apparaissaient et s'effaçaient peu de temps après d'un air rêveur, qui fit comprendre à Shachi que le conversation était close et qu'elle s'était renfermée dans ses propres pensées.
Le jeune homme restait figé sur le pont, hésitant entre la laisser tranquille et prendre le risque de l'énerver davantage. Il s'avança finalement vers la rambarde à pas feutrés mais s'arrêta avant de l'atteindre pour ne pas la déranger, et observa la mer à son tour, calme, tranquille.
Les minutes défilèrent calmement dans un silence complet. Shachi attendait une suite à leur conversation, qui ne venait pas. Il allait donc faire demi-tour, lorsqu'il la vit changer de position : elle se tourna vers lui mais resta assise, avant de balancer ses jambes de haut en bas avec une sorte de nonchalance. Un de ses fins sourcils se haussa, et la confusion se dessina dans ses yeux, trahissant l'intérêt soudain qu'elle lui portait.
Subitement, elle demanda :
— Pourquoi tu as ces lunettes ? D'habitude on voit à travers, mais celle là, elles cachent tout.
C'était la deuxième fois qu'elle lui posait cette question qui lui brûlait les lèvres. Elle n'appréciait guère quand elle ne pouvait pas regarder les gens droit dans les yeux. Les yeux étant le miroir de l'âme, il était plus facile pour elle de deviner les intentions de son interlocuteur si elle pouvait voir son regard, mais avec Shachi, cela était impossible, et ça l'agaçait. Inconsciemment, le jeune homme toucha ses lunettes des doigts, comme pour se rassurer qu'elles étaient bien en place, le cœur douloureusement pris d'une soudaine angoisse qu'il savait incontrôlable à chaque fois que quelqu'un abordait le sujet. Tsukiyo le remarqua à l'aide des traits de son vis-à-vis qui avaient perdu toute trace de la tranquillité qui le submergeait quelques secondes auparavant. Son expression était identique à celle qu'il avait eu la dernière fois, il était mal à l'aise. Mais elle s'en moquait : quand quelque chose attisait sa curiosité, elle voulait en avoir la réponse, point.
— Je... préfère ne pas en parler, répondit-il maladroitement avec embarras.
Tsukiyo fit claquer sa langue contre son palais afin d'exprimer son mécontentement.
— Donc toi tu as le droit de me faire passer un interrogatoire mais pas moi, c'est ça ? Affirma-t-elle, sarcastique.
— On a tous nos petits secrets, c'est tout, riposta-t-il du tac au tac.
Elle se contenta de hausser les épaules, et de lâcher un petit « hm » teinté de suffisance, avant de retourner au sujet précédent :
— Alors en échange, je peux savoir pourquoi tu penses que je suis quelqu'un de bien ? Je sens que ça va être drôle.
— Ben… même si tu es assez violente, tu n'as pas l'air méchante non plus… enfin, je ne sais pas, pour moi, ce n'est qu'une facette, tu vois… Je pense vraiment que tu es une bonne personne et qu'il faut juste apprendre à te connaître. D'ailleurs, je suis presque sûr que toute personne a du bon en elle.
Elle rit face à ses propos. Mais ce n'était pas un rire empreint de joie, c'était un rire moqueur.
— Hilarant, vraiment, railla-t-elle, avant de s'arrêter tout à coup et de froncer les sourcils sous la colère naissante qui la saisissait. Non franchement : ta gueule. J'ai horreur de ce genre de discours niais, siffla-t-elle violemment entre ses dents, brusquement très agressive.
Il recula d'un pas face à son impulsivité. Son changement d'attitude était impressionnant, plus il l'observait, plus elle lui faisait penser à un animal sauvage. Elle était semblable à… un chat. Un chat qui posait des barrières devant lui, qui évitait de s'attacher aux autres, qui fuyait dès qu'on l'approchait de trop près, mais qui pouvait, par curiosité, s'avancer vers l'autre avec prudence et l'analyser finement, tout en gardant une distance de sécurité, prêt à sortir les griffes si la situation ne lui plaisait pas.
N'importe quel membre de son équipage se serait énervé suite à ces insultes, mais lui se contenta de garder son calme, car il avait deviné qu'elle aimait provoquer les gens, les éloigner pour les empêcher de s'approcher d'elle et d'en découvrir plus que ce qu'elle voulait dévoiler.
— Peu importe que tu en ais horreur ou non, rien ne me fera changer d'avis à ton sujet.
— J'ai tué des gens, argumenta-t-elle aussitôt pour le contredire.
— Nous tous l'avons déjà fait ici, rétorqua-t-il tout aussi rapidement d'un ton convaincu.
Elle serra la mâchoire en comprenant qu'il osait lui tenir tête.
— J'ai insulté ton capitaine, renchérit la jeune femme, ferme.
— Et moi je l'ai déjà frappé, donc cet argument ne tient pas, dit-il avec un léger sourire en se remémorant ce souvenir. Il était tellement furieux à ce moment là ! Mais la conversation qu'ils avaient eu après restera à jamais gravé en lui.
Les poings tremblant de colère de Tsukiyo se resserrèrent imperceptiblement sur la rambarde, ce qui était pour les autres un signe de danger imminent. Comment faisait-il pour réussir à la contredire sans aucune difficulté ? Elle détestait ça. Elle se mordilla les lèvres. Elle connaissait un argument qui, selon elle, était impossible à contrer.
C'est alors que, emportée par le tourbillon de sentiments négatifs qui la submergeait, elle cria sans réfléchir la véritable raison pour laquelle elle pensait ne pas être quelqu'un de bien :
— Je n'étais pas désirée par mes parents !
Elle regretta ses mots aussitôt qu'elle les prononça et détourna les yeux avec une lueur de panique. Pourquoi avait-elle révéler une chose pareille ? Il ne devait pas le savoir ! Ça ne le regardait pas ! Elle n'aurait jamais dû dire une telle chose ! Dans sa tête, tout s'embrouilla, et une image fugace s'imposa dans son esprit : elle, étant petite, se bouchant les oreilles, les lèvres tremblantes, essayant de retenir les larmes qui coulaient en entendant les cris qui résonnaient de l'autre côté de la porte…
Non, personne ne devait savoir… que sa vie n'avait eu aucun sens avant même qu'elle ne commence !
— … Tsukiyo ?
L'interpellée sursauta, reprenant petit à petit ses esprits. Elle cligna des yeux et reporta son attention sur le jeune homme qui la contemplait avec une grande stupéfaction, avant de détourner les yeux une deuxième fois, soudainement craintive et plus vulnérable que jamais. La main tremblante, elle rabattit sa capuche et dissimula un peu plus son visage pour ne pas montrer son désarroi, et un silence plus lourd s'installa.
Shachi était choqué par ce qu'il venait d'apprendre. Elle venait d'avouer contre son gré l'une des pensées avec laquelle elle avait essayé de construire sa vie, d'attraper le bonheur, et qui avait contribué à ce qu'elle était aujourd'hui.
— Et alors ?
Ce fut au tour de celle aux cheveux de feu d'être ébahie. Elle releva les yeux vers lui, et remarqua qu'il souriait avec gentillesse.
— Comment ça : « et alors » ? Tu oses dire ça comme si ce n'était pas...
— Moi non plus je n'étais pas vraiment désiré, la coupa-t-il avec nonchalance, comme s'il n'accordait plus d'importance à ce genre de détail, ce qui la décontenança. Mais qu'est-ce que ça peut faire ? Peu importe les circonstances de la naissance, c'est ce que tu fais de bien qui compte, le reste, on s'en fiche, nan ?
Il disait ça avec un tel détachement… comme si c'était une évidence. C'était la première fois que quelqu'un lui disait ce genre de mots, qu'elle avait toujours rêvé d'entendre…
Et sans qu'elle ne sache pourquoi… elle eut envie de pleurer, mais se retint pour garder le peu d'estime de soi qui lui restait. Elle constata alors que la pluie avait cessé, et que les rayons du soleil transperçaient les nuages et illuminaient le jeune homme, l'entourant d'un halo de lumière qui l'éblouissait.
Et une nouvelle fois, elle observa qu'autour d'elle, il n'avait que de l'ombre. Les rayons ne pouvaient parvenir jusqu'à elle, la plongeant dans des ténèbres perpétuelles qui la pourchasseraient toujours, comme la boucle de fatalité qui se répète encore et encore, sans jamais se rompre.
Comme avec Hibana.
Cette simple pensée fit renaître une certaine rancoeur qui s'était peu à peu tue en elle.
— Tu es quelqu'un de bien Tsukiyo, continua-t-il de dire avec un sourire rempli de gentillesse.
Qu'il ose réaffirmer cela après ce qu'elle venait de lui avouer, torturait son coeur déjà bien meurtri par les expériences du passé, et la fit craquer pour de bon. En quelques secondes elle descendit de la rambarde à l'aide de ses mains, fonça vers le brun aux lunettes avant de le plaquer contre le mur avec force, plaçant le fourreau de son épée contre son cou afin de l'empêcher de bouger. Légèrement impressionné, Shachi laissa s'échapper un hoquet de stupeur : il n'avait rien vu du tout. Elle était si rapide qu'il avait à peine eu le temps de la voir bouger.
— Arrête de répéter ça en boucle comme une putain de boite à musique ! S'exclama-t-elle, bouillonnante. Je te le dis une dernière fois : je ne suis pas quelqu'un de bien, point final !
— Je t'ai dit que je ne changerai pas d'avis, soupira-t-il face à son obstination.
— Pourquoi tu ne te défends pas ?
— Parce que je sais que tu ne me veux aucun mal, répondit-il simplement.
Putain, ce garçon avait le don de l'énerver ! Comment pouvait-elle se débarrasser de lui ? Elle voulait en finir.
Une idée effleura alors son esprit.
— Ah oui ? Tu penses vraiment que je ne te veux aucun mal ?
— Ouais, alors ça sert à rien de me sortir tes arguments, je suis aussi tenace qu'une mauvaise herbe.
Un mauvais pressentiment l'envahit, lorsqu'une lueur malveillante se dessina dans le regard de la jeune femme.
— Tu n'aimes pas être sans tes lunettes, n'est-ce pas ? questionna-t-elle plus pour elle que pour lui, avec un ton qui ne lui présageait vraiment rien de bon.
— Je l'avoue en effet, mais où veux-tu en venir ?
Et c'est là qu'il comprit.
— Attends, ne me dis pas que…
— Si, approuva-t-elle pour confirmer ses doutes. Je vais te les enlever et te montrer que tu as tort !
Les yeux de Shachi regardèrent avec fatalité la main de Tsukiyo s'approcher petit à petit de ses lunettes noires. Il se ressaisit alors et essaya de s'extirper de sa poigne, mais impossible de s'échapper à cause de son épée qui lui serrait la gorge si durement qu'il lui donna l'impression d'étouffer. Avec impuissance, il vit ses lunettes s'éloigner petit à petit de son visage, jusqu'à finir loin de lui dans la main de la jeune fille qui put enfin plonger son regard dans le sien. Interdite, elle le lâcha et recula d'un pas, ne s'attendant pas à avoir devant elle un œil bleu comme le ciel et un œil rouge comme le sang. Jamais elle n'avait vu un regard si intimidant... et à la fois si beau.
Elle venait de découvrir leur deuxième point commun : leurs yeux n'étaient pas de la même couleur. Elle n'était pas dégoûté, juste désorientée, et cette surprise s'amplifia lorsqu'il commença à trembler devant elle, regardant ses mains, puis tâtant son visage, avant de lui lancer une oeillade et de prendre enfin conscience qu'elle avait ses lunettes dans le creux de sa main. Il se retourna alors, afin de ne pas l'affronter.
Ce n'était plus Tsukiyo qui ressemblait à un animal, mais lui. Il avait l'air d'un petit animal apeuré et fragile. Les rôles s'étaient inversés, c'était désormais Shachi qui était dans une position difficile.
Une fois la stupéfaction passée et certaine d'avoir gagné le « combat », elle lâcha, avec mélancolie :
— Une bonne personne ferait-elle cela, tout en sachant que ça te ferait du mal, que ça te blesserait ?
Face à son absence de réponse, elle continua :
— Tu comprends, maintenant ? Je ne suis pas si bienveillante que ça, et c'est pour cela que tu ne dois plus t'approcher de moi. J'espère que tu as compris gamin, car je ne me répéterai plus.
Toujours pas de réponse, ce qui l'irrita. Elle détestait qu'on l'ignore de la sorte, alors elle fit un pas vers lui, et rajouta :
— Eh, t'as perdu ta langue ?
Seul le silence lui répondit une troisième fois. Elle soupira intérieurement, lassée. Voilà, désormais, il la haïssait sûrement. Il avait enfin compris, il allait la laisser tranquille. Alors, sans un mot de plus, elle posa les lunettes par terre et fit demi-tour dans le but de retourner dans le sous-marin.
Mais la voix de Shachi s'éleva dans l'air, la prenant par surprise :
— Excuse-moi, je n'aurai pas dû formuler ça comme ça, j'ai fait une erreur.
Elle s'arrêta et le toisa, s'interrogeant sur ce qu'il lui voulait encore. Elle en avait marre de cette conversation.
Ayant réussi à retrouver son calme, Shachi attrapa ses lunettes, mais ne les replaça par sur son nez avec empressement, ce qui était contraire à d'habitude. Il les garda entre dans ses doigts tremblant, mais n'en fit rien de plus, car il avait compris quelque chose d'important : s'il voulait qu'elle s'ouvre à lui, il devait tout d'abord faire le premier pas. Que ce soit pour parler, pour partager un moment ensemble ou pour en apprendre plus sur l'autre, il devrait toujours se dévoiler en premier et prendre des risques, car la jeune femme n'aurait jamais le courage de le faire, de peur d'être blessée. Pour gagner son respect, il devait accepter ses tourments, et y faire face, dû moins, c'était ce qu'il pensait.
Il se tourna vers elle, et pour la deuxième fois, de sa propre volonté, il fit face à quelqu'un avec le désir d'accepter ce regard qu'il détestait tant. La première fois ayant été avec May, juste après qu'il l'ait libérée de la base Marine.
— Moi aussi j'ai mes secrets, mes peurs, mes angoisses. J'ai tué des gens, j'en ai abandonné d'autres aux gouffres de la mort. Mais ce n'est pas le plus important. Ce qui compte, c'est ce que je suis maintenant, et quelles actions je veux faire aujourd'hui. C'est ça, qui détermine si je suis une bonne personne.
— Que…, souffla-t-elle, déroutée par ce soudain changement d'attitude.
— Je n'aurais pas dû te demander si tu étais quelqu'un de bien. Alors je vais te poser une autre question, si tu me le permets.
Elle se contenta de hocher la tête, froide.
— Est-ce que tu veux être quelqu'un de bien ?
— Je ne te comprends pas… je viens de te faire du mal, et pourtant, tu continues de…, commença-t-elle avec moins de certitude qu'auparavant, avant d'être coupée par Shachi.
— Tu n'as pas voulu me faire du mal volontairement, tu as juste voulu me le faire croire.
Elle n'aimait pas ça du tout, la façon dont il arrivait à deviner la véritable raison de ses actes, la façon dont il la contemplait avec admiration et bienveillance, qui était tout le contraire de ce qu'elle avait toujours reçu de la part des autres. Elle pensait au départ que Trafalgar Law et le jeune homme qui l'avait accosté à l'heure du repas étaient ceux dont elle devait se méfier, pourtant, dès lors, c'était celui qui était en face d'elle qui semblait à ses yeux le plus dangereux, avec ses sourires empreint de gentillesse, sa manière de trouver de la beauté dans chaque chose, et plus particulièrement en elle, alors qu'elle ne le méritait pas.
— Tu es vraiment bizarre.
— C'est toi qui est bizarre, pourquoi tu veux te faire passer pour la méchante ?
Cette question fut de trop pour elle, elle ne supportait plus qu'il l'analyse ainsi. Alors, furieusement, elle s'exclama avec vivacité :
— Qu'est-ce que ça peut te foutre à la fin ?! C'est pas tes affaires ! Je comprends même pas pourquoi tu perds ton temps avec moi, tu devrais plutôt rejoindre tes petits copains ! Qu'est-ce que tu foutais là d'ailleurs ? Pourquoi tu m'as suivis ?
La véritable raison de sa présence sur le pont revint dans la figure de Shachi aussi durement que le serait le poing de Nami sur sa tête après avoir dit une bêtise. Il avait complètement oublié ! Il fouilla dans sa combinaison et en sortit la pomme. Attentionné, il la frotta contre sa combinaison pour qu'elle soit plus propre, puis la tendit en direction de Tsukiyo avec timidité, les joues rouges, sa timidité instantanément revenu sans qu'il ne puisse l'en empêcher.
— J-je voulais te la donner.
Elle regarda la pomme, puis Shachi, et plissa les yeux avec méfiance.
— J'en veux pas !
C'est exactement à cet instant que Shachi comprit ce qu'avait ressenti Ban après qu'elle ait refusé sa rose.
— Mais je l'ai gardé exprès pour toi… si tu n'en veux pas, ça me mettrait dans l'embarras…, dit-il en se grattant la nuque.
— Pourquoi tu fais ça ? Tu veux quoi en échange ?
— Hein ?
— T'es sourd ou quoi ?! J't'ai demandé ce que t'as derrière la tête ! S'emporta-t-elle à nouveau en le menaçant avec son épée pointé juste devant sa tête.
Il déglutit sous la menace.
— Je n'ai rien en tête, je te le jure ! Franchement, je vois pas pourquoi tu compliques autant les choses. Je veux juste te la donner, tu sais.
Il fit une pause, devint encore plus écarlate et d'un geste qui traduisait sa gêne, attrapa le bout de sa casquette dans le but de l'abaisser et de dissimuler ses joues qui étaient rouges, tout en hésitant à dire le fond de sa pensée. Finalement, il se jeta à l'eau :
— Parce que tu avais l'air si heureuse lorsque tu en mangeais une, toute à l'heure, alors je me disais que ça te ferait plaisir…
Tsukiyo ne sut que dire. C'était la première fois que quelqu'un était aussi gentil avec elle, aussi respectueux et courtois. Elle ne savait donc pas comment réagir à cela, à part avec agressivité.
Voyant sa réticence, il expliqua :
— Tu sais, je ne te veux aucun mal. Tu fais partie de notre équipage maintenant, tu es des nôtres. C'est vrai que tu n'es pas toujours agréable, mais j'aimerais vraiment te connaître un peu mieux… est-ce mal de vouloir cela ?
Il lui souriait toujours, avec cette bienveillance..., elle l'observait lui sourire, et soudainement, un faible espoir s'alluma en elle, telle une flamme. Elle eut envie de lui faire confiance, de recommencer à croire en l'être humain... alors elle tendit la main vers la pomme qu'il lui tendait, prête à l'attraper, puis l'image de son Maître lui revint en tête, et elle se stoppa aussitôt dans son geste, le regard assombri.
— Oui, c'est mal. Si tu t'approches de moi, tu finiras blessé, d'une façon ou d'une autre.
— Mais n'est-ce pas normal que les humains se blessent mutuellement ?
— Putain, arrête avec tes questions et tes phrases philosophiques, je vais avoir une migraine. Ne vient plus me faire chier, c'est tout. Ce n'est pas une demande, c'est un ordre.
Shachi sourit, en pensant qu'en déclarant cela, elle ressemblait fortement à son capitaine. Il hocha la tête. Il en avait assez fait aujourd'hui.
— Très bien, je te laisse tranquille, mais réfléchis quand même à ce que je t'ai dis.
Elle croisa les bras et tourna la tête, comme pour lui souffler silencieusement qu'elle n'y réfléchirait pas.
— Bon, je vais jeter la pomme, puisque tu n'en veux pas, grommela-t-il, un peu dépité qu'elle ait refusé.
Elle reporta aussitôt ses yeux vers le jeune homme en entendant cela. Il n'allait quand même pas faire un tel sacrilège ?
Doucement, elle le vit se diriger vers la mer et tendre le bras pour jeter la pomme, mais avant qu'il ne puisse le faire, elle le rejoignit à la vitesse de l'éclair et attrapa le fruit avant de s'éloigner aussitôt. Shachi se retourna et vit la jeune femme debout sur le rebord, le toisant du regard, lers cheveux volant toujours sous le pouvoir de la brise quantique. Elle semblait presque vexée de s'être laissée allé devant lui pour une simple pomme. Elle ne savait pas si elle les aimait, mais en manger ne la dérangeait pas, en tout cas.
— J'étais sûr que tu réagirais comme ça, railla-t-il. Je crois que je commence à te comprendre, c'est cool ! Bon, je dois aller bosser ! Sinon je vais me faire engueuler par le capitaine.
Il se dirigea vers la porte pour partir, mais il eut l'audace de déclarer juste avant de la franchir :
— Au fait, je m'appelle Shachi. Enchanté... Tsuki.
Elle vit rouge en entendant ce surnom, de gêne ou de colère, il ne le sut pas. Mais lorsqu'il la vit sortir son épée de son fourreau et la lancer dans sa direction, il se hâta de refermer la porte derrière lui, et soupira en entendant la lame s'enfoncer dans la porte de métal.
— Rappelle-moi encore comme ça et je te découpe en rondelles, connard ! Entendit-il de l'autre côté, sans pour autant voir le doigt d'honneur que lui fit Tsukiyo.
La remarque le fit sourire, puis il s'enfonça dans le couloir du sous marin jaune. Elle lui avait ordonné de ne plus s'approcher, mais foi de Shachi, il n'abandonnerait pas pour autant ! Il continuait d'essayer, jusqu'à ce qu'elle s'ouvre à lui.
— … Crétin de binoclard enjoué, grogna Tsukiyo.
Au moins, elle était de nouveau seule.
Elle alla décrocher son épée de la porte et embrocha la pomme au bout avant de reprendre place sur la rambarde et de retrouver ses pensées les plus secrètes.
Comment avait-elle pu révéler le fait qu'elle n'était pas désirée par ses parents ? Ce Shachi était décidément bien plus dangereux que ce qu'elle pensait.
Et pourtant…
Moi non plus je n'étais pas vraiment désiré, et pourtant, j'essaye de croire que je suis quelqu'un de bien. Tu peux l'être, toi aussi, peu importe les circonstances de ta naissance.
Ils étaient si semblables. Elle n'avait jamais eu autant de points communs avec quelqu'un. Que cachait-il réellement derrière ses sourires ? Voilà une nouvelle question à son sujet qu'elle se posait. Qu'est-ce qui lui prenait à s'intéresser à cet idiot ?
Les joues rouges et les sourcils froncés, elle croqua une première fois dans la pomme, et s'étonna de la saveur de celle-ci.
Étonnamment, elle était bien meilleure que toutes celles qu'elle avait mangées avant.
C'est donc d'une humeur moins maussade qu'elle la savoura, tout en sifflant une mélodie, qu'elle avait amèrement nommée Hibana.
[…]
Trois autres jours s'écoulèrent doucement.
May était dans sa chambre, assise sur son lit. Elle réfléchissait à ce qu'il s'était passé dans la chambre de Law et si elle devait en parler à celui-ci. D'où provenait cette aura violette ? Elle avait beau y réfléchir, elle ne trouvait pas. Elle n'avait pourtant aucun pouvoir, n'avait mangé aucun fruit du démon, et n'avait jamais été le fruit d'une expérience étrange, alors, il n'y avait rien qui justifierait cette aura. Elle avait touché presque tous les objets de sa chambre, tels que des livres, sa chaise, ses vêtements ou encore des crayons, sans succès. Elle n'avait rien ressenti, et aucune aura n'était apparu, pourquoi ? Elle avait vraiment tout essayé pour la faire réapparaître. Fallait-il remplir certaines conditions ? Elle ne comprenait pas. C'était pour cette raison qu'elle hésitait à en parler à Law. Avec son intelligence, elle pourrait sans doute en découvrir plus, mais elle ne pouvait pas lui expliquer que cette aura était apparu quand elle avait pris le cadre photo dans sa main sans en avoir demandé la permission, ni lui parler de l'attaque des civils. Déjà que le capitaine n'appréciait pas que l'on rentre dans sa chambre, si en plus il savait qu'elle avait touché à ses affaires, il lui en voudrait, c'était certain. Et cela accentuerait ses doutes à propos de la confiance qu'elle plaçait en lui.
Soupirant, elle se leva et s'avança vers le bureau, décidée à se replonger dans ses souvenirs, des souvenirs à la fois ponctués de mélancolie et d'euphorie, des souvenirs qu'elle avait écrit dans ce journal intime qui lui tenait à coeur. Elle sortit celui-ci de l'un des tiroirs du bureau et le sonda méticuleusement. Le journal était rouge, mais la couleur s'était légèrement ternie au fil du temps, tout comme les pages qui étaient désormais jaunes et froissées. Mais ce qu'elle aimait par dessus tout était l'odeur qui s'en dégageait, l'odeur des vieux romans. Ses doigts glissèrent le long de la reliure usée y recueillant la poussière qu'elle dégagea d'un souffle. Elle faisait si peu le ménage que son journal finissait souvent dans la saleté. D'un pas lent et serein, elle reprit place sur son lit et ouvrit le journal. Ses lèvres s'étirèrent alors en un fin sourire rêveur, alors qu'elle contemplait son écriture. Elle fit défiler les pages, une par une. Certaines de ses pages étaient tâchées de larmes, d'autres contenaient beaucoup de ratures, de points d'exclamations, d'interrogations, de suspensions… On pouvait également observer quelques dessins par-ci par-là, des dessins qui semblèrent bien pitoyables aux yeux de la jeune fille qui eut un faible rire d'auto dérision.
Elle feuilleta son journal durant un bon quart d'heure, sans se rendre compte que l'aura violette était à nouveau apparue de manière fugace. Ayant une petite faim, elle se décida à sortir et à aller faire un tour dans la cuisine, certaine d'y trouver quelqu'un comme à chaque fois qu'elle y allait. A croire que cette pièce était celle où les membres se rassemblaient le plus. Elle se faisait presque tout le temps des sandwich car c'était la seule chose qu'elle connaissait. Elle n'avait jamais mangé d'Onigiri, de Taiyaki, et n'avait jamais utilisé de baguettes japonaises. Quelle idiote ! Elle était dans un monde bercé par la culture japonaise, elle devait en profiter ! Elle savait que dans son "autre vie'", elle n'aurait jamais l'occasion de le faire car le voyage au Japon coûtait trop cher !
Soudainement, elle eut envie de prendre des photos, comme le fait de penser à son monde d'origine ranimait en elle la peur que tout ce qu'elle avait vécu ici s'efface aussi brutalement qu'un rêve. Alors elle sortit son portable et l'alluma. Elle constata avec inquiétude que la batterie avait encore bien baissé, alors qu'elle ne l'utilisait que très peu. La jeune fille pensait depuis peu que ce n'était pas normal, mais n'avait encore rien trouvé à ce sujet. Ne voulant pas y songer, elle reprit ses esprits et prit quelques photos, avant de ré éteindre aussitôt son portable.
Arrivée à la cuisine, elle aperçu Walter, Ban, Shad et Penguin, qui étaient assis à la table et discutaient joyeusement. Walter était en train de vider le pot de chocolat à la cuillère avec un manque certain d'hygiène, ce qui déplaisait à Ban qui le fixait d'un air réprobateur, un livre dans la main. Shad, lui, dégustait ses Taiyaki en silence, tandis que Penguin les observait avec stupéfaction.
— Comment vous faites pour manger alors qu'on vient de sortir de table, sérieusement ? Demanda-t-il, presque impressionnée.
— Ben… toi, tu adores les belles femmes, pas vrai ? Même si tu en voyais des dizaines par jour, tu ne te lasserais jamais, n'est-ce pas ?
— Haha, c'est vrai ~ chantonna Penguin, les yeux en forme de cœurs et les joues rouges.
Il ne manquait plus que le nez qui saigne et on avait le cliché parfait du pervers.
— Bah dis-toi que nous, au lieu d'être des gros pervers comme toi et Shachi, nous sommes juste gourmands et ne nous lassons jamais de la nourriture, le titilla le blond avec un air innocent.
— Ah je vois… attends, tu viens de me traiter de quoi là ?
— De gros pervers, acheva simplement Walter, une cuillère dans la bouche.
— Obsédé, rajouta Shad.
Penguin vit rouge. En moins de cinq secondes, il attrapa le pot de chocolat et le paquet de Taiyaki des deux gourmands et se dirigea vers le hublot qu'il ouvrit en grand avec un sourire sadique avant de reporter son attention sur Shad et Walter qui rechignaient.
— Vous disiez ? Lança-t-il avec une voix légère, prêt à jeter la nourriture.
Désespérés à l'idée de voir leur « précieux » perdu au fin fond de la mer, le blond et le ninja aux cheveux corbeaux s'empressèrent de rire jaune :
— Mais on plaisantait voyons ! Penguin n'est pas un pervers du tout, n'est-ce pas Shad ?
—Bien sûr, il l'est juste un peu, c'est tout. Mais c'est ce qui fait son charme.
— Complètement d'accord ! C'est le meilleur !
— Vous êtes en train de vous foutre de ma gueule, fit simplement remarqué le concerné avec un air blasé.
— S'il te plaît ne la jette pas ! Et je ne t'embêterai pas pendant une semaine ! Dit Walter qui faisait les yeux doux.
Shad l'accompagna dans son délire et fit des yeux doux lui aussi, même si c'était plus effrayant qu'autre chose. Las, Penguin obtempéra, sous l'air amusé de Ban et de May.
— Vous vous amusez bien, on dirait.
Tous se tournèrent vers elle en entendant sa voix.
Néanmoins, vexés qu'elle les ai laissé sans nouvelles durant quelques jours, ils se mirent d'accord à la taquiner un peu.
— C'est qui, celle là ? Déclara Walter, bougon.
— Connaît pas, lança Penguin. C'est une nouvelle recrue ?
— Je l'ignore, en tout cas, je ne l'ai jamais vu dans les environs. Sinon, je m'en serai souvenu, affirma Ban à son tour, toujours aussi charmeur.
Tous fixèrent Shad, attendant qu'il sorte sa réplique. Celui-ci, indifférent, se contenta de dire sans même la regarder, un taiyaki en main :
— Bonjour à toi, sœur de Ivankov.
Tous tombèrent à la renverse.
— J'avais oublié que l'humour de Shad laissait à désirer, railla Walter.
— Eh, je suis là moi ~ ! s'écria May en levant les bras en l'air.
Ils la fixèrent.
— Vous m'avez manquée les gars !
— Je ne peux pas résister ! Viens me faire un câlin, ma petite fleur de cerisier ! Cria Walter en courant vers elle.
— Pas touche Walter, tu vas la traumatiser, reprocha Ban en l'attrapant par la combinaison, avant de se tourner vers la lycéenne. On était allés à l'infirmerie pour te voir, tu n'y étais pas.
Elle eut un rire gêné.
— Désolée, j'avais besoin de réfléchir sur certaines choses et je ne vous ai pas donné de nouvelles ! Mais maintenant je suis là !
— C'est cool de te revoir, petite May ! Fit Walter en passant un bras autour de son cou, une fois que le cuisinier l'eut lâché.
— Evite de faire ça Walter, tu vas te faire tuer par le capitaine s'il te voit, commenta Penguin.
— Pourquoi ? Ce n'est pas comme si elle était sa propriété.
— Ben si, justement, rétorqua l'autre, sarcastique.
May se mordilla les lèvres et eut envie de se cacher en remarquant tous les regards qui se posèrent sur elle à l'énonciation de cette simple phrase qui signifiait beaucoup. Subitement plus timide, elle se détacha de Walter et alla se faire un sandwich, affamée. Une fois celui-ci prêt, elle demanda après une grande bouchée :
— D'ailleurs vous savez où je peux trouver Law ?
— Il est dans sa chambre, l'informa Bepo qui rentrait à son tour.
Les yeux de May brillèrent en voyant l'ours tout pelucheux.
— Aww, Bepo, ça faisait longtemps… ! Je peux te faire un câlin ?
L'ours ouvrit les bras sans dire un seul mot, et en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, elle lui fonça dessus, prête à l'étouffer.
— Tu es toujours aussi doux ! Dis, tu crois qu'on pourrait te transformer en couverture ? proposa-t-elle avec un grand sourire.
— Tu es sérieuse ?!
— Désolé mais ce n'est pas possible… désolé, s'excusa le gros animal en baissant la tête.
— Mais je plaisantais, enfin ! Je te préfère en gros nounours ! déclara-t-elle en riant aux éclats.
— Désolé, s'excusa Bepo à nouveau.
— Arrête de t'excuser ! marmonna Penguin, excédé.
— Désolé.
Tous soupirèrent hormis May, qui trouvait la façon dont Bepo s'excusait à chaque fois adorable. Ils commencèrent à se raconter les récents événements. May allait prendre le parole, lorsqu'un bruit de pas se fit entendre tout près. Elle tourna la tête, et lorsque ses yeux azurés aperçurent une chevelure aussi rouge que le feu, tout bascula.
— Tsukiyo, souffla-t-elle inconsciemment.
La concernée, qui était en train de fouiller dans le frigo à la recherche de quoi se mettre sous la dent, referme brutalement la porte de celui-ci et planta son regard intimidant dans celui de la lycéenne, qui ne s'attendait pas à la revoir maintenant. La voix de ses amis se turent, les regards se firent moins enjoués, et le coeur de May rata un battement, tandis qu'un silence pesant envahissait la salle. Sans qu'elle ne puisse l'en empêcher, une colère naissante s'empara d'elle. Elle la revoyait enfin : cette femme qui haïssait les autres, qui avait tué des civils sans aucun remord et l'avait assommée avant de rejoindre l'équipage !
Remarquant son trouble, l'encapuchonnée brisa le silence en annonçant avec un sourire sarcastique :
— Ca y est ? Tu viens enfin de te réveiller après ta défaite cuisante ? Ça fait déjà plusieurs jours, t'es lente, gamine.
May tiqua sous la provocation et ouvrit la bouche pour répondre, avant de la refermer aussitôt afin de ne pas s'emporter. Même si Law n'avait pas eut l'air de l'apprécier plus que ça lorsqu'il lui avait annoncé son recrutement, il désirait sûrement que les relations entre les membres de l'équipage restent corrects et respectueux. Des disputes sur le bateau ne pourraient que le mettre de mauvaise humeur, et puis, il lui avait dit qu'elle devrait s'habituer à la présence de la jeune femme, alors elle n'avait pas le choix que d'essayer de mettre sa rancoeur de côté et essayer de commencer leur cohabitation en bons termes.
Elle se leva, faisant racler la chaise contre le sol, puis fit calmement quelques pas vers Tsukiyo et proposa, prête à faire des efforts :
— Ecoute, je sais que ça ne te plaît pas que l'on doivent se côtoyer, et je t'avoue que moi non plus je n'aime pas ça, mais on a pas le choix, alors on devrait faire avec et arrêter de se prendre la tête. T'en penses quoi ?
Tsukiyo se retint de rire en entendant la proposition et renifla avec arrogance.
— Je crois que c'est la seule chose sensée que tu ais dites depuis que je t'ai rencontrée, gamine.
— ça veut dire que tu acceptes ? quémanda May retenant un rictus face à la remarque, tendant la main vers son vis-à-vis.
Tsukiyo contempla sa main quelques secondes, haussant un sourcil.
— Me fait pas rire, il est hors de question que je fasse un marché avec une fille aussi stupide que toi.
May se mordilla les lèvres. Qu'est-ce qu'elle était désagréable ! Elle espérait un minimum de cordialité, mais il fallait croire que ce n'était qu'illusion.
— Toujours aussi gentille, à ce que je vois, ironisa May qui perdait peu à peu patience, retirant sa main. Les autres continuaient d'observer la scène d'un oeil critique.
— Je ne suis gentille qu'avec ceux qui ont gagné mon respect, c'est tout.
Déjà lassée, la jeune femme aux cheveux rouge détourna les yeux avec désintérêt et retourna ouvrir le frigo, sous le regard rempli d'animosité de celle qui avait obtenu le surnom de Fleur de Cerisier.
Elle tenta le tout pour le tout, et fit une dernière tentative :
— Ce n'est pas parce que nous avons des opinions différentes sur certains sujets que tu dois me traiter comme une moins que rien. Regarde, moi je n'apprécie pas tes opinions, et pourtant je ne te manque pas de respect comme toi tu le fais.
— Hmpf, si encore il n'y avait que ça ! reprocha Tsukiyo, une pomme dans la main. Sauf que non seulement tu es stupide, mais en plus de cela tu es faible.
Elle tourna sur ses talons dans le but de sortir de la cuisine, considérant qu'elle avait assez vu la gamine pour la journée, mais ladite gamine continua sur sa lancée :
— Ah oui ? Et pourquoi on ne vérifierait pas cette hypothèse, puisque tu as l'air si confiante ! rétorqua May, prête à se battre pour prouver sa valeur.
— C'est une provocation en duel ? sourit l'autre, amusée. Il est vrai que je serai honorée de me battre contre toi… oh, mais qu'est-ce que je raconte ? Je t'ai déjà battu à plate couture la première fois que l'on s'est vu, poursuivit-elle dans un rire sournois. Allez, arrête de rêver, petite. Tu ne fais pas le poids.
May allait ouvrir la bouche pour se défendre encore une fois, lorsque Penguin, qui en avait assez vu et qui ne supportait déjà plus Tsukiyo, prit la parole :
— Eh, arrête de t'en prendre à elle un peu, elle ne t'a rien fait !
— C'est vrai ça, ce n'est pas très gentil ! Approuva Walter en croisant les bras contre son torse, l'air bougon.
— Tu n'as pas le droit de lui parler comme ça, May mérite qu'on la respecte ! S'exclama Bepo à son tour, qui considérait que tout ce qui était important pour le capitaine le serait aussi pour lui. May étant précieuse pour Law, elle le devenait alors pour l'ours, et de toute façon, il l'avait appréciée dès son arrivée, hormis la fois où elle avait critiqué le Chirurgien en sa présence.
Tsukiyo fronça les sourcils et serra les poings, interloquée. Cette sale gamine était très entourée. Des gens la protégeaient, la défendait, la respectait, pensaient à elle, et elle, quand elle regardait derrière, elle ne voyait que la souffrance. Pourquoi ? Que possédait de plus cette fille stupide dont elle pourrait être dépourvue ? Non, elle ne pouvait quand même pas être… jalouse ? Impossible ! Il était totalement impossible qu'elle soit envieuse de ce genre de fille ! Il fallait qu'elle se reprenne et qu'elle arrête de laisser le doute l'envahir !
— A ce que je vois, tu ne peux pas te défendre toute seule, tes chevaliers doivent être là pour te protéger. Vous êtes vraiment pitoyables, siffla-t-elle en reprenant de l'assurance, les toisant avec son arrogance habituelle.
— Pourquoi elle nous parle comme ça ? Qu'est-ce qu'on lui a fait ? Demanda Walter, vexé.
— Elle est peut-être en manque de Taiyaki, répondit Shad après avoir haussé les épaules. Il se tourna ensuite vers la concernée et lui lança : Mais rêve, je ne t'en donnerai pas.
— Tout le monde n'est pas comme toi Shad, répliqua Walter, presque exaspéré par celui aux cheveux noirs qui était toujours à côté de la plaque.
Encore une fois, Tsukiyo haussa un sourcil face à leurs remarques. C'était un tic qu'elle avait très souvent.
— Tss, vous êtes vraiment des tarés, critiqua-t-elle.
— Merci pour le compliment ! Remercia Walter avec un grand sourire.
— Ce n'en était pas un, crétin, riposta Shad après l'avoir frappé pour sa bêtise.
Ce fut au tour de Ban de prendre la parole, les mains dans les poches et l'oeil perçant :
— Tu nous critiques depuis tout à l'heure, mais quels sont tes défauts à toi ? Tu viens et tu nous craches tes insultes en pensant que tu t'en tireras tranquillement ?
Contrairement aux autres, Ban ne s'emportait pas. Il restait toujours calme dans une situation comme celle-ci, avec une lueur déstabilisante dans les yeux qui généralement désappointait ceux qui l'entouraient.
— Tout ce que je vois en observant la scène, c'est que tu es seule, et que May est entourée de gens qui l'apprécient et la respectent pour ce qu'elle est. Alors arrête de nous prendre de haut, tu te couvres juste de ridicule, ajouta-t-il face à son mutisme.
Tsukiyo serra les dents. Cet homme devait avoir le même âge qu'elle, et pourtant il dégageait une maturité impressionnante, qui imposait le respect. C'est alors que la situation dégénéra, et qu'une avalanche de reproches s'abattit sur elle :
— Je suis d'accord. Si tu es là pour nous chercher des noises, tu n'as rien à faire dans notre équipage, ajouta Shad. Enfin, tant que tu ne touches pas à mes Taiyaki, je m'en fous un peu, en fait.
— En plus, elle a déjà manqué de respect au capitaine ! réprimanda Bepo, les poings serrés devant lui.
— Alors, tu comprends où est ta place maintenant ? Tu n'es pas désirée ici ! S'exclama Penguin.
Troublée par ces paroles, Tsukiyo resta muette, les mots se refusant à sortir, comme emprisonnés en elle. Ils étaient tous contre elle, et elle, elle était toute seule. Elle eut un sourire d'auto dérision. Ces reproches, elle les méritait, n'est-ce pas ? Elle les avait cherché, c'était entièrement sa faute, alors... pourquoi sa gorge se nouait à ce point ? Elle recula d'un pas, ne sachant que faire, ni que dire.
Encore une fois, elle regarda derrière elle, espérant trouver quelque chose, mais la seule chose qu'elle trouva, fut la solitude qui était enchaînée à elle.
Oui, elle était réellement seule.
— Foutez-lui la paix à la fin, elle ne mérite pas autant de mépris ! Si vous voulez vous en prendre à elle, il faudra d'abord avoir affaire à moi !
Saisit par l'ébahissement, la nouvelle recrue reporta son attention sur ce qu'il se passait devant elle, et vit une silhouette plus grande que la sienne, une paire de lunettes noires ainsi que des cheveux bruns qui partaient dans tous les sens.
Quel était son nom, déjà ?
Shachi, oui, c'était ça.
Elle reprit ses esprits : mais qu'était-il en train de faire, à la fin ?
— Qu'est-ce que tu fais ? Je peux me défendre toute seule ! s'écria-t-elle, encore un peu sonnée par le revirement de situation.
— Je m'en moque, je ne les laisserai pas te dire de telles choses ! Il y a des limites ! s'indigna le pirate, énervé par ce qu'il considérait être de l'injustice et de la méchanceté gratuite.
Dès qu'il les avait vu s'en prendre à elle, il n'avait pas réfléchit : il avait accouru pour se placer devant elle, comme pour se servir de son corps tel un bouclier qui la protégerait de ces mots blessants prononcés par ses amis.
— Qu'est-ce qui te prend vieux ? L'interrogea Penguin, étonné. Ce n'est pas nous qui sommes en tort, mais elle ! Elle est arrivée il y a seulement quelques jours, et pourtant elle se permet de nous critiquer, alors que nous ne lui avons rien fait du tout !
— Je sais très bien ce que je fais ! Vous êtes au moins cinq contre elle, ça ne se fait pas ! riposta aussitôt Shachi, qui n'écoutait véritablement que d'une oreille.
— Attend Shachi, tu n'étais pas là quand ça a commencé, calme-t..., commença May, perdue, avant qu'il ne la coupe.
— Vous ne la connaissez même pas, alors arrêtez de la juger !
L'irritation submergea Penguin, qui était déjà exaspéré par tant d'idiotie de la part de son camarade.
— Parce que toi tu la connais peut-être ? Arrête ton délire !
— Moi au moins j'essaie de la connaître avant de la juger comme vous le faites ! cracha-t-il avec vivacité. D'ailleurs Walter, ce n'était pas toi qui avait qu'il ne fallait pas porter de préjugés sur une personne que l'on ne connaît même pas ?
— J'ai dis ça, moi ? se demanda le concerné, réfléchissant.
Tsukiyo n'en revenait pas. Le jeune homme était en train de se mettre à dos ses amis pour elle, pour la défendre, quitte à être mal vu par les autres membres de l'équipage. Elle lui avait pourtant ordonné de ne pas s'approcher d'elle ! Mais il continuait à n'en faire qu'à sa tête, ce qu'il pouvait être têtu ! Au fond, malgré toute la répulsion qu'elle avait pour les humains, elle ne pouvait être que touchée par la bienveillance de Shachi à son égard. Pourquoi était-il l'une des exceptions ? Parce que si elle détestait les autres, c'était avant tout parce qu'elle pensait que les autres la détestaient, sans même avoir entendu cela de leur propre bouche, comme si dans son ADN il était écrit qu'elle devait être haïe par ceux qui l'entouraient, peu importe ses actions ? Alors quand elle l'entendait la défendre, ça lui prouvait qu'elle avait tort, et ce serait la raison pour laquelle elle n'arrivait pas à l'exécrer ?
Elle repensa à sa mission, et eut l'idée de le manipuler pour lui soutirer des informations sur la gamine. En faisant cela, elle saurait ce qu'il faut en un rien de temps et atteindrait son objectif. C'était fort rusé et intelligent, son Maître serait si ravi de la revoir avec pleins de connaissances au sujet de May qui étaient ignorés des autres !
Alors pourquoi l'hésitation subsistait en elle à l'idée de le manipuler telle une poupée dénuée d'âme ? Malgré toute la peine, toute la douleur qu'elle avait semées autour d'elle au cours de sa misérable vie, il se plaçait devant elle pour la protéger, même s'il la connaissait à peine !
Mais il ne pouvait pas... il ne devait pas faire ça pour elle ! Parce qu'elle ne le méritait pas !
— Arrête ! Tu n'es pas obligé de faire ça pour moi ! exigea-t-elle en posant inconsciemment son bras sur le sien, l'incitant à la laisser affronter elle-même les reproches qu'on lui faisait.
— Et puis quoi encore ? protesta-t-il, outré. Je n'en suis pas obligé, mais je veux le faire ! … Etre seul, c'est pesant à la fin, non ? Laisse-moi te protéger, ajouta-t-il en tournant la tête vers elle, semblant très sérieux dans ses propos.
Les yeux de Tsukiyo s'écarquillèrent, et une vive émotion la submergea, la troublant encore plus. C'était une émotion qu'elle croyait éteinte mais pour laquelle elle ne trouva pas de nom, car depuis longtemps maintenant, elle ne ressentait que colère, mépris et rancoeur, ce qui faisait que lorsqu'une autre de ces émotions s'emparait d'elle, elle se retrouvait déstabilisée, comme le serait une enfant perdue.
Jamais elle n'aurait le courage de manipuler quelqu'un comme lui, et jamais elle ne le voudrait ! Quelqu'un qui éprouvait tant de gentillesse à son égard, ce serait comme éloigner la seule personne de cette équipage qui se soucie vraiment d'elle et lui accorde tant d'importance, en dépit de tout le reste !
Alors elle se tut, et abandonna la lutte pour la première fois depuis des années. Elle accepta d'être faible, et d'être protégée. Elle relâcha sa prise sur le bras de Shachi et baissa la tête, signe qu'elle le laissait faire, et qu'elle était d'accord, ce qui le fit sourire de tendresse.
— Maintenant, je veux des excuses. En particulier de ta part, Penguin, ordonna-t-il après avoir effacé son sourire.
— Eh pourquoi donc ? Je ne suis pas le seul à avoir fait des reproches, que je sache, prononça effrontément celui-ci, déconcerté.
— Non, mais tu lui as dit qu'elle n'était pas désirée ici, et pour cela elle mérite tes excuses.
Tsukiyo fut encore plus choquée qu'elle ne l'était précédemment. S'il demandait des excuses en particulier de la part de Penguin, c'était parce que celui-ci avait dit qu'elle n'était pas désirée ? Il se souvenait de la conversation qu'il avait eu avec elle ?
Je n'étais pas désirée par mes parents !
Cela signifiait-il qu'il avait en plus de cela pris en compte ses sentiments, avait imaginé la souffrance qui l'envelopperait en entendant cette phrase ?
Jamais elle ne voudrait le manipuler. Jamais. C'était au-delà de sa volonté.
Penguin, de son côté, était confus. Il ne comprenait pas le comportement de son ami. Pourquoi s'obstinait-il à protéger cette fille, qui depuis le début ne leur accordait que mépris ? Il avait remarqué qu'il se comportait bizarrement dès qu'il était question de la nouvelle recrue. Il se souvint que la première fois qu'ils l'avaient vu, Shachi avait été dans la lune durant un bon moment, comme obnubilé. Il n'était quand même pas… tombé amoureux d'elle ? Ce serait fort surprenant. Shachi était le genre d'homme à apprécier les belles femmes comme Boa Hancock, c'est-à-dire celles qui avaient une grosse poitrine et qui était d'une très grande beauté (néanmoins c'était souvent la première caractéristique qui importait). Alors comment aurait-il pu s'attacher à femme comme Tsukiyo, qui est l'exacte opposé ?
Bon, qu'il tombe amoureux, il voulait bien essayer de le comprendre, mais qu'il la protège de la sorte, en prenant le risque de se mettre les autres à dos… ça, par contre, ça le dépassait. Il savait que leur amitié était assez forte pour dépasser cela, il était juste aveuglé par son attachement pour Tsukiyo, mais cela restait inquiétant de son point de vue, car Penguin ne plaçait aucune confiance en elle, et craignait même qu'elle n'en profite pour le manipuler pour une raison qui lui était inconnu.
Alors, même si ces mots avaient été injustes, voir même cruels et qu'ils avaient dépassé sa pensée, il ne s'excuserait pas.
— Je ne sais pas ce qui te prends, mais je ne m'excuserai pas, ça rentre dans ta tête de pois chiche ou faut que je répète ?
Une bataille de regards commença entre les deux jeunes hommes. Et pour la première fois depuis longtemps, chacun ressentait réellement de l'animosité envers l'autre. May pouvait sentir la tension qui régnait entre les deux, ça lui donnait des sueurs froides, à tel point qu'elle en avait du mal à respirer. Elle ne maîtrisait plus la situation, et ne savait pas quoi faire pour les arrêter. Shachi ne l'écoutait même pas ! Si seulement Law arrivait, il pourrait peut-être...
— Qu'est-ce qui se passe, ici ?
Tous se tournèrent vers Law qui venait de déclarer sa présence, adossé contre le mur, les bras croisés contre son torse et les sourcils froncés. D'un simple regard, il ordonnait à tous de justifier la scène qui venait de se passer sous ses yeux cendrés.
Le silence envahit la pièce à nouveau, avant que Walter ne déclare lâchement tout en s'éloignant :
— Je... je vais faire une sieste ! Je suis fatigué tout à coup, c'est fou !
Puis ce fut au tour de Ban de prendre la fuite :
— Je dois préparer le repas.
— Désolé capitaine, il faut que je retourne en salle de navigation, se justifia Bepo d'une petite voix, avant de sortir à son tour.
— j'ai un truc à faire se contenta de dire Shad, rejoignant les trois autres, sous le regard exaspéré du capitaine.
Il ne restait plus que Penguin, Tsukiyo et May. Les deux jeunes hommes continuaient de se fixer sans baisser les yeux, la tension était à son comble. Shachi en voulait à Penguin d'avoir dit de tels mots à Tsukiyo, tandis que Penguin reprochait à Shachi de faire passer la jeune femme qu'il connaissait à peine avant leur amitié.
Finalement, Penguin baissa les yeux, et quitta la cuisine à son tour sans un mot, de très mauvaise humeur.
— Alors ? demanda Law, commençant à s'impatienter.
— Nous discutions, quand Tsukiyo est arrivée... et ça a dégénéré, expliqua doucement May avec un air gêné. J'ai essayé de parler calmement avec elle mais elle ne veut pas m'écouter. Elle a commencé à nous provoquer, puis Shachi est arrivé pour la défendre...
— C'est la vérité ? demanda-t-il à l'égard des deux autres.
Shachi se contenta de rester silencieux, fixant le sol, tandis que Tsukiyo regardait ailleurs d'un air pensif. Les sourcils de Law se froncèrent encore plus face à la scène.
— Je vois, affirma-t-il simplement. Que ça ne se reproduise plus à l'avenir, et toi miss, tu devrais mesurer ta langue, conseilla-t-il à Tsukiyo, ce qui l'extirpa de ses pensées.
— Ne me dis pas ce que je dois faire, rechigna-t-elle froidement.
Law la fusilla des yeux en guise de réponse, ce qui fit frissonner la jeune femme.
— Le moment est venu de nous montrer ce dont tu es capable, miss impertinente, annonça-t-il avec un sourire trompeur et inquiétant.
— Tu veux dire quoi par là ? l'interrogea May, ne voyant pas où il voulait en venir.
— Vous allez faire un petit combat, expliqua plus clairement le Chirurgien.
Sans réfléchir, les deux jeunes femmes s'envoyèrent une oeillade après avoir entendu les paroles de Law. Alors comme ça, elles allaient se battre une deuxième fois ? Cela semblait leur convenir à toutes les deux.
— Même si je suis médecin, je n'ai pas envie de me retrouver avec l'une d'entre vous à l'article de la mort, donc vous me ferez le plaisir de ne pas vous entretuez, ordonna-t-il avec fermeté. Je veux seulement voir de quoi vous êtes désormais capables, toutes les deux. Des questions ?
Les deux concernées hochèrent la tête, tandis que Shachi se muait dans le silence.
— Bien, conclut-il, satisfait. Alors on y va.
Ils se dirigèrent tous les quatre vers la salle d'entraînement dans un silence pesant qui était difficile à supporter. Arrivés là-bas, Law leur expliqua quelques règles, notamment celle de ne pas toucher les points vitaux, histoire d'essayer de ne pas repeindre la salle en rouge sang. Sans plus de cérémonie, il leur exigea de se placer l'une en face de l'autre, puis se recula de quelques pas et rejoignit Shachi s'était adossé contre le mur, les bras croisés et l'oeil scrutateur. Le capitaine nota l'étrange comportement de son subordonné. Lui qui était si souriant et enjoué d'habitude semblait bien renfrogné, ce qui devait sans doute avoir un rapport avec ce qu'il s'était passé toute à l'heure. Il fallait qu'il surveille tout cela de près, où des tensions allaient régner dans l'équipage et empêcher ses hommes de se concentrer et de faire correctement leur travail, et puis, il était bien plus agréable d'avoir un équipage dans lequel régnait une bonne entente entre ses membres.
La tension était à son comble. Les deux jeunes femmes, face à face, se fusillaient du regard et n'attendaient qu'une seule chose : que le combat commence. L'une comme l'autre avait besoin de se déchaîner et de faire ressortir les émotions négatives qui les envahissaient. Law semblait presque amusé par cette rivalité naissante, et était intérieurement impatient de les voir se battre et de peut-être découvrir certaines choses sur celle aux cheveux rouges. May était prête à se battre, même si dans sa tête beaucoup de pensées s'entremêlaient. Elle se souvenait de leur combat de la dernière fois, il fallait qu'elle utilise ce souvenir pour anticiper au mieux les actions de son adversaire. Certes, elle avait subi une défaite l'autre fois, mais cette fois-ci, elle gagnerait ! Il était hors de question de perdre la face devant Law ainsi que sa confiance en elle ! Law s'écarta alors de quelques pas, et leur fit comprendre qu'elles pouvaient y aller.
Le combat commença. Sans plus attendre, May attrapa son pistolet et pointa l'épaule de la jeune femme avec une habilité et une assurance qu'elle avait gagnée au fil des entraînements et des combats. Son doigt appuya sur la gâchette et la balle siffla dans l'air, avant de s'enfoncer dans le mur fait d'acier. Les sourcils de May se froncèrent d'agacement : non seulement Tsukiyo avait esquivé avec une facilité déconcertante, mais en plus de cela elle semblait amusée par la situation. La lycéenne pouvait voir un fin sourire sur le visage hautain qui lui faisait face.
— C'est tout ce que tu sais faire ? L'interrogea-t-elle avec arrogance, les bras croisés. Décidément je suis déçue, gamine.
May serra les dents face à la sourde colère qui la submergea, mais se décida à rester calme et à ne pas réagir au quart de tour. Elle la provoquait pour la forcer à agir sans réfléchir et ainsi prendre l'avantage, ce qui était malin, elle devait l'admettre. Mais elle ne se ferait pas avoir. Alors, elle recommença son geste : elle tira à plusieurs reprises en direction de Tsukiyo, qui les esquiva avec la même rapidité déconcertante qu'auparavant. C'était presque comme un jeu pour elle…
— Préviens-moi quand tu voudras te battre sérieusement, déclara-t-elle, nonchalante.
Elle voulait un vrai combat ? Très bien, elle allait être servie !
May rangea son pistolet et attrapa sa dague, déterminée. Sans plus attendre, elle courut en direction de son adversaire qui l'attendait de pied ferme et essaya de lui donner un coup qu'elle réussit à esquiver sans peine. Décidée à la toucher, la lycéenne commença à l'attaquer sans s'arrêter, changeant parfois de direction, faisant un pas de côté, essayant d'anticiper ses mouvements. Tsukiyo esquivait sans trop de difficulté, à l'écoute de son instinct et de ce qu'elle avait appris tout au long de ses entraînements. Comme la dernière fois, May tenta d'atteindre la capuche de son vis-à-vis avec sa dague, mais comme la dernière fois, Tsukiyo esquiva en s'abaissant et lui asséna un coup de pied en plein ventre, la faisant tomber durement au sol et lui arrachant un grognement de douleur. Peu importe le temps qui passerait, elle n'arriverait jamais à s'habituer à la douleur des coups.
Ne désirant pas abandonner, May se releva et se redirigea vers Tsukiyo sans perdre de sa détermination et de sa confiance. Elle pouvait la battre, elle était certaine d'être en capable ! Alors elle frappa à nouveau, mais cette fois-ci son attaque fut bloquée par l'épée noire de son adversaire, qui semblait prendre les choses un peu plus au sérieux. Tant qu'elle ne serait pas assez amochée, cette sale gamine n'abandonnerait pas, autant en finir vite, dans ce cas.
Les deux lames s'entrechoquèrent en même temps que leurs regards, et rapidement, May se retrouva en position de faiblesse. C'était maintenant Tsukiyo qui attaquait, et elle qui peinait à se défendre. Sans sa vitesse et ses bons réflexes, elle se serait certainement fait battre en moins de une minute, mais il ne fallait pas être défaitiste, ou c'était perdu d'avance ! Elle tenta donc le tout pour le tout : alors que Tsukiyo lui lançait un coup d'épée, elle prit le risque de l'esquiver au lieu de le contrer avec sa dague, et contrairement à ce qu'elle pensait - qui était de finir embrochée comme une merguez, elle réussit à l'éviter et, le plus rapidement qu'elle put, envoya un coup de poing en direction du visage de Tsukiyo qui ne parvint pas à le contrer et alla voler un peu plus loin.
Le souffle rapide, May esquissa un faible sourire, fière de son exploit. Elle avait enfin réussi à la toucher ! Et vu le caractère de la jeune femme, la lycéenne devina que son orgueil devait être tout autant touché que son visage. Tsukiyo se releva doucement et essuya le filet de sang qui coulait le long de son menton avec colère. Cette gamine avait osé la toucher, elle allait en payer le prix fort.
Remarquant qu'une lueur malveillante se dessinait dans les yeux habituellement vides de Tsukiyo, May prit la décision de ranger sa dague et de reprendre son pistolet pour plus de prudence. Même si Law était là au cas où ça dégénérerait, elle préférait ne pas prendre de risque. Elle eut à peine de temps de prendre des munitions que la plus vieille fonça dans sa direction avant de l'attaquer avec son épée, qu'elle bloqua difficilement avec son pistolet, le temps lui ayant manqué pour tirer. Maintenant, c'était celle qui avait le plus de force qui prendrait l'avantage, et en observant l'épée qui s'avançait au fil des secondes, May comprit que Tsukiyo avait bien plus de force qu'elle. Finalement, Tsukiyo parvint à faire dévier la trajectoire de son pistolet vers le côté, ce qui lui laissa une ouverture, lui permettant d'avoir sa vengeance en la frappant au visage comme elle l'avait fait précédemment.
May se retrouva une deuxième fois à terre, et sentit le goût du sang envahir sa bouche, ce qui lui donna la nausée. Elle se releva moins facilement que la première fois, les jambes tremblant légèrement. A quelques mètres plus loin, Tsukiyo la fixait plus calmement, semblant moins agressive que toute à l'heure. Le doute s'insinua en May comme un poison venimeux : était-elle incapable de la vaincre ? Alors qu'elle s'entraînait régulièrement et faisait de nombreux efforts ? Elle ne voulait plus être un poids, ni pour les autres, ni pour elle-même.
Elle voulait réussir à se protéger avec sa propre force et ses propres pouvoirs !
C'est sur cette pensée rempli de détermination et de volonté qu'elle repointa l'arme sur Tsukiyo. Son doigt appuya sur la gâchette, et la balle siffla dans l'air. Son adversaire s'apprêtait à bouger lorsque quelque chose d'incroyable se produisit : les yeux de May devinrent violet, et une aura de la même couleur entoura son corps, puis, en une fraction de seconde, May échangea sa place avec la balle qui se dirigeait vers Tsukiyo, ce qui la rapprocha considérablement de celle-ci et la pris par surprise. Se laissant guidée par l'instinct, la lycéenne reprit sa dague et essaya de lui asséner un coup, mais malgré la surprise, la jeune femme parvint à se reprendre et, alors qu'elle allait l'assommer exactement comme lors de leur premier rencontre, Law utilisa son "room" et échangea sa place avec celle de May, avant d'attraper le poignet de Tsukiyo avec fermeté, l'arrêtant dans son geste.
— ça suffit, j'en ai assez vu, déclara-t-il, froid.
Ils se toisèrent durant quelques secondes, se fusillant du regard.
Agacée de ne pas pouvoir achever le combat comme elle le voulait, Tsukiyo se dégagea brusquement de la prise du Chirurgien et le sonda du regard, puis rangea son épée dans son fourreau, avant de s'éloigner d'eux sans un mot, tout en ignorant Shachi qui la sondait avec inquiétude.
Elle avait des choses à écrire dans son carnet.
Law se tourna vers May, qui était à terre, le souffle coupé. Que venait-il de se passer exactement ? Lui même était dépassé par la scène qui s'était déroulée sous ses yeux. Comment avait-elle pu utiliser un pouvoir similaire au sien ? Il n'en avait jamais eu connaissance, et avait encore du mal à s'en remettre.
Il devina qu'elle devait être déçue du résultat, malheureusement elle ne deviendrait pas forte du jour au lendemain. Comme il l'avait pensé, Tsukiyo s'entraînait depuis des années et avait été formée à une certaine façon de se battre. Moqueur mais néanmoins compatissant, Law tendit sa main vers May qui l'attrapa et se releva sur ses deux pieds, avant d'affronter ses yeux gris et de voir qu'une certaine lueur s'y dessinait.
— Je crois que tu as des choses à m'expliquer, miss, annonça-t-il d'un ton autoritaire, décidé à mieux comprendre.
Nerveuse et encore sonnée par ce qu'il venait de se passer, May ramena ses cheveux en arrière d'un geste de la main et prit une grande inspiration.
Le moment était venu de parler de cette aura, et de ce qui semblait être son tout premier pouvoir.
[…]
Vingt trois heures. Le voile étoilé de la nuit décorait le ciel devenu sombre, tandis que le silence s'était abattu sur la mer et sur le navire. La plupart des membres de l'équipage du Heart dormait profondément, épuisé par la journée.
Tsukiyo était allongée sur son lit, pensive, les bras derrière la tête en guise d'accoudoir. Elle observait les nuages qui se dessinaient dans l'horizon à travers le hublot de sa chambre. Elle avait continué d'écrire dans son carnet toute les informations d'aujourd'hui à propos de la Fleur de Cerisier, et avait songé à ce qu'il s'était produit lors de leur combat. Comment avait-elle fait pour prendre la place de la balle et ainsi apparaître tout près d'elle en une fraction de secondes ? Elle avait pourtant entendu en ville que May était dépourvu d'un fruit du démon, alors comment ? Lorsque la lycéenne avait échangé sa place avec la balle, Tsukiyo avait remarqué dans ses yeux un étonnement sans limite, comme si elle-même ne s'attendait pas à cela. Cela expliquerait donc que May n'avait pas conscience de ce pouvoir jusqu'à maintenant, et en ignorait totalement l'existence. Mais si elle l'ignorait, comme avait-elle pu se le procurer, dans ce cas ? On n'obtient pas un pouvoir comme ça sans rien faire, il y avait forcément une explication logique, ou alors un détail lui avait échappé. Elle grogna. Ca l'énervait de ne pas comprendre !
Soudain, l'encapuchonnée entendit des bruits de pas de l'autre côté de la porte, qui s'effacèrent peu de temps après. Intriguée, elle se leva d'un bond et ouvrit la porte de sa chambre dans le but d'examiner l'extérieur. Son sourcil se haussa lorsqu'elle aperçut devant elle une pomme, posée à terre. Confuse, elle lança une oeillade à droite et à gauche, en espérant apercevoir quelqu'un, mais elle ne vit personne. Ses lèvres se déformèrent en un rictus. Etat-ce une mauvaise blague ?
Suspicieuse, elle toucha la pomme du pied, avant de remarquer qu'elle n'explosait pas et que ce n'était donc pas une bombe à retardement destinée à lui éclater dans la figure comme elle l'avait l'imaginé. Mais qui l'avait déposée devant sa chambre, et dans quel but ? L'image d'une certaine personne s'imposa dans son esprit et elle se figea. Il n'y avait qu'une seule personne qui était au courant qu'elle ne détestait pas les pommes.
C'était Shachi.
Décidément, d'une manière ou d'une autre, il parvenait toujours à se faire entendre et à être dans ses pensées. Il voulait quoi à la fin ? Lui donner mal à la tête à force de réfléchir à son sujet ? C'était plutôt réussi jusqu'à maintenant. Elle n'osait pas réfléchir à ce qu'il lui avait dit lors de la dispute, ni à la manière dont il l'avait protégée, car si elle le faisait, elle savait qu'elle se remettrait en question sur tout, et ça lui faisait peur. Elle ne devait pas accepter cette pomme. Il devait comprendre que malgré tout, ils ne seraient pas amis, car c'était impossible, même si au fond, elle commençait à en douter.
Elle referma donc la porte peu à peu, mais s'arrêta juste avant de terminer son geste, fixant la pomme avec une hésitation grandissante.
— Et puis merde, souffla-t-elle avant de rouvrir la porte, d'attraper la pomme et de refermer derrière elle. On ne gâche pas la nourriture, ajouta-t-elle pour se rassurer.
Pourtant, au fond d'elle, elle savait que ce n'était pas la véritable raison pour laquelle elle l'avait prise. Et à travers ce geste banale, si simple, Shachi réussissait encore une fois à fissurer le mur de glace qui entourait son coeur tourmenté.
Malheureusement, entre lui et son Maître, elle n'avait pas besoin de réfléchir pour savoir lequel des deux elle choisissait. Ce serait toujours son maître, qui était tout pour elle.
La vision de Shachi lui souriant se dessina dans son esprit, et l'expression de son visage devint mélancolique.
Oui, elle choisirait toujours son Maître, jamais elle ne le trahirait.
... N'est-ce pas ?
[…]
Loin du sous-marin jaune, loin de la mer et de la ville, deux jeunes hommes contemplaient le ciel d'un air rêveur. Le premier avait des cheveux blancs comme la neige, courts et frisés qui lui chatouillaient les joues, et qui contrastaient avec le teint de sa peau bronzé. Ses yeux étaient verts comme l'herbe sur laquelle il était assis. Il était habillé d'une cape pourpre qui volait au gré du vent, tout comme son ami qui était juste à côté de lui. Celui-ci possédait des cheveux cendrés en bataille, des yeux noisettes, et se démarquait par le grain de beauté qui était juste en dessous de son oeil droit.
Sur la main droite de ces deux personnes, on pouvait voir un tatouage peu commun : un sceau représentant une horloge noire aux extrémités fines.
— Tu penses qu'on doit agir maintenant ? Avant que son pouvoir ne devienne trop grand et que cela ait des conséquences sur les deux mondes, prononça le premier.
— Attendons un peu et voyons comment ça se déroule. Pour l'instant, ce n'est que le début, rétorqua l'autre.
— Ecoute, on ne peut pas la laisser vivante ! L'équilibre des deux mondes risquent d'être bouleversé, si on ne fait rien ! s'emporta son vis-à-vis.
— Arrête d'être aussi pessimiste, reprocha celui aux cheveux blancs après avoir levé les yeux au ciel. Nous devons juste la surveiller pour le moment, tant que nous ne serons pas certain de la puissance de son Fulsia, nous devons rester discret.
— Mais Lane, on est déjà six à le posséder, on ne pourra pas protéger tous les nouveaux venus à chaque fois. Et tu sais très bien comment ça s'est fini pour lui…
— Je comprends ton inquiétude, Nay, mais nous avons fait un serment, je te rappelle. Celui de guider tous ceux qui viennent de l'autre monde, afin de s'assurer que l'équilibre persiste et qu'aucune information ne tombe entre les mains du gouvernement mondial. Nous sommes des gardiens, pas des assassins, expliqua calmement le dénommé Lane avec assurance.
— Ouais, ouais… les Héros Réticents, comme Reo aime si bien le dire, soupira Nay, les sourcils froncés. Et tu peux bien dire « notre monde », nous venons de là-bas, quand même.
— Pour moi cela n'a plus d'importance, riposta Lane d'un ton qui se voulu indifférent. En faisant ce pacte, on s'est promis de ne plus faire de distinction entre les deux et de ne pas jouer les sentimentaux, tu devrais en faire de même, ajouta-t-il en guise de conseil, sachant que le plus jeune était plus impétueux et impulsif que lui.
— Désolé mais je refuse d'être aussi insensible que toi ! Si je savais comment rentrer, je l'aurais fait depuis longtemps. Je compte même plus le nombre de jours qu'on a passé ici, avoua Nay en se relevant et s'étirant, une pointe de mélancolie dans la voix. Puis il se tourna vers son ami.
— Cela fait longtemps, en effet…, approuva Lane en se redressant, mais restant en position assise. Au final, ces deux mondes se ressemblent beaucoup, tu ne trouves pas ? Les deux sont cruels, grotesques…
— Et si beaux en même temps, c'est ça ? compléta Nay avec un fin sourire ironique, les bras croisés contre son torse.
— Exactement, sourit Lane. Des mondes si cruels et pourtant si beaux, comme nous l'avons appris à nos dépends. Peu importe duquel on vient, ce qui compte, ce sont nos actions.
— Parfois, je te trouve un peu trop sage.
— Détrompe-toi, je suis juste raisonnable, contredit Lane, amusé. Comme lui, j'ai déjà eu le désir de profiter de notre pouvoir, mais je n'ai jamais dépassé les limites, c'est tout.
Nay haussa les épaules, soupirant.
— Tu crois que cette fille pourra nous aider à le retrouver ?
— Je n'en doute pas. J'espère seulement que quand on le retrouvera, il ne sera pas trop tard.
— Espérons-le, c'est quand même l'avenir des deux mondes qui est en jeu. Personnellement, quand je rentrerai chez moi, j'aimerais que ma famille soit encore en vie.
— Ne t'inquiète pas, cet avenir nous le protégerons coûte que coûte, ce tatouage le prouve. Nous ne faillirons pas à notre tâche.
Nay se tut, et recommença à observer le ciel.
Les nuages gris qui le décoraient semblaient être le signe d'un mauvais présage.
oO_O_Oo
Hey ! Me revoilà ! Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? J'espère que vous l'avez beaucoup apprécié, vu le temps qu'il m'a fallu pour écrire et le temps que vous avez dû attendre avant de le lire ! On en apprend un peu plus sur Tsukiyo, avez-vous changé d'avis sur elle ? J'espère vous la faire apprécier autant que May ! J'aime le rôle que j'ai donné à Shachi, c'est un peu comme avec May, il est protecteur, à l'écoute, attentionné, je pense que ces qualités vont réussir à changer Tsukiyo petit à petit ! En tout cas j'espère que vous avez aimé leur conversation philosophique au début ! Ca n'a pas été très facile de l'écrire, j'ai un peu peur de me répéter dans les verbes de paroles ou même les mots en général, donc j'essaye de varier mon vocabulaire, mais celui-ci reste assez limité !
Des tensions commencent à apparaître entre Penguin et Shachi ! Celui-ci devrait faire attention, s'il ne veut pas se mettre tous ses amis à dos... !
Très peu de Law x May dans ce chapitre, je ne voulais pas les mettre en avant, pour l'instant, c'est Tsukiyo qui est sous les projecteurs ! Bon, j'espère que le combat vous a plu, je n'ai pas l'habitude de décrire des combats, alors désolé si ça manque de réalisme et de "fantastique"! L'aura violette de May est apparu encore une fois, mais vous n'en savez pas vraiment plus à son sujet ! Vous allez devoir attendre encore un peu, avant d'en découvrir plus sur ce "pouvoir" !
Nous avons à la fin l'apparition de personnages mystérieux ! Qui sont-ils ? Combien ? Quels sont leurs pouvoirs ? Vous ne le découvrirez pas avant un petit moment haha ! Le monde de One Piece risque de devenir de plus en plus sombre... Comme vous l'avez remarqué avec le chapitre 22 : "un nouveau départ", l'histoire prend un tournant. Au début, c'était assez niais et drôle, mais plus le temps va passer et plus je vais rentrer dans des choses sérieuses et des sujets qui n'ont peut-être pas été abordé dans les autres fanfictions basées sur le thème de l'OC qui atterri dans un manga.
J'espère que ce chapitre vous a plu, je suis en Terminale désormais, donc je vais avoir plus de travail et moins de temps pour écrire, mais sachez que même si des semaines s'écoulent sans signe de ma présence : je n'abandonnerai jamais cette histoire. Ma mère veut que je la termine rapidement car selon elle "ça fait déjà deux ans et il serait temps de mettre le point final", mais pas moi. J'ai des ambitions et des idées que je veux réaliser jusqu'à la fin ! Donc je m'en moque si ça ne lui convient pas, c'est mon histoire, je la termine quand je veux ! Et quand je l'aurai enfin terminer, je commencerai à écrire un livre, peut-être. Je ne sais pas encore sur quoi, mais bon, j'y réfléchirai ! Mais je n'abandonnerai pas les fan-fictions pour autant !
Bref, j'arrête de parler, je vous laisse tranquille ! N'hésitez pas à laisser vos impressions sur les personnages, sur le chapitre en lui-même... N'hésitez pas à m'envoyer des MP si vous voulez discuter, échanger, partager, je suis prête à recevoir tous vos messages ! ça fait toujours plaisir ! Allez voir mon profil de temps en temps pour voir ou j'en suis dans l'avancement du chapitre qui est en cours d'écriture, ça vous permet de voir si je suis en panne d'inspiration ou pas !
Bye ~
Wakfina
